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Full text of "L'estoire de la guerre sainte; histoire en vers de la troisième croisade (1190-1192)"

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HARVARD  COLLEGE 
LIBRARY 


FROM  THE  FUND  OF 

CHARLES  MINOT 


CLASS  OF  Z828 


o 


COLLECTION 


DE 


DOCUMENTS  INÉDITS 


SUR  L'HISTOIRE  DE  FRANCE 


^UBLIRS  PAR  LES  SOINS 


DU  MINISTRE  DE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE 


Par  arrêté  en  date  du  lo  mai  1876,  MM.  Gaslon  Paris  et  Gabriel  Monod  ont  été 
chargés  de  publier,  dans  la  Collection  des  Documents  inédits  de  THistoire  de  France, 
UEsUÀre  de  la  Guerre  Sainte,  poème  d'Ambroise  sur  la  troisième  croisade. 

Par  le  même  arrêté,  M.  Paul  Meter  a  été  nommé  Commissaire  responsable  de  cette 
publication. 


SE   TROUVE   A   PARIS, 

À  LA  LIBRAIRIE  ERNEST  LEROUX, 


RUE  BONAPARTE,  28. 


L'ESTOIRE 
DE  LA  GUERRE  SAINTE 

HISTOIRE  EN  VERS  DE  LA  TROISIÈME  CROISADE 
(1190-1192) 

PAR  AMBROISE 

PUBLIÉE  ET  TflADDlTE 

D'APRÈS   LE   HAISU8CB1T   UNIQUE   DU   VATICAN 

ET  ACCOHPAGKÉI! 

D'L^E   INTRODUCTION.   D'UN   GLOSSAIRE   ET   D'UNE   TABLE   DES   NOMS   PROPRES 
PAR 

GASTON  PARIS 

■  BHBBB   t>e   L'ACADÉIIII!    FRANÇAISE 
KT    DE    L-AntDÉHIE    DES    INSCHIPTIO^S   RT  BELLRS- LETTRES 


PARIS 
IMPRIMERIE  NATIONALE 

H  DCCC  XCVII 


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UCr    7   1838 

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AVANT-PROPOS. 


Cette  publication ,  par  suite  de  diverses  circonstances  qui  sont  en  partie , 
je  le  reconnais,  imputables  à  l'éditeur,  a  subi  avant  de  voir  le  jour  les 
retards  les  plus  regrettables  et  les  plus  inusités.  La  copie  du  poème  d'Am- 
broise  était  entre  mes  mains  dès  1872,  et  j'avais  demandé  à  M.  Gabriel 
Monod  de  s'associer  à  moi  pour  en  donner  une  édition  à  laquelle  il  aurait 
joint  une  introduction  et  un  commentaire  historiques.  Le  projet  de  faire 
entrer  cette  édition  dans  le  recueil  des  Documents  inédits  sur  rhistoire  de 
France  fut  soumis  par  une  lettre  de  M.  Monod  au  Comité  des  travaux 
historiques  siégeant  au  Ministère  de  l'Instruction  publique.  M.  Paul  Meyer, 
membre  du  Comité,  fut  chargé  d'examiner  la  proposition,  et,  à  la  suite 
de  son  rapport  tout  à  fait  favorable  ^^^  elle  fut  adoptée  par  le  Comité  dans 
sa  séance  du  9  juin  1878.  L'arrêté  ministériel  qui  permettait  d'envoyer 
la  copie  à  l'Imprimerie  Nationale  fut  rendu  le  10  mai  1876,  et  l'impres- 
sion commença  aussitôt.  Vingt-deux  ans  se  sont  écoulés  avant  qu'elle  fût 
terminée,  et,  dans  ce  long  intervalle,  l'un  des  éditeurs,  se  reprochant  de 
ne  pas  avoir  fourni  sa  part  de  collaboration  et  craignant  de  ne  pouvoir 
trouver  le  temps  de  le  faire,  s'est  retiré,  au  grand  dommage  de  l'œuvre 
commune,  qui  y  a  perdu  une  part  notable  de  la  valeur  qu'elle  aurait  pu 
avoir.  Elle  n'en  a  pas  marché  plus  vite  pour  cela,  tant  il  est  difficile,  au 
milieu  des  occupations  de  tous  genres  qui,  à  Paris,  se  disputent  la  vie 
d'un  travailleur  chargé  de  fonctions  actives  et  sollicité  de  mille  côtés  dif- 
férents, de  mener  avec  suite  une  tâche  de  longue  haleine.  Le  texte  d'Am- 
broise  était  imprimé  il  y  a  plus  de  dix  ans,  mais  tout  ce  qui  devait  néces- 

^**  Voir  la  Revue  des  Sociétés  savantes,  5'  sër.,  t.  VI  (1878),  p.  98.  Un  extrait  du  rapport  de 
M.  Meyer  a  été  inséré  dans  la  Romania,  t.  II  (1878),  p.  881. 


AVANT-PROPOS. 

sairement  l'accompagner  restait  à  faire.  Jai  trouvé  utile,  pour  la  com- 
modité des  historiens  qui  voudraient  se  servir  de  ce  précieux  document, 
d'y  joindre  une  traduction.  Puis  le  Glossaire  et  la  Table  des  noms  propres, 
que  j'ai  dressés  avec  autant  de  soin  que  j'ai  pu,  ont  réclamé  bien  des 
heures.  Enfin  il  a  fallu  écrire  l'Introduction,  d'où  j'ai  exclu  toutes  les 
recherches  proprement  historiques,  mais  où  l'étude  des  questions  linguis- 
tiques et  littéraires  soulevées  par  le  poème  m'a  demandé  encore  beaucoup 
de  travail'*'.  Enfin  j'ai  terminé  ma  tâche,  et  ma  conscience  est  dégagée 
du  poids  qui  la  chargeait  depuis  longtemps.  Le  Comité  des  travaux  his- 
toriques, en  ne  me  mettant  pas  en  demeure  de  m'acquitter  plus  tôt  de 
mon  engagement,  a  fait  preuve  à  mon  égard  d'une  indulgence  peut-être 
excessive,  dont  je  ne  puis  m'empêcher  de  lui  être  reconnaissant,  mais 
qui  n'atténue  pas  les  reproches  que  je  me  fais  à  moi-même  :  je  serais 
désolé  qu'une  telle  longanimité  pût  être  invoquée  comme  précédent,  et 
qu'on  tolérât  habituellement  des  retards  aussi  contraires  à  l'intérêt  des 
études  et  aux  règles  d'une  bonne  administration. 

Cette  publication  trop  longtemps  attendue  justifiera  au  moins  le  bon 
accueil  que  le  Comité  des  travaux  historiques  a  fait  il  y  a  vingt-quatre  ans 
au  projet  qui  lui  avait  été  soumis.  Le  poème  d'Ambroise  méritait  assuré- 
ment de  prendre  place  dans  le  recueil  des  Documents  inédits  sur  ïhistoire 
de  France  :  par  sa  date,  par  son  sujet,  par  sa  forme,  il  est  un  des  plus 
importants  qui  y  aient  été  admis  jusqu'à  ce  jour.  Il  sera  consulté  avec  profit 
par  l'historien  et  par  le  philologue.  Je  remercie,  et  le  public  savant  re- 
merciera avec  moi  le  Comité  de  l'avoir  admis  dans  cette  belle  collection. 

J'ai  d'autres  remerciements  encore  à  adresser  à  ceux  qui  m'ont  aidé 
dans  le  cours  de  ce  long  travail ,  tant  de  fois  interrompu  et  repris  :  et 
d'abord  à  mon  ami  Ed.  Stengel,  auquel  je  dois  la  copie  du  manuscrit  de 
Rome;  à  mes  confrères  de  l'École  des  Chartes  E.  Berger,  E.  Langlois  et 
A.  Thomas,  qui  l'ont  collationnée ;  puis  à  M.  Paul  Meyer,  commissaire  de 
la  publication,  qui,  à  la  lecture  des  épreuves,  m'a  fait  plus  d'une  obser^ 

^'^  La  longueur  de  celte  préparation  explique  qui  y  sont  relevées  Tavaient  été  déjà  dans 
la  longueur  de  V Errata  joint  à  ce  volume.  On  d'autres  parties  du  volume,  auxquelles  V Errata 
remarquera  d'ailleurs  que  la  plupart  des  erreurs        renvoie  constamment. 


AVANT-PROPOS. 

vation  proG table;  enfin  à  mes  savants  confrères  de  l'Instilut  MM.  Cler- 
mont-Ganneau  et  Longnon,  qui,  pour  la  Table  des  noms  propres,  ont  été 
mes  véritables  collaborateurs.  Je  dois  aussi  mêler  bien  des  remerciements 
à  mes  regrets  à  Tendroit  de  mon  ami  Gabriel  Monod  :  il  a  préparé  pour 
l'impression,  en  commun  avec  moi,  la  copie  du  texte  et  Ta  munie  du 
sommaire  et  des  renvois  à  Yllinerarlum  lUcardî  qui  l'accompagnent  sous 
forme  de  manchettes;  son  nom  a  droit  de  rester  associé  à  cette  publica- 
tion, en  tête  de  laquelle  il  devait  figurer  à  Torigine  et  qui  aurait  tant 
gagné  à  ce  qu'il  y  prit  une  part  plus  considérable. 


Gaston   PARIS. 


(Collège  de  France,  ce  i5  avril  1897. 


INTRODUCTION- 


I.  —  LE  MAiNtSCRlT. 

Le  manuscrit  unique  qui  nous  a  conservé  Je  poème  que  nous  publions  se 
trouve  à  la  bibliothèque  du  Vatican,  où  il  porte  le  u^  1669  du  fonds  provenant 
de  la  reine  de  Suède  :  on  ne  sait  pas  avec  certitude  où  celle-ci  l'avait  acquis, 
mais  il  est  probable  qu'il  vient,  comme  tant  d'autres  des  livres  de  Christine, 
de  la  collection  du  P.  Petau.  La  plus  ancienne  notice  qui  en  ait  été  imprimée 
est  celle  qu'a  donnée  Montfaucon  dans  sa  Bihliotheca  bibliothecarum  (1739), 
t.  I,  p.  3i,  où  il  le  mentionne  parmi  les  livres  de  la  reine  de  Suède  acquis 
par  la  bibliothèque  du  Vatican  : 

81  A.  Roman  des  guerres  de  la  Teire-Sainte,  desinit  anno  1188.  In  cake  adjungitur 
Poema  quod  inscribitur  la  Paripïee. 

Cette  notice  est  fort  inexacte.  Montfaucon  a  cru  que  la  date  de  1188, 
donnée  à  la  fin  du  poème  comme  celle  de  l'année  où  la  croix  fut  conquise 
par  les  Sarrasins,  était  la  date  où  finissait  le  poème,  tandis  que  c'est  celle  où 
il  commence.  H  a  emprunté  le  titre  de  (c  Roman  des  guerres  de  la  Terre 
Saintes,  au  lieu  à' Estoir^de  hgueire  sainte  que  porte  le  manuscrit,  à  une  note 
de  la  fin  du  xvi*  siècle  écrite  sur  la  première  feuille  de  garde  ^^',  ce  qui  a  fait 
croire  que  le  manuscrit  contenait  une  histoire  des  croisades  depuis  l'origine 
jusqu'en  1188.  Quant  au  poème  que  Montfaucon  appelle  la  Panpke^^\  c'est 
le  peti  plee  (corr.  le  petit  plet)  de  Chardri,  qui  forme  d'ailleurs  un  manuscrit 
distinct  et  n'a  été  que  par  hasard  relié  à  la  suite  de  l'Histoire  de  la  guerre 
sainte. 

Il  est  singulier,  malgré  ces  inexactitudes,  que  la  notice  de  Montfaucon  n'ait 
pas  attiré  l'attention  du  P.  Lelong  et  de  ses  continuateurs  :  le  manuscrit  du 

^'^  Voir  E.  Langlois,  au  passage  ciU^  plus  loin.  —  ^*^  La  noie  du  xvi*  siècle  est  ici  encore  copiée 
el ,  de  plus ,  nitërëe  :  elle  porte  :  le  PeripUe. 


4 

ItirBirtBIB    «ATIOSALK. 


II  INTRODUCTION. 

Vatican  ne  figure  à  aucune  place  dans  la  Bibliothèque  htstœique  de  la  France^  et, 
en  dépit  du  titre  erroné  qui  devait  y  faire  soupçonner  une  histoire  générale 
des  guerres  saintes,  il  n'est  pas  cité  davantage  dans  la  Bibliothèque  des  Croisades 
de  Michaud.  Une  sorte  de  fatalité  semblait  peser  sur  ce  volume  et  le  con- 
damner soit  à  être  omis  par  ceux  qqi  auraient  dû  le  mentionner,  soit  à  être 
méconnu  par  ceux  mêmes  auxquels  le  hasard  le  mettait  entre  les  mains. 

Dans  la  septième  de  ses  Dissertations  sur  quelques  points  curie^ix  de  V histoire  de 
France  et  de  Vhistoire  littéraire^  publiées  en  1889  sous  le  nom  de  P.  L.  Jacob, 
bibliophile  (p.  26),  Paul  Lacroix  donna  de  notre  manuscrit  la  notice  sui- 
vante, parmi  celles  qui  concernent  la  bibliothèque  de  la  reine  Christine  : 

DCLix^^).  In-4%  90  f.  vel.  à  deux  colonnes,  écritun»  du  xiii"  siècle,  timbre  de  la  Biblio- 
thèque nationale. 

Ésrotàn  nu  Lk  gubrrb  sainte. 

(Suivent  les  dix  premiers  et  les  onze  derniers  vers.) 

Ce  roman  de  la  Guerre  sainte,  qui  s'arrête  à  Tannée  1 198^^),  est  sans  doute  celui  que 
Ton  trouve  indiqué  dans  la  Bibliothèque  historique  de  la  France,  sous  le  n"^  i6635,  avec  le 
titre  de  fr  Histoire  de  la  première  croisade?),  par  Raoul  Tortaise  (il  fallait  dire  Tortaire,  ep 
latin  Tortarius.  Voir  Hist.  liU.  de  la  France,  t.  X,  p.  96  ). 

Cette  notice  est  tout  à  fait  surprenante.  Le  manuscrit  du  Vatican  n'a  rien  à 
faire  avec  celui  que  le  P.  Lelong  mentionne  sous  le  n**  i6635  et  qui  contient, 
parmi  d'autres  œuvres  de  Raoul  Tortaire  (ou  mieux  le  Tourlier),  un  court 
poème  latin  sur  la  première  croisade.  La  date  môme  de  1 198,  assignée  par 
Lacroix  au  poème  du  ms.  lôBg,  devait  lui  démontrer  son  erreur. 

En  i864,  dans  le  livre  précieux,  malgré  des  fautes  graves,  qu'il  publia 
sous  le  titre  de  Romvart,  Ad.  Keller  ne  se  contenta  pas  de  signaler  notre  ma- 
nuscrit comme  tr petit  in-folio,  90  fol.  à  4  colonnes t^^'',  et  d'en  rapporter  le 
titre  :  il  en  publia  (non  d'ailleurs  sans  d'assez  nombreuses  erreurs  de  lecture) 
les  448  premiers  et  les  1 1  derniers  vers  (ceux-ci  déjà  imprimés  par  Lacroix). 
Il  signala  aussi  le  nom  de  l'auteur,  donné  au  v.  171.  Il  est  assez  singulier  que 
Keller,  malgré  cette  édition  qui  devait  l'éclairer,  semble  n'avoir  pas  reconnu 
le  sujet  du  poème  d'Ambroise  et  y  avoir  vu,  comme  Montfaucon,  Lelong  et 

^'^  Faute  pourMDCLix.  ^^^  Jjacroîx  dit,  comme  on  Ta  vu  plus  haut, 

(')  Lacroix  a  compris  par  ëtourderie  mil  nnz  deux  colonnes;  tous  deux  ont  raison  :  le  inaim- 

e  cent  uitante  et  uit  comme  signifiant  1 198,  et  a  scrit  a  en  effet  deux  colonnes  par  page,  ce  qui 

suppose  que  c  ëtait  la  date  où  s'arrêtait  le  récit.  fait  quatre  pnr  feuillet. 


LE  MANUSCRIT.  ui 

Lacroix,  une  histoii*e  de  la  première  croisade;  il  ne  renvoie  du  moins,  comme 
termes  de  comparaison,  qu'à  des  passages  où  il  s'agit  en  effet  de  poèmes  6ur 
l'expédition  de  1096. 

Le  long  morceau  imprimé  par  Keller  montrait  suffisamment  qu'il  s'agissait 
d'un  poème  sur  la  troisième  croisade  composé  par  un  témoin  oculaire,  et  pré- 
sentant par  conséquent  un  vif  intérêt.  Aussi,  il  y  a  plus  de  trente  ans,  me 
proposais-je  d'aller  à  Rome  pour  le  copier  en  entier.  Il  ne  me  fut  pas  donné 
de  réaliser  ce  projet,  mais  en  1871  je  priai  mon  ami  Ed.  Stengel,  qui  avait 
été  mon  élève  à  l'Ecole  des  hautes  Etudes  en  1869-1870,  et  qui  est  aujour- 
d'hui professeur  à  l'université  de  Greifswald,  d'en  prendre  pour  moi  une  copie. 
C'est  cette  copie,  recopiée  et  préparée  pour  l'impression  par  mon  ami  G.  Monod 
et  moi,  qui  a  servi  de  base  à  ma  publication.  Elle  a  été  revue  à  diverses 
reprises  par  des  membres  de  notre  Ecole  d'archéologie  à  Rome,  auxquels  j'ai 
adressé  mes  remerciements  dans  YAvanl-p^opos.  J'ai  parlé  aussi  des  longs 
retards  que  subit  l'impression,  après  que  \e  Comité  des  travaux  historiques, 
en  1873,  eut,  sur  le  rapport  de  M.  Paul  Meyer,  agréé  l'édition  du  poème  pour 
la  collection  des  Documents  inédits  sur  Fkistoire  de  France. 

L'annonce  de  l'édition  du  manuscrit  de  la  reine  Christine  appela  naturelle- 
ment l'attention  sur  ce  manuscrit.  En  i885,  dans  le  tome  XXVII  des  Monu- 
menta  Germaniae  historica^  après  que  M.  Pauli  eut  remarqué  (p.  i47),  en 
s'appuyant  sur  le  rapport  de  M.  P.  Meyer,  que  le  poème  d'Ambroise  est  la 
source  de  Xltinerarium  Ricardi,  M.  Liebermann  en  imprima ,  d'après  une  copie 
.de  M.  Holder-Egger,  les  vers  1-86,  259-271,  287-296,  ûiS,  2719-27/12, 
2889-2860,  2845-2866,  2921-2986,  2967-2980,  8225-8260,  8771- 
8778,  8828-8826,  4iii-/ii5o,  4527-/i546,  6698-/1702,  6681-668/1, 
6691-6788,  12  28/i-fin.  Voici,  sur  le  manuscrit,  les  remarques  que  M.  Hol- 
der-Egger avait  communiquées  à  l'éditeur  : 

Codex  Chri9tiDae  reginae  nr.  tGSg^^^  membr.  fol.  min.,  90  foliis,  duabus  columnis, 
quarum  singulae  fere  3&  versus  continent,  distinclis  constat.  Scriba  saec.  xiii.  ex.,  haud 
gemper  quantum  oportebat  attentus,  litteras  n  et  u,  ui  et  ni,  m  et  m  minus  perspicue  exa- 
ravit,  modo  vocales,  modo  consonantes  figuris  v  et  u  designavit^^^  verba  minus  accurate 
distinxit,  saepe  singuia  verba,  interdum  versus  omisit^^l 

^'^  <r Minus  recte  supra ,  p.  1 98 ,  semel  nr.  8 1  &  ^*^  Ce  irait  ne  semblait  pas  iiiëriter  d'être  8p<^ 

indicatur.  9)  Le  n*"  81 A  est  aussi  donne  par  Mont-        cialement  relevé, 
faucon  (voir  plus  haut).  ^^^  D'après  la  notice  prëliminaire ,  M.  Holder- 

A. 


IV 


INTRODUCTION. 


J  aurai  achevé  de  passer  en  revue  ce  qui  a  été  dit  du  manuscrit  en  rap- 
portant la  dernière  et  la  meilleure  des  notices  dont  il  a  été  l'objet,  celle  de 
M.  E.  Langlois  dans  ses  Notices  des  nianusmts  français  et  provençaux  anténeurs 
au  xvf  siècle  conservés  dans  les  bibliothèques  de  Rome  (Paris,  1889  )  : 

Reg.  1659.  Parchemin,  o",953  sur  o'",i67;  composé  de  2  manuscrits  :  le  premier 
(fol.  1-90),  du  xin*  siècle,  de  39  à  87  lignes  à  la  colonne,  9  colonnes  à  la  page;  le  se- 


Ëgger  aurait  copie  dans  le  poème  partes  quae  im- 
perium  obtinguni.  Il  nous  est  très  difficile  de  trouver 
pour  beaucoup  de  ces  vers  en  quoi  ils  conceriieut 
TEmpire,  ou  de  deviner  pourquoi  on  en  a  découpe 
deux ,  quatre ,  huit  dans  un  contexte  qui  semble 
homogène;  il  est  surtout  singulier  que  le  dernier 
extrait  commence  avec  un  vers  (1 9386)  qui  est  le 
dernier  d'un  discours  mis  dans  la  bouche  des 
gens  de  Syrie  et  qui  termine  une  phrase  inter- 
rogative.  Il  semble  que  la  direction  des  Monv- 
menta  ait  surtout  tenu  à  publier  des  extraits  éten- 
dus de  ce  poème  (environ  i55c)  vers  en  tout) . 
ce  qui  se  justifie  très  bien  par  le  long  netaMque 
subissait  Tëdition  française  annoncée.  —  Le  texte 
a  été  établi  sur  la  copie  de  M.  Holder-Egger 
par  M.  Ad.  Tobler  :  c  est  dire  qu'il  prête  peu  t'i 
la  critique.  Je  vais  signaler  ici  un  certain  nombre 
de  divergences  soit  entre  la  copie  que  j*ai  suivie 
et  celle  qu'a  eue  M.  Tobler,  soit  entre  sa  (afon 
de  constituer  le  texte  et  la  mienne.  Je  laisse  de 
côté  des  différences  dénuées  de  toute  importance. 
Nous  avons  très  souvent,  surtout  au  début  oii  le 
ms.  est  si  altéré,  apporté  au  texte  les  mêmes  cor- 
rections. Je  ferai  remarquer  que  mon  texte  était 
entièrement  imprimé  quand  a  paru  cette  édition 
partielle.  V.  8  Keller  et  ma  copie  (S)  ont  mil; 
la  copie  de  M.  Holder-Egger  (H)  ayant  ualt, 
M.  Tobler  imprime  valt,  mais  n'ait  est  assuré- 
ment la  bonne  leçon.  —  a  5  je  ne  vois  pas  la  né- 
cessité de  changer  QwV/en  Del.  —  98  (corrigé 
par  T.  en  troee)  tirée  est  la  bonne  leçon,  et  il 
faut  traduire  comme  j'ai  fait  :  tirer  ses  tempes 
est  une  expression  qui  nous  paraît  singulière, 
mais  qu'on  retrouve  ailleurs.  —  44  T.  garde  le 
saliia  du  ms. ,  que  je  corrige  en  salve  a,  —  83 
S  corporelment ,  H  corperalment.  —  84  H  a  de- 


f  / 


vaut  vivent  un  il  qui  n'est  pas  dans  S ,  et  qui  rend 
le  vers  tix)p  long.  —  85  T.  intercale  tuit,  et  P.  la 
pour  rendre  le  vers  correct.  —  A  propos  du  fait 
que  les  vers  impairs,  à  pai*tir  du  v.  958,  ont  des 
numéros  pairs,  l'éditeur  fait  une  remai*que  sin- 
.  gulière  et  d'ailleui^s  erronée ,  le  v.  1 7 1  n*étant  nul- 
lement isolé  (sans  doute  le  v.  179  avait  été  passé 
dans  H).  —  968  (je  compte  d'après  mon  chif- 
frage, celui  de  H  étant  erroné),  ms.  Eth  vos, 
P.  Eth  voa  iianl,  T.  Esteine  vos,  correction  très 
bonne  en  soi ,  mais  qui  a  l'inconvénient  que  les 
formes  esteine  et  estete  sont  inconnues  à  notre  au- 
teoi'.  -^  ^70  la  leçon  de  S  est  excellente,  celle 
de  H  donne  un  sens  défectueux ,  et  la  correction 
ne  remédie  qu'au  rythme.  —  999  ^a  de  S  est 
meilleur  que  la  de  H.  —  434  ma  correction  de 
chr  en  chiei'  s*impose.  —  435  H  Tet,  corrigé 
par  T  en  Feî.  —  455  T.  remarque  que  le  vers  est 
(rpp  long  ;  je  corrige  pretnerement  en  prosprement, 

—  J'ai  remis  en  ordre  les  vers  46 1- 409,  qui 
paraissent  intervertis.  —  465  H  lit  chili,  mais 
S  chai,  —  479  j'ai  cm  devoir  corriger  le  vers 
en  deux  endroits.  —  489  ma  correction  donne 
un  sens  plus  clair  que  celle  de  T.,  mais  elle 
s'éloigne  plus  du  manuscrit.  —  494  ma  cor- 
rection a  l'avantage  de  conserver  le  orent  du 
ms.  —  5o3  H  veneitiens,  T.  veiietiens  (je  si- 
gnale ici  cette  divergence  qui  a  un  certain  inté- 
rêt, mais  non  beaucoup  d'autres  analogues).  — 
5o6  la  correction  de  T.  est  inutile;  il  a  imprimé 
nombre  pour  nombre,  —  5t5  la  correction  en- 
contre pour  encoste  paraît  nécessaire.  —  59  9 
H  tes ,  S  des,  qui  vaut  mieux  que  la  corr.  très, 

—  596je  ne  comprends  pas  pourquoi  T.  change 
espose  le  exi  esjtosee  al  :  feme  espose  est  une  formule 
bien  connue  en  ancien  français.  —  535-538  la 


LE  MANUSCRIT.  v 

cood  (fol.  91-100)  est  d'une  fine  écriture  anglaise  du  xiv^  siècle,  70  lignes  à  la  colonne, 
9  colonnes  à  la  page;  reliure  en  peau  rouge,  aux  armes  de  Pie  IX^^l 

Les  deux  pages  du  manuscrit  (fol.  k^  v**-5o  r**)  que,  grâce  à  l'obligeance 
de  M.  l'abbé  Duchesne,  directeur  de  l'Ecole  française  d'archéologie  à  Rome, 
j'ai  pu  joindre  à  ce  volume,  permettent  de  constater  que  M.  Langlois  avait 
raison  de  remarquer  que  le  manuscrit  a  été  écrit  en  Angleterre.  La  graphie 


ponctuation  de  T.  est  tout  à  fait  erronée  :  estoire 
a  ici  le  sens  de  fr flotte ?>  et  non  dV histoire»».  — 
5^9-550  le  ms.  porte  Ker  et  non  Ke,  et^arco- 
9uiilie.  —  6o3  le  ms.  porte  sûrement  vint  comme 
S  et  non  mut  comme  H.  —  6o5  H  et  S  ont  lu 
arme;  M.  Tobler  n  complété  le  vers  en  ajou- 
tant se,  mais  il  faut  lire  arivé  (lat.  appuisus), 

—  609  il  vaut  mieux  changer  Quen  en  Que  que 
ior  en  les,  —  61 3  je  ne  comprends  pas  pourquoi 
T.  corrige^/  en  dist.  —  687  je  ne  sais  s'il  est 
utile  de  corriger  se  en  «'1.  —  654  la  correction 
de  T.  est  sans  doute  préférable  à  la  mienne ,  este 
vos  étant  ailleurs  dans  le  poème.  —  664  il  est 
plus  simple  de  changer  Tuent  en  Ocient  que  d'a- 
jouter or,  —  676  la  ponctuation  adoptée  par 
T.  rend  ce  vers  peu  clair.  —  688  T.  a  raison  de 
corriger  noise,  mais  je  préférerais  vile  à  chose.  — 
698  Ior,  que  porte  H,  vaut  bien  mieux  que  le 
jor  de  S  que  j'ai  conservé.  —  798  le  ms.  afraus 
et  non Jrans,  ce  cpii  suggère  la  correction ^aiViu*. 

—  8oo  je  supplée  pris  plutôt  que  mort.  —  84 1 
Que  de  ço  que  il  enfaiseit,  T.  :  E  (ms.)  ^ie  ço  qu'il 
ensi  feseit,  —  85 q  je  corrige  requesle,  repris 
du  vers  précédent,  en  tempcslc,  —  854  j'aime 
mieux  imprimer  henuiuses  i\\\henviuses.  —  878 
au  lieu  d'ajouter  très  pour  faire  le  vers,  j'ai  mis 
seignorùige  pour  seignorage,  à  tort,  car  notre 
|K)ème  ne  connaît  que  seignorage,  et  seignoriage^ 
bien  qu'admissible ,  n'est  pas  attesté  ailleurs.  — 
901  ms.  ces,  T.  as,  P.  des.  —  908  Si,  il  faut 
imprimer  S'i.  —  918  il  vaut  mieux  corriger 
parties  en  départies  (  P.  )  que  Mais  en  Maintes  (T.). 

—  99 1  le  ms.  porte  bien  Princement.  —  980 
Que  il  pensast  tel  vilainie  est  la  leçon  qui  me 
parait  la  meilleure.  —  Le  v.  976,  qui  répète  le 


V.  974 ,  me  parait  fautif;  je  l'ai  remplacé  par  des 
points.  —  Le  v.  997  est  dans  le  ms.  et  a  été 
omis  par  H.  —  1 086  j'ai  suppléé  mult  plutôt  que 
le.  —  io4a  ms.  lanme  et  non  laume.  —  1069 
chinches  et  non  chuiches,  —  1066  de  ses  pour 
des,  au  lieu  d'ajouter  tuit.  —  1111  De  la  Setem- 
bre[sce]{?.)^  De  la  [mi\  setembre  (T.).  —  9798- 
9794  je  corrige  Monferant  et  Corant  en  Montferat 
et  Corat.  —  9858  je  corrige  estenert.  —  9995 
T.  supprime  t  avant  tint,  ce  qui  fait  tomber 
la  remarque  sur  la  double  forme  Flandres  et 
Flandre  a  la  Table  des  noms  propres.  —  9980 
S  a  des  fraiz;  T.  lit  deffreiz  et  traduit  par 
ffdecrepitus»» ,  ce  qui  est  bon  et  doit  faire  effacer 
ma  correction  desfaiz.  —  8947  je  ne  vois  pas  la 
nécessité  de  changer  tombouent  en  trompouent.  — 
8894  j'aime  mieux  lire  començon  (jue  començ'on. 
—  6677  la  correction  et  la  ponctuation  de  T. 
valent  mieux  que  les  miennes,  et  permettent  de 
restituer  le  v.  6680  d'une  façon  plausible.  — 
J'admets  une  lacune  après  le  v.  19898,  et  il 
manque  certainement  un  vei*s  après  19845. 

^*'  M.  Langlois  ajoute  qu'on  trouve,  aux 
fol.  89  V*  et  90  r",  ffune  chanson  française, 
paroles  et  musique  (écriture  du  xiu'  siècle), 
int^ralement  reproduite  par  keller^.  Il  aurait 
dû  remarquer  que  cette  chanson  est  non  pas 
française,  mais  provençale,  bien  que  le  scribe 
l'ait  fort  altérée,  et  qu'elle  est  dans  un  rapport 
étroit  avec  le  poème  à  la  suite  duquel  elle  est 
copiée  de  la  même  main.  C'est  le  célèbre  planh 
de  Gaucelm  Faidit  sur  la  mort  du  i-oi  Richard, 
qui  se  retrouve  encore  dans  deux  autres  mss. 
d'origine  française.  (VoirL.  Gauchat,  Bomania, 
t.  XXII,  p.  886,  879.) 


VI  INTRODUCTION. 

présente  d'ailleurs  en  grand  nombre  les  caractères  bien  connus  de  1  anglo- 
normand,  et  la  négligence  constante  que  met  le  scribe  à  donner  aux  vers 
leur  nombre  régulier  de  syllabes,  ainsi  que  les  fréquentes  altérations  qu'il 
fait  subir  à  la  rime,  suffisent  à  montrer  qu'il  n'était  pas  Français^^'.  C'est  vers 
la  fin  du  xni^  siècle  que  la  paléographie  nous  permet  de  placer  la  copie  de 
ÏEstoire  de  la  guerre  sainte  qui  nous  est  parvenue.  On  y  remarque  l'absence 
de  certains  traits  anglo-normands  (comme  aun  pour  an)  qui  apparaissent, 
il  est  vrai,  dès  le  commencement  du  xni*^  siècle,  mais  qui  ne  deviennent  tout 
à  fait  usuels  qu'à  la  fin.  Les  deux  premières  strophes  du  planh  de  Gaucelm 
Faidit  sur  la  mort  de  Richard  Cœur  de  lion,  copiées  à  la  fin  par  le  même 
scribe,  présentent  un  texte  fortement  francisé  et,  à  ce  qu'il  semble,  «rpoite- 
viniséiî,  mais  n'offrent  que  très  peu  de  traits  anglo-normands (^'.  Cette  cir- 
constance indique  que  notre  manuscrit  a  été  copié  sur  un  manuscrit  exécuté 
en  France,  sans  doute  en  Poitou,  postérieurement  à  la  mort  de  Richard 
Cœur  de  lion,  et  qui  faisait  déjà  suivre  le  récit  des  exploits  de  Richard  de  la 
complainte  à  laquelle  son  trépas  donna  iieu  de  la  part  du  célèbre  troubadour 
poitevin. 


II.  —  L'AUTEUR. 

L'auteur  de  YEsiotre  de  la  guerre  sainte  nous  a  fait  connaître  son  nom;  il 
s'appelait  Ambroise  :  Amhroise  dit  y  qui  Jist  cest  livre  (171),  etcJ^K  II  ne  nous 
apprend  guère  autre  chose  sur  lui.  Il  se  présente  à  plusieurs  reprises  comme 
ayant  assisté  aux  événements  qu'il  raconte.  Il  était  présent,  le  2 1  janvier  1188, 
à  la  célèbre  entrevue  d'Henri  II  et  de  Philippe  II,  (rentre  Gisors  et  Trie, 
dans  la  grande  et  belle  prairie tî  (v.  i5o).  Il  était  à  Londres,  le  3  septembre 
1 189,  aux  fêtes  du  couronnement  de  Richard  (v.  192,  197),  et  à  partir  de 
ce  moment  nous  le  voyons  suivre  partout  le  roi  d'Angleterre,  à  Lions-la-Forêt, 
à  Tours,  à  Vézelai  (v.  182),  à  Lyon,  à  Marseille,  à  Messine  (v.  617),  où  il 

(^)  On  peut  relever  aussi  le  fait  que  le  manu-  Keller,  p.  6a5.  Le  planh  de  Gaucelm  Faidit  a 

scrit  se  trouve  relie  avec  un  autre  manuscrit, ce-  été   imprime,   d'après   divers   manuscrits,  un 

lui  du  poème  de  Ciiardri,  exécuté  incontestable-  grand  nombre  de  fois, 
ment  en  Angleterre.  ^^^   Voir  à  la  Table  des  noms  propres  Tindica- 

('^  Voir  le  texte  de   notre  manuscrit   dans  tion  des  neuf  passages  oii  il  se  nomme. 


^ 


i;auteur.  VII 

prit  part  au  grand  festin  que  donna  Richard  dans  le  château  de  (r  Mategrifon  ^ 
le  jour  de  Noël  1190  (v.  1096,  1099).  Embarqué  avec  le  roi  le  10  avril 
1191  (v.  1191),  il  s'arrêta  comme  lui  en  Crète  (v.  1^60)  et  à  Rhodes 
(v.  1385).  II  suivit  l'expédition  de  Chypre  (v.  i5oi  ss.  1690,  17^7)  et 
aborda  à  Acre  le  8  juin.  Il  vit  de  ses  yeux  plusieurs  épisodes  du  siège  (v.  6828). 
Après  la  prise  de  la  ville,  il  partit  le  âo  août  avec  Richard  et  fit  toute  la 
longue  et  inutile  campagne  qui  se  tennina  par  le  retour  des  croisés  à  Acre 
le  20  juillet  1192  (voir  notamment  v.  6920,  6288,  7078,  7656,  7^79, 
7682  ss.,  7861,  7899,  8716,  9385,  9519,  9796  ss.,  983/1,  10277, 
106/12).  H  ne  paraît  pas  avoir  suivi  Richard  dans  l'héroïque  <r  rescousse  d  de 
Jaffe  (le  v.  1 1637  ne  prouve  rien).  Après  la  trêve  conclue  le  2  septembre,  il 
fit  partie  du  deuxième  convoi  des  pèlerins  qui  furent  admis  à  entrer  à  Jéru- 
salem et  à  visiter  les  lieux  saints,  non  sans  courir  de  grands  dangers  et  sans 
essuyer  de  dures  humiliations  (v.  1201/1  ss.).  Ambroise  termine  son  récit  au  ^ 
rembarquement  de  Richard,  qu'il  n'accompagnait  certainement  pas,  et  ne  nous 
fait  pas  savoir  comment  il  revint  lui-même  dans  sa  patrie. 

Qu'était  Ambroise?  En  quelle  qualité  prit-il  part  à  la  croisade?  H  résulte 
de  son  naïf  témoignage  qu'il  n'était  pas  chevalier.  Après  avoir  dit  que  les  che--^ 
valiers  qui  faisaient,  comme  lui,  partie  du  second  convoi  des  pèlerins  admis 
à  Jérusalem  eurent,  par  la  permission  de  Salahadin,  la  joie  de  voir  la  vraie 
croix,  il  ajoute  (v.  12089)  :  E  nos  autre  qui  a  pie  fumes  Ço  veïtnes  que  nos 
peûmes^^\  Mais  il  ne  doit  même  pas  avoir  été  écuyer  ou  simple  (t sergent?).  Il 
est  bien  remarquable  que,  dans  cette  longue  histoire  qui  se  compose  surtout 
de  récits  de  combats,  il  ne  se  met  jamais  en  scène  parmi  les  combattants.  Ni 
à  Messine,  ni  en  Chypre,  ni  devant  Acre,  ni  dans  cette  longue  marche  de 
Syrie  qui ,  sans  parler  de  la  grande  bataille  d'Arsur,  fut  une  escarmouche  per- 
pétuelle, il  ne  semble  avoir  porté  ou  reçu  un  coup.  C'est  parmi  les  non-com-  ^ 
battants  qu'il  faut  le  chercher*^^'.  On  pense  d'abord  aux  clercs.  Mais  rien  n'in- 
dique qu'Ambroise  ait  été  clerc.  Son  instruction,  comme  nous  allons  le  voir, 

^*^  C'est  ce  que  Richard  de  la  Sainte-Trinilë  ^*^  Le  seul  passage  d'où  Ton  pourrait  conclure 

de  Londres,  le  traducteur  latin  qui  se  substitue  qu*ii  portait  les  armes  est  celui  des  v.  i5o3  ss., 

impudemment  à  Ambroise  (voir  le  S  V  de  celte  où  il  dit  rrnousn  en  parlant  des  combattants; 

Introduction),  rendpar  ces  mots,  011  on  retrouve  mais  cette  formule  n'est  pas  décisive.  Ambroise 

une  des  rimes  de  Foriginal  :  ffos  autem  pedite»  emploie  souvent  ^e  en  parlant  de  lui,  jamais  à 

vidimuê  quod  potuimw  (VI ,  ixiii).  propos  d'un  fait  de  guerre. 


/ 


viii  INTRODUCTION. 

est  purement  prise  à  des  œuvres  françaises.  H  est  pieux,  mais  comme  Tétaient 
tous  les  pèlerins,  ou  au  moins  comme  les  meilleurs  d'entre  eux.  Quand  il  parle 
des  prêtres  qui  faisaient  partie  de  l'expédition,  il  ne  se  met  jamais  parmi  eux. 
Toute  sa  façon  de  juger  les  hommes  et  les  choses  est  celle  d'un  laïque  de  pe- 
tite condilion,  d'un  membre  de  cette  gent  menue  dont  il  exprime  avec  prédilec- 
tion les  opinions,  les  sentiments,  les  espérances  enthousiastes  et  les  amères 
déceptions. 

En  dehors  des  combattants  et  des  clercs,  ou  ne  voit  guère  dans  Yost  des 
croisés  de  place  que  pour  un  poète  de  profession,  un  jongleur.  C'est  bien 
ce  que  je  crois  qu'était  Ambroise.  Il  connaît  à  fond  les  chansons  de  geste 
qui  étaient  en  faveur  à  la  fin  du  xii^  siècle,  et  le  souvenir  lui  en  revient  à  tout 
propos.  Quand  il  arrive  à  Messine  et  qu'il  voit  en  face  de  lui  Rise  (Reggio), 
il  se  rappelle  aussitôt  que  c'est  la  ville  dont  s'empara  Agoland,  d'après  la 
chanson  à' Asprematit  (v.  5 16).  Pour  louer  ses  héros,  il  les  compare  à  Roland, 
à  Olivier  (v.  4665),  il  va  même  jusqu'à  les  mettre  au-dessus  des  glorieux 
morts  de  Roncevaux  (v.  11206).  Désolé  de  la  discorde  qui  règne  entre  les 
croisés,  il  la  met  en  contraste  avec  l'union  des  guerriers  de  Charlemagne,  qui 
permit  à  celui-ci  de  conquérir  l'Espagne  (v.  8/179-868/i),  la  Saxe  (v.  8685- 
8/189)  et  l'Italie  (v.  8690-8693),  d'après  les  chansons  de  RoncevauXy  des 
Saisîtes  et  âiAspremontj  ou  avec  celle  des  premiers  croisés  au  siège  d'Antioche 
(v.  8696-8699).  C'est  d'après  la  chanson  consacrée  à  ce  siège  qu'il  rappelle 
encore  ailleurs  (v.  10666-10682)  les  noms  de  Godefroide  Bouillon,  deBoé- 
mond  et  de  Tancré,  Dont  Von  reconte  encor  Vestorie.  Pour  donner  l'idée  de  la  per- 
fidie de  l'empereur  de  Chypre,  il  dit(v.  i388)  qu'il  étajit  pire  que  Ganelon.  Au 
reste,  il  connaît  tout  aussi  bien  d'autres  poèmes  en  langue  vulgaire.  Il  compare 
Jacques  d'Avesnes  à  Alexandre  (v.  â856),  à  Hector  et  à  Achille  (v.  ^855), 
d'après  les  romans  di  Alexandre  et  de  Troie.  Dans  un  curieux  passage,  il  énu- 
mère  non  seulement  les  vieilles  chançons  de  geste  Dont  jogleor  font  si  grant  feste 
(v.  6189-6190),  mais  d'autres  romans  en  vogue,  pour  opposer  l'absolue  au- 
thenticité de  l'histoire  qu'il  raconte  à  la  véracité  douteuse  de  leurs  récits  :  c'est 
cf  le  message  de  Balan  n  (^Aspretnotit) ,  les  poèmes  sur  Pépin  et  sur  Charlemagne , 
Agoland  (encore  Aspremont),  Guiteclin  (les  SaisneSy  cités  encore  ailleurs);  mais 
c'est  aussi  la  mort  d'Alexandre  (voir  à  la  Table  des  noms  propres),  les  amours 
de  Paris  et  d'Hélène  (Troie),  les  prouesses  d'Arthur  de  Bretagne  et  de  ses  com- 
pagnons, les  aventures  de  Tristan.  Il  semble  que  nous  ayons  là  comme  un  cata- 


L'AUTEUR. 


IX 


logue  de  son  répeiloire  habituel,  dans  lequel  la  chanson  à'Aspremont  devait 
tenir  tf ne  placé  d^hônneur,  car  il  ne  la  cite  plis  moins  de  quatre  fois^^^ 

Si  l'instruction  d'Ambroise  est  celle  d'un  chanteur  de  geste  et  diseur  de 
contes,  les  sentiments  qu'il  manifeste  en  certains  endroits  semblent  bien  aussi 
appartenir  à  cette  profession.  Il  aime  les  fêtes  et  les  décrit  avec  complaisance, 
en  insistant  sur  le  fait  qu'il  y  a  pris  part  :  il  n'a  vu  en  sa  vie  r  cour  plus  cour- 
toisement servies  que  celle  de  Richard  à  son  couronnement,  où  il  a  remarqué 
une  vaisselle  magnifique,  des  tables  chargées  de  victuailles,  et  des  présents 
distribués  avec  une  largesse  incomparable  (v.  19a  ss.).  De  même  à  la  fête  de 
Mategrifon,  il  admire  tout,  et  les  nappes,  et  la  vaisselle,  et  le  service,  et  les 
dons  (v.  1091  ss.)W.  Ce  n'est  sans  doute  pas  sans  regret,  au  contraire,  qu'il 
constate  qu'à  la  fête  de  Noël  tenue  à  Lions-la-Forêt  Richard  était  si  pressé 
qu'on  n'eut  guère  le  temps  de  tr chanter  de  gestes»  (v.  nBo). 

Mais  si  Ambroise  aime  naïvement,  en  vrai  jongleur,  les  fêtes  et  les  dons 
princiers,  il  n'en  a  pas  moins  des  sentiments  honnêtes  et  même  un  idéal 
assez  élevé.  Il  est  sincèrement  pieux,  et  il  a  entrepris  son  pèlerinage  dans 
l'espoir  d'adorer  les  lieux  saints,  qu'il  pensait  voir  délivrer  par  ses  compa- 
gnons; il  gémit  sans  cesse  sur  la  désunion  des  croisés;  il  blâme  les  désordres 
et  les  péchés  de  l'ost  (v.  6676  ss.,  7088  ss.,  8/i5o  ss.),  de  façon  à  nous 
persuader  qu'il  ne  fut  pas  de  ceux  qui  y  prirent  part  ^^K  Nous  verrons  plus  loin 
que,  dans  son  récit,  s'il  n'est  pas  toujours  impartial,  il  est  toujours  sincère 
et  s'efforce  d'être  juste. 

Aiilbroise  écrivit  son  poème  après  être  revenu  en  Occident,  et  il  a  eu  en 
l'écrivant  plusieurs  desseins.  Il  se  proposait  de  mettre  dans  tout  leur  jour  la 
prouesse  et  les  autres  qualités  de  son  souverain,  le  roi  Richard;  il  voulait 
répondre  au  dédain  que  montraient  à  l'égard  de  cette  croisade  stérile  beaucoup 
de  ceux  qui  n'y  avaient  pas  pris  part  (voir  le  curieux  passage  v.  12226-12256). 
Mais  surtout  il  voulait  profiter  de  ce  qu'il  était  capable  de  rimer  et  d'écrire 


^^^  En  r^[ard  de  ces rëminiseeiices constantes, 
le  nombre  des  allusions  bibliques  est  extrême- 
ment restreint  et  leor  caractère  très  général;  il 
n'y  avait  pas  besoin  d*étre  clerc  pour  parier 
d*Adam  et  de  sa  pomme  (v.  6679  )  on  poor  com- 
parer Kyrsac  à  Judas  (v.  i388). 

^*^  n  s*intéresse  même  aux  fêtes  auxquelles  il 
n'assiste  pas,  par  exemple  aux  noces  d*Henri 


de  Champagne  avec  Isabel  de  Jérusalem  (voir 
V.  90  47-9069  ).  Voyez  encore  le  souhait  qu*il 
exprime  au  V.  9109. 

^')  Ce  n'est  [pas  quil  fôt  insensible  k  Tattrait 
de  la  beauté  féminine.  Voir  les  naïves  réflexions 
qu'il  fait  en  racontant  qu'Henri  de  Champagne 
épousa  Isabel  de  Jérusalem  malgré  l'avis  de 
Richard  (v.  90&9). 


ntriiatuB  batiowau. 


X  INTRODUCTION. 

pour  raconter  fidèlement  ce  qu'il  avait  vu  outre  mer.  Les  croisades  ont  suscité 
chez  nous  la  littérature  historique  en  langue  vulgaire,  et  le  récit  d'une  de 
ces  lointaines  expéditions  était  sûr  d'avoir  du  succès.  Ambroise  destinait  son 
poème  à  être  récité  en  public,  soit  par  lui-même,  soit  par  d'autres  auxquels 
il  en  céderait  une  copie  ^^K  et  il  s'en  promettait  un  légitime  profit.  Il  avait  cer- 
tainement formé  ce  projet  dès  le  début  de  l'expédition ,  et  il  dut  prendre  des 
notes  pendant  tout  le  temps  qu'il  fut  absent  de  chez  lui,  comme  on  le  voit 
par  l'exactitude  des  dates,  qu'il  rapporte  presque  toujours  minutieusement ^^^ ; 
c'est  à  Acre  même  qu'il  recueillit  les  renseignements  qu'il  donne  sur  l'histoire 
antérieure  de  la  Terre-Sainte,  qu'il  connut  un  journal  du  siège  jusqu'à  l'ar- 
rivée des  rois  de  France  et  d'Angleterre f'\  et  qu'il  lut  le  catalogue,  dressé  par 
(Tun  bon  clercs,  des  croisés  de  marque  morts  devant  la  ville  depuis  le  com- 
mencement jusqu'à  la  fin  du  siège  (v.  558q). 

Ambroise  était  donc  certainement,  sinon  un  jongleur  précisément,  du  moins 
un  écrivain  de  profession.  Ce  que  nous  avons  maintenant  à  nous  demander, 
c'est  le  pays  dont  il  était  originaire. 

Il  était,  cela  ne  saurait  faire  un  doute,  sujet  de  Richard  et  non  de  Philippe. 
Il  parle  toujours  des  Français  comme  d'étrangers,  tandis  qu'il  regarde  comme 
lui  appartenant  de  plus  près  les  Gascons,  Poitevins,  Angevins,  Manceaux,  Nor- 
mands et  Anglais,  c'est-à-dire  tous  les  habitants  des  provinces  soumises  directe- 
ment à  Richard,  roi  d'Angleterre,  duc  de  Normandie  et  de  Guyenne,  comte  de 
Poitou,  d'Anjou  et  du  Maine^*^  C'est  dans  une  de  ces  provinces  qu'il  faut  cher- 
cher la  patrie  d' Ambroise.  Il  n'était  pas  Anglais;  il  dit  expressément  ^v^  66) 
que  Richard,  alors  comte  de  Poitiers,  se  croisa  ie  premier  des. hauts  hommes 
Des  terres  dont  nos  de  ça  somes  :  de  ça  est  ici  précisément  par  opposition  à  l'An- 
gleterre. Il  n'était  pas  non  plus  Gascon,  comme  son  langage  le  montre  suffi- 


(^)  Voir  les  nombreux  appels  aux  auditeurs 
(Seignor)^  et  notamment  les  vers  7806  et  1 1  ^70 
(«t  veir  com  vos  ci  estes) ^  le  vers  a389  {com 
orra  Qui  entor  moi  tant  sojorra)  et  les  vers 
83q5,  8/i/i/i,  8817.  C'est  à  cause  de  ce  mode 
de  publicité  que  Tautenr  se  désigne  tantAt,  avec 
son  nom,  à  la  3*  personne,  tantôt  par  je.  C'est 
ainsi  que  s'expliquent  aussi  les  fcumules  comme 
çodiiU  livres  (v.  71 85),  sehnc  Vestoire  quejo  di 
(v.  11368). 


^'^  L'exactitude  de  ces  dates  est  presque  toli- 
jonrs  confirmée  par  le  témoignage  de  l'historien 
arabe  Bohaeddin;  voir  les  références  données  par 
M.  Stobbs  dans  son  édition  de  Vltinerarium  Ri- 
eardi, 

('^  Sur  l'utilisation  de  ce  texte  par  Ambroise 
et  par  Richard  de  la  Sainte-Trinité,  voir  S  vu. 

(^)  Best  remarquable  qu'à  côté  des  Normands, 
Manceaux,  Angevins,  Poitevins  et  Gascons  il  ne 
mentionne  jamais  les  Tourangeaux. 


L'AUTEUR.  XI 

samment ,  et  la  même  raison  s'oppose  à  ce  qu'on  le  regarde  comme  Poitevin. 
On  peut  hésiter  entre  la  Normandie ,  l'Anjou  et  le  Maiije. 

C'est  pour  la  Normandie  qu'il  faut  opter.  Il  est  clair  qu'Ambroise  porte  à 
cette  province  un  intérêt  particulier.  Dès  le  début,  il  la  met  en  vedette  :  la  prise 
de  Jérusalem  cause  une  consternation  profonde  E  en  Normendie  e  en  France  E  par 
toie  crestienté  (v.  18);  la  guerre  des  rois  de  France  et  d'Angleterre  est  pour 
lui  une  guerre  entre  France  e  Normendie  (v.  88);  en  pariant  de  la  haine  de 
Philippe  contre  Richard ,  il  dit  que  de  là  vint  la  guerre  Dont  Normendie  fu 
gastee  (v.  83o);  il  constate  de  même  que  le  séjour  de  Richard  en  Orient  eut 
les  plus  fâcheuses  conséquences  pour  Normendie  y  Quinfu  povrCy  guastè  e  mendie 
(v.  9^59).  Quand  il  parle  des  ^(ormands,  il  leur  donne  souvent  un  éloge  par- 
ticulier :  il  les  appelle  lagent  de  vcdor  (v.  926),  la  gent  seûre  (v.  9533).  Enfin, 
en  pariant  des  Normands  qui  conquirent  la  Pouille  et  la  Sicile ,  il  les  appelle 
«nos  ancêtres T)  (v.  618).  Il  est  impossible  à  ces  traits  de  méconnaître  un 
Normand. 

On  peut  sans  doute  préciser  davantage.  Ambroise  mentionne,  pour  leurs 
prouesses  ou  leurs  aventures,  des  guerriers  de  plusieurs  pays  :  il  ne  ménage 
pas  l'éloge  aux  barons  français  comme  Guillaume  des  Barres  et  Auberi  Clé- 
ment, flamands  comme  Jacques  d'Avesnes,  champenois  comme  André  de 
Brienne;  il  rappelle  les  haute  faits  des  Poitevins  comme  Jofroi  de  Lusignan  ou 
André  de  Ghauvigni ,  des  Manceaux  comme  Juquel  de  Mayenne  ou  Robert  de 
Sablé.  Mais  ce  sont  tous  là  de  cr  hauts  hommes?),  des  personnages  que  connaît 
l'histoire  du  temps.  Pour  les  Normands,  au  contraire,  il  cite  les  iloms  de 
simples  chevaliers  qui  sans  lui  n'auraient  pas  laissé  de  traces  dans  l'histoire , 
et  dont  plusieurs  ne  figurent  dans  ses  vers  que  comme  ayant  pris  part  à  la 
croisade,  sans  s'y  être  d'ailleurs  particulièrement  distingués.  Or,  —  sans 
parier  de  plusieurs  noms  normands  qu'on  ne  peut  identifier  avec  certitude, 
—  des  cinq  départements  de  l'ancienne  province  de  Normandie,  l'Orne  ne 
fournit  aucun  nom  à  la  liste  d'Ambroise ,  la  Manche  n'en  fournit  que  deux  (Ma- 
thieu de  Saussei  et  Jourdain  du  Hommet;  encore  faut-il  noter  que  celui-ci 
est  un  grand  seigneur,  connétable  de  Séez  et  mentionné  ailleurs),  la  Seine- 
Inférieure  que  deux  (Huon  de  Gournai  et  le  chambellan  de  Tancarville,  per- 
sonnage illustre),  le  Calvados  que  deux  (Henri  de  Graïe  et  Aucoen  du  Fai, 
qui  est  douteux);  l'Eure  au  contraire  n'en  apporte  pas  moins  de  dix.  On 
peut  mettre  de  côté  Etienne  de  Longchamp,  suffisamment  célèbre  d'ailleurs, 


B. 


XII  INTRODUCTION. 

Guauquelin  de  Ferrières,  qui  était  mentionné  dans  l'ouvrage  antérieur  à  Am- 
broise  dont  il  s'est  servi  pour  son  récit  de  la  première  partie  du  siège  d'Acre, 
et  Gislebert  de  Vascœil,  qui  dut  une  fâcheuse  réputation  à  son  abandon  de 
Gisors  à  Philippe.  Mais  il  en  reste  sept  qui  certainement  sans  notre  poète  ne 
seraient  pas  connus  de  la  postérité'^'  :  Roger  de  Hardencourt,  <r  le  bon  archer  tj,  et 
Guillaume  du  Bois-Normand ,  qui  se  défendirent  si  bien  contre  les  et  Grifons  n 
de,  Kyrsac;  Guillaume  et  Henri  de  Mailtoc,  qui  combattirent  vaillamment  à 
Rames;  Bartélemi  de  Mortemer  (ceiui-là  est  douteux (^^),  un  des  compagnons 
de  Richard  dans  l'héroïque  délivrance  de  Jalfe;  Raoul  de  Rouvrai,  tué  à 
Messine  (douteux);  et  enfin  les  frères  de  Tournebu,  Pluseur  bon  Jil  e  tuil 
(F un  père  (v.  6710),  qui  arrivèrent  à  Acre  en  juin  1191  avec  l'évêque 
d'Evreux^^'.  Cela  indique  bien  un  proche  compatriote  de  ces  braves  chevaliers. 
D'autres  circonstances  confirment  cette  induction.  Je  n'attachas  pas  d'impor- 
tance au  fait  qu'Ambroise  assistait  à  l'entrevue  de  Gisors  et  à  la  fête  de  Lions- 
la-Forèt,  puisqu'il  était  aussi  à  Londres  et  à  Tours;  mais  il  est  assurément 
significatif  qu'ayant  à  nommer  Dreux  (v.  760)  il  ajoute,  pour  faire  connaître 
la  situation  de  cette  ville  française  :  Qui  est  a  set  Hues  d^Evreues^'^K  11  est  donc 
fort  probable  qu'Ambroise  était  dje  l'Evrecin.  L'étude  de  la  langue  du  poème 
est,  comme  on  le  verra  plus  loin,  parfaitement  d'accord  avec  cette  conclu- 
sion. 

On  croirait  pouvoir  la  confirmer  et  même  la  préciser  encore  davantage  grâce 
à  un  tout  petit  détail.  Notre  poète  appuie  une  assertion  de  son  récit  (v.  9536) 
par  cette  invocation  :  Issi  m'ait  sainz  Cekrins.  Le  nom  de  saint  Gélerin  n'est 
pas  fort  célèbre ,  et  je  ne  pense  pas  que  dans  toute  la  littérature  française 
du  moyen  âge,  où  les  invocations  de  saints  sont  si  fréquentes,  on  le  trouve 
mentionné  en  dehors  de  ce  passage.  Je  sais  bien  que  notre  versificateur  ne  le 
nomme,  dans  ce  vers  de  remplissage,  que  pour  rimer  di\ec  pèlerins  y  mais  encore 
fallait-il  qu'il  le  connût ,  et  c'est  une  connaissance  qui  ne  devait  pas  être  très 
répandue  en  dehors  d'une  certaine  région.  Or,  il  existe  dans  l'Eure ,  allant  de 

(^^  Les  noms  de  qaelques-uns  d'entre  eux  figu-  chard  à   Tancré  (v.   100g),  peut  encore  élre 

renl  dans  des  chartes  qui  nous  ont  été  conservées  ;  signalée.  Toutefois ,  il  faut  remarquer  que  d'au- 

mais  c*est  là  une  notoriété  bien  restreinte.  très  historiens  le  nomment ,  comme  il  est  naturel , 

^*^  Voir  à  Y  Errata,  p.  678.  à  cette  occasion. 

('^  La  mention  de  Tévéque  d'Évreux  Jean,  ^^^  Sur  cette  évaluation,  sensiblement  trop 

tt qui  supporta  beaucoup  de  dépenses  et  de  fa-  faible,  voir  Tarlicle  Dreues  à  la  Table  des  noms 

tiguesn,  parmi  les  messagers  envoyés  par  Ri-  propres. 


LA  LANGUE.  un 

Neubourg  à  Hectomare ,  un  chemia  appelé  tr  le  Chemin  de  saint  Gélerin  d  ,  et 
d après  M.  de  Blosseville  {Dictionnaire  topographique  de  rEure^  p.  1 9 1),  ce  nom 
est  <run  nom  très  ancien,  dd  à  saint  Gélerin,  second  patron  de  la  Charité 
d'Hectomare  y>  ;  on  pourrait  donc  être  tenté  de  croire  que  c*est  précisément 
à  Hectomare  que  notre  poète  était  chez  lui.  Mais  mon  savant  confrère 
M.  A.  Longnon,  auquel  je  dois  tant  pour  Tidentification  des  noms  de  lieux  du 
poème,  ma  fait  remarquer  que  suivant  toute  apparence  la  Charité  d'Hecto- 
mare  elle-même  nest  pas  antérieure  au  xvn^  siècle;  par  conséquent  nous 
n  avons  aucune  raison  de  croire  que  la  dévotion  envers  saint  Célerin  ait  été 
anciennement  répandue  dans  cette  localité.  En  fait,  la  mention  de  ce  saint 
prouve  simplement  que  notre  poète  était  originaire  de  la  région  occidentale 
de  la  France.  li  serait  trop  long  et  ici  hors  de  propos  de  chercher  à  distinguer 
entre  les  saints  personnages  désignés  sous  les  noms,  qui  se  confondent  sans 
cesse  entre  eux,  de  CelerinuSy  CelerictiSy  CenericuSy  Cerenicusy  Serenicus y  Sinericw y 
Céleriny  Céneriy  Généré.  Il  y  a  eu  trois  martyrs  africains  du  nom  de  Celerinus; 
mais  le  saint  Célerin  vénéré  surtout  dans  la  Normandie  et  le  Maine  paraît 
bien  avoir  été  un  cénobite  du  vu®  siècle  du  nom  de  Cenericus.  C'est  sous  son 
invocation  qu'étaient  placées  les  églises  de  Saint-Céneri  près  Séez  (tf**^  d'Au- 
non-sur-Orne,  c**"  de  Séez,  arr^  d'Alençon)  et  de  Saint-Céneri-le-Gérei 
(c**°  d'Alençon),  dans  l'Orne;  de  Saint-Céneré  (c**"  de  Montsurs,  arr*  de 
Laval),  dans  la  Mayenne;  de  Saint-Célerin  (c**"  de  Montfort-le-Rotrou,  arr* 
du  Mans),  dans  la  Sarthe;  et,  jusque  dans  la  Haute-Vienne,  de  Saint-Sénery 
(c***  et  c*^  de  Pleuraartin,  arH  de  Ghâtellerault) '^'.  Saint  Célerin  était  donc 
un  saint  populaire  dans  la  Normandie  et  le  Maine,  et  son  nom  venait  natu- 
rellement sous  la  plume  d'un  Normand  occidental  pour  lui  fournir  une  rime 
riche  à  pèlerin. 

III.  —  LA  LANGUE. 

La  copie  unique  qui  nous  a  conservé  le  poème  d'Ambroise  est  notable- 
ment postérieure  à  l'original;  elle  a  été  faite  en  Angleterre  par  un  scribe  qui 
parlait  une  langue  sensiblement  différente  de  celle  de  l'auteur,  qui  ne  com- 

^*^  Les  titres  anciens  où  figure  le  patron  de  à  M.  A.  Longnon).  Il  est  probable  d'ailleurs  que 

ces  diSërentes  ë^ises  présentent  son  nom  sous  plusieurs  autres  ^^ises  étaient  dédiées  à  notre 

les  formes  variées  de  Cenencus,  Senerieus,  Sere-  saint  dans  la  Normandie  occidentale,  où  il  a  jadis 

nieiu,  Cekrieus  et  Celerinus  (renseignements  dus  été  fort  populaire. 


XIV 


INTRODUCTION. 


prenait  pas  toujours  ce  qu'il  copiait,  et  qui  n'avait  surtout  aucune  notion  des 
lois  qui  régissaient  pour  Ambroise  la  mesure  et  la  rime  des  vers.  Aussi  le 
texte  qu'il  nous  a  transmis  aurait-il  besoin  d'une  revision  critique  radicale 
pour  nous  représenter  le  poème  tel  qu'il  est  sorti  de  la  main  de  l'auteur. 
Cette  revision  radicale ,  j'avais  d'abord  eu  l'intention  de  l'essayer,  et  j'avais 
commencé  à  récrire  le  poème  dans  la  forme  que  permettent  de  lui  assigner 
et  l'étude  de  la  mesure  et  de  la  rime  et  la  connaissance  des  œuvres  écrites 
dans  le  même  temps  et  la  même  région.  Mais  je  me  suis  bientôt  aperçu 
qu'une  telle  restitution  serait  téméraire  et  en  beaucoup  de  parties  arbitraire, 
la  mesure  et  les  rimes ,  senls  points  tout  à  fait  solides  sur  lesquels  elle  pour- 
rait s'appuyer,  laissant  incertains  un  grand  nombre  de  traits  importants,  et 
plusieurs  passages  étant  tellement  altérés  qu'on  ne  pourrait  les  restituer  que 
par  des  conjectures  trop  personnelles.  Je  me  suis  donc  résolu  à  imprimer  le 
manuscrit  du  Vatican  tel  qu'il  est,  sauf  à  introduire  quelques  modifications 
exigées  par  la  mesure,  la  rime  ou  le  sens.  Encore  n'ai-je  fait  ces  corrections 
qu'avec  beaucoup  de  réserve;  j'ai  laissé  subsister  le  texte  du  manuscrit  toutes 
les  fois  que  ces  trois  postulats  pouvaient  à  la  rigueur  être  satisfaits  par  la 
leçon  qu'il  donnait.  J'ai,  par  exemple,  conservé  les  vers  trop  longs  ou  trop 
courts  quand ,  à  la  lecture ,  l'élision  d'une  voyelle  ou  la  prononciation  en  deux 
syllabes  d'une  diphtongue  apparente  pouvait  leur  rendre  leurs  huit  (neuf) 
syllabes  réglementaires  ^*^;  j'ai  laissé  telles  quelles  les  rimes  qui  n'étaient  dé- 
truites que  par  la  graphie  et  se  retrouvaient  sans  peine  si  on  leur  rendait  celle 
qu'elles  auraient  dû  avoir^^^;  j'ai  renoncé  à  restituer  les  passages  trop  défigurés 
pour  que  le  contexte  général  et  la  comparaison  de  la  version  latine  permissent 
de  les  reconnaître  sous  leur  travestissement  '^^  ;  j'ai  respecté  la  graphie  incon- 


^^)  Par  exemple,  j'ai  laisse  subsister  ço, 
qui,  elc,  même  quand  leur  voyelle  doit  s'aider. 
Eu  revanche  j*ai  partout  rëintëgrë  les  voyelles 
omises  qui  étaient  nécessaires  à  la  mesure  {feis^ 
sent  four fissent,  etc.),  ajouté  des  mots  oubliés 
dans  les  méme«  conditions,  supprimé  ou  ajouté 
Ve  mis  ou  omis  au  hasard  dans  or{e) ,  lor{e)s,  etc. 

^')  Ainsi  les  rimes  de  ei  avec  oi,  de  e  avec  ie, 
inconnues  au  poète,  ne  sont,  dans  le  manuscrit, 
que  graphiques;  on  peut  toujours  restituer  par- 
tout et  et  te  ou  e. 

^')  Pour  bien  faire  comprendre  mon  système , 


je  demande  la  permission  d'examiner  quelques 
vers  pris  au  hasard  (je  ne  choisis  pas  ceux  du 
début,  parce  qu'ils  présentent  des  fautes  contre 
le  sens  plus  nombreuses  que  d'ordinaire)  dans 
le  manuscrit  et  dans  mon  texte.  Au  v.  i355 
seignurs  est  probablement  fautif  pour  seignur, 
mais  il  n'est  pas  changé;  i358  l'f  qui  commence 
le  vers  dans  le  manuscrit  a  dû  être  supprimé 
pour  la  mesure,  et  au  contraire  pour  la  même 
raison  e  ajouté  au  v.  i36o;  desirers  iSSg  rime 
avec  encombriers,  il  n'y  a  qu'à  lire  destriers,  et  je 
laisse  ce  soin  au  lecteur;  mais  au  v.  i36â  ek 


LA  LANGUE. 


XV 


séquente  et  souvent  barbare  du  copiste  anglo-normand  (^)  partout  où  elle 
ne  détruisait  pas  le  vers  ou  le  sens.  Ce  système  ma  paru  s'imposer  surtout 
pour  la  première  édition  d'un  texte  conservé  dans  un  manuscrit  unique.  Si 
le  poème  d'Ambroise  est  imprimé  une  seconde  fois ,  surtout  si  on  en  découvre 
un  second  manuscrit,  le  nouvel  éditeur  pourra  être  plus  hardi  que  je  ne  Tai 
été,  et  le  poème,  rapproché  de  sa  forme  primitive,  se  lira  certainement  avec 
beaucoup  plus  de  facilité  et  d'agrément. 

Mais,  si  je  n'ai  pas  cru  devoir  essayer  de  lui  rendre  dans  mon  édition  cette 
forme  primitive,  je  dois,  au  contraire,  signaler  avec  soin  tout  ce  que  nous 
permet  d'en  connaître  l'étude  attentive  des  rimes  et  de  la  mesure ,  complétée 
par  ce  que  nous  savons  de  l'état  général  du  français  au  temps  et  dans  le  pays 
de  l'auteur.  Avant  d'employer  les  deux  moyens  d'investigation  que  nous  four- 
nissent l'homophonie  des  syllabes  accentuées  (rimes)  et  le  compte  des  syllabes 
dont  se  compose  le  vers  (mesure),  il  est  nécessaire  d'examiner  ces  moyens 
en  eux-mêmes  et  de  voir  dans  quelles  conditions  ils  s'offrent  à  nous. 

Rime.  —  Ambroise  est  un  rimeur  très  exact.  Non  seulement  il  exige  pour 
les  voyelles  accentuées  une  parfaite  homophonie  (^',  mais  il  n'est  pas,  en  gé- 


doone  ane  syllabe  de  trop ,  j^impriine  el;  je  laisse 
au  Y.  i363  Grand  daelfud  pour  Grant  dueUfu 
(de  iD.  V.  iS'j6  Ju  grant  doel)^  mais  je  ne  puis 
laisser  tel  pour  de  V,  qtii  ddtniit  le  sens  ;  je  ne 
garde  pas  la  graphie  oueraine  pour  ovrame ,  qui 
seroUe  ajouter  une  syllabe  au  vers,  mais  je  garde 
ooraiue  et  Alemaine  au  lieu  àiovraigne  et  Ak- 
maigne,  formes  du  poète;  j*ajoute  au  v.  i365  i, 
nécessaire  pour  la  mesure  et  le  sens;  je  garde 
dans  les  vers  suivants  tustenue  pour  sostenue  (soi- 
Umr  V.  i3S3),  dtté  pour  até,  GuiUame  pour 
Gmllealme,  murut  pour  morul,  mais  je  corrige  au 
Y.  1375  sureurut  en  sucurut  (pour  socorut)\  au 
V.  1 377  le  copiste  a  écrit  par  m^arde  mescheeius , 
qui  termine  le  vers  suivant,  je  restitue  escheeùes; 
au  V.  1379  une  abréviation  mise  pour  une  autre 
a  changé  gregiee  en  gurgieê,  je  restitue  gregke, 
mais  au  v.  i383  je  laisse  Ço  estaU,  bien  que  ces 
Ijnois  syllabes  ne  comptent  que  pour  deux;  je 
laisse  aux  v.  i38â ,  1387,  atoii,  niait  pour  osout, 


alaut ,  et  ainsi  de  sm'te.  On  voudra  bien  excuser 

les  menues  inconséquences  qui  se  sont  {j^ssëes 

dans  ce  travail;  quelques-unes  ont  été  relevées  à 
YErrata, 

^')  Sa  nationdité  est  attesti^,  comme  on  Ta  vu 
[dus  haut  (p.  Ti),  par  son  écriture ,  et  aussi  par 
tout  le  caractère  général  de  sa  graphie,  notam- 
ment par  la  réduction  si  fréquente  d'te  à  e  el 
par  la  suppression  également  très  fréquente  d*une 
voyelle  atone  en  hiatus  dans  Tintérieur  des  mots. 
Si  certains  traits  habituds  aux  copistes  anglais 
de  son  temps  ne  se  rencontrent  pas  chez  lui, 
cela  n'a  rien  d'étonnant:  on  sait  que  la  plus 
grande  variété  r^ait,  avec  quelques  tendances 
générales ,  dans  le  français  parlé  et  écrit  en  An- 
g^terre. 

^'^  La  rime  conies  :  eointes  que  donne  le  manu- 
scrit au  v.  7986  est  Eeiutive,  et  a  été  corrigée 
dans  rédition;  il  fiiut  dans  les  deux  cas  contes 
(comités  et  computos). 


XVI  INTRODUCTION. 

néral,  moins  scrupuleux  pour  les  consonnes  qui  les  suivent.  Il  ne  se  permet 
que  quatre  fois  une  licence  qu'on  rencontre,  et  plus  fréquemment,  chez  des 
versificateurs  soigneux  contemporains  ou  peu  postérieurs,  et  qu'on  qualifie 
ordinairement  d'assonance,  bien  que  ce  nom  ne  soit  pas  tout  à  fait  propre. 
L'assonance  est  indifférente  à  tout  ce  qui  suit  la  voyelle  tonique,  sauf  qu'elle 
sépare  rigoureusement  les  oxytons  (masculins)  des  paroxytons  (féminins). 
Les  rimes  licencieuses  dont  il  s'agit  ici,  et  qui  sont  dans  la  grande  majorité 
des  cas  des  rimes  féminines,  observent  fidèlement  la  règ^e  qui  veut  que  le 
dernier  phonème  des  vers  rimants  soit  identique  :  ainsi  elles  n'admettent  pas 
un  singulier  avec  un  pluriel,  ou  -efU  atone  avec  -^  ou  -es,  comme  le  font  les 
assonances.  Mais  entre  la  voyelle  tonique  et  le  dernier  phonème,  elles  tolè- 
rent une  consonne  différente ,  bien  que  voisine.  C'est  le  cas  chez  Âmbroise ,  dans 
les  quatre  paires  de  rimes  suivantes (^)  :  setembre  semble  7063 ,  perdirent  tindretU 
66^3,  Vérone  prodome  3i3â,  rescosse  sorse  3675^.  C'est,  on  le  voit,  fort  peu 
de  chose,  sur  près  de  6,700  paires  de  rimes <^^  et  nous  sommes  autorisés  à 
tirer  de  la  rime  des  conclusions  sur  la  prononciation  du  poète  non  seulement 
pour  les  voyelles  mais  pour  les  consonnes. 

Mesure.  —  Inutile  de  dire  que  la  mesure  du  vers  octosyllabique  est  scru- 
puleusement observée  par  Ambroise  :  toutes  les  leçons  qui  donnent  au  vers 
moins  ou  plus  de  huit  (neuf)  syllabes  sont  imputables  au  copiste  et  ont  été 
corrigées  dans  le  texte  imprimé.  Mais  il  faut  tenir  compte  des  règles  que  suit 
le  poète  pour  Télision  des  voyelles  finales  devant  une  voyelle  initiale  et  en 
certains  cas  pour  l'élision  des  voyelles  initiales  après  une  voyelle  finale. 

Dans  les  polysyllabes ,  il  n'y  a  naturellement  que  Ye  féminin  qui  s'élide  ;  la 
question  est  de  savoir  si  pour  cet  e  Ambroise  admet  quelquefois  la  non-élision 
produisant  hiatus.  Je  n'en  ai  relevé  que  quatre  exemples  qui  paraissent  assu- 
rés'*)  :  Car  el  port  HAcre  el  rochier  89/10,  En  Vost  iAcre  ot  un  Pimn  i5oi, 
E  cil  qui  Acre  assaillirent  /1671,  Lilanguage  ensemble  errouent  6187.  Il  s'agit 
toujours,  on  le  voit,  d'un  e  précédé  de  deux  consonnes  dont  la  seconde  est 
une  liquide,  position  où  il  a  une  consistance  plus  grande  que  d'ordinaire'^). 

^^)  Sur  le  V.  1  i5i6  voir  ï Errata.  ^*^  L*hiaiu8  apparent  forme  par  Gem>e  devanl 

^*^  Souvent  des  rimes  impar&ites  sont  prêtées  une  voyelle  aux  v.  3 169  et  ii335  doit  sans 

au  poète  par  le  copiste ,  soit  qu'il  fisse  des  cou-  doute  se  supprimer  par  l'admission  de  la  forme 

(usions  de  graphie  (comme  entre  -aine  et  -oigne)  ^  Genves  (voir  à  la  Table  des  noms  propres), 

soit  qu'il  mette  des  mots  fautifs  conmie  dtimes  ^^^  On  pourrait  être  tente,  le  cas  se  pr^ntant 

pour  dunes  (:  inmes)  7790.  Irois  fois  pour  le  même  mot,  Aert,  d'introduire 


LA  LANGUE. 


XVII 


En  résumé,  c'est  un  fait  très  exceptionnel,  et  dont  on  peut  ne  pas  tenir 
compte  en  général. 

L'élision  interne,  qui  s'applique  à  une  voyelle  atone  dans  l'intérieur  d'un 
mot,  est,  comme  on  pouvait  s'y  attendre,  complètement  inconnue  à  Ambroise. 
Le  manuscrit  en  présente  d'innombrables  cas,  mais  ils  proviennent  tous  du 
copiste.  Pour  n'en  donuer  qu'un  ou  deux  exemples,  il  écrit  crior  baneisor  aux 
vers  9709-9710,  au  lieu  de  crieor  banisseoTy  qu'il  a  mis  correctement  aux 
vers  98/19-9850.  Befimte  9788  doit. être  lu  beneetiCy  et  j'aurais  mieux  fait  d'in- 
troduire cette  forme  que  de  supposer  qu'on  pouvait  lire  beneite;  de  même  il 
aurait  sans  doute  été  préférable  d'imprimer  partout  guaaignier,  etc.,  au  lieu 
de  supposer  qu'on  pouvait  prononcer  guaigmer^^^  Le  seul  mot  nets  présente, 
à  côté  de  la  forme  pleine,  la  forme  contracte  n%$  (voir  au  Glossaire);  mais 
cette  double  forme  se  rencontre  déjà  dans  des  textes  beaucoup  plus  an- 
ciens et  s'explique  par  des  raisons  particulières^^'.  D'autres  contractions  ne 
sont  qu'apparentes  :  ditcr  n'est  pas  dileor  =  dictatorem,  mais  répond  à  un 
dictorem  fait  comme  factorem;  quùé  répond  directement  à  une  forme 
quittitatem,  tandis  que  quitedét  quileé  est  i*efait  sur  quite  avec  le  suffixe 
forraatif  -edét^^K 

Les  monosyllabes  qui  élident  leur  voyelle  finale  se  divisent  en  deux  classes: 
dans  la  première,  qui  comprend  (fe,  k  art.  et  pron.,  wc,  te^  se^  l'élision  est 
obligatoire'*';  dans  la  seconde,  qui  comprend  ne^  ne  conj.'^',  que  conj.,  que 
pron.,yo,  çoy  II  art.  masc.  sing.  nom.,  li  pron.  dat.,  quiy  si  y  elle  est  faculta- 
tive. Je  ne  relève  pas  les  exemples  d'élision  ou  d'hiatus  pour  w,  se,  quCy  li 
art.,  où  l'usage  d' Ambroise  n'offre  rien  de  particulier'**'.  Les  autres  mots  mé- 
ritent un  examen  plus  attentif.  Jo  élide  naturellement  très  souvent  son  0  quand 


la  forme  Acres,  comme  Gerwes  (cf.  l'angl.  Acres); 
mais  reUe  forme  ne  se  rencontre  pas,  qaeje 
tache,  dans  les  textes  français  anciens. - 

^'-  Une  ëiision  d'un  autre  genre  paraît  exister 
dans  serment  au  v.  855o ,  mais  il  faut  la  sup- 
primer. Le  manuscrit  porte  :  Que  les  serment  del 
hamage;  j'aurais  dà  corriger  serment  en  sere- 
ment,  et  non  del  en  de  son.  De  même,  v.  10219, 
lire  Qu^en  hr  serement»  Au  v.  53a 9  il  est  facile 
de  supprimer  Ini  ou  le, 

'^^  Voir  La  vie  de  saint  Gilles,  publiée  par 
G.  Paris  et  A.  Bos,  Paris,  1881,  p.  xxn,  n.  a. 


^'^  Voir  A.  Darmesteter,  Reliques  scientifiques, 
Paris,  1889,  t.  Il,  p.  10A. 

^^^  Ijb  manuscrit  ëcrit  souvent  Ye  dans  ce  cas, 
mais  il  faut  Tëlider  à  la  lecture. 

^^)  liC  copiste  de  notre  manuscrit  écrit  d'ordi- 
naire si  pour  se, 

^*^  Je  noterai  seulement,  en  preuve  de  la 
liberté  que  se  donnait  le  versiOcateur  en  ce  qui 
concerne  li  art.  masc.  sing.  nom.,  li  empertre 
1671,  1767,  i84fl,  et  l'emperere  1911,  1715. 
Dans  li  masc.  nom.  pi.,  Tt,  comme  on  sait, 
n'est  jamais  élidé. 


r 


nrtivBait  VATiewALr. 


xviii  INTRODUCTION. 

il  précède  immédiatement  le  verbe  qui!  régit  :  jo^'^W  3291,  jo  ai  6889, 
6893,  8667,  yaveie  3079,  JO  aveie  ^91 2,  6766,  ^iba^  jo  eusse  1.0189, 
t3i5o,demême,quand  il  en  est  séparé  par  t  ou  ^n  ;  jo  1  10970, ^^  en  ioi83; 
mais  il  peut  aussi  l'élider  quand  il  suit  le  verbe  :  Toz  jorz  eusse  jo  autretel  9102, 
et  même  quand  il  est  employé  d'une  façon  absolue ,  où  il  semblerait  devoir  avoir 
un  accent  plus  marqué  qui  empêcherait  Télision  :  Ejo  a  tel  deusfoiz  sanz  retraire 
3762.  On  rencontre  d'ailleurs  assez  souvent  la  non-élision  :  jo  ai  5226,7*6 
en  11028  ^^K  —  fb  se  comporte  de  même;  je  ne  relève  pas  les  très  nombreux 
exemples  de  c'est  y  cert,  cerenty  cesteitj  cesteienty  où  la  voyelle  est  le  plus  sou- 
vent écrite  (presque  toujours  0,  deux  ou  trois  fois  e)  et  quelquefois  omise  (de 
même  ço  en  est  8972).  Dans  tous  ces  cas,  po  est  sujet;  il  Test  aussi  dans 
çavoit  2867,  où  la  langue  moderne  admet  encore  l'élision,  et  dans  ç'ala  928 , 
çaveneit  563 1 ,  çavintSk^k ,  où  elle  ne  la  connaît  plus  parce  que  ce  est  tombé  en 
désuétude  comme  sujet  sauf  devant  les  verbes  être  et  avoir  (et  avec  le  pronom 
relatif).  Gomme  régime,  ço  élide  son  0  non  seulement  quand  il  est  régime 
direct  du  verbe  qui  suit  et  par  là  même  faiblement  accentué,  comme  dans  ço 
avdt  8536,  ço  oïrent  909,  mais  encore  quand  il  est  régime  d'une  préposition 
qui  le  précède,  cas  où  il  semblerait  devoir  être  fortement  accentué  :  ainsi  de  ço 
avreient  5217,  deçoot  8991,  par  çoai^,  porço  ait  8902,  par  ço  avoient  8808, 
por  ço  ala  8166,  par  ço  atomot  5883;  il  l'élide  même  quand  il  est  placé 
devant  un  verbe  dont  il  ne  dépend  pas  :  E  por  ço  aUr  l'en  conveneit  8588,  ou 
devant  un  autre  moi:  por  ço  al  Casel  "j^ix^por  ço  a  une  part  ^i^^.  Cet  usage 
se  rattache  évidemment  è  celui  que  connaissent  plusieurs  poèmes  français, 
d'ailleurs  postérieurs  au  nôtre,  de  considérer  1'^  de  ce^  régime  de  prépositions, 
comme  atone  à  la  rime,  et  de  faire  rimer  par  exemple  sans  ce  et  puissance ^  a  ce 
et  grâce  ^^K 

Parmi  les  mots  en  1,  si  n'offre  pas  d'intérêt;  il  élide  ou  n'élide  pas  son  t  à 
volonté  (sur  «m,  voir  ci-dessous).  Qui  n'élide  plus  jamais  l't  en  français;  chez 
Ambroise  il  l'élide  très  souvent  :  qui  i  1296,  1989,  8806,  6718,  5692, 
12887,  quiert  i5i,  7091,  qui  iert  6716,  qui  ierent  2760,  qui  0  lui  erent 

^^^  Dans  tous  les  exemples  cites  ici ,  la  voyelle  ^*^  Sur  la  question  de  savoir  quelle  dtait  la 

finale  est  ëlid^,  mais  on  a  reproduit  telle  quelle  voyelle  finale  dejo  et  ço,  voir  ce  qui  est  dit  plus 

la  leçon  du  manuscrit,  qui  tantôt  la  supprime,  loin. 

en  réunissant  le  monosyllabe  au  mot  suivant  '^^  Voir  Tobler,  £cpcr«yraik?«w,  Paris,  1 885, 

(jaueie,  cest,  etc.),  et  tantôt  In  conserxe.  p.  65,  i63. 


LA  LANGUE.  m 

2700, 7669 ,  qui  illoe  86/10,  qui  a  8638 ,  qumcare  5989  ^^\  Dans  ço  quen  avint 
3761,  on  a  sans  doute  affaire  à  que  neutre  plutôt  quà  qui  (voir  ci-dessous); 
de  même  dans  Delfiierpar  quil  le  requereit  633 ,  où,  comme  souvent  en  ancien 
français,  on  a  la  forme  faible  du  neutre  dans  un  cas  où  Ton  attendrait  la  forme 
forte.  —  Li  pron.  dat.  nous  présente  un  cas  particulier  ;  on  lit  six  fois  dans 
notre  texte  len  pour  lien  (/i5o6,  /i566,  U^hfi^  553  1,  1007/i,  10973);  étant 
donnés  les  cas  d'enclise  d'en  dont  nous  allons  parler  (sm,  quin)^  on  pourrait 
être  tenté  de  lire  lin  ou  luin^  Télision  de  \i  dans  ces  conditions  (p.  ex.  /i566 
De  ço  qui  ten  [»  lui  en]  vient  a  mémoire)  nous  paraissant  singulière;  mais  elle 
ne  Test  pas  plus  que  celle  de  ço  et  que  que  nous  venons  de  constater,  et  elle 
est  conBrmée  par  des  groupes  comme  Voilasses ^\n\  allasses  960/i,  Fagreoit 
9754  »  lui  agréait;  notons  d'ailleurs  que  le  manuscrit  élide  dans  tous  ces  cas 
sans  exception  la  voyelle  de  /t,  et  que  le  groupe  luin  ne  se  trouve  que  dans 
des  textes  sensiblement  antérieurs  à  Ambroise. 

Enclise.  —  L'enclise  de  fe,  les  art.  après  a,  de  (a/,  del^  as^  des)  est  com- 
mune à  lancien  français  et  au  français  moderne  et  ne  demande  qu'à  être  si- 
gnalée (^);  celle  àe  le^  les  après  en  [el,  en  les)  a  disparu  par  la  suite,  mais  était 
jadis  aussi  constante  que  la  première;  elle  Test  dans  Ambroise.  L'enclise  de 
ky  les  pron.  a  disparu  de  meilleure  heure;  elle  est  encore  très  abondante 
dans  Ambroise,  mais  elle  ne  s'exerce  qu'après  si,  qui^jo,  n^W,  et  elle  est  facul- 
tative. Je  ne  donne  pas  les  exemples  où  on  trouve  les  formes  libres;  je  crois 
devoir,  au  contraire,  relever  tous  ceux,  beaucoup  plus  nombreux,  qui  nous 
présentent  l'enclise,  ce  phénomène  n'étant  pas  sans  ihtérêt  pour  l'histoire  de 
la  langue.  On  trouve  :  sil  639,  36i6,  36s/i,  3768,  /i288,  6695,  536/i, 
5790,  6985,  7512,  8792,  885i,  8975,  io33i;  quil  1970,  3667,  3576, 
36o6,  3621,  3639,  Û808,  5774,  6756,  7Û01,  7751,  8o38,  881 4,  986/1, 
10837, 121 13,  12  255,  1 1263;  jo/  9838,  1 1665,  et  gel  7091;  nel  2o52, 
2/189,  2619,  2777,  3/i63,  3895,  6656,  /i838,  523/i,  6o23,  6562, 
6658,  6890,  'jli'2'j,  7830,  8700,  9371,  9580,  11608,  11673,  11676, 

^*)  Dans  an  texte  plus  ancien  on  pourrait  lire  ^^^  Dans  les  textes  plus  anciens,  elle  se  pro- 

qui'neore,  mais  Télision  de  Vi  est  trop  frt^uem-  duit  même  après  les  mots  paroxytons,  comme 

ment  attestée  pour  qu'on  hésite  à  l'admettre  ici.  altre,  et  en  outre  après  tu,  tei,  quei,  ja.  Voir 

D  fant  ajouter  qui  en  10919,  si  on  adopte  la  (mais  il  faut  le  compléter)  le  travail  de  M.  K. 

leçon  proposée  ci-dessns,  p.  xvii  n.  1.  Gengnagel  :  Die  Kûrzung  der  Pronomina  hinter 

^*^  Sur  la  forme  de  ces  mots  dans  Ambroise,  vokaliêchetn  Ausiaut  im  Alifranzôstêchen,  Halle, 

voir  plus  loin.  1889. 

c. 


XX  INTRODUCTION. 

1 1715,  auxquels  il  faut  joindre  nu  7887,  797^  et  iio  q5i8,  5/127,  9^*^^ 
10977;  —  ^  2985,  3o88,  3363,  3709,  4355,  4364,  446i,  /i66i, 
^872,  6592,  7262,  7373,  7602,  7665,  871/1,  9296,  io323,  iii36, 
11Û08,  11611,  12076;  quis  3oi,  2182,  2195,  2818,  3ii2,  3632, 
38oi,  /ioo9,  /ioi4,  4858,  6019,  5977,  6719,  76/12,  7883,  8029, 
io55i,  iii5o,  ii23i;yo«  "jStib'^nes  222/1,  2900,  3076,  348o,  3856, 
/ioo2,  629/i,  6652,  7225,  7228,  7^96,  8i65,  9801,  9652,  ioi32, 
io25i,  io/i6/t,  io/i65,  10557,  10767.  L'enciise  des  pronoms  personnels 
me  y  te,  se  est  un  fait  beaucoup  plus  archaïque  que  le  précédent;  obligatoire  à 
Torigine,  cette  élision  est  déjà  facultative  dans  le  Pèlerinage  de  Charlemagne^^^ 
et  le  Roland,  et  on  n'en  a  pas  signalé  d'exemples  plus  récents;  il  s'en  trouve 
cependant  un  incontestable  dans  notre  texte  pour  se  :  Cunques  genz  tant  nés 
descorderent  10211  ^^K 

Une  enclise  d'un  genre  particulier  est  celle  qui  affecte  en  (in de)  :  ce  mot, 
quand  il  suit  les  monosyllabes  accentués  si,  qui,  peut  perdre  sa  voyelle  ini- 
tiale, et  In  s'agglutine  au  mot  précédent;  on  a  ainsi  dans  notre  texte  sin  /i8o, 
586,  1759,  /i579,  535o,  5638,  590/i,  6657,  7078,  7139,  8027,  9013, 
9252,  93i2,  98/18,  101/17,  11157,  écrit  une  fois  si  en  56i2,  et  quin 
7070,  863o,  8810,  9/160.  C'est  la  graphie  à  peu  près  constante  du  texte 
qui  détermine  à  admettre  ici  Télision  de  Ye  de  en  plutôt  que  celle  de  Yi  de  si, 
qui  y  qui  serait  admissible  aussi  (voir  ci-dessus)  :  quin,  sin  sont  des  formes  ar- 
chaïques qui  n'ont  pas  dû  être  introduites  par  le  copiste  (^). 

Nous  pouvons  maintenant  passer  à  l'examen  des  renseignements  que  la 
rime  et  la  mesure  nous  fournissent  sur  la  langue  de  notre  poète. 

Voyelles  atones.  —  La  mesure  des  vers  nous  prouve  simplement  que  les 
voyelles  atones  placées  en  hiatus  dans  l'intérieur  des  mots  n'étaient  pas  encore 
élidées  (voir  ci-dessus  p.  xvh),  mais  elle  ne  nous  renseigne  pas  sur  la  qualité 
de  ces  voyelles,  et  comme  on  ne  peut  se  6er  à  la  graphie  du  scribe,  c'est  un 
point  qu'il  est  impossible  d'éclairer  pleinement.  Cependant,  vu  la  grande  pré- 

^^^  M.  Grengnagel  la  conteste  pour  ce  texte,  trouve  dans  un  assez  grand  nombre  de  textes, 

mais  c'est  une  erreur  :  voir  Romanîa,  XIII,  199  surtout  occidentaux,  est  inconnue  au  nôtre, 
et  la  troisième  édition  (1896)  donnée  de  ce  ^^^  Au  contraire  nous  avons  admis  plus  haut , 

poème  par  M.  Koschwitz.  pour  des  raisons  en  partie  analogues ,  /'en  et  non 


( 


')  L'endise  de  vos  sous  la  forme  os,  qui  se        lin  (et  aussi  j'en  101 83  et  non /on). 


LA  LANGUE.  xxi 

dominance  des  formes  qui  appuient  cette  conclusion ,  on  est  en  droit  d  affirmer 
que  le  traitement  des  voyelles  atones  dans  Ambroise  était  sensiblement  celui 
du  français  ordinaire  du  x\f  siècle.  Il  serait  peu  à  propos  d'entreprendre  ici 
l'étude  de  ce  sujet  étendu  et  difficile,  en  s'appuyant  sur  un  texte  qui  présente 
aussi  peu  de  sûreté.  —  Les  anciens  proparoxytons  s'étaient  réduits  à  des 
paroxytons  :  mage  rime  avec  bornage  /iS^a,  bien  qu'on  trouve  ailleui*s  la 
graphie  images. 

Voyelles  tantqties.  —  A.  Va  accentué  simple ,  provenant  d'à  latin  entravé  ^^\ 
n'offre  rien  à  remarquer  :  palacre,  diacre^  sacre  (:  Acre  1200,  2786,  agiS) 
sont  des  mots  savants;  maçacre  (:  Acre  3090)  est  un  mot  étranger. 

L'a  entravé  précédant  une  nasale,  et  nasalisé  par  elle,  ne  rime  pas  avec  e 
nasalisé  (voir  à  e).  —  L'ai  qui  provient  d'à  libre  précédant  une  nasale  rime  avec 
ei  provenant  d'e  fermé  libre  dans  les  mêmes  conditions  (voir  à  et).  11  faut  noter 
quelques  mots  où  l'on  a  a  et  non  ai  devant  une  voyelle  simple  :  ane  (anatem) 
s'explique  par  le  fait  que  le  mot  a  été  longtemps  proparoxyton  [dnede)^'^^;  car- 
vane  est  un  mot  étranger  ;  ^om^  est  un  mot  savant;  les  l'^pers.  en  Himes 
remontent  à  -avmus;  dame^  par  une  exception  encore  imparfaitement  expli- 
quée ^'^  provient  de  domina.  Les  rimes  dame  orne  [(Urne)  8902,  dames  âmes 
{aimes)  365 1 ,  blâme  famé  9688,  semblent  prouver  que  la  chute  de  Yn  ou  de 
Ys  (voir  ci-dessous)  n'avait  pas  allongé  l'a  des  mots  anme^  blasme,  et  la  rime 
blâme  borne  {ba$me)  9906  autorise  à  en  dire  autant  du  groupe  h  de  balsme; 
toutefois  il  peut  y  avoir  dans  tous  ces  cas,  où  l'a  s'est  trouvé  plus  ou  moins 
anciennement  en  contact  avec  Ym^  une  nasalisation  (a).  Avec  ces  mots  rime 
encore  mesame  (:  blame  10160),  où  il  faut  remarquer  que  la  forme  primitive 
est  mesesme  :  le  verbe  esmer,  le  subst.  verb.  esme^  et  le  verbe  mesestnef*  lui- 
même,  ont  conservé  leur^  étymologique  dans  la  graphie  du  copiste  comme 
dans  la  langue  du  poète  [esme  :  quareme  1112),  et  il  est  contraire  à  son 
parler  que  1'^  nasalisé  rime  avec  a  nasalisé.  Il  faut  admettre  ici  l'emprunt  d'un 
mot  entendu  dans  la  bouche  d'un  homme  d'une  autre  province  ^^K  —  Sur  an 
précédé  d'i,  voir  te. 

***  Sur  le  seiM  de«  mois  rrlibre»»  et  «rentravét»,  ^*'  Cf.  Meyer-Lûbke,  1. 1,  S  869. 

voir  G.  Paris,  Extraits  de  la  Ouuwm  de  Rolatid,  ^^^  A  côté  de  meiesmer  00  trouve,  et  même 

5'  éd.,  p.  XXX?.  plus  souvent,  mesaesmer  (d*oti  meêaasmer,  me- 

^'^  Voir  W.  Meyer-Lûbke,  Gramm.  des  langnes  êomer),  et  Ton  pourrait  admettre  Tinfluence  de 

y  t.  I,  K  53o ,  64&.  la  sur  Ye qui  lui  est cootigti ,  mais  cela  implique- 


XXII  INTRODUCTION. 

Les  combinaisons  d'à  avec  j'^^  (notées  ai)  peuvent  être  simples,  ou  se  com- 
biner de  nquveau  soit  avec  n,  soit  avec  /.  Nous  examinerons  successivement 
les  trois  cas. 

Le  groupe  ai  provenant  de  a  plus  une  palatale  quelconque  est,  dans  notre 
texte,  dont  la  graphie  varie  beaucoup  sur  ce  point,  réduit  à  è  comme  en  fran- 
çais moderne  :  lerme  (lacrima)  terme  2682,  8812,  peisse  presse  i5o  (voir  le 
Glossaire),  estre  nestre  26,  destre  nestre  1  âo50,  prestres  meistres  85/i4,  après pes 
66s ,  Nazarehtfet  1  a  18s ,  torqueis  (1.  tarquais)  près  3766.  Il  ne  faudrait  pas  se 
laisser  tromper  par  la  graphie  ei  pour  ai,  fréquente  dans  le  manuscrit,  et  croire 
que  ai  peut  rimer  avec  ei  :  tous  les  ei  qui  sont  dans  ce  cas  (p.  ex.  fomeisse: 
mesaise  35oâ,  malveises  :  aises  btS ^feile  :  retraite  3968)  doivent  être  changés 
étymologiquement  en  ai  ou  phonétiquement  en  è  f^'.  —  Le  produit  de  an  plus 
la  palatale  yod  est  aing  lorsqu'il  est  final,  aigne  dans  les  finales  féminines,  ain 
devant  une  consonne.  Aing  (pi.  ainz)  ne  se  trouve  pas  à  la  rime.  Aigne[s)  s'y 
trouve  souvent,  presque  toujours  en  rime  avec  lui-même,  et  écrit  tantôt  aine^ 
tantôt  aigne  (voir  à  ¥n  mouillée);  deux  fois  il  rime  avec  r^ne  :  règne  chevei- 
taigne  8608 ,  Charlemaines  règnes  8/180,  et  une  fois  avec  la  3^  pers.  sing.  du 
subj.  pr.  d'emprendre  (empraine  enpraine  6).  Nous  reparlerons  de  ces  faits  à  propos 
de  ei.  Ain  devant  une  consonne  rime  soit  avec  lui-même  (si  Ton  considère 
Tétymologie  et  non  lagraphie):a^^Wr^(attangere)r6}7ui»ni/r^iâ0â,^n^a»n^^ 
(infrangere)  ataindre  1 85/i ,  empaindre  (impangere)  ateindre  2  iBs ,  remeindre 
pleindre  ^678,  pleindre  remaindre  ^1908,  atainte  ateinte  âi5/i,  plainte  meinte 
3 4 9/1,  soit  avec  ein  (voir  à  ei).  —  Ai  plus  /  donne  ail  quand  il  est  final,  aille 
quand  c'est  une  finale  féminine,  au  devant  une  consonne  (voir  à  17  mouillée). 
Ail  ne  figure  pas  à  la  rime ^  aille  ne  s'y  trouve  qu'une  fois  (vitalle  bataille  79^0); 
auz  rime  avec  auz  d'autre  origine  (voir  au  z).  Dans  paile  contraille  6938  on  ne 
peut  savoir  si  l'on  a  les  anciennes  formes  pâlie  œntralie^^^  ou  paile  contraile^ 
mais  en  tout  cas  1'/  n'est  pas  mouillée. 

Ë.  L'ancien  français  connaît  trois  e  toniques,  distincts  par  leur  origine.  Le 
premier,  é^,  est  l'e  ouvert  du  latin  vulgaire  (ë  du  latin  classique)  entravé;  le 
second,  e^,  est  l'e  fermé  (ê,  ï  du  latin  classique)  entravé;  le  troisième,  c',  est 

rait  une  contraction  dont,  comme  on  Ta  vu  plus  ^*^  Au  v.  3 498  il  faut  lire  par  sa  manaide 

haut,  il  n'y  a  pas  d'exemple  dans  Ambroise.  (:  laide) ^  au  lieu  de  l'inintelligible  por  sa  tneis^ 

^^^'Lej  désigne  le  yod  (it.  jeri,  ail.  Jahr,  fr.  nade  (voir  au  Glossaire). 
pied,  yeux,  soleil).  ^'^  Par  dissimilation  pour  contrarie. 


LA  LANGUE.  xiiii 

la  transformation  normale  de  Ta  tonique  libre  (sauf  devant  une  nasale  ou  une 
palatale).  La  prononciation  du  premier  était  certainement  è;  celle  du  second 
et  du  troisième  à  l'époque  ancienne  est  plus  douteuse.  Nous  les  examineiH>ns 
successivement. 

Sur  è»é  entravé  en  lui-même,  rien  à  remarquer ^^\  On  a  vu  plus  haut 
que  l'ancien  ai  avait  le  son  de  1'^  et  rimait  avec  lui.  —  Devant  une  n  suivie 
d'une  autre  consonne,  Ye^  se  confond  avec  1'^^;  nous  parlerons  plus  loin  des 
deux  en  même  temps. 

Devant  l,  Yè  s'est  élargi  anciennement  en  èa^  et  quand  1'/  s'est  vocalisée, 
èal  est  devenu  èau,  puis  edu.  Ce  groupe  est  noté  par  notre  manuscrit  de  façon 
très  variée  [ely  tel,  ial^  tau);  ainsi,  pour  citer  trois  paires  de  rimes  évidemment 
identiques,  on  lit  i68â  aignels  biaus,  3i202  chastek  manganieUf  9/108  e«to[r]- 
neh  biah;  mais  c'est  edu  qu'il  faut  attribuer  au  poète.  L'assignation  à  l'a  de  la 
prépondérance  tonique  semble  attestée  par  les  rimes  de  eau  avec  au  que  nous 
montrent  les  deux  groupes  --eaus  et  -eaume  :  leaus  (légales)  Preals  (pratellos) 
71  aa,  iaa66<^),  PreaU  reaus  (regales)  11000;  helmes  reaulmes  57/18, 
GuiUames  palmes  5 80 a.  Il  faut  toutefois  remarquer  que  cette  confusion 
n'a  lieu  que  pour  le  mot  Preeaus,  où  il  était  facile  qu'un  des  deux  e  contigus 
tombât^'),  et  pour  les  mots  étrangers  helme  et  GuUlelmey  qui  ont  pu  avoir  des 
formes  variées,  correspondant  à  des  variantes  de  la  langue  originaire  (hjalm, 
Vilhjalm)^*).  On  ne  trouve  jamais  la  confusion  réelle  des  deux  groupes  eau 
et  au  telle  que  l'attesteraient,  par  exemple,  des  rimes  de  beauê  à  mauêf  de 
apeaut  à  vaut.  —  Pour  Yi  provenant  de  è  +jy  voir  plus  loin. 

Ve  provenant  de  ^(ê,  ï)  ne  rime  en  général  qu'avec  lui-même  :  ^eee  (-icia 
pour -îtia)  :  proeee  vistece  i^^U^rickesces  ligesees  18/1,  deêtreee  (districtia) 
laseheee  &ai/i,  seiche  (sicca)  teche  (origine  allemande)  iii3a,  tresehes  (du 
germ.  thriskan)  garhmdesches  (suif.  germ«  -isk)  8&60,  Saete  (Sagitta) 
neiie  5o58-^),  eweUe  (suff.  -itta)  Mont  Olweie  (mot  savant)  io6aa,  muscheies 
peiit^tes  9530,  bocettes  muchettes  9660 ,  saeiles  desheUes  (L  deseeies  et  voir  au 


^'^  Lft  rime  mme  fÊtrtmt  iits  ne  proinre  ^*    El eoeore /Vimhm ne rioftM^I  cfti'tvée  (mm 

rieo,  les  <leiix  groupes  diSéremmeiil  ëerits  âjuDi  fUrtmmM, 

dans  les  mêmes  eondkioos.  Sur  r«  devant  m,  ^*'  Sur  ïymmwUf  voir  an  Glosaaire. 

voir  ci-deasoiis  p.  xxxn.  ^'  La  rime  Saefe  foiryU  86M  mdîqae  eont- 


joinire  Praislr  rtm»  %\\%k^        ment  Ambroise  proiMNiçait  les  formes  fortes  de 
doit  aaas  donii  se  coiTipr  en  kmu.  jtter. 


XXIV 


INTRODUCTION. 


Glossaire)  1986,  gresle  (orig.  inconnue)  mesle  (subst.  verb.  de  mesler  mis- 
culare)  ù^^o^  gresle  pelle  (subst.  verb.  de  pester  pistulare?)  10892, /wa- 
messe  espesse  8262'*^.  —  La  rime  senestre  celestre  12066  ne  fait  pas  excep- 
tion, sinistrum  étant  devenu  senestrum  en  iat.  vulg.  sous  l'influence  de 
destrum  »  dextrum.  Il  en  est  de  même  des  rimes  arbaleste  (arcuballista) 
preste  U^Uo,  arbalestes  prestes  1/180,  2172,  221/1^^^  il  est  vrai  que  ae  est 
en  général  traité  comme  ë  (cf.  ceste  (caespitat) /es(6  2 7 4 4);  mais  l'adv. 
praesto  et  Tadj.  fait  sur  lui  praestus  avaient,  au  moins  en  Gaule,  en  Rétie 
et  en  Espagne  (^J,  un  e  fermé  en  place  de  Yae.  Sur  la  rime  eskec  iluec,  voir  à 
ue.  —  On  peut  se  demander  si  la  distinction  de  e^  et  e^  dans  notre  texte 
n'est  pas  purement  fortuite  ;  en  effet ,  d'une  part  il  n'y  a  guère  de  mots  qui , 
ayant  après  un  é^  ou  e^  les  mêmes  consomies,  né  diffèrent  que  par  cette 
voyelle;  d'autre  part  des  poètes  plus  anciens  qu'Âmbroise  confondent  sans 
scrupule  ces  deux  voyelles  à  l'assonance  ou  à  la  rime ,  comme  le  fait  la  langue 
moderne.  Je  crois  cependant  que  la  distinction  est  réelle  :  les  cas  de  rime  pos- 
sible ne  sont  pas  si  rares  qu'il  le  semble  au  premier  abord;  par  exemple 
-ete  (-itta)  pourrait  rimer  avec  -aite,  --este  (-ista)  avec  -este  (-esta,  dans 
teste^  festey  geste^  tous  mots  qui  figurent  à  la  rime),  v^^  'àsec  pert  (perdit), 
messe  avec  presse  y  etc.(^);  quant  au  fait  que  la  confusion  des  deux  e  se  produit 
antérieurement  à  Ambroise'^^  elle  ne  prouve  rien  pour  son  parier  à  lui,  et 
nous  voyons  que  des  poètes  qui  lui  sont  postérieurs  ne  la  connaissaient  pas 
encore W.  —  L'e^  +  ^  vocalisée  ne  donne  pas  eau,  mais  eu,  distinction  conservée 
jusqu'«^  nos  jours  dans  eux,  cheveux ,  et  qui  existait  sûrement  pour  Ambroise; 
le  mot  feus  2618  paraît  bien  être  le  nominatif/c/  +  «  et  rentrer  par  consé- 
quent dans  cette  catégorie;  pour  sa  rime  avec  meseûreusy  voir  à  au. 


^*)  On  sait  que  les  mots  en  - 1  i  1  a  avaient  changé 
leur  sufiixe  pour  -ëlla;  les  rimes  comme  aUsele 
novele  4  990  sont  donc  parfaitement  correctes  (Su- 
chier,  Gramm.  des  AUfiranzôsMchen,  S  i5  6).  La 
rimeclen  cers  55g4  doit  étrecorrigëe  en  ckrsfers, 

^'^  Le  ms.  écrit  partout  arbioête  ou  arhelaste, 
formes  évidemment  dues  au  copiste. 

^^^  Voir  Meyer-Lûbke,  Gramm,  des  L  rrnn,, 
S  999.  M.  Suchier  {Gramm,,  S  i5  r)  me  parait 
trop  restreindre  Temploi  de  presl  avec  e'  (  Wace , 
Beneeit,  Guillaume  le  Clerc). 

'*^  Noter  que  engrtsse  rime  toujours  avec  jprtsse 


(voir  au  Glossaire),  jamais  par  exemple  ayecfe- 
lenesêe. 

^^^  Au  resle,  cette  antériorité  est  douteuse; 
M.  Suchier  (S  17  e)  ne  Fadrnet  pas;  mais  il  y 
en  a  au  moins  des  traces  incontestables  dans  les 
assonances  de  plusieurs  chansons  de  geste,  qui 
laissent  passer  des  mots  en  e*  dans  des  laisses 
en  e^  :  Jleêque  (Oger) ^  prouece  {Aie ,  Floowmi)^ 
frèê  mlès  {Am,  et  Am,), 

'*)  M.  Suchier  cite  Guillaume  le  Clerc  et  Raoul 
de  Houdan  ;  on  peut  y  joindre  Jean  Bodel ,  et 
même,  h  ce  qu'il  semUe,  Adenet  le  Roi. 


LA  LANGUE. 


\iv 


Devant  une  nasale  suivie  de  consonne,  IV  et  IV  se  confondent  et  de- 
viennent ê;  mais  chez  Ambroise  cet  e  n  a  point  passé  à  à  :  les  deux  voyelles 
nasales  ne  riment  pas  ensemble.  On  trouve  à  deux  reprises  (10796,  11976) 
tens  rimant  avec  soudans;  mais  on  sait  qu  une  double  prononciation  de  ce  mot, 
tëns  et  tans  y  se  retrouve,  sans  qu'on  puisse  l'expliquer,  dans  des  textes  qui 
d'ailleurs  séparent  é*  de  â^^K  La  rime  penitance  aliance  8834  ne  va  pas  non  plus 
à  rencontre,  le  mot  savant  penilent  (et  par  suite  pénitence)  ayant  été  souvent 
assimilé  aux  participes  présents  (cf.  peneant,  peneance).  La  forme  Viane  (:  carvane 
995 &)  représente  sans  doute  la  prononciation  du  chevalier  champenois  qui  était 
seigneur  de  Vienne-le-Château  (voir  à  la  Table  des  noms).  Le  mot  r^7i«  présente 
un  traitement  particulier  :  nous  le  trouvons  en  rime  d'une  part  avec  Aveme 
(6178,  6638*^^),  ce  qui  indique  une  prononciation  rené  (^Avesne  par  la  chute 
de  Ys  étant  devenu  Avene)^  d'autre  part  avec  cheveUaigne  et  Charlemaigne  : 
nous  reparlerons  de  cette  prononciation  à  propos  de  ei.  —  Sur  la  rime  de 
ueus  avec  euSy  voir  à  ue. 

Le  troisième  e  provient  d'à  latin  libre  tonique  (non  précédé  ou  suivi  de 
palatale,  non  suivi  de  nasale),  et  ne  rime  qu'avec  lui-même  et  avec  ¥e  de 
ert  erat  (270),  erent  erant  (liai,  i5i8,  2100,  5486,  5632)*^),  mais  aussi 
ierent  io553.  Les  formes  en  é  de  remaneir,  remest  (remansit),  remestrent 
(remanserunt),  remés  (remansum),  ont  été  confondues  avec  les  formes 
correspondantes  de  remeti^e^  et  sont  devenues  remist  (pas  d'exemple  en  rime), 
remistrent  (voir  les  rimes  au  Glossaire),  remis  (pas  d'exemple  en  rime),  remise 
(voir  les  exemples  au  Glossaire )(*^.  Le  motgalee,  emprunté  à  l'italien^,  est  écrit 
dans  le  nis.  indifféremment  g{u)alie  ou  g{u)alee;  la  forme  galee  est  seule  attestée 
par  les  rimes  (p.  ex.  780,  3774).  Le  mot  anglais  Salesberes  a  un  e^  et  rime 
9i\ec  pères  kb*26^  frères  5622,  avères  4448,  pères  6780  (mais  il  a  aussi  un  1 
et  rime  avec  matires  6002).  —  Le  poème  né  présente  aucune  rime  qui  nous 


^^^  Voir  P.  Meyer,  Méin,  de  la  Soc.  de  lùiguU- 
tique,  1 1,  p.  378;  Suchier,  Reimprediffi,  |k  71. 

^*^  Avesne  est  écrit  les  deux  fois  (weme  dans  le 
manuscrit. 

^*'  La  nme  de  Z)é  (  D  e  u  m  )  avec  e',  si  fréquente 
flans  d'autres  textes  (voir  Suchier,  S  aai),  est 
inconnue  au  nôtre  (voir  èi  ieu). 

^^^  Cette  confusion  est  surtout  fréquente  en 
ang^normand,  mais  se  trouve  aunsi  dans  des 


manuscrits  continentaux  (Suchier,  S  17  d;  For- 
ster,  Makkabiserbuch ,  p.  1  «j  g  )  ;  à  la  rime  elle  n'est 
pas  rare  dans  Benoit  de  Sainte-More  (Ckrm,, 
V.  87&,  16996,  90863).  La  même  confusion 
pour  mest,  mestrent  est  beaucoup  plus  rare  (dans 
notre  manuscrit  elle  se  présente  assez  souvent, 
mais  non  en  rime) ;  pour  mes  je  ne  lai  pas  ren- 
contrée. 

^')  L'étymologie  est  d'ailleurs  incertaine. 


mrnmtKic   lATlOXALC 


XXVI  INTRODUCTION. 

permette  de  savoir  si  Ambroise  employait  la  terminaison  -a/,  comme  beaucoup 
de  poètes  normands ,  à  côté  ou  au  lieu  de  -e/.  Sur  les  rimes  de  ^  avec  te,  voir  à  te. 
La  diphtongue  ie  provient  de  ë  tonique ,  de  a  précédé  médiatement  ou  im- 
médiatement d'une  palatale,  de  a  dans  le  suffixe  -arium  (auquel  la  terminaison 
des  mots  integrum,  ministerium,  monasterium,  maceria  a  été  assi- 
milée). Notre  ms.  confond  absolument  ^  et  ii^,  les  écrivant  sans  cesse  Tun  pour 
l'autre ,  à  la  rime  (^'  comme  à  l'intérieur  du  vers.  Le  poète  faisait-il  cette  con- 
fusion? Un  assez  grand  nombre  de  rimes  semblent  l'attester.  Plusieurs,  il  est 
vrai,  sont  certainement  fautives  et  ont  en  général  été  corrigées  dans  l'édition; 
d'autres  doivent  l'être  :  ainsi  il  faut  sans  doute  corriger  au  v.  4438  avères  en 
entiei^es  (comme  je  Tai  proposé  au  Glossaire),  et  lire  aux  v.  ûgôô-ô  (dHin-- 
donouent  trenchauent  au  lieu  d'abandonerent  trenchierent ;  au  v.  370/1  deloeeSj  qui 
rime  avec/[c]îô««,  est  pour  desleiees  (voir  au  Glossaire);  au  v.  6686,  au  lieu 
d'ajouter  se  devant  traveillerenty  il  faut  lire  travaillié  erent.  Dans  beaucoup 
d'autres  cas  la  rime  de  te  avec  e  n'est  qu'apparente  :  il  s'agit  de  mots  qui 
doivent  avoir  réellement  e  et  non  t^,  comme  bacheler  [voir  au  Glossaire)  ;  enditer 
(voir  au  Glossaire)  a  presque  toujours  é;  quiter^  aquiter^  déshériter  se  présentent 
dans  les  textes  soit  avec  e,  soit  avec  te,  et  ont  toujours  e  dans  Ambroise;  le  mot 
merrer^  dans  la  locution  merrer  son  dueil^  qui  est  attesté  par  trois  rimes  avec 
enterrer  (voir  au  Glossaire),  est  d'origine  inconnue  et  ne  peut  guère  être  le 
même  que  mairiery  qui  figure  souvent  dans  la  même  locution  et  semble  venir 
de  majorare;  effreiee  {:  arestee  8788)  est  régulièrement  esfreee.  Les  rimes 
trébuchèrent  crièrent  Û902,  gracier  mercier  9928,  attestent  toutefois  que  ïe 
suivant  un  i  syllabique  commençait  à  se  prononcer  ie^^^  (on  trouve  d'ailleurs, 
conformément  à  la  prononciation  plus  ancienne,  criée  atomee  7622,  (fièrent 
retomerent  3 "j 6  ^escrierent  montèrent  5 008).  II  reste  un  mot  qui  a  partout  ail- 
leurs e  et  qui  se  présente  deux  fois  avec  ie  (voir  au  Glossaire),  c'est  empressier  : 
il  faut  sans  doute  supposer  un  pressiare  à  côté  de  pressare*^),  de  même 
espressier  6293.  Mais,  en  somme,  on  voit  que  la  distinction  entre  e  et  ie  est, 
sauf  le  cas  de  crier  y  mercier^  devenus  criiery  merdier ,  rigoureusement  observée. 
—  Une  question  toute  spéciale  se  pose  pour  l'ia  devant  nasale,  qui  a  d'ailleurs 

(*)  VoirlesvariantesdesversSySf/iSâfâoSy,  peissier  remonteà  espeisse,  de  spissia  (qui ex- 

âa3i,  iSig,  661 3,  7^99,  7876,  io6&â,  etc.  pUque  aussi  espeis  espais  au  lieu  d^espès); presse 

^*^  Voir  Suchier,  S  1 7  c^.  au  contraire  ne  saurait  remontera  pressia  (voir 

^^^  On  pourrait  comparer  espeissier,  mais  es^  les  formes  des  autres  langues  romanes). 


LA   LANGUE.  xxvii 

la  même  origine  que  Vie  ordinaire.  La  rime  Estienes  patènes  10/188  nous 
atteste  pour  cet  te  la  prononciation  ordinaire;  les  rimes  maen  paen  (1.  meien 
paien)  7210,  cristien  ancien  9600 ,  1 1 85/t ,  crisliene  [cristiaine,  cristiane)  patène 
{paaine)  aSiB,  SgSo,  61 36,  635/i,  1 1656,  crisHene  terriene  [tertane)  871  s, 
3976^ii28&,  étant  identiques  entre  elles,  ne  prouvent  rien;  mais  on  trouve 
les  rimes  patane  Maine  10/176,  cristiane  chaane  (catena)  3388  et  chaane  paiane 
3936 ,  qui  semblent  indiquer  une  autre  prononciation.  La  première  de  ces  rimes 
peut  paraître  douteuse  (voir  au  Glossaire) ,  mais  les  deux  autres  sont  difficiles 
à  écarter;  elles  prouvent  qu'à  côté  de  la  prononciation  normale  paiene,  cresiiieney 
Ambroise  employait  quelquefois  la  prononciation  paiaine,  crestiainey  qui  se 
trouve  dans  d'autres  textes'^';  pour  chaeine  prononcé  chaaine,  voir  à  ei. 

La  diphtongue  ein  se  produit  d'abord  quand  un  é  (ê,  ï)  tonique  libre  se 
trouve  devant  une  nasale  ;  nous  joignons  à  ce  cas  celui  où  ein  provient  d'en  +j. 
Des  rimes  assez  nombreuses  prouvent  que  pour  Ambroise  ein  et  ain  étaient  con- 
fondus'^^  :  enfreindre  feindre  3 1  o ,  remaindre  destreindre  3/128 ,  remaindre  esteindre 
5 860,  pleindre  faindre  6676,  ataindre  estaindre  8/iio,  remaindre  constraindre 
S600  ^alaindre  taindre  8768,  remaindre  faindre  10898,  estainstrent  ateinstrent 
Slii^^estainteatemte  8/116,  semaine  painei  190,  170s,  882/1,  demeine  (domi* 
nium)  graine  167&,  d.fustaine  \%^^^d.chaaine  ^ooli^ameine  lointaine  1166/i. 
Pour  eine  nous  ne  trouvons  que  paine  diemaine  1  ^%k^pTem>eraine  eslraine  682/1, 
10/127,  lointaine  paine  856o,  vilaine  plaine  io658(^).  On  trouve  en  assez  grand 
nombre  des  rimes  en  aigne,  mais  sans  mélange  de  mots  en  eigne;  ceux-ci  ne 
figurent  à  la  rime  qu'aux  v.  5-6,  empreigne  empreigne  (*imprendiat  imprae- 
gnat,  écrits  tous  deux  empraine).  Le  mot  règne  rime  deux  fois  en  aigne  :  règne 
cheveitaigne  8606 ,  Charlemaines  règnes  8/180  ;  nous  l'avons  vu  plus  haut  prononcé 
rené;  ces  rimes  indiquent  une  prononciation  reigne,  qui  se  retrouve  ailleurs ^^^  et 
qui  ferait  croire  que  pour  Ambroise  eign  rimait  avec  aign^  et  que  le  hasard  seul 
a  écarté  de  la  rime  les  mots  en  -eigne.  Quant  à  la  confusion  de  ein  avec  ain,  elle 
se  présente  dans  des  textes  antérieurs  à  Ambroise,  et  elle  doit  sans  doute  se 
comprendre  dans  ce  sens  que  c'est  ein  qui  est  devenu  ain,  et  non  l'inverse. 

^'^  C'est  certainement  tout  k  fait  par  hasard  qui  indiquerait  une  tout  autre  évolution  d'et, 

qu'on  ne  troure  pas  à  la  rime  cette  confusion  avoine  Eschalotne  ;  mais  il  faut  corriger  avoine  en 

attestée  pour  ein-ain,  eins-aiMy  cmt-aint;  toutes  anone,  comme  je  Tai  fait  dans  l'édition.  Parpaintes 

ces  rimes  sont  très  rares  dans  le  poème.  loSaa  (:  cointes)  doit  être  corrigé  en  parpointes. 

^^  Au  V.  9066  le  manuscrit  porte  une  rime  ^'^  Voir  Suchier,  S  &5  b-e, 

D. 


xxviii  INTRODUCTION. 

En  dehors  des  nasales,  ei  représente  un  ^  (é,  ï)  tonique  soit  libre,  soit  en- 
travé par  une  palatale.  Cet  ei,  dans  une  grande  partie  de  la  France,  déjà  au 
temps  d'Ambroise,  avait  passé  à  oi.  La  graphie  de  notre  ras.  présente  un  mé- 
lange absolument  confus  des  deux  notations'^^;  mais  lexamen  des  rimes  per- 
met d'aflirmer  que  le  changement  dW  en  oi  est  inconnu  au  poète.  Un  cas 
particulier,  le  mélange  des  imparfaits  en  -eie  et  en  -ow,  sera  examiné  à  la 
Conjugaison.  Sur  des  rimes  comme  voil  conseil^  cliameilz  oilz,  voir  à  ue. 

La  diphtongue  eu  y  sauf  le  cas  dV+/  vocalisée  {Jem  =fels  2618)  et  de  l'affai- 
blissement d'où  (voir  plus  loin),  ne  se  rencontre  pas  en  français;  la  triphtongue 
ieUj  provenant  d'ë  suivi  d'u,  n'y  est  pas  très  rare,  mais  elle  a  été  le  plus  souvent 
modifiée.  Les  rimes  D^j^or/Ao/meu  (De  um  Bartholomaeum)  h']  ^^  ^  Andreus 
estreus  1  lùi  4,  paraissent  prouver  que  notre  poète  la  conservait  pure  (1.  Dieu 
Bartholmieu y  Andrieus  e8triem)j  d'autant  plus  qu'il  fait  ailleurs  rimer  Andriu 
avec  liu  (6998),  Dieus  avec  lius  (12122),  c.-à-d.  avec  lieu,  lieus,  de  lueu, 
lueus.  Une  question  particulière  se  pose  pour  les  mots  equa,  treuca,  leuca; 
la  discussion  nous  en  entraînerait  trop  loin  ;  bornons-nous  à  remarquer  que 
ces  trois  mots  riment  ensemble  :  liuue  ytiue  9206,  liuues  iuues  8296,  liuues 
triuues  7612,  11798,  lues  triuues  10618^^).  Au  même  groupe  appartient  le 
verbe  sequere,  dont  le  représentant  français,  écrit  siure  et  siuurey  rime  en 
général  avec  son  composé  aconsiure  (voir  à  la  Conjugaison);  toutefois  la  rime 
livre  aconsim^e  (7 1 36)  indique  pour  ce  verbe  la  forme  sivre. 

I.  L'i  continue  l'î  latin.  Il  provient  en  outre  d'^  (ê,  ï)  précédé  d'une  pala- 
tale {cirey  merciy  cil  cilium,  plaisir),  d'é  suivi  d'un  i  atone  final  (t,  t7,  cil,  cisi, 
vint,  vin,  veïs,  -is,  marchis,  pais)  et  d'ï  dans  des  mots  savants  [livre,  servise, 
envie,  etc.)  Ces  faits  sont  communs  à  toute  la  France  du  Nord  et  n'ont  pas 
besoin  d'exemples^^^  non  plus  que  certains  cas  spéciaux  qui  reparaissent  par- 
tout. —  Il  n'en  est  pas  tout  à  fait  de  même  de  Vi  provenant  d'ë  +  J.  Les  exemples 
qu'on  en  trouve  dans  notre  poème  ne  sont  pas  nombreux,  mais  ils  paraissent 
suffisamment  probants'*' :  sire  dire  1610,  7886  ,101/12, 121 36,  sire  ire  1 466 , 

^^^  On  y  trouve  même  tepour  eie,  p.  ex.  6986  de  Fagetam)  rimant  avec  envaï  10998.  Sur  Yi 

oltverieferie  (six  vers  plus  loin  oliveroie),  de  lie,  plie,  etc.,  voir  à  la  Conjugaison. 

^*-  Notez  qu'au  contraire,  dans  la  langue  mo-  ^*^  Je  ne  cite  pas  tous  ceux  où  deux  mots  de 
deme,  ces  trois  mots  donnent  trois  résultats  diffë-  cette  catégorie  riment  ensemble,  ce  qui  naturel- 
rente  :  ive  (disparu),  trêve,  lieue.  lement  ne  prouve  rien  (p.  ex.  sqfire  deêconfire 

^*^  Citons  seulement  Fax  (r^iièrement  tiré  suffecere  disconfecere)9i86,  sire»  remireê 


.   LA  LANGUE.  xm 

6874,  sires  dires  568,  sire  baptistire  4339 ^*\  matire  desfire^^^  2662,  eslire^^^ 
dire  6220,  pns  (part,  de  prendre)  pris  io32,  56/io,  7174»  9^70,  ii53o, 
12268,  Henris  pris  383/i,  Hausasis  m(sex)  10800,  église  (ecclesia)  remise 
(de  remaneii\  voir  ci-dessus  p.  xxv,  n.  h)  81 2/1,  85/io,  i3o6/i,  églises  remises 
3708,  5236,  p^/iï^  c«/i^  ^772^.  Les  mots  qui  riment  ici  en  1  rimeraient  dans 
certains  textes'^^  en  ie,  ei  ou  e  [defiere,  esliere^  pries,  sieSy  egliese,  esliete,  etc.). 
—  Une  question  particulière  se  pose  pour  a  précédé  de  palatale  et  suivi  de  j  : 
ce  groupe  est  généralement  traité  comme  é  suivi  de  j,  et  notre  poème  même 
nous  en  offre  un  exemple  :  gise  desfise  1808'^^^  Mais  les  noms  de  lieux  en 
-iacum  présentent  à  la  rime  des  phénomènes  assez  compliqués  :  cinq  d'entre 
eux  y  figurenlt^^  un  trois  fois,  un  autre  deux  fois,  les  trois  autres  chacun  une. 
Le  ms.  leur  donne  toujours  la  terminaison  ie,  qu'on  peut  interpréter  te,  ié  ei 
même  t;  les  rimes  de  ces  noms  entre  eux  (Chavigtiie  Sade  10992,  Chavignie 
Cloignie  11878,  Chavignie  Graie  7556)  ne  décident  rien  ;  mais  on  trouve  la 
rime  Sacie  ronde  1 1/128,  où  le  second  mot  doit  certainement  être  lu  rond.  Il 
semblerait  donc  indiqué  d'attribuer  au  copiste  la  terminaison  -ie  et  de  rétablir 
partout  1;  mais,  d'autre  part,  on  trouve  la  rime  envie  Toenie  10/172,  qui  ne  peut 
s'expliquer  que  par  la  prononciation  -te.  Le  problème  semble  insoluble.  Peut- 
être  fautr-il  admettre  que  le  poète  a  prononcé  ces  noms  comme  il  les  entendait 
prononcer,  et  que  Robert  de  Toenie  se  nommait  lui-même  ainsi  (suivant  la 
prononciation  de  son  pays'^^) ,  tandis  que  les  seigneurs  de  Chauvigni,  de  Saci  et 
de  Graï  prononçaient  par  1  la  Gnale  du  nom  de  leurs  châteaux'^'.  Ce  ne  sont  pas 

9182,  pris  (pretium)  dis  (decem)  io5o8,        segvre.  Les  rimes  d'ermm  ermine  en  t  (i55a, 
redisme  663o ,  lit  délit  /1809 ,  deseonfite  esliie        169a)  ne  prouvent  rien. 


80 ,  etc.  ^^^  Le  mol  sire ,  à  vrai  dire ,  ne  prouve  rien ,  ce 

^'^  Les  mots  savants  en  -ërium,  -ërium,  mot  ayant  passe  à  toute  la  France,  même  là  où 

-ëria  ont  -ire  dans  notre  poème  :  dire  avoltire  phonëtiquement  il  aurait  pris  une  autre  forme 

àihû  .filatires  matires  1  aSi  6.  Sur  la  rime  Sales-  (il  en  est  de  même  de  dame), 

bires  matires  5oo3 ,  voir  à  IV.  ^'^^  Ces  deux  subjonctifs  sont  d'ailleurs  analo- 

^*^  Desjire,  ou  mieux  dejire,  n'est  pas  d  e  f  ï  c  e  r  e ,  giques  et  refaits  sur  l'indicatif  présent  {gisent,  dcs^ 

qui  donnerait  defeire  défaire,  mais  defëcere  ^e;i/);  les  formes  primitives  étaient /ece^  iç^<?ce. 

rebit  sur  defec  t  us;  même  observation  pour  sof"  ^^  Mailli  et  Quinci  ne  se  trouvent  que  dans  le 

fore,  confire;  mais  on  a  parfaire  malgré  parfot  corps  du  vers. 

(  pe  r  f  e  c  t  u  m  ).  ^'^  Dans  le  voisinage  de  Gaillon ,  où  est  Tosni , 

^^^  Eilire  est  naturellement  exlegereet  non  les  noms  de  ce  genre  sont  aujourd*iiui  en  t;  mais 

ellgere.  on  a  pu  prononcer  autrement  au  moyen  âge. 

(*^  On  peut  y  joindre  livre  aconsivre  (voir  ci-  ^*^  La  forme  actuelle  Gr<ûe,  dans  le  Calvados, 

dessus),  sivre  de  sequere  ayant  dû  passer  par  n  est  sans  doute  que  graphique. 


ixx  INTRODUCTION. 

là ,  à  vrai  dire ,  des  mots  de  la  langue ,  et  on  sait  combien  varient  encore  aujour- 
d'hui, dans  notre  toponymie  officielle,  les  représentants  de  -iacum  disséminés 
en  si  grand  nombre  sur  tous  les  points  du  territoire  ^^^ 

0.  L'o  ouvert  n'offre  rien  de  particulier;  il  provient  d*ô  entravé  et  d'au. 
On  ne  peut  savoir  si  dans  rampone  Rogne  Aïs  l'o  est  encore  ouvert  ou  déjà 
allongé  par  la  chute  de  la  consonne  suivante  (formes  primitives  rampodne  Rodne). 
L'o  de  ordre  (:  amordre  9910)  est  ouvert,  bien  que  le  latin  soit  ôrdinem,  parce 
que  c'est  un  mot  savant (^);  il  en  est  de  même  de  l'o  des  mots  savants  glarie 
vittorie  17/12.  Ces  mots  se  prononcent-ils  encore  comme  ils  sont  écrits ,  ou  déjà 
gloire  vitoire?  On  ne  peut  le  dire.  Le  mot  boire  (Bôrea  m  )  est  un  emprunt  récent 
à  l'italien  boria;  il  rime  trois  fois  (2806,  8282,  11026)  avec  estoire  (pour 
estoile  d'un  bas-latin  stôlia?)  :  si  ces  mots  étaient  entrés  plus  anciennement 
dans  la  langue,  ils  auraient  été  buire,  estuire.  —  La  diphtongue  ou  avec  0 
ouvert,  de  au  +  u,  se  trouve  dans  Anjou  Peitou  226;  dans  caillos  (1.  caUlous) 
cols  (1.  cous)  766,  elle  rime  avecoi^  provenant  d'ô+1  vocalisée. 

L'o  fermé  est  écrit  dans  notre  texte  0,  u,  ou;  en  français  moderne  la  voyelle 
ainsi  notée  est  ou  (=u)  quand  elle  répond  à  0  fermé  (ô,  ù)  entravé,  eu  quand 
elle  répond  à  0  fermé  libre.  Notre  poème,  comme  l'immense  majorité  des 
anciens  poèmes  français,  dans  les  cas  où  le  mot  se  termine  par  une  consonne, 
confond  à  la  rime  0  fermé  entravé  et  libre  :  nouz  bouz  3852,  crieor  tur  ûgBo, 
aillors^^^  turs  9068,  preuz  tuz  ioo5/i,  pruz  iuz  io5o2,  huntus  vus  1/172.  La 
graphie  eu  pour  0  fermé  libre  apparaît  assez  rarement  dans  notre  manuscrit 
{Umfevreus  1 1 2  2/1)  ;  mais  une  rime  au  moins  prouve  que  le  poète  prononçait 
eu  à  côté  d'où  :  me$euf\ê\m  feus  2618.  Il  paraît  même  probable  que  c'était  là  sa 
vraie  prononciation  (donc  crieeur^  ailleurs  y  preu)^  et  que  l'autre,  attestée  par 
les  quelques  rimes  citées  plus  haut,  est  due  à  une  tradition  littéraire  venue 
d'une  autre  région  que  la  sienne.  Cet  eu  se  prononçait  avec  un  «^,  qui  avait 
l'accent,  comme  le  montrent  les  rimes  de  meseureus  di\ecfeus  et  defevreus  avec 
leus  (voir  ci-après).  Notons  comme  ayant  un  0  fermé  estoble  (:  troble  3334, 

^*)  On  pourrait  encore  songer,  pour  ëcarter  ^'^  Le  mot  aillon,  fr.  mod.  ailieurs,  ne  peut 

la  diflScult^,  èi  lire  enui  au   lieu    à' envie  au  guère  venir,  comme  on  le  dit,  de  aliorsum 

V.   10&71,  Ambroise  faisant  parfois  rimer  ut  (M.  Kôrting  marque  dans  ce  mot  Vo  comme 

avec  I  (voir  à  tii).  bref,  mais  il  était  sans  doute  long);  il  &ut  peut- 

(')  Le  mot  plus  ancien  orne  a  correctement  être  supposer  une  basealiorum,  avec  addition 

un  0  fermé  ;  il  ne  Ogure  pas  dans  le  poème.  de  ts  adverbiale. 


LA  LANGUE.  xui 

699a)  destupula  pour  stipula,  entwehe  (:  masche  566o)  dérivé  d'entoschier 
[inioxicRve) ^penlecosle  (:  caste  4554,  gSôa,  ^T^Sy^K  — La  diphtongue  au 
avec  a  fermé  provient  do  fermé  plus  u  :  laujau  783;  on  a  vu  plus  haut  que 
km  pi^ésente  déjà  concurremment  la  forme  leu. 

Devant  les  nasales,  Y  a  ouvert  entravé  et  To  fermé  se  confondent,  comme 
partout  en  firançais;  la  terminaison  -âmes  (-ûmus) ,  qui ,  pour  des  raisons  d  ana- 
logie (^^  prend  un  e  final  qui  ne  lui  appartient  pas  régulièrement,  rime  avec 
homes  (64,  3â64,  479/1,  ^^^^^  6896,  11926);  on  ne  peut  savoir  si  dans 
ce  cas  Ambroise  prononçait  lo  fermé  ordinaire  ou  lo  nasal  (de  même  pour 
one  dans  dane,  none,  coraney  Escalane^  etc.);  en  tout  cas  il  ne  prononçait  pas 
a  ouvert  comme  le  français  moderne.  La  devant  nasale  dans  les  terminaisons 
masculines  était  bien  probablement  nasalisé.  Sur  ô  libre  devant  nasale <, 
voir  à  ue. 

La  diphtongue  ai  avec  a  ouvert  provient  de  au+j  danâjoiie,  naue^  Mantaire. 
Mantaire  rime  avec  estaire  (histôria),  qui  rime  avec  mémoire  4365  :  ces  deux 
mots  sont  des  mots  savants  ;  ils  auraient  donné  estuirey  memuire.  Sur  baire^  glaire , 
estoire,  voir  ci-dessus.  —  La  combinaison  de  a  fermé  +j  avec  une  nasale  donne 
oin  ou  oin,  et  lo  ouvert  dans  les  mêmes  conditions  aboutit  au  même  résultat  : 
hesoigne  rime  avec  Bargoigne  (228,  274, 882) ou  charaigne  (caronea)  3656, 
11686;  eiessoignêy  dont  lo  paraît  bien  avoir  la  même  origine  que  celui  de 
hesoigne  y  rime  avec  tesiimaigne  5260'^).  La  rime  parpaitUes  coirUes  io52  2  pour- 
rait faire  croire  que  ain  rime  avec  m,  mais  il  faut  lire  pmyaiiUeSy  comme 
dans  la  même  paire  de  rimes  au  vers  i586(^). 

La  diphtongue  ue,  plus  anciennement  uo,  est  Tépanouissement  d*ô  libre 
tonique.  Elle  est  écrite  dans  notre  texte  uey  oe,  souvent  0,  et  dans  certains  cas 
e  simple  :  Texamen  des  rimes  prouve  que  toutes  ces  graphies  représentent  un 
son  identique,  Wy  dans  lequel  Taccent  est  sur  \e.  C'est  ce  qui  résulte  d*abord 
de  la  rime /u^n*c  (écrit ^wire)  guerre  8670,  et  ensuite  des  rimes  très  nom- 

^*)  On  sait  (jae  ceUe  forme,  encore  mal  ex-  de  dartë,  ie  gn,  remplace  le  plus  souvent  dans 

pKqnée  (Snchîer,  S  1 9  i),  est  habituelle  en  an-  ie  ms.  par  n  simple. 

cien  français;  il  est  remarquable  que  le  français  ^^\  Au  y.  7986,  ie  moi  coinUê,  que  donne  le 

moderne  PenUeite  représente  au  contraire  un  manuscrit,  et  qni  rimerait  avec  eonie»  comités, 

aneien  PenudêU.  a  été  dans  l'édition  corrigé  enconief  computos, 

''^  Voir  Remania  y  t.  XXI,  p.  35  a.  comme  le  demande  aussi  le  selis;  voyes  ci-dessus 

('^  Dans  tous  ces  mots  j*ai  rétabli  ici,  pour  plus  p.  xxu,  n.  9. 


XXXII 


INTRODUCTION. 


breuses  où  figurent  les  mots  ilueques  et  ovueques  (écrits  iloqueSy  ilocques, 
illoques  y  et  ouequesy  ouecques).  Souvent  ils  riment  entre  eux,  malgré  la  diffé- 
rence de  graphie,  et  cela  ne  prouve  naturellement  que  leur  identité ^*^;  il  eu 
est  de  même  quand  illoques  rime  ayecporoques{S6bo);  mais  ilueques  rime 
sept  fois  (538,  lûyô,  1878,  2862,  8170,  ti'joU^  ^698)  et  ovueques deux  fois 
{i  ù6li ,  'j^^S)  ayecesnequeSy  et  de  mémei7/u«c  (i2^)  rime  avec  eskee{±ob[i^): 
il  faut  donc  admettre  ou  que  ces  mots  étaient  déjà  devenus  ilec  [ot^J,  ileques 
avequesy  ou  plutôt  quils  étaient  encore  à  la  phase  antérieure  où  ils  se  pronon- 
çaient iluec  [(wwc],  ilueques  ovueques  avec  l'accent  sur  1'^^^).  —  Ce  résultat  est 
confirmé  par  les  deux  observations  suivantes.  L'ô  libre  devant  nasale  devenait 
ue  dans  le  langage  d'Ambroise  tout  comme  devant  une  autre  consonne,  et  les 
mots  de  ce  genre  ne  riment  qu'entre  "eux  (et  non,  comme  ailleurs,  avec  on)  : 
cuens  hoens  klxU^^  hœn  Roëm  1  o36 ,  Roém  hoem  1162  [Roëm  est  primitivement 
Rodoem  de  Rodômaum  Rotômâgum);  cuens  et  buens  (écrit  bons)  riment  en 
outre  avec  suens  (2/15/1^  5o6/i),  et  buens  avec  Duens  (3 1 2 8 ); toutefois  le  mot 
uem,  lorsqu'il  fait  l'ofiice  de  pronom  indéfini ,  rime  neuf  fois  avec  Jaru^ofem  (1 706, 
5o5o,  6866,  7062,  7612,  777^,  9866,  loii/i,  1 19/i/i)  et  une  fois  avec 
meien  (écrit  maan)  &59/1,  ce  qui  prouve  ou  qu'il  avait  perdu  son  ti,  ou  qu'au 
moins  l'accent  avait  passé  à  Ye^^K  Devant  une  /  mouillée,  la  diphtongue  ue  pro- 
venant d'ô  rime  également  avec  1'^  provenant  d'e  (ermé  :  vueil  conseil  8702^*), 
et  il  en  est  de  même  quand  une  consonne  suivant  le  groupe  eil  en  a  fait  dis- 
paraître le  mouillement  (voir  aux  Consonnes)  ichamelz  uelz  io58o^^).  On  peut 
donc  admettre  pour  ue  la  prononciation  indiquée  plus  haut;  mais  il  est  pro- 
bable qu'elle  n'était  pas  encore  tout  à  fait  établie,  puisqu'en  dehors  des  trois 
cas  cités  Ambroise  ne  fait  pas  rimer  ue  avec  e.  Il  est  difficile  de  décider  quel 
était  \e  de  cette  diphtongue  (la  valeur  de  \e  d^esneque,  eskec  est  douteuse), 
e^  et  e^  se  confondant  devant  les  nasales;  ce  n'était  certainement  pas  ^  :  les 


(^)  J'ai  note  vingt-huit  de  ces  paires  de  rimes, 
où  ie  premier  mot  a  toujours  0,  le  second  tou- 
jours e. 

^*^  La  graphie  différente  des  deux  mots  dans 
notre  ms.  indique  «ce  que  confirment  d'autres 
témoignages,  que  Vu  est  tombe  dans  ovuee, 
atmec  (sous  l'influence  du  v  précédent)  pins  tdt 
que  dans  iluec^(ei  dans  senuee,  poruee). 

(')  Le  ms.  porte  souvent  l'am  (trois  fois  en 


rime),  /'oii  (en  rime  avec  moûin);  mais  cette 
graphie  doit  élre  imputée  au  scribe.  Plus  tard 
on  a  dit  en  effet  l'an  (et,  par  assimilation,  en 
Normandie,  n'an)  pour  l'en,  tandis  que  le  fran- 
çais propre  a  gardé  l'on. 

(*)  Le  ms.  a  voit,  mais  la  rime  exige  vueii. 

^^^  Le  ms.  a  chameilz  oilz,  mais  à  tort  ;  le  mot 
chameil  (decamêlum,  tandis  que  charnel  repré- 
sente camellu  m)  £Biit  au  pluriel  chatnelz» 


LA  LANGUE, 


XUIU 


rîmes  en  -6t^  -^/z,  indiqueraient  plutôt  é^\  mais  la  rime  fiierre  guerre  ne 
permet  guère  de  douter  que  Ve  n'ait  la  valeur  d'e^^^K  î^—  Sur  m  provenant  de 
ue+jy  voir  ui.  •  •  '  f 

U.  La  voyelle  provenant  d  a  latin  (^)  est  toujours  écrite  dans  le  manuscrit 
(sauf  quelques  exceptions  sans  importance)  par  u,  ce  qui  fait  confusion 
avec  0  fermé,  souvent  aussi  noté  n;  mais  les  rimes  distinguent  absolument  les 
deux  voyelles W.  Sur  In  dans  les  formes  verbales  en  -nrent^  etc.,  voir  à  la 
Conjugaison.  .      . 

La  diphtongue  ut  provient  essentiellement  de  û+j,  de  û  +  ï  dans  cuiy  lui^ 
de  û  ou  ô  +  palatale  dans^uiYe,  euide^'^\  Mais  dans  les  mêmes  régions  où  ie  +j  de-  ^ 
vient  I,  ue  +j  devient ui.  Notre  poète  possédant  lïen  question  (voir  ci-dessus), 
il  devait  posséder  aussi  IW  correspondant  ;  les  rimes,  peu  nombreuses,  où  fi- 
gurent uij  ne  l'attestent  pas,  car  elles  nous  montrent  le  second  ui  rimant  avec 
lui-même  {jpluie  *plôvia,  vuie  Vôcita  6068,  pluie  mute  11  a  1/1,  nuire  cuire 
77s ,  duire  Mocére  nuire  986/1);  mais  la  graphie  constante  se  joint  à  Tinduc^ 
tion  pour  l'attester.  U  faut  noter  que,  de  même  que  ue  peut  rimer  avec  0,  ui 
(au  moins  le  premier  ui)  peut  rimer  avec  i  :  on  trouve  dire  acanduire^^^  1016, 
conduit  dit  8334^^);  Tacc^it  était  donc  sur  l'i. 


GoRsoNNEs.  —  Les  rimes  nous  offrent  moins  de  renseignements  sur  les 
consonnes  que  sur  ies  voyelles  ;  aussi  ne  nous  astreindrons-nous  pas  à  examiner 
chaque  consonne  l'une  après  l'autre ,  et  nous  bornerons-nous  à  relever  les  faits 
sur  lesquels  les  rimes  peuvent  nous  éclairer. 

La  règ^e  d'après  laquelle  toute  sonore  finale  se  change  en  sourde  (sauf  s 
devant  voyelle)  n'est  pas  fidèlement  observée  par  le  copiste  :  on  trouve  par 


^*^  Voir  Suchier,  S  1 8 ,  où  la  même  conclusion 
est  appuyée  sur  d'autres  textes  offrant  le  même 
phénomène. 

^  Ltf  de  Mpucre  (écrit  <^ptt/cre)  sep  ûl  cru  m 
(imucre  mûccidum  7689,  8386)  est  d^origine 
savante. 

^')  Notons  les  rimes  de  Bettenuble  avec  nubk 
nabilaetenntiife  (7680,  981&),  de  l^aru/ avec 
apana  (8686) ,  et  de  Sur  avec  sur  (  a638) ,  asseûr 
(7990),  intâ-essantes  pour  la  prononciation  de 
ces  noms  orangers. 

(*)  De  cdgitatet  non  côgitat  (Kôrting). 


^*^  Le  ms.  porte  aeondire,  que  j'ai  laissé  dans 
le  texte,  et  on  pourrait  être  tenté  de  comprendre 
aeondire,  de  adcondicere;  mais  le  sens  ne  con- 
viendrait pas  à  beaucoup  près  aussi  bien ,  et  le 
latin  porte  :  pecuniae  summa  recepta, 

^*)  La  rime  toU  lui  que  donne  le  ms.  (9000) 
aurait  donc  pu  être  conservée;  mais  U  est  ici 
préférable  (voir  au  Pronom).  Le  mot  bemUe 
rime  avec  suie  6918  (ms.  beirue  sue  )  et  avec /nie 
10/1 46,  ce  qui  n'exclurait  pas  la  forme  berrie. 
Fuite  quite  1 858  ne  prouve  rien  :  on  a  prononcé 
cuite,  comme  le  montre  cette  graphie  fréquente. 


mraauuB  iati««au. 


xmv  INTRODUCTION. 

exemple  souvent  Richard  au  lieu  de  Richart;  mais  des  rimes  comme  Richard 
'part  868,  etc.,  prouvent  que  le  poète  ne  s'en  écartait  pas.  Aucune  sonore  ne 
termine  un  mot  en  rime.  • 

Le  copiste  ne  reproduit  pas  non  plus  toujours  la  prononciation  en  ce  qui 
concet^ne  la  chute 'des  consonnes  terminant  les  thèmes  nominaux  ou  verbaux 
devant  Y  s  de  flexion;  il  écrit  par  exemple  cerfs  ^  vifs;  mais  les  rimes  avec  tra- 
vers â  tâa ,  ocis  8 1 3o,  montrent  que  le  poète  prononçait  cerSy  m^,  et  de  même 
dans  tous  les  cas  analogues;  cos  (nom.  de  coc)  :  bos  i683  est  écrit  correcte- 
ment. ^  . 

Liquides.  —  R.  LV  double  ne.  se .  confond  ordinairement  pas  avec  IV 
simple,  bien  que  le  copiste  mette  souvent  une  r  simple  pour  une  r  double;  Tun 
et  l'autre  fait  sont  attestés  par  les  rimes  très  fréquentes  qui  réunissent  les 
mots  ternes)  y  guerre(^)^  quarre^  Engleterre  :  chacun  est  écrit  indifféremment  avec 
une  ou  avec  deux  r^^\  mais  ils  ne  riment  jamais  qu'ensemble  (ou  Siwecfuerre 
3670) ,  et  non  avec  des  mois  conmieyâû*^^  guaire  ^  paire  y  où  cependant  la  pronon- 
ciation de  la  voyelle  devait  être  identique  (voir  ci-dessus).  De  même  le  verbe 
corre  (écrit  aussi  carCy  currCy  cure)  ne  rime  qu'avec  ses  composés  encofrCy  sa- 
coirCy  acorrCy  rescorrCy  et  non  avec  des  mots  £omme  oreyOorey  bien  que  la  rime 
d'o  fermé  libre  avec  0  fermé  entravé  ne  soit  pas,  comme  on  fa  vu,  inconnue 
au  poète.  On  pourrait  objecter  la  rime  Barres  ares  /i538;  mais  si  l'on  observe 
que  la  forme  la  plus  usitée  de  ce  mot  en  français  et  sa  forme  constante  en 
provençal  est  arre^  on  pensera  que  par  une  raison  quelconque  ce  représen* 
tant  d'arïdum  avait  pris  deux  r.  La  rime  à^  guerre  SL\ecfuerre  (b.  1.  f.ôdrum) 
prouve  que  les  deux  r  doubles  étaient  identiques ,  qu'elles  provinssent  d'une 
r  double  ou  de  l'assimilation  d'une  dentale  à  Yr  suivante.  —  Le  mot  remires 
(:  sires)  9126  nous  montre  le  changement  de  dj  en  r  dans  un  mot  savant  (re- 
miediey  remidie^  remiliey  remirie^  remireY^K 

L.  VI  nous  présente  deux  questions,  celle  de  la  vocahsation  et  celle  du 
mouillement.  La  vocalisation  n'a  lieu  dans  notre  texte  que  dans  l'intérieur  des 
mots  devant  une  consonne,  mais  elle  y  est  constante  :  les  rimes  Emaus  maus 
98/1/i  (ms.  Esmals  mals)^  caillons  cous  766  (ms.  caillas  cols)^  Gerout  out  U^i^ 

^'^  On  trouve  même  une  fois   gaire   pour  ^*^  Notons  la  forme  apostre  pour  le  plus  an- 

guerre  6601;  mab  c*est  une  faute,  qui  a  été  cien  apostk  (:  nostre  6679).  L^insertion  d'une  r 

corrigée  dans  Tëdition;  notez  encore  la  graphie  dans  celestre  est  attestée  par  quatre  rimes  (voir 

queire  pour  querre.  au  Glossaire  ). 


LA  LANGUE.  xxxv 

(ms.  Gerod  ot),  Tattestent  suffisamment  (voir  aussi  ce  qui  a  été  dit  plus  haut 
sur  -aumë,  --eaume).  Après  i,  u,  17,  au  lieu  de  se  vocaliser,  tombe  :  8epu{t)erê 
mucre  7689,  8386 W.  —  L7  mouillée  se  produit  dans  les  conditions  ordi*- 
naires  (combinaison  avec  un  j  précédant  ou  suivant);  le  copiste  en  néglige 
très  souvent  la  marque  distinctive,  mais  les  mots  qui  la  présentent  à  la  syllabe 
tonique  ne  riment  qu'ensemble  (par  exemple  vitalle  bataille  7990,  Bruel  oel 
7538)'^).  Le  mot  qui  termine  le  vers  6a8/i,  sesuelle  (éd.  s'esvelle),  ne  peut 
être  s'esveillsy  car  il  rime  avec  gresle  (écrit  graisle)^  et  ce  mot,  qui  rime  avec 
mesle  9220  elpesle  10890,  n'a  jamais  eu  d7  mouillée.  Les  mots  en  -ik  pré- 
sentent une  question  spéciale  :  vile  (écrit  souvent  ville)  rime  avec  mile  U^o^ 
77/i,  8o4,  etc.,  Sezile  (écrit  Sezille)  Biû,  566,  etc.,  concile  (écrit  concilie) 
6196,  6988,  nobile  1  i/i3s,  et  il  semble  que  ces  mots,  représentant  milia, 
Sicilia,  concilium,  devraient  avoir  une  /  mouillée  ;  mais  ce  sont  des  mots  sa-^ 
vants;  il  en  est  de  même  deMarsile  (écrit  Mareille)  qui  rime  avec  avik  8/180  (*l 
Il  faut  remarquer  que  le  changement  de  17  de  ces  mots  en  r,  cjui  se  rencontre 
dans  certains  textes,  est  inconnu  au  n^tre  (il  connaît  au  contraire  remire,  voir 
ci-dessus).  En  revanche  il  change  contrarie  en  contralie  (:  pâlie,  voir  ci-dessus 
p.  %\n)  ;  mais  il  connaît  aussi  contraire  {:  Candaire  1 93/i ,  Hilaire  7812).  —  Dans 
les  noms  et  verbes  dont  le  thème  se  termine  par  /  mouillée,  elle  se  comporte  en 
français,  suivant  les  régions,  de  deux  manières  différentes  devant  les  consonnes 
de  flexion  (*^  :  ou  17  disparaît  et  Yi  reste,  ou  l'i  disparaît  et  17  reste  en  se  vocali- 
sant (dans  les  deux  cas  d'ailleurs  Ys  finale  devient  z  :  on  a  par  exemple  travaiz, 
travail  ou  travauz,  travaut).  Notre  poète  pratique  le  second  de  ces  procédés, 
comme  le  montrent  les  rimes  Emauz  noauz  753/1  (ms.  s) ,  chameuz  ueuz  1  o58o 
(ms.  chameilz  oilz).  Après  un  1,  17  mouillée  tombe  ijiz  costiz  35â. 

Nasales.  —  M.  Vm  finale  après  une  voyelle  ne  se  distinguait  plus  de  Yn  : 
si  Fem  [Fuem)  rime  le  plus  souvent  avec  Jérusalem,  on  le  trouve  aussi  rimant 
avec  meien  (voir  ci-dessus),  ce  qui  indique  que  la  graphie  par  m  n'est  que  tra- 
ditionnelle. Il  en  est  de  même  pour  la  terminaison  -om  des  1"*  pers.  du  plu- 
riel :  la  graphie  habiluelle  est  encore  -om  [haom  Orfamaom  588/i) ,  mais  començon 
rime  avec  Besançon  382/1,  muron  avec  Thoron  1088/1,  et  la  graphie  Tfiorom 

^'^  Sar  mvr  pour  mtt/^  voir  le  Glossaire.  buant  à  MarsUie  une  /  mouillée,  j'ai  rattaché 

^*)  En  revanche  on  trouve  par  exemple  veilles  amh  à  aviliier,  qui  existe  aussi  :  avile  appartient 

eêteillet  t^^^o  fourveiks  esleiks,  kavtler. 

^')  C'est  h  tort  qne  dans  le  Glossaire,  atlri-  ^^^  Voir  Ramania,  IX,  697. 


xxxn  INTRODUCTION. 

pour  rimer  avec  avrom  2786  montre  bien  qu'il  fout  partout  substituer  n  km 
(par  conséquent  aussi  Jerusaleriy  Belleeny  Cafarnaon);  les  rimes  ne  nous  per- 
mettent pas  de  savoir  si  l  m  et  Yn  s'étaient  déjà  perdues  toutes  deux  dans  la 
nasalité  dont  elles  avaient  infecté  la  voyelle  précédente. 

N.  L'n  finale  après  r  a  cessé  de  se  prononcer  :  eschar^n)  rime  bien  avec 
char(n)  62 3o,  yver(n)  a\ec  ver(n)  3fàali^^\  mjor{n)  avec  yor(n)  128,  Û210, 
9724,  mais  d'autre  part  tor{^^  ator(n)  riment  avec  tor  198/1,  1  io58(^J.  — 
A  s'en  rapporter  à  la  graphie,  qui  après  %  supprime  très  souvent  le  g  àegtiy 
Yn  mouillée  aurait  perdu  son  mouillement;  mais  les  rimes  nous  montrent  que 
les  seuls  mots  où  l'n  est  mouillée  riment  ensemble,  et  réciproquement.  Ainsi 
les  mots  Bretagne  y  Alemaigne,  Champaigney  mahaignSy  remaigney  TiffaignCy 
chevetaigney  compaigney  montaignôy  avra^nCy  grifaigney  bien  que  d'ordinaire 
écrits  Bretainey  etc.,  ne  riment  pas  avec  les  mots  comme  semaine  y  graine  y 
diemainey  lointaine  y  etc.(^);  le  msxi  plaine  y  qui  rime  avec  champaine  6110,  manr- 
taine  766/1,  ovraine  ii36o,  est  plania,  distinct  de  j^/am^  plana,  et  devrait 
être  partout  écrit  plaigne  y  comme  il  l'est  en  rime  avec  montaigne  11918.  De 
même  empraine  enpraine  6  doivent  être  lus  empreigne  (imprendiat)  empreigne 
(impraegnat),  et  retiens  9011  rimant  avec  vi^fne  doit  être  également  écrit 
par  gn.  De  même  enfin  les  mots  Borgoigney  besoigney  charoigney  testimoigney 
essoigney  écrits  le  plus  souvent  sans  g,  ne  riment  qu'entre  eux  et  ont  une  n 
mouillée* 

S.  Les  rimes  ne  nous  fournissent  aucune  preuve  de  l'amuissement  de  Ys 
devant  une  sourde;  au  contraire,  nous  la  voyons  maintenue  même  devant  cA 
par  la  distinction  de  rimes  comme  sèche  teche  10612,  11182  (ms.  sesche) 
d'une  part  et  tresches  garlandesehes  8/i6o  d'autre  part  W.  Mais  devant  une  so- 
nore Ys  était  déjà  tombée,  comme  le  montrent  les  rimes  blâme  famé  (fa ma, 
mot  savant)  9888,  m^smespnme^  7070,  xoo'jS^meismesdeïmes  i832,  3o/i8, 
mmsmes  veimes  1260,  meimes  veïmes  109/i/i,  meïsmes  queimes  iiliSli^^\  Sur 

(*)  Ver  n'est  pas  ver,  mais  ver  nu  m  {tetn-  avec  cheveitaigne.  Maines  de  magnus,  mot  sa- 

pus),  comme  iver{n)  est  hiberna  m.  vant,  n*a  pas  A'n  mouillée. 

**^  L'n  de  oniiitf,  du  pins  ancien  an«iic(ani  ma,  ^*^  La  terminaison  -eee  {proece,  etc.)  est  très 

mot  savant),  a  disparu  au  lieu  de  se  changer  en  souvent  écrite  -esce;  c'est  là  une  habitude  gra- 

/  ou  r  comme  dans  d'autres  textes  ;  le  copiste  phique  qu'on  retrouve  ailleurs  et  qui  indique 

écriialtne,  mais  le  mot  rime  avec  dame  3659,  sans  doute  un  changement  dans  la  prononciation. 

390a.  ^^^  C'est  à  tort  que  l'on  dit  souvent  que  les 

(')  Conune  on  l'a  vu  plus  haut,  règne  rime  premières  pers.  pi.  en  -âmes,  -mes,  -urnes  ont 


LA  LANGUE.  ixxvii 

Ra^ne  rampopiSy  voir  ci-dessus,  p.  \\\.  —  Vs  finale,  comme  on  le  verra  au  z, 
est  nettement  distincte  de  z. 

Z.  Le  z  se  prononçait  ts;  il  provient  de  dentale  +  «,  et  en  outre  de  (^  de- 
venu final;  il  remplace  Ys  de  flexion  dans  les  mots  où  elle  s'ajoute  à  un  thème 
terminé  en  /  mouillée,  n  mouillée.  Notre  poète  ne  fait  pas  rimer  z  avec  «,  ou 
en  d'autres  termes  l'élément  dental  de  z  n  est  pas  encore  effacé  pour  lui.  C'est 
ce  que  prouve  la  séparation  constante  des  mots  en  -a»  et  Hiizy  -aus  et  -auzy 
-eis  et  -^2;,  --ers  et  -erz,  -«  et  -iz,  -os  et  -oz  :  d'un  côté,  après  pais  662 ,  (ar- 
quais près  3766,  leaus  Preals  7120,  iââ6/i,  Preals  leaus  1 1  i3/i,  mais  Esmals 
98/16,  Preals  reaus  1 1 000 ^  franceis  ainceis  (souvent  oi  pour  ei)  292,  /i/is, 
53i8,  58oo,  7972,  Geneveis  eneveis^^^  5o6,  1  i/iû8,  haubers  pers  6989,  cers 
travers  ai3â,  marchis  aquis  k^hvL  etc.,  vifs  ods  8i3o,  pais  estais  (stativus) 
1 1 78^ ,  enginus  ginus  98 ,  hunltis  vus  1/172,  meseûr\e\m  feus  26 1 8  ;  de  l'autre, 
Biauvaiz  desfaiz  2930,  Biauvaiz  traiz  6182,  Biauvaiz  haiz  878/i  ^^^  amirauz  hauz 
3671,  enchauz  chauz  3io/i,  Emauznoauz  (écrit  Emaus  noaus)  763/1,  Tiebauz 
bauz  io^^o y feiz  (vicem)  dreiz  2/182,^^12;  (vicem)/^"z  (fides)  8/120,  conmz 
reiz  6556,  descendreiz  dreiz  11379,  ^^^^^  ^^  6/i/i4,  diz  cocatriz  (calca- 
trices)  5970,  enviz  viz  1196/i,  piz  respiz  U^'jo,  nouz  bouz  3852,  proz  poz 
3o52 ,  proz  (oz  1  oa5/i,  1  o5o2.  On  remarquera  que,  par  une  singularité  qui  se 
trouve  dans  beaucoup  d autres  textes  et  qui  n'est  pas  encore  expliquée,  pa- 
cem  donne /M118  tandis  que  Bellovacis,  calcatricem,  vicem  donnent  ^«ati- 
wiz,  cocatnZjfeiz^^K  Deux  ou  trois  mots  font  difficulté  :  Guis  rime  en  w  (:  mar- 
chis  3/106,  ^t«î$  6 1 5  2 ) ,  taudis  que  Wido  +  8  aurait  dû  faire  Guiz;  de  même 
on  a  Jofreis  [ijreis  /i658)  quand  on  attendrait  Jofreiz.  Ces  formes  sont  dues 
sans  doute  à  l'influence  des  accusatifs  Gui  y  Jofrei  :  on  a  reformé  le  nominatif 
par  la  simple  additipn  d'^.  Brandiz  (:  diz  5o8)  n'a  pas  droit  à  un  z  (lat.  Brun- 
disium,  it.  Brindisi);  c'est  sa  qualité  de  mot  étranger  qui  en  a  rendu  la  pro- 
nonciation flottante.  La  rime  de  baucenz  avec  cenz  6762  montre  que  le  sin- 


pris  une  s  par  analogie  avec  les  deuxièmes  en 
-attes,  'têtes,  -Mêtes  :  en  rëalitë  Vs  de  -asmes, 
'ismes,  -dumes  n'a  jamais  été  qutme  «rgraphie 
inverse»  provenant  de  la  chute  très  ancienne  de 
Ys  devant  une  sonore.  Voir  sur  ce  point  Roma^ 
iita,  XV,  618. 

^*)  Ce  mot  a  toujours  une  s  et  non  un  z ,  ce  qui 
devra  être  pris  eu  considëration  quand  on  lui 


cherchera  une  ëtymologie;  aucune,  que  je  sache , 
n'a  été  proposée  jusqu  ici. 

^*^  Ces  mots  sont  écrits  le  plus  souvent  par  ei 
ou  e;  je  rétablis  ai  pour  plus  de  clarté. 

^*'  Je  n'ai  pas  trouvé  de  rimes  en  -es,  -tés; 
mais  les  nombreuses  rimes  en  -ez,  -iez  sont  sans 
mélange.  Notons  pte^  sussiez  iiSga.  La  rime 
Hamet  Seez  ( ^7 1  ^)  n'est  pas  claire. 


XXXVIII  INTRODUCTION. 

gulier  de  ce  mot  était  baucent,  bien  que  la  forme  primitive  semble  avoir  été 
balcenCy  qui  au  pluriel  aurait  fait  baucens^^K  La  rime  cerz  (certus)  cfer«  BBgû 
est  doublement  choquante,  il  faut  sans  doute  iirey^«  (fïrmos).  —  Les  rimes 
ne  nous  fournissent  pas  le  moyen  de  décider  si  après  nn^  r»,  le  poète  chan- 
geait, comme  beaucoup  d'autres,  Vs  de  flexion  en  z  (anz,  jorz);  il  est  extrê- 
mement probable  qu'il  le  faisait  au  moins  dans  le  premier  cas. 

C.  La  distinction  entre  (^^^\  qui  se  prononçait  te,  et  «  dure  est  observée  sans 
exception  :  p.  ex.  les  rimes  comme  manaces  maces  678/i  ^^\  proece  vistece  1 2 Su, 
richeces  ligeces  18  4,  ne  se  confondent  jamais  avec  des  rimes  en  -asse,  --esse^ 
-esses.  On  ne  rencontre  non  plus  dans  notre  texte  aucune  trace  de  la  rime 
entre  <^  et  ch  (p.  ex.  franche  France)  qui  apparaît  dans  un  assez  grand  nombre 
d'autres  poèmes.  Le  ch  est  également  distinct  de  cS  le  (^  ne  devient  pas  ch,  et 
il  n'est  pas  douteux  qu'Ambroise  prononçait  à  la  française  chevauche ,  chace 
(c'est-à-dire  tchevautchcy  tchatce)^  et  non  pas  quevauque,  catche^'^K  Des  mots  sa- 
vants ou  récemment  empruntés  (comme  esneque,  du  néerl.  snecca)  conser- 
vent seuls  au  c  devant  a  la  valeur  de  cK  —  La  graphie  x  n'apparait  pas  dans 
le  manuscrit. 

Les  rimes  ne  fournissent  sur  les  autres  consonnes  que  des  indications  qu'il 
serait  oiseux  de  relever,  parce  qu'elles  concordent  simplement  avec  la  pho- 
nétique française  générale.  Je  noterai  la  forme  rabes  (:  abes  10096),  oi]ile  b 
au  lieu  de  v  indique  une  provenance  méridionale,  très  explicable  pour  cette 
racine,  qui  faisait  au  moyen  âge  la  nourriture  principale  des  habitants  du  Li- 
mousin et  de  l'Auvergne.  Le  verbe  aidter  se  présente  généralement  sous  des 
formes  où  le  d  est  tombé  (voir  à  la  Conjugaison);  mais  on  a  manaidcy  qui 
semble  s'y  rattacher,  et  non  manaie,  plus  usité  ailleurs,  si  la  correction  de 
meisnade  S^gS  (:  laide)  est  adoptée.  Le  copiste  écrit  voide  de  vôcita  (voir  au 
Glossaire),  mais  la  rime  de  vuie  (ms.  nue)  avec  pluie  atteste  la  chute  du  rf. 

Déclinaison.  —  Nom.  La  déclinaison  à  deux  cas  est  en  général  bien  observée 
par  le  poète  (mais  non  par  le  copiste);  toutefois  la  mesure  ou  la  rime  nous 
attestent,  par  un  assez  grand  nombre  d'exemples,  que  l'usage  moderne  qui 

(')  Voir  RoiHonia,  XXIV,  588.  ^^^  Les  rimes  prouvent  que  le  poMe  disait 

^*)  C*  =  c  dur,  c*=c  sifflanL  barge  el  non  barche  {barges  larges  488),  mais 

^^^  Ajoutez  les  auti'es  limes  du  mot  tnace       cWcA«  (voir  au  Glossaire)  et  non  cAat^e,  comme 

(mattea)  indiquées  au  Glossaire.  écrit  le  copiste. 


LA  LANGUE.  xim 

réduit  la  déclinaison  des  noms  à  la  distinction  des  nombres  (et  des  genres  en 
certains  cas)  avait  déjà  commencé  à  ruiner  f  usage  ancien.  Voici  les  cas  que 
j'ai  remarqués.  Les  premiers  sont  attestés  par  la  rime  : 

Tant  sont  ores  tristes  lor  mères, 
E  lor  parenz,  lor  Gz,  lor  frères. 
Lor  amis,  lor  apartenant  (^)  (399). 
Treis  jors  dura  le  passement  (&97)- 
. . .  icostume  est  e  usage  (5 69). 
. .  .  fust  folie  ou  fust  saveir  (829). 
Ço  ne  sereit  mie  saveir  (101 68). 

ço  fud  faus  acordement  (aSiS). 

ço  fut  grant  damage  (3a6i). 

dont  damage 

Fud  (3899)  C^). 

Ainz  devint  illoques  martir  {k8^ù)^^\ 

Si  lui  enuiot  son  estage  (5390). 

Qu'Eschalone  ne  refereit 

Ne  crislien  ne  Sarazin  (7397). 

E  par  tant  remist  lor  conseil  (8709). 

si  fud  ontage  (9896). 

E  Ricard  d*Orques  e  Terri 

I  esteient  (9967). 

s'en  fust  mestier  (ii3oo)(^L 

Ces  exemples  concernent  des  substantifs;  voici  des  adjectifs  : 

Meschief  fu  ço  trop  maleeit  (9097). 

Ki  puis  refud  a  force  empli  (3 900). 

En  paradis  iert  porguardë 

Son  liu  (6678). 

E  si  Tenchalz  fust  mielez  seû  (7757). 

Si  i  fu  Hue  de  Noefvile, 

Un  ardi  seijant  e  nobile  (ii/i39). 

En  général,  comme  il  est  naturel,  le  substantif  qui  est  uni  à  la  rime  sous 

^*)  On  pourrait  corriger  parent ,  Jil ,  ami,  mais  que  martir,  mot  savant,  n*a  pas  droit  h  une  s  au 

noa frères  ni  t^rtenanz,  nominatif. 

^*^  Ajoutez  encore  A 169.  ^^^  Mestier  devrait  être  au  nominatif,  comme 

'*)  Ajoutez  6681.  On  peut  dire,  il  est  vrai,  il  Test  au  v.  laSiS  lEilen  est  sigranz  mestiers. 


XL 


INTRODUCTION. 


forme  d'accusatif  au  lieu  de  nominatif  entraîne  avec  lui  l'article  et  l'adjectif 
qui  s'y  rapportent,  et  il  en  est  de  même  de  l'adjectif  pour  l'article ^'h  on 
trouve  cependant  une  exception  : 

...  la  Tamena  Deus  demaine  (^^gi); 

mais  demeine  semble  avoir  été  pris  comme  une  espèce  d'adverbe  (*^. 
Les  cas  suivants  sont  attestés  par  la  mesure  : 

Dont  le  Temple  et  grant  desconfort  (a Boa). 

E  li  Franceis  dreit  acunirent. .  • 

Le  Temple  e  cil  de  TOspital  (9899). 

Ço  conte  Ambroise  en  s'escripture  (3736). 

Ço  soit  Ambroise  en  fin  sanz  faite  (6019). 

Se  volt  Tarcevesque  entremetre  (3839). 

Ces  exemples,  sans  être  extrêmement  nombreux,  le  sont  assez  pour  montrer 
que  la  déclinaison  ancienne  était  déjà  assez  gravement  ébranlée  W.  On  remar- 
quera toutefois  qu'ils  ne  portent  que  sur  la  première  forme  de  la  déclinaison  : 
les  noms  qui  présentent  entre  le  nominatif  et  l'accusatif  une  différence  plus 
marquée  que  la  présence  ou  l'absence  de  1'*  conservent  les  deux  cas  con- 
stamment distincts.  On  trouve  cependant,  contrairement  à  ce  qui  a  prévalu 
en  français  moderne,  seror  employé  au  nominatif  : 

Cui  {ms.  Qui)  sa  seror  avoit  norri  (1 1739), 

et,  conformément  cette  fois  à  l'usage  moderne,  la  (orme  preslre  à  l'ace,  au  lieu 
de  proveire  (9699)  (*'. 


^*^  On  pourrait  au  v.  9097  lire  meschiés, 
6678  ses  biens,  mais  ce  serait  certainement 
fausser  la  leçon;  au  v.  iiâ3i  nobile  n'a  pas 
amène  Hvon  comme  Un  ardi  serjant,  parce  que 
les  deux  propositions  sont  détachas  Fune  de 
l'autre. 

^'^  On  pourrait  lire  Deu,  mais  c'est  inutile  et 
peu  probable. 

<^)  Il  y  a  plus  d'un  cas  où ,  à  première  vue ,  on 
serait  tente  de  voir  un  exemple  à  joindre  aux 
précédents,  mais  qui  s'explique  autrement  Ainsi 
aseûr  368,  aagi,  9&8â,  7106  est  un  adverbe 


composé  (a  seûr)  et  non  un  adjectif;  lejor  3^69 
est  un  accusatif  absolu  et  non  le  sujet  Sesteit; 
un  tirant  1 386 ,  un  acoriement  5o4a ,  grant  bar^ 
nage  SiàU  dépendent  de  tVt  tnaneit,  il  vint,  hU 
vendroit  et  ne  sont  pas  les  sujets  de  oes  verbes; 
il  en  est  sans  doute  de  même  de  conte  dans  t7 
n'en  est  conte  &h  ;  mençofige  A 1 9&  est  féminin,  etc. 
^^^  Ici  les  deux  cas  étaient  trop  distincts  :  on 
les  prit  pour  deux  mots  différents ,  et  on  eut  d'une 
part  prestre  et  de  l'autre  proveire  munis  de  leurs 
deux  cas  aux  deux  nombres;  prestre  seid  s'est 
maintenu. 


LA  LANGUE.  xu 

L'observation  qui  vient  d'être  faite  appartient  en  réalité  à  la  syntaxe 
plutôt  quà  la  morphologie;  mais  il  a  paru  plus  oommocle  de  la  placer  ici. 
Il  en  est  de  même  des  remarques  qui  suivent  sur  le  genre  des  substantifs. 
Je  ne  relève  naturellement  que  ce  qui  est  hésitant  ou  contraire  à  Tusage 
moderne. 

Le  mot  navie  est  féminin  Sog,  389,  359,  maià  masculin  ââo  [navire  masc. 
!2o85);  ostf  généralement  fém.  (/i3i,  1907,  etc.),  est  aussi  masc.  (1760, 
S^2^);mracle  est  masc.  8/io/i  et  Cém.  8091;  sur  glaive,  eslate,  voir  au  Glos- 
saire. Sont  féminins  :  serpent  2180,  96&1,  martire  2950,  essample  kU'iOy 
veipre3^^'];avraigne(b^io^  SkZ^)  est  un  autre  mot  qu(wrag^ô(operanea)et 
naturellement  féminin;  onar  est  fém.,  comme  toujours  en  anc.  français  (1 160, 
9695,  10393).  Vuz  (votos)  semble  être  fém.  au  v.  338,  mais  voir  voe  au 
Glossaire.  Le  mot  ille  est  souvent  masc.  en  anc.  fr.  ;  le  copiste  le  fait  masc.  au 
V.  i38i,  ainsi  que  ovre  au  v.  6089;  ^^  ^^  semble  se  rapporter  à  vermines 
(5928-6999),  il  faut  voir  là  un  accord  d'idée  (avec  vers)  et  non  la  preuve 
que  vermine  fût  masculin.  Genitaires  est  masc.  â56â. 

Je  noterai  encore  ici  ce  qui  concerne  le  mot gent.  En  général  il  est  employé 
au  fém.  singulier,  mais,  en  sa  qualité  de  collectif,  il  prend  le  verbe  au  plu- 
riel :  tant  se  penerent  haute  genl  968,  nostre  gent. .  .  frent  2987,  .....  mur- 

reient  6093, setresirent^^^x^ seguardauenl  562/i, seher- 

bergerent  6076,  6923, s'apariUauent  7607, samwient  1  i/io8, 

venaient  1  x^k^^  ^  cruel  genl.  .  .  l'aveient  6931,  la  gent.  .  .  rechevdche- 

rent  64o2;  d'autres  fois  le  mot  est  au  plur.  fém.:  noz  genz  sont  destorhees 
11017,  lor  gent  (1.  genz)  sent  erent  parties  HUlio^^K  Mais  Tidée  plurielle  et 
masculine  presque  toujours  contenue  dans  le  mot  Tincline  vers  le  pluriel 
masculin  :  on  trouve  d'abord  le  pron.  plur.  il  se  rapportant  à  la  gent  :  Mais 
Deus  voleit  la  gent  apriendre.  Qu'il  le  deivent  amer  e  criendre  66 1 6 ,  et  enfin  genz 
masc.  plur.  :  gent  (1.  getiz)  nudemefit  enthechiez  2662,  nuls  genz  8638^^1 

L'usage  d'employer  les  abstraits  au  pluriel,  fréquent  en  ancien  français ^^^ 
est  assez  rare  dans  notre  texte  :  on  peut  citer  (et  encore  tous  les  cas  ne  sont 

^'^  Cf.  encore  li  plus  des  genz  neiees  [furent]  verbe  au  singulier  (6so),  mais  souvent  au  piu- 

•39&&,  7996.  riel  à  cause  de  Tidëe  (sga,  5o38,  aàkk).  Cf. 

^*)  Je  rattache  ici  une  observation  du  même  encore  :  plain  pam. . .  s'erent  embatu  9797. 
genresur/ip/i»  (la  plupart),  qui  est  sans  doute  ^*^  \oïrLe\Ântki^DieMclinatiùnderSuhstaH 

originairement  au  sing.  masc.  nom.  et  prend  le  tiva  in  der  OilSpraehe  (Posen,  1878),  p.  as. 


r 

IVrilMBUK    lATIO^liLK. 


xLii  INTRODUCTION. 

pas  sûrs)  ostages  5449,  cheitivisons  2653,  péchiez  9671,  buntez  1929,  9174, 
arphenlez  a5o6(?),  volentez  6780  (?),  pknU\z]  6948. 

C'est  encore,  à  vrai  dire,  une  question  de  syntaxe  que  l'emploi  des  adjectifs 
ou  participes  au  neutre  quand  ils  se  rapportent  à  un  pronom  neutre  (fo,  tôt  y 
il)  ou  a  une  idée  indéfinie.  Nous  le  trouvons  souvent  chez  Ambroise  :  srà  8â3, 
1894,  Sjoii^gent  967,  rendu  1029,  bel  i2o5,  6860,  S^'jli.meschMit  244i, 
reprové  3o3i,  agraventé  6864,  esehêiet  jSU^,  veû  7975,  hé  10624,  12082, 
tems  10923.  Mais  parfois  aussi  ladjectif  sujet  est  mis  au  nomin.  masc;  ainsi 
Qu'il  lor  sereit  bien  adresdez  908,  E  bien  doit  estre  racontez  1 1 358.  Dans  Cest  veir 
provez  766,  9331,  il  faut  sans  doute  lire  mr«,  en  considérant  ce  mot  comme 
un  substantif  masculin,  signifiant  «r  vérités.  Enfin  je  mentionnerai  ici  Temploi 
fréquent  comme  adverbes,  mais  sans  l'adjonction  de  de,  des  mots  tant  (tant 
altre  gent,  54,  tant  genz  494,  4625(*),  tant  péchiez  ^^^  \ ,  tant  pereres^^  3ii3), 
moût  [mult  perieres  3537,  muh  genz  4368),  poi  (poi genz  6692),  et  l'emploi 
bien  connu  de  un  comme  pluriel  de  l'art,  indéfini  :  uns  cols  k'jbS^  unes  fen* 
çons  a 363,  unes  pluies  'j li'j ± ,  unes  muschetes  9529^ 

Les  noms  de  la  seconde  et  de  la  troisième  déclinaison  (latine)  qui  se  ter- 
minent en  français  par  e  et  qui  n'ont  pas  à's  au  nominatif  en  latin  n'en  ont 
pas  noii  plus  dans  le  plus  ancien  français.  Nous  trouvons  ainsi  dans  notre 
texte  les  nom.  mestre  6889,  livre  7 1 35 ,  Aliœandre  1  o485 ,  autre  1 1 9o5 ,  em- 
perere  1670  (?),  1767,  3256,^^^  9934'^',  sans  parler  de  «tr^au  voc.  1610, 
2199,8544,8653,8745,  ioi42,  11119,  1 2 133.  Mais  l'usage  analogique 
qui  ajoute  une  s  à  ces  nominatifs  est  plus  souvent  attesté:  livres  2608, 
7544  W,  pères  95,  povres  2658, ^r^e*  8536,  sires  567,  9126,  detres  11 856, 
empereres  i45i,  1792  (?),  i8i5  (?),  i842,  9125,  vengieres  36 \ 0 , poigneres 
7558,  greindres  177W.  Les  noms  propres  d'origine  germanique  prennent 
cette  s  déjà  dans  les  plus  anciens  monuments  de  la  langue;  ici  noUs  avons  6ruîs 
2657,  34o5W,  6i5i,  fiw»  6169,  0f6«  9971. 

Les  noms  féminins  de  la  troisième  déclinaison  terminés  par  une  consonne 

(^^  Ms.  et  ëd.  tanz.  délivre;  mais  délivre  est  un  adj.  verbal  tire  de 

^*^  On  pourrait  croire  que  dans  ces  mots  on  a  délivrer, 

simplement  Temploi,  signalé  plus  haut,  de  Tac-  ^^^  Les  paires  de  rimes  mendres  tendres  180, 

cusatif  pour  le  nominatif;  mais  au  moins  pour  presires  mestres  8544  sont  douteuses,  Vs  poti- 

etnperere  ce  n  est  pas  admisSïble.  vaut  être  supprimée  aux  deut  mots. 

*^  Livres  rime  les  deux  fois  avec  délivres,  '*ï  Surle  foit  qu'on  a  «  et  non  2,  voir  ci-dessus 

qu'on  pourrait  rattacher  à  un  d  e  1  i  b e r  et  écrire  p.  xxxvii. 


LA  LANGUE.  xuu 

ue  prennent  pas  dV  au  nominatif  singulier,  ou  plutôt  nont  pas  de  cas»  le  no- 
minatif ayant  disparu  dès  Tépoque  du  latin  vulgaire  :  ciV^5i  i,  11287,  6863  (?), 
damer  6/ii,  vérité  666,  gent  968,  tençon  1/186,  ^tiko^  plmté  âSâo,  raison 
9&&3,  chahr  63b ^,  procession  12027,  desleial  7/123.  Une  seule  exception  est 
attestée  par  la  rime  :  fins  5/io8.  Aux  v.  25o5-25o6,  Dont  la  sainte  cristientez 
Fud  puis  tanz  jorz  en  orphentez^  il  est  très  facile  de  corriger  cristienlé  orphenté 
(cf.  263a)  :  dès  lors  ou  est  tenté,  aux  v.  6779-6780,  Or  chevalche  cristientez 
Par  Surie  a  ses  volentez,  de  corriger  de  même  cristienté  et  a  ^  volenté^^K 

Les  adjectifs  latins  uniformes  de  la  troisième  déclinaison  ont  passé,  comme 
on  sait,  en  français  à  la  déclinaison  à  genres.  Notre  texte  montre  sur  ce  point, 
comme  tous  les  textes  anc.  français ,  hésitation  entre  lancienne  et  la  nouvelle 
forme  (^).  A  côté  des  exemples  nombreux  du  premier  groupe,  qu'il  est  inutile 
de  relever,  on  trouve graïufe  i5i,  3375,  339/i,  3961,  UU'ji,  4536,  7921, 
grandes  69/18,  qZq^^ forte  U'jb,  919/1,  (6^/118,  1102,  333 1,  6579,  ^^566, 
ii6o5,  teles  /1268,  6889,  7/165,  itele  /1286,  11100,  iteles  kiUli^^K 

PRONOM.  —  Pronom  personnel.  Le  nom.  sing.  du  pronom  de  la  première 
pers.,  suivant  le  verbe,  nous  présente  une  fois  la  forme  gié  (:  cangié  533o). 
—  Notons  fe«,  ace.  pL  de  la  troisième  pers. ,  employé  après  le  verbe  :  Qui  de 
trahir  les  sepenot  2  5/i2.  —  La  troisième  pers.  fém.  est  au  sing.  nom.  ele  ou  ely 
ce  dernier  plus  fréquent,  mais,  sauf  une  fois  [U^U^),  écrit  constamment  ele 
(ou  i7)  malgré  la  mesure  (ou  le  sens)  :  ele  1811,  2006,  3i58,  3657,  U^t^j 
5119,  656o,  9035,  9680,  988/i,  11616,  11723;  el  [écrit ele)  5iû,  i352, 
1809,  1810,  235/1,  35/(3,  36/i2,  365o,  /iio9,  ^35o,  6899,  5â3o, 
583o,  5870,  6016,  6068,  6286,  6/170,  6661,  7082,  8/ii5,  8881,  9/157, 
101 17,  ioi36,  10802,  (écrit  i7)  3666,  583o,  9592,  10076;  de  même  au 
plur.  nom.  on  a  eles  3536,  6766,  6792,  8666,  10968,  el  els  2966  (écrit 
eles)  225o,  6779,  6780,  5266,  8028,  11073,  11876,  (écrit  il)  9536, 
10639.  ^  ^'^^c.  sing.  fém    le  copiste  met  souvent  lui  où  il  faut  U  (11 56, 

^'^  Cf.  Ittn.  Rie.  IV,  xiii  :  Eccc  christianitas  19/i,  iii56,  doit'ètre  écrit  vtez  (velus  inv.), 

pro  Uhera  votwntaU  Urram  Syrùe  penmibulat,  et  vie[t]lles  339  estvetulas. 

^*^  Inutile  de  signaler  dolee,  dolente ,  amw^ ,  ^^^  Souvent  le  ms.  donne  ces  formes  «naio- 

passés  h  la  déclinaison  à  genres  dès  l'époque  giques  sans  qu'on  ait  le  droit  de  les  attribuer  au 

gallo-romaiie.  Pro  est  toujours  invariable;  prode  poète;  ainsi  forte  e  cruele  89  {L/ort  e  cruel); 

(3593)  ou  prude  (ôaoS)  est  en  redite  pro  de,  grieve  brève  S^^S  peuvent  sans  peine  se  corriger 

pru  de  (\o\r  Bomania,  XXI,  i93).  Vielz  fém.  en  gfrief  brief. 

r. 


xLiv  INTRODUCTION. 

3642,  12068),  comme  le  montre  la  rime  du  v.  9000.  L'ace,  fém.  est  eles 
(4794);fl  eh  pour  a  eles  (3322)  paraît  une  négligence  du  poète. 

Pronom  DjéMONSTRATiF.  —  Cel  a  pour  ace.  fém.  emphatique  celi  8999;  il  pos- 
sède le  neutre  (^/(4463,  6853).  —  Le  nom.  sing.  de  c^^est  cist  (683t);  il 
faut  également  lire  cist  au  nom.  plur.  pour  ces  11018. 

PaoNOM  REL4TIF.  —  La  forme  emphatique  de  lacc.-dat.  de  qui  est  eut,  quel- 
quefois bien  écrit  dans  notre  ms,  (2016,  4396,  4532,  4534,  5i56,  6o85, 
7564,  8382,  9456),  mais  beaucoup  plus  souvent  écrit  à  tort  qui  (102, 
1918, 2  468, 2508,3371,  3908,  4228,  4242,  4252,  4264, 4278, 43i4, 
4322,  436o,  438o,  44i2,  6720,  10786,  io838,  11732,  i2233, 
12326)'*^  —  On  trouve  souvent  pour  le  fém.  sing.,  quand  il  est  sujet,  à  côté 
de  qui  et  de  fci,  la  forme  ^^  (161,  54i9,  7870,  9897,  9994,  111 15),  mais 
on  u est  pas  autorisé  à  lattribuer  à  lauteur.  Il  en  est  de  même  de  qtte  em- 
ployé pour  le  nom.  neutre  dans  les  locutions  de  quei queseil  45 16,  que  qui  i 
faille  5728,  d'ailleurs  bien  attesté,  et  de  que  pour  quei  [que  que  Ven  (/t^  5258  , 
que  quon  en  die  5376,  que  qui  i  faille  5728,  que  que  li  rei^fmt  9487),  égale- 
ment bien  connu  dans  l'ancienne  langue. 

Pronom  possessif.  —  Pour  le  nom.  sing.  masc.  de  la  forme  atone,  le  ms. 
donne  régulièrement  mt8,  ^Î8,  «»s(6536,  7578,  8653  ,  —  9768(^1),  —  224, 
838  («1),  ii52,  3649,  7129,  7816,  7547  (si),  834o,  8536,  9035, 
9476(^1),  10039(51),  io3o2,  iii38,  11920),  une  fois  seulement  mes 
(ioo56).  —  La  forme  accentuée  de  l'ace,  sing.  masc.  du  poss.  de  la  i**  pers. 
est  mien  9783,  écrit  men  1 1420.  Celle  du  poss.  de  la  2*"  et  3®  pers.  est  :  sing. 
masc.  ace.  iuen  9646,  men  3844,  444o,  4544,  5355,  8072 ,  8076,  844i, 
100  23,  ii322,  mais  son  10982;  nom.  suens  2454,  7174,  mais  sons  10788; 
pi.  ace.  sums  1953,  2280,  7122;  plur.  nom.  suen  4943,  9999*  La  forme 
en  'On  n'est  nulle  part  confirmée  par  la  rime;  au  contraire  on  a  les  rimes 
mien$  suens  2454  et  bons  (1.  buens)  suens  5o64,  qui  attestent  la  forme  en  -uen. 
—  Au  fém.  il  n'y  a  pas  d'exemple  probant  pour  la  i'*  ni  pour  la  2®  pers.;  la  3® 
est  écrite  ordinairement  sue,  parfois  seue  (6180,  6656,  12182,  i2i4o); 
les  rimes  avec  Evreues  4706,  Dreues  6180  ,  6656  semblent  bien  établir  pour 
le  poète  la  prononciation  eu  (voir  ci-dessus  p.  xxx).  —  Les  pron.  poss.  de 
la  pluralité  n'offrent  rien  de  remarquable  aux  formes  atones;  au^  formes 

(^'  Au  vers  «ISSi  il  faut  peut-élre  lire  «'galemeDt  eut  au  lieu  de  qui  (ms.  quil). 


LA  LANGUE.  xlv 

aecentaées  nous  noterons  le  plur.  masc.  nom.  noz  6633  (mais  la  mesure  per- 
met de  lire  linostre  comme  4986);  au  pi.  ace,  masc.  ou  fém.  [lesnoz  igBa), 
on  a  toujours  noz. 

Conjugaison.  —  Les  premières  personnes  du  pluriel  (sauf  les  exceptions 
connues)  sont  écrites  très  diversement  :  -wm,  -umsy  -on,  -Hms;  les  rimes  at- 
testent -on  [Besençon  cainençon  38aû ,  Thoron  muron  1 0886 ,  avrom  Thorom  [1.  To- 
ron] 9786,  Cafarnaom[\.  Cafamaon^^^]  5884)  et  aussi -oitô  [Darderons  dirons 
1 1960,  Teissons  leissoms  672 1)^^^.  A  côté  se  trouve  la  forme  en  -ornes  :  homes 
avanies  53^4,  paignomes  homes  6396 ,  savames  1019a  (et  bien  entendu  toujours 
somes  ou  sûmes).  —  La  distinction  des  terminaisons  en  -etis  d'avec  celles  en 
-atis  ne  se  trouve  que  dans  un  futur  :  descendroiz  droiz  1 1 370. 

CoxJLGAisoN  EN  -J?JR.  —  La  i"^  pers.  du  prés,  de  Tind.  ne  prend  jamais  d'é 
final  en  dehoi^s  des  conditions  où  Teuphonie  Texige  :  on  a  régulièrement  acunt 
iâi38,  airoc  4712,  cornant  12295,  cont  2448,  533o,  cmi  [cuid,  quid)  2373, 
6102,  68o3,  8570,  9049,  10170,  12299,  demant  844,  désir  8995,  espeir 
570,  h  4542,  8701,  merveil  6273,  nimi  4735,  os  3i35,  10276,  12220, 
12237,  12243,  suspiez  11392.  —  Ve  analogique  ne  se  trouve  pas  davantage 
aux  trois  pers.  sing.  du  prés,  du  subj.  (il  n'y  a  d'exemples  que  de  la  3*)  :  ait 
149,  9535,  ameint  901 3,  ament  9728,  comenst  (ms.  eonuisi)  3,  deprit  6725, 
espustS^^Sy  gart  (gard)  9946,  est  2358,  saut  (^salt)  462 1,  travaut  [travailt) 
12339^''.  Mais  à  côté  de  ces  subjonctife  réguliers,  le  verbe  tomer  présente  le 
subj.  analogique  torge  :  retarge  turge  6782,  targent  retorgent  6880,  encurgiez 
retorgiez  734o  W.  —  Les  formes  en  -issiez  de  la  2*  pers.  pi.  de  l'impf.  du  subj. 
ne  sont  attestées  que  par  le  ms.  {aïlissiez  2374  ^^\  getissiez  3985),  mais  elles 
sont,  comme  on  sait,  constantes  en  ancien  français.  —  Les  futurs  des  verbes 
dont  le  thème  se  termine  en  n,  m  perdent  habituellement  Ye  de  l'infinitif  : 
merreient  [mereient)    10285,  turreit  9716,  returreient  7779,  sujorreit  971 5 

'*^  Siir  rëquivalence  de  m  finale  à  n,  voir  ci-  ^*^  A  la  pi-eniière  rime  retorge  est  3*  pers., 

dessus  p.  xxwi.  turge  1  "  pers.  ;  ces  deux  mots  ne  pourraient  donc 

^*)  Ce  témoignage  est  moins  décisif,  car  on  rimer  ensemble  s'ils  n*avaient  la  forme  -ge  (on 

pourrait  lii*e  Bedredin  Dorderon  1 1969,  et  Roof  aurait  retort  tor);  de  même  à  la  troisième  on  ati- 

Taiuon  ^yaa  ;  toutefois  Vs  de  Taissatu  paraît  at-  rait  encoriez  retomez. 
testée  par  ia  rime  au  vers  1 1879.  ^^^  Ici  toutefois  la  recherche  des  rimes  léonines 

^*^  On  pourrait  prendre  demande  1 5a  pour  un  par  le  poète  invite  à  lire  alUsiez  rimant  avec  veh- 

subjonctif;  mais  c'est  un  indicatif.  nez. 


iLvi  INTRODUCTION. 

(toutefois  on  trouve  retomereil  7788)^^^.  Pour  loreiejo  encore  10206  il  vaut  sans 
doute  mieux  lire  loereie  f  encore.  —  Le  verbe  aler  fait  au  subj.  prés.  3*  sg, 
ait  8.  —  Doner  a  à  l'ind.  pr.  1  doins  9006, au  subj.  pr.  3  doinst  8088, 1^297. 
—  Ester  a  deux  parfaits,  l'un  en  -at,  l'autre  en  -ui  :  d'une  part  aresta  presta 
1212,  aresterent  huèrent  1592,  arestei'ent  recuvrerent  65/i2 ,  s'estèrent  guarderent 
3169;  de  l'autre  e«^ttrani  mururent  66^6,JurentesturentS[ibfi^furentrestt4rent 
8672,  aresturent  furent  654o  f^\  aresturent  conurent  1 1926.  —  A  côté  de  laii- 
sievy  régulièrement  conjugué,  se  trouvent,  comme  dans  tant  d'autres  textes, 
des  formes  qui  semblent  postuler  un  infinitif  laire^^\  ({\\  on  ne  trouve  pas  : 
impér.  lai  3761,  1 1 979  (lais)\  au  fut.  on  a  ^  et  non  lax-  :  fut.  larai  6807, 
lairons  2887,  cond.  lareit  8690. 

L'imparfait  ind,  de  la  conjugaison  en  -er  n'est  représenté  qu'à  la  3*  pers. 
du  sing.  et  du  piurieL  La  3®  pers.  du  sing.  est  toujours  écrite  -o^  et  ne  rime 
ordinairement  qu'avec  elle-même  (ainsi  empetrot  Jinot  1898,  guaitot  recetot 
1912,  ruot  tuot  2270,  destemprot  temptvt  ']6lio);  mais  la  forme  de  cette  per- 
sonne, Hmt  ou  H)t,  est  ordinairement  identique  à  celle  de  la  3®  pers.  des  parf. 
en  -01,  et  celle-ci  étant  sans  doute  -ont  dans  notre  texte  (voir  ci-dessous),  il 
faut  probablement  en  dire  autant  de  celle-là.  —  La  3*  pers.  plur.  est  le  plus 
souvent  écrite  -ouent  (rarement  -oc»^),  ce  qui  concorde  bien  avec  ce  qui  vient 
d'être  dit;  mais  souvent  aussi  on  trouve  -oient,  par  confusion  avec  la  3®  pers. 
pi.  des  imparfaits  en  -oie  {-eieY'^K  Cette  confusion  semble  ne  pas  avoir  été 
tout  à  fait  étrangère  à  l'auteur  même,  à  en  juger  par  les  rimes  suivantes  : 
defendùuent  jfportouent  3376,  vergondoient  feroient  8710,  regardouent  ardouenl 
58 1 5 ,  traiouent  jetouetU  69/1 2 ,  fuioient estancenoient  69/16 ,  laschouent  porveouent 
8070.  Il  est  toutefois  à  remarquer  que  ces  rimes  sont  rares,  qu'au  contraire 
la  séparation  des  deux  imparfaits  est  observée  dans  un  très  grand  npnibre  de 
rimes,  et  que  la  confusion  ne  se  rencontre  pas  pour  la  3^  pers.  du  singulier'*'. 

Autres  conjugaisons.  —  Nous  noterons  l'inf.  archaïque  taisir  11 56,  l'inf. 
néologique  grondre  1  668,  et  l'inf.  aerdeir  (:  ardeir  3688),  que  je  n'ai  pas  ren- 

^'^  La  forme  enterrez  pour  entrerez  856o  n*est  pour  le  futur  et  inadmissible  pour  rimpératifl 

attestée  que  par  lemanusciit.  '^^  A  Tinverse  on  trouve  très  souvent  -otteiU 

^*'  Notez  que  la  paire  de  rimes  qui  suit  im-  pour 'eient{plaignouefUfaisauentiob6,retraauent 

mëdiatement  celle-là  est  une  de  celles  où  figure  haoueut  196a,  aeorouentfenment  987&,.etc.). 

aresterent.  ^^^  Sauf  pour  e$tout,  de  ester,  devenu  esteit 

^^^  AvL  Glossaire  ces  formes  ont  éié  rapportées  par  une  attraction  bcile  à  comprendre  et  rimant 

à  un  infinitif  hier,  mais  cela  est  peu  probable  avec  esteit  de  estre  (78a,  i45a,  3566). 


LA  LANGUE.  xmi 

contré  ailleurs.  L'inf.  de  torquëre  était  tortre  et  non  tordrey  comme  le 
montrent  les  formes  estarte  Û76,  detortait  3638.  —  Au  subj.  on  remarque jC^^ 
{'fiere  9635)  au  lieu  du  plus  ancien  et  seul  régulier  fire^  ehiece  11 91 5  (à 
l'intérieur  du  vers),  encurgiez  yS/io  ^^K  Le  subj.  prés,  de  venir  est  écrit  vi^ne 
90  iD  (:  retiene  «^  retiegne) ,  forme  qui  a  remplacé  le  plus  ancien  vigne  et  a 
elle-même  été  remplacée  par  vienne;  mais  la  rime  viengiez  vengiez  8556  rend 
probable  une  formation  parallèle  et  récente  vienge.  Le  subj.  pr.  de  plaire  est 
encore  place  (:  place  3o3o),  mais  les  anciens  jece  etdejece  àe  gésir  et  dejire  sont 
devenus  gise  et  de{s)fise  et  riment  ensemble  (1808).  —  Nous  noterons  les  par- 
faits en  s  :  audns  (^atainst  6/157),  ^^^^^^  [conduist  1970,  2769),  escris  (^escrist 
5590),  estors  [estorstrent  t&oS),  remis  de  remaneir  [remistrent  955û)'^\  www« 
[morst  6672),  teins^tainst  6458),  trais^treist  ai3,  etc.,  et  traistrent  785,  etc., 
treslreni  i5i5,  etc.).  Les  3**  pers.  pi.  des  parfaits  en  s  sont  en  -«^-  {estor- 
strenty  remistrent,  (raistrent);  toutefois,  sous  l'influence  de ^e»(,  qui,  très  an- 
ciennement, a  remplacé  le  ^r\nnti( fodrent^  plusieui*s  parfaits  en  -is  ont  déjà 
-irent  :  on  trouve  ainsi ^ramtr^^  (écrit  (ramistrent)  rimant  avec  virent  i3ti;  on 
peut  dès  lors  se  demander  si  les  rimes  mistrent  distrent  S/i^,  distrent  conquis- 
trent  618,  mistrent  pristrent  638,  distrent  mesdistrent  682,  distrent  requistrent 
9611,  asistrent  enpristrent  â/io8,  remistrent  mistrent  255&,  8iâo,  ocistrent pris- 
trent 3174,  3i8/i,  8278,  885o,  ioo36,  sistrent  distrent  9686,  mistrent 
sistrent  9986,  requistrent  distrent  ioi5â,  odstrent  mistrmt  8196,  ne  doivent 
pas  être  changées  en  dirent  y  etc.  Toutefois  il  est  plus  probable  que  ces  formes 
si  nombreuses  (et  très  fréquentes  aussi  dans  l'intérieur  des  vers)  étaient  les 
formes  ordinaires  du  poète,  qui  commençait  seulement  à  employer  à  côté  les 
formes  analogiques  en  -irent^^K  Les  formes  faibles  sont  constamment  écrites 
sans  s  [deïSy  demeSy  deisty  etc.).  —  Les  parfaits  en  -o»  font-ils  -ot  ou  -ou/  à  la 
3*  pers.  sing.  ?  Une  seule  rime,  Gerod  ot  ^732,  nous  éclaire  sur  ce  point, 
mais  elle  est  assez  concluante  :  Gerod  doit  en  effet  être  corrigé  en  Gerout  (lat. 
Geroldum),  et  l'u  représentant  l'/  n'était  bien  probablement  pas  tombé  : 
Gerout  appelle  donc  outy  et  par  suite  --ont  pour  les  autres  parfaits  en  -oi;  des 

^'^  Voir  ci-dessus  p.  \lv,  n.  4.  pour  remestrent  (voir  ci-dessus  p.  xit,  n.  4), 

^*^  Voir  ci-dessus  p.  xxv,  n.  6.  et  mestreiU,  remestrent  n'étant  jamais,  que  je 

^^'  Ce  qui  appuie  encore  cette  opinion,  c'est  sache,  devenus  tnerent,  remerent,  il  n*est  guère 

ia  présence  |)armi  ces  parfaits  de  remistrent  ri-  vraisemblable  que  les  formes  altérées  soient  de- 

mant  avec  mistrent  (miserunt).  Remistrent  est  venues  fuirent,  remirent. 


xLviii  INTRODUCTION. 

graphies  comme  soit  ^^  soûl  i636  appuient  cette  opinion.  Les  3^  pers.  pi. 
étaient  en  -ourenl  ou  plutôt  en  -eurent  (eurent  ^e]urent  7800,  eurent  seuretU  8368). 
Les  formes  faibles  et  l'impf.  du  subj.  avaient  sans  doute  -etï-  [esteust  3o4a, 
coneus[s]ent  eussent  5798,  teû[s]sent  peûssent  9  â86 ,  pleu[s]sent  eussent  11^16). 
—  Les  parfaits  en  -m*  comprennent  entre  autres  crui  (crurent furent  5oi8), 
mui  [murent  Jurent  1183,  1860,  2797,  60 ^^)y  jui  [aparurent  jurent  6^ iS,' 
jurent  furent  io38/i,  1 1970),  plut  de  ploveir  (^plurent  furent  6267),  nui  [plu-' 
reiit  nurent  5479),  perçut  (aperçurent furent  iio55,  11080),  conui  (^furent  co- 
nurent  ioqoq);  œrui  (acururent  parsurent  10700),  valut  (Jurent  valw^eni 
6798),  morui  (munirent  esmurent  56o2),  pa$*ui  (aparurent  jurent  6918)  W. 
La  3"^  pers.  du  sing.  conserve  son  t  aussi  bien  dans  les  parfaits  faibles  que 
dans  les  forts,  comme  le  prouve  la  rime  parut  Barut  2  liâ,  8686.  Les  par- 
faits monosyllabiques  à  la  première  et  à  la  troisième  personne  du  singulier  ^'^^ 
ont  seuls  un  déplacement  d'accent  aux  personnes  faibles  et  à  Timpf.  du  sub- 
jonctif; les  rimes  ne  peuvent  nous  apprendre  s'ils  faisaient  -eus  ou  -oî»  (mous 
ou  meus  y  etc.),  mais  la  graphie  constante  est  -eus.  Les  parfaits  de  plus  d'une 
syllabe  ne  déplacent  pas  laccent  (valut ^  valus,  etc.);  encoreust  5o59  doit  être 
lu  encorust.  —  Il  n'y  a  dans  notre  texte  aucune  trace  de  parfaits  en  -ié;  tous 
ceux  qui  pourraient  avoir  cette  forme  ont-i  comme  en  français  moderne,  et 
r»  est  attesté  par  plusieurs  rimes  :  descendi  di  8930,  perdîmes  primes  7639, 
perdirent  tindrent  6439,  deperdirent  firent  1266,  rendirent  partirent  2606,  etir 
tendirent  défaillirent  10226,  atendirent  virent  8932,  esbaudirent  descendirent 
2890,  descendirent  virent  7268,  défendirent  sailUrent  1 1 5  4  a  ;  de  même  dans  bâti, 
respondi,  etc.  A  cette  classe  appartiennent  aussi  les  parf.  chai  (chairent  pé- 
rirent ^^^  ^7^)'  ^^^  (recoilia^ey^ent  périrent  3452,  issirent  recoillirent  2906), 
toli  (:  U  9000).  La  rime  descendi  di  8930  montre  que  la  3®  pers.  sing.  était 
dépourvue  de  t.  —  Parmi  les  participes  passés  nous  relèverons  surse  de 
sordre  9442,  coilleite  4429,  et  les  deux  formes  concurrentes  tolu  (:  absolu 
1 208)  et  toleit  (tohite  adroite  1 2338).  —  Le  verbe  estre  possède  les  deux  im- 
parfaits ère  et  esteie;  pour  etH^  erent  on  trouve  souvent  écrit  iert^  ierent^  mais  les 
rimes  n'autorisent  que  ^r/(:;?^^  269)  et  erent  (:  alerent  ili^U.nafret^ent  i5i8); 
la  1"^  pers.  pi.  est  erioms  i5o4.  —  Le  verbe  prendre  a  toujours  dans  le  ms., 
et  avait  bien  probablement  dans  la  langue  de  l'auteur,  pem-  aux  formes  de  ia 

^*>  Sur  la  conjagaison  de  stvre,  voir  plus  loin.  —  ^*^  I^es  parf.  eonui,  j)erçui  rentrent  dans  cette 
dasse,  leur  désinence  répondant  à  novi,  cepi. 


LA  LANGUE.  xux 

première  série  accentuées  sur  la  termiuaisoii  (peinanut  3o6bypet'neit  1959, 
35911,8969^  10906,  p^mot^  iâo/i5);  il  possède  un^double  subjonctif  pré- 
sent, preigne{:  empreigne  6)  etprenge  (:  losenge  7/10/1).  —  Les  formes  de  Tin- 
finitif  correspondant  à  sequere  ont  été  étudiées  ci^dessus  (p.  x&vni);  le 
parfait  et  le  participe  sont  doubles  :  d'un  côté  on  a  les  rimes/m  j)Of*^'i556, 
fuirent  siwirent  b666 ^  et  fuïz  siviz  i853,  qui,  malgré  la  graphie,  semblent 
indiquer  des  formes  m  pour  le  parfait,  m  pour  le  participe;  de  l'autre  on  a 
les  rimes  aeururent  parsurent  10700,  aoansurent  {ms.  coneiurent)  11197,  qui 
indiquent  un  parfait  m  (s ecui) ,  auquel  correspond  le  part,  seù  (:  retenu  7758). 
—  Le  parf.  de  voleir  est  vol  {volt  i5,  écrit  à  tort  velt  Sa,  a 33,  etc.),  ou  voh 
{volsist  106);  les  rimes  ne  permettent  pas  de  décider. 

SYNTAXE.  —  J'ai  présenté,  à  propos  de  la  déclinaison ,  quelques  remarques 
qui  regardent  plutôt  la  syntaxe.  Il  ne  saurait  être  question  d'étudier  ici  dans 
son  ensemble  la  syntaxe  de  notre  texte,  qui  ne  diffère  pas  de  l'usage  ordi- 
naire de  l'ancien  français.  Je  remarquerai  seulement  que  suivant  cet  usage ^^^ 
l'accusatif  des  noms  de  personnes  peut,  sans  l'intermédiaire  de  de  ou  a,  faire 
fonction  de  génitif  ou  de  datif  (^).  11  ne  faudrait  pas  voir  une  extension  de  cet 
usage  à  des  noms  de  choses  dans  des  expressions  comme  en  mm  le  mur  7/18, 
de  9um  les  murs  335/i,  par  en  sum  le  col  10078,  en  toi'  la  cité  7/19,  a  viU 
fewe  8091  :  en  «un»,  en  tor,  a  val  sont  ici  devenus  de  véritables  locutions 
prépositionnelles  qui  régissent  l'accusatif  ^*J.  —  Notons  encore  qu'un  nom  relié 
à  un  nominatif  par  cam  est  également  au  nominatif  et  non  à  l'accusatif  comme 
dans  d'autres  textes  {com  Turcoples  191221  ,  corn  madrés  68/1/1,  corne  Salekadins 
7959),  et  qu'après  eevos  on  trouve  le  nominatif  (8/io3,  993o)  et  l'accusatif 

(8895). 

De  cette  étude  de  la  langue  du  poète,  dans  les  limites  où  peut  nous  la  faire 
connaître  l'examen  des  rimes  et  de  la  mesure,  que  résulte-t-il  de  caracté- 
ristique pour  le  dialecte  qu'il  a  employé  ou  plutôt  pour  le  pays  dont  il  était? 

^'^  Voir  entre  autres  mes  Extraits  de  ta  Chan-  cets  est  séparé  de  joie,  dont  il  dépend,  par  une 

9on  de  Roland  y  Obs.  gramm.,  S  \oà.  incise. 

'''  S'en  citerai  seulement  un  exemple  remar-  ^^''  Dans  en  sum  de*  muré  {'jb^) ,  auconlj-aire, 

quable  aux  vers  3 187-3 189  {De  la  grant  joie  sum  a  conservé  sa  valeur  d'adjectif  pris  subslan- 

ptrdurable ,  Qui  santfn  iert  e  est  estable ,  Cels  ) ,  où  ti vemen  t. 


nri 


L  INTRODUCTION. 

A  vrai  dire,  assez  peu  de  chose.  Mais  ce  peu  de  chose  concorde  très  .bien 
avec  ce  que  nous  a  appris  Tétude  externe  que  nous  avons  faite  du  poème.  La 
séparation  d'ém  et  en  y  dW  et  oi  nous  montre  qu'Ambroise  était  de  Touest  et  non 
de  l'est  de  la  France,  ce  qui  est  d'ailleurs  tellement  assuré  que  cette  consta* 
tation  n  a  pas,  à  vrai  dire,  grande  valeur.  La  réduction  de  iei  à  %  prouve  qu'il 
n'appartenait  pas  à  la  partie  occidentale  et  méridionale  de  la  Normandie,  et 
l'ensemble  des  caractères  linguistiques  convient  parfaitement  à  cette  région 
des  environs  d'Evreux  où  nous  a  permis  de  le  faire  vivre  d'abord  son  évidente 
qualité  de  Normand,  ensuite  l'intérêt  particulier  qu'il  porte  aux  chevaliers  de 
ce  pays.  La  langue  qu'on  y  parlait  était  très  voisine  du  français  de  France  pro- 
prement dit '^^  et  le  poème  d'Ambroise  peut  être  regardé  comme  un  des  do- 
cuments les  plus  anciens  de  ce  parler,  qui  est  devenu  notre  langue  littéraire. 


IV.  —  LE  POÈME. 

VEstoire  de  la  guerre  sainte  est ,  en  somme ,  un  journal  de  l'expédition  de 
Richard  Cœur  de  lion  depuis  son  commencement  jusqu'à  sa  fin.  Ambroise, 
nous  l'avons  déjà  dit,  avait  dû  prendre  des  notes  au  fur  et  à  mesure;  il  les 
rédigea  au  retour.  Les  derniers  événements  occidentaux  auxquels  il  fait  allusion 
sont  les  succès  de  Richard  en  Normandie  (v.  iâ33/i  ss.),  qui  se  placent  dans 
les  années  1 19/1  et  1 196  (^);  il  a  certainement  écrit  avant  la  mort  de  Richard 
(6  avril  1199).  ^^  peut,  avec  toute  vraisemblance,  placer  la  composition 
définitive  de  son  œuvre  en  1 196  ou  plutôt  en  1 196. 

Ambroise  n'a  pas  suivi,  pour  écrire  l'histoire  des  événements  dont  il  avait 
été  témoin,  les  procédés  des  chansons  de  geste  qu'il  connaissait  si  bien^''.  H  la 
fait  œuvre  strictement  et  honnêtement  historique.  S'il  a  employé  la  forme 
poétique,  c'est,  comme  on  l'a  vu  plus  haut,  qu'il  destinait  son  œuvre  à  la 
récitation,  et  que  la  récitation  en  public  ne  connaissait  pas  d'autre  forme. 

^^^  On  peut  comparer  le  travail  de  M.  Bur-  ^*^  La  mort  de  Saiahadiii( mars  1198 ),b  prise 
gass  :  DarsteUunff  des  Dialecte  im  xtu,  sel,  in  den  de  Gisors  par  Philippe  (avril  1 193),  râection 
Départements  rfSeine-lnfèrieure  und  Eure  {Haute^  d'Hubert  Gantier  à  rarchevéclH^  de  Ganterbury 
Narmnnd{e)y>  ouf  Gntnd  van  Urkunden  unter  (3o  mai  ii93),sont  des  ëvënement8unpeuan- 
//'iiplcAzMV^f  r  Vergleichnnff  mit  dem  heuUgen  Pa  -  teneurs. 
tois  (Hal!e,  1889).  ^^^  Voir  ci-dessuif  p.  vui. 


LE  POÈME. 


Ll 


L'histoire  en  prose  vulgaire  avait  été  essayée  bien  peu  avant  lui  en  Syrie  par 
Ër&oul,  Técuyer  de  Balian  d'Ibelin^  dans  son  récit  de  la  prise  de  Jérusalem '^^ 
mais  elle  était  inconnue  en  France.  Au  contraire,  l'histoire  en  vers,  et  préci- 
sément dans  la  forme  des  (t  couplets  t)  de  vers  octosyllabiques ,  avait  fourni  le 
sujet  d'œuvres  considérables  que  le  Normand  Ambroise  devait  connaître  :  la 
Geste  des  Bretons  et  la  Geste  des  Normands  de  Wace,  Y  Histoire  des  ducs  de  Nor- 
mandie de  Benoit  de  Sainte-More.  On  ne  voit  pas  toutefois  qu'il  ait  pris  l'un 
ou  l'autre  de  ces  auteurs  pour  modèle.  Son  style,  simple  et  sans  prétention, 
est  bien  à  lui  :  il  n'a  pas  la  sécheresse  ni  le  ton  parfois  épigrammatique  de 
celui  de  Wace;  il  ne  recherche  pas  les  ornements  de  celui  de  Benoit.  Sa  ver- 
sification est  celle  de  Tépoque  postérieure  à  Chrétien  de  Troies,  en  ce  sens 
qu'il  ne  s'astreint  pas  à  arrêter  le  sens  avec  le  second  vers  d'un  tr  couplet  t)  <^)  ; 
mais  d'autre  part  il  ne  s'attache  pas,  comme  l'ont  fait  des  auteurs  plus 
(T  littéraires  1? ,  à  éviter  cet  accord  de  la  rime  et  du  sens  :  il  le  donne  au  con- 
traire le  plus  habituellement,  et  ne  suit  en  cela  que  la  commodité  de  son 
exposition.  Il  ne  s'interdit  pas  ces  trop  faciles  chevilles  qu'on  retrouve  chez 
presque  tous  ses  contemporains,  destinées  à  remplir  le  vers  et  à  fournir  la 
rime^'^;  mais  il  n'en  fait  pas  l'abus  qu'on  trouve  par  exemple  un  siècle  plus 


^'^  Sur  le  (T livre  19  qu'a  consulte  Ambroise  pour 
rhistoire  du  siège  d'Acre,  voir  plus  loin. 

^'^  Voir  P.  Meyer,  Romania,  t.  XXIII,  p.  i-35. 
H  est  inutile  de  donner  des  exemples  d'infraction 
à  l'ancienne  règle,  abandonnée  depuis  Chrétien 
de  Troies,  qui  imposait  l'arrêt  du  sens  h  la  fin 
d'un  vers  pair;  on  en  trouve  à  toutes  les  colonnes. 
Je  signalerai  seulement  quelques  cas  où  un  para- 
graphe finit  par  un  vers  impair,  le  second  com- 
mençant par  mi  pair  :  v.  SSSy-SSSS,  gSyS- 
9.374,  1 1 193-1  lâgà,  Ii3i7-ii3i8  (les  para- 
graphe» de  notre  manuscrit  coïncident  presque 
toujours  avec  les  chapitres  de  ï'ItiMrariwn). 
Notons  encore,  pour  les  enjambements,  souvent 
assez  bruaqaes,  d'un  rrconpletn  à  l'auti^,  les  y. 
7af-793,  i98a-ia83, 1107&-11075,  ii356* 
11357,  11906-11907,  etc. 

^'^  Vcdci  une  liste  des  exemples  les  plus  frap- 
pants de  ces  chevilles,  que  je  ne  donne  pas  pour 
complète.  Les  mots  de  remplissage  dans  Tinté- 
riear  des  vers  sont  assez  rares;  on  peut  dter  : 


Mien  escient,  980,  4&90,  97^9;  Si  fu  veir, 
lOâsG,  iaio5;  Si Ju  verte,  11913.  D'ordinaire 
ils  se  trouvent  k  la  rime,  soit  qu'ils  occupent 
une  partie  du  vers,  soit  qu'ils  le  remplissent 
tout  entier.  Voici  des  exemples  du  premier  cas , 
rangés  en  ordre  alphabétique  :  a  la  tneie  entente 
83oo»  10686,  a  mon  espeir  669,  ai  nuen  en- 
tendre 5a45 ,  al  mien  esme  1111,  al  tnien  esmer 
ii/ÎQO,  c*en  est  la  *ome  897  q,  c'est  la  veire 
6a  1 6 ,  c'est  scû  de  vérité  11380,  c'est  veirs  provez 
766,  933 1 ,  c'est  vérité  àai  1,  ço  hesoigne  ASo, 
ço  dit  la  letre  10950,  ço  dit  l'estoire  3659,  ^ 
dà  tesloire  e  conte  1 1 708 ,  eo  dit  U  livre  37 1 35 , 
ço  dit  li  livres  â6oi,  ^Shk^  ço  est  la  some  7168, 
çofu  la  fins  56o8,  çofu  la  some  859,  101  â5, 
10978,^0/11  la  veire  isfj^^ço  me  sembla  838o, 
ço  me  semble  lâi,  65o,  iio3,  1181,  6i5o, 
7916,  7539,  8i56,  83/16,9313,9997,  9606, 
99&7,  11093,  1161^),  ço  m'est  avis  3371,  ço 
nos  conta  l'em  9865 ,  ço  os  dire  3i  35 ,  ço  sachiez 
lohiky  ço  vit  l'em  706/1 ,  com  jo  enquis  83 1 3 , 


G. 


LU 


INTRODUCTION. 


tard  dans  la  Branche  des  royaux  i^^fuj^es  de  Guillaume  Guiart.  Regrettables 
assurément  au  point  de  vue  littéraire,  ces  expédients  de  versification  ne  foiit 
aucun  tort  au  fond  du  récit.  Quand  on  les  supprime,  on  trouve  ce  récit  remar- 
quablement net  et  clair  dans  l'expression  du  détail,  avec  çà  et  là  un  tt*ait 
quelque  peu  pittoresque  ou  pathétique ,  et  toujours  le  sentiment  de  l'impres- 


c<nn  l'en  trueve  35oo,  corne  mes  euerê  êospiece 
5536,  de  veir  â335,  e  lifol  e  li  êoge  i^^.foi e 
sage  7671,  771  i.fust  folie  çujust  saveir  Saa  , 

j'en  sui  toi  cerz  ^kkk^jo  vos  di  seûrement  1  o  &  a  6  , 

jù  vos  puis  bien  afenner  la&oo,  juefne  e  (mden 
8399 ,  juefne  ne  ancien  1 1 SSU ,  tne  membre 
•2957,  nel  tenez,  mie  a  fables  7830,  11676,  por 
veir  9766,  9s5â,  tobS&,porveiresanz  dotance 
8ââa,  por  omté  6098,  io6i5,  laioA,  quejo 
ne  fnente  9061,  que  jo  n'i  faille  11&97,  que  ne 
mente  10 683,  que  que  l'em  die  5958,  que  qu'en 
en  die  5376,  qui  n'est  pas  fable  71 39,  sanz 
dotance  i3iii,  1391,  6906,  8930,  sanz  dote 
i3i5,  &9o5,  91&1;  9693,  8091,  8987,  sanz 

faiUance  11 93,  9611,  sam  faille  1066,  9558, 
5797, 6690, 6693, 7190, 8997, 9i5i,  108A9 , 
se  jo  n'i  ai  mespris  958,  si  comj'enquis  /t5&6, 
6 1 59 ,  n  eom  jo  sospiez  1 1 393 ,  «t  corn  me  setnble 
1797,  si  Deus  m'ament  9798,  si  Deus  me  saut 
6694 ,  si  Deus  me  veie  386,  6935 ,  90&6,  seloM 
la  letre  35&6.  —  La  liste  suivante,  disposée  de 

'  mémo,  comprend  des  vers  entiers  :  Al  mien  avis 
e  al  mien  esme  8967,  8ii97,  Ço  conte  Ambroise 
en  s'eseriture  3734,  Ço  conte  l'estoire  e  la  letre 
9181 ,  Ço  dit  l'estoire  en  vérité  3538,  Çofn  bien 
seû  e  enquis  io5o6,  Ço  fu  seû  membreement 
9886,  Çopœz  bien  creiresanz  dote  ^kd^Ço  puet 
dire  quil  retendra  80  38,  Ço  sai,  si  Voi  dire  a 
mainz  3i  99 ,  Ço  sevent  plusor  se  je  ment  6986 , 
Ço  sout  Vem  de  verte  provee  10690,  E  bien  poez 
le  fi  saveir  8 1 3 ,  ^  bt*UH  c  bai  e  sore  blanc  85 1 0 , 
E  fu  sanz  dotance  la  veive  9789,  E  l'estoire  issi 
le  remembre  6696,  E  li  menu  e  li  maien  â5o3, 
E  Urne  conte  por  quei  fereie  6936,  E  que  direie 
d'autre  efaire  97  A6,  E  qu'en  fereie  autre  partance 
45 A7,  Eque  vos  direie  autre  afaire  1 1879  ,  E  que 
von  direie  autre  conte  9701,  E  si  pœz  saveir  e 


ereire  1 790»  Esur  po  plus  que  vos  direie  i075o« 
Haut  ne  bas ,  juefne  n' ancien  3333,  9 5  00,  Iço 
saijo  très  bien  sanz  dote  1 188 4 ,  Issi  coin  l'estoire 
raconte  9488,  Issi  corne  tem  entendi  8074,  La 
sage  gent  e  la  jolive  bSà^  Le  sai  de  veir  non  ptut 
par  esme  44o9,  ffel  puis  laisser  que  jo-  nfil  4^ 
59  34,  Ou  nos  pesast  ou  nos  fust  bel  1  ^o5  ,.Que 
fereie  ici  autre  conte  if^^çi.  Que  fereie  vos  dùére 
conte  81  ilt\  Que  vos  direie  d'autre  afaire  7018, 
11744,  Que  vos  en  fereie  autre  conte  909? ,  Qne 
vos  en  fereie  lonc  conte  938o,  Que  vos  fereie  en 
ço  lonc  conte  901,  Que  vos  fereie  jo  lonc  conte 
11196,  Qu'ireie  jo  plus  demorant  9060,  Sehne 
l'estoire  quejo  di  1 1 968 ,  &'  com  Amhroises  dk  e 
esme  39  96,  iSi  com  jo  ai  Vuevre  entendue  59fi6, 
Si  com  testemonie  la  letre  965 ,  St  comej'ai  Tuevre 
entendu  8984 ,  9434 ,  Si  Deus  m'ait  e  il  me  paisse 
149,  Si  dit  cil  qui  l'estoire  traite  9436,  Si  dit 
l'estoire  qui  ne  eeste  ^'jàU^Sifu  dit  por  vérité 
pure  'j^'jky  Si  fu  la  fine  verte  pure  8779,  Sifii 
la  vérité  provee  1 1976,  Si  ne  lairai  que  jo  ne 
die  6307,  5t  poons  bien  par  verte  dire  1 1070,  Si 
sai  de  veir  par  mouz  enseinz  7901,  Si  vos  dirai  ço 
qu'il  me  semble  ^khk^Sivosos  bien  dire  en  pk^ 
vine  10976,  Si  vos  puis  conter  e  retraire  6989, 
Vérité  fu  e  sanz  dotance  8665.  Parfois  m^me  la 
cheville  occupe  deux  vers  :  Si  est  bien  droiz  qu'on 
sache  e  oie  E  par  dreit  le  deit  en  oô*  8768*8769. 
Cette  liste  est  bien  loin,  même  en  la  supposant 
complète,  d'épuiser  tout  ce  qui  dans  le  poème 
d'Ambroise  peut  être  considéré  comme  pur  rem- 
plissage amené  par  les  besoins  du  vers.  D'une 
part  je  n'ai  pas  relevé  beaucoup  de  formules 
toutes  pareilles  aux  précédentes  dans  des  cas  où 
on  peut  les  regarder  comme  ajoutant  quelque 
chose  au  sens;  d autre  part  il  faudrait  tran- 
scrire une  bonne  jMirtie  du  poème  si  on  voulait 


LE  POÈME.  LUI 

sion  directe  et  présente  des  faits.  Ces  qualités,  que  le  traducteur  latin  a  su 
conserver  en  grande  partie  là  oii  il  n'ajoute  pas  à  la  simple  étoffe  de  son  mo- 
dèle les  broderies  de  sa  rhétorique,  ont  valu  depuis  longtemps  à  Y Itinerarium 
Rieardi^  comme  narration  historique ,  une  réputation  méritée  :  elle  appartient 
plus  légitimement  encore  à  YEslaire  de  la  guerre  sainte. 

Ambroise  raconte ,  fidèlement  et  clairement,  non  pas  tout  ce  qu'il  a  vu,  mais 
ce  qui  lui  a  paru  intéressant,  et  par  là  son  œuvre  est  une  œuvre  historique 
au  vrai  sens  du  mot.  Il  ne  nous  entretient  pas  de  ses  aventures  personnelles 
et  ne  se  met  jamais  en  scène  que  comme  témoin.  Il  choisit  dans  ses  notes  et 
dans  ses  souvenirs  ce  qui  répond  à  son  double  dessein  :  faire  connaître  les 
souffrances  et  les  périls  des  croisés  et  signaler  leurs  hauts  faits,  et  mettre  la 
prouesse  de  Richard  dans  tout  son  jour  et  le  défendre  contre  les  attaques  dont 
il  avait  été  Tobjet.  Il  ne  faut  lui  demander  ni  vues  générales,  ni  observations 
profondes.  Son  point  de  vue  est  celui  d'un  pèlerin  convaincu,  qui  na  qu'un 
but  :  délivrer  Jérusalem  ou  tout  au  moins  adorer  les  saints  lieux,  et  qui  ne 
comprend  pas  que  des  gens  qui  étaient  résolus  à  mourir  s'il  le  fallait  pour 
atteindre  ce  but  aient  pu  en  être  empêchés.  Il  représente  en  cela  l'opinion 
de  la  grande  majorité  des  croisés  et  surtout  de  la  gent  menues  et  on  ne  peut 
s'empêcher  d'être  touché  des  déceptions  successives  et  du  désespoir  final  de 
ces  pauvres  pèlerins  qui  ont  tout  sacrifié  pour  délivrer  la  ville  sainte,  qui  ne 
doutent  pas  que  Dieu  n'approuve  et  ne  soutienne  leur  entreprise,  et  qui  la 
voient  toujoui^  échouer  au  moment  où  ils  croient  qu'elle  va  réussir.  Ambroise 
a  peint  leurs  sentiments  avec  la  naïveté  de  leurs  cœurs  simples  et  passionnés.  Il 
va  presque,  dans  certains  endroits,  jusqu'à  blâmer  Richard  de  ne  pas  marcher 
droit  sur  Jérusalem,  de  trop  écouter  les  conseils  des  tr  Poulains t^,  des  Templiers 
et  des  Hospitaliers,  qui  seuls  connaissaient  le  pays;  il  est  en.  ces  occasions, 
quoi  qu'il  en  ait,  avec  les  Français  contre  son  roi  et  son  héros.  De  même,  il 
s'afflige  des  négociations  courtoises  entamées  un  moment  entre  Richard  et 
Salahadin;  il  tremble  que  le  roi  d'Angleterre  ne  se  déshonore  en  quittant  la 


dterlesëpithètesjestoarnuresjes  invocations,  la  Table  deè  noms  propres  les  mots  :  Dubns, 

l.ft  imprécalioos ,  les  comparaisons  qui  ne  sont  Rossie,  Vpee,  etc.).  Je  donnerai  seulement  en 

là  que  pour  allonger  un  vers  ou  pour  fournir  une  exemple  ces  deux  formules  qui  se  suivent  :  Ne 

rime.  A  la  même  catégorie  appartiennent  des  getissiez  pas  une  prune  Fors  sor  genl  fervestie  e 

dâermioations  de  distance  ou   de  provenance  brune  ;  Es  ks  vas  en-ant  dreii  al  Doc ,  Si  n'eussiez 

•awi  oiseuses  que  vagues  (voir  par  exemple  à  pas  cuit  un  coc  Que,  etc.  (v.  3986  ss.) 


L  INT  RODUCTION. 

Terre -Sainte  trop  tôt,  pour  suivre  les  avis  de  ceux  d'Angleterre  qui  Ty  rap- 
pellent impérieusement;  il  montre  que  Richard  ne  s'est  décidé  à  la  trêve  que 
par  la  plus  grande  nécessité  et  atteste  qu'il  a  bien  Tintention  de  revenir 
quelque  jour  en  Syrie.  Les  sentiments  d'un  croisé  pieux,  fanatique,  borné 
et  prêt  au  martyre  se  manifestent  tout  le  temps  dans  ses  vers. 

Si  la  croisade  a  échoué,  d'après  lui,  c'est  surtout  à  cause  de  la  discorde 
qui  règne  parmi  les  chrétiens.  Rivalité  entre  le  roi  Gui  de  Jérusalem  et  le 
marquis  Conrad  de  Montferrat,  guerre  à  Messine  entre  les  hommes  de  Ri- 
chard et  les  gens  du  pays,  jalousie  entre  Richard  et  Philippe,  dissentiments 
toujours  renaissants  entre  les  sujets  du  roi  de  France  et  ceux  du  roi  d'An- 
gleterre. Gomment  Dieu,  s'écrie  Ambroise,  pouvait- il  bénir  une  croisade 
ainsi  menée  ?  Et  il  rappelle  avec  émotion  l'union  qu'il  suppose  avoir  régné 
entre  les  vainqueurs  de  la  première  croisade,  comme  entre  les  guerriers  avec 
lesquels  Gharlemagne  soumit  le  monde. 

Dans  ces  différends,  Ambroise  est  toujours  du  parti  de  Richard  et  de  son 
client,  le  roi  Gui.  Il  est  avec  eux  contre  Raimond  de  Triple  et  contre  Conrad 
de  Montferrat;  il  en  veut  surtout  au  roi  de  France,  qu'il  nous  montre  moins 
libéral  que  Richard,  nouant  à  Messine,  contre  son  frère  d'armes,  de  secrètes 
intelligences  avec  Tancré,  dévoré  de  jalousie  envers  Richard,  excitant  Conrad 
contre  lai,  et  finalement  quittant  la  Syrie  malgré  l'honneur  et  le  devoir.  Il  est 
encore  plus  sévère  pour  le  duc  de  Rourgogne,  auquel  il  attribue  sinon  tous 
les  torts,  au  moins  les  premiers  torts  dans  ses  querelles  avec  Richard,  et  pour 
les  Français  placés  sous  les  ordres  du  duc,  qui  se  conduisent  à  Acre  comme 
des  débauchés  et  non  comme  des  pèlerins,  et  qui  refusent  à  Richard  de  l'ac- 
compagner dans  la  glorieuse  expédition  de  Jaffe  :  il  fait  à  la  mort  presque 
subite  du  duc  de  Rourgogne  et  d'autres  seigneurs  français  une  allusion  iro- 
nique où  il  semble  la  regarder  comme  la  juste  punition  de  ce  refus. 

Mais  cette  partialité,  très  naturelle  chez  un  sujet  de  Richard  et  justifiée 
d'ailleurs  en  plus  d'un  cas,  ne  le  rend  aveugle  ni  pour  les  mérites  de  ses 
adversaires  ni  pour  les  côtés  faibles  de  ceux  qu'il  soutient.  On  voit  clairement 
en  le  lisant  que  si  les  querelles  naissaient  sans  cesse  entre  les  deux  princi- 
paux contingents  de  l'armée  croisée,  la  violence  et  l'arrogance  du  roi  d'An- 
gleterre les  provoquaient  aussi  souvent  que  la  méfiance  de  Conrad,  la  jalousie 
de  Philippe  ou  la  répugnance  des  Français  à  prendre  les  ordres  d'un  autre 
que  de  leur  roi.  Ambroise  a  supprimé  volontairement  plus  d'un  épisode  de 


LE  POÈMEJ  Lv 

ces  querelles,  (rll  y  eut,  dit-il  à  propos  de  Tincident  des  bannières  à  Messine, 
bien  des  paroles  injurieuses  et  folles;  mais  il  ne  faut  pas  écrire  et  conserver 
toutes  les  folies  (y.  355).  <»  De  même  quand  Richard  reçoit,  évidemment  fort 
mal,  les  envoyés  de  Philippe  qui  viennent  le  relancer  en  Chypre  (v.  1898) , 
et  lorsque  le  duc  de  Bourgogne  lui  demande  en  vain  de  l'argent  (v.  81721) , 
«il  se  dit,  remarque  Tauteur,  bien  des  paroles  qui  ne  doivent  pas  être  écrites  ^n. 
Parfois  nous  regrettons  sa  réserve;  nous  aimerions  qu  il  nous  eût  communiqué 
le  texte  delà  chanson  pleine  de  grant  vilenie  (v.  1 1658)  que  le  duc  de  Bour- 
gogne avait  composée  contre  le  roi  d'Angleterre  et  celui  de  la  riposte  de  Richard  ; 
mais  nous  ne  pouvons  cependant  que  lapprouver  et  appliquer  avec  lui  aux 
deux  partis  qui  divisaient  Tost  le  nom  de  gent  desmesuree.  Ambroise  est  trop 
sincèrement  dévoué  à  la  cause  sainte  de  la  croisade,  supérieure  à  toutes  ces 
misérables  querelles,  pour  ne  pas  comprendre  et  reconnaître  que  l'union 
était  rendue  impossible  par  des  torts  réciproques,  bien  qu  il  en  attribue  la 
majeure  partie  aux  Français.  Ces  Français  avec  lesquels,  comme  sujet  et  ad- 
mirateur passionné  de  Richard,  il  se  trouve  sans  cesse  en  opposition  et  dont 
il  se  complaît  à  relever  certaines  fautes,  il  -sait  d'ailleurs  aussi  leur  rendre 
justice.  Il  les  appelle  lagentjiere  (v.  5755);  il  mentionne  avec  une  sincère 
admiration  les  exploits  d'André  de  Brienne,  d'Auberi  Clément,  de  Guillaume 
de  la  Chapelle,  de  plusieurs  autres,  et  surtout  de  l'incomparable  Guillaume 
des  Barres;  il  reconnaît  que  le  roi  Philippe,  en  attendant  à  Acre  l'arrivée 
de  Richard,  s'était  très  bien  comporté.  Du  moment  que  les  gens  même  en 
qui  il  a  peu  de  confiance  méritent  bien  de  la  cause  qui  l'intéresse,  il  ne  leur 
marchande  pas  les  éloges. 

Cette  tendance  à  la  fois  équitable  et  partiale  est  surtout  sensible  dans  la 
façon  dont  il  parle  du  célèbre  Conrad  de  Montferrat,  l'ennemi  personnel  de 
Richard,  qui  fut  soupçonné  d'être  l'auteur  de  son  assassinat.  Ambroise  lui  est 
fort  hostile  :  non  seulement,  suivant  ici  un  récit  antérieur  dont  nous  parlerons 
plus  loin,  il  signale  en  la  réprouvant  sa  conduite  avec  le  roi  Gui,  l'accuse 
de  bigamie  et  même  de  trigamie,  et  lui  impute  les  procédés  les  plus  déloyaux 
envers  les  assiégeants  d'Acre,  mais  il  montre  tout  le  temps  sous  le  jour  le  plus 
défavorable  son  amitié  avec  le  roi  de  France  et  ses  procédés  envers  Richard, 
et  lui  reproche  des  intrigues  secrètes  avec  Salahadin.  Toutefois  il  reconnaît 
qu'il  avait  eu  bon  comencement  en  Syrie  (v.  3 6/1 5  ss.),  et,  quand  Richard, 
sur  la  désignation  de  l'ost  tout  entière ,  a  consenti  à  le  proclamer  seul  roi  de 


Lvi  INTRODUCTION. 

Jérusalem,  Ambroise  approuve  cette  décision,  met  dans  la  bouche  du  marquis 
des  paroles  exprimant  les  sentiments  les  plus  élevés,  et  constate  que  sa  mort 
fut  l'occasion  d'un  deuil  général  :  c'est  qu'il  comprend  que  Conrad  était  le 
seul  homme  qui,  par  son  intelligence  et  ses  talents  militaires,  pouvait  sauver 
la  Terre  Sainte,  tandis  que  le  brave  Gui  de  Lusignan,  avec  toutes  ses  excel- 
lentes quaiités,  était  entaché  de  simplece  (v.  911 5)  et  manquait  d'énergie 
(v.  36i8)(0. 

La  partie  du  poème  d'Âmbroise  consacrée  aux  Sarrasins  est  naturellement 
empreinte  des  mêmes  sentiments.  Il  les  regarde  comme  les  ennemis  de  Dieu 
et  les  accable  des  pires  injures '•^);  il  applaudit  au  massacre,  ordonné  par 
Richard,  des  â5oo  prisonniers  d'Acre,  et  en  rejette  toute  la  responsabilité 
sur  Salahadin;  mais  en  maint  endroit  il  rend  justice  au  courage  et  à  l'endu- 
rance des  infidèles  et  déclare  que,  s'ils  étaient  chrétiens,  il  n'y  aurait  pas  de 
meilleurs  guerriers.  Il  est  en  général  malveillant  pour  Salahadin,  mais  il  re- 
connaît cependant  ses  grandes  qualités  et  répète  le  mot  de  l'évéque  de  Salis- 
bury  (v.  laiSg  ss.)  d'après  lequel  un  prince  serait  parfait  s'il  pouvait  réunir 
les  qualités  de  Richard  et  celles  de  Salahadin. 

Au  reste,  les  informations  d'Ambroise  sur  les  Sarrasins  sont  assez  vagues 
et,  contrairement  au  reste  de  son  récit,  parfois  peu  dignes  de  confiance, 
n'ayant  pas  été  recueillies  directement  par  lui-itième.  S'il  les  appelle  paienSy 
getU paienCy  il  ne  faut  sans  doute  voir  là  qu'une  expression  traditionnelle,  qui 
ne  prouve  pas  qu'il  les  crût  idolâtrés,  comme  les  auteurs  des  chansons  de 
geste  composées  en  France;  c'est  à  une  source  étrangère  qu'il  a  pris  le  trait, 
assurément  erroné,  d'une  image  de  Mahomet  peinte  sur  un  étendard 
(v.  3369  ss.).  Mais  il  raconte  avec  complaisance,  à  deux  reprises  (v,  6771  ss., 
1 1653  ss.),  de  prétendues  objurgations  de  Salahadin  à  ses  hommes,  aux- 
quelles ceux-ci  répondent  en  proclamant  que  les  croisés  et  surtout  le  ma- 
lec  Richai*d  sont  invincibles.  On  trouve  de  pareils  entretiens  des  Sarrasins 
vaincus  dans  la  chanson  sur  la  première  croisade ,  et  on  pourrait  croire  qu'ils 
ont  servi  de  lointains  modèles  à  Ambroise,  ici  infidèle  à  son  exactitude  ordi- 
naire; mais  il  est  plus  probable  qu'il  n'a  fait  que  rapporter  des  bruits  qui 

(*)  11  faut  noter,  dans  le  même  ordre  d'idées,  la  trahison  du  comte  de  Triple  (v.  95 1  ss.), 

les  réserves  qu*il  ne  manque  pas  d'exprimer  lors-  sur  Tententp  secrète  de  Philippe  avec  Tancré 

qu'il  rapporte  des  bruits  défavorables  à  ceux  (v.  917  ss.). 
auxquels  il  est  d'ordinaire  hostile  :  ainsi  sur  ^'^  Voir  à  la  Table  des  noms  propres. 


LE  POÈME.  Lvii 

couraient  dans  Tost  et  dont  la  formation  s'explique  sans  peine  (cf.  v.  1 1658). 
C'est  également  à  un  bruit  populaire  qu'il  a  emprunté  l'anecdote  du  feu 
sacré  du  jeudi  saint  1192,  dont  l'apparition  et  la  reproduction  miraculeuse 
font  prédire  par  Salahadin  la  perte  prochaine  de  Jérusalem  (^). 

A  part  ces  quelques  circonstances  sur  lesquelles  Ambroise  ne  pouvait  être 
renseigné  que  d'une  façon  indirecte,  à  part  aussi  le  grand  épisode  rétrospectif 
consacré  aux  événements  de  Syrie  antérieurs  au  8  juin  1 191,  le  récit  d' Am- 
broise est  absolument  véridique  et  digne  de  foi.  Il  forme,  du  côté  occidental, 
la  source  la  plus  précieuse  pour  l'histoire  extérieure  et  détaillée  de  la  troi- 
sième croisade.  Je  dis  pour  l'histoire  extérieure,  car  l'auteur  était  trop  bas 
placé  pour  comprendre  les  ressorts  internes  qui  déterminaient  les  mouvements 
des  hommes  et  le  jeu  des  événements.  11  n'a  su  des  traités  conclus  entre 
Richard,  Philippe,  Conrad,  Salahadin,  que  les  clauses  les  plus  générales, 
celles  qu'on  communiquait  à  la  foule.  Il  raconte  les  combats  qui  amenèrent 
la  prise  de  Chypre,  mais  ne  nous  dit  rien  de  la  façon  dont  Richard  organisa 
sa  conquête.  Des  négociations  si  curieuses  entre  le  roi  d'Angleterre  et  Sala- 
hadin, qui  faillirent  aboutir  au  mariage  de  Safadin  avec  la  sœur  de  Richard, 
il  n'a  connu  que  les  fréquentes  visites  des  envoyés  sarrasins  et  les  riches 
présents  qu'ils  apportaient  et  qui  jetaient  l'inquiétude  dans  le  cœur  des  simples 
pèlerins,  indignés  à  toute  idée  de  conciliation  avec  l'infidèle.  Il  n'a  approché 
d  assez  près*  aucun  des  personnages  de  premier  rang  pour  savoir  quelque 
chose  de  précis  de  leur  vrai  caractère  et  de  leurs  mobiles  intimes  :  il  n'a  vu 
que  leurs  gestes  et  leurs  actions.  U  a  regardé  la  scène  sans  pénétrer  dans  les 
coulisses.  Mais  dans  les  limites  de  son  information  il  se  montre  observateur 
non  seulement  sincère,  mais  intelligent.  Il  sait  nous  dire  que  les  rancunes 
des  Grecs  et  des  Longuebards^  de  Sicile  remontent  au  souvenir  de  la  conquête 
de  leur  pays  par  Robert  Guiscard  et  ses  Normands;  il  peint  en  traits  fort  justes 
la  façon  de  combattre  des  Turcs,  pareille  à  celle  des  Parthes  d'autrefois  et 
des  Tartares  d'aujourd'hui;  il  apprécie  dans  Richard  non  seulement  ses  grands 
coups  d'épée,  mais  ses  très  réels  talents  de  tacticien  et  de  stratégiste,  dont  il 
nous  donne  des  preuves  frappantes.  Ses  longs  et  nombreux  récits  d'épisodes 

('^  il  est  probable  qae  dans  la  version  primi-  modifiée  en  faisant  prédire  par  Salahadin  ou  la 

tive  de  Tanecdoti*  il  ne  s'agissait  que  de  cela  ;  la  perte  de  Jérusalem  ou  sa  propre  mort  dans  un 

prédiction  ne  s'étant  pas  réalisée  et  Salahadin  bref  délai, 
étant  mort  Tannci?  suivante,  Ambroise  Taura  ^*^  Surce  mot,  voir  la  Table  des  noms  propres. 


B 

UirMlUmil    BATIOIALS. 


LVIII 


INTRODUCTION. 


dv.  siège  on  de  guerre  sont  clairs  et  animés,  et  le  paraiti*aient  plus  encore  sans 
la  monotonie  de  la  forme  rimée  et  l'ennuyeux  emploi  des  formules  toutes 
faites.  Il  sait  choisir  entre  ce  qu'il  a  vu  lui-même  et  ce  qu'il  a  entendu  dire  et  ne 
raconte  que  ce  qui  vaut  la  peine  d'être  raconté.  C'est  ainsi  qu'on  remarquera 
qu'il  ne  dit  pas  un  mot  de  la  traversée  de  Marseille  à  Messine,  qui  n'offrit 
sans  doute  aucun  incident  remarquable,  ni  de  ce  qui  se  passa  dans  les  nom- 

• 

breuses  haltes  des  croisés.  On  ne  trouve  pas  dans  le  récit  qui  émane  directe- 
ment de  lui  de  ces  anecdotes  puériles  qu'offre  à  mainte  reprise  l'écrit  dont  il  a 
fait  usage  pour  raconter  la  partie  du  siège  d'Acre  à  laquelle  il  n'avait  pas  assisté. 
On  ne  pourrait  lui  reprocher  que  d'avoir  raconté  trop  d'exploits  sans  conséquence 
de  tel  ou  tel  chevalier  secondaire;  mais  il  ne  faut  pas  oublier  que  ces  hauts 
faits  avaient  alors  un  intérêt  tout  vivant  et  que  la  plupart  des  guerriers  ainsi 
mentionnés  étaient  de  proches  compatriotes  du  poète.  Ce  n'est  pas  d'ailleurs, 
semble-t-il,  pour  s'assurer  la  faveur  d'aucun  d'eux  qu'il  les  loue  :  rien  n'in- 
dique même  qu'il  ait  adressé  son  œuvre  à  Richard,  à  qui  elle  aurait  assu- 
rément dû  plaire.  C'est  sur  le  public  qu'il  comptait  pour  le  succès  de  son 
poème,  et  pour  assurer  ce  succès  il  a  cherché  et  il  a  réussi  à  être  à  la  fois 
intéressant  et  véridique  ^^K 

VEstoire  de  la  guerre  sainte  est  donc  une  œuvre  historique  de  grande  valeur, 
qui  fait  honneur  au  brave  et  honnête  pèlerin  qui  l'a  rimée,  sans  prétention 
littéraire,  mais  non  sans  apporter  au  choix  et  à  la  disposition  de  ses  matériaux 
une  attention  diligente.  La  découverte  de  ce  poème  aurait  fait  sensation  dans 
le  monde  des  historiens  si  le  contenu  n'en  avait  pas  été  connu  depuis  long- 
temps par  la  traduction  latine.  Même  à  côté  de  YlUnerarium  Ricardi^  ïEstaire 
de  la  guerre  sainte  conserve,  outre  son  intérêt  philologique,  le  grand  mérite 
de  donner  le  récit  dans  sa  forme  originale  et  tel  que  l'a  conçu  l'auteur,  et  de 
nous  transmettre  les  discours,  les  entretiens,  les  impressions  passagères,  les 


^''  Tout  ce  qu'on  pourrait  peut-être  lui  i*e- 
procher,  c  est  1  omission  de  certains  traits  qui 
n'auraient  pas  été  favorables  à  son  hëros.  Ainsi 
il  ne  dit  pas  que  la  venue  de  Bérengère  de  Na- 
varre à  Messine  était  une  offense  pour  Philippe , 
dont  Richard  avait  promis  d'épouser  la  sœur,  et 
que  la  vraie  raison  de  Ricliard  pour  retarder  son 
départ  fiit  le  désir  de  célébrer  son  mariage  avec 
cette  princesse  après  reml>arquemonl  du  roi  de 


France,  ce  qui  nem|)éc1ia  |)as  celui-ci  de  faire, 
à  Acre,  i'nccueil  le  plus  courtois  an  roi  et  à  la 
nouvelle  reine  d'Angleterre.  U  ne  dit  pas  un  mot 
de  la  violence  insultante  dont  Richard  usa,  après 
la  prise  d'Acre ,  envers  le  duc  I/éopold  d'Autriche, 
et  qui  fut,  indirectement  et  directement,  la  prin- 
cipale cause  de  sa  captivité.  Il  est  cependant  dif- 
Gcile  de  croire  que  ces  faits  n'aient  pas  été  connus 
d'Ambroise. 


LA  TRADUCTION  LATINE.  mx 

sentiments  profonds  des  croisés  de  1 189,  dans  toute  leur  fraîcheur  et  leur 
naïveté.  Elle  a  en  outre  ce  grand  prix  d'être,  —  à  part  la  chronique  angio- 
normande  de  Jordan  Fantosme  et  la  sèche  relation  en  prose  d'Ernoul,  —  le 
plus  ancien  texte  d'histoire  contemporaine  écrit  en  français  qui  nous  soit  par- 
venu, Gaimar,  Wace  et  Benoit  n'ayant  écrit  que  sur  des  époques  bien  anté- 
rieures à  la  leur  et  presque  exclusivement  d'après  des  sources  latines.  Malgré 
le  caractère  très  peu  personnel  qu'Ambroise  a  donné  à  son  récit  et  le  rôle 
effacé  qu'il  a  joué  dans  les  événements,  elle  a,  par  le  fait  que  l'auteur  (à 
l'exception  de  l'épisode  intercalaire)  ne  raconte  que  ce  qu'il  a  vu,  un  caractère 
qui  la  rapproche  des  Mémoires;  et,  consacrée  également  à  l'histoire  d'une 
croisade  par  un  témoin  oculaire,  elle  doit  prendre  place  désormais  en  tête 
des  mémoires  plus  célèbres,  mais  postérieurs  de  quinze  et  de  soixante-dix  ans, 
que  composèrent  sur  leurs  expéditions  d'Orient  Geoffroi  de  Villehardouin , 
Robert  de  Clari  et  Jean  de  Joinville. 


V.  —  LA   TRADUCTION   LATINE. 

On  est  embarrassé  de  décider,  au  premier  abord,  si  l'auteur  de  Vltine- 
ranum  Ric4irdi^  Richard,  chanoine  de  la  Sainte-Trinité  à  Londres,  doit  être 
considéré  comme  un  honnête  traducteur  ou  comme  le  plus  effronté  des 
plagiaires.  Ce  qui  semblerait  appuyer  le  premier  jugement,  c'est  qu'un  con- 
temporain, qui  devait  être  très  bien  informé,  donne  expressément  Yltine- 
rartvm  pour  une  traduction  du  français,  et  cela  sans  avoir  nullement  l'air  de 
vouloir  faire  une  révélation  désagréable  au  prétendu  auteur.  On  lit  à  la  fin 
du  Chronicon  Terrae  SanctaCy  récit  de  la  guerre  de  1 187  et  de  la  prise  de  Jérii- 
taleni,  fait  par  un  témoin  ociilaire^,  et  continué  de  1187  à  1191  à  l'aide 
d'extraits  du  livre  I  de  Yltinerannm  :  (rPost  Pascha  anno  ab  Incarnatione 
Domini  1191,  rex  Franciae  Philippus  applicuit  apud  Achon ,  et  non  multo 
post,  scilicet  circa  Pentecosten,  venit  rex  Angloruni  Ricardus;  qum^um  setnem 
ilinerts  et  quœ  in  itinere  gesseruvt  seu  ex  qua  occasione  rex  Philippus  repatriavit 
$i  quis  pleniwi  scire  desiderat,  légat  libnnn  qnenh  domina»  pnor  Sanctœ  Trinitatis  de 
Ijmdaniis  ex  gallica  lingtia  in  latinam  taim  eleganti  quam  veraci  stilo  transférai 
fecit^^K'n  M.  Stubbs  a  montré  par  d'excellents  raisonnements:  l'^que  l'auteur 

'''  Mariene  et  Durand,  Ampiiêsima  CoUectio,  l.  V,  p.  677. 

u. 


Lx  INTRODUCTION. 

<le  la  première  partie  du  Chronican  n  était  sans  doute  pas  Raoul  de  Goggeshall, 
auquel  on  Ta  attribué  sans  raison;  â""  que  la  seconde  partie  avait  été  ajoutée 
après  coup  et  n'était  pas  du  même  auteur  ^^^.  (cMais,  ajoule-t-il  justement,  il 
importe  peu  que  le  renseignement  qui  concerne  YlUnerarium  provienne  de 
l'abbé  Raoul ,  de  l'auteur  de  la  première  partie ,  ou  d'un  autre.  Il  est  clair  que 
l'écrivain  qui  l'a  noté  le  croyait  exact,  et  il  ny  a  aucune  raison  de  supposer 
que  c'est  simplement  une  fiction  due  à  la  jalousie  littéraire.  Dire  que  l'auteur 
prétendu  d'un  livre  l'a  simplement  traduit  ou  fait  traduire  tam  eleganti  quam 
verOfd  $tHo  serait  un  exemple  de  raflQnement  satirique  au-dessus  de  la  malice 
d'un  écrivain  du  xni*  siècle. i)  Il  est  très  probable,  en  effet,  que  l'auteur  de 
cette  note  tenait  son  renseignement  du  prieur  même  de  la  Sainte-Trinité, 
lequel  n'avait  nullement  prétendu  dissimuler  que  l'ouvrage  qu'il  avait  fait 
exécuter  par  un  de  ses  chanoines  était  une  simple  traduction  du  français. 

Mais  le  prieur,  notons-le  bien,  n'était  pas  lui-même  l'auteur  de  Xltinera-- 
rium.  Cet  auteur  est  un  chanoine  appelé  Richard,  comme  nous  l'apprend  une 
notice  du  chroniqueur  Nicolas  Trivet,  qui  écrivait  au  commencement  du 
\iv* siècle,  et  qui  n'a  pas  d'ailleurs  eu  l'idée  de  suspecter  l'originalité  del'/itî- 
netwium.  Nicolas  Trivet  a  emprunté  à  ce  livre  le  récit  de  la  troisième  croisade 
qu'il  a  inséré  dans  ses  Annales^  et  au  moment  de  tracer  le  portrait  du  roi 
Richard  il  s'exprime  ainsi  :  (r  cujus  mores  corporisque  formain  Ricardus  cano- 
nicus  Sanctœ  Trinitatis  Londoniensis ,  qui  itinerarium  régis  prosa  et  métro W 
scripsit  secundum  ea  quœ  ut  ipse  asserit  prœsens  vidit  in  castris,  per  hune 
modum  describit^*'.  tî  Les  témoignages  du  Chronicon  Terras  Sanctae  et  de  Nicolas 
Trivet  se  confirment  et  se  complètent  l'un  l'autre  :  le  prieur  de  la  Sainte- 
Trinité  avait  chargé  un  de  ses  chanoines,  appelé  Richard,  de  traduire  en  latin 
le  poème  d'Ambroise,  et  celui-ci  s'en  était  acquitté  avec  autant  d'élégance  que 
de  fidélité. 

Des  trois  (*^  manuscrits  qui  nous  ont  conservé  en  entier  Y  Itinerarium ,  aucun 
ne  porte  le  nom  de  Richard;  deux  sont  anonymes,  le  troisième  attribup^  l'ou- 
vrage à  Gaufroi  de  Vinsauf,  erreur  qui  s'est  perpétuée  jusqu'à  ces  derniers 

'')  Itinerarium régis  Ricardi,  edited  by  parler  d'un  manuscrit  de  V Itinerarium  conserve 

VV.  Slubbs  (l^ondres,  186^,  in-S''),  p.  lv-lviii.  chez  sir  Thomas  Phiilipps  et  quil  lui  a  étë  im- 

^'^  Voir  ci-après  p.  \c.  possible  de  \oir.  Il  n'y  a  aucune  trace,  à  ce  que 

^^'  Trivet,  ëdit.  Hog,  p.  116,  veut  bien  m'assurer  M.  P.  Meyer,  de  Texistence 

"'  M.  Stiibbs  (p.  Lxxiv)  dit  avoir  entendu  de  ce  manuscrit  à  Chettenham. 


LA  TRADUCTION  LATINE.  lu 

temps,  et  que  M.  Stubbs  a  parfaitement  réfutée  et  expliquée f^^.  On  voudrait 
croire  que  dans  une  épitre  dédicatoire  à  son  prieur,  que  les  copistes  auraient 
laissée  de  côté,  Richard  présentait  son  ouvrage  comme  une  traduction;  mais, 
malheureusement  pour  lui,  il  est  évident  que  Nicolas  Trivet  a  eu  sous  les 
yeux  un  manuscrit  où  Richard  se  nommait  et  où,  loin  de  se  donner  comme 
un  simple  traducteur,  il  affirmait  avoir  été  le  témoin  oculaire  des  faits  qu'il 
raconte,  c'est-à-dire  que  ce  manuscrit  contenait  le  prologue  que  donnent  les 
nôtres,  et  où  nous  lisons  :  «rQuod  si  Phrygio  Dareti  de  Pergamorum  eversione 
ideo  potius  creditur  quia  quod  alii  retulere  auditum  ille  praesens  conspexit , 
Dobis  etiam  historiam  Jerosolimitanam  tractantibus  non  indigne  fides  debetur, 
qui  quod  vidimus  testamur,  et  res  gestas  adhuc  calente  memoria  stilo  duximus 
designandas.  -n  A  la  rigueur  on  pourrait  supposer  que  c'est  l'auteur  français , 
nommé  dans  une  épître  dédicatoire  perdue,  que  Richard  fait  ainsi  parler; 
mais  que  dire  de  ce  qui  suit  ?  (tAt  si  cultiorem  dicendi  formani  deliciosus 
exposcit  auditor,  noverit  nos  in  castris  fuisse  cum  scripsimus,  et  bellicos  stre- 
pitus  traiiquillse  meditationis  otiuni  non  admisisse.  n  Cette  apologie  faussement 
modeste,  —  car  l'auteur  s'est  efforcé  de  donner  à  son  style  tous  les  ornements 
à  la  mode  de  son  temps,  —  ne  peut  s'appliquer  qu'à  la  forme  latine  de  l'ou- 
vrage. Richard  prétend  donc  bien  lui-même  avoir  écrit  cet  ouvrage  en  latin 
(rdans  les  camps  19.  Ce  mensonge  évident  nous  prouve  qu'il  a  eu  l'intention 
de  se  donner  pour  un  témoin  oculaire  et  un  écrivain  original ,  et  qu'il  n'est 
par  conséquent,  comme  nous  hésitions  à  le  dire  au  début,  que  le  plus  impu- 
dent des  plagiaires. 

Mais  comment  se  concilie  cette  usurpation  avec  le  renseignement,  donné 
visiblement  sans  malice,  du  Chromcon  Terrœ  Sanctœl  Voici  ce  que  nous  serions 
enclin  à  supposer.  Il  existe  ou  il  a  existé  ^^^  plusieurs  manuscrits  de  Yltinera- 
rium  ne  contenant  que  le  livre  I;  Giraud  de  Barri,  Roger  de  Wendover,  une 
continuation  inédite  de  Guillaume  de  Tyr,  ne  font  d'extraits  que  du  même 
livre;  le  Chronicon  Terras Sanctae  s'en  tient  également  là, et  ce  n'est  qu'arrivé  à 
la  première  phrase  du  livre  II  qu'il  renvoie  à  la  traduction  d'un  ouvrage  fran- 

^'^  Un  maDiucrit  du  livre  I ,  que  possédait  ce  qui  concerne  les  manuscrits  de  YlUnerarium 

Barth,  |M>rtait  comme  nom  d*auteur  Guido  Ad-  et  Thistoire  littéraire  de  cet  ouvrage,  je  ne  puis 

dmanetuU,  M.  Stubbs  a  paiement  montre  Tina-  que  renvoyer  à  Tlntroduction  du  savant  éditeur 

nité  et  lorigine  possible  de  cette  attribution,  anglais, 
sur  laquelle  on  a  inutilement  disserté.  Sur  tout  ^^^  Voir  Stubbs,  p.  lxx. 


LXII 


INTRODUCTION. 


çais  faite  par  ordre  du  prieur  de  la  Sainte-Trinité.  Or  le  livre  I,  comme  nous 
allons  le  voir,  n'est  pas  emprunté  à  Ambroise,  et  il  nest  même  pas  certain 
que  Richard,  en  l'écrivant,  ait  eu  le  poème  d'Ambroise  sous  les  yeux  (voir 
ci-dessous  p.  lxvui).  Il  semble  qu'il  ait  composé  deux  ouvrages  distincts,  l'un 
(livre  II- VI)  traduit  d'Ambroise,  que  soii  prieur  lui  avait  commandé  et  que 
sans  doute  il  lui  offrit,  Tautre  (livre  I)  racontant  la  croisade  de  Frédéric  et 
les  événements  de  Terre-Sainte  antérieurs  à  l'arrivée  du  roi  d'Angleterre  (et 
d'Auibroise)  à  Acre,  qu'il  avait  pris  à  d'autres  sources. 

On  peut  supposer  que,  le  prieur  étant  mort,  Richard  réunit  ses  deux 
ouvrages  en  un ,  et  qu'il  eut  alors  l'idée  de  s'attribuer  non  seulement  la  tra- 
duction, mais  la  composition  du  tout.  Le  prieur  des  chanoines  augustins  de 
la  Sainte-Trinité  de  Londres  fut  à  partir  de  1170  un  certain  Etienne,  mort 
en  1 198,  mais  déposé  dès  1 197  et  remplacé  par  Pierre  de  Gornouaille,  qui 
ne  mourut  qu'en  1221  ^^K  C'est  sans  doute  Etienne  qui  avait  commandé  à  Ri- 
chard r/ffWoinum,  dont  la  partie  vraiment  traduite  d'Ambroise  (livre  II-VI) 
aurait  ainsi  été  composée  en  1 1  96  ou  1 197  au  plus  tard,  tandis  que  l'autre, 
ainsi  que  le  prologue,  où  il  n'est  pas  fait  mention  du  prieur,  aurait  été  ajoutée 
ensuite.  Nous  avons  vu  que  le  poème  d'Ambroise  a  dû  être  terminé  en  1 196 
ou  1196,  en  sorte  qu'il  aurait  été  traduit  aussitôt  après ^^'.jOn  se  demande, 
il  est  vrai,  comment  le  chanoine  Richard  a  osé,  en  face  de  ses  confrères  et 
de  ceux  qui  savaient  de  quelle  besogne  le  défunt  prieur  l'avait  chargé,  se 
donner  comme  un  auteur  original  et  un  témoin  oculaire  de  la  croisade (^). 


^^  Voir  Dugdale,  Manastteon  Afif^licanum , 
t.  VI,  p.  i5o  b. 

^*^  Il  €8t  vrai  que  nos  trois  manuscrits  de 
Vltinerarium,  en  mentionnant  Jean  sans  Terre 
(V,  XXII ),  le  qualiGent  de  tune  comité,  ce  qui 
prouverait  que  le  livre  a  ëtë  écrit  après  Tavène- 
nient  de  Jean  au  trône  (Stubbs,  p.  lxx);  mais  il 
ne  faut  pas  oublier  que,  dans  Thypothèse exposée 
ci-dessus,  ces  manuscrits  ne  présentent  que  la 
seconde  rédaction  de  l'ouvrage,  où  ces  deux  mots 
ont  pu  facilement  être  insérés.  L'ouvrage  lui- 
même,  comme  le  poème  d'Ambroise,  semble  bien 
partout  parler  de  Ricbard  comme  vivant  encore. 

^^^  On  ne  saurait  en  effet  supposer  que  Richard 
de  la  Sainte-Trinité,  tout  en  traduisant  le  poème 


français,  aurait  néanmoins,  comme  il  raffirme, 
assisté  aux  événements  que  raconte  ce  poème. 
Nous  verrons  par  la  compai^aison  des  deux  ou- 
vrages quil  n  ajoute  au  récit  d'Ambroise  ri^i 
qui  décèle  une  connaissance  personnelle  des  Ceiits, 
qu'il  suit  son  modèle  avec  une  docilité  minutieiMe 
à  laquelle  n*aurait  pu  s'astreindre  un  témoin 
oculaire,  et  qu'il  commet  des  erreurs  bu  des 
contre  sens  ([ui  prouvent  son  absence  du  théâtre 
de  la  guerre  et  son  ijgpnorancc  des  hommes  et 
des  choses.  —  Il  parait  inutile  de  rechercher 
si  le  chanoine  Richard  est  le  «r  frère  Ricbard 
du  Templei)  qui  fut  nommé  prieur,  k  la  plaee 
de  Pierre  de  Cornonaille,  en  lââQ  (Stubbs, 

p.  I.XXVll). 


LA  TRADUCTION  LATINE.  liiii 

Quoi  qu'il  eu  soit,  la  découverte  du  poème  d'Ambroise  est  venue  conûrmer 
d'une  façon  indiscutable  l'assertion  du  Chronicon  Terrae  Sanciae,  Jusque-là  elle 
avait  paru  peu  vraisemblable.  M.  Stubbs  a  consacré  à  la  réfuter  plusieurs 
pages  de  son  Introduction,  qui  montrent  dans  quelles  erreurs  peut  tomber 
la  critique  même  la  plus  perspicace  quand  elle  ne  s'appuie  pas  sur  des  faits. 
Je  ne  me  complairais  pas  à  rapporter  l'argumentation  de  Téminent  historien 
si  elle  ne  fournissait  l'occasion  de  quelques  remarques  cpii  méritent  peut-être 
l'attention  de  ceux  qui  ont  à  s'occuper  de  discussions  du  même  genre. 

(rll  est  impossible,  dit  l'auteur  dès  le  premier  mot,  que  l'ouvrage  soit  une 
traduction.  7)  En  effet  :  i**  le  style  en  est  trop  différent  de  celui  d'aucun  ou- 
vrage français,  en  prose  ou  en  vers,  du  xui*  ou  même  du  xiv*  siècle;  à**  il  est 
rempli  de  citations  de  la  Bible  ou  de  poètes  et  de  prosateurs  latins  que  n'a 
jamais  pu  admettre  un  écrivain  français  et  que,  s'il  les  avait  admises ,  le  tra- 
ducteur n'aurait  jamais  pu  remettre  précisément  dans  leur  forme  originale; 
souvent  ces  citations  et  ces  réminiscences  sont  incorporées  au  texte  de  façon  à 
en  être  inséparables;  3^  il  y  a  des  inversions  de  sens,  des  jeux  de  mots,  de 
petites  expressions  proverbiales  qui  prouvent  ou  que  le  livre  est  un  ouvrage 
original,  ou  que  le  traducteur  a  eu  plus  de  part  que  l'auteur  supposé  à  la 
forme  donnée  aux  détails;  /i^  il  y  a  dans  les  récits  des  combats  et  dans  la 
peinture  des  souffrances  de  l'armée  une  exaltation  et  en  même  temps  une  pro- 
lixité qui  auraient  lassé  la  patience  de  tout  traducteur:  a  Seul  un  homme  à  la 
fois  témoin  et  auteur  a  pu  soutenir  son  enthousiasme  à  travers  ces  descrip- 
tions, qui  sont  pour  le  fond  ce  qu'il  y  a  de  plus  ennuyeux  et  pour  la  forme  ce 
qu'il  y  a  de  plus  animé  dans  le  livrer;  5°  «ries  passages  où  les  manuscrits  dif- 
fèrent par  des  additions  ou  des  omissions  ne  sont  pas  compatibles  avec  l'hy- 
pothèse d'après  laquelle  l'ouvrage  serait  une  traduction,  tandis  qu'ils  s'expli- 
quent d'une  manière  satisfaisante  dans  l'hypothèse  contraire  ?).  J'avoue  ne  pas 
comprendre  ce  dernier  argument,  et  je  dirai  seulement  que  la  comparaison  du 
français  permet  aujourd'hui  en  plus  d'un  cas  de  reconnaître  ce  qui,  dans  les 
manuscrits  latins,  a  été  ajouté  ou  omis  par  les  scribes.  Quant  aux  autres  argu- 
ments, ils  pouvaient  produire  un  certain  effet  a  priori:  on  voit  comment  les  faits 
les  ont  réfutés.  Le  travail  de  Richard  a  justement  consisté  à  ajouter  à  un  simple 
et  naïf  original  tous  les  ornements,  tous  les  oripeaux,  tous  les  caparaçons  du 
beau  style  latin  tel  qu'on  se  le  représentait  alors.  Mais  c'est  précisément  ce 
style  pompeux  et  prétentieux  qui  aurait  dû  mettre  en  garde  le  jugement  du 


Lxiv  INTRODUCTION. 

critique.  Ce  n'est  que  quand  Richard  y  renonce  (et  cela  lui  arrive  souvent), 
quand  il  se  borne  à  traduire  littéralement  son  modèle,  qu'il  peut  nous  donner 
l'illusion  de  reproduire  Timpression  directe  d'un  témoin  oculaire.  Sa  rhéto- 
rique nous  fait,  même  sans  la  comparaison  avec  l'original,  l'effet  d'un  placage 
extérieur  jeté  sur  un  fond  préexistant.  Je  m'étonne  que  M.  Stubbs  ait  voulu 
établir  l'originalité  de  son  auteur  avec  des  remarques  comme  celle-ci  :  cr  Est-il 
concevable  que  le  discours  du  roi  Richard  à  ses  matelots,  dans  l'aventure  du 
dromon,  puisse  être  une  traduction,  je  ne  dis  pas  d'une  vraie  relation  des 
paroles  prononcées  par  le  roi,  mais  de  n'importe  quelles  paroles  qu'un  homme 
dans  son  bon  sens  aurait  pu  lui  prêter?  Ce  discours  se  compose  d'une  phrase 
raisonnable,  puis  d'un  vers  latin,  enfin  d'une  imitation  de  formules  d'actes 
légaux  1  De  quelle  éloquence  imaginable  cela  peut-il  être  un  échantillon?  Ce- 
pendant en  latin  l'absurdité  n'est  pas  assez  grande  pour  nous  frapper  dés- 
agréablement. ^  Je  ne  vois  pas  comment  cela  prouve  que  l'auteur  latin  a 
lui-même  recueilli  le  discours  de  Richard  et  n'a  pas  arrangé  à  sa  guise  une 
indication  qu'il  trouvait  dans  son  modèle;  un  tel  farrago  révèle,  semble-t-il, 
tout  le  contraire  d'un  auteur  original.  Ambroise  nous  dit  tout  simplement  que, 
les  cr  galiots  d  n'osant  pas  monter  à  l'abordage  du  vaisseau  sarrasin ,  cr  le  roi 
jura  son  serment  qu'il  les  ferait  pendre  s'ils  se  relâchaient  et  laissaient  les 
Turcs  leur  échappera  (v.  2225-2228).  C'est  là-dessus  que  notre  chanoine  a 
construit  sa  mirifique  harangue  :  cr  Qui  fortiter  exclamans  suis  dixit  :  Numquid 
navem  intactam  et  illœsam  sustinetis  abire?  Proh  pudori  post  tôt  triumphos 
exactos,  irrepente  desidia ,  ceditis  ignavi?  Nondum  quiescendi  tempus  advenit, 
dum  restant  hostes  et  quod  sors  ohtulit  ultro.  Noverit  universitas  vestra  vos  omnes 
in  cruce  suspendendos  vel  ultimis  afiiciendos  suppliciis,  si  hos  sustinueritis 
abire  tî  (1.  II ,  ch.  xlu).  C'est  là  ce  qui  s'appelle  cr  orner  sa  matière  d  ,  et  l'exemple 
est  typique,  mais  on  pourrait  en  citer  plusieurs  à  peu  près  pareils.  C'est  le 
procédé  que  nous  i*etrou vous,  poussé  plus  ou  moins  loin,  chez  tous  les  lati- 
nistes qui  se  sont  donné  pour  tâche,  du  i\*  au  xni''  siècle,  de  remettre  en  beau 
style  soit  les  produits,  barbares  à  leurs  yeux,  de  l'époque  mérovingienne,  soit 
des  compositions  écrites  avec  trop  de  simplicité;  c'est  ainsi  que  trois  auteurs 
différents,  Baudri  de  Bourgueil,  Guibert  de  Nogent  et  Robert  de  Reims,  ont 
pris  pour  thème  de  leurs  narrations,  plus  ou  moins  élégantes,  la  simple  et  sin- 
cère relation  de  la  première  croisade,  désignée  sous  le  nom  de  Gesta  peregri^ 
norum.  Un  bon  rhétoricien  comme  Richard  devait  employer  ce  procédé,  et 


LA  TRADUCTION  LATINE.  lxv 

plus  librement  encore ,  du  moment  qu'il  avait  pour  canevas  de  ses  broderies 
un  récit  en  langue  vulgaire. 

M.  Stubbs  n  a  pas  été  sans  voir  l'objection  que  les  habitudes  littéraires  du 
moyen  âge  opposaient  à  son  système;  il  la  même  admise  en  partie,  mais  il 
est  loin  de  l'avoir  saisie  dans  toute  sa  force.  crOn  peut  répondre,  dit-il,  que 
par  cr  traduction  n  un  écrivain  du  xni®  siècle  n'entend  pas  nécessairement  une 
V  ersion  littérale  du  français  en  latin,  et  que  le  mot  s'appliquerait  également  à 
un  livre  dont  l'arrangement  et  les  détails  seraient  empruntés  à  un  autre,  écrit 
dans  une  langue  étrangère.  .  .  Mais  un  paraphraste  qui  revêt  de  vie,  de  cou- 
leur et  d'énergie  le  squelette  desséché  d'une  de  ces  «r  lettres  de  nouvelles  i^ 
dont  nous  connaissons  le  type  médiéval,  qui  nous  en  raconte  le  sujet  avec 
tout  l'intérêt  et  toute  lanimation  d'un  témoin  oculaire,  celui-là  n'est  pas  un 
traducteur  au  sens  moderne  du  mot:  son  œuvre  est  une  œuvre  originale.^  11 
était  cependant  facile  de  faire  deux  parts  dans  le  livre  du  chanoine  de  Londres, 
celle  des  ornements  extérieurs,  tout  à  fait  inutiles  au  récit,  et  celle  du  récit 
lui-même  :  en  le  faisant,  on  arrivait  tout  naturellement  à  conclure  que  cet 
auteur  mérite  bien  le  nom  de  traducteur  pour  tout  ce  qui  a  de  l'intérêt  et  de 
la  valeur,  et  qu'il  n'est  réellement  auteur  (je  ne  dirai  pas  original,  car  sa 
rhétorique  est  en  bonne  partie  un  centon)  que  pour  ce  qui  est  insipide  et  su- 
perflu. Devant  l'assertion  formelle  du  Chranican  Terras  Sanctae^  cette  conclusion 
aurait  pu  sortir  de  l'examen  de  YlUnerarium^  même  en  l'absence  du  poème 
français;  et,  dans  des  conditions  analogues,  la  critique  devrait  assurément 
y  regarder  de  plus  près  avant  de  rejeter  un  témoignage  contemporain  aussi 
clair  et  aussi  peu  suspect. 

Toute  cette  discussion  n'a  plus  d'objet  depuis  que  l'ouvrage  mis  en  latin 
par  Richard  de  la  Sainte-Trinité  est  sous  nos  yeux.  Il  n'y  a  même  pas  lieu  de 
combattre  sérieusement  l'hypothèse  qui  pouiTaitse  présenter  à  l'esprit,  d'après 
laquelle  ce  serait  Ambroise  qui  aurait  utilisé  l'ouvrage  latin.  11  y  a  en  effet 
dans  celui-ci  de  nombreuses  traces  des  rimes  de  notre  poème;  nous  en  relè- 
verons quelques-unes  dans  la  comparaison  qui  suit.  Il  y  a  aussi  plusieurs 
contre-sens,  dont  quelques-uns  ont  été  indiqués  soit  dans  le  Glossaire,  soit 
dans  les  notes  de  la  traduction,  et  dont  nous  signalerons  encore  plus  loin 
un  certain  nombre.  Mais  il  suffit  de  mettre  en  regard  du  texte  français  un  des 
chapitres  où  Richard  a  suivi  exactement  Ambroise  pour  être  convaincu  du 
rapport  des  deux  textes  :  jamais  un  versificateur  ne  pourrait  se  modeler  aussi 


I 

iwraivsitii   lATiosAïK. 


LITI 


INTRODUCTION. 


fidèlement  sur  un  récit  écrit  dans  une  langue  étrangère,  au  lieu  qu'un  tra- 
ducteur en  prose  a  pu  sans  grand'peine  reproduire  parfaitement  son  original. 
Nous  prenons  presque  au  hasard  le  chapitre  qui  nous  servira  d  exemple  : 


Ahbroisb,  V.  6o5-696('^ 

Quant  li  dui  rei  arrivé  furent, 
Li  Grifon  puis  en  pais  s'esturent; 
Mais  li  Longuebart  estri vouent, 
E  noz  pèlerins  maneçouent 
Que  lor  trës  lor  detrenchereient 
E  lor  aveirs  en  portereient; 
Car  de  lor  femmes  se  dotèrent, 
A  cui  ii  pèlerin  parièrent  ; 
Mais  teus  le  fist  por  eus  grever 
Qui  n'i  deignast  rien  achever. 
Li  Longuebart  e  la  commune 
Eurent  toz  jorz  vers  nos  rancune 
Por  ço  que  lor  père  lor  distrent 
Que  nostre  anceisor  les  conquistrent; 
Si  ne  nos  poeient  amer, 
Ainz  nos  cuidouent  afamer^^). 
Nel  firent  por  nos  sushaucier  ^^\ 
Que  il  firent  lor  tors  haucier 
E  les  fossez  plus  parfont  faire  : 
Iço  empeira  moul  Tafaire, 
E  les  tençons  et  les  maoaces 
Qui  levouent  en  plusors  places. 


Itinrrakiuh,  1.  II,  ch.  xrv^^). 

Griffonum,  dum  reges  tanta  cum  mrtHte 
vidèrent  appulsos,  in  parte  repressa  est  ar- 
rogantia,  quipjie  qui  se  perpenderent  virUUe 
inferiores  et  gloria.  Longobardi  vero  coniwna- 
ciier  murmurantes  contendere  non  cessabtilt 
conviciis  et  opprobriis  lacessere  nostros, 
tentoria  se  comminantes  invasuros  ui  eos 
occidereni  et  res  suas  diriperent.  Zelo  qui- 
dem  ducebantur  super  uxoribus  suis,  cum 
quibus  nonnuUi  peregrinorum  colloqueban- 
tur,  pocius  ad  ipsos  irritandos  maritosquam 
ad  perpetrandum  adulterium.  Hac  îtaque 
occasione  et  invidia  perlurbati  Longobardi 
cum  communa^^)  civitatis  semperûi  quantum 
Ucuit  nostris  erant  infesti ,  maxime  pro  eo 
quod  ab  antecessoribus  suis  se  didicerant 
olim  a  nostris  fuisse  subjugatos ,  unde  quanta 
poterant  nobis  procurabant  inconunoda,  et 
turrium  éxaltabant  propugnacula,  et  altioris 
profunditatis  fossas  ainhientes  perfodere. 
Prœlerea  ad  incitandum  animorum  impul- 
sum  frequentissimis  provocabant  conviciis 
et  dehonestabant  contumeliis. 


Une  comparaison  suivie  entre  le  poème  d'Ambroise,  tel  que  nous  Ta 
conservé  l'unique  manuscrit,  et  la  traduction  latine  offre  de  l'intérêt  à  plusieurs 
points  de  vue.  D'une  part,  la  traduction,  qui  s'appuyait  sur  un  manuscrit  tout 
à  fait  contemporain  du  poème,  nous  indique  souvent  une  leçon  meilleure  que 


^^)  Pai  introduit  dans  le  texte  quelques  très 
légères  modifications  orthographiques  qui  le  rap  - 
prochent  de  sa  physionomie  originale;  j'ai  îaii 
de  même,  soit  dit  en  passant,  pour  plusieurs 
des  citations  données  dans  cette  Introduction. 

(^  J'ai  imprime  en  italique  les  mots  ajoutes 


par  Richard;  on  voit  qu'ils  ne  font  qu^amplifier 
le  texte  sans  riea  y  ajouter. 

^'^  Mot  visiblement  pris  à  la  rime  française. 

(^)  Vers  non  traduit,  je  ne  sais  pourquoi. 

^*)  Cette  tournure  ironique  n^a  pas  été  tra- 
duite ni  peut-être  comprise. 


LA  TRADUCTION  LATINE.  lxtii 

cdle  du  nôtre,  et  permet  même  d'en  combler  des  lacunes  plus  ou  moins  im- 
portantes. D'autre  part,  il  est  curieux  dé  signaler  les  contresens  et  les  méprises 
dont  s'est  rendu  coupable  un  traducteur  si  voisin ,  de  toute  façon ,  de  l'ori- 
ginal.  Enfin  il  y  a  dans  la  version  latine  un  certain  nombre  de  changements, 
de  suppressions  et  d'additions  qui  paraissent  bien  du  fait  du  traducteur,  et 
dont  il  peut  être  intéressant  de  rechercher  la  cause  ou  les  sources. 

Mais  pour  procéder  à  cette  comparaison  il  faut  d'abord  se  rendre  compte  de 
la  composition  de  Y Itinerarium.  Richard  de  la  Sainte-Trinité  a  modifié  Tordre 
suivi  par  Ambroise.  Celui-ci  raconte  les  événements  auxquels  il  a  pris  part 
dans  leur  succession  même,  telle  qu'il  l'a  vue  se  dérouler.  Après  un  bref  ex- 
posé des  causes  et  des  préparatifs  de  la  croisade,  il  suit  constamment  la  marche 
du  roi  Richard ,  d'Angleterre  à  Messine,  de  Messine  à  Chypre  et  à  Acre,  d'Acre 
à  Acre ,  où  il  se  rembarque ,  à  travers  toutes  les  étapes  de  la  guerre.  Seule- 
ment, au  moment  de  la  première  arrivée  du  roi  en  Syrie,  il  intercale  une 
grande  parenthèse,  où  il  résume  l'histoire  de  ta  Terre-Sainte  depuis  l'avène- 
ment de  Gui  de  Lusignan  et  celle  du  siège  d'Acre  jusqu'à  ce  moment;  ici  il  n'est 
plus  témoin  oculaire,  mais  suit  en  partie  des  récits  oraux,  en  partie  une  source 
écrite.  Richard  de  la  Sainte -Trinité  a  disposé  autrement  sa  matière.  Dans 
son  livre  I,  il  raconte  les  causes  de  la  croisade,  l'expédition  de  Frédéric  (dont 
Ambroise  ne  disait  à  peu  près  rien),  et  l'histoire  de  la  Terre-Sainte  et  du 
siège  d'Acre  jusqu'à  l'arrivée  de  Richard,  d'après  la  même  source  qu  Ambroise, 
mais  non  d'après  lui.  Puis,  au  début  du  livre  II,  il  prend,  après  une  phrase  de 
raccord,  le  récit  du  poète  français  et  le  suit  jusqu'au  bout,  en  supprimant  na- 
lorellement  la  grande  parenthèse  qui  répond,  dans  ce  récit,  à  une  partie  de 
son  livre  I.  Ainsi  ce  n'est  que  dans  ses  livres  II-VI  qu'il  suit  fidèlement  le 
poème;  le  livre  I  en  est  plus  ou  moins  indépendant.  Il  est  donc  bon  d'examiner 
les  deux  parties  séparément,  et  il  est  naturel  de  commencer  par  celle  qui  se 
prête  à  une  comparaison  suivie  avec  l'original. 

L.  II,  ch.  I.  Phrase  de  raccord,  correspondant  à  peu  près  au  v.  /iBag. 

Gh.  n»v.  35-58.  Richard  amplifie  son  original  par  des  considérations 
pieuses;  il  ajoute  à  la  cessation  des  réjouissances  dans  la  chrétienté  occiden- 
tale celle  des  querelles  et  des  procès. 

Ch.  n-=-Y.  59-166.  Le  traducteur  abrège  ce  qui  concerne  Henri  II  et  Ri- 
chard. Il  assure  que  l'archevêque  de  Tyr  avait  été  envoyé  spécialement  à 


I. 


Lxviii  INTRODUCTION. 

Henri  II;  mais  ce  doit  être  par  orgueil  national,  car  il  ne  sait  pas  plus  qu'Am* 
broise  le  nom  de  cet  archevêque,  qui  était  le  célèbre  Guillaume.  Le  moti^ 
donné  à  la  croiserie  simultanée  des  deux  rois  —  la  peur  de  chacun  d'eux  que 
l'autre  n'envahît  ses  terres  en  son  absence  —  est  très  vraisemblable;  mais,  à 
cause  de  cela  précisément,  il  peut  avoir  été  imaginé  par  le  traducteur. 

Gh.  iv  =  v.  167-180,  Richard  ajoute  le  lieu  et  la  date  de  la  mort  de  Henri  II 
et  le  lieu  de  sa  sépulture. 

Gh.  v  =  v.  181-228.  Le  traducteur  ajoute  beaucoup  de  renseignements 
précis  sur  le  couronnement  de  Richard,  la  mention  des  massacres  de  juifs  qui 
le  suivirent  de  près,  et  un  long  éloge  du  roi,  où  il  le  met  au-dessus  d'Achille, 
d'Hector,  de  Roland,  de  Titus,  de  Nestor  et  d'Ulysse,  mais  qui  contient  iin 
portrait  physique  intéressant,  et  tracé,  sans  doute,  d'après  des  souvenirs  per- 
sonnels. 

Gh.  VI  =  v.  229-802.  Détails  sur  des  visites  de  Richard  à  Saint-Edmond 
et  à  Ganterbury  ;  noms  des  évèques  institués  par  lui;  Guillaume  de  Longchamp 
est  fait  chancelier  et  grand  justicier.  —  Dreues  est  traduit  bizarrement  par 
Druellos. 

Gh.  vn=»v.  3o3-3/i6.  Richard  compte  cent  huit  navires  au  lieu  de  cent 
sept. 

Gh.  vni  =  v.  3/17-364.  Le  traducteur  ajoute,  évidemment  d'après  une 
source  officielle,  l'itinéraire  de  Richard  de  Tours  à  Vézelai  (par  Azai^'^  Mont- 
richard ,  Selles ,  la  Ghapelle-Dan-Gillon  (^',  Donzi). 

Gh.  ix  =  v.  365-448.  Ici  encore  nous  trouvons  dans  le  latin  l'itinéraire 
de  Richard,  de  Vézelai  à  Lyon  (par  Gorbigni^^',  Moulins-Ëngilbert,  Mont- 
Escot,  Toulon,  le  Bois-Sainte-Marie ,  Beaujeu^,  Villefranche). 

Gh.  x  =  v.  4/19-510.  Tandis  qu'Ambroise  dit  qu'après  la  rupture  du  pont 
les  pèlerins  passèrent  le  Rhône  avec  beaucoup  de  peine  dans  de  petites 
barques,  le  latin  raconte  que  Richard  fit  construire  un  pont  de  bateaux. 

^*^  C'est  du  moins  ainsi  que  M.  Stubbs  inter-  ^*^  On  écrit  à  tort  d'Angillon. 

prête  le  Laizi  ou  Luii  des  manuscrits;  cela  pa-  ^^^  Satictutn  Leonardum  de  Corbenai. 

rait  douteux  «  Azai  n*ëtant  pas  entre  Tours  et  ^^^  Il  faut  lire  Beljiu  pour  Belivi  et  traduire  par 

Montrichard.  Beaujeu  et  non  par  Belfevilie. 


LA  TRADUCTION  LATINE.  lui 

Gomme  le  texte  français  ne  prête  à  aucune  équivoque,  il  faut  croire  que  le 
chanoine  de  Londres  a  recueilli  ici  le  souvenir  inexact  de  quelque  pèlerin. 

Ch.  XI  =  V.  5 1 1-534.  Ici  Richard  a  commis  sur  Rise  (nom  qu'il  semble  avoir 
pris  pour  celui  d'une  contrée  et  non  d'une  ville,  et  où  il  n'a  pas  en  tout  cas  re- 
connu l'antique  Rhegium),  et  sur  Agoland  un  plaisant  contresens,  qui  est  re- 
levé à  la  Table  des  noms  propres.  Le  chanoine  de  Londres  était  plus  familier 
avec  les  poètes  latins  qu'avec  les  chansons  de  geste. 

Ch.  xu  =  v.  535-558.  La  dernière  phrase,  qui,  malgré  sa  longueur,  ne 
contient  qu'un  développement  naturellement  suggéré,  est  ajoutée. 

Ch.  xin  =  v.  559-60/i.  A  noter  la  traduction  du  proverbe  Tel  te  vei,  tel 
t'espeir  par  [vulgo  namque  dicitur)  :  Qualem  te  videOy  talem  te  spero.  Le  traducteur 
ajoute  de  son  cru  une  réflexion  sur  l'impression  produite  par  la  trop  grande 
simplicité  du  roi  de  France,  et  quelques  détails,  faciles  à  imaginer,  à  la  des- 
cription de  l'arrivée  de  Richard.  En  revanche  il  supprime  ce  que  dit  Ambroise, 
dans  les  derniers  vers,  du  mécontentement  causé  parce  fait  aux  (cGriflbns?)  et 
aux  cr  Longuebards  7). 

Ch.  XIV  =  v.  605-626.  C'est  ce  chapitre  qu'on  a  imprimé  ci-dessus  en  re- 
gard du  texte  d'Ambroise. 

Ch.  XV  =  V.  627-6/1/1.  Richard  omet  le  nom  d'fmm^,  donné  à  la  marchande 
de  pain  (sans  doute  uniquement  pour  la  rime). 

Ch.  XVI  ==v.  645-830.  Lé  traducteur  a  conservé  à  Jordain  del  Pin  la  forme 
française  de  son  surnom  (Roger  de  Howden  l'appelle  de  Pinu).  On  ne  peut 
méconnaître  l'écho  des  rimes  de  l'original  dans  cette  phrase  :  «Rex  Rie  ardus 
uno  impetu  citius  occupaverat  Messanam  quam  quilibet  presbyter  cantasset 
matutinas;  n  Ambroise  :  Plus  tost  eurent  il  pris  Meschines  Cunsprestre  na  dit  ses 
matines.  Au  reste,  Richard  exagère  l'intimité  des  Français  et  des  gens  du  pays, 
qui,  dit-il,  velut  unum  ejiciebant  populum.  —  Au  v.  779,  le  palatium  du  latin 
prouve  qu'il  faut  lire  le  paleis  et  non  les  paleis  (voir  la  traduction).  Le  latin  ex- 
plique beaucoup  plus  clairement  que  notre  poème  la  prise  de  la  ville,  et  donne 
des  détails  qui  ne  sauraient  être  inventés;  il  doit  y  avoir  dans  notre  manu- 
scrit une  lacune  de  quelques  vers  après  le  v.  79a. 

Ch.  xvu  =  v.  83 1-866.  L'auteur  paraphrase  le  texte  de  façon  à  présenter 
la  conduite  de  Philippe  sous  un  jour  plus  défavorable. 


Lxx  INTRODUCTION. 

Gh.  xYiu  =  v.  867-890.  La  traduction  s'arrête  à  la  douzième  ligne  de  ce 
chapitre.  Les  vingt-quatre  lignes  qui  suivent  dans  le  latin  n'ont  rien  qui  leur 
corresponde  dans  notre  manuscrit;  c'est  sans  doute  une  lacune  de  celui-ci, 
car  ce  qui  est  raconté  dans  ces  lignes,  —  la  nouvelle  querelle  de  Philippe  et 
de  Richard,  et  la  menace  de  ce  dernier  de  partir  seul  pour  la  Syrie,  —  est 
tout  à  fait  dans  le  ton  du  récit  d'Ambroise  et  se  trouve  confirmé  par  d'autres 
historiens. 

Ch.  xix-xx  =  v.  89-1976.  Ces  deux  chapitres  doivent  être  réunis,  parce 
que  le  traducteur  a  légèrement  interverti  l'ordre  du  récit  français.  Il  donne  sur 
la  situation  de  Mategrifon  des  détails  qui  ne  sont  pas  dans  le  français.  La  der- 
nière phrase  du  latin  indique  sans  doute  ce  qui  manque  à  notre  manuscrit 
entre  les  v.  97/i  et  976  (la  lacune,  attestée  par  Tabseiice  d'une  rime,  doit 
être  placée  là  plutôt  qu*entre  976  et  976). 

Ch.  XXI  =  v.  977-1062.  Âmbroise  donne  sur  les  deux  messagers  envoyés 
par  Tancré  à  Richard  et  sur  les  prélat«i  qui  négocièrent  la  paix  entre  les  deux 
rois  (v.  1007  ^')  ^^^  indications  précises  qui  sont  omises  par  Richard.  En 
revanche,  YlUnerarium  est  seul  à  dire  que  le  roi  d'Angleterre  partagea  avec 
Philippe  l'argent  donné  par  Tancré  et  même  la  dot  de  sa  sœur,  restituée  par 
le  roi  de  Sicile.  Aucun  autre  historien  ne  mentionne  ce  fait,  et  il  semble 
plutôt  contredit  par  les  v.  102/1-1026  d'Ambroise;  il  est  possible  que  le  tra- 
ducteur l'ait  ajouté  de  son  chef  pour  faire  honneur  à  Richard,  de  même  qu'il 
ajoute  à  la  fin,  —  en  citant  un  vers  de  Perse,  —  une  réflexion  désobligeante 
pour  Philippe. 

Le  chapitre  xxn  de  YlUnerarium  manque  dans  YEsloire  de  la  guerre  sainte.  H 
raconte  l'entrevue  qui  eut  lieu  entre  Richard  et  Tancré,  et  dont  le  récit, 
confirmé  d'ailleurs  par  d'autres  historiens,  ne  doit  manquer  que  par  hasard 
dans  notre  manuscrit.  H  est  seulement  singulier  que  le  texte  latin  dise  de 
Catane  que  medio  spcuio  sita  est  inter  Messanam  et  Palermum;  il  y  a  peut^-être 
là  une  méprise  du  traducteur. 

Ch.  xxui=»v.  io53-io8o;  ch.  xxiv  =  v.  1080-1108.  Traduction  exacte, 
sauf  quelques  ornements;  la  remarque  d'Ambroise,  Gefuial  mangier  en  la  sale  y 
est  omise,  comme  beaucoup  d'autres  analogues. 

Le  chapitre  xxv,  racontant  une  rixe  entre  les  gens  de  Richard  et  les  Pisans 
et  les  Génois,  manque,  par  omission,  dans  notre  manuscrit. 


LA  TRADUCTION  LATINE.  mi 

Gh.  xiYi-"V.  11 09-1  a 00.  On  remarque  dans  ce  chapitre  l'addition  de 
quelques  détails,  que  Richard  de  la  Sainte-Trinité  a  pu  connaître  à  Londres: 
le  retour  d'Aliénor  par  Salerne,  le  commandement  de  la  flotte  donné  à  Robert 
de  Turnham ;  Richard  accuse  explicitement,  ce  que  ne  fait  pas  Ambroise, 
Gilbert  de  Vascœuil  de  trahison.  Notons  encore  la  définition  des  divmons. 

Ch.  xivii=v.  1 30 1-1 3 1  a.  Les  détails  (p.  179)  sur  la  situation  géogra- 
phique de  la  Crète  et  sur  le  mont  Camelus{1)  sont  pris  à  une  autre  source;  la 
disposition  des  rimes  des  v.  1267-1268  prouve  que  ces  détails  n'ont  pu  figurer 
dans  le  poème  français. 

Ch.  xxviii  -=  V.  i3i3-i35/i.  Les  renseignement  donnés  à  Richard  par  les 
gens  du  navire  qu'il  rencontra  (p.  181)  sur  ce  qu'avait  fait  le  roi  de  France  de- 
puis son  arrivée  devant  Acre  ne  se  trouvent  nulle  part  dans  le  poème  d'Ambroise  ; 
ils  proviennent  sans  doute  de  la  même  source  à  laquelle  Ambroise  et  Richard 
ont  puisé  pour  l'histoire  du  siège  d'Acre  antérieure  à  l'arrivée  de  Richard. 

Ch.  XXIX  «V.  1 355-1 600.  Ambroise  ne  nomme  pas  l'empereur  de  Chypre, 
et  son  traducteur  ne  le  nommait  pas  non  plus,  car  les  mots  Cursac  nomine 
manquent  dans  le  plus  ancien  manuscrit  et  ont  été  ajoutés  par  un  scribe  d'après 
d'autres  sources  ^^K 

Ch.  xxx-xxxi=v.  1/101-1627.  Cet  endroit  est  très  altéré  et  mutilé  dans 
notre  manuscrit  du  poème  français;  le  récit  beaucoup  plus  clair  et  détaillé  de 
Yltinerarium  doit  ici  remplacer  l'original. 

Ch.  xxxn  =  v.  1/128-1564.  Après  le  dernier  vers  il  s'en  est  perdu  dans 
notre  manuscrit  quelques-uns,  dont  le  contenu  (débarquement  des  reines  à 
Limeçon)  nous  est  rendu  par  la  dernière  phrase  du  latin. 

Ch.  xxxui-xxxiv  =  V.  1 565-1 734.  Il  n'y  a  que  des  divergences  insignifiantes  ; 
notons  seulement  que  le  traducteur  supprime  ce  que  dit  Ambroise  de  la 
haute  noblesse  et  des  puissants  parents  de  Gui  de  Lusignan. 

Ch.  xxxv  =  v.  1735-1760.  Le  chanoine  de  Londres  a  eu  des  renseigne- 

^^^  Ces  nioU  manquent  aussi  dans  les  éditions  Tauteur  de  Yltinermium  a|)pelle  lempereur  de 

de  fllinerat-ium  antérieures  à  celle  de  M.  Stubbs.  Chypre  Guenelou,  à  cause  du  passage  où  il  est 

Par  une  plaisante  méprise,  le  rédacteur  de  la  dit  qu'il  surpassait  Guenehnem  proditione  (pris 

BibHoûtèque  des  Croisades  (t.  VllI,  p.  85)  dit  que  du  v.  1 388  d* Ambroise). 


ran  INTRODUCTION. 

ments  particuliers  sur  le  mariage  de  Richard  :  il  sait  qu'il  eut  lieu  le  jour  de 
saint  Pancrace,  et  connaît  le  nom  des  trois  évèques  qui  y  assistèrent. 

Gh.  XXXVI  =  v.  1761-1832.  Au  début  de  ce  chapitre,  on  remarque  la  men- 
tion du  maître  de  l'Hôpital  comme  intermédiaire  de  la  paix,  qui  n'est  pas  et 
n'a  pas  dû  être  dans  Âmbroise  :  c'est  encore  une  information  que  Richard  aura 
eue  indépendamment. 

Gh.  xxxvni(*)  =  v.  iSSS-igôa.  Il  faut  noter  que  le  traducteur  a  complè- 
tement omis  les  v.  1879-1906,  qui  racontent  l'invitation  pressante  de  le. re- 
joindre adressée  par  Philippe  à  Richard. 

Les  chapitres  xxxix-xlii,  qui  terminent  le  livre  II,  correspondent  aux 
V.  1963-2298  du  français.  On  n'y  trouve  guère  de  différences  notables.  La 
date  du  vendredi  après  la  Saint-Augustin  pour  la  reddition  de  Kyrsac  (p.  2o3) 
paraît  prise,  comme  d'autres  renseignements  du  même  genre,  à  un  itinéraire 
de  Richard.  On  pourrait  croire  que  le  passage  sur  Pierre  des  Barres  et  son 
entretien  avec  les  gens  du  vaisseau  sarrasin  (p.  2o5)  se  trouvait  dans  le 
français  et  manque  dans  notre  manuscrit;  mais  en  examinant  attentivement 
le  contexte  de  nos  deux  récits  on  voit  qu'il  n'en  est  rien,  et  que  ce  morceau, 
qui  contredit  la  narration  d'Ambroise,  a  été  ajouté  par  le  traducteur,  sans 
doute  d'après  une  information  particulière. 

L.  III,  ch.  i-ni  =  v.  2299-2386.  La  forme  Kahadini  (a,  b)  au  lieu  de  Te- 
chehedini  (c)  est  attestée  par  le  français  Quahadin  :  (voir  à  la  Table  des  noms 
propres).  La  première  partie  du  chapitre  in,  relative  à  l'entente  des  Pisans  avec 
Richard ,  manque  dans  le  français.  ' 

C'est  ici  qu'Ambroise  ouvre  dans  son  récit  la  grande  parenthèse  (v.  2887- 
/i568)  où  il  raconte  les  événements  de  Syrie  antérieurs  à  l'arrivée  de  Ri- 
chard. L'auteur  de  l'/dWartum  n'a  pas,  comme  Ambroise,  à  entrerompre  et  à 
renouer  le  fil  de  sa  narration;  il  la  continue  tout  droit.  —  Dans  le  chapitre  iv  de 
son  livre  III,  il  reprend  d'abord  quelques  renseignements  donnés  aux  v.  4531- 
libbo  du  poème  français,  puis  le  rejoint  tout  à  fait  au  v.  4569  ^^  '^^  l'aban- 
donne plus  jusqu'à  la  fin  du  livre.  Il  serait  fastidieux  de  poursuivre  désormais 

(')  M.  Stubbs,  —  ou  plutôt  Gale,  qu*il  a  suivi  pour  la  numërotation  des  chapitres,  —  0  oublié  le 


n"  xixvii. 


LA  TRADUCTION  LATINE.  u\m 

la  comparaison  chapiti-e  par  chapiti*e.  Je  n>e  bornerai  à  signaler  les  c|uolques 
divergences  qui  m'ont  paru  offrir  un  cei^Unn  intérêt. 

Le  nom  de  la  maladie  de  Richard  est,  dans  le  latin,  ainoldia  (p.  'ii/i),  ol 
plus  loin  amaldia  (p.  363).  Le  manuscrit  français  porte,  au  pi^emier  pasiuigo, 
leowu'die  (v.  6608),  au  second  (v.  9660),  len  naudie  ((jue  j'ai  corrigé,  d'après lo 
premier,  en  leonardxe).  La  mesure  des  vers  ne  permet  pas  d'adn\etlre  une 
forme  correspondante  au  mot  latin;  je  crois  qu'il  eiU  mieux  valu,  dans  les 
deux  cas,  lire  la  renavdie  :  il  semble  que  ce  mot,  signifiant  w alopécie^,  ait  été 
altéré  en  renaldiey  et  que  les  Anglais  aient  entendu  Faimaldie  au  lieu  de  la  re- 
naldie^^K 

On  a  relevé  à  la  Table  des  noms  propres  (au  mot  Mahb)  Terreur  du  traduc- 
teur qui  a  traduit  âl  {de  la  Mare)  par  illi  au  lieu  d'iile  (v.  k']*i*i^l\'jfik)\  mais 
après  les  noms  mentionnés  dans  le  poème  il  en  ajoute  une  ((uinzaine  (p.  ^17) 
qui  devaient  certainement  s  y  trouver  aussi;  car  d*une  part  plusieurs  des  per- 
sonnages qui  les  portent  se  retrouvent  plus  loin,  et  d'autre  part  on  reconnaît 
que  la  formation  de  plus  d'un  couple  a  été  amenée  par  la  rime.  —  Le  traduc^ 
teur  a  transposé  les  v.  5o/ii-5o66,  qui  lui  auraient  fourni  son  chapitre  xiv  et 
dont  il  a  fait  le  chapitre  \x;  il  aide  d'ailleurs  à  combler  une  lacune  du  uni'" 
imscrit  dans  ce  passage  (voir  ci-après,  p.  388).  —  Le  chapitre  xvni  du  latin 
manque  dans  le  français,  où  il  devrait  se  placer  après  le  v.  Gui^/i.  Il  est  in- 
dispensable au  récit  et  faisait  certainement  partie  de  l'original. 

Le  livre  IV  suit  fidèlement  le  poème  du  v.  5358  au  v.  7760,  sans  qu'il  j 
ait  à  remarquer  aucune  différence  de  quelque  inqiortance.  On  IrouviTa  dans 
la  traduction  française  l'indication  de  quelques  passages  où  le  latin  a  permis 
de  corriger  la  leçon  du  texte  ou  d'en  combler  des  lacunes,  —  Kn  revanclu*  on 
constate  au  chapitre  xix  un  contresens  du  traducteur  qui  a  mis  la  critique  his- 
torique dans  un  embarras  que  dissi|ie  laconnaissame  de  l'original  français  ^, 

Il  n\  a  pas  non  plus  grandVhose  à  remarquer  sur  le  L  V  (  v,  77O1-1 01 30j, 
l>p  rhapitre  \i\  manque  d;ms  \t*  français  :  il  raconte  r^omment  Ki^hardalla 

(leo  **l  daofi  BniniUm.  Le  ukM  rtmutréie  «u  «eii»:         (H  UhuÏkw  leur^  cUeveui, 

<rralo|iécier  est  atVaU^  hu  Irauçai»  auu  us''  mcU"  '    \  otr  ii  in  Ta*U^  dt»  iM«a»  ^H-ijyt'uë  t'i«ilicl<' 

«vfiir  l#*  Didiriniudre  de  M.  Go*Mro)   .  H  ihmi»;        OcAiiMKii  de  Sitfief, 


vsm  INTHOD-UCTieN. 

(FBseafdne  regardler  tes  fortifications  de  Gem  et  du  Daron,  et  il^  devrait  se 
trouver  après  le  v.  8/162. 

Les  quatre  chapitres  xxx,  xxxi,  xxxn,  xxxiii  manquent  dans  notre  manuscrit; 
ils  devrafent  se  trouver  après  le  v.  897a;  ils  racontent  quefques  menus  évé*- 
nementsdes  16,  âa,  28,  29  avnl  et  2  mai  1 192  (notamment  le  combat  de 
Richard  contre  un  sanglier),  et  il  n'y  a  aucune  raison  de  les  considiSrer 
comme  ajoutés  par  le  traducteur  (^).  Notons  encore  Tomission ,  dans  notre  texte 
du  poème  (après  le  v.  10188),  du  court  et  insignifiant  chapitre  un  (il  s  agit 
d'une  première  parcelle  de  la  vraie  croix  offerte  à  Richard). 

Le  livre  VI  et  dernier  est  non  moins  fidèlement;  tradtait  que  les  préeédkits. 
le  ne-  vois  guère  à  refever  qu'un  contresens  à  l'a  fin  du  ch.  xxxvi  :  Ambroise 
<Ct  que  Richard ,  voulant  racheter  Guillaume  de*  Préaux ,  Laissa  dis  Sarrazikê'  de 
prisy  Qui  mont  rendissent  grant  avmr.  Pur  le  cars  Gmllaiêmé  ravoir  (v.  1  »a68- 
i«»7o),  c'est-à-dire  «r  abandonna  dix  Sarrasins  de  valeur,  qui  auraient  rap- 
porté [par  leur  rançon]  beaucoup  d'argent,  pour  ravoir  k  personne  éd 
GiiilkumeT);  Richard-  d'e  la  Sainte-Trinité  traduit  bizarrement  (n'ayant  pias 
compris  qu^ii  (allait  une  virgute  après  l^e  v.  1^969):  Dècem  ex  nobiUerikus  TWmi 
dmisit  liheroB,  qni  quidmi  infinitm  summém  peemiapro  eodem  WiMmo  graUmter 
impetidissenî  retineruh.  —  Les  deux  phrases  sur  l'embarquement  de»  deux 
reines  et  sur  la  date  de  celui  de  Richard  (ch .  xxxvir) ,  qui  ne  sont  pas  dtans  le 
poème,  manquent  également  dans  les  deux  plus  anciens  manuscrits  de  Vltine- 
rarium  et  ont  été  ajoutées  dans  le  troisième  d'après  Raoul  de  Dîcet. 

La  fin  de  ïltinêranum,  dans  l'édition  de  M.  Stubbs ,  est  donnée  d'après  le 
manuscrit  G,  bien  à  tort,  car  la  comparaison  de  notre  poème  montre  cpie  le 
vrai  texte  est  incontestablemient  celui  des  deux  plus  anciens  manuscrits,  A  ebB*, 
et  tout  ce  qui  est  ajouté  dans  G  est  emprunté  presque  textueliemenA  à  BÊmà 
de  Dicet.  Je  ne  crois  pas  inutile  de  donner  d'après  A  B  la  fin  de  l'œuvre  de 
Richard  de  la  Sainte -Trinité,  que  l'on  comparera  aux  vers  ia3oi-ia'35s 
d' Ambroise. 

[gnarus  quidem  quaatœ  ipsum  manebant  Iribulatioueset  angustiœ,  quot  esset  expertums 
adversitates  per  proditionem  olim  deiuandaiain  in  Franctam,  unde  machinatum'  est  ut  ab 

(*)  L^indkatioa  du  1 6  avril  pour  la  fêle  de  saint  Elph^  doit  provenir  de  oeloi-d.  Roger  dé  GimiviUe 
(ch.  \xxii)  n'est  mentionne  qu*ici. 


LA  TRAd^lKITiOM  LATINE.  lut 

iniqnis  nBfuiter  msidiantibuB  comprehendereior,  nihil  taie  suspicang^  in  ohsequio  Dei  et 
LiborioM  peregrinatione.  0  quam  meritis  inaequali  recompensatione  retribuebatur  ei  quod 
pro  generalitatis  negotio  laboraverat  anima  ejusl  Et  jam  occupabatur  hereditas  ejus,  coin 
eipagnarentiir  nèfarie  castra  ejus  in  Tlormannia,  crudetiter  grassantibus  œurnlis  ejus  sine 
causa,  nec  nisi  redemptus  relaxatus  est  ab  iniqua  captione  ab  imperatore  Alemanniœ.  Cajus 
oocMÎoiie  redemptioDiê  ni  ad  tumiMOi  milhiplicarelor  oenstis,  n  onni  gedte  sua  fiebat 
aolieeta  pUirima  et  dÎBtnioGo  vAidartttt  remm.  Accipiebaiilur  eaim^  eoeleaiis  eaiioes  «et  «asa 
aurea  et  aigentea  in  usas  ecclesiasticos  sacrata  quibus  poterant  utcunquecarere  monaatena. 
Nec  hoc  quidem  secund'um  Patrum  décréta  erat  illicitum(^),  immo  maxime  necessarium, 
com  nunquam  sanctorum  quisquam  vel  sanclarum,  quorum  numerus  est  innumerabilis 
hominibus,  tanta  fuerit,  vita  superstite,  pro  Deo  angariatus  injuria  ut  rex  Ricardus  in 
captivitate  Qstericia  necnon  et  Alemannica.  Qui  tôt  Turcorum  celebris  fuerat  triumphis 
nefarie  circumvenitnr  a  sus  6dei  fratribus,  et  ab  fais  qui  simui  cum  ipso  christiana  profes- 
sione  solo  nomiae  censeatur  comprehenditur.  0  quam  vere  limendœ  sunt  oocultœ  magis 
insidiœ  quam  manifestée  discordiœ,  juxta  illud  :  Facilius  est  vitare  discordem  quam  ieclmare 
faUacem!  Proh  nefasi  cui  non  poterant  dresistere  omnes  adversarii  ejus,  quem  totius  imperii 
Soldani  contractée  copiœ  non  prœvaluerant  debellare,  nunc  ab  igoobili  hoste  concludilur, 
et  in  Alemannia  relinetur.  0  quam  gravissimum  est  agi  nutibus  alienis  in  libcrtale  edu- 
eatis  I  <^)  Sed  et  ex  illa  captione  solita  Dei  clementia ,  sua  industria ,  et  suorum  cura 
fidelkim,  mtdiante  sre  imutto  quia  sciebatur  muttum  poase,  tandem  iifbeilali  dinmsuB 
est^^).  Solo  denique  restitutus  natali  et  regno  patruin^  in  brewâisaîdeiftia  régna  padficavit 
ad  Yotum^^).  Postea  transfretans  in  Normanniam<,  œmuli  soi,  scilicet  legis  Francis,  justo 
iiberiores  excursus  se  para  vil  retundere,  cujus  etiam  inipetus  crebris  rejiciens  repulsio- 
nibas,  alienatum  jus  suum  cum  augmento  quoque  in  hasta  recuperavit  et  gladio'^^. 

On  voit  par  cette  comparaiaon  que  le  travail  de  Richaj^  de  la  Sainte-Tri'^ 
oité  a  bien  été  celui  d'un  traducteur  :  ce  qu'il  a  ajouté  k  notre  texte  est  deipure 
forme,  sauf  un  très  petit  nombre  de  renseignements,  qu'il  a  dft  puiser  à  une 
source  ofticielle  (itinéraire  de  Richard),  et  dont  aucun  n'atteste  sa  présence 
sur  les  lieux  des  événements.  Il  est  même  évident  que,  s'il  avait  été  témoîn 
oculaire,  il  lui  e&t  été  impossible  de  ne  pas  ajouter  à  son  original  quelque 
détail  ou  quelque  nom,  ce  qu'il  ne  fait  jamais  :  sur  aucun  personnage,  sur 
aucun  fait,  il  ne  sait  absolument  rien  de  plus  que  sa  source.  11  a  donc  voulu 

^)  Ce  membre  de  phrase  est  ajoute  par  le  tuer  avec  grande  vraisemblance  (roir  d-dcaBOOs, 

traducteur.  p.  463),  tandiit  qu1l  ne  traduit  pas  iesdeos  vam 

(*)  Otte  phrase  et  les  trois  précédentes  sont  suivants, 
da  bit  du  traducteur.  ^*'  Ce  membre  de  phrase  n  est  pas  représenté 

^*^  Il  est  curieux  que  Richard  donne  ici  la  tra-  dans  le  français, 
doction  des  deux  vers  1 3339-1 333o,  omis  dans  ^^'  Le  traducteur  s'arrête  au  v.  13337,  iais- 

notre  manuscrit  et  quil  nous  perm^  de  resti-  sant  de  c6té  la  réflexion  qui  suit  et  la  date  lînale. 


j. 


Lxivi  INTRODUCTION. 

abuser  ses  contemporains,  et  il  a  jusqu'à  ce  jour  abusé  la  postérité,  en-  se 
donnant  pour  le  compagnon  de  pèlerinage  du  roi  d'Angleterre  et  en  effaçant 
de  son  livre  le  nom  du  véritable  pèlerin  dont  il  traduisait  l'ouvrage. 

La  question  du  rapport  de  Richard  avec  Ambroise  est  beaucoup  plus  com- 
pliquée pour  ce  qui  regarde  le  livre  I  de  ïltinerarium.  Gomme  elle  ne  peut  se 
résoudre  sans  l'examen  de  la  source  commune  à  laquelle  tous  deux  ont  puisé, 
il  est  indiqué  de  l'étudier  dans  un  paragraphe  spécial. 


Vl.  —   L'HISTOIRE   DU   SIÈGE  D'ACRE 

JLSQIJ  À   Ï/ARRÏVÉE  DES  ROIS  DE  FRA\CE  ET  D'ANGLETERRE. 

Ambroise,  comme  nous  l'avons  vu,  suit  dans  son  récit,  depuis  le  commen- 
cement de  l'expédition,  la  marche  du  roi  Richard.  Mais  après  nous  avoir 
raconté  le  débarquement  du  roi  d'Angleterre  à  Acre,  où  était  déjà  le  roi  de 
France,  il  ouvre  (v.  2887  ss.)  une  grande  parenthèse  qu'il  signale  lui-même 
en  ces  termes  :  <r  Nous  laisserons  pour  le  moment  ce  récit , .  .  .  nous  ne  nous  occu- 
perons plus  des  deux  rois  et  de  leur  arrivée,  dont  j'ai  tant  parlé  que  je  les  ai 

amenés  à  Acre Je  veux  interrompre  ce  sujet  et  briser  ici  mon  fil;  mais 

ii  sera  renoué  et  rattaché  plus  tard.  Les  rois  ne  vinrent  pas  en  effet  au  siège 
les  premiers,  mais  les  derniers,  et  Ambroise  veut  faire  entendre  et  savoir.  .  . 
comment  la  ville  d'Acre  avait  été  assiégée.  Il  n'enavaitrien  vu,  et  n'en  sait  que 
ce  qu'il  en  a  Iu.d  Et  après  avoir  dit  quelques  mots  de  ce  qu'avait  fait  le  roi 
Philippe  depuis  son  arrivée'*)  et  raconté  celle  du  roi  Richard,  il  clôt  la  paren- 
thèse par  une  remarque  du  même  genre  que  celle  qui  lui  avait  servi  à  l'ou- 
vrir (v.  ZiBBy  ss.)  :  (rJe  vais  maintenant  suivre  l'histoire  et  rejoindre  ma 
matière  en  racontant  le   siège  d'Acre.   Ambroise  veut  achever  son  conte, 

fournir  complètement  sa  carrière,  renouer  et  rejoindre  son  nœud et 

rapporter  tout  ce  (ju'il  se  rappelle  de  l'histoire,  et  la  prise  d'Acre,  telle  qu'il 
la  vit  de  ses  yeux.  r> 

11  résulte  du  premier  de  ces  passages  qu' Ambroise  s'est  servi  pour  cette 
partie  de  son  récit,  relative  à  des  événements  dont  il  n'avait  pas  été  le  témoin, 

^'^  Ce  qu'il  en  dit  est  très  peu  de  chose:  cf.  ci-dessu-^  p.  i\\\  el  ci-dessous  p.  lixmv. 


L'HISTOIRE  ANTÉRIEURE  DU  SIÈGE  D'ACRE.  lxxvii 

d'oiie  relation  écrite.  Constatons  d'abord  que  ce  document  ne  nous  est  pas 
parvenu.  Les  sources  que  nous  possédons  pour  Thistoire  du  siège  d'Acre  sont 
assez  nombreuses  (^)  ;  aucune  ne  répond  à  celle  que  nous  recherchons  ici.  Nous 
avons  à  nous  demander  ce  que  comprenait  le  document  en  question,  où  et 
quand  il  avait  été  rédigé,  s'il  était  écrit  en  français  ou  en  latin,  et  si  d'autres 
qtt^Ambroise  lont  utilisé. 

Le  principal  élément  de  cette  i*echerche  est  dans  la  comparaison  des 
V.  3&i9-/i55o  d'Ambroisô  et  du  morceau  correspondant  de  V Itinerarium. 

Gomme  nous  l'avons  déjà  remarqué,  le  livre  I  de  Y  Itinerarium  est  avec  l'ÊV 
toire  de  la  guerre  minte  dans  un  rapport  tout  autre  que  le  reste  de  l'ouvrage 
latin.  Ce  qui  dans  le  poème  d'Ambroise  forme  une  grande  parenthèse  rétro- 
iipective  a  été  placé  par  Richard  en  tête  de  son  récit;  mais  en  outre  il  ne  s'agit 
pas  ici,  comme  dans  les  livres  II-VI,  d'une  simple  traduction.  Le  chanoine  de  la 
Sainte-Trinité  raconte  d  abord  l'histoire  de  Salahadin,  qui  n'est  pas  dans  Am- 
broise,  puis  la  destruction  du  royaume  de  Jérusalem,  avec  beaucoup  plus  de 
détails  que  le  poème  français  ^^);  il  n'emprunte  pas  non  plus  à  celui-ci  le  récit 
des  premiers  préparatifs  de  la  croisade,  et  enfin  il  intercale  (ch.  xvui-\xiv) 
toute  une  histoire  de  l'expédition  de  l'empereur  Frédéric,  dont  je  n'ai  pas  ici 
à  rechercher  les  sources,  et  qui  est  totalement  inconnue  à  Ambroise.  Ce  n'est 
qu'à  partir  de  la  (in  du  ch.  \xvii  que  les  deux  récits  peuvent  se  prêter  à  la 
comparaison. 

Avant  d'aborder  cette  comparaison,  il  faut  dire  un  mot  du  morceau  qui 
précède  dans  le  poème  français  l'endroit  où  il  rejoint  le  texte  latin  (v.  281 5). 
C'est  une  courte  histoire  des  événements  antérieurs  à  la  délivrance  de  Gui  de 
Lusignan.  Je  ne  pense  pas  qu'elle  fût  contenue  dans  le  cr livre?)  qu'a  suivi  Am- 
broise pour  l'histoire  du  siège  :  elle  parait  reposer  sur  des  récits  oraux,  dans* 
lesquels  la  conduite  du  comte  Raimond  de  Triple  était  présentée  sous  un  jour 
odieux  ^^^  La  conquête  du  royaume  de  Jérusalem  et  de  la  ville  elle-même  par 

^'^  L'histoire  du  siège  d'Acre  a  éiA  racontée  rimn,  voir  mes  remarcfues  dans  le  Journal  de* 

d'après  TutiJisalion  critique  de  toutes  les  sources  Savants,  1898,  p.  q86. 
par  M.  R.  Huhricht  dans  les  Forschungen  zur  ^^    Le  lieu  où  fut  livr^  la  bataille  qu*on  ap- 

deuta^en  Ge^ckickle,   1876,  t.  WI,  p.    ^i83-  pelle  communément  de  Tibëriade  ou  de  Hittin 

Si 4.  Ne  faisant  pas  ici  d'histoire ,  je  me  borne  à  est  dësigm^  par  Ambroisie  comme  ia  Mareschau- 

renvoyer  à  cet  excellent  travail  et  aux  ouvrages  de,  p^r  Richard  comme  Marescallia;  cet  accoid 

qui  y  sont  cités.  ne  prouve  pas  nécessairement  qu*ils  aienl  eu  la 

**^  Sur  rhistoire  de  Salahadin  dans  Vltinera-  même  source. 


Luviu  INTRODUCTIOJt 

Salahadin  est  ensuite  très  brièvement  rappelée;  Ja  |M*ise  d'Ëscalone  eat  seuie 
racontée  avec  quelque  détail. 

D  après  Richard  (chap.  xxv),  dont  le  récit  est  coBfirwhé  par  des  docunwiti 
authentiques,  Gui  se  fit  délier  par  TËglise  du  «erment  i^'il  avait  prêté  à  iSa- 
lahadin  de  passer  la  mer,  de  renoncer  à  son  royaiume  et  de  ne  plus  porter  les 
armes  contre  lui;  Ambroise  dit  au  contraire  que  ce  fut  Saial«adiiii  iwhfoéiae 
qui  le  releva  de  son  engagement,  jugeant  qu'il  ne  pourrait  ayoîr  un  ad>ier- 
saire  moins  dangereux  et  plus  malchanceux  (v.  s&i5  ss.).  fi  y  a  dans  icette 
façon  de  sauver  la  loyauté  du  roi  de  Jérusalem  uuke  «certaine  compassion  iro- 
nique qui  convient  hien  au  jugement  que  les  partisans  occidentaux  du  puvre 
Gui,  et  sans  doute  le  roi  d'Angleterre  lui-même,  portaient  sur  cet  homme «^ 
n avait  d'autre  défaut,  dit  ailleurs  notre  poète,  que  d'être  .un  peu  (rsin^plei* 
Il  montra  cependant,  aussitôt  qu'il  eut  repris  sa  liberté^  une  audace  et  usa 
persévérance  qui  n'auraient  pas  justifié  l'opinion  prêtée  ici  à  Salahadin.  Le 
récit  des  préparatifs  de  son  aventureuse  marche  sur  Acre  présente  dans  le 
poème  français  quelques  traits  qui  ne  se  trouvent  pas  ailleurs,  imais  ^^ 
peuvent  bien  encore  avoir  une  source  purement  orale. 

Il  en  est  autrement  du  récit  du  siège  luinmême.  C'est  là  que  commençait 
sans  doute  le  document  utilisé  par  Ambroise,  et  il  me  parait  certain  que  ce 
document  a  également  été  consulté  par  Richard  de  la  Sainte-Trinité.  Je  aa 
serais  même  pas  éloigné  de  croire  que  celui-ci  avait  composé  tout  sonlivirel 
sans  connaître  le  poème  d'Ambroise,  à  l'aide  de  diverses  sources,  dont  Tune 
était  le  document  en  question.  Si  nous  comparons  le  récit  du  siège,  dans  nos 
deux  textes,  du  i^  septembre  1189  au  âo  avril  1191,  nous  trouvons  ipar- 
fois  un  accord  presque  littéral,  mais  le  plus  souvent  des  différences  de  détail 
et  surtout,  soit  dans  l'un,  soit  dans  l'autre,  mais  surtout  daas  le  poème  fran* 
çais,  des  omissions  dont  plusieurs  sont  certainement  volontaires,  si  queli^uea- 
unes,  pour  ce  dernier  texte,  ont  probablen^nt  pour  cause  des  lacunes  de 
notre  manuscrit.  Nous  allons  procéder  à  cette  comparaison  avec  quelque 
attention,  —  bien  que  sans  minutie,  —  parce  que  c*est  ici  la  seule  partie 
du  poème  d'Ambroise  qui  ne  soit  pas  représentée  fidèlement  par  Tllinerarium 
et  ^i,  par  conséquent,  puisse  apporter  aux  historiens  du  siège  d'Acre  quelques 
renseignements  nouveaux.  Toutefois,  connue  Ambroise,  en  général,  abrège 
sa  source  plus  que  ne  l'a  fait  Richard,  ces  renseignements  se  réduisent  à  peu 
de  chose. 


L'HISTOIRE  AP»TÉniEPlt8  DU  SIÈGE  D*AGRE.  lxiix 

hm.y  I,  xxTii-Mfni=* JE«/. ,  v.  a8f  B-a^ao.  Ambroise  omet  le  premier  assaut 
donné  par  les  chrétiens  et  leur  retraite  à  l'annonce  de  l'arrivée  de  Salahadin. 
H  est  seul  à  mentionner  les  prouesses  de  Geoffroi  de  Lusignan  dans  les  jours 
qui  suivirent.  Il  estime  à  16000  (au  lieu  de  12000)  le  nombre  des  com- 
battants qui  vinrent  avec  Jacques  d'Avesnes  et  la  flotte  danoise.  Il  diffère  en 
outre  de  ¥ Itinerarium  en  plusieurs  points,  et  surtout  en  ce  qu  il  donne  beau- 
coup moins  de  détails. 

Itin.y  I,  xxix-xx\-«£i^,  v.  1^921 -3 o5s.  Parmi  les  croisés  qui  débarquèrent 
à  Acre  venant  de  France  et  d'Allemagne,  dès  le  mois  de  septembre  1189, 
Richard  nomme,  comme  Ambroise,  les  comtes  de  Braine  et  de  Bar^  l'évêque 
de  Beaovaîs  et  son  frère  Robert,  et  le  landgrave,  mais  il  omet  André  de  Braine 
et  le  sénéchal  de  Flandre ,  que  mentionne  le  poète  français  ;  il  déclare  d'ail- 
leurs qall  s'abstient  volontairement  de  citer  beaucoup  de  noms.  En  revanche 
il  est  seul  à  nous  apprendre  que  Conrad  de  Montferrat  vint  de  Sur  rejoindre 
le  camp  des  assiégeants,  amené  par  le  landgrave:  c'est  un  fait  que  pourtant 
Ambroise  n'aurait  pas  dû  passer  sous  silence,  puisqu'il  nous  montre  plus  loin 
Conrad  parmi  les  combattants.  —  La  bataille  du  U  octobre  (qu'Ambroise  met 
è  un  vendredi  de  septembre)  présente  dans  les  deux  récits  des  détails  re- 
marquablement identiques  (comme  l'épisode  du  cheval  d'un  Allemand  dont 
la  fuite  amena  une  panique  et  fut  cause  de  la  défaite  des  chrétiens),  mais 
aussi  d'assez  grandes  différences.  Ambroise  omet  le  trait  peu  héroïque  d'Erard 
de  Braine  ne  s'arrétant  pas  aux  cris  de  son  frère,  ainsi  que  le  dévouement 
du  chevalier  de  Jacques  d'Avesnes;  il  ne  nomme  pas  le  maître  du  Temple 
(Girard  de  Rideford)  dont  il  rapporte,  comme  Richard,  les  belles  paroles'^). 
—  Richard  raconte  déjà  ici  que  Salahadin  fit  jeter  les  corps  des  chrétiens 
tués  dans  le  fleuve  qui  passait  par  le  camp,  ce  qu'Ambroise  ne  rapporte 
qu'un  peu  plus  loin  (v.  8077-3098). 

Itiu.y  I,  wxi'^Est.,  V.  3o5/i-3i6â.  Le  récit  de  la  construction  et  de  la 

^*^  Les  historieos  arabes  nous  appreooeut  d*aii-  ainsi  que  Gui  lui-même ,  pris  i'eogagemenl  de  ne 

i^ure  que  Girard  de  Rideford  ne  fui  pas  tuë  sur  plus  porter  les  armes  contre  lui  (Rôhricht,  L  L , 

le  champ  de  bataille,  comme  le  crurent  les  duré-  p.  &94,  n.).  J'aurais  dû  modifier  dans  ce  sens 

tiens.  11  fut  pris  et  livre  h  Salahadin ,  qui  le  fit  Fartide  Girard  de  Rideford  de  la  Table  des  noms 

mettre  &  mort  comme  paijare,  parce  quH  avait,  propres. 


LXX\ 


INTRODUCTION. 


défense  du  fossé  se  ressembie  beaucoup  dans  les  deux  textes;  parfois  on  re- 
fi'ouve  les  mêmes  expressions;  ainsi  dans  ce  passage  : 


Itin,,  p.  73. 

iNostri  omni  conamino  operabantui*  et 
Turci  eos  dolebaut  proficero.  Grebris  igitur 
«roiigressiouibus  uunc  hos  nunc  illos,  u( 
inos  est  belli,  videros  prosterni  et  in  ima 
rolari. 


EsT.^  V.  3107-8108,  3ii3-3ii6. 

Li  no8tre  le  voleient  faire, 
Ë  cil  tendeient  al  desfaire .  .  • 
La  veTssiez  de  deus  parties 
Genz  corajosés'e  hardi'ed'l     " 
La  veïssiez  gent  roeler 
E  cheeir  e  esboeler. 


•  I» 


Des  nombreux  croisés  arrivés  en  octobre  (tous  destinés,  disent  nos  deux 
textes,  à  ôtre  martyrs  ou  confesseurs)  que.nomme.Bichard^  Ambroise  ne  dé- 
signe que  trois:  Gui  de  Dampierre,  le  comte  de  Ferrières  et  l'évéque  de  Vé- 
rone. Le  fait  qu'aucun  des  deux  auteurs  ne  donne  le  nom  de  ces  deux  deiv 
niei*8  personnages  montre  qu'ils  ont  dû  avoir  sous  les  yeux  la  même  liste. 

Le  chap.  \xxn  du  1.  I  de  V Itinerarium y  consacré  à  une  description  d'Acre, 
manque  dans  le  poème  français. 

r 

IUn.,lj  \x\iii  =£6/.,  V.  3163-3267.  Les  deux  récits  se  suivent  de  très 
près,  sauf  qu'Ambroise  omet  un  petit  épisode,  d'ailleurs  sans  intérêt,  et  qu'il 
attribue  aux  Allemands  la  construction  d'un  moulin  à  vent  et  non  d'un  mou- 
lin mû  par  des  chevaux.  Il  est  seul  à  raconter  ici  l'impression  produite  dans 
l'ost  par  la  nouvelle  de  la  mort  de  l'empereur  Frédéric;  Richard  en  avait 
parlé  antérieurement. 

/fm. ,  1,  x\xiv-\\\v  =  £*«/.,  V.  3968-3396.  Le  récit  du  combat  naval  est 
pins  détaillé  dans  Richard,  qui,  en  outre,  intercale  des  renseignements  inté- 
ressants sur  les  divers  bâtiments  de  guerre  et  une  courte  notice  sur  le  feu 
{jrégeois.  —  Ambroise  néglige  à  tort  de  nous  diie  que  le  marquis  Conrad 
était  retourné  à  Sur,  d'où  on  le  voit  cependant,  plus  loin,  revenir  avec  sa 
(lotie.  —  Richard  dit?  comme  Ambroise,  que  les  nègres  de  l'armée  sarrasine 
avaient  pour  enseigne  une  image  de  Mahomet;  cette  erreur  remonte  évi- 
demment à  leur  source  commune. 

Itin.y  I,  \x\vi-xx\vn  =  £^s^,  v.  3395-3456.  Ambroise  met  nu  jeudi  après 
rVscension  ratla<[ue  malheureuse  avec  les  trois  tours,  que  Richard  place  au 


I;HIST0IRE  antérieure  du  siège  D'ACRE.  uLxii 

samedi  (5  mai  1 190).  Il  nomme  seul  le  roi  Gui  et  le  marquis  comme  ayant 
construit  chacun  une  des  tours  (ce  dernier  avec  les  Génois),  il  ne;  parle  pas 
des  propositions  des  assiégés  en  vue  d  une  capitulation. 

Lies  chap.  xxxviii-wxix  du  latin  manqueut  dans  le  français.  On  peut  croire 
que  c'est  une  omission  du  copiste. 

lUn.,  I,  XL-xui  «  Est. y  V.  3 4 5 7-3 5 20.  Le  récit  de  la  néfaste  expédition  des 
«sergents^  (plebs)  est  beaucoup  plus  détaillé  dans  Richard;  il  omet  cepen- 
dant la  mort  de  Torel  du  Mesnil,  rapportée  par  Ambroise.  -^  Des  très  nom- 
breux croisés  mentionnés  par  Richard  comme  étant  arrivés  en  juillet  1 190, 
Ambroise  ne  cite  que  les  cinq  premiers.  Plus  d'un  cependant,  parmi  ceux 
qu'il  omet  ici ,  figure  dans  la  suite  de  son  récit.  Notons  qu'il  semble  qu'on  re- 
trouve deux  vers  du  français  dans  ce  passage  du  latin  : 

Goines  Theobaldus  Blesensis,  sed  Si  vint  li  cuens  Tedbaix  de  Bleis, 

trium  mensium  terminum  non  visunis.  Mais  il  ne  vesqui  pas  treis  meis. 

Les  chap.  xuii-xlvi  du  latin  manquent  dans  le  français,  sauf  qu'on  y  re- 
trouve plus  loin  (v.  3897-3908)  la  mention  de  la  mort  de  la  reine  Sébile 
et  de  ses  deux  filles.  Cette  omission,  volontaire  ou  non,  est  regrettable,  car 
ces  chapitres  contiennent  des  particularités  fort  intéressantes;  on  serait  no- 
tamment curieux  de  trouver  dans  le  poème  d' Ambroise  un  passage  corres- 
pondant à  celui-ci  :  er  Veteri  ac  pertinaci  dissidio  ab  Alemannis  Franci  dissi- 
dent, cum  regnum  et  imperium  de  primatu  contendant.  n 

Les  chap.  xlvu^*'-lvii  du  latin,  correspondant  aux  vers  353  1-3775  du 
français,  racontent  onze  petites  anecdotes,  en  général  assez  puériles  et  en 
partie  miraculeuses.  De  ces  anecdotes,  quatre  (chap.  li,  lu,  lui  et  lv) 
manquent  dans  notre  texte  d' Ambroise.  Gomme  elles  ont  absolument  le  même 
caractère  que  les  autres,  on  ne  voit  pas  pourquoi  il  les  aurait  laissées  de  côté, 
et  il  est  probable  que  l'omission  est  du  fait  du  copiste^*).  Ce  qui  a  pu  la  fa- 
ciliter, c'est  que  chacun  des  sept  paragraphes  qui  contiennent  ces  anecdotes, 

^'^  Il  y  a  dans  i*édition  Stubbs ,  par  suite  d'une  ^*^  Nolez  cependant  cette   remarque  d*Am- 

erreur,  deux  chapitres  xlvii;  mais  ils  peuvent  broise  (v.  3663)  :  Une  autre  aventure  ravhu  En 

fadlement  se  fondre  en  un,  le  premier  ne  com-  l'oêt,  e  d'autres  plus  de  wnl,  Voire  assez  plus, 

prenant  qu'un  préambule  de  quelques  lignes.  tnais  remembrer  Ne  les  soi  totes  ne  nombrer. 


UiraiMBUg    VATIOIAII. 


Lxxxii  INTRODUCTION. 

correspondant  respectivement  aux  chap.  xlvh,  ilviii,  xlix,  l,  liv,  lvi  et  lvii  du 
latin,  commence,  sauf  le  premier,  par  les  deux  mêmes  vers  :  Isst  eom  U  toM 
aveneient,  E  pluseurs  choses  avenetenl.  Richard  n  a  rien  d'équivalent  à  cette 
sorte  de  refrain,  qui  d'ailleurs  a  bien  pu  être  ajouté  par  Ambroise,  comme 
une  façon  de  rattacher  ces  incidents  épars.  — Les  sept  historiettes  en  qu^tion 
ne  présentent  dans  les  deux  textes  que  de  tégères  différences  (au  chap.  •lxu, 
Richard  ne  donne  pas  le  nom  du  Gallois,  MaradtiCy  et  appelle  Grammahir  le 
Turc  quÂmbroise  nomme  Grair).  Il  faut  seulement  relever  un  détail  qui  n'est 
peu t^tre  pas  sans  intérêt.  Au  chapitre  xlix  (EsU^  v.  3583-3624)  est  rappor- 
tée, avec  d'assez  notables  variantes  dans  les  deux  textes,  l'aventure  d'un  che- 
valier qui  échappa  par  grande  chance  à  l'attaque  d'un  Turc.  Le  latin  termine 
ainsi  le  récit  :  crHoc  quodam  alio  referente,  qui  casum  rei  perviderat,  factum 
est  notorium  in  castris.  n  On  ne  comprend  pas  bien  pourquoi  ce  n'est  pas  le 
héros  de  l'aventure  lui-même  qui  la  raconta  dans  l'ost.  Il  semble  que  le  fran- 
çais soit  plus  près  de  la  source  commune  en  disant  (v.  363i):  Simt  eilquil 
ine  raconta  que  y  etc.;  seulement  Ambroise  paraît  ici  se  substituer  à  l'auteur  du 
récit  qu'il  suit. 

Itin.,  I,  Lvm-Lxu = J&«^. ,  v.  Syyi-ûi  lo W.  Dans  ce  long  morceau,  nos  deux 
textes  se  suivent  avec  une  remarquable  fidélité.  Richard  a  cependant  quelques 
détails  en  plus;  mais  à  deux  reprises  il  omet  le  nom  du  Doc  (cf.  la  Table  des 
noms  propres);  il  ne  contient  pas  non  plus  l'équivalent  des  vers  /io&3-Ao&5 
sur  la  composition  de  Tarrière-garde  à  la  journée  du  i3  novembre.  Les  vers 
6091-/11 10  manquent  également  ici  dans  le  latin,  mais  on  en  retrouve  plus 
loin  l'équivalent. 

Itin.y  I,  LXHi-Lxiv  =  jE«^ ,  V.  4111-4178.  L'histoire  du  mariage  de  Conrad 
est  donnée  par  Richard  avec  plus  de  détails;  il  faut  surtout  noter  ce  qu'il  dit 
de  Balian  d'Ibelin  et  de  sa  femme,  la  veuve  du  roi  Amauri,  qui.  Grecque  de 
naissance,  avait  tous  les  vices  de  sa  race.  Mais  l'accord  entre  les  deux  textes 
nen  est  par  moins  très  étroit  par  endroits  (^);  ainsi  on  retrouve  certainement 

^*)  Comme  on  Ta  vu  plus  haut,  les  vers  3897-  nuscrit  porte  :  Le  huteillier  de  son  lit  pristreiU; 

8908  du  français  répondent  au  chapitre  xlyi  du  la  vraie  leçon,  de  Senliz  ou  de  Saint  Liz  (c'eat- 

latin.  «  à-dire  nde  Senlis?)),  est  indiquée  par  le  latin  : 

^*)  Le  texte  latin  a  fourni  une  correction  assu-*  crPincema  de  Sancto  Licio^i.  Voir  Sbnld  à  la 

rëe  du  texte  français.  Au  vers  ^161  notre  ma-  Table  des  noms  propres. 


L'HISTOIRE  ANTÉRIEURE  DU  SIÈGE  D'ACRE.  lxxxui 

des  rimes  françaises  dans  ce  passage  :  (tUnam  habuit  [Marehisus]  superstitem 
ttxorem  in  patria  sua,  alteram  in  urbe  Gonstantinopolitana,  utramque  nobi- 
lem,  juvenem  et  formosam;?)  cf.  Eêily  v.  &i3i  ss.  :  Car  limarehis  avèit  eipo9es 
D&us  bêles  dame$y  joefnes  toses  :  Lune  esteit  en  Costentinoble  y  Bêle  femme  ^  gentil  e 
noble,  E  Vaulre  esteii  en  sa  contrée. 

Le  chap.  lxv  du  latin  manque  dans  le  français,  et  a  très  probablement  été 
ajouté  par  Richard  à  son  original;  il  contient  le  récit  de  la  mo;*t  de  Tarche- 
vèque  de  Ganterbury  Baudouin ,  personnage  sur  lequel  le  chanoine  de  Londres 
avait  des  renseignements  personnels  (tandis  qu*Ambroise  ne  donne  même  pas 
son  nom),  dont  il  a  déjà  exalté  les  mérites  (chap.  lxi),  et  dont  il  raconte  avec 
plus  de  précision  qu'Ambroise  la  vive  opposition  au  mariage  du  marquis  de 
Montferrat  (voir  la  Table  des  noms  propres). 

Itin.y  I,  Lxvi-Lxxvu  =  Ê«^ ,  V.  isoS  ^^^-û/iiâ.  Ces  douze  chapitres,  comme 
les  chap.  xlvu-lvu,  contiennent  autant  de  petits  épisodes  détachés,  tous  rela- 
tifs à  la  détresse  que  subirent  les  assiégeants  pendant  Thiver  de  1 190-1 191. 
Ib  devraient  avoir  pour  correspondants  douze  paragraphes  du  poème  fran- 
çais; mais  ils  en  ont  onze,  parce  que,  d'une  part,  les  chapitres  lxxi-l^xu  du 
latin  manquent,  sans  doute  par  omission  du  scribe,  dau3  le  français^  et  que, 
d'autre  part,  les  deux  paragraphes  438 1-^396  et  4397-/1412  sont  réunis 
dans  le  même  chap.  Lwyii.  Ce  qui  caractérise  ces  onze  paragraphes  et  les 
douze  chapitres  du  latin,  c'est  qu'ils  se  terminent  tousi^^^  par  un  refrain,  qui 
dans  le  français  est  toujours  le  même  :  Lors  (ou  Quil)  maudisseient  le  marchis. 
Par  cui  il  erenl  si  aquisy  et  qui  dans  le  latin  est  un  peu  plus  varié,  mais  se 
compose  toujours  de  deux  (ou  si  l'on  veut  quatre)  vers  rythmiques  contenant 
également  des  imprécations  contre  le  marquis ^^).  Ce  refrain ,  sous  quelque  forme 
que  ce  soit,  a  donc  dû  se  trouver  dans  l'original  commua  de  nos  deux  au- 
teurs. Ici  encore,  d'ailleurs,  on  remarque  dans  le  latin  des  traces  de  rimes 
françaises.  Chap.  lxvi  :  ^  modii  tritici  mensura  modica,  quam  quis  facile  portaret 
tub  ascellan;  v.  43  1 7-/12 1 9  :  Zt  muiz  de  blé. . .  Que  uns  hom  portast  soz  s'aisselle. 

^^^  Les  vers  &i79-^ao9,oùAmbroise  oppose  ^*^  Sauf  le  paragraphe  i3i5-i339,  à  ia  fin 

la  eertitode  de  ce  qu'il  raconte  à  raathenticité  duquel   il  manque  sans  doute  quelque  chose, 

douteuse  des  chansons  de  geste  et  des  romans,  (Cf.  le  chapitre  lxxiv  du  latin.) 

oe  sont  pas  dans  le  latin  et  sont  naturellement  '     ^'^  Aux  ch.  lxix-lixui,  il  faut  lire  Maiedieeniù 

du  (ait  de  notre  auteur.  et  rejeter  0  tvne  dans  la  prose. 


I. 


LXX\IV 


INTRODUCTION. 


Au  cbap.  Lxvii,  Richard  a  commis  un  contresens  :  son  original  portait  sans 
doute,  comme  notre  poème,  que  i*on  vendait  dix  sous  la  rote  de  viande  de 
cheval;  il  na'pas  compris  ce  mot  tote,  nom  d'une  mesure  arabe  passé  dans 
le  français  de  Syrie  (^^  et  il  a  traduit  :  «rlntestiria  equi  venundabantur  solidis 
decem?),  bien  que  plus  tard  il  soit  réellement  question  des  intestins  (en  fr.  :  ia 
coree)^^K  Ces  chapitres  ne  diffèrent  guère  d'ailleui^s,  dans  nos  deux  textes, 
que  par  les  réflexions  et  les  enjolivements,  souvent  d'un  remarquable 
mauvais  goiït,  qùé  le  rédacteur  latin  a  ajoutés  au  simple  récit  qu'il  avait  sons 
les  yeux. 

Itin.,  ly  LXXvm-Lxx\i  =  JSsr.,  v.  6/ii3-/i526.  Ce  morceau,  s'il  n'était  pas  ie 
dernier  du  djQcument  utilisé  par  Ambroise  et  par  Richard,  est  le  dernier  quils 
aient  ulilisé  tous  les  deux.  Il  nous  présente  les  deux  textes  en  accord  à  peu 
près  complet. 

Ambroise  n'emprunte  au  récit  qui  nous  occupe  aucun  renseignement  par- 
ticulier sur  l'arrivée  de  Philippe  devant  Acre,  et  le  traducteur  n'est  pas  à  cet 
endroit  plus  complet  que  son  original;  mais,  comme  nous  l'avons  dit  ci-dessus 
(p.  Lxxi),  il  fait  tacohter' à  Richard,  par  les  gens  d'un  navire  qu'il  rencontre 
en  partant  de  Messine,  ce  qu'avait  fait  Philippe  dans  les  premiers  temps  de 
son  séjour  devant  Acre.  Il  est  ti'ès  possible  que  ces  renseignements  soient  em- 
pruntés au  texte  que  nous  essayons  de  restituer,  et  que,  négligés  par  Ambroise, 
ils  aient  été  déplacés  par  le  chanoine  de  Londres.  Ce  texte  aurait  donc  mené 
le  récit  un  peu  plus  loin  que  l'arrivée  du  roi  de  France. 

Les  vers  4527-4556  d'Ambroîse  rapportent  l'arrivée  du  roi  de  France, 
nomment  quelques-uns  de  ses  principaux  chevaliers,  et  rappellent  brièvem  ent 
l'expédition  de  Chypre  et  l'arrivée  du  roi  d'Angleterre.  Ils  n'ont  d'équivalent 
dans  ïlttnerarium  que  les  quelques  mots  .par  où  débute  le  chap.  i  du  1.  Il^*', 


^^^  Voir  au  Glossaire ,  el  ajouter  leâ  exemples 
relevés  par  M.  R.  Rôhricht  dans  le  glossaire  de 
ses  Regesta  regni  hierosofymilani  (Innspruck  , 
1893). 

^*)  La  comparaison  du  latin  aurait  dû  me 
faire  corriger  et  traduire  autrement  les  vers 
^syS-àSyô.  11  faut  lire  :  Telx  i  aveit  qui  respas- 
êouetU,  E  quant  viande  ne  travouent,  Lan  mal- 
dUeient  le  marchis,  et  traduire  (p.  38o)  :  irU  y 


en  avait  qui  guéiîssaient,  et  quand  ils  ne  trou- 
vaient pas  à  se  procurer  de  nourriture,  alors  ik 
maudissaient  le  marquis,  y* 

^')  Les  noms  des  chevaliers  français  ënomérés 
ici  par  Ambroise  (les  comtes  de  Bar,  de  Flandre 
et  du  Perche ,  Guillaume  de  Gariande ,  GuSItume 
des  Barres ,  Droon  d* Amiens ,  Guillaumede  Mello), 
sont  omis  ici  par  Richard,  mais  il  les  donne  à  un 
autre  endroit. 


VESTOIBE  DE  LA  GUEBBE  SAINTE  DANS  U  LITTÉRATURE.  uuf 

et  ne  sont  en  effet  qu'un  raccord.  Aussitôt  après  vient  le  passage  cité  plus  liant, 
où  Ambroise  nous  dit  qu  il  va  renouer  son  fil,  reprendre  sa  route  et  parler  de 
nouveau  des  choses  quil  a  vues  par  lui-même.  La  parenthèse  rétrospective 
est  terminée. 

Le  document  en  question  parait  donc  avoir  été  une  sorte  de  journal  du  siège , 
rédigé  dans  le  camp  des  chrétiens  au  fur  et  à  mesure  des  événements  »  com- 
mencé avec  l'arrivée  de  Gui  de  Lusignan  devant  Acre  et  terminé,  pour  mut 
raison  ou  pour  une  autre,  soit  à  Pâques  1 19I9  soit  peu  après.  Il  était  sans 
doute  en  français,  car  nous  avons  vu  qu*Ambroise  n'était  pas  un  clerc  et  ne 
devait  pas  savoir  le  latin,  et  très  probablement  en  vers,  puisqu'il  semble  bien 
qu  on  retrouve  des  rimes  pareilles  à  celles  d' Ambroise  dans  le  Utile  latin  de 
Richard.  Ce  dernier  Ta  suivi  plus  fidèlement  qu' Ambroise,  qui  s'est  permis 
d'abréger  sensiblement,  mais  qui  a  cependant  conservé  quelques  uoim  et 
quelques  menus  détails  omis  par  l'adaptateur  latin. 

Signalons  encore  un  autre  document,  beaucoup  moins  important,  dont 
Ambroise  a  fait  usage  :  c'est  la  liste,  dressée  par  «  un  bon  clercs,  et  que  notr^ 
poète  avait  vue  écrite  de  la  main  de  Fauteur  (v.  SSB^-^ac^o),  dt»  per- 
sonnages de  marque  qui  moururent  pendant  ce  terrible  siège.  Rieliard  o  a 
connu  cette  liste  que  par  le  résumé  qu'en  a  (ait  Ambroise,  et  il  a  reproduit 
(ch.  rv,  vi)  brièvement  Tindication  que  celui-ci  nous  donne  sur  Faut^tir  en 
disant  simplement  :  eut  quidam  scribit?. 


VIL  —  VESTOIBE  DE  LA  GCEBRE  SAINTE 

DA5S  LA  UTTtHiTVZE. 

Il  nou^  resie  à  nous  deauM^der  é  1^  |Kjème  d'Axnbroi*^  a  été  omiiim  ^  utBik^ 
dans  la  littéralure  sub«eqaefile.  Noa^  u^%ot»  pas  à  h:  r^rdM^rdi^er  y^mr  la  ià- 
térature  bistoriqu^^  latine,  dans  laqodle  il  a  fiaturcikaBKriit  ^  r»rfi^4acé  p«f 
la  traduction  qu'en  avait  UVt  kr  chaoofoe  dt  ia  Sainte -Trifiité.  Ceil  VÊLhb; 
cette  tradudîoD  qui,  jmquld .  a  nenri  de  baM;  fntMây^At  à  knd^  Usit  hâ0UÀt^ 
de  la  troisîèflfte  rnmsÊdnf:  qnuta  a  OMipo»^  daw  le%  4iteneè  iafl^^w?^  de  fEMtv^ 
moderne.  H  faut  revfindiqKT  pour  Ambnike.  mmk  T^r^mh  éUdUii  pl«^  ka«t. 
rhooneur  d^M^^Ar  {vumi  au  bktc/niui  le%  r»sn(iet^f>eweiitè  <«4|^iia»i  «|%ke 
Richard  de  Luiidref  ^'ert  Wmé  a  refirudiure. 


L\XX?I 


INTRODUCTION. 


En  français,  nous  n'avons  réellement  de  la  croisade  des  rois  de  France  et 
d'Angleterre  qu'un  seul  récit  quelque  peu  ancien,  et  il  est  tout  à  fait  indé- 
pendant de  notre  poème.  C'est  celui  qui  figure  dans  le  Livre  de  la  Terre  Samiey 
lequel,  joint  dans  la  plupart  des  manuscrits  à  la  version  française  de  rfTtftorta 
rerum  in  partilms  transmarinis  gestarum  de  Guillaume  de  Tyr,  a  reçu  au  moyen 
âge  le  titre  bizarre  de  Livre  ^Éracle.  On  possède  de  ce  récit  plusieurs  rédac- 
tions, que  l'on  peut  comparer  facilement  dans  le  recueil  des  Historiens  des 
Croisades  (l'une  d'entre  elles  en  outre  a  été  imprimée  à  part  sous  le  nom  d'Er- 
noul).  Ce  récit  paraît  avoir  été  arrangé,  quelque  temps  après  les  événements, 
d'après,  des  souvenirs  assez  confus,  et  contient  beaucoup  d'erreurs  de  tout 
genre  W;  il  a  en  outre  été  remanié  à  diverses  reprises.  Ni  l'auteur  premier  ni. 
les  remanieurs  n'ont  certainement  puisé  dans  notre  poème,  où  ils  auraient 
trouvé  des  renseignements  bien  plus  exacts  et  abondants  que  ceux  qu'ils  ont 
mis  en  œuvre  f^^. 

A  plus  forte  raison  en  est-il  ainsi  des  autres  textes  français  qui  nous  sont 
parvenus  :  ils  sont  très  postérieurs  et  ne  nous  présentent  les  événements  de  là 
troisième  croisade  que  sous  le  jour  de  la  légende.  La  légende,  en  France,  s'est 
surtout  attachée  à  expliquer  le  départ  de  Philippe  après  la  prise  d'Acre  et  à 


^*)  Il  en  est  une  qu*il  est  d'autant  plus  utile 
de  signaler  qu'elle  a  été  souvent  reproduite. 
D'après  le  Lim^  de  la  Terre  Sainte,  les  croises 
auraient  pris  Jërnsalem  si  le  duc  de  Bourgogne, 
ne  voulant  pas  que  le  roi  d'Angleterre  eût  Thon- 
neur  de  cette  conquête,  n'avait  fait  rétrograder, 
sans  même  en  prévenir  Richard,  le  corps  d'armée 
qu'il  commandait.  Cette  histoire  est  directement 
contraire  à  la  vérité,  telle  qu'elle  est  attestée  par 
Ambroise,  pourtant  peu  favorable  aux  Français  : 
ceux-ci  en  voulaient  à  Richard  précisément  de 
ne  pas  marcher  sur  Jérusalem ,  qu'ils  croyaient 
qu'on  pouvait  prendre,  tandis  que  Richard, 
mieux  informé,  savait  qu'il  était  im[K)ssible  ou 
de  la  prendre  ou  de  la  garder.  Quoi  qu'il  en  soit, 
ce  conte,  grâce  au  Lwre  de  la  Terre  Sainte,  était 
accepté  au  xiii*  siècle  comme  vérité;  Joinville  le 
rapporte  en  renvoyant  expressément  au  Livre  de 
la  Terre  Sainte ,  et  nous  apprend  qu'on  le  fit  lire 
en  Syrie  à  saint  Louis,  qui  dut  en  être  peiné  pour 
l'honneur  de  la  France,  mais  qui  n'avait  sans 


doute  pas  le  moyen  de  rétablir  les  faits  tels  qa'ib 
avaient  eu  lieu.  —  Il  y  a  toutefois,  çb  et  là,  dans 
ce  morceau,  quelques  traits  qui  ne  manquent  pas 
de  valeur,  comme  le  récit,  probablement  authen- 
tique et  plus  détaillé  qu'aucun  autre,  de  la  fliçon 
dont  Isabel  de  Jérusalem  fut  séprée  de  Hunfroi 
du  Toron  et  mariée  à  Conrad  de  Montferrat(Hût. 
des  Crois.,  t.  II,  p.  iSi-iyi). 

^*^  Tout  au  plus  peut->on  croire  que,  pour  k 
partie  du  siège  d'Acre  antérieure  à  l'arrivée  du 
roi,  l'auteur  premier  du  récit  a  eu  oonnaissanoe 
du  document  utilisé  aussi  par  Ambroise  et  par 
Richard  de  Londres.  Voir  notamment  le  récit  de  la 
désastreuse  expédition  des  (rsergents»,  le  a 5  juil- 
let 1 1 90 ,  oiî  l'on  remarque  à  la  fois  dans  Am- 
broise et  dans  Tune  des  recensions  du  rédt  en 
prose  le  mot  assex  rare  de  (rsergentene»  {Hist, 
des  Crois.,  t.  II,  p.  i5o;  Itin.  Rie.,\.  I,  c  il; 
Ambroise,  v.  3457  ^^  suiv.).  Toutefois,  là  même, 
il  y  a  des  différences  qui  empêchent  d'admettre 
avec  assurance  une  source  commune. 


VESTOIRE  DE  LA  GUERBE  SAINTE  DANS  LA  UTTÉRATURE. 


LZXXTll 


présenter  sous  un  jour  odieux  la  conduite  de  Richard.  Cette  tendance,  indi- 
quée déjà  dans  le  Lwre  de  la  Terre  Sainte  y  se  marque  de  plus  en  plus  dans  les 
récits  de  Philippe  Mousket,  du  Ménestrel  de  Reiras,  de  Guillaume  Guiart,  et 
aboutit  enfin,  dans  le  poème  perdu  du  iiv^  siècle  .dont  le  roman  en  prose  de 
Jean  iAvemee  nous  a  conservé,  pour  cette  partie,  un  abrégé (^),  à  une  inter- 
version complète  des  rôles  entre  les  deux  rois  :  Richard,  dont  les  multiples 
trahisons  sont  découvertes,  retourne  honteusement  en  Angleterre,  et  les  Fran- 
çais, restés  seuls  en  Syrie,  prennent  Damas;  Salahadin,  vaincu  dans  une 
grande  bataille,  est  obligé  de  s'enfuir  et  reçoit  une  blessure  mortelle (^). 

La  délivrance  de  Jaffe  le  5  août  119a,  le  plus  héroïque  des  exploits  de 
Richard,  a  servi  de  point  de  départ,  mais  très  lointain,  au  petit  poème  du 
Pa$  Salhadiny  composé  à  la  fin  du  xui®  ou  au  commencement  du  xiv^  siècle, 
et  qui  a  pour  source  directe  une  des  peintures  murales  où,  peut-être  d abord 
sous  rinspiration  de  Richard  lui-même,  il  était  de  mode  au  xin^  siècle  de 
représenter  ce  glorieux  événement  :  les  quelques  détails  soi-disant  historiques 
donnés  dans  ce  poème  sont  fort  éloignés  de  la  vérité  et  ne  remontent  sûrement 
pas  à  Ambroise(^).  Un  épisode  de  ce  combat  raconté  dans  Àmbroise  (v.  1 1 563- 
1 1 56/»),  le  don  de  deux  chevaux  fait  par  Safadin  à  Richard,  a  été  Tobjet,  dans 
les  diverses  rédactions  du  Livre  de  la  Terre  Saintey  dans  les  Conti  di  cavalieri 


^'^  Sur  cette  question ,  voir  Journal  des  SafxuiU , 
1893,  p.  988. 

^'^  Voir  Journal  des  Savants,  1893,  p.  ^87, 
696.  —  Il  est  curieux  que  le  nom  de  Guillaume 
de  la  Chapelle,  le  chevalier  qui  6t  tant  de 
prouesses  au  siège  de  Sur,  ne  se  trouve  que  dans 
Ambroise  et  dans  ce  roman  (voir  à  la  Table  des 
Doms  propres);  mais  il  ne  faut  voir  là  qu*un 
hasard. 

^'^  J'ai  essaye  ailleurs  de  montrer  Forigine  et 
les  développements  de  la  tradition  du  Pas  Sal- 
kadm  (Journal  des  Savants,  1893,  p.  li^\'li^6). 
Ce  poème  vient  d*étre  réimprime,  avec  une  intro- 
duction littéraire  et  grammaticale,  par  M.  P.-L. 
Logeman  dans  les  Modem  Language  Notes,  pu- 
bliées à  Baltimore  (janvier  et  n*"  suivants  de 
1897).  —  Un  autre  souvenir  de  cet  exploit  se 
trouve  dans  un  récit  espagnol  qui  est  sûrement 
d'origine  française.  D.  Juan  Manuel,  au  conte  IH 


de  son  Livre  de  Patronh,  raconté  qu'un  saint 
ermite  obtint  un  jour  de  Dieu  de  voir  le  compa- 
gnon qu'il  aurait  dans  le  ciel  :  ce  fut  le  roi  Richard 
d'Angleterre  qu'un  ange  lui  montra.  L'ermite  en 
fut  surpris  et  scandalisé  ;  mais  l'ange  lui  déclara 
que  toute  sa  vie  d'austérités  ne  pesait  pas  autant , 
dans  la  balance  divine,  qu'un  saut  qu'avait  fait 
le  roi  Richard,  lorsque,  étant  allé  combattre  les 
Sarrasins  avec  le  roi  de  France  (et  le  roi  de  Na- 
varre, ajoute  de  son  chef  le  conteur  espagnol), 
il  se  jeta  tout  armé  sur  son  cheval  à  la  mer,  où 
il  disparut  un  instant  :  trait  de  hardiesse  qui  en- 
flamma le  courage  des  chrétiens  et  mit  les  Sar- 
rasins en  fuite.  Cf.  Ambroise,  v.  1 1 1 97-1 1 1 3o  : 
Ses  jambes  totes  désarmées  Sailli  des  ci  qu'a  la  cein- 
ture En  mer  a  sa  bone  aventure.  Il  est  vrai  qu'il 
n^était  pas  à  cheval,  mais  la  légendn  avait  natu- 
rellement ampHGé.  Celte  légende  a  fort  bien  pu 
se  transmettre  oralement. 


Lxxxnu 


INTRODUCTION. 


antichiy  dans  les  Cmto  novelle  antiche^  dans  le  poème  du  xiv^  siècle  représenté 
par  Jean  iAvemes  et  dans  le  roman  anglais  de  Richard  Cceur  de  Uon^  de  trans* 
formations  successives  qui  ont  abouti  à  faire  d'un  trait  de  généreuse  courtoisie 
une  machination*  perfide  miraculeusement  déjouée  (^^  :  il  n'y  a  pas  de  raison 
pour  croire  que  le  récit  de  notre  poème  soit  la  source  première  de  toutes 
ces  variantes,  car,  nous  l'avons  vu  plus  haut,  il  n'a  pas  été  connu  du  Livre  de  la  - 
Terre  Sainte  y  et  on  peut  encore  moins  supposer  qu'il  ait  inspiré  les  autres 
versions,  lesquelles  s'accordent  toutes,  comme  les  rédactions  du  Livre  de  la 
Tetre  Sainte  (sauf  une),  à  substituer  dans  cette  historiette  Salahadin  à  Safadin. 
Le  fait  que  cette  substitution  se  trouve  également  dans  le  roman  anglais  em- 
pêche de  croire  qu'il  ait  ici  YEstoire  de  In  guerre  sainte  pour  source,  même  très 
lointaine,  d'autant  plus  que,  comme  toutes  les  autres  versions,  et  avec  des 
détails  plus  fantastiques  qu'aucune  autre,  il  fait  une  trahison  de  la  courtoisie 
apparente  du  Sarrasin. 

Si  le  roman  de  Richard  Coeur  de  lion  n'a  pas  emprunté  cette  histoire  à 
Ambroise,  ce  n'est  pas  une  raison  pour  qu'il  ne  lui  ait  pas  emprunté  autre 
chose.  On  a  récemment  essayé  de  démontrer  que  ce  roman  avait  pour  base 
Yhinerarium  Ricardi^^K  Au  cas  où  cette  démonstration  serait  solide  pour  le  fond, 
nous  aurions  à  nous  demander  s'il  ne  faut  pas  plutôt  comparer  le  roman  avec 
l'original  de  Y Itineranum ^  le  poème  d'Ambroise '^l  En  effet,  le  roman  anglais 
n'est  que  la  traduction  ou  l'adaptation  d'un  poème  français  (anglo-normand) 


^')  J'ai  résume  toutes  ces  versions  dans  mon 
travail  plusieurs  fois  cité  sur  la  Légende  de  Sa- 
ladin  (Journ.  des  Sav.,  1898,  p.  489-i9i). 

^'^  Voir  F.  Jentsch,  dans  le  t.  XV  des  Engltêche 
Studien  (Leipsig,  1891),  p.  161-9&7.  Il  faut 
joindre  à  cette  longue  étude  l'article  complémen- 
taire donné  au  même  recueil  Tannée  suivante 
(t..\VI,  p.  i4a-i5o)  par  M.  Jentsch. 

^'^  M.  Jentsch  avait  fait  son  travail  sans  con- 
naître l'existence  du  poème  d' Ambroise.  Averti  par 
un  critique  (Li/er.  Centralbkut,  1891,  col.  979). 
il  a  comparé  avec  ï Itinerarium  les  fragments  de 
ce  poème  qui  avaient  été  publiés  avant  la  pré- 
sente édition,  et  il  n'a  pas  été  convaincu  que  i'//r-. 
nerarium  (ut  la  traduction  de  VEstoire,  Il  admet 
que  Richard  de  la  Sainte-Trinité  avait,  comme 
Ambroise,  été  en  Terre  Sainte,  et  il  ne  regarde 


même  pas  comme  exclue  Thypothèse  que  ce  serait 
Ambroise  qui  aurait  utilisé  r/ftnemrmm.  Les  pages 
précédentes,  où  j'ai  examiné  cette  question,  étaient 
imprimées  quand  j'ai  eu  connaissance  de  son  ar» 
ticle  :  il  ne  change  pas  ma  manière  de  voir,  qui 
se  justifie  suffisamment,  je  crois,  par  la  compa- 
raison des  deux  ouvrages  dans  leur  ensemble.  Les 
quelques  additions  de  Richard  à  sa  source  s'ex- 
pliquent ,  —  en  dehors  du  livre  I  consacré  à  la 
croisade  de  Frédéric  et  de  ce  qui  provient  du 
document  sur  le  siège  d'Acre  utilisé  par  Richard 
et  Ambroise  (ci-dessus ,  S  vi)', — les  unes  comme 
de  simples  développements  oratoires,  les  autres 
comme  provenant  de  passages  omis  dans  notre 
unique  manuscrit  d' Ambroise,  un  petit  nomln^ 
enfin  comme  dues  h  des  renseignements  person- 
nels de  Richai*d. 


LITTÉRATURE. 


L\X1I\ 


antérieur,  et  il  serait  naturel  de  penser  que  Fauteur  de  ce  poème  s^est  seni 
d*un  li^re  français  plutAt  que  d'une  chronique  latine.  Mais  la  démonstration 
en  question  ne  m'a  point  paru  convaincante,  et  j'ai  essayé  d  établir  ailleurs ^^^ 
que  le  roman  de  Richard  Cœur  de  lion  est  indépendant  de  notre  poème,  et 
que  les  rapprochements  qu'on  peut  relever  entre  les  deux  récits  doivent  être 
simplement  attribués  à  ce  que  fauteur  premier  du  roman  a  eu.  soit  directe- 
ment soit  indirectement,  connaissance  des  faits  réels  de  la  croisade,  rapportés 
plus  fidèlement  dans  YEstoire.  Il  n'y  a  donc  pas  lieu  de  se  demander  si  c'est  17/i- 
nerariwn  ou  FEstoire  que  cet  auteur  a  connu,  puisqu'il  n'a  vraisemblablement 
connu  ni  l'un  ni  l'autre. 

Le  roman  de  Richard  Cœur  de  /ûm,  qu'a  traduit'du  français,  vers  la  fin  du 
im^  siècle,  un  poète  anglais  anonyme,  n'est  pas  le  seid  poème  anglo-normand 
qui  ait  été  consacré  à  la  gloire  de  Richard.  Pierre  de  Langtoft,  qui  écrivait 
au  commencement  du  xiv*  siècle  sa  chronique  d'Angleterre  en  laisses  mono- 
rimes, renvoie  expressément  à  une  composition  de  ce  genre  ^*-',  et  il  en  a  tiré 
plusieurs  des  traits  qu'il  ajoute  à  sa  source  latine;  mais  aucun  de  ces  traits  ne 
se  retrouve  dans  YEêtoire  de  la  guerre  sainte ^  et  il  n'y  a  pas  de  raison  de  croire 
que  Pierre  de  Langtoft  ait  connu  notre  poème,  non  plus  qu'il  n'a  connu  le 
roman  de  Richard  Cœur  de  Mon  que  nous  possédons. 

En  résumé,  la  recherche  que  nous  avons  faite  des  traces  de  YEstoire  de  la 
guerre  sainte  dans  la  littérature  subséquente  ne  nous  a  donné  aucun  résultat, 
et  nous  a  seulement  permis  de  constater  que  le  poème  d'Ambroise  parait  être 
resté  inconnu  à  tous  ceux  qui,  depuis  lui,  ont  raconté  la  croisade  de  Richard. 
C'est  vraiment  un  heureux  hasard  qu'un  copiste  auglo-normand,  à  la  fin  du 
xin*  siècle,  ait  eu  l'idée  de  le  transcrire  et  que  sa  copie  soit  parvenue  jusqu'à 
nous;  nous  n'en  aurions  autrement  connaissance  que  par  la  brève  mention 
du  Chronicon  Terrae  Sanctae ^  qui  n'aurait  pas  suffi ,  comme  on  le  voit  par  l'exemple 
de  M.  Stubbs,  à  démontrer  que  Yltinerarium  Ricardi  n'est  guère  qu'une  tra- 
duction de  YEstoire,  et  nous  ne  saurions  même  pas  le  nom  de  cet  honnête 
Ambroise,  qui  nous  a  laissé  dans  son  œuvre,  sinon  la  preuve  de  son  talent 

^'^  Voir  Bomania,  L  XXVI  (1897),  p.  353.  vail  sa  chronique  anglaise  un  peu  avant  Pierre 

^*^  The  Chronicle  0/ Pierre  de  Langtoft,  edited  de  Langtoft,  mentionne  aussi  une  romance  du  roi 

byThomasWrighl(Londre8,in-8%  1866-1868),  Richard;  mais  il  ne  lui  a  rien  emprunte  (voir 

t.  Il,  p.  iQo.  —  Robert  de  Glocesler,  qui  ëcri-  Jentsch,  /.  r.,  p.  ait). 


L 

nirtlMItll    «ATIOIIAU. 


xc  INTRODUCTION. 

poétique,  du  moins  le  témoignage  de  sa  sincérité,  de  sa  candeur,  de  son  dé- 
vouement à  la  cause  qu'il  croyait  sainte,  de  ça  fidélité  à  son  roi,  et  un  précieux 
document  sur  les  sentiments  de  la  partie  la  plus  humble  et  la  meilleure  des 
croisés  qui  accompagnèrent  le  roi  d'Angleterre  dans  cette  héroïque  et  inutile 
troisième  croisade. 


Note  àDDiTioNiiELLE.  —  J'ai  oublié  de  faire  ci-dessus  (p.  lx,  1.  21)  une  remarque  sur 
les  expressions  dont  se  sert  Nicolas  Trivet  en  parlant  de  Yltinerarium  Ricardi,  à  saYoir  que 
Richard  de  la  Saintes-Trinité  Tavait  écrit  pnna  et  meiro.  On  ne  peut  guère  entendre  par 
métro  les  refrains  en  vers  rythmiques  qui  se  trouvent  à  la  fin  de  quelques  chapitres  du, 
livre  I  (ci-dessus,  p.  lxxxiii),  ni  les  nombreuses  citations  de  vers  classiques  que  Richard 
a  mêlées  à  sa  prose.  Il  me  parait  plutôt  probable  que  le  chanoine  de  Londres  avait  fait 
suivre,  soit  tous  ses  chapitres,  soit  plusieurs  d'entre  eux,  de  morceaux  poétiques  de  sa 
composition,  qui  devaient  avoir  un  caractère  purement  lyrique  ou  moralisant,  et  que  les 
copistes  auront  supprimés.  Cest  ainsi  que  procéda,  peut-être  à  l'imitation  de  Richard, 
Gunther  de  Pairis  dans  son  histoire  de  la  quatrième  croisade,  et  plusieurs  des  scribes  qui 
nous  ont  conservé  son  écrit  ont  supprimé  ces  ornements  inutiles,  comme  je  suppose  que 
Tout  fait  les  scribes  des  trois  manuscrits  de  Yltinerarium  et  Nicolas  Trivet  lui-même. 


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A-  (tU  ttitbtfiimr  CtntttAfitnnfr 
^    ftti   foillr  ^fitnt  Amttufe 
^    »rarmft)*nit  .Mittr< 
i    rrt  An*  ^mpm>Mut&^ 

(     Air  (^m  t*i  u*ifr-t4m*îwnïtw' 
t  iwf  wttitnr  M^  u^w^ 

.  '  il^  lilr  innul«rnuliy7''-m»7-^.  1 
^.  ^  TAfir  •ftmiT' ACtle  Vi*^- 
'  '  1^  nir  «wi  jgnn  t«i«mm^ 


ir  laft*  Etf  tnrt  ftfii»  ^trrMX^ 
Aï    tftttr  T»Ttr  t»ûf  lAmcnraiid 

t-  «-  a»i*n«r  f,y(«i^  MW 

f^  V  (*-  DU  ma  nimrn**' 

l  a  uartrtffc  Umrn^j*» 

0  M  eïjeuvfl^  crifhenttt 

1  rf  c«vrivfff(yn{^VeCiBACtC 

û-   mft  lumtwctw^U  fitw#nr- 

»     V  ftmr  tif  n4»f  «mwttmvUjC 
6    V  ftmr  i*f  ^îw-  ttf«nrfmit-<^ 
^  nw  ATUtfui'ionrlirnif 
C-  ml  Wlfttwr  Oïl.  M«t^  thivr^ 

iW  OlKwM*  iVOt   tACUTOlUt 
i     (\  tn»ttr«n«lt-  -i^UlocAtlW 

^inTne  vuiUnf  #4  ujlwrmr^ 
^  1  A>nnn)lr^  CmtanT 
tmir  au«  niUi|f&»mr 


^   iMfhVttn  MMttfMnwR. 
Al  olr  luC Aller  <ftnpi«« 

ft;   ttTfetiftin  i(  m^namet 
^   t  tuT  ne  Ctttci    U  e^fiv- 
V    «TmouH*!  |t4f  ^nufVtt' 

r  femf  ^1  fifi*î^4l  «wr' 

aif  neuf  tu  yiup  4dt^tit^ 

ifcfJ  ftttninujithrrif 
onr-  d  (WiTr<irm«  «nrfl^ift^ 

r  yowifettrtri'wn.enftnre 

«mcnr  r«  f  u«r  il  9<WlC«^ 
ncKT'ftnr  ipluf  WitcOtt^ 
«nf  fcmr  «ut  ifrwVWfWf»/ 

ifrftft- ^Jtfnwftwrt**^       f 
Wlwwftf  Xcrwwil'itut  ,   S 


1  kijt'  Mc  iwit  (jMii  xftn 

•Wtr  4*T  ùnt  ÛPtantr 

(Rtf  m«  •CHjAt^ot  AVam 
,  «r  luudvtf  met    tcwmVatnf 
htic  Urmc  V^a>raf 
tkar  tdtitUe  «n»  ntA^wT 
AiTl*  hAven  fttwf  twii* 
àr  eitr  mfCjmt  ymtDtttr' 
h«Rx  nwi  tJl^iuUnr^ 
ftaw  nt  ftutar  idnr 
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L'ESTOIRE 


DE   LA  GUERRE  SAINTE 


L'ESTOIRE 


DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


^5<ÔK). 


Fol.    I    n. 

Lhrw   p«oU  i« 

«ckf^  ^11  latMBD  t 
Htmûter  Jérnsa- 
tB    «m    a«in« 


Qui  longue  estoire  ad  a  traitier, 
Mult  lui  covient  estreit  guaitier, 
Qu'il  ne  comenst  por  sei  grever 
Uevre  qu'il  ne  peusse  achever, 
5  xMais  si  la  face  e  si  Tempraine 
Qu'a  dreit  maint  iço  qu'il  enpraine; 
E  por  ço  ai  comencié  briefment, 
Que  la  matire  n'ait  griefment. 
Vers  la  materie  me  voil  traire 

10  Dont  l'estoire  estbone  a  retraire, 
Ki  retrait  la  mésaventure 
Qui  nos  avint,  e  par  dreiture, 
Lautrc  an  en  terre  de  Sulie 
Par  noslre  surfaite  folie, 

i3  Que  Deus  ne  volt  plus  consentir 
K'il  ne  la  nos  feist  sentir  : 
Sentir  la  nos  fist  senz  dotance; 
Et  en  Normendiè  et  en  France 
E  par  tote  crestienté, 

ao  U  que  poi  en  ot  ou  plenté, 
La  fist  il  sentir  en  poi  d'ure 
Por  la  croiz  que  li  monz  aure, 
Qui  a  cel  tens  fud  destomee 
E  des  paens  aillors  tomee 

s  5  Qu'el  pais  ou  ele  selt  estre, 

Ou  Deus  deigna  morir  e  nestre. . . . 
Del  Hospital  e  del  seint  Temple 
Dont  fud  tirée  mainte  temple, 


Del  sépulcre  ou  Deu  fu  posez 

3o  Dont  péchiez  nos  ot  déposez, 
Nel  fud;  ne  feit  pas  a  retraire  : 
Mais  por  Deu  qui  velt  a  sei  traire 
Son  poeple  qu'il  aveit  raient 
Quil  serveit  lores  de  nient. 

35       D'ainsi  faite  descovenue 
Fud  la  grant  gent  e  la  menue 
Par  tôt  le  mont  desconfortee 
Que  a  paines  fud  confortée. 
Laissées  furent  les  charoles 

tio  E  sons  e  chançons  e  paroles 
E  tote  joie  teriane 
De  tote  la  gent  cristiane , 
Tant  que  l'apostoille  de  Rome 
Par  cui  Deus  salve  a  maint  home 

i!i5  (Ço  fud  li  uitismes  Gregoires, 
Si  com  est  trové  es  estoires) , 
Cil  fist  un  pardon  sucurable 
Por  Deu,  el  despit  al  diable, 
Que  de  toz  péchiez  sereit  quites 

5o  Qui  ireit  sor  les  gens  hérites 
Qui  aveient  déshérité 
Le  digne  rei  de  vérité; 
Et  por  ço  tant  rei  e  tant  conte. 
Tant  altre  gent  qu'il  n'en  est  conte, 

55  Se  croisèrent  por  Deu  requere 
En  Sulie,  en  luintaiue  terre. 


Fol.  1  b. 


Toute  la  (.hré- 
lieot^  prend  U 
croix. 

Cf.  /(tn^rartMUi 
Biaarâi,  II,  ii. 


Fol.  t  c. 


3  conuisl  —  6  De  nie  —  1 1  rclihl  —  96  laeune  aprèt  ce  rei*s  —  3A  dciieiit  —  Uh  d.  salua  m.  —  hb  le 
ffj  Cilest  —  5'i  en  omis  —  56  En  5.  la  1. 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


RichanI,  comln 
rie  Poiticrf ,  prend 
la  croix  (nov. 
1187). 

Itinerarimu  /?i« 
carii.  II,  Ht. 


Fol.  1  d, 

frdi,  II ,  m. 

Philippe ,  roi 
de  France ,  et 
Henri ,  roi  d'An- 
gleterre, ont  une 
entrevue  entre 
Gisort  et  Trie,  et 
iU  prennent  la 
croix  (il  janv. 
1188). 


Croisèrent  sei  comuneinent 

Tote  la  plus  proisie  gent. 

Li  cuens  de  Peitiers  li  vaillauz, 

Go  Richarz,  n'i  volt  eslrc  faillanz 
Al  besoing  Deu  e  sa  clamor; 
Si  se  croissa  por  sue  amor  : 
Premiers  fu  de  toz  les  kauz  homes 
Des  terres  dont  nos  de  ça  sûmes  ; 

05  Puis  mut  li  reis  en  son  servise 
Ou  il  niisl  graiit  peine  e  grant  mise. 
Ne  remanoit  a  la  croiz  prendre 
Nus  por  son  héritage  vendre; 
Ne  li  viel  ne  li  bachelier 

70  Ne  voleient  lor  cuers  celer, 

Quil  ne  moslrassent  lor  pesance, 
li!  qu'il  ne  preisseut  vcnjance 
De  la  honte  qui  esleit  faite 
A  Deu  qui  ne  Tavoit  forfaile 

75  De  sa  terre  qui  ert  guaslee^ 
U  sa  gent  lui  fud  si  hastee 
Qu  ele  ne  se  sot  conseillier; 
Mais  nuls  ne  se  deit  merveiller 
S'ele  fud  lores  desconGtc, 

80  Ke  ço  esleit  bone  gent  eslilc, 

Mais  Deus  voieit  que  cil  murussent, 
E  qu  autres  genz  le  succurusenl. 
Cil  furent  mort  corporelment, 
Mais  vivent  cclestielment. 

85  Aulresi  font  cil  qui  la  moerent 
Qui  cl  servise  Deu  demuerent. 

Une  guerre  de  ancesseric 
Ot  entre  France  e  Normendie, 
Forte  e  cruele  e  orgoilluse 

90  E  felencsse  e  perillose. 

Del  rei  Felippe  esteit  la  guerre 
Ë  del  rei  Henri  de  Engletere, 
Cil  qui  ol  la  beie  maisnée, 
La  pruz,  la  sage,  la  raisnée. 


95  Li  bons  percs  al  joefne  rei 
Ki  si  jostoit  a  grant  dcsroi , 
Le  perre  Richard  Teuginus 
Qui  tant  fud  sages  e  ginus, 
Li  pieres  Giefrei  de  Bi*efainc 

100  Ki  tant  refud  de  grant  ovraine, 
E  li  pères  Johan  sanz  Terre 
Por  qui  il  ot  tant  noise  e  guère. 
Li  reis  qui  tel  meisniee  aveit 
E  qui  si  riche  se  saveit 

io3  Poeitbien  guerre  meiatenir 
S'en  le  voisist  a  lui  tenir, 
E  s'ilfeist  ço  qu'il  voleient 

Corn  a  tel  gent  com  il  esteienl 

Li  dou  rei  erent  a  descorde, 

1 10  Que  nus  u'i  poeil  mètre  acoi^e. 
Devant  que  Deus  les  ajosta 
Al  parlement  qui  tant  Costa  : 
Ço  fud  entre  Gisorz  e  Trie, 
En  la  grant  bêle  praerie. 

ii5  La  ot  dite  mainte  parole, 
E  meinte  sage  e  meinte  foie  : 
Li  uns  ert  do  la  pais  en  cure 
E  li  autres  nen  aveit  cure;  - 
Mult  i  ot  gent  de  mainte  guise 

130  Qui  ne  saveit  cum  ele  ert  quise, 
Fors  que  Deus  vuleit,  ço  me  semble, 
Qu'il  se  croissasent  toz  ensemble. 
Mult  ot  el  parlement  quereles, 
Mult  de  vielz  e  mult  de  noveles: 

ia5  Mult  enn  i  avoit  de  encumbroses 
E  de  fieres  e  de  orgoilluses; 
Mult  les  cerchercnt  sanz  sujor; 
E  mult  par  fist  bel  tens  le  jor. 
Un  arcevesque  i  ot  message 

t3o  Qui  vint  de  Sur,  prodome  e  sage, 
Que  li  Sulien  i  tramislrent 
Pur  son  son  qu  il  surent  e  virent. 


Ku 


65  ra.  il  r.  —  85  la  vMnquê  —  87  Qiine  —  9a  rei  manque  —  93  qui  iv)x»'l<»'  —  loâ  lanle  —  io3  te  — 
1  oH  hcune  aprèi  ce  cn*«  —  1  a8  dcl  ^ 


L*ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


Mull  le  veimes  eniremetre 
Des  reis  en  dreiie  vere  meire; 

i35  Tant  i  mist  Deus  de  peine  avant, 
E  li  prodome  e  li  savant, 
Que  ambedui  li  roi  se  croissirent, 
Ë  que  iloques  s'entrebaisiere-nt. 
Il  se  batsiereni  en  plorant, 

1^10  E  alouent  Deu  aurant 

De  la  grant  joie  qu'il  avoient 
E  del  besoing  que  il  sa  voient 
Que  Deus  aveit  de  lui  rescure. 
La  veissiez  chevaliers  curre 

ii^5  E  croisiersei  par  ahatie; 
Ne  sembloit  pas  gent  amatie, 
Si  que  entor  les  arcevesques 
E  entor  abbez  e  evesques 
(Si  Deus  me  ait  et  il  me  peise) 

i5o  Vi  ge  iloc  si  grant  la  presse 
0  la  chalur  qu*iert  la  si  grande, 
(Nus  por  nient  greinur  demande) 
Que  tantes  genz  i  ateignouent 
Por  poi  que  il  ne  s'esteigneienL 
Koi.  s  6.  i55      Pur  la  joie  del  parlement 
De  ta  pais  e  del  croisement 
Alouent  trestuz  la  croiz  prendre, 
(9).  Gar  nus  ne  se  poeit  défendre 

Ne  le  grant  pardon  reiîiser. 

160  Mais  mcit  par  fist  a  acuser 
La  muete  que  trop  demura , 
Ke  diables  s'esvigura 
De  remetre  es  reis  la  meslee, 
Qui  ne  pot  estre  demeslee 

160  Devant  ço  que  funs  d'els  munit 
E  que  mort  sore  lui  canit. 
Ço  fu  li  vielz  reis  d*E»glelere 
Henris,  cil  qui  quida  requere 
Le  seint  sépulcre  e  Deu  enaivre; 

170  Mais  mort  le  soit  bien  aconsivre. 


-•  Bort  de 
vi  anilf  k 
•rt  po«r  U 


'*.U.». 


Ambroisb  dit,  qui  fist  cest  livre, 

Que  sages  est  qui  se  délivre 

De  son  vou  quant  il  Tad  voé 

Vers  Damnedeu  son  avoë. 
175  Après  la  mort  le  rei  lor  père 

N'estient  meis  que  li  deu  frère  : 

Li  greindres  ert  Richard  noroez, 

Cuens  de  Poitiers  mult  renomez; 

Johan  sanz  terre  ot  nom  li  mendres , 
180  Ki  joefoes  hom  esteit  e  tendres. 

Richart  Tainznez  ot  la  corone, 

Issi  corne  raisuns  le  done, 

E  les  trésors  e  les  richesces 

E  les  terres  e  tes  ligesces. 
i85  Por  ço  qu*il  s'iert  croisiez  de  primes, 

Issi  corn  nus  le  vos  deimes. 

Se  voleit  por  Deu  traveiHer. 

Lors  fist  son  eire  apareiller, 

En  Engleftere  s'en  passa , 
190  E  mult  poi  de  tens  trespassa 

Qu  a  Londres  se  fist  coroner, 

La  vi  ge  des  granz  dons  doner, 

E  si  vi  tant  doner  vitaille 

Que  nus  n'en  sot  conte  ne  taille; 
1 95  Ne  onques  ne  vi  en  ma  vie 

Cort  plus  cortoisement  servie; 

Si  vi  de  la  riche  vessele 

En  la  sale  qui  tant  est  bêle; 

Les  tables  vi  si  encombrer 
900  Que  Tem  nés  pot  onques  nombrer. 

Que  vos  fereie  en  ço  long  conte? 

Chescon  de  vos  siet  bien  que  monte, 

Com  grant  cort  cis  poet  meintenir 

Ki  Engletere  a  a  tenir. 
9o5      Grant  fud  la  feste,  riche  e  fiere; 

Trois  jorz  dura  tote  pleniere. 

La  dona  li  reis  des  granz  dons, 

E  si  rendi  a  ses  barons 


do  Poilien,  me- 
eèdeà  Henri,  son 
père. 


ItiiururiumBi- 
eardi,  Il ,  r. 


Fol.  a  c. 


CoorooneoDcnt 
de  Richard  k 
Londres  (S  sept. 
1189). 


i35  àe  manqué  —  lât  qtiil— ^  167  qoentor  —  f54  qnil 
D.  —  189  com  —  1 93  TÎ  manque  —  1 96  ne  t.  —  soi  freie 


169  It-^  ^61  mcrrQ  — '  169  seîe.  -^  1 79ier 


s. 


L'ËSTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


Richard  se  pré- 
pare à  partir  pour 
la  croisade. 


Fol.  s  d. 


ItiHentrimmRi- 
earii ,  II ,  ti. 


Richard  pau« 
en  Normandie 
(il  d^.  1189). 


Il  lient  cour 
h  Lion-rar-Mer 
(  95  d^.  1189). 


Ë  lor  fiez  e  lor  herilages, 

310  E  si  lor  crut  ior  seignorages. 
E  quant  la  curt  fud  départie 
Râla  chescons  en  sa  partie; 
Chescons  se  treist  a  son  manoir, 
Mais  ne  pot  gueres  remanoir; 

3i5  Kar  li  reis  lor  avoit  mandé 
A  toz  par  nom  e  comandd 
Qu'il  aparillassent  lor  oire 
Ou  par  enpront  ou  par  acroire, 
Ke  il  voleit  faire  movoir 

330  Son  navie  et  son  estovoir, 
Si  qu'il  fust  par  tens  al  passage 
Por  feire  son  pèlerinage; 
Car  nuit  e  jor  sis  cuers  tendeit 
A  sa  proz  gent  qui  Tatendeit 

335  E  de  Nomiendie  e  de  Angou, 
E  de  Gascoine  et  de  Peitou, 
E  de  Berri  e  de  Burgoine, 
Dont  mult  en  ot  en  la  besoigne. 
Par  ses  églises  de  Engletere 

33o  E  par  les  autres  de  sa  terre 
Mist  en  son  movoir  arcevesques 
La  ou  n'i  erent  e  evesques. 
Lors  ne  velt  pas*  l'yvern  atendi*e, 
Ainz  (ist  a  son  passage  entendre 

235  E  ses  riches  trésors  chargier, 
Dont  bien  se  saveit  deschargier. 
A  la  mer  ot  poi  sujorné 
Quant  Deus  ot  un  tens  atorné 
D'un  bel  vent  portant  ki  torna, 

360  K'on  Normendie  retorna. 
Si  tost  cum  il  i  fud  veuz> 
A  grant  joie  i  fud  receuz, 
Ço  poez  bien  creire  sanz  dote; 
Lors  fist  isnelement  la  rote 

3^5  Hasler  e  avant  enveier 
Droit  a  I^ons  por  festeier. 


3i 


Un  jor  de  la  nativité. 
Que  Deus  volt  prendre  humanité, 
Tint  li  reis  a  Leons  sa  feste, 
5o  Mais  poi  i  ot  chanté  de  geste , 
Einz  fist  molt  tost  un  brief  escrire, 
E  prist  un  messagier  délivre  : 
Al  rei  de  France  le  manda, 
Et  al  messagier  comanda 

355  Qu'après  le  brief  deist  aneire 
Qu'il  ert  del  tut  prest  de  son  eire; 
Et  de  ço  fud  parlement  pris 
Entr'els,  si  jo  n'i  ai  mespris; 
E  asemblerent  devant  Dreues, 

960  Qui  est  a  set  liuues  d'Evreucs. 
Issi  com  li  dui  rei  pariouent 
De  lor  eire  qu'il  devisouent, 
Eth  vos  itant  c'uns  messagiers 
Veneit  a  mult  grant  desirers 

3C5  Al  rei  de  France  teste  encline, 
E  dist  que  morte  ert  la  reine; 
E  par  icel  grant  descomfort, 
Et  par  un  autre  e  fier  e  fort 
Del  rei  de  Puilie  qui  mort  ert, 

370  Dontgranz  dois  e  parut  e  piert, 
Fud  tote  la  gent  desheitee, 
E  por  un  poi  que  repleitie 
Ne  fud  la  voie  de  Sulie; 
Mais  la  merci  Deu  nel  fud  mie, 

975  Fors  seulement  jusqu'à  la  feste 
De  seint  Johan  que  chescons  feste. 

Quant  la  rose  suef  oleit, 
Li  termes  vint  que  Deus  voleit 
Que  li  pèlerin  s'esmeusent 

380  E  que  d'autres  genz  s'esleusent, 
E  que  tuit  fusent  apresté 
0  ço  que  Deus  lor  ot  preste, 
Prest  de  soffrir  por  Deu  ahan, 
A  moveir  a  la  seint  Johan; 


Fol 


B 
lipp 
trra 


P 
dac 

Fiai 
dan 


3  13  Sala, en  manque  —  395  E  tuanque  —  933  Lores —  9^1  i  manque —  963  vcers. —  9â&  Lores  —  961  dui 
manque  —  3G3  itanl  manque  ^-  967  grant  manque  —  970  la  premier  e  manque  — *  973  f.  ioire  d.  — >.  17A  net 
—  379  sesmusenl 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


/ 


ÏO 


si85  Si  qu'as  uitaves  sanz  délai 
Fut  rassemblée  a  Veixelai , 
E  lors  mut  le  rei  de  Paris, 
E  prist  CQogië  a  seint  Denis. 
Maint  chevalier  ot  esleu 

390  Qui  n'ierent  pas  uncor  meu, 
Fd.  3  6.         Kc  li  plus  des  barons  François 
Esteient  ja  meu  ainceis; 
E  lors  mut  li  dux  de  Burgoine 
Ovec  le  rei  en  sa  besoigne; 

395  Li  cuens  de  Flandres  eralment 
Mut,  ne  demora  pas  grantment. 
Lors  veisiez  tant  genz  movoir 
E  de  tantes  parz  apioveir, 
E  tel  convei  c  tel  tristesce 

3oo  E  al  départir  tel  deslresce, 

Qu'a  poi  qu  a  cels  quis  conveoient 
iiumtmmBi-  QuG  lor  quor  de  doel  ne  crevoient. 
rJuJi"''  Li  rois  Richarz  esloit  a  Turs 

«on*  l'iueo-         0  ses  hemeis,  od  ses  aturs. 

3o5  La  ciliez  ert  de  genz  si  plaine 
Qu'il  i  poeient  a  grant  peine. 
A  la  mer  envoia  bâtant 
S'estoire  somondre  en  hastant; 
En  mer  fist  sa  navie  enpaindre 

3io  E  preia  mult  d'eirer  sanz  feindre. 
Cent  e  set  nés  furent  contées. 
Quant  lem  les  ot  sor  mer  montées , 
Eslre  celés  qui  les  sivirent, 
Ki  totes  s'encontrasivireut. 

3i5  Totes  passèrent  les  destreiz 
E  les  mais  pas  e  les  estreiz, 
Les  perillus  destreiz  de  Aufrique 
Ou  la  mer  bat  toz  jorz  e  frique, 
Que  onques  une  n'en  péri 

3io  Ne  ne  hurta  ne  ne  feri; 
E  la  merci  Deu  tant  siglerent 
Que  a  Meschines  ariverent« 


•IrvàlkniDe. 


Le  rei  Richarz  o  son  barnage 
S'esmut  de  Turs  0  bon  curage. 

335  Mult  ot  la  des  bons  chevalers, 
E  de  alosez  arbelastiers. 
Ki  veist  l'ost  quant  s'en  isseit  ! 
Tote  la  terre  en  fremisseit; 
Tote  la  gent  iert  en  tristesce 

33o  Pur  lor  seignor  plein  de  proesce. 
Plorent  dames  e  damoiseles, 
Joefnes,  vielles,  laides  e  bêles; 
Doels  e  pitiez  lor  quors  seroient 
Por  lor  amis  qui  s'en  aloient. 

335  Plus  pitus  convei  ne  veistes 
Ne  genz  al  retomer  plus  tristes; 
La  ot  meintes  lermes  piorees 
E  meintes  bones  vuz  orées. 
Li  conveieor  retomerent, 

3^40  E  li  pèlerin  donc  eirerent. 

Si  qu'ai  terme  que  li  rei  mistrent, 
Ne  a  plus  ne  a  mains  qu'il  distrent, 
Fud  a  Vercelai  l'asemblee 
Que  Deus  ot  al  diable  emblée  : 

365  Emblée?  ainz  la  prist  a  veue, 
Ke  por  lui  s*ert  ele  esmeue. 

A  Verzelai  en  la  montaigne 
La  herberga  Deus  sa  compaigne, 
E  mult  ot  gent  en  la  valee 

35o  Qui  por  lui  i  esteit  alee, 
E  es  vignes  e  es  costiz 
Ot  de  meintes  mères  les  fiz. 
Li  jorz  fud  chaud,  la  noit  série; 
La  plus  bêle  bachelerie 

355  Aveit  Deus  iloques  atraite 

Que  onques  fust  del  mont  estraite. 
Cil  aveient  por  Deu  leissees 
E  lor  terres  e  lor  meisnees 
E  enguagiez  lor  héritages 

36o  U  perduz  a  toz  lor  aages  : 


Richard  et  sou 
année  qaitteut 
Tours  pour  venir 
k  Veselai. 

Fol.  3  f. 


lUturmvMt  iti- 
eûrdi,  II ,  TDi, 

Ass«mUée  de 
Vetelai  (i«'jaill. 
1190). 


Fol.  3  d. 


s86  Fusi.^ — 187  lores  — 190  antore —  993  lores  —  197  Lores  —  3oo  E  ...  partir  del  d.  {fwiqaêê  hUrei 
«oui  ejfaeéeê)  -»  3o3  àpartir  d»  c9  «ert  oe  mim  Ml  pretqvê  ioufoun  écrit  R.  «—  33^  fiimior  —  3^9  m  pi.  iw  m. 


11 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


12 


liuerûrnimBi'  365 
fiy  II,  If. 

lermenl  î'un 
iQt  ru. 


Xi  deux  roi» 
lent  Vrxeliii. 


I.  h  il. 


Si  s'en  laissèrent  deschater 
Por  Tamor  de  Deu  achater, 
Que  mieidre  marcheiz  ne  pot  eslrc 
Que  de  Famor  le  rei  cclestre. 

A  Verzelai  ou  li  rei  erent 
Un  saircment  s'entrejurereni 
Que  qu'avenist  de  maint  cur 
Que  Tuns  fust  de  Tautre  aseur; 
Iço  qu'ensemble  conquercient 

370  Que  liaument  le  partireient. 
Si  ot  encore  en  ior  ple\ines 
Qui  que  ainz  venist  a  Mescbincs, 
En  quel  point  ou  en  quel  endreit, 
Que  li  uns  d'els  Tautre  afendreit  : 

375  Si  faitement  s'entrafierent. 
De  Verzelai  s'en  retomerent. 
Li  dou  rei  devant  chevalckoient, 
E  Ior  grant  oire  devisoient, 
E  granz  henors  s'entrefasoient 

38o  Lores  en  quel  liu  qu  il  veneicnt; 
Si  eirot  Tost  od  tel  amor 
Que  ja  n  en  oissiez  clamor. 
Une  cortoisie  vi  faire 
As  genz  que  Tem  ne  deit  pas  taire  : 

385  Quant  Tost  errol  lole  sa  voie, 
La  Ycissiez,  si  Deu  me  voie. 
Valiez  e  dames  e  puceles 
Od  biaus  picbiers  e  od  orceles 
E  od  seilles  e  od  bacins 

390  L'eve  porter  as  pèlerins; 

Droit  al  chemin  a  Tost  venoient, 
Les  bacins  en  Ior  mains  tenoient 
E  disoient  :  «rDeus,  rois  celestre, 
tr  Dont  vienent  tant  genz?  que  puet  estre? 

390  ff  U  furent  nées  tels  joventes? 
«rVeez  quels  faces  si  roventesl 
(vTant  sunt  ore  tristes  Ior  mères, 
trE  Ior  parenz,  ior  filz,  Ior  frères, 


rrl/or  amis,  Ior  apartenanz, 

/loo  ffDont  jo  voi  ci  tanz  de  venanzli» 
L'ost  commandoient  a  Deu  tote 
E  ploroicnl  après  la  rote.   • 
Lors  prièrent  escordement 
A  Deu  por  els  e  dolcement 

hob  Qu'il  les  menast  a  son  servise 
E  ramenast  a  sa  devise. 
Errant  vindrent  a  la  Deu  grâce, 
Qui  bien  Ior  fist  e  bien  Ior  face, 
Od  grant  joie  et  od  grant  leesce, 

Aïo  E  sanz  coruz  e  sanz  tristesce 
E  sanz  eschar  e  sanz  rampone. 
Tôt  droit  a  Leons  sor  le  Rogne. 

A  Leons  fu  l'ost  arestee, 
Sor  le  Rogne,  l'eve  crestee. 

h  1 5  Li  dou  rei  iloc  se  teneient 
Por  la  gent  qui  oncor  veneient. 
Toi  merveille  ne  fod  veue, 
N'onques  tele  gent  esmeue; 
E  furent  bien  esmë  cent  mile, 

/iao  Dont  li  plus  gisoit  par  la  vile. 
Li  rei  ne  furent  herbergië 
Ne  en  vile  ne  en  vergië  : 
OItre  le  Rogne  firent  tendre 
Lor  paveillons  pur  l'ost  atendrc, 

6a5  E  alcndre  les  conveneit, 

Ke  meint  home  encore  veneît; 
E  illoc  tant  les  atcndirent 
Qu'asemblez  e  venuz  les  virait 
E  quant  orent  tant  atendu, 

â3o  Seu  de  veir  e  entendu 
Que  tote  l'ost  esteit  venue, 
Mult  furent  lie  de  lor  venue. 
Lors  firent  lor  très  desfichier 
Qui  ierent  si  bel  e  si  chier 

^i35  Tôt  devant  par  la  sablonerre 
Por  l'ost  qui  veneit  grant  deriere. 


1^ 


368  Que  lom  —  876  sentralicrent  —  388  ouceles  —  896  leles  —  896  queles  —  Ao3  Lores  —  Ao5 
cl  %nwqu$  —  h\o  don»  —  616  oncore  —  /î33  nés d.  —  kZh  cler  — ^  435  la  tnanquê 


13 


L'BSTOfRK  I>E  LA  «UERRR  SAINTE. 


\Ù 


aer      i 
RklMinl 


iftt- 

pool  un 
t  lécrooli* 
l«  poids  t)r« 


FoU 


C. 


Li  dou  rei  s'entreconfcierent 
Tant  com  lor  veies  s'aveierenl; 
Puis  aia  cbescon  a  son  port 
'i^o  A  grani  joie  e  a  grant  déport. 
Li  reis  Fiitppes  des  Franceis 
S'osteit  ja  alocz  aiiiçois 
As  Geneveis  de  son  passage, 
Por  ço  qu'il  en  sunl  preu  e  sage; 
'1^5  R  Richarz  li  reis  de  Engletere 
Costeia  la  mer  terre  a  tere 
E  s'en  ala  dreit  a  Marseille 
De  part  Den  qui  toz  biens  conseille. 
Qant  lost  sot  que  li  rei  errèrent, 
'iDo  Tels  i  ot  qui  ainz  jor  levèrent, 
Li  autre  al  plus  matin  qu'il  porent 
Pur  le  Rogne  qu  a  ])asser  orent. 
Cil  qui  ainz  jor  furent  levé 
Xe  se  tindrent  point  a  grève  : 

'loo  Le  pont  passèrent  prosprement. 
Conques  n*i  ot  arestement; 
Mais  eil  qui  al  matin  passèrent 
E  qui  sor  le  pont  s'entassèrent, 
Cil  durent  estre  mal  bailli , 

'160  Ke  une  arebe  del  pont  failli. 
De  levé  qui  n'iert  pas  seure, 
Qi  csteit  haute  a  desmesure; 
Plus  de  cent  homes  ot  sur  Tarcbe, 
Qui  de  sap  iert ,  e  ert  trop  grand  charge. 

^60  L'arche  chai,  cil  trebuchierent, 
Les  genz  crièrent  et  huchierent. 
Chescons  quidot  qui  nel  saveit 
Aveir  perdu  quant  qu'il  aveit, 
Filz  ou  frère  ou  apartenant; 

^70  Mais  Deus  i  ovra  meintenant. 
Que  de  toz  cels  qui  la  chairent 
iVi  ot  mais  que  deas  qui  périrent, 
Ge  di  que  l'em  peust  trover; 
Mais  nus  ne  l'osast  esprover, 


'175  Ke  l'ewe  est  si  rade  e  si  forte, 
Poi  i  chiet  riens  qui  en  estorle. 
Se  cil  perillerent  ei  monde, 
II  sunt  devant  Deu  net  e  munde: 
Il  s*esmurent  en  sa  besoigne, 

^80  Sin  avront  merci,  ço  besoigne. 
L'arche  del  pont  ert  peçoiee 
E  la  gent  tote  desvoiee  : 
Ne  saveient  quel  part  aler 
N'en  montant  ne  en  avaler; 

A85  N'el  pont  n'i  ot  nul  recovrer, 
N'il  ne  troverenl  nul  ovrer, 
N'el  Rogne  n'avoit  nés  ne  barges 
Qui  fussent  prou  granz  ne  preu  larges, 
Si  que  cels  n'i  poeient  sivre 

A90  Qui  passé  erent  n'acunsivre; 
E  quant  autre  conseil  ne  surent, 
Si  firent  le  mielz  que  il  porent  : 
En  bargetes  assez  estreites, 
Ou  les  genz  orent  granz  destreites, 

figô  Passèrent  oitre  a  mult  grant  peine; 
Mais  issi  veit  qui  por  Deu  peine. 
Trciz  jorz  dura  le  passement, 
E  si  ot  grant  entassement; 
E  donc  e  li  fol  e  li  sage 

5oo  Alerent  quere  lor  passage. 

AI  plus  procein  port,  a  Marsille, 
Ala  de  genz  une  merveille; 
E  al  port  de  Venetiens 
Râla  de  mult  preuz  cristiens; 

5o5  Tant  en  râla  as  Geneveis 
Ne  sereit  nombre  eneveis, 
E  a  Barlete  e  a  Brandir, 
Tant  que  Tem  en  diseit  granz  diz. 
A  Meschines  mult  en  râlèrent, 

5io  Tant  que  )i  dou  rei  ariverent. 
Meschines  est  une  cité 
Dont  li  auctor  ont  mult  conté, 


Fol.  4  d. 

Lei  Croises 
vonts^embarquer 
-irÛMics.I^Mar- 
sàlhy  k  Venife, 
h   Barlelle  et  h 


^  •* 


&4&  8.  e  pr.  —  &55  premerement  —  669  malmili  —  /i6i-46t  interverû$  — •  A63  de^r  —  /170  i  manque 
—  67s  ot  mort  que  d.  qui  morireat  —  677  poriUerenl  -»  àSU  nen  a.  —  685  i  manque  —  liS6  ne  manque ^ 
^^rer  —  489  Ni»  —  A9a  quil  —  Û9/1  graoi  manque  —  699  le  premier  c  manque  —  609  Ma  ra. 


Ln  deux  ruis 
se  rendent  à  Met- 
sioe. 

iUnermtmm  Hi- 
Mrtli,  H ,  II. 

Situation  de 
Messine. 


15 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


16 


ïtli) 


Le  roi  Tunerède 
(i«l  rontraÎDt  |Mr 
niektnl  de  rco- 
*\rf  ton  (loiutire  k 
U  veuiede  Ouil- 
l«uni«il<'Pouillc. 


uno 


O'âi} 


530 


l'*ol.  T)  fi. 


Iliiifrarhimllî' 
rarii,  II ,  \\\, 

Lu  floKr  lit* 
Rirhftnl  orrivc  & 
Mi"<tiiir. 


535 


5'io 


5/i:> 


Le*   liHliiiaiii* 
(lit  llrMiiia  mal 
Iruilciii  le»  ('roi- 


r>5o 


K  bien  e  bel  assise  vile, 
Car  el  sict  el  chief  de  Sezille, 
Desus  te  Far,  encontre  Rise 
Que  Agoiand  prist  par  s'emprise. 
Mescbincs  iert  mult  pleine  d*aises, 
Mais  les  genz  trovames  malveises. 
I>or  reis  si  ot  a  nom  Tancré, 
Qui  mult  aveit  or  esmcré 
Que  si  ancesur  aunerent 
Qui  des  Guischart  Boberl  régnèrent. 
I^rs  ot  une  dame  en  Palerne 
Ki  sujornë  i  ot  grant  terme, 
Reine  ot  esté  dei  reaime, 
Femme  espose  le  rei  G  illame; 
Mais  li  proz,  li  bien  enlechiez, 
Murut  sanz  cir,  ço  fu  péchiez. 
La  reine  estoit  suer  le  rei 
De  Englelere ,  ki  prist  conrei 
Qu  il  lui  fist  son  doairc  rendre, 
Si  que  onqucs  ne  Tosa  défendre 
Tancrez,  qui  esteit  en  saisine 
Del  doaire  e  de  la  reine. 

Vos  qui  avez  sens  e  mémoire 
Oistcs  bien  comcnt  Testoire 
K  la  merveille  des  enekes 
Vint  par  devant  Espaine  iloques. 
A  Mescliincs  vint  la  navie, 
Onques  no  vi  tele  en  ma  vie, 
Que  li  nn^  Richarz  atendoil 
A  cui  Engletcre  apendoit. 
La  ot  gcnt  de  maintes  maneres, 
V*  Ires  e  tentes  e  baneres 
Fichées  contre  val  la  rive, 
Gar  la  cv\j&  lor  ert  eschive. 
Près  des  nés  s'estoient  tenu 
Tant  que  li  rei  fusent  venu  ; 
K(*r  li  burgeis ,  la  grifonaille 
De  la  vile  e  la  garçonnille, 


Cent  estraite  de  Sarazins , 
Ramponoent  noz  pèlerins  : 
Lor  deiz  es  oilz  nos  aportouent, 
E  chiens  pudneis  nus  apelouent; 

555  Chascon  jor  nos  i  laidissouent, 
E  noz  pèlerins  mordrissouent , 
E  les  jetouent  es  privées. 
Dont  lor  oevres  furent  pruvees. 
Soignurs,  costume  est  e  usage 

56o  Que  quant  princes  de  hait  parage. 
Si  haut  com  est  li  rois  de  France 
Dont  par  le  monde  ad  tel  pariance, 
Et  com  est  li  reis  de  Engletere 
Ki  si  grant  henor  ad  en  terre, 

565  Entre  ou  en  citië  ou  en  vile. 
N'en  tel  terre  com  est  Sezille, 
Qu  il  i  deit  venir  com  hait  sires 
Por  plusor  genz  e  por  lor  dires; 
Car  c'est  bons  moz,  a  mon  espeir, 

570  Qui  dit  :  wTel  te  vei,  tel  Cespeir.» 
Por  ço  di  ge,  quant  li  roi  vindreut. 
Que  multes  genz  illoc  sorvindrent. 
Le  rei  de  France  premiers  vint 
A  Meschines,  ou  il  survint 

575  Plusors  genz  qui  veer  Talerent; 
Mais  onques  son  vis  n'avisèrent, 
Kar  il  n'aveit  c'une  nef  sole 
E  el  rivage  ot  presse  e  fuie, 
E  por  celé  presse  eschiver 

580  S  ala  el  paleis  ariver. 

Quant  li  rois  Richarz  ariva, 
Lors  fu  assez  qui  es  tri  va 
De  veer  le  desur  la  rive, 
La  sage  gent  e  la  jolive 

585  Qui  ainz  ne  Taveient  veu; 
Si  en  eurent  désirer  eu 
De  veer  le  por  sa  proesce; 
E  il  veneit  o  tel  hautesce 


tm 

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5 1  !i  elo  —  5 1 5  encoHtc  —  5a3  Lorcs  —  537  E  manque  —  554  E  tnanque  —  555  i  manque  —  558  coures 

5r>9  iiîMi|jo8  —  50o  parn|;»^8  —  565  ou  manque  —  566  lelo  —  56g  Car  diescon  home  a  son  —  570  letetpcir 
—  571  |î<^  manque  —  58o  p.  a  nrmor —  58!;i  Lon-s  —  583  le  manqm' 


17 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


18 


Que  tote  ia  mer  ert  coverte 
590  Des  galees  0  gent  aperte, 

Combatanz  od  hardies  chieres, 
Od  penoDcels  e  od  banieres. 
Issi  vint  li  reis  el  rivage, 
Si  ot  encontre  iui  son  bamage  : 
595  Ses  biaus  destriers  lui  amenèrent 
Qui  en  ses  dromonz  venu  erent> 
E  il  monta  c  sa  gent  tote; 
Si  diseii  tels  qui  vit  la  rote 
Que  itels  reis  deveit  venir 
600  E  bien  deveit  terre  tenir. 
Mais  ii  Grifon  s'en  corucerent 
E  li  Lomgebard  en  grocerent 
Por  ço  qu'il  vint  0  tel  estoire 
Sor  lor  citié  e  od  tel  {^oire. 
.  6o5      Quant  li  deu  rei  arivé  furent, 
"        Li  Grifon  puis  en  pais  s'esturent; 
i«        Hais  li  Longebard  estrivouent 
E  noz  pèlerins  maneçouent 
Que  lor  très  lor  detrenchereient 
Cio  E  lor  avoirs  en  portereient; 
Car  de  lor  femmes  se  doutèrent 
A  qui  li  pèlerin  parlèrent; 
Mais  tels  le  iist  por  els  grever 
Qui  n'i  deignast  rien  achever. 
6i5  Li  Longebard  e  la  comune 
Orenl  toz  jorz  vers  nos  rancune, 
Por  ço  que  Ion  pères  lor  distrent 
Que  nostre  ancesur  les  conquistrent; 
Si  ne  nos  poeient  amer, 
690  Ainz  nos  quideient  afamer. 
Nel  firent  por  nus  sushaucier. 
Que  il  firent  lor  turs  haucier 
E  les  fossez  plus  parfont  faire. 
Iço  empeira  muit  Tafaire , 
61D  E  les  tençons  e  les  manaces 
Qui  levoient  en  plusors  places. 


Si  avint  un  jor  c*une  famé, 

Que  Ten  dist  que  aveit  non  Ame, 

Portoit  par  Tost  son  pain  a  vendre 

63o  Uns  pèlerins  vit  chaut  e  tendre 
Le  pa'in,  e  si  en  bai]gaigna, 
E  la  feme  se  desdeigna 
Del  fuer  por  qu'il  le  requereit. 
Si  que  par  poi  que  nel  fereii, 

635  Tant  ert  ele  iruse  e  desvee. 
Eth  vos  la  barate  levée, 
E  tant  que  li  burgeis  se  misirenl , 
Le  pèlerin  iloques  pristrent, 
Sil  bâtirent  e  chevelereut, 

6&0  E  laidement  le  démenèrent 
Al  rei  Richard  vint  la  clamor  : 
Cil  lor  requist  pais  e  amor; 
Pais  entr'els  quist  e  porchaça 
E  ses  genz  ariere  chaça. 

CA5  Mais  diables,  qui  par  nature 
Het  pais  sor  (ote  créature, 
Resmut  el  demain  la  meslee 
Ki  a  meschief  fu  desmellee. 
E  li  dou  rei  erent  ensemble 

65o  A  un  parlement,  ço  me  semble, 
E  les  justises  de  Sezille 
E  des  hauz  homes  de  la  vile; 
liloc  parloent  de  pais  faire. 
Eth  vos  endreit  en  cet  afaire, 

655  Issi  com  li  dou  rei  parioent 
De  la  pais  que  faire  quidoent, 
La  novele  qui  fud  saillie 
Que  nostre  gent  ert  assaillie, 
E  vindrent  par  deus  foiz  message 

660  Que  Tom  en  feseit  grant  damage  ; 
E  li  tierz  mes  qui  vint  après 
Dist  al  rei  :  <r  Ci  ad  maie  pes, 
(T  Quand  li  home  de  ceste  terre 
r  Ocient  les  genz  de  Eng^etere 


Itinetûrium  Bi- 
CQrài,  II ,  XT. 

La  querelle 
(1*00  pèlerin  avee 
une  femme  de 
MeMÎne  amène 
une  riic  entre 
les  Croisa  et  les 
Lombards  (3  oct. 
ii5o). 


Fol. 


5r/. 


Richard  apaise 
la  nie ,  mais  clic 
recommence  le 
knderoaio. 

Itmernrnim  Bi- 
cârdi,  II,  XTi. 


590  0  la  g.  —  609  Quen,  detrencberereoi  —  610  enportereint  —  619  nos  ne  poeni  —  ôss  Quil  —  6/^9  lor 
manque  —  65/i  en  rnantpte  —  658  ert  manque  —  66Â  Taeot 


19 


L'ESTOIRE  DE  LA' GUERRE  SAINTE. 


20 


C65  trDedeoz  e  dehon  h  dtie.^t 
Si  fud  donques  la  yerité 
Que  li  LuDgebard  s'en  partirent, 
Qui  as  reis  distrent,  si  mentirent, 
Que  ço  iert  por  la  tençon  desfaire, 

C70  E  ço  n  esteit  fors  por  mal  faire. 
Jordans  del  Pin  e  Marguariz, 
A  cui  toK  mais  seit  eschariz, 
Cil  dou  bracerent  la  braçaille 
Del  mal  c  furent  començaille. 
Kol.  6  a.  675  Le  rei  de  France  esteit  illoeques 
E  li  reis  d'Engletere  oveques, 
Si  fud  0  lui  quil  reconta. 
Li  reis  d'Ëngleterre  monta, 
Qui  la  ala  por  départir 

G80  La  mellee,  mais  al  partir 
De  granz  vilainies  li  distrenl 
Cil  de  la  vile  e  lui  mesdistrent; 
E  li  reis  se  eu  rut  armer, 
E  les  fist  par  terre  e  par  mer 

685  Assaillir  tut  a  la  rounde, 

Ke  tel  gerrier  n'aveit  el  monde.' 
LcroidcFraoce  Graut  fu  la  noise  e  la  barale, 

;^'™r«ri«         e  h  noise  en  malveis  eslate. 
Lorobinis.  Frauceis  vindreut  lor  seignur  quere 

()9o  A  Tostel  le  rei  d'En^eterre; 
Kar  la  vile  iert  si  estormie 
Qu'il  n'en  quidereut  trover  mie; 
E  il  revint  e  retoma 
El  paleis  ou  il  sujorna , 

O95  E  li  Lungebard  a  lui  vindreut, 
A  l'estrier  senestre  le  tindrent; 
Si  lui  promistrent  e  douèrent 
E  le  jor  lui  abandonerent, 
E  preierent  qu'il  maintenist 

700  Els  en  la  vile,  e  rctenist 
A  son  ues  e  en  son  demaine. 
Si  i  mistrent  e  cust  e  peine, 


Tant  que  li  rois  s'arma  enneire; 
Si  dist  tels  qui  nos  Gst  a  croire 

705  Qu'il  aida  a  cels  de  la  terre 

Plus  qu'as  genz  le  roi  d'Engletere. 
Eth  vos  la  barate  esmeue 
E  la  noise  par  l'ost  creue  : 
Li  Franceis  en  la  vile  esteient 

710  Qui  a  aise  se  deporteient, 
U  li  Lungebard  se  Soient; 
Mais  cil  de  l'ost  ne  s'en  guardoient* 
Estes  vos  les  portes  fermées, 
E  les  genz  de  la  vile  armées 

716  E  montées  as  murs  défendre; 
Mais  puis  lor  en  covint  descendre. 
E  cil  qui  erent  hors  sailli 
E  qui  avoient  assailli 
L'ostel  seignur  Hugun  le  Brun 

730  S'escombateient  tôt  comun, 
Quant  li  reis  d'Engletere  i  vint. 
Si  ne  cuit  pas  qu'il  eust  vint 
Homes  o  lui  al  comencer. 
Lors  ieisscrent  le  manascer 

735  Li  Lungebard  tresque  il  le  virent, 
S'en  torncrent,  si  s'en  fuirent, 
E  li  pruz  reis  lor  corut  sure. 
Si  vit  A11BR018C8  a  ceie  bore 
Que  quant  cil  le  virent  venir, 

730  K'adonc  vos  peust  sovenir 
De  berbiz  qui  fuient  a  lou; 
Ausi  com  boef  traient  al  jou 
Traient  cil  sus  vers  la  postemc 
Qui  est  de  la  devers  Palerne, 

735  U  a  force  les  embati 
E  ne  sai  quanz  en  abati. 
L'ost  s'asturmi  e  tut  montèrent, 
Come  cil  qui  assailli  erent 
Des  Lungebarz  par  lor  oltrage 

7/iio  E  des  faus  Grifons  plains  de  rage. 


671  Aiordani  iupios —  686  g^rreier  —  71a  gaadoifot  —  740  semcombatoient  —  726  Lores  —  737  cort 
—  738  a  icel  —  730  peus  —  733  cil  manque  —  760  plain 


21 


L*ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


32 


Mais  teus  genz  orent  Tovre  enprise 
Qui  mainte  vile  aveient  prise  : 
Ço  erent  Norman  e  Peitevin , 
Gascon,  Mansel  e  Angevin, 
6f.  7/15  E  de  Engleterre  en  i  aveit 

Assez  plus  que  i'em  ne  saveit. 
Hardiement  les  assaillirent, 
Quant  en  sum  le  mur  les  choisirent, 
Tôt  entor  la  cite  cururent: 

75o  Ne  finerent  tant  que  enz  furent. 
E  cil  jetoient  e  traioient 
E  grant  damage  lor  faisoient 
En  sum  des  murs,  d'ars,  darbalestes 
Que  il  avoient  totes  prestes, 

755  Getouent  pieres  e  caillos 

E  feroient  noz  genz  granz  cols; 
Quarel,  pilet,  iloc  voloient 
Ki  noz  pèlerins  afoloient. 
Treis  chevalers  nos  afolerent 

760  A  une  porte  ou  il  entrèrent  : 
Li  uns  fud  Pieres  Tireproie 
Qu'il  jetèrent  mort  en  la  veie; 
E  Maheu  de  Sauçoi  aveques 
Regeterent  il  mort  illoques; 

765  E  Raols  de  Rovroi  trovez 
I  refu  mort,  c'est  veir  provez; 
Mult  furent  "pleint  e  regrelé  :  . 
Deus  lor  otreit  sa  salvetë  1 
Si  Lungebard  fusent  leal , 
770  Comparé  Toussent  real  ; 
Mais  lor  folie  lor  dut  nuire. 
Que  nus  eschaufa  pur  els  cuire. 
Cil  qui  defendoient  la  vile 
Erent  plus  de  cinquante  mile 
77^  Sor  les  murs  e  sor  les  toreles, 
E  od  targes  e  od  roeles. 
La  veissiez  gent  assaillie 
Durement  e  de  grant  baillie. . 


Fol.  6  d. 


Philippe  reste 
•iur  le  rivtge  cl 
interdit    Tentr^e 


Devers  les  paleis  les  gualies 
780  Esteient  assaillir  alees; 

Mais  li  reis  de  France  i  estoit, 
Qui  sor  le  rivage  s'esteit, 
E  fist  les  gualees  défendre 

Le  port,  qu'il  nel  poussent  prendre;       îl°rene^Rrb ÎS 
785  E  il  traistrent  tant  qu'il  ocistrent 

Deus  galioz ,  dont  il  mespristrent. 

Mais  de  deçà  devers  la  terre 

Assailloit  li  rois  d'Ëngletere, 

Qui  les  Lungebarz  envai 
790  Eissi  que  mult  bien  l'en  chai. 

Lor  veissiez  ses  genz  monter 

E  les  montaines  sormonter 

E  coper  les  fraiaus  des  portes; 

La  ot  genz  e  prises  e  mortes. 
795  Par  mi  les  rues  s'enbatirent 

Tels  i  ot  qui  s'en  repentirent, 

Car  cil  getoient  e  traoient 

De  lor  soliers  ou  il  estoient. 

Mais  par  mi  tote  lor  aie 
800  Furent  pris  a  celé  envaie; 

E  qui  que  fust  as  dererains, 

Li  reis  fud  un  des  premerains 

Qui  osast  entrer  en  la  vile; 

Puis  i  entrèrent  bien  dis  mile. 
8o5  Lors  oisiez  noz  genz  huer 


E  desconfire  et  tempester, 

Blecier,  iaidir  e  entester. 

Plus  tost  eurent  il  pris  Meschines 
810  C'uns  prostrés  n'ad  dit  ses  matines; 

E  mult  i  oust  gent  occise 

Si  al  rei  n'en  fust  pitië  prise. 

E  bien  poez  de  fi  savoir 

Que  il  ot  perdu  grant  avoir 
81 5  Quant  la  grant  presse  fud  entrée; 

Car  tost  fud  la  vile  pelfree, 


Fol.  7  a. 


748  le  mur  manque  —  761  cil  manque  —  753  darblestes  —  75a  Quil  —  755  Geterent  —  76a  emni  la  proie 
~  763  maher  —  777  genx  —  791  Lores  —  793  frabs  —  79A  h  premier  e  mattque  —  800  prit  manque  — 
^ok entra  —  8o5  Lores  —  806  venpaeeé  —  809  il  ma$iqme  —  811  m.  ioi  —  81&  Quil 


23 


L'ESTOIRE  PE  LA  GUERRE  SAINTE. 


SA 


Itinfrûrium  Bi- 
cardi,  II,  XTii. 


Pliilippc  est  ja- 
loux et  oblicnldc 
placer  ses  ban- 
nières &  c4té  de 
relies  de  Richard 
sur  il»  murs  de 
Messine. 


Fol.  7  b. 


Si  furent  lor  galces  arses 

Qui  n^ierent  povres  ne  escharses; 

Si  i  ot  femmes  guaaignees, 

8âo  Bêles  e  pruz  e  enseignées. 
Gc  ne  poi  mie  lot  savoir; 
Mais,  fust  folie  ou  fust  savoir, 
Ainz  qu'il  fust  bien  par  Tost  seu 
Eurent  ja  li  Franceis  veu 

8s 5  Noz  penoncels  e  noz  banieres 
Sor  les  murs  de  plusors  manières, 
Dont  li  reis  de  France  ot  envie 
Qui  lui  dorra  tote  sa  vie, 
E  la  fud  la  guerre  engendrée 

83o  Dont  Normendie  fut  gaslee. 

Quant  li  rois  ol  Meschines  prises 
E  ses  banieres  es  turs  mises, 
Lors  lui  manda  le  rei  de  France, 
Qui  aveit  envie  et  pesance 

835  De  ço  qu'il  les  i  ot  drésciees. 
Ses  genz  en  erent  coreciees. 
Que  ses  banieres  jus  meisent 
Si  home  e  les  sues  feissent 
Drescier  as  murs  do  la  citié. 

86o  Ço  lui  manda  por  vérité, 
Que  de  ço  que  il  en  feseil 
Que  a  sa  hautesce  en  mesfeseit, 
Si  lui  desplaisoit  durement. 
Seignurs,  si  demant  jugement 

8'i5  Li  quels  les  i  deust  mielz  mètre, 

Cil  qui  ne  se  volt  enlremetrc 

  Tassait  de  la  citië  prendre. 

Ou  cil  qui  osa  ço.  ëmprendre. 

Li  rois  Richarz  oi  fafairc, 

85o  Si  n'en  deigna  pas  long  pleit  faire 
Vers  Taulre  rei  de  tel  requesle, 
Qui  mult  en  iert  en  grant  tempeste; 
Neporquant  mult  i  ot  paroles 
Dites,  henuiuses  o  foies; 


855  Mais  l'en  ne  deit  pas  mctre  en  livre 
Totes  folies  ne  escrivre. 
Mais  li  haut  clerc  e  li  haut  home 
Parlèrent  tant,  ço  fu  la  some, 
De  la  pais  en  plusors  maneres, 

86o  Qe  chescuns  des  reis  ses  baneres 
Ot  e  en  turs  e  en  tureles; 
Puis  pristrent  conrei  des  noveies 
Tost  mander  au  rei  de  Sezille, 
De  la  comune,  de  la  vile, 

865  La  vilainie  e  le  surfeit 
Qui  ert  a  els  e  as  lur  feif. 
Li  messagier  le  rei  Richart 
Li  distrent  de  la  suc  part 
Qu  il  demandoit  od  sa  clamor 

870  Le  doaire  de  sa  sorur 

E  del  grant  trésor  sa  partie , 
Kc  lui  fust  a  dreit  départie. 
Que  dreture  e  raisons  sereit , 
E  quant  que  a  la  dame  afereit. 

875  Li  messagier  furent  nomë. 
Haut  gentil  home  e  renomé 
E  gent  de  mult  grant  parentage 
E  de  mult  grant  seignoriage 
E  mult  furent  de  grant  affaire, 

880  Qui  alerent  en  cel  affaire. 
Li  uns  fud  li  dux  de  Burgoine 
De  cels  qui  quistrent  la  besoine, 
E  l'autre  Robert  de  Sabloil, 
Hait  honi,  proz  et  de  grant  acoii, 

885  E  de  autres  en  i  pot  avoir 
Dont  jo  ne  poi  les  nons  savoir. 
Cist  errèrent  e  chevalcherent, 
E  tant  en  lor  eire  aprochierent 
Que  tut  lor  message  a  brief  terme 

890  Contèrent  al  rei  de  Palerne. . 

Li  reis  Tancrez  qui  mult  ert  sages 
Ot  ol  parler  les  messages; 


iti 

ÏA 

envoi 

«g« 
rrêdi 
clam 
de  n 


818  nescliarscs  —  819  Si  ol  —  Sso  le  premier  e  manque  —  833  Lorcs^  ^-  8&1  E  de  co  qtril  —  845  dei 
8'i6  veh  —  853  requesie  —  861  le  premier  e  manque  —  877  pora|p  —  878  scîgnorage  —  888  en  wHutque 


25 


C'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


26 


mie  faii         Mult  aveît  01  aventures, 
«^^î^         Si  iert  bons  clers  des  escriptures, 
^^  •'■*■  8q5  E  il  saveit  bien  ia  la  chose; 

secrète-      ^  ^  ''  ' 

ivee  Phi-         Si  ne  pensa  mie  grant  pose 
A  la  réponse  n  al  respondre; 
Si  respondi  sanz  plus  apondre 
A  la  gent  le  rei  d'Engletere 

900  K'en  Testablie  de  sa  terre 
E  as  barons  de  son  reaume, 
As  costumes  le  rei  Guillame, 
S'i  metreit  de  celé  querele 
Si  qu'en  semblast  a  chescun  bêle; 

905  E  se  li  burgeis  de  Meschines 
Orent  fait  foies  aatines, 
N'il  orent  les  reis  coreciez. 
Qu'il  lor  sereit  bien  adresciez. 
E  quant  li  messagier  ço  oirent, 

910  Cil  qui  del  rei  Richart  partirent, 
Il  i  ol  tel  qui  bien  diseit 
Ke  ja  li  reis  n'en  plaidereit  : 
Mult  i  ot  paroles  parties; 
Mais  bones  copes  départies 

915  I  ot  as  messagers  de  France; 
Li  autre  mistrent  en  soffrance. 
'^°''  7  rf-        Ore  orez  la  grant  descordee, 
Qui  lors  e  puis  fud  acordee, 
Que  li  reis  de  France  dut  faire, 

990  Qui  dut  mander  en  cel  afaire 
Priveement  al  rei  Tancré 
(Ne  sai  qu'il  aveit  espéré) 
Que  il  feist  ço  qu'il  voldroit 
E  que  il  gardast  bien  son  droit, 

990  Ne  ja  por  le  roi  d'Engletere 
Ne  se  movroit  vers  lui  de  guerre, 
Qu'il  ert  a  lui  par  sairement. 
S'issi  fud  ç'ala  malement  : 
L'estorie  ne  garantist  mie 

93o  Que  il  pcnsast  tel  vilainie, 


Mais  ii  poplcs  diseit  sanz  faille 
Qu'il  le  manda,  coment  qu'il  aille. 
Cil  qui  uules  copes  nen  eurent 
Repairerent  a  l'ainz  qu'il  porent, 

935  Lur  message  mult  bien  retindrent 
E  a  Meschines  s'en  revindrent. 
Le  reis  Richarz  adonc  feseit 
Faire  une  ovre  qui  lui  plaiseit, 
Ço  ert  un  chastel,  Mategrifon, 

9^0  Dont  furent  dolent  li  Grifon. 
Cil  vindrent  al  rei,  si  li  distrent 
Ço  que  al  rei  Tancré  requislrent, 
E  ço  que  il  lui  remandoit 
De  ço  que  il  lui  demandoit, 

9^5  Ço  ert  de  sa  terre  l'establie, 
A  l'esguard  de  sa  baronie; 
E  li  reis  Richarz  respondi , 
Si  que  gueres  n'i  atendi , 
Que  ja  a  lui  ne  plaideroit 

950  E  que  il  se  porchaceroit. 
Quant  la  novele  fud  seue 
Que  pais  ne  triuue  n'iert  tenue, 
Elh  vos  la  guerre  en  grant  dotance 
Por  l'apoail  le  rei  de  France; 

955  Car  li  Longebard  vezié 
S'estient  a  lui  alié. 
Eth  vos  la  viande  veee. 
Si  qu'en  l'ost  n'en  veneit  deorec, 
E  ne  fust  Deus  e  la  navie, 

960  Meint  i  menassent  povre  vie; 
Mais  es  nés  ot  lor  gamisture, 
Blez  e  vins,  chars  e  fomesture. 
La  vile  esteit  par  nuit  guaitee 
E  l'ost  esteit  eschelgaitiee; 

965  E  li  rei  erent  a  descorde 
Par  envie  qui  tôt  descorde. 
Ço  n'iert  mie  ne  bel  ne  gent; 
Mult  se  penerent  haute  gent 


Lt-s  ioi-si«gen 
revienDent  au- 
près de  Richard, 
({oi  fait  con- 
struire le  cbAteau 
de  Mat^riffon. 

Itinerarimm  Ri- 
cardi,  II ,  IX. 


Fol.  8  a. 

Discorde  entre 
les  rois  de  France 
et  dWnglelerre. 


901  E  ces —  910  Cil  manque  —  giU  parties  —  918  lorcs  -—  998  Quil  —  996  qui!  —  93G  moueroit 
03o  Qoe  ii  reis  p.  leie  —  9^3  -demandoit  —  944  quil  —  960  quil  —  967  ycc  —  96a  le  premier  e  manque 
9^7  le  premier  ne  manque 


n 


L'ESTOIRG  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


12 


lÙHentrnim  lii- 
eartli,  11 ,  i\. 

f  «es  rois  re  pré- 
lent wrnieni  I  un 
à  Tautn». 


Lti  deux  rois 
(|»illfnt  Vrielai. 


Si  sen  laissèrent  deschater 
Por  Famor  de  Deu  acbater, 
Que  mieldre  marcheiz  ne  pot  cstrc 
Que  de  Tamor  le  rei  celeslre. 

367)       A  Vcrzelai  ou  H  rei  erent 
Un  sairement  s'entrejurerent 
Que  qu'avenist  de  maint  cur 
Que  Tuns  fust  de  l'autre  aseur; 
Iço  qu'ensemble  conquereient 

370  Que  liaument  le  partireient. 
Si  cl  encore  en  lor  ple>ines 
Qui  que  ainz  vcnist  a  Meschines, 
En  quel  point  ou  en  quel  cndreit, 
Que  H  uns  d'els  Tautre  atendreit: 

375  Si  faitement  s'entrafierent. 
De  Verzelai  s'en  relomerent. 
Li  dou  rei  devant  chevalchoient, 
E  lor  grant  oire  dcvisoient, 
E  granz  henors  s'enlrefasoient 

:i8o  Lores  en  quel  liu  qu'il  voneicnt; 
Si  eirot  l'ost  od  tel  amor 
Que  ja  n'en  oissiez  clamor. 
Une  corloisie  vi  faire 
As  genz  que  Tem  ne  deit  pas  taire  : 

385  Quant  l'ost  errot  tote  sa  voie, 
La  vcissiez,  si  Deu  me  voie. 
Valiez  e  dames  e  puceles 
Od  biaus  pichicrs  e  od  orceles 
E  od  seilles  e  od  bacins 

390  L'evc  porter  as  pèlerins; 

Droit  al  chemin  a  l'ost  venoient, 
Les  bacins  en  lor  mains  tenoient 
Fol.  A  (t.  E  disoient  :  trDeus,  rois  celestre, 

(«Dont  vieneot  tant  genz?  que  puelestre? 

390  (rU  furent  nées  tels  joventes? 
trVeez  quels  faces  si  roventes! 
trTant  sunt  ore  tristes  lor  mei'es, 
trE  lor  parenz,  lor  filz,  lor  frères, 


I 


ftlx)ramis,  lor  aparlenanz, 

Aoo  ttDont  jo  voi  ci  tanz  de  venanzli) 
L'ost  commandoient  a  Dea  tote 
E  ploroient  apr^  la  rote.   - 
Lors  prièrent  escordement 
A  Deu  por  els  e  dolcement 

àob  Qu'il  les  menast  a  son  servisc 
E  ramenast  a  sa  devise. 
Errant  vindrent  a  la  Deu  grâce, 
Qui  bien  lor  fist  e  bien  lor  face, 
Od  grant  joie  et  od  grant  le^sce, 

Aïo  E  sanz  coruz  e  sanz  tristesce 
E  sanz  eschar  e  sanz  rampone. 
Tôt  droit  a  Leons  sor  le  Rogne. 

A  Leons  fu  l'ost  arestee, 
Sor  le  Rogne,  Teve  crestee. 

Ai5  Li  dou  rei  iloc  se  teneient 
Por  la  gent  qui  oncor  veneient. 
Tel  merveille  ne  fod  veue, 
N'onques  teie  gent  esmeue; 
E  furent  bien  esmë  cent  mile, 

Uao  Dont  li  plus  gisoit  par  la  vile. 
Li  rei  ne  furent  herbergië 
Ne  en  vile  ne  en  vergië  : 
OItre  le  Rogne  firent  tendre 
Lor  pa veillons  pur  l'ost  atendrc, 

695  E  atendre  les  conveneit. 

Ko  meint  home  encore  veneit; 
E  illoc  tant  les  atendirent 
Qu'asemblez  e  venuz  les  virent 
E  quant  orent  tant  atendu, 

/j3o  Seu  de  veir  e  entendu 
Que  tote  l'ost  esteit  venue, 
Mult  furent  lie  de  lor  venue. 
Lors  firent  lor  Ires  desfichier 
Qui  ierent  si  bel  e  si  chier 

635  Tôt  devant  par  la  sablonerre 
Por  l'ost  qui  veneit  grant  deriere. 


Le* 


308  Que  lom  —  3^5  Kentralicrent  —  388  ooceles  —  SgS  leles  —  SgG  queles  —  Ao3  Lores  —  4o5  le  — 
A09  et  ftumque  —  â  10  dorai  —  616  oncore  —  633  Des  d.  -—  A3/i  der  -—  635  h  matiqu* 


t3 


L'BSTÔIBS  I>E  LA  r>(JERRti  SAINTR 


\h 


tiilippe  Ta 
ihirq««r  h 
etctfiidMrd 

irvillf. 


t'tMmrmmHi- 
(n  pont  Jn 
Il  l«  poiih  il<n 


Fol.  «i 


Li  dou  rei  s'entreconteierent 
Tant  C011I  ior  vei  es  s'a  volèrent; 
Puis  aia  chescon  a  son  port 

'lAo  A  garant  joie  e  a  grant  déport. 
Li  reis  Fiiippes  des  Franceis 
S'esleit  ja  aiocz  ainçois 
As  Geneveis  de  son  passage, 
Por  ço  qu'il  en  sunl  preu  e  sage; 

^1^5  Fi  Richarz  li  reis  de  Engletere 
Costeia  la  mer  terre  a  tere 
E  s'en  ala  dreil  a  Marseille 
De  part  Den  qui  toz  biens  conseille. 
Qant  Tost  sot  que  li  rei  errèrent, 

^5o  Tels  i  ot  qui  ainz  jor  levèrent, 
Li  autre  al  plus  matin  qu'il  porent 
Pur  le  Rogne  qu'a  |)asser  orent. 
Cil  qui  ainz  jor  furent  levé 
Xe  se  tindrent  point  a  grève  : 

'u)^  Le  pont  passèrent  prosprement. 
Conques  n'i  ot  arcstement; 
Mais  cil  qui  al  matin  passèrent 
E  qui  sor  le  pont  s'entassèrent, 
Cil  durent  estre  mal  bailli , 

'160  Ke  une  arche  del  pont  failli. 
De  l'eve  qui  n'ieil  pas  seure, 
Qi  csteit  haute  a  desmesure; 
Plus  de  cent  homes  ot  sur  l'arche. 
Qui  de  sap  ierl ,  c'ert  trop  grand  charge. 

'i65  L'arche  chai,  cil  trebucliierent, 
Les  genz  crièrent  et  hucbierent. 
Chcscons  quidot  qui  ncl  saveit 
Aveir  perdu  quant  qu'il  aveit, 
Filz  ou  frère  ou  apartenant; 

^70  Mais  Deus  i  ovra  meintenant. 
Que  de  loz  cels  qui  la  chairent 
N'i  ot  mais  que  deus  qui  périrent, 
Ge  di  que  l'em  peust  trover; 
Mais  nus  ne  l'osast  esprover, 


li-]^  Ke  l'ewe  est  si  rade  c  si  forte, 
Poi  i  chiet  riens  qui  en  estorle. 
Se  cil  perillerent  el  monde, 
Il  sunt  devant  Deu  net  e  munde: 
Il  s'esmurenl  en  sa  besoigne, 

h%o  Sin  avront  merci,  ço  besoigne. 
L'arche  del  pont  ert  peçoiec 
E  la  gent  tote  desvoiee  : 
Ne  saveient  quel  part  aler 
N'en  montant  ne  en  avaler; 

^i85  N'el  pont  n'i  ot  nul  recovrer, 
N'il  ne  troverent  nul  ovrer, 
N'el  Rogne  n'avoit  nés  ne  barges 
Qui  fussent  prou  granz  ne  preu  larges, 
Si  que  cels  n'i  poeient  sivre 

490  Qui  passé  erent  n'acunsivre; 
E  quant  autre  conseil  ne  surent. 
Si  firent  le  mielz  que  il  porent  : 
En  bargetes  assez  estreites. 
Ou  les  genz  orent  granz  destreites, 

hgh  Passèrent  oUre  a  mult  grant  peine; 
Mais  issi  veit  qui  por  Deu  peine. 
Treiz  jorz  dura  le  passement, 
E  si  ot  grant  entassement; 
E  donc  e  li  fol  e  li  sage 

500  Alerent  quere  Ior  passage. 

Al  plus  procein  port,  a  Marsille, 
Ala  de  genz  une  merveille; 
E  al  port  de  Venetiens 
Râla  de  mult  preuz  cristiens; 

5o5  Tant  en  râla  as  Geneveis 
Ne  sereit  nombre  eneveis, 
E  a  Rarlete  e  a  Brandiz, 
Tant  que  Tem  en  diseit  granz  diz. 
A  Meschines  mult  en  râlèrent, 

5io  Tant  que  ii  dou  rei  ariverent. 
Meschines  est  une  cite 
Dont  li  auetor  ont  mult  conte, 


Fol.  h  «/. 

Les  CroÎMS 
vonls^embarqmr 
nrGi^i>$,  ^Mar- 
seille, à  Veniie, 
h  Barlelte  et  h 
Rrio()i«i. 


hhk  S.  e  pr.  —  A55  premerement  —  kbg  milmlli  —  661-669  intervertU  -*  663  desuv  -^  670  i  mauqai: 
—  671  ot  mort  que  d.  qui  morirent  —  677  pariUerent  —  686  nen  a.  —  685  i  manque  —  686  ne  mM^M^ 
curer  —  689  Nia  —  699  quil  —  696  grani  «MiiftM— •  699  U  premier  c  mtmqne  —  609  Ma  m. 


Ltn  deux  rois 
se  reodentàllef- 
sine. 

ItkHenwtÊtm  Ht- 
tmrdif  H  «  u. 

Situation     «Jr 


15 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


16 


LcroiTancrède 
u>l  contraint  par 
Richard  de  ren- 
dre son  donaire  à 
la  veu\ede  Gail* 
laume  do  Fouille. 


Vo\.  r>  ff. 


ItinerarnimBi- 
rtii'ii.  Il ,  MX, 

La  flotte  de 
Richani  arrive  & 
Mc«»ine. 


Les  habitants 
de  Mewine  mal- 
traitent les  Croi- 
sa 


E  bien  e  bel  assise  viie, 

Car  el  siet  el  chicf  de  Seziile, 
5i5  Desus  le  Far,  encontre  Rise 

Que  Agoland  prist  par  s'emprise. 

Meschines  iert  mult  pleine  d'aises, 

Mais  les  genz  trovames  malveiscs. 

Ia>v  reis  si  ot  a  nom  Tancré , 
5no  Qui  mult  aveit  or  esmcrd 

Que  si  ancesur  aunerent 

Qui  des  Guischart  Robert  régnèrent. 

Lors  ot  une  dame  en  Paleme 

Ki  sujoroë  i  ot  grant  terme, 
530  Reine  ot  esté  del  reaime, 

Femme  espose  le  rei  Gillame; 

Mais  li  proz,  li  bien  entechiez, 

Mu  rut  sanz  eir,  ço  fu  péchiez. 

La  reine  estoit  suer  le  rei 
53o  De  Ëngletere,  ki  prist  conrei 

Qu  il  lui  fist  son  doaire  rendre. 

Si  que  onques  ne  Tosa  défendre 

Tancrez,  qui  esteit  en  saisine 

Del  doaire  e  de  la  reine. 
535       Vos  qui  avez  sens  e  mémoire 

Oistes  bien  coment  Testoire 

E  la  merveille  des  enekes 

Vint  par  devant  Espaine  iloques. 

A  Meschines  vint  la  navie, 
bho  Onques  ne  vi  tele  en  ma  vie, 

Que  li  reis  Richarz  atendoit 

A  cui  Ëngletere  apendoit. 

La  ot  gent  de  maintes  manercs, 

E  très  e  tentes  e  baneres 
5A5  Fichées  contre  val  la  rive. 

Car  la  cité  lor  ert  eschive. 

Près  des  nés  s'estoient  tenu 

Tant  que  li  rei  fusent  venu  ; 

Ker  li  burgeis,  la  grifonaille 
55o  De  la  vile  e  la  garçonaille, 


Gent  estraite  de  Sarazins , 
Ramponoent  noz  pèlerins  : 
Lor  deiz  es  oilz  nos  aportouent, 
E  chiens  pudneis  nus  apelouent; 

555  Chascon  jor  nos  i  laidissouent, 
E  noz  pèlerins  mordrissouent , 
E  les  jetouent  es  privées, 
Dont  lor  oevres  furent  pnivees. 
Soignurs,  costume  est  e  usage 

56o  Que  quant  princes  de  hait  parage, 
Si  haut  com  est  li  rois  de  France 
Dont  par  le  monde  ad  tel  parlance, 
Et  com  est  li  reis  de  Ëngletere 
Ki  si  grant  henor  ad  en  terre, 

565  Entre  ou  en  citië  ou  en  vile. 
N'en  tel  terre  com  est  Sezille, 
Qu  il  i  deit  venir  com  hait  sires 
Por  plusor  genz  e  por  lor  dires; 
Car  c'est  bons  moz,  a  mon  espeir, 

570  Qui  dit  :  trTel  te  vei,  tel  t'espeir.tï 
Por  ço  di  ge,  quant  li  roi  vindreut. 
Que  multes  genz  illoc  sorvindrent. 
Le  rei  de  France  premiers  vint 
A  Meschines,  ou  il  survint 

575  Plusors  genz  qui  veer  Falerent; 
Mais  onques  son  vis  n'avisèrent, 
Kar  il  n'aveit  c'une  nef  sole 
E  el  rivage  ot  presse  e  fuie, 
E  por  celé  presse  eschiver 

580  S'ala  el  paleis  ariver. 

Quant  li  rois  Richarz  ariva. 
Lors  fu  assez  qui  estriva 
De  veer  le  desur  la  rive, 
La  sage  gent  e  la  jolive 

585  Qui  ainz  ne  l'aveient  veu; 
Si  en  eurent  désirer  eu 
De  veer  le  por  sa  proesce; 
E  il  veneit  0  tel  hautesce 


bMl, 
Dt  u 
qui  coofii 
roif. 


Fol.  5  6 


LcToidc 
cBlra  à  ] 
•anaMal 


Rkliai 
aoe  entré 
nellt  k 
(aSiepL 


5 1 'j  ele  —  5i 5  encoste  —  5a3  Lores  —  537  E  manque  —  55/4  E  tnanque  —  555  i  manque  • 
559  usages  —  50o  paragrs  —  565  ou  manque  —  .5i)6  lelc  —  569  Car  cliescon  home  a  son 
—  571  ge  manque  —  58o  p.  a  armer  —  583  Loirs  —  583  le  manque 


558  coures  — 
•  570  te  te^poir 


17 


L'ESTOiaE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


18 


Foi.  5  c.  6o 

Ikmêrvim  K- 

"*,  II.IIT. 

LoLoobardf 
:«itmt«at    Im 


Que  tote  la  mer  ert  coverte 

590  Des  galees  0  gent  aperte, 

Combatanz  od  hardies  chieres, 
Od  penoDcels  e  od  banieres. 
Issi  vint  ii  reis  el  rivage, 
Si  ot  encontre  lui  son  bamage  : 

595  Ses  biaus  destriers  lui  amenèrent 
Qui  en  ses  dromonz  venu  erent, 
E  il  monta  e  sa  gent  tote; 
Si  diseit  tels  qui  vit  la  rote 
Que  itels  reis  deveit  venir 

600  E  bien  deveit  terre  tenir. 
Mais  li  Grifon  s'en  conicerent 
E  li  Lomgebard  en  grocerent 
Por  ço  qu'il  vint  0  tel  estoire 
Sor  lor  citié  e  od  tel  ^oire. 

Quant  li  deu  rei  arivé  furent, 
Li  Grifon  puis  en  pais  s*esturent; 
Mais  li  Longebard  estrivouent 
E  noz  pèlerins  maneçouent 
Que  lor  très  lor  detrenchereient 

Cio  E  lor  aveirs  en  porteraient; 
Car  de  lor  femmes  se  doutèrent 
A  qui  li  pèlerin  parlèrent; 
Mais  tels  le  fist  por  els  grever 
Qui  n'i  deignast  rien  achever. 

6i5  Li  Longebard  e  la  comune 
Orent  toz  jorz  vers  nos  rancune, 
Por  ço  que  lot  pères  lor  distrenl 
Que  nostre  ancesur  les  conquistrent; 
Si  ne  nos  poeient  amer, 

6so  Ainz  nos  quideient  afamer. 
Nel  firent  por  nus  sushaucier. 
Que  il  firent  lor  turs  haucier 
E  les  fossez  plus  parfont  faire. 
Iço  empeira  mult  Tafaire, 

C95  E  les  tançons  e  les  manaces 
Qui  levoient  en  plusors  places. 


Si  avint  un  jor  c*une  famé, 

Que  Ten  dist  que  aveit  non  Ame, 

Portoit  par  Tost  son  pain  a  vendre  : 

63  0  Uns  pèlerins  vit  chaut  e  tendre 
Le  pa'in,  e  ci  en  bai^igna, 
E  la  feme  se  desdeigna 
Del  fuer  por  qu'il  le  requereit. 
Si  que  par  poi  que  nel  fereit^ 

635  Tant  ert  ele  iruse  e  desvee. 
Eth  vos  la  barate  levée, 
E  tant  que  li  burgeis  se  misireut , 
Le  pèlerin  iloques  pristrent, 
Sil  bâtirent  e  chevelereut, 

6/io  E  laidement  le  démenèrent 
Al  rei  Richard  vint  la  clamor  : 
Cil  lor  rcquist  pais  e  amor; 
Pais  enlr  els  quist  c  porchaça 
E  ses  genz  ariere  chaça. 

6â5  Mais  diables,  qui  par  nature 
Het  pais  sor  tote  créature, 
Resmut  el  demain  la  meslee 
Ki  a  meschief  fu  desmellee. 
E  li  dou  rei  erent  ensemble 

G^o  A  un  parlement,  ço  me  semble, 
E  les  justises  de  Sezille 
E  des  hauz  homes  de  la  vile; 
Illoc  parloent  de  pais  faire. 
Eth  vos  endreit  en  cel  afaire, 

655  Issi  com  li  dou  rei  parioent 
De  la  pais  que  faire  quidoent, 
La  novelc  qui  fud  saillie 
Que  nostre  gent  ert  assaillie, 
E  vindrent  par  deus  foiz  message 

660  Que  Tom  en  feseit  grant  damage  ; 
E  li  tierz  mes  qui  vint  après 
Dist  al  rei  :  (r  Ci  ad  maie  pes, 
rr  Quand  U  home  de  ceste  terre 
rOcient  les  genz  de  En^etere 


Itinermium  Bi- 
Cûrdi,  II,  XT. 

La  querelle 
(1*00  pèlerin  atce 
une  femme  de 
Menine  amène 
une  rite  entre 
let  Croisa  et  les 
i^mbords(3oct. 
ii5o). 


Fol. 


5f/. 


Richard  apaise 
la  rixe ,  mais  clic 
recommence  le 
lendemain. 

Itinernrmm  Bi- 
c«rdi,  11,  XTi. 


590  0  la  g.  —  609  QiMD,  detrencbererent  —  610  et^miereint  —  619  nos  ne  poent  ~  699  Quil  —  66a  lor 
nanqw  —  65/i  en  manque  -*  658  ert  manque  —  66&  Toent 


19 


L'ESTOIRE  DE  LA' GUERRE  SAINTE. 


20 


665  (rDedenz  e  dehors  h  citie.?* 
Si  fud  donques  la  verit<^ 
Que  li  LuDgebard  s'en  partirent, 
Qui  as  reis  dislrent,  si  mentirent, 
Que  ço  iert  por  la  tençon  desfairc, 

670  E  ço  n  esteit  fors  por  mal  faire. 
Jordans  del  Pin  e  Mar^piariz, 
A  cui  toz  mais  seit  eschariz. 
Cil  dou  bracerent  la  braçaille 
Del  mal  e  furent  començaille. 
KoI.  G  a.  675  Le  rei  de  France  esteit  illoeques 
E  li  reis  d'Engletere  oveques. 
Si  fud  0  lui  quil  reconta. 
Li  reis  d'Ëngleterre  monta , 
Qui  la  ala  por  départir 

(*)8o  La  mellee,  mais  al  partir 
De  granz  vilainies  li  distrent 
Cil  de  la  vile  e  lui  mesdistrent; 
E  li  reis  se  curut  armer, 
E  les  fist  par  terre  e  par  mer 

685  Assaillir  tut  a  la  rounde, 

Ke  tel  gerrier  n'aveit  el  monde.' 
i.croidfFranc«  Grant  fu  la  noiso  e  la  barate, 

fuit   »ecr*l«ment  g  j^  ^^'^^^  ^^  malvcis  OStatO. 

.-icconl    avec    iw 

Lombanh.  Frauceis  vindrent  lor  seignur  quere 

690  A  Tostel  le  rei  d'Engleterre; 
Kar  la  vile  iert  si  estormie 
Qu'il  n'en  quidereut  trover  mie; 
E  il  revint  e  i^toma 
El  paleis  ou  il  sujorna, 
695  E  li  Lungebard  a  lui  vindrent, 
A  Testrier  senestre  le  tiudrent; 
Si  lui  promistrent  e  donerent 
E  le  jor  lui  abandonerent, 
Ë  preierènt  qu'il  maintenist 
700  Els  en  la  vile,  e  retcnist 
A  son  ues  e  en  son  demaine. 
Si  i  mistrent  e  cust  e  peine, 


Tant  que  li  rois  s'arma  enneire; 
Si  dist  tels  qui  nos  fist  a  croire 

705  Qu'il  aida  a  cels  de  la  terre 

Plus  qu'as  genz  le  roi  d'En^eterc. 
Eth  vos  la  barale  esmeue 
Ë  la  noise  par  l'ost  creue  : 
Li  Franceis  en  la  vile  esteient 

710  Qui  a  aise  se  deporteient, 
U  li  Lungebard  se  Soient; 
Mais  cil  de  l'ost  ne  s'en  guardoient. 
Estes  vos  les  portes  fermées, 
E  les  genz  de  la  vile  armées 

715  E  montées  as  murs  défendre; 
Mais  puis  lor  en  covint  descendre. 
E  cil  qui  erent  hors  sailli 
E  qui  avoient  assailli 
L'ostel  seignur  Hugun  le  Brun 

730  S'escombateient  tôt  comun, 
Quant  li  reis  d'Engletere  i  vint, 
Si  ne  cuit  pas  qu'il  eust  vint 
Homes  o  lui  al  comencer. 
Lors  leisserent  le  manascer 

735  Li  Lungebard  tresque  il  le  virent, 
S'en  tornerent,  si  s'en  fuirent, 
E  li  pruz  reis  lor  corat  sure. 
Si  vit  Ambhoises  a  celé  bore 
Que  quant  cil  le  virent  venir, 

7.'3o  K'adonc  vos  peust  sovenir 
De  berbiz  qui  fuient  a  lou; 
Ausi  com  boef  traient  al  jou 
Traient  cil  sus  vers  la  postemc 
Qui  est  de  la  devers  Palerne, 

735  U  a  force  les  embati 
E  ne  sai  quanz  on  abati. 
Uost  8*asturmi  e  tut  montèrent, 
Come  cil  qui  assailli  erent 
Des  Lungebarz  par  lor  oltrage 

7/10  E  des  faus  Grifons  plains  de  rage. 


Fol.  6 


Ridit 
iti  Lob 
fuite  c 
Mctsine 


671  Aiordani  lupins —  686  gorreicr  —  719  gaadoieot  —  720  «emcombaloient  —  7a&  Loreê  —  737  cort 
•  738  a  icei  —  780  peus  —  7.33  cil  man^  —  7^0  plain 


21 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


33 


Mais  teus  genz  orent  Tovre  enprise 
Qui  mainte  vile  aveient  prise  : 
Ço  erent  Norman  e  Peitevin , 
Gascon,  Mansel  e  Angevin , 
Fol.  6  r.  ^45  E  de  Engleterre  en  i  aveit 

Assez  plus  que  l'em  ne  saveit. 
Hardiement  les  assaillirent. 
Quant  eu  sum  le  mur  les  choisirent, 
Tôt  entor  la  cité  cururent: 

700  Ne  finerent  tant  que  enz  furent. 
E  cil  jetoient  e  traioient 
E  grant  damage  lor  faisoient 
En  sum  des  murs,  d'ars,  d'arbalestes 
Que  il  avoient  totes  prestes, 

755  Getouent  pieres  e  cailles 

E  feroient  noz  genz  granz  cols; 
Quarel,  pilet,  iloc  voloient 
Ki  noz  pèlerins  afoloient. 
Treis  chevalers  nos  afolerent 

760  A  une  porte  ou  il  entrèrent  : 
Li  uns  fud  Pieres  Tireproie 
Qu'il  jetèrent  mort  en  la  voie; 
E  Maheu  de  Sauçoi  aveques 
Regeterent  il  mort  illoques; 

765  E  Raols  de  Rovroi  trovez 
I  refu  mort,  c'est  veir  provez; 
Mult  furent  "pleint  eregreté  :  . 
Deus  lor  otreit  sa  salvetë  ! 
Si  Lungebard  fusent  leal, 

770  Compare  l'eussent  real  ; 
Mais  lor  folie  lor  dut  nuire. 
Que  nus  eschaufa  pur  els  cuire. 
Cil  qui  defendoient  la  vile 
Erent  plus  de  cinquante  mile 

770  Sor  les  murs  e  sor  les  toreles, 
E  od  targes  e  od  roeles. 
La  veissiez  gent  assaillie 
Durement  e  de  grant  baillie. . 


Fol.  6  d. 


Philippe  rcfrle 
«ar  le  rivage  et 
interdit    Teotr^e 


Devers  les  paleis  les  gualies 
780  Esteient  assaillir  alees; 

Mais  li  reis  de  France  i  estoit, 
Qui  sor  le  rivage  s'esteit, 
E  (ist  les  gualees  défendre 

Le  port,  qu'il  nel  peussent  prendre;       ^rf^Ae^R^rbaH 
785  E  il  traistrent  tant  qu'il  ocistreut 

Deus  galioz,  dont  il  mespristrent. 

Mais  de  deçà  devers  la  terre 

Assailloit  li  rois  d'Engletere, 

Qui  les  Lungebarz  envai 
790  Eissi  que  mult  bien  l'en  chai. 

Lor  veissiez  ses  genz  monter 

E  les  montaines  sormonter 

E  coper  les  fraiaus  des  portes; 

La  ot  genz  e  prises  e  mortes. 
795  Par  mi  les  rues  s'enbatirent 

Tels  i  ot  qui  s'en  repentirent, 

Car  cil  getoient  e  traoient 

De  lor  soliers  ou  il  estoient, 

Mais  par  mi  tote  lor  aie 
800  Furent  pris  a  celé  envaie; 

E  qui  que  fust  as  dererains, 

Li  reis  fud  un  des  premerains 

Qui  osast  entrer  en  la  vile; 

Puis  i  entrèrent  bien  dis  mile. 
8o5  Lors  oisiez  noz  genz  huer 


E  desconfire  et  tempester, 

Blecier,  laidir  e  entester. 

Plus  tost  eurent  il  pris  Meschines 
810  C'uns  prostrés  n'ad  dit  ses  matines; 

E  mult  i  oust  gent  occise 

Si  al  rei  n'en  fust  pitië  prise. 

E  bien  poez  de  fi  savoir 

Que  il  ot  perdu  grant  avoir 
81 5  Quant  la  grant  presse  fud  entrée; 

Car  tost  fud  la  vile  pelfree, 


Fol.  7  a. 


7^8  le  mur  tiuuiquê  —  761  cil  manque  —  768  darblestes  —  766  Qnil  —  766  Gelèrent  —  76»  enim  la  proie 
—  763  maher  —  777  genz  —  791  Lores  —  798  fraba  —  79A  k  premier  e  manqué  —  800  pris  manqué  — 
80&  entra  —  8o5  Lores —  806  terêpasié —  809  il  ma$tqui  —  811  m.  iot  —  8t4  Qui! 


s. 


23 


L'ESTOIRE  PE  LA  GUERRE  SAINTE. 


2& 


Si  furent  lor  galecs  arses 

Qui  n*ierent  povrcs  ne  cscharses; 

Si  i  ot  femmes  guaaignees, 

8:20  Bêles  e  pruz  e  enseignées. 
Ge  ne  poi  mie  toi  savoir; 
Mais,  fust  folie  ou  fust  savoir, 
Ainz  qu'il  fust  bien  par  Tost  seu 
Eurent  ja  li  Franceis  veu 

8a 5  Noz  penoncels  e  noz  banieres 
Sor  les  murs  de  plusors  manières, 
Dont  li  reis  de  France  ot  envie 
Qui  lui  dorra  tote  sa  vie, 
E  la  fud  la  guerre  engendrée 

83o  Dont  Normendie  fut  gastee. 
//<n'>r«ni>iii  /?i.  Quaut  H  rois  ot  Meschines  prises 

crdi,  w ,  xf,i.  g  ^^  banieres  es  turs  mises, 

Lors  lui  manda  le  rei  de  France, 
Philippe  est  jii-         Qui  aveit  envie  et  pesance 
Xr  ttt  B35  De  ço  qu'il  les  i  ot  drésciees, 
niôrf»  k  cAié  de         Sos  tteut  cn  orent  coreciees, 

rello»  de  Richard  ° 

sur  1'»  murs  de         Que  SCS  banieres  jus  meisent 

Si  home  e  les  sues  teissent 
Drescier  as  murs  de  la  citié. 

8/jo  Ço  lui  manda  por  vérité. 
Que  de  ço  que  il  en  feseil 
Que  a  sa  hautesce  en  mesfeseit, 
Si  lui  desplaisoit  durement. 
Seignurs,  si  demant  jugement 

8'i5  Li  quels  les  i  deust  mieiz  mètre, 

Cil  qui  ne  se  volt  enlremetrc 

A  Tassait  de  la  citië  prendre, 

Ou  cil  qui  osa  ço  emprendre. 

Li  rois  Richarz  oi  fafairc, 

s5o  Si  n'en  deigna  pas  long  pleit  faire 
Fol.  7  b.         Vers  l'autre  rei  de  tel  requeste, 

Qui  mult  en  iert  en  grant  tempeste; 
Neporquant  mult  i  ot  paroles 
Dites,  hcnuiuses  0  foies; 


855  Mais  l'en  ne  deit  pas  mctre  en  livre 
Totes  folies  ne  escrivre. 
Mais  li  haut  clerc  e  li  haut  home 
Parlèrent  tant,  ço  fu  la  some. 
De  la  pais  en  plusors  maneres, 

8()o  Qe  chescuns  des  reis  ses  baneres 
Ot  e  en  turs  e  en  lureles; 
Puis  pristrent  conrei  des  noveles 
Tost  mander  au  rei  de  Sezille, 
De  la  comune,  de  la  vile, 

805  La  vilainie  e  le  surfeit 
Qui  ert  a  els  e  as  lur  feif. 
Li  messagier  le  rei  Richart 
Li  distrent  de  la  sue  part 
Qu  il  demandoit  od  sa  clamer 

870  Le  doaire  de  sa  sorur 

E  del  grant  trésor  sa  partie , 
Kc  lui  fust  a  dreit  départie, 
Que  dreture  e  raisons  sereit, 
E  quant  que  a  la  dame  afereit. 

875  Li  messagier  furent  nomë, 
Haut  gentil  home  e  renomé 
E  gent  de  mult  grant  parentago 
E  de  mult  grant  seignoriage 
E  mult  furent  de  grant  affaire , 

880  Qui  alerent  en  cel  affaire. 
Li  uns  fud  li  dux  de  Burgoine 
De  cels  qui  quistrent  la  besoine, 
E  l'autre  Robert  de  Sabioil, 
Hait  hom,  proz  et  de  grant  acoii, 

885  E  de  autres  en  i  pot  avoir 
Dont  jo  ne  poi  les  nons  savoir. 
Cist  errèrent  c  chevalcherent, 
E  tant  en  lor  eire  aprochierent 
Que  tut  lor  message  a  brief  terme 

890  Contèrent  al  rei  de  Paleme. 

Li  reis  Tancrez  qui  mult  crt  sages 
Ot  oi.  parier  les  messages; 


lÛM 


Let 

ea«<rie 

cNdcl 
rlamc 
de  M 


Fol. 


818  Dcscliarscs  —  819  Si  ot  —  Sso  k  Cimier  c  manque  —  838  Lorcs  -^  8àt  E  de  eo  qtnl  —  845  deit  — 
8 '16  ïelt  —  853  requeste  —  861  kpremiir  e  manqm  —  877  pQragc  —  878  8cignoraQ«  —  888  eti  mmqw 


25 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


36 


aacr^  Uxi        Mult  aveît  oi  aventures, 
r^^^         Si  iert  bons  clers  des  escriptures, 
••  '*^  895  E  il  saveit  bien  ja  la  chose; 
I  ne«  Phi-         Si  ne  pensa  mie  grant  pose 
A  la  réponse  n'ai  respondre; 
Si  respondi  sani  plus  apondre 
A  la  gent  le  rei  d'Engletere 

900  K'en  Testablie  de  sa  terre 
E  as  barons  de  son  reaume, 
As  costumes  le  rei  Guillame, 
S'i  metreit  de  celé  querelc 
Si  qu'en  semblast  a  chesctm  bêle; 

900  E  se  li  burgeis  de  Meschines 
Orent  fait  foies  aatines, 
N'il  orent  les  reis  coreciez, 
Qu'il  lor  sereit  bien  adresciez. 
E  quant  li  messagier  ço  oirent, 

910  Cil  qui  del  rei  Richart  partirent, 
Il  i  ol  tel  qui  bien  diseit 
Ke  ja  li  reis  n'en  plaidereit  : 
Mult  i  ot  paroles  parties; 
Mais  bones  copes  départies 

91 5  I  ot  as  messagers  de  France; 
Li  autre  mistrent  en  sofTrance. 
Fol.  7  d.         Ore  orez  la  grant  descordee, 
Qui  lors  e  puis  fud  acordee. 
Que  li  reis  de  France  dut  faire, 

990  Qui  dut  mander  en  ccl  afaire 
Priveement  al  rei  Tancré 
(Ne  sai  qu'il  aveit  espéré) 
Que  il  feist  ço  qu'il  voldroit 
E  que  il  gardast  bien  son  droit, 

925  Ne  ja  por  le  roi  d'Engletere 
Ne  se  movroit  vers  lui  de  guerre, 
Qu'il  crt  a  lui  par  sairement. 
S'issi  fud  ç'ala  malement  : 
L'esiorie  ne  garantist  mie 

93o  Que  il  pcnsast  tel  vilainie, 


Mais  li  poples  diseit  sanz  faille 
Qu'il  le  manda,  coment  qu'il  aille. 
Cil  qui  nules  copes  nen  eurent 
Repairerent  a  l'ainz  qu'il  porent, 

935  Lur  message  mult  bien  retindrent 
E  a  Meschines  s'en  revindrent. 
Le  reis  Richarz  adonc  feseit 
Faire  une  ovre  qui  lui  plaiseit, 
Ço  ert  un  chastel ,  Mategrifon , 

9^0  Dont  furent  dolent  li  Grifon. 
Cil  vindrent  al  rei,  si  li  distrent 
Ço  que  al  rei  Tancré  requistrent, 
E  ço  que  il  lui  remandoit 
De  ço  que  il  lui  demandoit, 

ghb  Ço  ert  de  sa  terre  l'establie, 
A  l'esguard  de  sa  baronie; 
E  li  reis  Richarz  respondi , 
Si  que  gueres  n'i  atendi. 
Que  ja  a  lui  ne  plaideroit 

960  E  que  il  se  porchaceroit. 
Quant  la  novele  fud  seue 
Que  pais  ne  triuue  n'iert  tenue, 
Elh  vos  la  guerre  en  grant  dotance 
Por  l'apoail  le  rei  de  France  ; 

955  Car  li  Longebard  vezié 
S'estient  a  lui  alié. 
Eth  vos  la  viande  veee, 
Si  qu'en  l'ost  n'en  veneit  deorec, 
E  ne  fust  Deus  e  la  navie, 

960  Meint  i  menassent  povre  vie; 
Mais  es  nés  ot  lor  garnisture, 
Blez  e  vins,  chars  e  fomesture. 
La  vile  esteit  par  nuit  guaitee 
E  l'ost  esteit  escheigaitiee; 

965  E  li  rei  erent  a  descorde 
Par  envie  qui  tôt  descorde. 
Ço  n'iert  mie  ne  bel  ne  gent; 
Mult  se  penerent  haute  gent 


Lt-s  loc-ssagen 
reviennent  au- 
près de  Richard, 
qui  fait  con- 
slruire  le  chAteau 
de  Mat^riffon. 

/ftnerarmm  Bi- 
cardi,  II ,  XX. 


Fol.  8  a. 

Discorde  entre 
les  rois  de  France 
et  d*Anglelerre. 


901  E  ces —  910  Cil  manque  —  giU  parties  —  918  lorcs  —  998  Qail  —  996  quil  —  936  moueroit 
93o  Qac  li  reis  p.  teie  •»  9^3  ilemandoit  —  9^^^  quil  —  960  quil  —  967  ycc  —  969  le  premier  e  manque 
967  le  premier  ne  manque 


27 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


as 


Itintranvw  lit' 
fftriH.  II .  111. 


Tancrèflc  en- 
voie des  messa- 
gers il  Richard. 
Il  offre  «0,000 
onces  d*or  pour 
le  douaire  de  la 
sœur  du  roi,  et 
une  de  tes  filles 
|x>ur  Arthur  de 
Bretagne  avec 
90,000  onces 
d*or  de  dot.  La 
f»aix  est  conclue 
h  tet  conditions. 

Foi.  8  b. 


De  metre  entre  els  acorde  e  pais, 
970  E  chevalchoent  al  palais, 
A  Mategiifou ,  e  ariere 
ReveDoient  par  la  charerc; 
Mais  onques  n*i  porent  fin  metre, 
Tant  ne  se  sorent  entrcmetrc, 
975  Si  corn  testemoine  la  lelre, 

Devant  que  H  reis  de  Seziile 
Qui  sot  le  surfeit  de  la  vile 
Prist  le  filz  d'un  suen  chancelier 
980  E  od  lui  ot  un  chevaler. 

Mien  escient,  son  conestable, 
Qu  il  tint  a  preu  e  a  establc, 
Sil  (ramist  al  rei  d'Engletere, 
Si  lui  manda  ço  que  sa  guerre 
985  Ne  quereit  il  nient  avoir, 

Mais  s'il  en  voleit  prendre  avoir 
Por  les  quereles  qu'il  quereit, 
Que  volenters  pais  en  fereit, 
E  doreit  vint  mile  onces  d*or 
990  Que  il  prendreit  de  son  trésor, 
E  s'il  voleit  d'un  mariage 
Parier  al  los  de  son  bamage, 
C'une  de  ses  filles  pucele. 
Bel  enfant  e  preu  damoisele, 
995  Dureit  a  Hertur  de  Bretaigne, 
E  por  faire  issi  faite  ovraigne 
Li  prometoit  trestot  sanz  gile 
Des  onces  d'or  autre  vint  mile, 
Ne  mais  que  cel  or  lui  rendroit, 

1000  Si  Herturs  l'emfant  ne  perneit; 
E  sa  sorur  encore  oveques 
Lui  renveiereit  il  illoques. 
Quant  li  reis  ot  ço  entendu, 
Lors  n'i  ad  gueres  atendu , 

ioo5  Qu'autres  genz  renveia  ariere 


Por  querre  pais  ferme  e  entière  : 
L'arcevesque  de  Montreial, 
Celui  de  Rise  le  leal, 
L'evesque  d'Evreues  Johan, 

1010  Qui  mult  soffri  cust  e  ahan, 
Fist  le  reis  le  message  faire, 
Qui  saveient  l'ovre  e  l'afaire, 
E  al  très  genz  od  els  alerent: 
Pais  quistrent  e  pais  aporterent. 

ioi5  E  firent  l'avoir  acondire 

Dont  vos  m'oistes  orainz  dire; 
E  quand  ço  fud  que  il  rcvindrent 
Trcstuit  lie  de  la  pais  devindrent. 
Lors  furent  les  Chartres  leùes 

1030  E  contrescrites  e  veues, 
E  la  pais  cerchiee  e  jurée, 
Dont  la  gent  fud  asseuree, 
E  l'avoir  veu  e  pesiî, 
Dont  il  n'ad  point  al  rei  pesé, 

1035  Qui  mult  fu  coveitus  del  prendre 
Por  el  sen'ise  Deu  despendre; 
E  lui  fud  donc  sa  suer  rendue. 
Qui  dut  estre  mult  chier  vendue. 
Lors  volt  li  reis  que  fust  rendu, 

io3o  Que  plus  n'i  eust  atendu, 

Quant  que  ses  genz  aveient  pris 
Del  lur  :  ço  lui  torna  a  pris; 
Sur  escomunication 
Fud  rendu  par  confession , 

1035  Dont  l'arcevesque  de  Roem 
Dona  mult  hait  consel  e  boen. 
Eth  vos  la  vile  en  bone  estate 
E  sanz  tençon  e  sanz  barate, 
E  quiconques  les  oseit  faire 

lo&o  Sil  feseit  l'om  pendre  ou  desfaire, 
E  fud  l'ost  de  mult  grant  justise: 
Bien  ait  Tanme  qui  l'i  ot  mise  ! 


Fol.  8  e. 


976  Tant  ne  seront  entremetre 
—  998  D0U8  —  looa  reuereit  — 
1019   Lorea  —  1039  Lorcs  velt 
1  o36  mull  manque 


—  979  cheualier  —  98a  Qui  —  990  Quîi  —  998  Come 

—  1006  Lores  —  ioo5  géra  ne  —  1010  mult  manqué 

—  io3a  Des  1.  —  io33  E  sur  —  io36  confension 


996  ouerdgne 
1017  quil  — 
io35  rém  — 


29 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


30 


{M  MU- 

récoo* 


,  XXIII. 


il  b  d. 

J  comble 
nts   se* 

lelRii- 

nitf. 


fî.  IHT. 


Lors  furent  les  voies  eirees, 
Si  reumes  bones  denrées 

lo'io  E  de  chevals  e  de  vitaiile; 
Issi  ala  Tovre  sanz  faille, 
E  li  burgeis  se  repaiserent 
E  les  pèlerins  herbergierent, 
E  li  dou  rei  lors  s'acorderent, 

io5o  Mais  maintes  feiz  puisdescorderent, 
E  partirent  entrels  l'avoir, 
E  ot  chescon  qu'il  dut  avoir. 
Li  chevalier  qui  en  Teste 
Âveient  illoques  esté 

io55  Se  dementouent  e  plaignouent 
Por  la  despense  qu'il  faisouent. 
Tant  ala  sus  e  jus  la  pleinte 
Qu'el  fud  al  rei  Richard  ateinte, 
E  il  dist  que  tant  lor  dureit 

1060  Ke  chescons  loer  s'en  poreit; 
E  lor  dona  si  granz  dons  riches 
Richarz,  qui  n'est  aver  ne  chinches, 
Hanas  d'argent,  copes  dorées, 
K'en  aportoît  a  devantees 

to65  As  chevaliers  lonc  ço  qu'il  erent. 
Que  de  ses  biaus  dons  le  loerent 
E  grant  e  maien  e  menur; 
E  lor  fist  del  suen  tant  henur 
Que  nis  cil  qui  a  pië  estienl 

1070  Cent  soiz  del  suen  al  meins  avoient; 
E  as  dames  déshéritées 
Que  de  Sulie  erent  getees, 
E  as  dames  e  as  meschines 
Dona  il  granz  dons  a  Meschines; 

1075  E  li  reis  de  France  ensement 
Redona  a  ses  genz  granment. 
Eth  vos  tote  l'ost  en  leesce 
Por  l'onor  e  por  la  largesce 
E  por  la  pais  qui  ert  venue; 

1080  Etli  vos  la  grant  feate  tenue  : 


Le  jur  de  la  Nativité 
Li  reis  Richarz  por  verilë 
Fist  crier  que  tuit  i  venissent 
E  que  od  lui  la  Teste  tenissent; 

io85  E  le  rei  de  France  mena 
Mangier  0  lui,  tant  se  pena. 
A  Matesgrifon  fud  la  feste 
En  la  sale  que  par  poeste 
Ot  feito  li  reis  de  Engletere 

1090  Sor  le  pois  a  cels  de  la  terre. 
Ge  fui  al  manger  en  la  sale. 
Mais  onques  n'i  vi  nape  sale 
Ne  hanap  de  fust  ne  escuiele; 
Ainz  i  vi  si  riche  veisele 

1095  De  ovre  trifoire  soldoisce 
E  a  ymages  geteisce, 
A  riches  pieres  precioses, 
Qu'eles  n'ierent  point  enuioses; 
E  si  i  vi  si  bel  servise 

1 1 00  Que  a  chescon  iert  a  sa  devise. 
Bêle  feste  i  ot  e  honeste, 
Com  afereit  a  tele  feste; 
Ne  onques  ne  vi,  ço  me  semble, 
Tanz  riches  dons  doner  ensemble 

iio5  Corne  li  reis  Richarz  dona 
lUoques  e  abandona 
Al  rei  de  France  e  a  sa  gent 
De  vaissele  de  or  e  de  argent. 
Li  termes  vint  de  noz  passages; 

1110  Qui  se  porvit  proz  fud  e  sages. 
De  la  Setembresce,  al  mi^n  esme, 
Jusqu'à  l'issue  de  quareme 
Fu  a  Meschines  a  sujor 
L'ost,  qui  mult  desirot  le  jor 

1 1 1 5  Que  il  fusent  a  Acre  prendre 
0  cels  qui  l'osèrent  enprendre, 
Que  granz  mesaises  i  aveient 
Trop  greignors  que  il  ne  saveient  : 


Grande  félc 
Oonnée  par  Ri- 
chard, à  Maie- 
griffon ,  le  jour 
de  Noël  1190. 


Fol.  9  rt. 


Itiuennum  lU- 
cardip  II ,  xiTi. 


Les  armées  m- 
tonl  h  Memne 
jusqu'à  la  fin  du 
rai^mp. 


ioà3Lores —  1069  lores^-  loSomain  — loSC  despens  —  io65soionc  —  1066  lesmoii^iM —  to83  iomU 
—  1 09a  onc  —  1 099  i  manque  —  1 1  o5  Com  —  1 1 06  Q  lor  a.  —  1 1 1 1  setembre  —  1 1 1 5  Qoil  —  1118  quil 


31 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


83 


Fol.  9  b. 

rhilip|>c  part 
le  premier  pour 
la  lem;  sainte 
(3n  mars  1191). 


Ricbanl  V9  h 
lîeggio  recevoir 
M  mère  Éi4k>nore 
rt  «a  (iancdc  B«- 
rengèrc  i!r  No- 
fnrrp. 


Mult  i  curent  peine  e  ahan 

1100  E  travailz  en  ce!  demi  an. 
E  quant  tant  eurent  sejorné 
Que  Deus  ot  lor  cire  atome, 
Si  fud  Yeritd  sanz  faillancc 
Ke  donc  entra  li  reis  de  France 

1  is5  En  mer,  ii  o  sa  compaignie, 
Un  poi  devant  Pasche  florie. 
Li  reis  Richarz  ne  pot  movoir, 
Kar  il  n  ot  prest  son  cstoveir, 
Ses  galees  ne  ses  uissiers 

]  i3o  A  porter  ses  coranz  destriers 
E  s'armeure  e  sa  vitaille 
Por  aler  sore  la  cheuaille  : 
Por  ço  li  covint  demorer 
E  son  eire  mielz  atorner. 

1 135  Le  rei  de  France  conveia 
Eu  gualees,  puis  s'avoia 
Ultre  le  Far  tôt  droit  a  Rise, 
Dont  novele  li  ert  tramise 
Que  sa  mère  i  esteit  venue 

I  i/io  Qui  amenoit  al  rei  sa  drue. 

Ço  esloit  une  sage  pucele 
E  gentilz  femme  e  preuz  e  bêle, 
Non  pas  fausc  ne  loscngere  ; 
Si  aveit  a  non  Berengiere, 

II  '15  Le  rei  de  Navarc  ot  a  père. 

Qui  Taveit  baillé  a  la  mère 
Le  rei  Richard,  qui  s'en  pena 
Tant  que  jusque  la  li  mena. 
Puis  fud  el  reine  clamée , 

ii5o  E  li  reisTaveit  mult  amee: 

Des  que  il  esteit  coens  de  Poitiers, 
La  coveita  sis  coveitiers. 
Mener  en  fist  droit  a  Meschines 
Sa  mère,  lui  e  ses  meschines; 

1  )55  A  sa  mère  dist  son  plaisir 
E  ele  a  lui  sanz  rien  taisir  : 


La  pucele  retint  qu'ot  chiere, 

E  sa  mère  envoia  ariere 

Sa  terre  guarder  qu'ot  laissée , 

iiCo  Que  s'onors  ne  fust  abaissiee; 
E  Tarcevesque  de  Roem, 
Gauter,  qui  mult  est  saives  hoem. 
Cil  guarda  o  lui  En^etere, 
E  i  ot  mult  travalz  de  guerre; 

1 165  E  si  s'en  torna  lors  d'ilocques 
Giiebert  de  Wascoil  oveques, 
Cil  qui  Gisorz  prendre  laissa. 
Onques  puis  li  rois  ne  cessa; 
Lors  furent  ses  nés  atornees 

1170  E  chargées  e  aprestees 
E  ses  galees  ensement. 
Lors  ni  ot  plus  d'arestement  : 
En  mer  fist  entrer  le  bamage 
E  s'amie,  la  preuz,  la  sage, 

1 175  E  sa  sorur  ovec  s'amie« 
E  od  cis  grant  chevalerie 
Fist  en  un  grant  dromont  porter 
Por  l'une  l'autre  conforter. 
Ses  dromonz  fist  mètre  devant 

1180  E  sigler  vers  soleil  levant; 
Mais  les  enekes  ne  se  murent, 
Qui  movanze  isneles  furent, 
Devant  que  li  reis  ot  mangië: 
Ijores  murent  del  tut  rengië 

11 85  Cil  de  Testoire  merveilluse. 
Ço  fud  la  semaine  penose 
Que  de  Meschines  mut  Tesloirc 
Al  sueurs  Deu  e  a  sa  ^oire. 
Le  mescredi  de  la  semaine 

1 190  Que  Deus  soffri  travail  e  paine 
Nus  reconvenoil  travaillier 
E  par  peor  e  par  veillier. 
Si  se  pot  Meschines  vanter, 
U  Tem  veit  tantes  nés  hanter. 


rol.i 


Rid 
laSid 
BMtr 

reoflvr 

ROQCO 

loin  de 


FU( 


1 1  n3  verte  —  1 1 95  e  il  —  1 1 98  H  manqiu  —  1 189  80r  —  1 1 67  Lî  reis  —  1 1  /ig  ele  —  1 1 55  A  ••  m.  '— 
1 1 65  lors  manqué  —  1 1 G9  Lores  —  1179  Lores  —  1189  isnols 


33 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


3& 


ption  de 
d  de  Mes- 

Chypre. 


rtrwa  Ai 

Il .  XlTIl. 


1 190  Conques  nul  jor  qu'il  ajorna 
Si  riche  estoire  n'eu  torna. 
Ucstoire  ala  tote  rengiee 
Vers  la  terre  Deu  laidengee 
Par  mi  le  Far  dreit  al  palacre 

1300  De  Tautre  mer,  al  chemin  d'Acre. 
F^s  dromonz  alames  ateindre  : 
Lors  veimes  le  vent  remaindre , 
Si  que  li  reis  volt  retorner. 
La  nuit  nos  covint  sujorner, 

1100  Ou  nos  pesast  ou  nos  fust  bel, 
Entre  Kalabre  e  Mont  Gibel. 
Le  jur  del  juesdi  absolu 
Cil  qui  nos  ot  le  vent  tolu 
E  qui  puet  tolir  e  doner 

laio  Le  nos  fist  bien  rabandoner, 
•    E  tote  jor  le  nus  presta  ; 
Mais  fiebles  fud,  si  s'aresta 
La  riche  estoire,  Tenoree. 
Le  jur  de  la  croiz  auree 

laiS  Nos  rencontra  uns  venz  contraires 
As  senestres  près  de  Viaires. 
La  mer  parfonde  se  trobla , 
Li  venz  fu  forz,  qui  la  dobla. 
Grant  iert  la  plaie  al  reploiant; 

laao  Si  n'aiioms  fors  desvoianL 
Pour  eûmes  e  mesaise , 
Bûche  e  cuer  e  leste  malveisse; 
Mais  tut  iço  que  nos  suiTrimes 
Mult  volentiers  le  sustenimes  : 
M.  10  a.  1395  Bien  le  deumes  sustenir 
For  celui  qui  deigna  venir 
A  icet  jor  a  passion 
E  por  nostre  rédemption^ 
Forz  fud  li  venz  qui  nos  cuita 

1 33o  De  si  qu'ai  seir  qu'il  anuita  : 
Lors  eûmes  vent  apaisié 
E  bien  portant  e  aaisîé. 


Li  reis  Richarz  fist  grant  proesce: 
Toz  jorz  ot  il  cuer  en  vistece. 

ia35  Par  nuit  aveit  acostumë 
Qu'en  sa  nef  aveit  alumé 
Un  grant  cirge  en  une  lanterne. 
Qui  mult  getoit  clere  luserne; 
Tote  nuit  ardoit  Cotes  veies 

13/^10  Por  mustrer  as  autres  les  veies  : 
0  lui  aveit  bons  mariners, 
Preuz  e  seurs  de  lor  mesters; 
Al  feu  le  roi  tuit  se  traiouent 
E  bien  près  tut  tens  le  veoient, 

13^5  Ë  se  l'estoire  aillors  (endeit 
E  il  franchement  Tatendeit  : 
Ausi  menoit  l'estoire  fiere 
Com  la  geline  pociniere 
Maine  ses  pocins  en  pasture; 

ia5o  Ço  estoit  proesce  e  nature. 
La  nuit  siglames  a  bandon 
E  sanz  tristur  e  senz  gaudon. 
El  demain  la  vigilie  haute 
Nus  remena  Deus  sanz  défaite, 

1  a 55  La  nuit  tute  ausi  sanz  sujor 
De  la  grant  Pasche  e  tut  le  jor. 
Treis  jorz  erra  tote  esleissiee 
L'estoire  senz  veille  abaissiee  : 
Devant  siglot  li  reis  meismes. 

1360  Le  mecresdi  Crète  veimes; 
La  torna  li  reis  d'Engletere 
Encoste  Tille  près  de  terre; 
Illoc  jut  e  l'estoire  oveques; 
Mais  vint  e  cinc  de  noz  eneques 

1365  Icele  nuit  nos  deperdirent. 
Si  que  le  rei  tut  irië  firent, 
E  mult  en  fud  il  coreciez. 
Al  matin  mut  sigles  dresciez 
Vers  Rodes  le  joesdi  après, 

1370  Une  autre  isle  de  celé  près. 


Fol.  10  b. 


Richard  côtoie 
itlc  (!cCrèU>. 


Arrivai  Rbodos. 


1198  deu  tôle  i.  —  1  aoo  Daulre  m.  —  1  aoa  Lores  —  1  ao3  vell  —  1  ao5  Bsl  b.  —  1  a  1  o  bien  manque  — 
191 5  recontra  —  isSi  Lores —  198 a  aisie —  1935  costume —  1989  tote —  i9/i5  Ese^loire —  i953  vilgiiic. 
—  1955  (ut 


35 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


36 


Rholes. 


Granz  fu  ii  veut  e  haute  Tonde; 
Si  lost  corne  vole  une  aronde 
S'en  va  la  nef  le  mast  ploiant. 
L'isie  de  Rodes  costeiant 

li-jb  Nus  mena  Deus  grant  aleure 
Od  merveilluse  sigleure, 
Qu'il  iert  semblant  qu  il  lui  plaiseit 
La  veie  que  sa  gent  faiseit; 
E  errâmes,  ço  fud  la  voire, 

laSo  Mult  tost  de  ci  qu'a  la  nuit  noire; 
Ë  el  matin  nos  cnbatismes 
En  uns  deslreiz,  si  abatismes 
Nos  (res,  si  fumes  hors  de  painc, 
Sujornant  jusque  diemaine, 

ia85  E  le  matin  fumes  a  Rodes, 
La  citié  u  fud  nez  Herodes. 
DcscripUon  de  Rodes  fud  Une  grant  citié 

Anciene  deantiquitid, 
Autresi  grant  près  corne  Rome; 

1290  A  peine  savreit  hom  la  some, 
Kar  tant  i  ad  maisons  guastees 
E  murs  e  turs  agraventees. 
Fol.  10  c.  E  tant  moslers  qui  encor  durent, 

De  la  plenté  de  gent  qui  furent 

jQQo  Par  (anz  anz  e  par  tanz  aages 
E  par  tanz  divers  seignorages. 
Que  nus  hom  ne  poreit  nombrer. 
Qu'il  n'eusl  grant  a  descombrier, 
Ne  la  grandor  ne  k  noblescc 

i3oo  Qui  est  chaeite  par  viellescev 
E  neporquant  illoc  maneient 
Gent  qui  vitaille  nos  vendeientv 
Riciiarj  ma-  E  por  Qo  que  lî  reis  esteit 

Malades,  e  lui  mesesteit, 

]3o5  Nos  covint  a  Rodes  atendre. 
Cil  fist  e  eoquere  e  aprendre 
Ou  ses  nés  estaient  alees, 
E  si  atendeit  ses  gualees 


ladf  à  Rhodes. 


Qui  lui  siveient  terre  a  terre; 

idio  E  si  enquist  c  fist  enquerrc 
Del  tirant  qui  Cipre  teneit. 
Qui  les  pèlerins  reteneit 
Dis  jorz  a  Rodes  sujomames, 
E  après  quant  nos  en  tornames, 

s3i5  Le  premier  jor  de  mai  sanz  dote 
Fud  quant  Testoire  eissi  en  rote 
De  Rodes  a  veille  levée, 
Dreit  al  gofre  de  Sartalee, 
Qui  est  un  trop  dotos  trespas, 

iSao  N'ad  plus  dotos  en  toz  les  pas  : 
De  quatre  mer»  est  la  bataille. 
Dont  chescone  l'autre  travaille. 
El  gofre  devions  entrer, 
Quant  uns  venz  nos  vint  encontrer 

i3a5  Qui  nos  remena  la  vespree 
La  dont  Testoire  esteit  entrée. 
Li  venz  revint  qui  sovent  change , 
Si  nos  refisl  plus  curteis  change, 
Derieres  vint,  si  nos  bota 

i33o  Si  tost  que  chescons  le  dota 
Por  le  gofre  ou  nos  estions. 
Dont  mutes  peors  avions. 
La  nief  le  rei  esteit  première , 
Qui  toz  jors  en  iert  custumere. 

i335  Li  rois  esguarde  en  haute  mer. 
Si  i  vit  une  boce  errer 
Qui  de  Sulie  reveneit; 
E  il  a  cui  al  cuer  teneit 
S'i  fist  adrescier  por  enquere 

i3/io  Novelesdela  seinte  terre; 

E  cil  distrent  «que  sanz  dotance 
I  esteit  ja  li  reis  de  France , 
Qui  devant  Acre  Fatendeit, 
E  qui  chescon  jur  entendeit 

i3â5  A  feire  engins  por  quei  fust  prise. 
Li  reis  Richarz  une  autre  emprise 


ÇÊnRp  H,  nr 


1191). 


Tempête  di 
fe  golfe  de  Si 
Ue. 


Fui.  tod. 


UidiMd  a 
preod    TarriT 
d«    Philippe 
Acre. 


1976  merueillufl  —  1  sSa  un  —  1  a8/i  dimaine  —  1  â86  li  eredes  —  1 989  oom  —  1 993  encore  —  1 996  qui  i 
—  i3oo  cbiete-^  i3o6  le  premier  c  tnanque  —  1819  Le  gofre  qui  eittun  d.  —  i39a  T  manque  ^^  1896  leitoir 
csloire  e.  —  i335  eflguarda  -*  i336  i  manque  —  iHhô  un. 


37 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


38 


rd  arrive 
e,  ov  il 
iMraret 


1«  mx. 

nératioo 
ulbean 

Kims  ra 


I.  1 1  a. 


•  pir   tn 

Mi. 


Aveit  ja  dedenz  sa  pensée. 
Eht  vos  la  nef  oltre  passée, 
E  li  reis  ai  vent  estriva 

i35o  Tant  que  Dampnedeus  Tariva 
Devant  Cypre  près  de  la  terre 
Que  Dampnedeus  ii  fistconquere, 
E  trova  sa  sorur  illoques 
E  sa  gent  e  s'amie  oveques. 

i355       Oiez ,  seignurs  :  tantes  enjures 
Ë  tantes  granz  mésaventures, 
Tanz  destorbiers,  tantes  ententes, 
Tanz  délais  e  tantes  atentes, 
Tantes  paines,  tani  desirers, 

i36o  Tanz  assauz  e  tanz  encombriers 
Ot  celé  terre  de  Sulie 
Ainz  qu'el  peust  aver  aie  I 
Grant  doel  fud  a  oes  de  Tovraine 
De  l'empereur  d'Alemaine 

i365  Qui  si  i  aloit  hautement, 
Qui  morut  si  sodeement. 
Grant  enjure  ot  la  seinte  terre 
En  la  mort  le  rei  d'Engletere, 
Henri  le  bon  qui  tant  saveit, 

1370  E  qui  si  grant  aveir  aveit, 
Dont  la  terre  fust  sustenue 
E  la  citië  de  Sur  tenue. 
Trop  mesavint  al  seint  reaime 
En  la  mort  le  bon  rei  Guillame, 

1375  Qui  meinte  foiz  la  succurut, 

Si  fud  grant  doel  quant  il  munit. 
Mult  ot  li  règnes  escheeites 
D'ensi  mescheanz  mescbeeites; 
Mais  rien  ne  Taveit  tant  gr^ee, 

i38o  Destorbee  ne  delaiee 

Cum  un  ille  près  de  Sulie  : 
Ço  estoit  Cipre  la  bien  garnie, 
Qui  mult  la  soleit  sostenir 


E  lors  n'en  osoit  riens  venir; 

i385  Ke  il  i  maneit  un  tirant 
Qui  mult  aloit  a  mal  tirant, 
Plus  traiter  e  plus  félon 
De  Judas  ou  de  Guenelon. 
De  Salahadin  iert  privez , 

1390  E  cristiens  ot  eschivez, 

E  si  diseit  Tem  sanz  dotance 
Qu'il  aveient  por  aliance 
Li  uns  de  l'autre  sanc  beu, 
E  si  fud  puis  de  veir  seu. 

iSgS  Issi  se  fist  empereur, 

Nel  fist  pas,  mais  empeireur: 
Car  sei  meismes  empeirot; 
Onques  qu^il  peust  ne  finot 
De  mal  faire  e  de  porchacer 

i/ioo  E  des  cristiens  Deu  chacier. 
Illoc  ot  trois  nés  pecheiees 
Dei  rei  Richard,  de  ses  maisnees. 
Cil  qui  estorstrent  del  péril , 
Qui  erent  tome  a  essil, 

i6o5  A  icels  fist  lor  armes  rendre. 
Puis  les  fist  il  trair  e  prendre, 
Por  ço  qu'il  lur  asseura 
La  seurté  ki  poi  durra, 
Kar  assaillir  les  fist  aneire 

1610  Cil  qui  point  ne  fesoit  a  creire; 
Mais  cil  si  bien  se  défendirent 
Que  lor  maltalenz  lor  vendirent 
Od  seul  treis  ares  que  il  aveient. 
Dont  li  Grifon  mot  ne  sa  voient. 

16 15  La  ert  Rodiers  de  Herdecort, 
Compainz  ie  rei  e  de  sa  cort, 
Ki  sur  une  ywe  reereue 
I  ot  tost  lor  gent  descreue; 
E  Guillames  del  Bois  Normant, 

thûo  Li  bons  archiers,  aloit  traiant, 


Fol.  1 1  b. 

Itùurmium  Bi- 
coréi,  II ,  XXX. 

Naufrage  el 
aveDtore  de  Ro- 
dier  d*Hareoaii 
et  de  Gaillamne 
du  Bois  •  Nor- 
mand. 


1368  nef  ja  0.  —  i35o  Dampneus —  i358  E  tanz  —  i36o  e  nwn^  —  iSôa  eie  —  i363  tel  oueraine 

—  i365  i  manque —  1376  surcurnt  —  1377  mesdieeites  —  1879  gn^giee —  i38&  iores  —  1898  Loos  — 
1896  empereur —  1899  de  manque  —  1609  des  ses  m.  —  iÂo3  estordirent—  lAoSarnes —  1606  il  mon^ 

—  1Â08  aeinle  •—  lAio acreoire —  làii  cil  qui  si -—  1&18  qoil  —  i4i5  foèn 


8. 


39 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


AO 


Itinerar'mm  Pti- 
tardif  II,  mu. 

La  sœur  et  la 
fiancée  de  Ri- 
rhard  sont  en 
iluugpr  d'èlre 
prist  s. 


Fol.  1 1  c. 


Richard  Teat 

négocier  avec 

l'empereur  de 
Chypre. 


Qui  fcrcit  devant  e  derierc, 
Si  ert  plus  crcmuz  que  n'est  pcriere. . 
Si  que  veiant  cels  s'en  alerent, 
Jusqu  as  dromonz  ki  al  port  ercnt 

i/ia5  Ou  la  reine  csloit  venue. 
La  ot  grant  bataille  tenue; 
Mais  bien  le  firent  li  prison. 
Quant  li  reis  sot  la  mesprison, 
Qui  s*esteit  al  port  arcstcz 

i/î3o  U  ses  homes  sot  tempestez, 
Vit  le  dromonl  de  sa  sorur 
Qui  Tateudeit  en  grant  freor, 
Vit  la  rive  tote  coverte 
De  la  grezescbe  gent  colverle, 

i/i35  Peors  Sarazins  ne  voltquerre  : 
Si  se  fist  treire  vers  la  terre 
Que  li  tiranz  quida  défendre, 
Qui  le  preu  rei  n'osa  a  tendre. 
Par  un  lundi  la  matinée 

\f\ho  Âveit  Deus  Tovre  destinée 
Qu'il  Yoleit  que  li  rois  feist, 
E  que  les  perilliez  queist^ 
E  que  sa  suror  delivrast, 
E  que  s'amie  aillors  menast. 

i'i/î5  Chascone  haeitla  jornee 
Que  ele  esteit  iloc  tornee, 
Car  Tempereres  les  eust 
Ambesdous  prises  s'il  peusl. 
Le  port  que  li  reis  voleit  prendre, 

i^t5o  Assez  fud  qui  lui  volt  défendre; 
Kar  l'empereres  i  esteit, 
Qui  desor  la  rive  s'esleit 
Od  taut  de  gent  comm  pot  mander 
Par  avcir  e  par  comander. 

i'i55  E  li  reis  prist  un  messagier, 
Si  le  fist  a  tere  nagier, 
A  l'empereur  l'envoia 


E  corteisement  lui  proia 

Qu'il  rendist  l'aveir  as  prisons, 
i/î()o  E  adresçast  les  mesprisons 

Qu'il  ot  faites  as  pèlerins, 

Dont  fist  plorer  moins  orphenins. 

Cil  ot  escbar  del  messagier 

Si  grant  jusqu'à  sei  enragier, 
i/t65  Si  ne  pot  pas  atemprer  s'ire, 

Ainz  dist  al  messagier  :  «c  Tproupt,  sire  I  »    iMpo«i 

N'onques  plus  bel  ne  volt  respondre,    mr. 

Ainz  comença  d'eschar  a  grondre. 

Cil  mut  ariere  isnelement, 
1^70  Si  redist  al  rei  bêlement  ; 

Le  rei  oi  le  mot  huntus, 

Si  dist  a  ses  genz  :  cr Armez  vus!?) 

E  il  si  firent  erralmenf ,  Pol.  1 1  à 

E  si  ni  mistrent  pas  grantment. 
1670  Esbargetes  de  lor  enekes 

Les  covint  mètre  armez  illoques. 

La  entra  des  bons  chevalers 

E  de  hardiz  arbalestiers; 

E  cil  ravoient  arbalestes 
1680  E  lor  genz  as  rivages  prestes, 

E  si  aveient  cinc  galees 

Qui  esteient  lofes  armées; 

Mais  quant  virent  noz  armeures, 

Poi  furent  puis  lor  genz  seures. 
i/i85      En  la  vile  de  Limeçon,  nidwrdait 

Ou  mut  Tassait  e  la  tençon, 

N'aveil  remis  huis  ne  feneslre 

Ne  riens  que  nuisance  puise  cstre, 

Tunel  ne  tone,  escu  ne  large, 
1^90  Ne  vielz  galee  ne  vielz  barge. 

Ne  fust  ne  planche  ne  degré, 

Qu'il  i  aportoient  de  gré. 

Qu'il  u'adresçassent  el  rivage 

Por  faire  as  pèlerins  damage; 


LimiM). 


i/iaa  q.  niert  pcriee  —  xU^Z  pliuieur$  vers  onii$  — ^  ikûk  Juâquas  porz  —  ihSo  set  t.  —  iâ35  vdl  — 
i/tdS  Que,  pr.  le  r.  —  ihhb  haiel  —  ihkô  Qucle  —  1/1A9  iielt —  t/i5o  velt —  i&5i  sor —  i&6s  meînt 
—  1 466  Irop  —  1 Û67  velt  —  1^75  En  b.  —  1678  arblastiers  —  1  '479  arblastes  —  1489  Tone  ne  lunel 


Ai 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


hi 


thf)o  ¥j  il  tut  arme  par  la  rive, 

Sorquidë  plus  que  gent  qui  vive, 
Od  penoncels  e  od  banieres, 
De  cbiers  dras  e  d^eograines  chieres, 
Sor  grant  chevals  forz  e  isnels 

iSoo  E  sor  granz  muls  puissanz  e  bels , 
Cunie  chiens  lorcs  nus  huèrent  : 
Mais  lor  orgoil  tosl  lor  muèrent. 
Muit  avions  mal  giu  parti, 
Que  erioms  de  mer  parti, 

i5o5  E  estioms  mis  es  bargetles 
Qui  estient  muit  pefitettes, 
Tôt  estordi  des  granz  torinenz 
E  desboslië  des  croillcmenz, 
I.  lû  a.  E  de  noz  armes  tut  chargië, 

i3io  E  si  estoit  chescons  a  pie; 
E  cil  esteient  en  lor  terre; 
Mais  nos  savions  plus  de  guerre. 
Nostre  arbaleslier  assaillirent, 
Si  i  ot  tels  qui  pas  ne  faillirent  : 

i5i5  As  galioz  tresfrent  avant 

Qui  de  guerre  erent  non  savant; 

Tant  les  blecerent  e  nafrerent 

En  lor  galees  ou  il  erent 

Qu  en  mer  sallouent  quatre  e  quatre. 

i5ao  Lors  veissiez  Tun  l'autre  abatre; 
Puis  furent  lor  galees  prises 
E  ovec  noz  eueques  mises. 
Treslrent  archer  espesement 
E  arbalestier  ensement; 

iSao  As  Grius  firent  estai  muer. 
Lors  oisiez  noz  genz  huer 
Com  il  nos  aveient  huë 
Ainz  que  nos  fuisoms  remue. 
De  deus  parz  trestrent  e  lancèrent, 

i53o  E  li  nageur  s'avancèrent, 
E  quarel  e  pilet  ploveient 
De  quel  part  que  il  se  moveient. 


Tote  la  rive  e  le  rivage 

lert  pleine  de  la  gent  salvage  : 

i535  La  veissiez  hardie  emprise 
E  gent  de  guerre  bien  aprise; 
E  quant  li  reis  vit  estriver 
Ses  conpaignons  por  ariver, 
De  sa  bargele  en  mer  sailli 

i56o  E  vint  as  Grius,  sis  assailli; 
E  tuit  li  autre  après  saillirent, 
E  li  Grifon  se  défendirent, 
E  cil  les  alerent  ferant 
Par  le  rivage  ç  comqueranl. 

i5/i5  La  veissiez  quarels  voler 
E  Grius  morir  e  afoler; 
En  la  vile  les  embatirent 
E  hurterent  e  abatirent  : 
€ome  leon  les  requereicnt, 

i55o  Es  cors  e  es  chevals  fereient. 
Devant  la  vaillant  gent  latine 
S'en  fuient  li  Griu  e  Termine  : 
De  si  qu'as  champs  les  enchacerent 
Si  durement  qu'il  en  chaccrent 

i555  L'empereor  qui  s'en  fui; 
E  li  reis  l'a  tant  pofôivi 
Que  il  gaigna  erralment 
Ne  sai  ou  roncin  ou  jument. 
Un  sac  trossé  detriës  la  sele, 

i56o  Si  aveit  estrius  de  cordele. 
De  terre  en  la  sele  sailli; 
Al  faus  empereur  failli 
Dist  :  rrL'emperere!  vien,  si  joslel?? 
Mais  il  n'aveit  cure  de  joslc. 

i565  Li  reis  la  nuit  sanz  plus  targer 
Fist  tanz  de  chevalz  descharger 
Cum  enz  es  eneques  avoit. 
L'empereres  mot  ne  savoit 
Qu'il  en  cust  nul  amène. 

1570  Li  cheval  furent  démené, 


fol.  1  2  6. 


Victoire  (l«lli- 
chanl  cl  fuite  de 
l'empereur. 


itiitamriutM  Hi- 
cardif  H,  ixuii. 

Ricbani,  après 
avoir  recneiili  l« 
hutiii ,  M  met  à 
la  poursuite  'i!c 
IVmporenr. 


1 696 que v.  —  1  '198  e  manque  —  1 5oo  muit  —  1 5o  1  Cum  —  1 5o9  o.  ncl.  —  1 507  de  —  1 5 1 3  arblaslier 
—  i5a4  arblastcr —  t5a5  furent  —  i5«6  Lores  —  i5a7  Kcr  —  i5a8  nos  tnanque  —  i53i  pioucnt  — 
1339  Large —  15/19  C®™  —  *^^7  Q"il  —  *^^^  chaqjor 


/i3 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


&& 


Car  il  crent  lut  engurdi 

E  deboistié  e  esturdi 

D'un  mois  qu'orent  en  mer  esté 

E  sanz  jesir  loz  jorz  esté. 

1575  Sanz  plus  de  sejor  qu'il  eussent, 
Que  par  raison  aveir  deussent, 
I  monta  li  reis  el  demain , 
Ki  la  chose  aveit  prise  en  main. 
Illooc  en  une  olivereie, 

i58o  Assez  près  dejoste  une  voie, 
Fol.  ij  c.  Aveit  de  Grius  od  lur  baneres 

E  od  penunceis  de  manières; 
Ë  li  reis  les  en  fist  chacier  : 
El  chief  se  mist  Tclme  d'acier, 

i585  E  les  sivi  gi*ant  aleure. 

La  veissiez  preuz  gent  seurel 

Cil  devant  bien  les  enchacerent  : 

Cil  fuirent  e  cil  chacerent, 

Tant  que  noz  genz  les  granz  ostz  virent  ; 

1590  Cil  chacerent  e  cil  fuirent, 
E  il  donques  si  s'areslerent; 
Cist  chacerent  e  cil  huèrent, 
E  tel  noise  e  tel  cri  i  firent  ' 
(Ço  contèrent  cil  qui  Foirent) 

1596  Que  Tempereres  de  sa  tente 
Les  oi,  a  la  meie  entente. 
De  pius  de  mi  liuue  de  terre. 
Illoc  s'ert  retraiz  por  la  guerre, 
La  aveit  digne  e  dormi, 

1 600  Mais  forment  furent  estormi. 

Lors  monta  e  ses  genz  montèrent 
E  les  montaignes  sormonterent, 
Por  veer  que  lur  gent  fereient, 
Que  riens  fors  traire  ne  savoient: 

i6o5  Toz  jorz  tornoent  e  huoent, 
E  noz  genz  ne  se  remuoent. 
La  vint  ai  rei  uns  clers  armez, 
Huge  de  la  Mare  ert  nomez, 

1 57 1  desgurdi  —  1 879  oliuerie  —  1 586  se  manque  — 

—  1698  sesl  —  i6o3.freieDt —  1606  remouenl —  1607 

—  1635  c.  hobc  sor  ia  iouc  —  i638  e  manque 


Qui  par  conseil  lui  ala  dire 

1610  E  lui  dist  :  (r  Alez  vos  en,  sire  : 
(rll  ont  grant  gent  a  desmesure.  1» 
(T  Sire  clers,  de  vostre  escripture,?» 
Dist  li  reis,  <rvos  entremetez, 
«E  de  la  presse  vos  jetez; 

161 5  c( Laissiez  nos  la  chevalerie, 
crPor  Deu  e  por  seinte  Marie  I^ 
E  cil  e  autre  lui  disoient 
Por  la  grant  gent  que  il  veoient, 
N'il  n'erent  pas  plus  de  quarante 

1630  Chevaliers,  ou  al  plus  cinquante, 
Ovec  le  roi  a  icele  hore; 
E  li  preuz  reis  lor  corut  sore, 
Qu  aine  plus  n'i  ala  atendant  : 
Plus  tost  c'une  foudre  fondant, 

16a 5  Joint  com  hoberels  sor  Taloue 
(Qui  la  pointe  veit,  muit  ia  loue), 
S'i  feri  très  parmi  la  presse 
De  la  greszesche  gent  engresse, 
Si  que  toz  les  descuureia 

i63o  A  force,  e  tels  les  conreia 
C'uns  a  autre  ne  se  teneit, 
Demenlers  que  sa  gent  veneit; 
E  des  que  il  crurent  e  il  vindrent, 
Tant  en  oscistrent  et  retindrent, 

i635  Sanz  cels  qui  fuirent  a  honte, 

Que  nuls  ne  soit  des  morz  le  conte; 
Car  cil  qui  avoient  chevak 
S'en  fuirent  e  monz  e  vak, 
E  la  gent  de  pié,  la  menue, 

1660  Fud  tote  morte  ou  retenue. 
Fort  fu  li  estorz  e  pesanz  : 
Tant  veissiez  chevals  gisanz, 
Haubers  e  espees  e  lances 
Ë  penoncels  e  conisances  : 

16&5  Trebuchoent  cheval  e  some. 
L'emperere  vit  que  si  home 

i586  geni  e  seure —  i588  fuient  —  1898  i  mtmqut 
V.  a  lai  —  1618  qui!  —  16a a  cori  —  i6a/i  fendant 


Fol.  19  (f. 


Nottxelle 
toiredeRkb 


hô 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


h6 


i3  a. 


cdaraicp 


Noz  genz  ne  sofferreient  mie, 
E  toz  jorz  cresoit  nostre  aie , 
Si  s'en  fui  a  ia  montaine 

i65o  E  sa  gent  hermine  e  grifaine  : 
A  plein  lor  leissouent  la  terre. 
Quant  Richarz ,  li  reis  d'Engleterre , 
Aparçut  que  il  s'en  fuieient 
E  que  lor  gent  lor  guerpisoient, 

1 655  Celui  qui  portoit  la  baniere 
L'empereur  en  tel  manière 
Feri  li  reis  qu'il  gaigna 
La  baniere,  e  si  comanda 
Que  ele  fust  mult  bien  guardee. 

1660  Lors  vit  lor  gent  si  reusee 
E  fuir  s'en  come  tempeste, 
àSang^ent  meint  cors  e  meinte  teste, 
E  qu  il  n'en  feist  mes  nul  sivre , 
Car  nés  peust  pas  aconsivre 

iG65  E  que  dous  liues  iert  durez 

L'enchauz  de  noz  Francs  adurez. 
Si  s'en  revint  son  petit  pas, 
Mais  serjant  ne  finouent  pas, 
Ainçois  pristrent  de  la  vessele 

1670  Tant,  d'or  et  d'argent,  riche  e  bêle, 
Que  li  emperere  ot  laissiee 
La  ou  sa  tente  fud  fichée, 
Son  hemeis  e  son  lit  demeine, 
E  dras  de  seie  e  dras  en  graine, 

1675  E  chevals  e  muls  si  chargiez 
Come  si  ço  fust  uns  marchiez, 
Haubers  e  helmes  e  espees 
Que  li  Grifon  eurent  getees. 
Bues  e  vaches  e  pors  e  chievres, 

1680  Trop  isneles  e  trop  enrievres. 
Notons  e  berbiz  e  aigneis, 
Iwes  e  polaips  gras  e  biaos. 
Chapons  e  gelines  e  cos 
E  cras  muiez  chargiez  les  dos 


i685  De  bones  coites  bien  parpoinles 
E  de  robes  bêles  e  ceintes, 
E  bons  chevals  qui  plus  valeient 
Que  li  nostre  qui  las  esteient; 
E  si  pristrent  son  drugeman , 

1690  Que  jo  oi  apeler  Johan, 

E  tanz  (irifons  e  tanz  Hermins 
Qu'il  encombroient  les  chemins, 
Tanz  bons  vins  e  tante  vitaiile 
Que  nuls  n'en  set  conte  ne  taille; 

1695  E  li  reis  fist  un  ban  crier 
Que  sauf  venir  e  sauf  aler 
Peussent  les  genz  de  la  terre , 
Tut  cil  qui  ne  voleient  guerre, 
E  cil  qui  la  pais  ne  voloient 

1700  Pais  netriuues  de  lui  n'avreient. 
Le  samedi  de  la  semaine 
Que  li  Grifon  orent  tel  paioe 
Vint  a  Limeçon  treis  galees 
Ki  de  Cipre  esteient  tornees, 

1705  U  li  reis  de  Jérusalem 

Esteit,  ke  mult  esgarda  l'em. 
C'iert  li  reis  Guis  de  Lizegnan 
Qui  ot  tante  peine  e  ahan 
Por  la  terre  Deu  sustenir 

1710  Ke  il  l'en  conveneit  venir; 
Car  li  reis  de  France  voleit. 
Dont  li  cuers  del  cors  lui  doleit, 
A  sa  persone  tant  mesfaire 
Qu'il  voleit  del  marchis  rei  faire; 

1715  E  por  ço  guerpi  ot  la  terre 
E  veneit  al  rei  d'Engletere, 
Qu'il  len  aidast  a  meintenir. 
Li  reis  ama  mult  son  venir 
E  si  ala  encontre  aneire; 

1790  E  si  poei  saveir  e  creire 
Qu'il  le  reçut  o  bon  curage, 
Car  il  ert  de  mult  grant  lignage 


Fol.  1 3  6. 


Itinerarium  lii- 
'urdif  U,  tlXiT. 

Arrivée  h  Chy- 
pre do  roi  Gai  de 


16&7  aofireient  —  i653  qail  —  i656  Leaiperur  en  lel€  —  iC5^  si  qail  —  1660  Lores —  1671  leinpemir 
—  1675  E  man^ —  i676Goai —  1680  ûtoeb —  i685  E  b.  c.  bones  p. —  1693  Et.  —  1700  aaereient  — 
1708  Yindrent  —  1706  ki  —  1710  Kil  —  1718  cors  de  lui  —  1716  ot  man^€ 


hl 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


&8 


E  hautement  enparentez . 
Qu'iloc  esteit  ses  parcnlcz, 
Fol.  i3  c.  1735  Si  uert  il  mie  aparissant 

Que  de  petit  fusent  eissant. 
Li  rois  lui  fist  joie  plenere 
E  lionor  en  meinte  manière 
E  lui  (lona  de  son  avoir 
1730  (Si  fist  corteisie  e  savoir), 

Que  Tem  preisa  deus  mile  mars 
(Ço  ne  fu  mie  dons  eschars), 
E  vint  copes  de  son  trésor, 
Si  furent  les  deus  de  fin  or. 
/ftwfvfmm  y.i-  1735  E  Tendemain  la  matinée 

Noces  de  iii-  1^*  "d  la  damoiseie  csposee 

.Lara  ei  .le  Bé-  £  corunoe  a  Limeçon , 

La  bele,  od  la  clore  façon, 
La  plus  sage  feme  a  devise 
i-jho  Que  Tem  trovast  en  nule  guise. 
Eth  vos  que  li  reis  fud  en  glorie 
E  en  joie  de  sa  vittorie, 
E  de  ço  qu'il  s'icrl  mariez 
A  celé  cui  il  s'iert  fiez. 
Arritéidrtjja-  ï-fhô  Eth  VOS  scs  gualces  veuucs, 

ièrcs  du  roi.  /-v         «j  •*  x       x      4       J 

Que  li  aveit  tant  atendues  : 
Si  bien  armées  e  guarnies. 
Ne  veimes  tels  en  iioz  vies; 
Les  cinc  ovec  acompaigniees, 

1750  Qui  illoc  furent  guaiguees  : 
Od  les  autres  de  par  les  porz, 
Dont  il  ot  puis  toz  les  desporz. 
En  ol  armées  bien  quarante , 
Qui  d'autres  valoienl  cinquante; 

1755  Dont  puis  prist  la  nef  merveillose 
Ou  tant  ot  gent  bataillerose 
Qui  furent  a  uit  cent  esmé, 
Turc  e  Persant,  non  pas  cresmë; 
Sin  fud  li  reis  plus  esbaudiz 


17  Go  Sor  Grius  e  sor  Hermins  maudiz. 
Lors  fist  son  ost  apariller 
E  ses  guaites  par  nuit  veiller 
Por  aler  l'empereur  quere 
E  prendre  le  en  mi  sa  terre. 

1765      Après  celé  descomfiture 
U  li  Greu  eurent  tel  iaidure 
lert  l'emperere  a  Nicosie , 
E  il  e  sa  grant  conpainie, 
Irriez,  dolenz  e  esperduz 

1770  De  ses  homes  qu'il  ot  perduz, 
E  qu'il  aveit  esté  chaciez  : 
De  ço  n'estoit  pas  solaciez; 
Mais  trop  hiert  haiz  en  sa  terre , 
Si  cremoit  le  rei  d'Engletere, 

1775  E  lors  lui  manda  parlement 
Por  faire  lui  adrescement, 
E  lui  manda  qu'a  lui  vendreit 
E  que  liante  li  tendreit 
E  menreit  en  sa  compaignie 

1780  Cinc  cenz  homes  jusqu'en  Sulie, 
Tôt  a  cheval  al  Deu  servise, 
E  fereit  tut  a  sa  devise; 
E  si  fud  en  la  covenance, 
Que  li  reis  ne  fusten  dotance, 

1785  Ses  chastels  a  baillier  en  guages 
E  toz  ses  riches  héritages, 
E  por  les  pertes  de  sa  gent 
Trei  mile  cinc  cent  mars  d'argent, 
E  s'il  le  servisl  adecertes 

1790  Si  reustsa  terre  en  désertes. 
Li  reis  graa  le  parlement 
£  l'empereres  ensement. 
Le  parlement  aterminerent 
D'ambes  parz  e  aine  ne  finerent; 

1795  Si  fud  en  une  figueroie 
Entre  la-  marine  c  la  voie 


Fd.  i3i. 

OirBy  II,  I 


Ncgodi 
d«  rcap 
■wc  Biduir 


Foi.  ifi  «• 


173'!  Qui  e  iloc  esteit  aparentez  —  1736  Co  erenl  li  mieles —  17^3  A  celé  quil  sert —  17/i/i  E  déco  quii 
—  17/46  Qui!  —  17/18  vit  lem  —  1761  Lores  —  1763  lemperur  —  1765  icele  —  1767  iempereres  — 
1768  grant  tnauque  —  1769  L  éd.  —  1775  lores  —  1779  menereit  —  178a  freit  —  1790  ses  terres  — 

179")  fijiiroic 


49 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


50 


rd    eoo- 


De  Limeçon,  si  com  me  semble, 
E  les  sues  iloc  ensemble, 
E  furent  les  choses  retraites 

1800  Assez  mielz  que  ne  furent  faites. 
Li  reîs  apela  ses  maisnees 
E  de  ses  genz  plus  enraisneës; 
Lors  dist  a  cels  qui  0  li  erent, 
Qui  tele  pais  mult  désirèrent  : 

i8o5  trSeignors,  vos  estes  ma  main  destre: 
ffVeez  si  ceste  pais  puet  estre; 
r  Gardez  que  vostre  henors  i  gise 
rE  que  ja  de  rien  n'i  desfise; 
rr  Car  s'el  vos  plaist  el  sera  faite, 

1810  ffU  remise  s'el  vos  deshaite.^» 
ffSire,^  distrent,  (tele  nos  grée, 
.  (tE  tel  pais  nos  est  honorée.  « 
Arieres  sunt  tost  revenu 
E  furent  a  la  pais  tenu , 

i8i5  E  Tempereres  eralment 
Jura  al  rei  le  sairement 
E  Ten  asseura  illoques 
E  Ten  baisa  a  fei  oveques; 
E  li  reis  s'en  revint  a  Tost 

1890  Qui  près  esteit,  si  i  fud  tost. 
lA>rs  comanda  sanz  plus  atentes 
Que  Tem  charjast  treis  riches  tentes, 
Qu  il  prist  od  la  desconfiture 
Des  Grifons  de  maie  nature 

1895  (L'empereur  furent  demaine 
E  si  esteient  de  fustaine), 
E  riche  vaissele  a  plenté; 
Si  Tenveia  par  grant  chierté 
A  Tempereur,  qui  fist  prendre 
'0L16  6.  i83o  La  veisseie,  e  les  tentes  rendre 
En  icele  place  meismes 
Del  parlement  dont  nos  deimes. 
En  celé  meimes  vespree 


tperrarde 

et  le  roi 

i  fAot  U 


'  U.  ttlTIlL 


Que  celé  pais  fud  atempree 

i835  Aveit  ovec  l'empereur 
Un  chevalier  encuseur  : 
Paien  de  Chaiphas  ot  non; 
Faus  iert  e  fel  plus  d'un  gaignon. 
Cil  fist  l'empereur  entendre 

i8âo  Que  li  reis  le  volt  faire  prendre; 
Mais  mençonge  li  fist  acroire. 
E  li  empercres  aneire 
Munta  en  un  cheval  isnel 
Que  il  apelouent  Fauvel. 

18&5  Sor  Fauvel  s'en  toma  fuiant 
Cum  se  il  s'alast  deduiant,    . 
E  leissa  i  hemès  e  tentes, 
Si  com  hom  qui  pert  ses  ententes, 
E  deus  destriers  ignels  e  forz, 

i85o  E  n  errot  a  grant  efforz. 
Li  rois  sot  qu'il  en  iert  fuiz, 
Si  ne  volt  pas  qu'il  fust  siviz, 
Car  ne  voleit  la  triuue  enfraindre, 
Ni  chevals  n'i  peust  ataindre.  ^ 

t855  Mais  quant  il  vit  de  lui  la  fuite, 
Nel  volt  pas  del  tôt  clamer  quite , 
Sil  cercha  par  mer  e  par  terre 
E  mult  s'entremist  de  lui  querre. 
Ses  gualees  par  nuit  s'esmurent  : 

1860  Par  tens  a  Fomagoce  furent; 
Il  meismes  s'i  ala  mètre, 
Car  mult  s'en  voleit  entremetre. 
Al  rei  de  Jérusalem  dist 
Que  par  terre  le  conduisist, 

1 865  E  qu'il  sivist  l'empereur. 
Son  parjure,  son  traiter, 
Saveir  si  ja  meis  fust  vcui. 
Li  reis  Guis  s'est  lors  esmeuz: 
A  Fomagoce  la  citië 

1870  Vint  en  treis  jorz  por  vérité, 


L*emperear , 
cooMilH  par 
Paien  de  Caï- 
pba^  f  s^anfoit  k 
Ftmagonite. 


Hidiard  va  par 
mer  k  Fama- 
gousle  tt  y  en- 
vola par  ierrv  le 
roi  Gui. 

Fol.  1  h  c. 


1797  come  —  1809  sele,  de —  1810  sele  —  1819  tele —  1817  E  le  a. —  1890  imanque-^  1891  Lores 

—  1894  De  grifon  —  i8a5  Lempenir —  1897  v.  e  •  —  1899  lemperur  quil  feût  —  1 833  icele  —  1889  lem- 
pemr  —  iHho  uelt,  peodre  —  18/19  Icmpereres  —  18A/1  Quil —  1866  sil  —  i859  uelt  —  i856  Si  nel  oeil 

—  1 859  par  la  nuit  —  1 860  E  par  —  1 8G 1  i  manqw  —  s  869  se  v.  —  1 868  lores 


51 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


53 


L^é^éque      d« 

Dreux  de  Mello 
viennenl  presser 
Richard  de  se 
rendre  h  Saint- 
Jpsn-d'Acrr. 


Fol.  th  fi 


UicUanl  luar- 
clie  far  Nicosie. 


Dont  les  genz  s^en  erent  alees. 
La  vint  li  reis  o  ses  gualees; 
A  ses  gualees  fist  guaiter 
Toz  les  porz  e  eschelgaitier, 

1870  Que  cil  aler  ne  s'en  peust 
Par  mer  qu'encontre  ni  eusl; 
E  furent  par  treis  jorz  ilioques 
Puis  qu'il  partirent  des  enekes. 
Illoc  en  celé  demorance 

1880  Vindrentdou  messagierde  France, 
Dreuc  de  Meslo,  ço  me  semble, 
L'evesque  de  Biavez  ensemble. 
Qui  veneient  haster  le  rei 
Ë  le  hastouent  a  desrei 

]885  Dealer  a  Acre  isnelement; 

Car  li  reis  de  France  allrement 
N'assaudreit  ja  en  nul  endreit 
Devant  ço  que  il  i  vendreit. 
Mult  Tanguisserent  e  hasterent, 

1890  E  en  bastant  le  ramponerent, 
Tant  que  li  reis  se  coreça 
E  les  surcilz  amont  drcsça, 
E  i  ot  tels  paroles  dites 
Qui  ne  deivent  pas  e,slre  escrites. 

1890  Mais  cil  por  nient  le  bastouent, 
Les  paroles  en  vain  guastoucut, 
Car  li  reis  s'estcit  mult  bastez, 
E  si  aveit  les  Grius  tastez 
Que  ne  besoignasl  a  Sulie, 

1900  Por  demi  Taveir  de  Rossie, 
Que  Cypre  ne  fust  sa  sojette, 
Isie  qui  tant  viande  jette, 
N'il  ne  la  deignast  pas  sanz  prise 
Laissier  devant  qu'il  Teust  prise. 

1905  Por  ço  cil  baster  le  veneient, 
Qui  en  grant  estai  Ten  teneient. 
Anccis  mut  donc  0  s'ost  banie 
A  aler  dreit  vers  Nicosie. 


La  porta  cbcscon  sa  vitaille 

1910  E  tôt  son  conrei  de  bataille; 
Kar  i'empereres  le  guaitot. 
Qui  près  d*iloc  se  recetot. 
Li  reis  fcsoit  la  guarde  riere 
Qu'il  ni  perdissent  par  derierci 

1915  E  l'empereres  soudement 
Sailli  de  son  enbucbement, 
E  bien  set  cent  de  sa  maisnee. 
Qui  coardise  avoit  feisnee  : 
A  l'avant  garde  alerent  traire 9 

1930  E  il  lo^  leisserent  atraire. 
L'emperere  vint  costeiant, 
Com  Turcoples  en  berdeiant, 
Tant  qu'il  vint  a  la  rierc  garde. 
Dont  li  rois  Ricbarz  esteit  guarde, 

1920  E  cil  Iraist  a  lui  dous  saietes 
Entucbiees  en  desbeites. 
Lors  poinst  li  reis,  si  desrenga, 
E  por  un  poi  ne  se  venga 
De  l'empereur  sanz  buntez; 

1980  Mais  il  ert  en  Fauvel  montez, 
Ki  le  portot  de  tel  randon 
Cume  cerf  qui  curt  a  bandon 
Dreit  a  son  chastel  a  Candairc, 
Tôt  pleins  de  doel  e  de  contraire. 

1935  Li  reis  torna  vers  Nicosie, 

Quant  il  vit  que  nel  prendreit  mie; 
Mais  noz  genz  eurent  gaaignië 
De  bons  chevals,  e  mahaignié 
Des  Grifons  0  pris  a  pientë , 

19/io  Qui  trop  aveient  l'ost  tenté. 
Après  le  roi  tindrent  la  rote, 
Si  n'orent  puis  guarde  ne  dote. 
A  Nicosie  al  matin  vindrent; 
Onques  li  burgeis  ne  se  tindrent  : 

igiib  De  totes  pars  al  rei  veneient 
E  a  dreit  seignor  le  teneient* 


Com 


Fol.  i 


L'en 
réfogii 
daira. 


Ricb 
Nicosie 


1881  E  dreu  —  1888  quil  —  1893  teles  —  1901  soetle  —  1907  sa  baniere  (re  exponekié) -^^  1910  E  tôt 
conrec  —  1919  se  manque  —  1915  soadeemenl  —  1937  Lores  —  1938  p.  quil  ne  —  1999  empernr  — 
1933  Cum  —  1986  il  tnofi^-^  1989  e  manque"^  i9'io  aueit 


53 


L'ESTOiRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


SA 


1 .  ixin. 

.  1 5  6. 


A  lui  s'en  vindrent  corn  a  père, 
E  il  lor  fist  lor  barbes  rere. 
Quant  Temperere  Toi  dire, 
igSo  Si  en  ot  tel  doel  e  tel  ire 

lèoMn.  Por  poi  que  del  sens  n'enraja, 

Ses  genx  e  les  noz  damaja  : 
As  suens  qui  se  yenoient  rendre 
E  as  noz  que  il  poeit  prendre, 
1955  Quant  il  les  poeit  alraper, 
Faisoit  ou  piez  ou  poinz  coper, 
Oilz  crever  ou  les  nés  trenchier, 
Quant  il  ne  se  pot  d*el  vengier; 
E  li  reis  pemeit  les  bornages 
i960  Des  plus  vaiilanz  e  des  plus  sages, 
Qui  volenters  se  retraouent 
De  l'empereur  qu'il  haouent. 

mm  m-.  Li  rois  fist  de  Tost  treis  parties 

Devisees  e  départies, 
965  E  fist  treis  chastels  asegier, 

da  rU-  Dont  il  ot  ies  deus  de  legier. 

oQTut  b  L'une  ost  ala  a  Ebetines, 

rnnpi^  Dqqj  [\  Qi  p^p  tgijg  leg  saisines  : 

Li  rois  d'oltre  mer  l'en  dona, 
1970  Quil  conduist  bien  e  ramena. 
Près  del  chastel  fist  l'ost  armer. 
Si  l'asist  par  terre  e  par  mer 
E  Tasaillirent  durement: 
Cil  n'orent  puint  d'apuiement; 
1975  Ne  se  poeient  pas  tenir, 
Einz  les  estout  a  plait  venir. 
Le  chastel  rendirent  afant 
Al  rei  Guion  le  conbatanf 
E  la  fille  l'empereur, 
1980  Dont  il  fud  en  si  grant  freur 

Que  onques  puis  n'ot  sens  ne  saveir, 
Por  comfort  qu'il  peust  avoir. 
Li  reis  Guis  fist  nietre  en  la  tur 
Les  banieres  le  rei  entur 


1985  E  les  guardes  el  chastel  sus, 
Puis  mena  l'ost  a  Didemus. 

Didemus  c'est  un  chastel  forz, 
Si  ne  fust  ja  pris  par  esforz; 
Mais  cil  qui  i  furent  envoie 

1990  Esteient  si  estoteié 

Por  les  noveles  qu'il  oieient 
Qu'a  mult  grant  peine  se  teneient; 
Si  eurent  il  plusors  feiees 
De  granz  pieres  jus  enveiees. 

1995  Li  chastels  n'eust  point  de  guarde, 
Mais  puor  ot  la  gent  coardc  ; 
E  neporquant  tauz  jorz  i  sisl 
Li  reis  Guis  puis  que  il  l'asist 
Que  lempereres  le  fisi  rendre 

aooo  E  ccis  de  haut  a  val  descendre. 
Quant  se  furent  al  rei  renduz, 
Si  com  jo  ai  les  moz  entenduz, 
Li  reis  Guis  en  otja  saisine; 
Si  comanda  que  la  meschine 

aoo5  Fust  en  la  tur  mult  bien  gardée, 
Qu'ele  ne  peust  estre  emblée; 
Puis  si  ramena  s'ost  ariere. 
Mais  mult  trova  la  terre  chiere. 
Li  reis  Richarz  a  Nicosie 

2010  Aveit  geu  de  maladie. 
Des  que  il  se  senti  alegié 
Si  ad  Bufevent  asiegié , 
Un  chastel  fort  a  desmesure. 
Orc  oîez  estrange  aventure 

201 5  De  l'empereur  recreu , 
A  cui  son  pechië  ot  neu. 
Dedenz  Candaire  s'enserra , 
Por  sa  honte  son  doel  merra  ; 
Quant  de  Bufevent  sot  le  siège, 

aoao  Lors  fud  ausi  pris  corne  a  piegc, 
E  sot  que  sa  fille  estoit  prise 
E  en  la  tur  d'un  chastel  mise. 


Prise  du   châ 
teaudeDidemu!». 


Fol.  l5  f. 


Richard  assic;; 
Bufevent. 


lÙHerarium  Iti- 
tardi,  Il ,  il. 


1954  quil—  1955  Quil  —  iQ^a  empenir  — «97^  E  il  —  ^97^  csliicl —  t979lemperiir —  1998  purqiiil 
>  9001  il  se  —  fi 030  Lores.  a  jnanfjufi  —  aoaa  K  qucn 

h. 


55 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


56 


Fol.  1 5  ft. 


L'empereur 
vienlimplorerla 
grAce  de  Richard. 


Fol.  iG  a. 

Itinermrium  Ai- 
etrdi,  H,  xu. 


Qu'il  ania  plus  que  rien  vivant, 
Iço  Tala  mult  avivant 

aoa5  De  fere  pais  a  tel  meschief 
Com  il  poreit  venir  a  chief. 
Meschief  fu  ço  trop  maleeit 
De  itels  chastels  com  il  aveit 
E  de  si  faite  manantise , 

ao3o  Qu'il  leissa  par  recreanlise; 
Mais  ço  Taveit  mort  e  pleisi($ 
Que  luit  li  suen  Torent  laissié. 
Faire  Testut  :  plus  n'atendi. 
De  Chandaire  jus  descendi, 

ao35  Si  s'ala  al  rei  Richart  rendre, 
Dont  ne  se  quidotpas  défendre, 
E  li  manda  ainz  qu  il  venisf 
Que  pitié  de  lui  li  preist, 
E  qu'en  sa  merci  tulrendroit, 

3o/io  Si  que  riens  ne  lui  remandreit, 
Terre  ne  chastel  ne  maison , 
Mais  por  s'onur  e  por  raison 
Seul  tant  d'espairgne  lui  feist 
Qu'en  fers  n'en  liens  nel  meist  : 

3o45  Ne  il  nel  iist,  por  cri  de  gent, 
Ainz  le  mist  en  boies  d'argent. 
Devant  le  rei  humiliant 
Vint  a  geuoilz  merci  criant, 
Ë  li  reis  vit  que  ço  ert  a  certes, 

ao5o  E  vit  ses  meschiefs  e  ses  pertes 
E  que  Deus  voleit  cel  affaire, 
E  cil  qui  nel  poeit  plus  faire; 
Lors  volt  celé  ovraigne  achever. 
Si  fist  l'empereur  lever 

ao55  E  dejoste  lui  aseeir, 
Si  li  fist  sa  fille  veeir. 
Quant  il  la  vit,  si  fud  plus  liez 
Que  s'il  tenist  Deu  par  les  piez; 
Cent  foiz  la  baisa  en  plorant. 

ao6o  Que  ireie  joplus  demurant? 

9oa5  Tare  —  3097  maleit  —  ao3o  creantise 
9o5i  E  tnanque  —  9o53  Lores  uelt  c.  oueraîgne  — 
on  —  9087  lempenir  — '3099  E  por —  9097  se 


En  quinze  jorz,  que  jo  ne  mente, 
Puis  que  Deus  i  ot  mis  s'en  tente, 
Ot  il  Cipre  sue  quitee 
Si  qu'el  fud  de  Frans  habitée. 

3o65     Quant  li  rois  ot  Cypre  en  demaine 
Pris  a  oes  Deu,  a  bone  estraine, 
Les  chastels  e  les  fermetez 
Dont  il  ot  les  Grius  ors  getez. 
Les  tors  trova  totes  guarnies 

3070  De  trésors  e  de  mananties. 
De  poz  d'argent  e  de  chalderes 
E  de  cuves  granz  e  plenieres, 
De  copes  d'or  e  d'escueles, 
D'esperons,  de  frains  c  de  seles, 

3075  De  riches  pieres  precioses 
Contre  enfermetë  vertuuses. 
De  dras  d'escharlete  e  de  seie 
(Ne  vei  tels  en  liu  ou  jo  seie), 
E  de  totes  autres  richesces 

3080  Qui  apartienenta  hautesces: 
Ço  conquist  le  rei  d'Engletere 
A  ues  Deu,  de  mètre  en  sa  terre. 
A  Limeçon  l'ost  envoia 
E  a  ses  compaignons  proia 

3o85  De  son  navire  e  d'els  haster, 
Sanz  nule  rien  de  tcns  guaster, 
E  fist  guarder  l'empereur 
Al  rei  Guion  le  poigneur; 
E  sa  fille,  qui  mult  ert  bele 

9090  E  tosette  jofne  pucele, 
Fist  enveier  a  la  reine 
Por  enseigner  e  por  doctrine. 
E  donc  s'en  toma  l'ost  atant 
Toi  droit  a  l'estorie  bâtant, 

3095  Si  s'atomcrent  e  chargèrent 

E  quant  qu'il  porent  s'avancèrent  : 
Es  enekes  se  recoillirent, 

E  siglerent  quant  lor  tens  virent , 

> 

—  90Û3  cspaugne  —  aoho  Nil  —  90&9  vit  matifuê  — * 
-  9069  d.  mist  —  9073  cunei  —  9078  v.  nab  teb  en  noliii 
manque 


RidniUt 
tre  <ie  Chi 
foofie  h  Gi 
gsrdeile  Vi 


RicharJ 
faire  k  Lin 
lesprëptrelit 
il^ptrl. 


ftimtnurnm 
aar£,  H,u 

Fol.  l(î 


57 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


58 


E  les  reines  en  menèrent 

9100  E  les  dronionz  que  illoc  errent; 
E  li  reis  leissa  en  la  terre 
Tels  genz  qui  saveient  de  guerre, 
Cels  qui  enveierent  vitailles, 
Orges,  formenz,  mutons,  almailies, 

9100  Dont  la  terre  esteit  bien  garnie, 
Ki  granz  lius  tindrent  en  Sulie. 

Eth  vos  noveles  aportees 
Par  mer  al  rei  e  recontees, 
Que  la  cilié  d'Acre  ert  emprise 

9110  A  prendre,  c  qu'elesereit  prise 
Ançois  qu'il  i  peust  venir, 
rja  ne  doie  ice  avenir,  » 
Dist  il,  ffque  nul  la  peusse  prendre 
Sanz  moi!)»  Lors  ne  volt  plus  atendre 

9110  Fors  tant  que  compaignon  venissent 
Qui  compaignic  lui  feissent. 

Fors  ne  sai  quanz  s'en  entremistrent. 
A  Fomagoce  entra  en  mer 

9190  E  fist  ses  gualees  armer; 
Si  s'en  entra  en  une  bêle, 
Merveilles  grant,  fort  e  isnele. 
De  guallees  si  meneilluses 
E  de  genz  si  bateilleruses 

9195  N'ad  suz  ciel  ne  port  ne  entrée 
Que  mult  n'en  fust  espoentce. 
niquiue  Eth  vos  les  gualees  meues. 

Que  totes  erent  esleues  , 
.  1(5  c.  Le  rei  devant,  ço  iert  sa  custume, 

9i3o  Sain  e  legier  com  une  plume; 
Si  tost  come  correit  uns  cerfs 
Traversa  la  mer  en  travers. 
Ijores  vit  Margat,  la  costiere 
De  la  terre  Deu  dreiturere, 


9i35  E  après  Margat  vit  Tortuse 

Qui  resict  sor  mer  turmentuse, 
E  Tripe  e  Infré  e  Botron 
Trespassa  tut  en  un  randon , 
E  après  si  vit  Gibelet 

9i/io  E  la  tursus  el  chasfelet. 

Devant  Saete,  enturBarut, 
Une  nef  al  rei  aparut, 
Plaine  des  genz  Salahadin  : 
Chargie  fud  par  Saffadin, 

91 65  Qui  Tôt  des  meillors  Turs  garnie 
Qu'il  pot  trover  en  paenie. 
En  Acre  ne  porent  torner. 
Si  n'orent  fait  fors  retorner 
Tant  que  il  venissent  en  aise; 

9i5o  Mais  lor  entente  fud  maivaise. 
Li  rois  fist  sachier  e  empaindre 
[Sa  galee  pur  eus  ateindrej; 
La  nef  vit  quant  il  Tôt  atainte 
Grant  et  large  c  de  haute  ateinte  : 

91 55  De  Ireis  hauz  mastz  esteit  mastee. 
Ne  scmbloit  pas  ovre  hastee. 
De  vert  feutre  l'orent  coverte 
De  l'une  part  la  gent  culverte; 
L'aulre  costé  rorent  covert 

2i6o  D'un  feutre  jaune  ii  colvert. 
La  nef  virent  si  acesmee 
Com  si  ço  fust  ovre  de  fce, 
E  si  plaine  de  guamesture 
Que  n'en  iert  nombre  ne  mesure; 

91 65  Si  reconta  cil  qui!  saveit, 
Ki  a  Barut  este  aveit 
Quant  celé  nef  i  fud  chargée 
Qui  a  honte  fud  descbargee, 
Qu'il  vit  porter  cent  chamelees 

9170  De  bones  armes  afilees. 


Prise  (fuD  ua> 
vire  lare  qui  al- 
lait an  seooam 
•PAcr*». 


Fol.  1 G  d. 


9  io3  Ci!  —  9107  Eihe  —  9116  iores  ne  velt  —  9 1 1 5  que  ai  c.  —  9117  manqm  un  vers  —  9 1 1 8  en  manque 

—  9i9'4  gent  si  combateillcruses  —  9196  nentree  —  9197  espontee  —  9198  e.  bien  c.  —  9i3i  com  corcil 

—  91 33  Lore  —  91 35  a.  vit  m.  —  9137  E  manqué  —  9i44  saflaadin  —  91 69  quil  —  9i5i  ataindn!  — 
91 59  ver$  cqouié par  une  main  plue  récente  —  ai 58  laulre  —  9109-60  mtervertie  —  9160  Dott  encre  — 
9169  Come  —  9 1 67  n.  qui  r.  —  9 1 70  a.  bien  a. 


59 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


AO 


Arcs,  pilez,  quarels,  arbalesles 

A  toi*z,  ruelcs,  a  main  prestes, 

E  uit  cenz  Turcs  loz  esleiiz 

Que  diable  eurent  esmeuz, 
3175  E  granl  guamesture  c  vitaille 

Qu'il  n'en  estuel  conte  ne  taille, 

E  de  feu  grezeis  en  violes, 

Tant  qu'il  en  erent  grauz  paroles; 

K  si  erent  en  la  nef  mises 
a  180  Dous  cenz  serpenz  laides  e  grises 

(Ce  conte  l'estoire  e  la  letre 

E  cil  quis  i  aida  a  inetre), 

Qu'il  deurent  leissier  en  l'ost  currc 

A  la  noslre  gent  faire  encurre. 
3 180  La  gualee  les  aproça, 

Si  que  près  ne  les  atocha; 

Li  galiot  les  saluèrent, 

Qui  ne  saveient  qui  il  erent, 

£  demandèrent  dont  venoient 
3190  E  de  quel  seignur  il  tenoient. 

Cil  eurent  iatimer  franccis, 

Si  distrent  qu'il  erent  Engleis 

E  Yoleient  aler  a  Sur. 

Atant  lor  vint  un  vent  d'Arsur 
s  195  Quis  esloigna  de  la  gualee; 

Uns  galioz  ot  acertee 
Fol.  i-]  o.  La  nef  et  cets  qui  enz  estoient 

Que  voleuters  d'eb  partiroient. 

Cil  dist  al  roi  :  trSire,  entendez, 

2  300  rSi  me  desfaites  ou  pendez 

r  Se  celé  nef  n'est  nef  des  Turs.  Jt 
Li  reis  dist  :  <rEs  tu  en  seurs?^) 
rOil,  sire,  seurement. 
r  Envoez  i  delivrement 

3  305  tr  Après  els  une  autre  gualee, 

(tE  si  ne  seit  pas  saluée 

ff  Lor  genz,  si  verez  qu'il  feront 

crE  de  quel  créance  il  seront.  1) 

3171  arbelasles  —  2179  A  toz  cnieles  —  9178  toi 
9188  quil  —  319/1  uicnt  —  3196  Qui  les  —  9197  laeni 
—  33o8  quelc  —  391 3  arblastes  —  9994  Nil —  3336 


Li  reis  comanda  :  cil  alerent 

3310  A  cels,  mais  pas  nés  salueront, 
E  cil  comencerent  a  traire, 
Qui  n'aveient  a  cels  que  faire. 
D'arcs  de  Damas  e  d'aiiialesles. 
Li  reis  fud  près  e  ses  genz  prestes, 

991 5  Qui  durement  les  assaillirent 

Quant  a  noz  genz  traire  les  virent; 
E  cil  trop  bien  se  defeudoient, 
Descordoient  e  destendoient 
Plus  menu  que  ne  vole  gresle. 

3  330  D'ambes  parz  eurent  pelle  mesle; 
La  nef  errot  de  poi  de  vent 
E  il  l'ateignoueut  sovent, 
Mais  n'i  osouent  pas  munter 
Ne  il  nés  poreut  surmonter. 

3395  Li  rois  jura  illoc  endreit 

Son  sairement  que  il  pendreit 
Les  galioz  s'il  se  laschoient 
Ne  se  li  Turc  lor  eschàpoient  : 
Cil  saillirent  come  tempeste, 

333o  Si  se  plungierent  cors  e  teste, 
Par  de  soz  la  nef  trespassereul 
E  repairerent  e  râlèrent  : 
As  govemels  iiierent  cordes 
De  la  nef  as  genz  vils  e  ordes, 

3335  Por  els  destorber  e  plaisier 
E  por  la  nef  plus  abaissier. 
Tant  rampèrent  e  s'avancèrent 
Que  dedenz  la  nef  se  lancèrent. 
Cil  les  corurent  detrenchier, 

3360  Qui  ne  furent  pas  esclenchier: 
En  la  nef  a  force  montèrent 
Cil  qui  de  tel  chose  sage  erent, 
E  il  trenchouent  piez  e  poinz, 
E  les  grevouent  en  toz  poinz. 

9365  Li  galiot  les 

De  si  qu'ai  port  les  enchacierent; 

fHonque  —  3i83  deussent  —  3 18A  A  la  g.  deu  f.  — 
—  9901  Se«(n^  manqtient —  9309  est  —  9907  fronl 
qui!  prendrcit  —  3339  com  —  3j'i5  les  enchaccrenl 


Fol.  1 7  h. 


61 


L^ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


62 


V,  cil  durement  recovrerent, 
Qui  de  la  mort  se  redoterent  : 
Ë  moniouent  par  establies, 

3  9  00  Si  corn  els  erent  estabiies, 
Noveles  geuz  mult  bien  armées 
Darmeures  trop  acesmees: 
D'ambes  dous  parz  se  combaloient 
Si  qu  en  la  nef  s'entrabaioient. 

3955  Li  Sarazin  tant  s'esforciereut 
Que  les  gaiioz  enchacierent. 
Li  galiot  se  recoillirent 
Es  galees,  si  rasaillirent; 
E  li  reis  lor  dist  qu'il  hurtasseni 

9'jGo  La  nef  tant  que  il  Tenfondrasent. 
Cil  s'esleisserent,  si  burferent 
Tant  quen  plusorslius  Tenfondrerent: 
Par  Tesfondre  fud  afondee. 
Etb  vos  la  bataille  finee, 

99C5  E  Sarazins  a  défaillir 
E  dis  e  dis  en  mer  saillir. 
1 7  c.  Chescons  se  penoit  del  tuer. 

La  veissiez  fiers  cops  ruer 
Que  li  reis  Richarz  i  mot, 

3970  E  les  ociet  e  tuot, 

E  en  retint,  ço  m'est  avis. 
Trente  e  cinc  qu'il  fist  guarder  vis, 
Admiralz  e  engineors 
Qui  saveient  d'engins  plusors, 

9975  E  li  autre  furent  neië. 
Turc  e  Persant  e  reneié. 
Se  fust  en  Acre  la  nef  mise, 
Ja  meis  ne  fust  la  citië  prise. 
Tant  eust  porté  de  défense; 

9980  Mais  ço  fist  Dcus  qui  des  suens  pense, 
E  ii  bons  forz  reis  d'Engletere 
Qui  ert  aventurus  de  guère. 
Li  Sarazin  de  la  montaigne 
Eurent  veue  cele  ovraigne  : 


3985  A  Salabadin  le  mandèrent, 
Kar  irid  e  dolent  en  erent. 
Quant  Salahadins  Toi  dire, 
Treis  feiz  tira  sa  barbe  d'ire; 
Lors  dist  que  persone  esperdue  : 

3990  (tDeus!  ore  ai  ge  Acre  perdue 
ffE  mes  gcnz,  dont  jo  ei*e  asseur. 
ffTrop  m'avez  doné  mal  eurli» 
En  l'ost  des  paens  tel  doel  firent, 
Ço  contèrent  cil  qui  ço  virent, 

3395  Que  li  Turc  lor  tresces  trenchouenl 
E  lor  vestemenz  decirouent 
Por  ço  qu'en  la  nef  iert  perie 
Lor  amor  e  lor  seignorie. 

Quant  li  reis  ot  la  fort  nef  prise 

33oo  E  a  force  la  gent  conquise, 
A  Acre  esteit  sis  desiriers, 
Si  s'i  traioit  mult  volenters, 
Ses  galies  totes  rengees 
Qui  de  la  nef  s'erent  vengées. 

33o5  Si  com  il  erroit  e  s'estoire 

Li  tramist  Deus  un  vent  de  boire  ; 
Il  haitiez  e  sa  gent  baitie 
Jut  devant  Sor  cele  nuitie; 
Al  matin  vit  Gandalion 

33 10  Le  preuz  reis,  le  quor  de  lion, 
E  trespassa  Gasel  Imbert. 
Lors  si  vit  Acre  a  descovert, 
E  la  flur  de  la  gent  del  monde 
Seoir  entur  a  la  reonde, 

33i5  E  vit  les  puiz  e  les  montaines 
E  les  valees  e  les  plaines 
Covertes  de  très  e  de  tentes 
E  de  genz  qui  a  lor  ententes 
Grevoient  la  eristientë, 

9330  E  si  erent  trop  grant  plentë; 
Vit  les  tentes  Saiahadin, 
E  les  son  frère  Sapbadin , 


Doukur  JoSn< 
latljn. 


Itiaertirmm  lii- 
titrdi,  111, 1. 

ArriT«e  tj«  Ri- 
chard k  Acre. 

Fol.  1 7  </. 


33 5o  eies  des  e.  —  3353  dons  «nm^w  —  si6o  qui!  e.  —  9375  a.  tare  f.  —  3379  de  manqtu  — 
oueriigne  —  3385  saladin  —  3387  nladins  —  3389  Lores  *-  33o8  icele  —  sSis  Lores  — 
del  —  33i  7  C.  des  lurs  c 


•  3386  tele 
33i3  Od, 


63 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


6& 


Fol.  1 8  n. 


Itinergrimm  /?i- 
eardi,  III,  ii. 

Niignifiquc  ré- 
rpplioD  failc  i 
Ilichard. 


Si  près  de  nostrc  osl  crisliaue 
Que  trop  Fempressoit  la  paainc; 

23^5  E  Qualiadin  d'autre  partie, 
Li  seneschals  de  paianie, 
Gardoit  la  mariue  e  la  terre 
E  près  de  Tost  fesoit  granl  guerre, 
Sovent  lor  feseit  graiiz  assalz, 

933o  E  trop  voienters  grauz  encbalz. 
Li  rois  esguarda  e  servi  l 
E  toz  jorz  porvit  e  porvit; 
E  quant  il  vint  près  del  rivage, 
La  veissiez  tôt  le  barnage 

n335  De  Tost  après  le  rei  de  France 
Venir  encontre  od  dcsirance, 
E  mult  ert  gent  encontre  alee. 
A  terre  ei3si  de  sa  gualee; 
La  oissiez  trompes  tromper 

i23/io  Encontre  Richart  le  nonper. 
Tôt  li  poeples  comunement 
Fud  liez  de  son  avènement; 
Mais  li  Turc  qui  dedenz  Acre  erent 
De  son  venir  s'espoenlerent, 

i23/i3  E  de  ço  qu'ot  tantes  gualees, 
Car  lors  sorent  qu'erent  alees 
Lor  entrées  e  lor  eissues, 
Por  quoi  mult  genz  erent  perdues. 
Li  dou  rei  s'entrccomvoierent 

a35o  E  toz  jorz  s'entrecosteierent. 
Le  rei  Richart  vint  a  ses  tentes, 
E  mist  grant  paine  e  granz  ententes 
Coment  Acre  sereit  comquise 
E  com  el  sereit  plus  tost  prise. 

9355       Granz  fu  la  joie  e  la  noiz  clere, 
N'onques  ne  cuit  que  fiiz  de  mère 
Veist  si  graul  e  dire  Tost 
Come  Tom  fist  del  rei  en  Tost. 
Sonerent  timbres  e  busines , 

336o  Corns  e  estives  e  troines  ; 


La  veissiez  joie  pleniere 
De  gent  de  diverse  manière, 
E  biaus  soneiz  dire  e  chançons, 
E  vins  porter  a  eschançons 

3365  E  bêles  copes  par  les  rues 
E  as  granz  genz  e  as  menues; 
Car  ç'avoit  Tost  en  joie  mise 
Que  li  reis  aveit  Cypre  prise, 
Dont  tant  vitaille  lor  venoit 

3370  Que  tote  Tost  s'en  sustenoit. 
Tôt  estoient  en  bon  espeir. 
Ço  fud  un  samedi  al  seir; 
Si  ne  cuid  qu  onques  veissiez 
En  nul  liu  ou  vos  allissiez 

3375  Tanz  cirges  ne  tel  luminaire, 
Si  que  as  Turcs  de  Tost  cuntraire 
Estoit  avis  que  la  valee 
lert  tote  de  feu  enbrasee; 
E  quant  il  sorent  la  venue 

338o  Del  rei  dont  la  feste  iert  tenue, 
Par  semblant  lores  s'esbaudirent: 
Al  matin  tôt  le  val  emplirent 
E  traioient  e  herdeioient 
Sor  le  fossd  e  hobeloient, 

3385  E  fesoient  a  Tost  graut  presse 
La  felenesse  gent  engresse. 

Or  larrons  cest  point  ci  a  sivre, 
(Car  bien  le  m'ora  aconsivre 
Qui  entor  moi  tant  sojorra, 

3390  Quant  la  matire  s'i  dorra). 
Des  deus  reis  e  de  lor  venue 
Dont  tante  parole  ai  tenue, 
Que  jo  ai  a  Acre  amenez. 
Ore  oiez,  e  si  retenez, 

3395  Que  jo  Yoil  ici  mon  fil  rompre 
E  cele  matire  entrerompre; 
Mais  il  sera  bien  renoez 
E  rathachiez  e  raloez  : 


Fol.]  8 


Ambro 
raconter  I 
BMieolf 
ritttrtkr 
dcRichtr 


3333  Si  que  pr.  —  3339  grant  — 
3353  (][rdnt  manque  —  335 '1  elc  — 
'J39G  C  sanz  la  m.  co  empromprc 


-  333o  gr.  e  cbali  —  û3hh  sespoDtereDt  —  33/i6  lores,  que  e. 
3358  Ck)m  —  s385  al  les  l —  3387  ci  manque  —  339'i  0.  si  o. 


65 


L*ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


66 


18  e.  Car  11  rei  vindrent  dererain 

9&00  Ai  siège,  nun  pas  premerain. 
Si  velt  Ambroisks  faire  entendre 
E  saveir  a  cels  qui  aprendre 
Le  voidront,  par  com  faite  enprise 
La  citië  de  Acre  fud  assise; 

9&o5  Kar  il  n^en  aveit  rien  veu 
Fors  tant  corne  il  en  a  leu. 
Or  si  orez  quels  genz  f  asistrent 
E  quel  hardement  il  enpristrent. 
Vos  m'oistes  conter  e  dire, 

aàio  Encore  fait  bien  a  redire, 
El  coinencement  de  Festoire, 
Se  a  alcon  vient  a  mémoire, 
Le  grant  damage  e  la  grant  perte 
Qui  en  Sulie  ayint  aperte  : 

3&1S  Ço  fud  el  tens  le  rei  Guion 
Qui  tant  ot  persecucion  ; 
Mais  tûtes  genz  ne  sorent  mie 
Com  il  fud  traiz  par  envie. 
A  Gii  Ultre  mer  ot  un  rei  nurri , 

ta  àê- 

j^^  9^90  Ki  ot  non  le  rei  Amauri  : 
De  lui  eissi  un  damisels, 
Li  reis  Baudoins  li  mesels. 
Baudoins  vesqui  son  termine 
Tant  qu'il  fud  mande  a  vermine. 

•àaS  Cil  ot  dous  sorurs  damoiseles. 
Sages  femes  e  preui  e  bêles; 
L'une  fud  femme  a  un  baron 
Ki  ot  nun  Raimfroiz  del  Thorun; 
L'autre  ot  a  moiller  esposee 

ûhZo  Li  quens  Guillames  Longe  Espee, 
Sire  de  Jafphe  ou  la  mer  bat, 
Frère  al  marchis  de  Montferrat. 
i8(/.  La  dame  ot  de  lui  un  madie  eir 

Qui  rot  nun  Baudoin  pur  voir. 

«US  L'emfes  vesqui,  li  cuens  murut, 


Que  l'aventure  issi  curut. 

Guid  de  Luizeinan  golosa 

La  cuntesse,  si  l'esposa. 

L'emfes  fud  reis,  mais  nel  fu  gaires,. 
iUho  Car  issi  fait  Deus  ses  afaires. 

Quant  de  l'enfant  fut  mescheait  ^ 

Eht  vos  le  rialme  eschaieit 

A  la  dame,  ço  fud  raison, 

E  par  raisonable  achaison 
akfib  Se  fud  li  reis  Guis  coronez , 

Dont  puis  fu  meint  grant  cop  donez. 
Entre  le  faus  conte  Racmont 

E  Salahadin  dont  jo  cont 

Ot  longement  une  aliance 
9660  Dont  en  Sulie  ot  grant  parlance. 

Icil  Raemont  quida  aveir 

Le  riaume  par  son  aveir, 

Por  ço  qu'il  ert  de  Tripe  cuens, 

Mais,  merci  Deu,  ne  fud  pas  suens. 
$655  Quant  li  reis  Guis  se  corona, 

A  cui  Deus  celé  honor  dona , 

Toz  ses  barons  comunement 

Manda  a  son  coronement. 

Li  cuens  de  Tripe  i  fud  mandez; 
3660  Mais  por  nient  le  demandez 

S'il  ot  eschar  del  mandement 

E  s'il  respondi  laidement. 

Li  messager  s'en  retoma, 

E  li  cuens  son  eire  atorna, 
9A65  S'ala  a  Salahadin  plaindre 

K'en  sa  terre  ne  pot  remaindre 

Por  le  rei  Guiot  quil  haiet 

A  qui  li  règnes  escheiet. 

Tant  li  dist  e  tant  lui  menti 
9670  Que  crestienliez  s'en  senti... 

Eissi  com  il  Paveit  a  chier 

Que  il  l'en  aidast  a  vengîer. 


L«  comtfl  Rai- 
mond  de  Tripoli 
fait  allianc*  avec 
Saiadin. 


Fol.  19  «. 


adggderain  —  9&o6c.joenail. —  9&07  Ore  —  ^kt9  Li  pnmier  a  manqué  —  9Âi3  iegr.  —  ^lità  Quen 

—  9639  fa  manqué  —  966/1  reisoable  —  9666  grtnt  manqué  —  9658  ven  UbM  tn  blâme j  réiabli par  angicturf 

—  9669  ni  lai  r.  —  9668  le  règne  —  9670  aprh  et  ver$  U  doit  en  manquer  dtus  —  9671  a  manqué  — 
9679  Qoîl 


07 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAI.NTE. 


68 


Gui,  après  i<i 
défaite  des  Toni- 
piien  par  Sala- 
(iin  ,  K  pr^ian>  b 
la  gn^rn*. 


Fol.  19  b. 


Seignor,  a  icele  assemblée 
Fud  la  traisons  porparlcc 

•j/175  Dont  la  scinle  croiz  fud  perdue 
E  crislienté  esperdue. 
Li  cuens  refud  mandez  a  cuil 
E  mult  Teu  ieneit  Fen  ja  curl, 
E  il  ni  voleit  pas  venir 

9 '180  Ne  dei  rei  Guion  riens  tenir. 
Le  rei  le  manda  tierce  foiz 
E  dist  qu*il  lui  reudroit  sqd  dreiz, 
E  il  i  vint  a  mal  eur, 
Car  il  esteit  ja  asseur 

9^85  De  metrc  la  terre  en  grant  paine, 
E  par  lui  vint  la  maie  estraine; 
Mais  puis  eu  morut  il  a  houle 
Tssi  corn  Testoric  reconte. 
Assez  avez  oi  conter 

9  4go  Par  maintes  feiz  e  reconler 

Que  quant  cil  Guis  fud  novals  reis , 
Qu'il  ne  sejorna  pas  dous  meis, 
Ainz  fist  somondre  par  la  (erre 
De  Sulie  les  genz  e  quere 

9/195  Ke  il  le  venissentsucon*e; 
Car  Salahadins  feseit  curre 
Ses  genz  a  piain  par  la  contrée, 
E  qu'en  la  terre  icrt  Tost  entrée 
E  aveit  sa  gent  descomfite, 

9600  Cent  chevaliers  toz  a  eslile, 
E  Jaquelin  de  Mailli  mort, 
Donl  le  Temple  ot  grant  desconforl; 
E  d'iccle  desconiGture 
Comença  la  mésaventure 

9  5o5  Dont  la  seinte  cristientez 

Fud  puis  tanz  jorz  en  orphentez. 
E  lors  manda  li  coens  de  Tripe , 
A  qui  toz  jorz  pendeit  la  iipe, 
Al  rei  Guion  qu'a  lui  veudreit 

95io  E  q'en  sa  aie  se  rendreit, 


E  vint  a  lui  e  s'acorda; 
Mais  li  poeples  puis  recorda 
Que  ço  fud  faus  acordement. 
Qu'il  le  trahi  sodeemcnt 

9515  En  la  grant  bataille  ou  il  furent. 
Ou  tantes  bones  genz  munirent: 
E  bien  pot  estre  qu'il  le  fist, 
E  bien  pot  estre  que  no  fist, 
Mais  li  plus  tesmonient  sanz  faille 

9530  Qu'il  le  trahi  en  la  bataille, 
E  si  ço  fist  il  deust  fundre. 
Salahadins  ot  feit  somondre 
Ses  genz  de  toz  ses  nuef  reaumes 
A  arcs,  a  haubers  e  a  hialmes, 

a595  E  il  vindrent  od  granz  efforz, 
Que  n'i  remist  fiebies  ne  fon. 
Mult  i  ot  admiralz  nomez 
E  nobles  homes  renomez, 
Guarniz  a  lor  terre  leissier 

953o  Por  crestienlé  abaissiez 

Li  reis  Guis  e  li  cristien 
E  avec  lui  Veneizien, 
La  haute  gent  e  la  menue 
Esteit  en  sa  force  venue, 

9  535  L'une  des  ostz  a  Saforie 

E  l'autre  ai  port  de  Thabarie. 
La  nosti*e,  qui  buer  i  ala, 
A  Thabarie  s'avala, 
Car  cil  qui  les  cors  i  perdirent 

956o  A  Deu  les  aimes  en  rendirent. 
U  coens  de  Tripe  les  menot. 
Qui  de  trahir  les  se  penot. 
Noz  genz  de  lui  ne  se  guardoenl  : 
Il  disout  e  il  graeutouent. 

2bhb  Tant  dist  c  fist  e  porchaça 
Que  lor  ost  la  nostrc  onchaça 
Jusqu'à  la  mer  de  Galilée 
Tant  que  l'ewe  lor  fud  veee. 


Si 

senl 
mre. 


t 

iMltl 

ebai 
tnh 
Trip 
itS 

Fol 


a/i88  corne  —  9690  feii  manque  —  9Û95  Kii  —  9507  iores  —  9519  Icsliinonient  —  9691  feist,  diut  — 
9696  A  arcs  e  a.  —  9538  sei  avala  -  -  9548  vee 


69 


L*ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTK 


70 


La  mer  est  dolce  e  bone  a  beivre, 

955o  Dont  li  traitres  lor  fist  beivre; 
E  quant  vint  as  lances  beissier 
E  il  s'en  dut  mielz  enpressier, 
Si  s'en  fui  e  cil  remistrent, 
Qui  les  vies  des  cors  i  mistrent. 

9555  Ge  ne  sai  qui  l'autre  feri, 
Qui  eschapa  ne  qui  péri , 
Ge  ne  fui  pas  a  la  bataille; 
Mais  tant  vos  en  di  ge  sanz  faille 
Que  Deus  ol  tôt  ço  porveu; 

a56o  Car  il  aveitaparceu 

Que  tant  aveit  el  mont  péchiez 
E  gent  inalement  enthecbiez, 
Dont  petit  ^a  lui  en  venist 
Si  celé  chose  n'avenist. 

9565  Ce  fu  a  la  Mareschaucie, 
Qui  est  de  joste  Thabarie, 
U  li  reis  Guis  se  combati 
E  (anz  Sarazins  abati  : 
9  d.  Mais  tut  erent  ja  afolë 

9570  Li  nostre,  e  mort  e  decolë; 

N'i  aveit  mais  point  de  rescosse, 
Mais  sor  le  rei  vindrent  a  sorse 
Tant  qu'il  fud  a  tere  abatuz 
E  mult  laidiz  e  mult  batuz. 

9575  La  sein  te  croiz  ot  eubraciee, 
Car  se  ne  fust  celé  embraciee 
Il  l'eussent  prise  od  laidure; 
Mais  bien  parut  Deus  en  ot  cure. 
litGoi  Quant  la  bataille  fudfinee 


«teoo- 


lU 


^  9080  Que  Deus  otissi  destinée, 


•j^J^  Li  rois  fud  pris  e  la  croiz  prise 

••w».  E  la  gent  presque  tote  ocise, 

Por  quei  tantes  genz  se  croisèrent 
E  tanz  de  lor  bons  en  leisserent, 
9585  Lors  fist  Salahadins  saisir 


Tote  la  terrera  son  plaisir, 
Tote  fors  Sur  e  Ëskaione 
(Issi  tôt  Deus  sa  terre  e  done) 
E  Jérusalem  seulement; 

9590  Mais  il  la  conquist  erraument. 
Escaione  ala  asiegier, 
Qu'il  quida  aveir  de  legier; 
Mais  cil  se  tindrent  fièrement 
Contre  lui  e  entièrement, 

9595  E  i  murut  gent  sarazine 

Mult  eiuceis  qu'en  fust  en  saisine, 
Tant  qu'il  lor  fist  lor  rei  mostrer 
Ë  devant  lor  murs  amener, 
E  voleit  por  lui  rendre  aveir 

9600  La  vile,  e  li  reis  fist  savoir 

A  cels  dedenz  qu'il  se  ienissent 
E  que  por  lui  rien  ne  feissent; 
Mais  il  ne  se  porent  tenir. 
Si  en  estout  a  plait  venir  : 

96o5  Eschalone  por  lui  rendirent 
E  sais  lor  chatela  s'en  partirent; 
E  li  reis  Guis  fud  lors  délivres 
Par  tel  covent,  ço  dit  li  livres, 
Que  oltre  la  mer  s'en  ireit 

9610  E  le  riaume  guerpireit 

En  mer  s'en  entra  sanz  faillance 
Por  aquiter  sa  covenance, 
E  vint  en  l'isle  de  Turluse  : 
Eth  vos  sa  gent  mult  anguissuse. 

96i5  La  lui  manda  Salahadins, 
Qui  mult  iert  saives  Sarazins, 
Quil  saveit  a  meseurus 
Ne  qu'il  n'iert  pas  après  ne  feus, 
E  qui  nel  volt  pas  eschangier 

9690  Ne  d'autre  rei  estre  en  dangier. 
Qu'il  lui  quitot  son  covenant; 
E  li  reis  revint  maintenant 


PriM    d*AKa- 
lon. 


Fol.  -jo  a. 


li€  roi  Gui, 
mis  ea  liberté, 
sereadàTorUMe, 
puis  à  Tripoli. 


9559  dust  —  9558  en  manque  —  9559  *<»  —  '5^*  monde  —  9565  marchaucie  —  9577  prise  iikifi^ 
—  9578  p.  que  deus  oolcure  —  9589  que  manque  — 1583  Par  coi  —  9585  Lores,  saisier  —  9597  quen  1.  — 
1601  qae  manque  —  9606  eetnet  —  9607  loret  —  9608  eel  c  —  161&  anguiae —  9616  Que  —  1619  qaîl 
oeueit 


5. 


71 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


79 


Siège  <U  Tyr 
^r  SaladiD. 

Fol.  10  6. 


Mlr«fMd«Gui 
4«Ln«gii«n. 


A  Tripe  desur  la  marine, 
Si  trova  illoc  la  reine 

96a5  E  le  conte  qui  Fol  bai, 

Que  Ten  dist  qu'il  Taveit  trai, 
Ki  lores  lui  fist  bêle  cbiere, 
Que  que  il  pensast  en  deriere. 
Ne  puet  cbaleir  de  tenir  conte 

a63o  Del  traitor,  del  malveis  conte 
Qui  mist  a  doel  cristientë 
E  meint  enfant  en  orfpbenté  : 
Chier  compera  la  traison 
Que  il  fist  e  la  mesprison, 

•i635  Car  il  en  munit  laidement, 
La  merci  Deu,  e  soudement; 
Ne  del  siège  qui  fud  a  Sur, 
Que  Salahadins  trova  sur, 
U  Guillames  de  la  Cbapele 

a66o  Fist  meinte  grand  proesce  e  bêle, 
U  li  frère  de  Tbaberie 
Par  cui  la  citié  fud  guarie 
Furent  de  si  grant  Haute 
A  Deu  e  a  sa  realtë; 

fl645  Ne  del  marchis  grant  sermon  traire 
Qui  bien  comença  la  a  faire, 
Qui  vint  quant  la  terre  fu  prise. 
Si  fud  un  poi  al  Deu  servise. 
Si  ot  de  bon  comencement 

a65o  Malveis  e  faus  ensivement. 
Al  rei  Guion  est  la  matire, 
Si  n*i  voil  faillir  ni  desfire, 
Qui  eissi  de  cheitivisons  : 
A  celé  matirie  toisons; 

9655  Car  a  Tripe  estoit  revenuz, 
Ço  plut  as  granz  e  as  menuz. 
Li  reis  de  Jérusalem  Guis 
lert  si  povres  e  si  esquis 
Com  hom  qui  veneit  de  prison  : 

9660  N'ot  pas  prise  sa  mesprison, 


Qui  n'aveit  rien  vivant  que  prendre, 
E  il  lui  coveneit  despendre; 
E  si  saveil  que  Acre  esteit  prise 
E  la  gent  hors  chaciee  e  mise, 

2665  E  ço  esteit  la  clef  de  sa  terre, 
E  il  ne  saveit  qui  requere. 
A  Dampnedeu  dist  son  meschief , 
E  Deus  en  traist  mult  bien  a  chief. 
La  vint  li  princes  de  Antioche , 

9670  Un  matin  quant  soneit  la  cloche. 
Al  rei  Guion  por  lui  proier 
Qu'il  lui  pleust  a  otrier 
Qu'a  Antioche  retornast 
E  s'i  tenist  e  sojomast 

9675  Tant  qu'il  eusl  genz  assemblées, 
Porchaciees  e  années, 
E  qu'il  seust  ou  peust  corre  ^ 
E  que  que  seit  as  Turs  rescore^ 
Li  reis  s'en  ala  od  le  prince 

9680  A  Antioche  en  sa  province. 
Si  fud  illoc  un  poi  de  terme 
E  si  i  plura  meinte  terme 
Por  la  terre  qu'il  ot  eue,* 
Qui  esteit  en  son  tens  perdue. 

9685  A  Tripe  ariere  retoma 
E  se  porvit  e  s'atorna; 
E  tant  de  gent  com  pot  aveir 
Od  l'empront  que  il  pot  aveir 
Fist  donc  somondre  e  aprester, 

9690  Car  ne  voleit  plus  arester; 
E  issi  com  il  atendeit, 
A  genz  auner  entendeit, 
Eth  vos  son  frère  illoc  venu, 
Giefrë  de  Luizeignan,  tenu 

96g5  Al  plus  preu  vassal  de  sa  terre, 
Ke  il  esteit  norriz  en  guerre. 
Primes  fud  a  Sur  arivez, 
Mais  n'i  trova  pas  ses  privez; 


Gai  «  mi 

rtmaièTrip 
Fol.  10  «. 


CMâNi^I^ 


9618  quil  —  9634  Qui  f.  e  la  mesprision  —  9636  soudeement —  16^6  la  manqut  —  965o  malueife  — 
96&9  faire  —  9655  cypre  —  9659  home  —  1660  pris,  veri  altéré  —  9687  Od  t.  —  9688  qail  —  1691  E 
manque  t  entendeit —  9691  atendeit 


73 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


74 


dcMost- 

«r«w  de 

Gai    k 


Car  le  port  lores  lui  veerent 
9700  Li  marchis  e  cil  qui  0  lui  erent. 
E  Jefrei  alant  s'en  torna 
E  vint  a  Tripe  e  retoma  : 
Le  rei  Guion  trova  son  frère, 
Qui  fist  grant  joie  al  Gz  sa  mère. 
1. 10  d.  9705  E  quant  li  reis  ot  aune 

Sa  gent,  lors  se  sunt  conreé, 
E  vint  a  Sur  tut  le  rivage 
Od  poi  de  gent  e  de  barnage, 
E  trova  les  portes  fermées 
9710  Qui  totes  lui  furent  veees, 
Que  li  marchis  par  coveitise 
Li  vea  e  par  foie  emprise  : 
Si  lui  vint  de  malveise  vaine 
Quant  al  rei  vea  son  demaine. 
9715  Li  reis  vit  que  il  n'enferreit, 
Si  dist  que  il  nel  sufferreit  : 
El  sablon  fist  fichier  sa  tente 
K  fud  illoc  en  bone  entente. 
Dejoste  Sur  Tost  s'ajosta  : 
9790  Si  sachiez  bien  qu'il  li  cosla 
Que  la  cite  lui  fud  veee; 
Mais  ço  fud  chose  purparlee 
Del  faus  marchis  de  Monferat, 
Le'filz  le  vaillant  preu  Corat, 
9795  Qui  fud  pris  en  la  grant  bataille  : 
Cil  ne  li  veast  pas  sanz  faille, 
Car  il  ert  prodom  e  liaus; 
Mais  li  filz  esteit  desliaus. 
f^'»"!»»»  Les  genz  de  Sur  qui  Deu  amouent 

TMrAer«.  9780  E  qui  par  Deu  se  reclamouent 
Guerpirent  la  citië  mult  tost, 
E  si  vindrent  al  rei  en  Tost  : 
Ço  furent  li  preu  Aleman  , 
Qui  grant  liu  i  tindrent  cel  an , 
9735  E  li  frère  de  Tha1)arie, 


La  plus  leial  gent  de  Sulie; 
Si  i  fut  la  vaillanz  genz  de  Pise 
Qui  furent  bien  al  Deu  servise, 
Qui  si  laissèrent  lor  maisons 

9760  E  mult  de  lor  possessions, 
E  femmes  e  emfanz  menèrent 
Devant  Acre  ou  Sarazin  erent. 

Li  reis  fist  de  son  frère  feste  : 
Si  dist  Testoire  qui  ne  c«ste 

9765  Que  quatre  mois  fud  sujornez 
Einceis  qu'il  se  fust  atornez 
Joste  Sor  en  la  sabloniere , 
Sa  citië  qui  fud  dreituriere; 
E  quant  ses  genz  ot  amenées , 

9760  Par  tote  la  terre  années, 

0  cels  qui  grant  liu  donc  i  tindrent, 
Qui  ovecques  son  frère  vindrent, 
N'ot  que  quatre  cent  chevaiers 
Ne  que  set  mile  peoniers 

9755  A  mener  a  Acre  aseoir. 

Ço  n'osast  nus  autre  hoem  pur  vcir  ; 
Ço  fud  merveille  qu'il  pensa, 
Fors  en  tant  que  Deus  le  tensa , 
D'aler  s'en  sor  la  gent  embatre 

9760  Qui  ierent  pur  quatre  cent  e  quatre; 
Mais  Deus  voleit  ço  qu'en  avint 
Del  grant  ost  qui  a  Acre  vint 
Que  Salahaditts  enforçot 
E  durement  s'en  esforçot, 

9765  Ki  bien  quidot  que  gent  vendreeenl 
Qui  a  ravoir  la  entendreient. 
Li  rois  se  mist  en  l'aventure 
Dampnedeu  ou  il  ot  sa  cure; 
Si  conduist  l'ost  que  il  aveit 

9770  Par  un  chemin  que  il  saveil. 
Entre  Acre  e  Sur  a  un  fort  pas, 
Que  Fost  passa  igneiepas  : 


Ihntrtrimm  Ai- 
emrdi,  I,  iin. 

Pol.  9  1  A. 


«706  lore«  —  9710  vee«  —  9716  quil  nentereit  —  «716  quiUe  suffreit  —  «717  fidiier  mtmque  — 
4791  dtee,  vee  —  9798  mon  feraDi  —  9796  pp.  corant  le  vaillant  dei  —  «731  E  mâtugue  —  9734  icel  — 
«736  leiale  —  9787  Si  i  furent  —  1768  dreiture  —  9750  E  par  —  9766  notait  nul  home  —  9766  icndreint 
—  «769  qui!  —  9770  qail 


75 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


76 


L'armée  de  Gui 
so  rend  h  Acre. 


Gui  met  le  siège 
devant  Acre,  et 
Saladin  Tient  au 
secoundelaville 
(1189). 


Fol.  31  h.  CeBi  le  pais  Candelion  ; 

La  passa  0  le  rei  Guion  ; 

2775  Mais  Salahadins  nel  sot  mie, 
Car  lot  le  or  qui  est  eu  Rossie 
Nel  garantist  s'il  le  seust, 
Car  toz  detreûchié  les  eust; 
Mais  Deu  volt  qu'il  fust  altrement, 

9780  E  ço  esteit  le  comencement 
De  rescorre  cristienté 
Que  il  crut  mult  a  grant  plenl^. 
Eth  vos  Tost  le  rei  devant  Acre 
El  non  del  seint  cors  que  Ten  sacre, 

9785  Que  nos  cristiens  aurom  : 
Eht  le  vos  monté  el  Tliorom. 

El  Thorun  devant  Acre  furent 
Li  cristien  qui  de  Sor  murent, 
E  fud  sanz  dotance  la  veire 

9790  Que  il  montèrent  par  nuit  neire: 
N'osèrent  pas  el  bois  remaindre, 
Por  ço  alerent  en  haut  maindre. 
AI  matin  quant  li  Turc  eissirent 
De  la  citië  et  il  les  virent , 

9795  Eth  vos  Acre  tote  esmeue, 
Chevalerie  comeue  ; 
A  Salahadin  donc  mandèrent 
Que  plain  poin  de  crestiens  s'erent 
Sor  els  embatu  foiement, 

9800  E  qu'il  venist  isnelement 

De  chascon  d'els  la  teste  prendre. 
Car  ne  s'osereient  défendre. 
Quant  Salahadins  l'ot  oi 
Sachiez  que  mult  s'en  esjoi 

9805  Al  siège  ou  il  ert  a  Biaufort, 
Que  il  feseit  assaillir  fort. 
Fol.  91  e.  Son  riere  ban  i  fist  mander, 

E  par  ses  terres  comander 
Que  chescons  de  sa  seignorie 

9789  Quii  —  9783  le  rei  manque  —  9790  Quil  — 
—  3809  osèrent  —  9806  en  manque  —  9809  Quii 
9895  £  il  qui  quida  bien  auoir  —  9897  Ore  ne  f. 
38/J9  quil,  prendre  manque 


9810  Venist  al  guaing  de  Sulie. 

Trop  i  vintgent,  Deu  les  confonde 

Ki  fist  e  ciel  e  (erre  e  monde  I 

Que  si  nostre  gent  fust  mincee, 

N'en  eust  chascons  sa  pincée. 
981 5  Le  tierz  jor  que  nostre  gent  vindreat,     PicmiAn  i» 

Qui  el  Torun  en  haut  se  tindreut         AdMaâtlLcwi 

E  tote  nuit  armé  esteient ,  "^ 

Por  Sarazins  quis  assailleient, 

Eth  vos  la  gent  Salahadin , 
9890  Turc  c  Persante  Bedoin, 

Qui  veneient  les  places  prendre 

E  tote  la  terre  porprendre; 

E  al  tierc  jor  de  la  semaine 

I  vint  Salahadins  demaine, 
3895  E  il  quida  bien  tost  avoir 

Les  lestes  de  noz  genz  por  veir  : 

Or  ne  feit  pas  a  merveillier 

Si  les  estuveit  trop  veillier 

E  travillier  e  els  esperdre , 
383o  Qui  quidouent  les  testes  perdre; 

Car  al  Thoron  ou  il  estoient 

Li  Turc  nuit  e  jor  assaiileient, 

E  si  sovent  les  travailloueut 

Que  a  grant  paine  nis  menjonenL 
3835  La  ot  Jefrei  de  Leuzengnan 

A  l'ost  défendre  grant  haan , 

Qui  pieça  iert  preuz  e  osez, 

Mais  or  fud  il  mult  alosez. 

Issi  furent  des  le  lundi 
9860  En  péril  jesqu'al  vendresdi. 

Si  orez  come  Deus  reguarde 

Cels  que  il  veit  prendre  en  sa  guarde; 

Qui  a  lui  servir  se  velt  duire 

Nule  rien  ne  lui  poreit  nuire. 
9865  Si  com  il  erent  en  tel  dote^ 

Li  rois  e  sa  compainie  tote  Fol.  si  ^> 


9796  cornue  —  9797  saladin  —  3798  crealien  erent 

—  9807  i  manque  —  3813  le$  deux  e  manqmtU  — 

9838  trop  manque  —  3838  ore  —  3861  com  — 


77 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


78 


En  haule  mer  en  loinz  gardouent, 
E  a  Deu  mult  se  demeotouent 
Qu'il  lor  feist  alcon  secors  : 

îi85o  Elit  vos  venir  toi  le  dreit  cors 
Une  bêle  estorie  d'enekes. 
De  gent  qui  veneient  iiloques: 
Ço  ert  Jaches  d'Avesnes  en  Flandres, 
«deJae-  Si  ne  cuit  c  onques  Alixandres, 

9855  NEctor,  n  Acbilies  mieiz  valusent. 
Ne  que  meillor  chevalier  fussent; 
Ço  estoit  Jakes,  qui  lot  vendi 
E  enguaga  e  despendi 
Ses  terres  e  ses  héritages, 

a86o  E  dona,  si  iist  mult  que  sages, 
Cuer  e  cors  e  aime  en  aie 
Al  rei  qui  vint  de  mort  a  vie  ; 
Quatoi*ze  mile  homes  armez 
Aveit  bien  o  lui  renomez. 
\t  d'uo«  a865  Ço  ert  Testorie  de  Danemarche, 

E  maint  preu  chasteiain  de  Marche 
E  de  Cornewaille  i  aveit: 
Ço  disl  tels  qui  bien  le  saveit. 
Cil  aveient  de  bons  destriers, 

3870  Brons  e  baucens,  forz  e  legiers; 
E  quant  il  durent  ariver, 
Lores  veissiez  Turcs  desver; 
A  val  la  marine  acorouent 
Si  que  en  la  mer  se  ferouent, 

Q875  E  cil  dedenz  Acre  ensement. 
Qui  (raioient  espessement; 
I.  3  2  n.  Mais  cil  del  Thoron  a  val  vindrent, 

Qui  de  deus  parz  lor  estai  tindrent, 
Tant  que  cndreit  els  les  chargèrent, 

â88o  Mais  li  Turc  avant  les  chacerent, 
Qui  totes  veies  a  els  tràistrent  : 
Neporquanl  cil  avant  se  fraisirent. 
Salahadins  a  Tost  v«ue, 
Si  dist  :  fOre  est  preie  creue.i» 


9  885       Quant  li  haiz  reis  que  Tem  aore 
Ot  s'ost  creue  en  sipoi  d'ore. 
Tant  que  auques  (ud  aseuree. 

Qui  ainz  eust  poi  de  durée 

Mais  toz  ensemble  s'esbaudirent 

9890  E  jus  del  Thoron  descendirent. 
Si  se  tendirent  e  logierent , 
E  la  citié  d'Acre  asiegierent, 
Si  qu  il  esteient  asiegié 
De  deus  parties  e  gregié. 

3895  Li  Pisan  firent  vasselage, 
Qui  se  logierent  el  rivage 
E  gardèrent  la  la  marine 
De  la  cruel  gent  sarazine, 
Que  quant  les  nés  i  arivassent, 

3900  Qu  il  nés  preissent  ne  grevassent. 
Un  vendresdi,  la  matinée, 
I  ot  une  fiere  assemblée 
De  deçà  devers  Mont  Musart 
E  genz  morz  de  chescone  part. 

9905  Cil  de  la  vile  s*en  is^rent. 
Si  que  a  force  recoiliirent 
En  Acre  une  carvane  grande 
E  chameilz  chargiez  de  viande, 
E  a  Salahadin  menèrent 

3910  La  preie  qu'il  i  conqoesterent; 
En  Acre  entroient  e  issoient 
Come  dl  qui  la  force  avoient. 

La  gent  qui  en  Acre  s'ert  mise, 
Ço  sachiez  bien,  ne  fud  pas  prise 

3915  A  charete  ne  a  charue; 

Ainceis  fud  puis  chose  seue 
Qu  entre  toz  cels  qui  Deu  mescroient 
N'ot  meillor  gent  que  il  estoient 
Por  vile  guarder  e  défendre 

9930  E  por  chaAiel  a  force  prendre. 
Ne  demora  fors  la  quinzaine 
Que  illoec  vint  li  coens  de  Braine 


Les  Croisés  rec- 
«errent  le  siège. 


Les  Pisans  oc- 
«'up<?nl  1*?  riTage. 


Les  Sarrasins 
•?nlèTenl  une  ca- 
ravane. 


Fol.  3'î  b. 


lUueranum  Ri- 
cardif  I ,  xiix. 


3853  Co  est,  auornes —  a 881  tote 
i  menèrent  —  391 3  Coin  —  391 5  na 


a888  aprêê  ce  ven  U  doit  en  maftquer  deux  —  3906  qua  —  ^9 1  u  qml 
3917  mesf reoient —  3918  qiiil 


79 


L'ESTOIRK  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


80 


Am\ce  de  Ai- 
v^rs  leigneun 
français ,  alle- 
mamls  el  fla- 
manib. 


Fol.  93  r. 


Couibal  enlre 
Im  Croisa  al  lai 
Sarratina  (lap- 
UmbrvT  —  DV 
prèt  VItm.  h  oct. 
1189). 


E  ovec  lui  Andreu  son  frere 
De  bone  dame  e  de  bon  père. 

•j9j5  Li  seneschals  de  Flandre  i  vint 
E  0  lui  barons  plus  de  vint, 
E  Tandegrave  d*Alemaine 
Qui  aveit  bons  chevals  d'Espaine; 
Si  i  vint  Tevesque  de  Biauveiz 

agHo  Qui  n  esteil  ne  vielz  ne  desfaiz; 
E  sis  frères  li  cuens  Roberz, 
Vistes  chevalers  e  aperz; 
E  si  i  vint  li  cuens  de  Bar, 
N*ot  plus  corteis  de  si  qu  al  Far; 

9935  E  maint  altre  prodome  e  sage 
Vindrent  en  Tost  a  cel  passage; 
Mais  merveille  com  plus  veneient 
E  Sarazins  meins  les  cremeient, 
Qui  lor  livroient  trop  ententes 

9960  E  venoient  jusqu  a  lor  tentes. 
Cil  de  la  vile  hors  issoient 
E  li  autre  toz  jorz  creîssoieat, 
Dont  la  terre  esteit  si  porprise 
Que  la  nostre  ost  se  tint  por  prise; 

9965  Mais  neporquant  toz  jorz  se  tindrent 
Al  rei  hait  por  qui  il  i  vindrent. 

Quant  la  guerre  fud  devant  Acre, 
Prostrés  nuls  ne  clerc  ne  diacre 
Ne  poreient  conter  ne  dire 

11950  Les  granz  travailz  ne  la  martire 
Que  li  cristien  i  sostindrenl, 
De  si  la  que  li  rei  i  vindrent, 
Cil  de  France  e  cil  d'Engletere, 
Qui  mistrent  les  murs  d'Acre  a  terre, 

•.>955  E  les  bones  genz  qui  s*esmurent. 
Qui  Deu  amerent  e  Deu  crurent. 

Cel  jor  d'un  vendresdi  me  menbre , 
E  si  fud  el  mois  de  setembre, 
C'une  laide  mésaventure 

9960  Vint  a  noz  genz  e  laide  e  dure. 


Li  Sarazin  les  assaillouent 
Si  que  nul  jor  ne  defaillouent 
Eth  vos  que  cristien  s'armèrent 
E  par  conreiz  se  conreerent, 

9965  Devise  par  conestablies 
Si  com  els  furent  establies. 
L'Ospilal  fud  sor  la  marine 
Ou  trop  aveit  gent  sarazine, 
E  li  Temples  premièrement: 

9970  Ço  ert  toz  jorz  le  comencement. 
Li  coens  de  Braine  0  sa  maisnec 
Qui  en  mi  Tost  esteit  rengiee, 
L'andegrave  e  cil  d'Alemaine 
Qui  furent  gent  de  grant  compaine, 

9975  Mestrent  a  la  mahomerie, 

Car  bien  lor  dut  estre  merie . .  • 
Li  reis  Guis  e  la  gent  de  Pise 
E  altres  genz  de  grant  emprise 
Furent  sor  le  Thoron  a  destre 

9980  Por  gueitier  les  Turs  e  lor  estre. 
Sarazins  vindrent  ad  esfrei  : 
La  veissiez  meint  gent  conrei. 
Li  Templer  e  TOspital  poinstrent. 
As  premerains  conreiz  se  joinslrent, 

9985  Sis  desconfirent  e  perchierent  : 
Cil  fuirent  e  cil  chacerent; 
E  nostre  gent  autretel  firent, 
E  Sarazin  se  desconfirent; 
Mais  tel  plentë  en  i  aveit 

9990  Que  nul  cristiens  ne  saveit 
Quel  part  il  deussent  tomer. 
Li  Turc  ne  sorent  retomer  : 
Ja  erent  près  de  la  montaine, 
Quant  diables  fist  une  ovraigne 

9995  Par  quoi  mult  de  noz  genz  munirent 
E  périrent  e  encorurent, 
Par  un  cheval  qui  eschapa 
A  un  Aleman  quil  cbaça 


M 


fi 


î,  1 ,  nii. 


¥(A,  19  rf. 


•J915  flandres  —  9930  desfraii  —  9986  prodom  —  1966  quil  —  9968  ne  mtmqftê  —  195 1  Qui  — * 
99.19  i  manqué  —  99^0  e  manqué 


81 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


82 


«les 


E  fist  a  ses  compaignoûs  sivre, 

3ooo  Qui  nei  poeient  aconsivre. 
Li  chevals  fui  vers  la  vile, 
E  Sarazins  plus  de  cent  mile 
Quiderent  que  noz  genz  fuissent 
E  que  il  sei  desconfeissent  : 

3oo5  Sor  els  poinstrent  e  retornerent, 
E  cet  jor  tels  les  atornerent 
Que  cil  qui  a  Tost  suelt  entendre 
Ot  assez  a  sei  a  défendre; 
Car  por  un  erent/int  e  quatre, 

3oio  Qui  se  penouent  d'els  abatre, 
E  qui  ot  gibet  e  ot  mace 
En  laissèrent  morz  en  la  place. 
mm  Ht  La  fud  occis  Andreu  de  Braine  : 

"ndré  ^"®  i^  s'aime  ne  seit  en  painel 

3oi5  Car  tels  chevaliers  ne  murut 
Ne  tantes  genz  ne  socurut. 
.2A  n.  La  fud  li  marchis  en  tel  presse 

De  Montferat  de  gent  engresse, 
Si  li  reis  Cuis  nel  sucurust, 

3oao  Ke  icel  jor  i  encurust; 

E  meinâes  en  cet  contemple 
grand  Fud  ocis  li  mdstrcs  del  Temple, 

Cil  qui  dist  la  bone  parole 
Que  lui  vint  de  la  preuz  eschole, 

3o35  Quant  la  gent  coarde  et  hardie 
Lui  distrent  a  celé  envaie  : 
r Venez  vos  en,  sire,  vene^l'» 
E  venist  s'il  s'en  fust  penez. 
<rJa  a  Deu,7)  ço  dist  il,  trne  place 

3o3o  frQue  donc  mais  seie  en  altre  place, 
«rNe  qu'ai  Temple  seit  reprové 
«rQue  Tem  m'ait  en  fuiant  trovél?) 
E  il  nel  fist,  ainz  i  murut, 
Car  trop  des  Turcs  i  acurrut, 

3o35  E  bien  cinc  mile  gent  menues 


I  Tem- 


Dont  les  chars  en  remestrent  nues; 
E  quant  cil  de  la  vile  sorent 
Que  cil  noz  genz  desconfiz  eurent. 
Es  chevals  arabiz  montèrent 

3oâo  E  vindrent  hors,  si  encoatrerent 
Les  noz  si  merveillusement 
Que  lor  esteust  malement 
S'il  ne  s'eussent  défendu; 
Mais  lors  i  ot  estai  rendu, 

3oA5  E  lors  vit  l'em  chevalerie 
E  ferir  sur  la  gent  haie. 
La  le  fist  bien  li  reis  meismes, 
Icel  Guis  dont  nos  vos  deimes, 
E  danz  Giefrei  de  Linzegnan, 

3o5o  Qui  soffri  le  jor  grant  ahan, 
E  Jakes  d'Avesnes  li  preuz, 
Qui  en  la  terre  fist  tanz  pruz, 
E  li  autre  quis  reuserent 
Si  qu'en  Acre  les  entassèrent. 

3o55       Issi  ala  celé  jornee 

Que  Fortune  aveit  atornee. 
Or  sunt  Sarazins  esbaudi 
(Deus  les  maudie  e  jes  maudi!). 
Que  lors  vindrent  il  engrcssant 

3o6o  Noz  cristiens  e  empressant 

Assez  plus  que  devant  ne  firent; 
E  quant  li  prodome  ço  virent, 
Si  distrent  donc  la  baronie  : 
f^Seignurs,  nos  n'i  guaignons  mie. 

3o65  (rPernoms  un  conseil  sucurable 
tr  Contre  ceste  gent  a  diable 
((Qui  tote  jur  a  nos  asemblent 
tE  la  nuit  noz  chevals  nos  einblent.  » 
Tels  fud  li  conseilz  e  l'affaire 

3070  Que  il  firent  un  fossé  faire 
Grant  e  parfont  e  le  e  large, 
E  il  i  misent  meinte  targe 


Défeast!  iléses- 
|i^rée  des  rheva- 
liers  rhréti<>ns. 


Fol.  L>3  h. 


Itinennium  Ht- 
cardi,  1 ,  xtxj. 


3oo4  qui  sei  desconfissent  —  3oo6  les  manque  —  3007  uell  —  3oo8  entendre  —  3oi8  montferant  — 
3oio  Ki  —  3o2i  icel  —  3o*j5  ot  h.  —  3oa6  icel  —  3o36  en  manque  —  3o6o  sis  —  3oûa  esiust  — 
3oàà  iores  —  3o65  iores  —  3051  dauernes  —  3o53  quiî  —  3067  Ore  —  3o59  lores  —  3o6a  prodom  -- 
3070  Qui!  —  307a  il  meisenl 


■  ■rmiflftlC    lATIOIIALB. 


83 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


8& 


Siiladiii  fait  je- 
ter dans  le  flcuvr* 
les  cadaYres  dfs 
cil  notions. 


Fol.  a3  f. 

Ilinrrar'tHtn  lii- 
rardi,  I,  xx2. 


Luîtes  des  r  h  rt^ 
liens  et  des  Sar- 
rasins. 


K  mainz  escuz,  de  ponz  parties; 
Si  erent  les  terres  parties. 

3075  Li  Sarazin  les  assailloient, 
Qui  reposer  pas  nés  laissoient. 

Oiez  trop  grant  confusion 
Qu'il  avint  de  Toccision 
Dont  j'aveie  devant  traitié, 

3o8o  Dont  ii  Franc  furent  deshaitié. 
L'endemain  de  celé  aventure 
E  de  celé  descomfiture 
Del  mielz  de  Fost  tôt  a  eslite, 
Dont  noslre  gent  fud  desconfite , 

3o85  Moût  ot  de  morz  de  genz  menues 
Qui  la  erent  por  Deu  venues; 
Les  cors  des  morz  fist  trestuz  prendre 
Salahadins,  sis  nos  fist  rendre 
E  trebuchier  enz  el  flum  d'Acre. 

3090  La  veissiez  mult  lait  maçacrc. 
Car  Ii  cors  a  val  Tewe  alerent, 
Si  que  jusqu'en  l'ost  ne  finerent^ 
Dont  la  puurs  si  grant  eisseit, 
Si  que  li  monz  des  morz  croisseit, 

3095  Que  tote  Tost  d'iloc  fui 
Devant  que  l'en  les  enfoi; 
E  puis  que  il  les  enfuirent 
Grant  tens  la  flaur  en  fuirent. 
Gristien  firent  le  fossé 

3 100  Ou  il  se  furent  adossé; 

Dedenz  le  fossé  se  tenouent 
Quant  li  Sarazin  i  veuouent, 
Ki  toz  jorz  lor  firent  enchalz 
E  par  les  freiz  e  par  les  cfaauz. 

3io5  El  fossé  esteit  la  bataille 

De  la  gent  Deu  e  la  chenaille  : 
Li  nostre  le  voleient  faire, 
E  cil  tendouent  al  desfairc. 
La  veissiez  en  dessaietes 

3i  10  Plus  de  cinc  cent  mile  saetes 


Que  li  fosseur  trametoient 
Es  mains  a  ceb  quis  defendoient; 
La  veissiez  de  deus  parties 
Genz  corajoses  e  hardies; 

3i  i5  La  veissiez  gent  roeler 
E  cheoir  e  esboeler; 
De  roistes  cops  se  départirent  : 
Devant  la  nuit  ne  départirent. 
Des  le  termine  de  Temprise 

3iao  Que  l'ost  a  devant  Acre  assise, 
Desque  vers  Infeste  toi  sains, 
Ço  sai,  si  Toi  dire  a  mainz. 
Ne  finerent  de  gent  venir 
Qui  bien  durent  lor  lia  tenir. 

3ia5  Lores  vint  li  cuens  de  Ferieres, 

Qui  mist  plus  de  cent  Turcs  en  bières. 
Car  il  esteit  archers  si  bons, 
PTaveit  meilior  de  si  qu'a  Duens; 
E  si  i  vint  Guiz  de  Dampierre, 

3i3o  Qui  ot  maint  bel  chastel  de  pierre; 
S'i  vint  li  evesque  de  Vérone, 
Que  l'em  teneit  mult  a  prodome.  ■ 
Tut  cist  a  cest  passage  vindrent , 
Martyrs  e  confessors  devindrent, 

3i35  Car  li  plus  aisiez,  ço  os  dire, 
I  fud  assez  en  grant  martire 
E  de  peur  e  de  veiUier 
E  de  jur  e  nuit  travilljer  : 
Car  ne  poeient  reposer, 

3 160  N'il  ne  s'osouent  pas  poser 
Devant  ço  qu'il  orent  parfait 
Le  fossé  ou  tant  mal  ot  fait 

A  feste  toz  seinz  la  sorveille 
Avint  en  l'ost  une  merveille , 

3 1^5  E  merveille  e  mésaventure 

Fu  ço  trop  granz  e  laide  et  dure. 

Que  li  cristien  enduroient 

Les  travaiiz  qui  trop  lor  duroient, 


k'.l. 

Arrivée* 
vetot  Cn 

Fol.  33 


ArriiÀ 
r««4qMd 
rooe. 


Ituertii 
oarë,  Il 

Uae 
^ptieoM 
ao  secoan 
cre. 


3o85  I  ot  de  m.  e  g.  —  3097  4"''  *"  ^^^^  "^  mnnqw  —  3 1 06  c  de  la  cli.  —  3i  1 1  raetoient  —  9ii3  de- 
dens  p.  —  3 1/10  oser —  3i 61  fait  —  3i63  serueillc  —  31A7  crisiient 


85 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


86 


Cil  qui  6or  }e  Thoron  s'estèrent 

3i5o  Al  chief  de  Gayphas  guarderent, 
Si  i  virent  venir  armées 
Une  estoire  grant  de  gaalees 
Qui  de  Babiloine  iert  venue, 
Par  qui  Acre  fud  tant  tenue. 

3i55  L'estoire  veneit  bêlement, 
E  la  novele  isnelement 
.  d&  a.  Fud  en  bref  tens  par  Fost  contée 

Qu'ele  veneittote  aroutee; 
Si  qniderent  tels  i  aveit, 

3iGo  Mais  nul  de  Tost  mot  n'en  saveit. 
Que  ço  fust  estoire  de  Pise 
Ou  de  Genves  ou  de  Venise 
Ou  de  Marsilie  ou  de  Sezille 
Qui  venist  assaillir  la  ville. 

3i65  Endementers  quil  devinoient, 
E  les  guallees  aprismoienf , 
E  tant  vindrent  e  aprismerent 
Que  dedenz  Acre  se  fichèrent  ; 
E  enz  en  lor  venir  illoques 

3170  Pristrent  une  de  noz  enekes 
Ou  il  aveît  genl  e  vitaille , 
prtoduoc  Si  Ten  menèrent  par  bataille 

Dedenz  la  vile,  e  si  ocistrent 
Les  genz  e  la  vitaille  pristrent. 
wrtsiof  3175       Ore  escotez  que  li  Turc  firent 
A  Deu  e  com  il  lui  mesfirent. 
Le  jur  de  la  feste  honorée 
Ou  tante  lerme  fud  ploree , 
Le  jur  de  la  feste  a  ensemble 
3 180  Toz  les  sainz  qu'il  el  ciel  asemble, 
Nos  pendirent  la  gent  haie 
As  murs  d'Acre  par  envaie 
Les  cors  des  cristiens  qu'il  pristrent 
Dedenz  l'eneske,  qu'il  oscistreni. 
3i85  Cil  furent  a  dreit  parçonier, 
Ço  poent  dire  sermonier. 


cbr^  • 


9t  sur  tes 
d'Acrr  tes 

»«    qu'il'» 
«ï 


De  la  grant  joie  pardurable 
Qui  sanz  fin  iert  o  est  durable 
Gels  dont  la  feste  esteit  tenue 

3190  Qui  a  cel  jor  iert  avenue. 

Gelé  estoire  dont  jo  disoie 
Garda  si  le  port  e  la  veie 
Par  ont  les  genz  Deu  arivoient 
Que  tut  le  port  en  eschi voient, 

3195  Si  que  nul  securs  ne  veneient 
A  cels  qui  a  Deu  se  teneient. 
L'iverns  aprosma  qui  veneit, 
Que  d'estorer  ne  lor  teneit; 
Lor  fosse  orent  acompli, 

3900  Ki  puis  refud  a  force  empli. 
En  cel  yvern  firent  chastels   — 
E  pierieres  e  mangoniels 
E  chatz  e  truies  e  cercleies,    - 
Ou  laborouent  tote  veies. 

3ao5  E  cil  enforçouent  la  vile 

A  ovriers  plus  de  trente  mile, 
E  firent  portes  e  toreles, 
Barbekanes  forz  e  noveles, 
E  en  tani  sens  tant  renforcèrent 

3910  Qu'a  tôt  le  mont  le  purforcerent; 
E  Salahadins  i  fist  mètre , 
Qui  ja  ne  s'en  quida  demetre, 
Tanz  mangonieb  e  tanz  pereres 
E  engins  de  tantes  manières 

391 5  E  tanz  soltilz  engineurs 
E  de  ses  terres  e  d'aillurs 
E  tant  feu  grezeis  en  violes 
E  tanz  tormenz  d'autres  escholes 
Que  Tem  sot  puis  de  vérité 

3990  G'onquesen  chastel  n'en  citië 
N'ot  tanz  armes  ne  tel  deffense, 
Tant  vitaille  ne  tant  despense. 
Issi  furent  en  cel  y  ver 
De  si  qu'ai  suef  tens  de  ver; 


Fol.  ail. 


IjCS  chrétiens 
conslru  sent  à 
l'entrée  de  l'hi- 
ver (les  machines 
de  guerre. 


Saladin  pré- 
pare aussi  ses 
machines  de 
guerre . 


3i6o  ne  8.  —  3i69  genae  —  3179-80  Le  j.  de  la  f.  a  toi  e.  De  \m  s.  —  3198  les  gent  a  deu  — 
3so3  triuaes  —  8916  E  tanz  e.  —  39i6  De  ».  —  3t99  Ne  tant 


6. 


87 


LESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


88 


Fol.  û/|  C. 

Itinernrium  Ri- 
t-ardit  I  «  xxiiii. 

Los  Allcmari(]<( 
ronstruispnt  un 
Ti'Ouliit  h  vent. 


La  nouvelle 
(1<*  In  mort  dn 
FrÂJërio  BarlMî- 
rousM  arrive   h 


Itinet  m  ium  Bi- 
nrdi,  I,  XXIV. 


Joie  dru  Sar- 
THMns  et  tristesse 
des  Croif». 


Fol  3  6  à. 


32  3  5  E  lors  firent  en  cel  quaresme, 

Si  coni  Ambroise  dit  e  esme, 
Li  Aleraan  premièrement 
Le  preraerain  molin  a  vent 
Que  onqiies  fust  feiz  en  Sulie, 

333o  Veiant  la  gent  qui  Deus  maudie, 
Que  estrangemeul  esguarderent, 
E  grantmeut  s'en  espoenterent. 
En  Tost  Deu  vint  une  novele 
Ki  de  primes  fud  bone  e  bele, 

3  33  5  E  puis  fud  pesanz  e  dotose 
E  dcshailice  e  enuiose  : 
Ço  fud  del  bon  empereur 
De  Alemaine,  qui  otvigor 
Ala  al  sépulcre  par  terre 

33^10  Por  la  merci  de  Deu  requerre, 
Ki  murut,  ço  fut  grant  damage, 
Al  fluminaire,  en  un  passage, 
A  un  gué  qu'il  n'ot  pas  temptd, 
Si  com  Deu  vint  a  voient^?. 

33/i5  Dedenz  Acre  tel  joie  en  orent 
Des  noveles  quant  il  les  sorent 
Qu'il  tombouent  e  thaborouent, 
Si  qu'autre  rien  ne  laborouent, 
Si  veneient  sor  les  loreles 

33  5o  A  noz  genz  dire  les  noveles 

Que  Salahadins  bien  saveit 
E  qui  mandd  le  lor  aveit, 
Si  crioient  a  voiz  bauciee 
De  sum  les  murs  meinte  fiée, 

3355  E  firent  dire  as  reneiez  : 

ffVostre  empereres  est  noiez.^ 
Lors  ot  en  l'ost  tele  tristesce 
E  tel  deheit  e  tel  destresce 
Que  de  lur  bien  ne  lor  teneit 

3360  Fors  del  passage  qui  veneit 
E  de  l'espeir  de  la  pramesse, 
Que  ja  iert  par  mi  l'ost  espesse, 


De  la  venue  des  hauz  homes 
Des  reis  de  cui  terre  nos  sûmes, 

33G5  Celui  de  France  e  d'Engletere, 
Qui  après  vindrent  en  la  terre, 
E  por  ço  fud  l'ost  confortée. 
Eth  vos  la  novele  aportee, 
Après  la  Pasche  un  poi  tôt  dreit, 

3370  Que  l'estorie  de  Survenoit, 
E  eth  la  vos  el  port  venir  : 
Adonc  vos  peust  sovenir 
De  formiz  ki  de  formilliere 
S'en  issent  devant  e  deriere; 

3375  Car  tôt  autresi  s'en  issoient 
Li  Turc  qui  en  la  vile  estoient. 
Plus  de  dis  mile'genz  armées, 
Toz  coverz,  il  e  lor  gualees, 
De  dras  de  seie  e  de  tapiz, 

3380  De  buquerains  e  de  samiz. 

Eth  les  vos  toz  contre  Festorie , 
Qui  tost  veneit  del  vent  de  boire, 
Contre  val  la  rive  fendant, 
E  l'autre  i'aloit  atendant 

3385  Qui  s'iert  a  els  venu  combatre 
E  a  force  sor  els  embatre, 
E  cil  sor  els  tôt  ensement, 
Qui  veneient  hardiement. 
C'ert  li  marchis  qni  Sor  teneit , 

3390  Qui  sor  l'estorie  as  Turcs  veneit 
Od  cinquante  vaissels  armez 
E  bien  coverz  e  ascemez. 
La  veissiez  tantes  banieres 
E  tantes  genz  pruz  e  manières, 

3395  Hardies  e  vistes  e  prestes I 

Lors  treslrent  cil  as  arbalestes. 
A  tant  eht  vos  la  començaille 
E  des  estories  la  bataille: 
La  n'aveit  mie  coardise; 

33oo  E  cil  de  Gienve  e  cil  de  Pise 


€Kté,  I,  XU 

Armel  ik 
flotte  de  Tjr 


Foi.  aS  0. 
Bataille  bi' 


3335  lores  —  3338  premier  —  3333  esponierenl  —  3336  deshaitiez  —  3a55  emperere  —  3a57  Lores 

—  3361  E  manque  —  3363  mi  manque  —  3371  E  manque  —  338i  le  v. ,  loz  manque  —  SaSa  toi  veneient 

—  3390  ieslones  —  3391  vassals —  3396  Lores  trestrestrcot,  arblestes 


89 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


90 


<raae 

rrasioe. 


•  ùupr<  < 
•1 


i.  5'i  h. 


Furent  assailli  en  ior  barges 
Od  arbalcstes  e  od  larges  : 
Devers  la  nostre  gent  se  Ireslrent 
E  tant  i  lancèrent  c  tresirent 

33o5  Que  resloric  as  Turcs  reuserent 
E  qu'a  vive  force  en  menèrent 
Une  gualee  jusqu'al  port. 
Adonc  oissicz  grant  déport  : 
La  veissiez  femes  venir 

33 10  E  coltels  en  Ior  mains  tenir 

E  prendre  les  Turcs  par  les  tresces 
E  traire  a  els  par  granz  destresces , 
E  puis  les  testes  Ior  trenchouent 
E  a  terre  les  en  portouent. 

33 1 5  As  estoires  iert  la  huée  : 

Cbascone  iert  sovent  remuée, 
Sovent  ensemble  s'ajostouent 
E  feu  greceis  s'entrelançouent, 
Alumoient  e  esteignoient, 

33âr>  E  la  ou  il  s'entrateignoient 
S'entrcferoient  par  esforz 
E  traioient  de  si  qu  as  porz. 
Ne  fud  tel  bataille  veue, 
N'om  ne  la  vit  de  sa  veue, 

33u5  Mais  nostre  gent  le  compererent, 
Cil  del  ost  Deu  qui  al  siere  erent  : 
Kar  por  le  doel  de  la  gualee 
Que  li  nostce  eurent  amenée 
Furent  li  Turc  si  esmeu, 

333o  Ki  chescon  jur  ierent  creu, 
Qu  al  fossé  tele  presse  firent, 
Quant  la  bataille  en  la  mer  virent. 
Qu'en  Tost  neu  aveit  cristien 
Hait  ne  bas,  joefne  n'ancien, 

3335  Tant  fust  hardiz  ne  alosez, 
Ne  tant  fust  seurs  ne  osez, 
Qu'il  n'eust  de  Turs  grant  raosche; 


Car  cil  veneient  corne  musche 
Oui  ainz  ainz  a  Ior  alreit  faire 

33âo  Al  fosse  emplir  e  desfaire. 
La  veissiez  tôle  la  plaine 
De  si  qu'ai  pié  de  la  montaine, 
La  terre  si  coverte  e  troble , 
Come  de  chames  en  estoble , 

33/15  De  Turcs  qui  Ior  coreient  sure, 
Que  il  ne  fineient  nule  bore  : 
Dedenz  les  fossez  s'enbatoient 
Si  espès  qu'il  s'entrabatoient. 
Une  hisduse  gentoscure,  * 

335o  Contre  Deu  e  contre  nature, 
A  roges  chapels  en  Ior  testes, 
OncDcus  ne  fist  plus  laides  bestes. 
De  cels  i  aveit  grant  plentë 
Od  felenesse  volentë, 

3355  Que  de  la  gent  qui  ondeioient 
E  des  chapels  qui  rojeioient 
Sembloient  cerisiers  meurs; 
E  tant  i  aveit  d'autres  Turs 
Qu'em  les  esmot  a  cinc  cent  mile. 

336o  Li  autre  Turc  dedenz  la  vile 
S'en  issoient  od  lur  banieres. 
Sis  grevoient  en  dous  manières. 
Si  que  l'ost  fud  tant  cuivroiee 
Icel  jor  e  mainte  feiee 

3365  Que  li  cristien  se  dotouent 

De  Ior  assalz  qui  tant  dorouent. 

Cil  as  roges  chapels  aveient 
Une  enseigne  ou  tuit  se  teneient, 
Ço  esteit  l'enseigne  Mahumet, 

3370  Qui  esteit  portraite  en  somet. 

En  qui  nun  se  vindrent  combatre 
Por  la  crestienté  abatre. 
Cil  pautonier  se  defendouent 
Od  granz  jnlez  qu'il  aportouent. 


Itinermrium  /W 


«laiis  rnrnx'-e  «îos 
Tares. 


Fol.  a5  C. 

Eleudanl    dt^ 


33oi  Qui  fureni  —  33o9  arblestes —  33o3  si  Ir.  —  33io  Ior  manque  —  33a/i  Nome  —  3333  naucit  — 
3335  nalooez  —  3337  Turs  manque,  grant  —  3339  a  latreit  —  3364  de  manque  —  33/i6  Quil,  nul  — 
3356  roioient  —  3358  des  autres  —  3359  Que  iem  -~  3365  cristient  —  33C7  roches  —  3373  Idl  — 
3376  Uns  grant 


91 


L'ESTOIRE  DE  LA  (.UERRE  SAINTE. 


92 


Mi-j:^  Ce  estoif  en  l'ost  la  grande  guerre 
Qu'il  aveient  devers  la  terre. 
Devers  la  mer  ert  la  bataille 
Qui  tote  jor  dura  a  taille; 
Mais  neporquanl  la  nostre  estoire , 
-^vicioire  oaTii'î  .s.'iRf.  Mcrci  Deu ,  en  ot  la  victoire; 

>\r%  Croisa.  ^         1      .  .  .Il* 

Car  de  jur  en  jur  eslablies 
1  estoient  conestablies 
Des  barons  de  Tost  es  galees, 
Mult  bones  genz  e  bien  armées , 

:v.\^:^  Qui  durement  s'en  combatirenl 
E  lof  gualees  embatirent 
A  vive  force  en  la  chaane , 
Si  que  l'estoire  crisliane 
Greva  tant  les  Turs  de  la  vile, 

3390  Qui  lors  erent  quarante  mile, 
Que  devers  mer  securs  nen  orent 
Acre  est  bio-  Ne  dcvers  terre  eissir  ne  porent; 

''""■  S'orent  puis  si  poi  de  viande 

Qu'il  aveiont  chiertë  trop  grande. 
luneranumiii'  HS^b       Lc  juasdi  dc  la  Asccncion , 

De  la  semte  procession , 
Que  Deus  fist  el  ciel  la  montée 
Dont  Teuvangeille  est  recontee, 
Voudrent  les  genz  monter  en  Acre 

3^100  El  non  del  veir  cors  que  l'en  sacre. 
Chastels  eûmes  bien  coverz 
Por  le  feu  grezeis  aïs  colverz  : 
Treis  en  i  ot  de  grant  affaire 
Fol.  r)5  fi.  Que  trei  haut  home  firent  faire, 

3'io5  L'andegraves  e  li  reis  Guis 
E  Geneveis  od  le  marchis. 
Cil  trei  en  lor  chastels  esteient 
A  icel  jur  qu'il  assailleient. 
La  gent  Dampnedeu  assaillirent. 
Sortie  (ir*  Sur-  3^110  Cil  de  dedenz  as  murs  saillirent  : 

Grant  fud  l'assaut  e  la  défense 
De  cels  qui  orent  poi  despense. 


A^^aut  doniiô 
par  les  Croisa'». 
Avension. 


rii^inii. 


Incendie    dn 
trais  cUlmi  de 


Qui  si  forment  se  defendoient. 

Qui  lor  mesaise  nos  vendoient: 
3615  Ne  furent  gent  si  defensable 

Cum  furent  li  menbre  al  diable. 

Li  un  alouent  thaborant 

E  li  autre  al  besoing  corant, 

E  li  Turc  de  vers  les  montaines 
3690  Racoreient  od  grani  compaines 

As  fossez,  si  que  enz  sailleient 

Des  que  onques  noz  genz  assailleieat, 

Si  que  il  covint  Tost  entendre 

A  assaillir  e  a  deffendre. 
36a5  Mult  dura  Tassait  longement 

Jusqu'al  seir  del  comencement, 

Mais  al  seir  le  covint  remaindre 

Car  onques  nés  porent  destreindre. 

Li  Turc  le  feu  grezeis  jetèrent 
363o  Es  treis  chastels  que  alumerent. 

Si  qu'a  cels  en  covint  descendre 

Quis  virent  toz  ardeir  en  cendre. 
En  Acre  furent  la  chenaille 

Long  tens  soffreitus  de  vitailie, 
3635  E  si  com  li  tens  se  cola, 

E  viande  lor  escola; 

E  furent  puis  si  conreë 

De  mesaise  e  desareë 

Que  mangierent  totes  lor  bestes, 
36 60  Piez  e  buels  e  cob  e  testes; 

E  jetèrent  les  cristiens ,  Fol-  «^  «■ 

Les  vielz  cheitifs,  les  anciens, 

E  les  joefnes  as  vistes  chieres 

Retindrent  a  traire  pirieres; 
3665  E  il  orent  si  grant  solTraite 

Qu'el  ne  poreit  estre  retraite, 

E  meschief  e  paine  e  ahan 

Jusqu'après  feste  saint  Jobau , 

Que  diable  lor  enveierent 
365o  Treis  nés  que  illoc  depesohierent, 


par  !*•  &••'*■ 


FamiMkAcfv 


338 1  G.  dc  j.  en  j.  en  e.  —  3386  Malt  mampu  —  8890  iores  —  3898  E  orent 
36oa  ai  c.  —  36 1  a  quo  —  36  a3  quii,  lost  tendre  —  8698  desleindre  —  8699  li  f.  — 
363a  ardeior  —  36 60  le  $0cond  n  matèque  —  366C  Qui!  —  365o  peschierent 


—  3399  Voudreiot 
8680  qualumerent 


93 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


n 


des 
jour 


Ë  partie  des  Turcs  périrent; 
Mais  ia  viande  en  recoillierent. 
Mais  quant  il  orent  ia  vitaiilc, 
Lors  se  resbaudi  la  chenaille 

3/i55  E  faisient  sovent  forscioses 

Par  quoi  noz  genz  erent  encloses. 
A  iost  qui  a  Deu  s'iert  tornee 
Avint  une  trop  fort  jomee  : 
Feste  saint  Jake  esteit  le  jor; 
rqoes.  3â6o  Mais  diables  qui  n'a  sejor 
Fist  une  uevre  tote  a  veue 
Par  quoi  Tost  fud  mult  descreue. 
Diables  nel  fist,  jo  menti, 
Mais  Dampnedcus  la  consenti, 

3A65  Qui  volt  plus  martirs  acoillir 
En  son  balt  règne  e  recoillir. 
La  plus  belc  serjanteric 
Qui  lors  fust  ne  or  seit  en  vie, 
Qui  ert  povre  e  de  grant  despense, 

3670  Eissi  de  Iost  Deu  sanz  défense; 
Mais  ço  lor  fist  lor  grant  mesaise, 
Car  poi  est  home  en  os(  a  aise. 
A  dis  mile  furent  esmé , 
E  si  esteient  luit  arme.  ' 

3670  De  Tost  tut  serré  s'en  issirent, 
Lor  conreiz ,  lor  eschieles  firent. 
Este  les  vos  toi  droit  as  tentes 
As  Turs,  la  erent  lor  ententes. 
Quant  li  Turc  les  virent  la  tendre, 

3/180  Si  nés  osèrent  pas  atendre, 
E  cil  vindrent,  si  se  tressèrent 
De  toi  le  miclz  qu'il  i  trovereot; 
Quant  li  Turc  les  virent  chargiez. 
Si  en  orent  trop  bons  marchiez: 

3Â85  As  serjanz  tant  tost  s'esleisserent , 
Que  plus  de  set  mile  en  leisserent, 
Que  onques  succurru  ne  furent 
Fors  de  chevaliers  qui  corurent, 


966. 


Mais  n'en  i  curut  pas  grantment, 

3/490  Ainz  i  munirent  eralment. 

La  fud  Thorel  del  Menil  morz, 
Mais  mult  i  ot  fait  grant  esforz; 
Si  fud  de  lui  le  jor  grant  plainte. 
Ç'avint  en  Tost,  e  altre  meinte. 

3/195       Maint  assalt  e  meint  estotie 
Fist  a  Tost  Deu  la  gent  haie , 
Mainte  aventure  dure  e  laide 
I  soffri  Deus  por  sa  meisuade. 
Sa  gent  ot  Deus  mis  en  esprove, 

35oo  Ausi  com  les  sainz,  com  l'en  trove, 
Qu'il  esprova  par  maint  mesaise 
Com  l'em  feit  l'or  en  la  forneise. 
Mult  en  orent  ja  la  soffert 
Cil  qui  a  Deu  s'erent  offert. 

35o5       Si  com  il  erent  en  sufrance, 
Eth  vos  le  barnage  de  France 
Entor  aust,  al  dreit  passage. 
Qui  est  einz  le  tens  yvernage. 
Lors  vint  li  sires  de  Champaigne, 

35 10  Li  coens  Henris,  od  grant  compaigne; 
Si  i  vint  li  cuens  Tedbad  de  Bleis, 
Mais  il  ne  vesqui  pas  trois  meis; 
Li  cuens  Estiefnes  ensement 
Vint  e  murut  sanz  tensement; 

35 1 5  Si  i  vint  li  preuz  coens  de  Clermont, 
Qui  bons  fud  a  Deu  e  al  mont; 
Si  vint  li  cuens  de  Chaalons, 
Qui  iert  forz  home  e  halz  e  Ions; 
Si  vindrent  tant  aitre  prodome 

3530  Que  nus  n'en  soit  conte  ne  some. 
Devant  Acre,  en  ia  demuree 
Que  la  prode  gent  henoree 
I  fesoit  por  son  salvement 
E  por  amor  Deu  purement, 

3595  Avint  meinte  grant  aventure 
Que  Tom  retint  par  cscripture. 


eardi,  1 ,  iLir. 

ArriviM?  «les  l>n- 
ron»  français. 


Fol.  a6  c. 


Itinfraittim  /ît- 
curdi,  I ,  iLVii. 

Un  Croité 
<^cbap|)e  p«r  mi* 
rade  aut  coupn 
d'une  pierri^re 
sarrntine. 


345 1  H  3A5a  interreriiê  —  3/i5/i  Lores  —  3658  forte  —  8û6a  mult  manque  —  3468  lore»,  ore  — 
3471  le  necond  lor  manque  —  3/177  ^^''  —  ^^9*  ^^*  menil  — 349a  mult  i  fist  —  3498  IssofTri  —  35oo  comme 
len  —  35oi  mainte  —  35o9  Gome  —  35o4  sen  erent  —  35o5  suslance  —  35o9  Lores 


95 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


96 


Ë  meint  miracle  i  taveneit 
Qui  des  vertuz  de  Dea  veneit. 
'  ^  En  Tost  aveit  meinte  perierc 

M}3n  Ou  mult  gent  devant  e  deriere 
Aloienl  sovenl  e  venoienl, 
E  multcs  choses  avenoieni 
Qui  a  miracle  erent  tenues 
Ouant  eles  erent  avenues. 

3535  II  aveit  dedenz  la  citié, 
Ço  dit  Teslorie  en  vérité, 
Mult  perieres  si  bien  jetantes 
Que  aine  ne  vit  len  de  tels  tantes. 
Une  en  i  ot  si  jeteresse 

35^10  Que  trop  esteit  damajeresse , 
Qui  nus  depeçoit  lotes  veies 
Noz  perieres  e  noz  ceroleies, 
Car  el  getoit  les  pieres  leles , 
Volanz  come  s'eussent  eles, 

3r)/!ir)  Que  dous  genz  coveneit  a  mètre 
En  la  funde,  sulonc  la  letre, 
E  quant  la  piere  descendeit 
E  la  funde  aval  la  rendeit 
Que  bien  plein  pié  parfont  en  (erre 
Fol.  a6  f{  3550  Al  chaeir  la  coveneit  querre. 

Iceste  meismes  periere 
Feri  un  home  el  dos  deriere, 
E  si  li  hom  devcnist  arbre 
0  une  columpne  de  marbre, 

3555  Si  Teust  el  par  mi  colpee, 
Tant  i  fud  el  dreit  açopee  : 
E  ii  prodom  ne  la  senti. 
Car  Dampnedeus  nel  consenti; 
En  itel  seignor  doit  lom  creire, 

350o  Que  tel  miracle  fait  a  creire. 
iiMcrarinmfii-  Issi  com  H  tcns  aveneiout, 

cardi,  I ,  XLTUi.  ni  i  •        . 

Un    Croiw?  *^  piusors  choses  aveneicnt. 

^cUapiH;  |»r  mi-  Entre  Avril  et  Mai  en  conchange 

nifi<»  a  un  coup  ^  " 

Avinl  une  aventure  estrange 


•fnrbaictf. 


3505  En  Tost  d'un  serjant  ki  esteit, 

Ki  el  fossé  del  mur  s'esteit 

Armez  de  coife  e  de  hauberc 

E  de  parpoint  a  meint  bel  merc.  . 

Uns  enemis  al  crealur 
3570  Teneit  une  arbaleste  a  tur: 

Al  serjant  traisl  par  une  archiere, 

Sil  feri  cl  pis  soz  la  chiere  : 

Le  parpoint,  la  coiphe  fausa 

Si  que  oltre  Tauberc  passa; 
3575  Li  serjant  ot  al  col  un  brief, 

Merci  Deu ,  quil  garda  de  grief, 

Kar  li  non  Deu  escrit  i  erent; 

Ço  virent  cil  qui  illoc  erent 

Que  quant  li  quarels  i  tucha 
358o  Qu'il  resorti  e  resbucha. 

Eissi  feit  Deus,  quil  prent  en  garde, 

Que  il  n'a  de  nule  rien  guarde. 

Issi  com  li  tens  aveneient,  ^ûmmim»- 

Ë  piusors  choses  aveneient.  carwoie  «wo- 

3585  II  avint  que  hors  des  fossez  lund'uaCroii^- 

S'iert  uns  chevalers  adossez  '   ^    *7  «• 

Un  jor  a  faire  sa  besoigne, 

Si  com  il  a  chcscun  besoine. 

Issi  com  il  iert  abeissiez 
3590  E  a  sa  besoigne  aaisiez, 

Des  Turs  qui  erent  en  l'anguarde, 

Dont  cil  ne  se  perneit  pas  guarde, 

S'en  parti  uns  grant  aleure; 

Si  fu  vilainie  e  laidure 
3595  Qu'il  velt  al  chevalier  mal  faire 

Tant  com  il  ert  en  tel  affaire. 

Il  aveit  Tanguarde  esloignie 

E  veneit  la  lance  esloignie 

Al  chevalier  por  lui  oscire, 
36oo  Quant  cil  de  Tost  pristreut  a  dire  : 

rrFuiez,  sire,  fuicz,  fuiezl?» 

Il  se  fud  a  paines  dresciez. 


35a8  de  manque  —  353o  Od  —  3538  leles  —  356 1  lole  —  35/i3  ele  —  35A/i  C.  seles  c.  —  3565  gent 

—  3553  si  home  —  3556  Od  —  3555  ele  —  3556  ele  —  3559  E  en  —  3570  arblaste  —  357a  Si,  deiof 

—  3578  Co  vinînt  co  —  358 j  qui.  en  mant/ue  —  3589  Quil  nal  —  3587  affaire  —  3590  E  manque 


97 


L*ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


98 


Neporquant  en  piez  se  leva 

E  sa  besoigne  n'acheva. 
36o5  Cil  vint  quant  que  chevals  pot  rendre, 

Quil  quida  bien  a  tere  estendre. 

Mais,  merci  Deu,  il  i  failli, 

Car  a  la  traverse  sailli  ; 

E  si  prist  en  ses  mains  deus  pierres 
36 10  (Oiez  com  Deus  est  dreiz  vengieres)  : 

Si  com  li  Turcs  ot  son  tur  feit 

Por  retorner  a  son  forfeit , 

E  li  chevalers  Tavisa, 

Sil  feri  com  il  devisa, 
36i5  Enz  el  venir  com  il  veneit, 

D'une  des  pieres  qu'il  teneit 

Desoz  le  chapel  en  la  temple  : 

Cil  cbai  morz  en  cel  contemple. 

Li  chevalier  prist  le  cheval , 
3030  Si  traist  la  reigne  contre  val; 

Si  vit  cil  quil  me  reconta 
7  6.  Que  li  chevalers  i  monta 

E  s'en  ala  jusqu'à  sa  tente, 

Sil  fist  guarder  en  bone  atente. 
«Ai-  3r)Q5      Issi  com  li  tens  aveneient, 

E  plusors  choses  aveneient. 

Une  foiz  ravint  une  affaire    . 

Dont  l'em  doit  bien. parole  faire. 

Meintes  genz  as  murs  assailiouent, 
363o  E  meintes  feiz  s'en  deffaillouent; 

Tels  i  aveit  qui  ne  finouent 

De  pieres  coillir  qu'il  portouent, 

E  li  baron  a  lor  destriers 

I  portouent  e  as  somers, 
3635  E  meinte  femme  i  reporta, 

Qui  en  portant  s'i  déporta. 

Entre  les  autres  i  portol 

Une  qui  mult  s'i  deportot  : 

Uns  Sarazins  quil  defendeit 
366o  Vit  que  celé  feme  entendeit 


tqoi 
OUI- 

MÊh 


Al  fes  de  son  col  deschargier; 
Si  com  el  volt  en  sus  marchier, 
Cil  treist  a  lui,  si  la  feri, 
E  la  femme  a  terre  chai, 

3665  Qui  fud  férue  morlelment; 
E  tud  li  poeples  eralmênt 
Vint  entor  la  femme  acorant, 
Qui  se  detortoit  en  morant. 
Sis  mariz  la  veneit  poroques , 

365o  Mais  el  preia  as  genz  illoques. 
As  prodes  homes  e  as  dames. 
Que  il  por  Deu  e  por  lor  aimes 
Feissent  de  son  cors  atrait 
Al  fosse  ou  ele.avoit  trait, 

36«55  Car  ne  voleit  que  sa  charoine 
Fust  meis  mise  en  allre  besoine. 
Ele  se  faiseit  ja  porter. 
Quant  Deus  en  fist  l'anme  porter; 
E  tel  femme,  ço  dit  l'estoire, 

366o  Deit  chescons  aveir  en  mémoire. 
Issi  com  li  tens  aveneient, 
E  plusors  choses  aveneient. 
Une  autre  aventure  ravint 
En  l'ost,  e  d'autres  plus  de  vint, 

3665  Voire  assez  plus;  mais  ramembrer 
Ne  les  sai  totes  ne  nombrer. 
Un  jor  hors  d'Acre  s'en  issirent 
Li  Turc  por  noz  genz  que  il  virent , 
Qui  estoient  aie  en  fuire, 

3670  Si  com  ues  est  a  gent  de  guerre; 
E  s'en  issi  uns  amiralz, 
Granz  home  e  de  parage  halz , 
Bellegemin  esteit  nomez, 
Preuz  e  hardiz  e  renomez , 

3675  E  li  baron  qui  l'ost  gardèrent 
Contre  les  Sarazins  alerent. 
Cel  jor  fud  l'ost  mult  eslormic. 
Qu'il  n*en  voloient  garder  mie, 


Fol.  37  c. 


Itincrarivmlii 
cardi,  I,  LIT. 

Mésavcaturr 
de  l'amiral  Bol- 
legemin- 


36o&  n'  manque  —  36o6  Quil  le  —  3609  E  manque  —  36^5  vendent 
-  3665  mortelemenl  —  365o  ele  —  3659  Quil  —  3656  mis  —  366i  veneient 


8636  Quen  —  366 sr  eie 
3663  raioini  •—  3668  quil 


tvraiMcaiE  ritioiaik. 


99 


l'estoire  de  la  guerre  sainte. 


100 


Car  tant  ala  gent  en  forage 
368o  Qu'il  orent  Tost  en  grant damage 
E  par  devant  e  par  deriere, 
Que  mult  fud  l'assaillie  fiere,  8790 

Mais  noBtre  gent  les  enchacerent 

'M]Hô  Toz,  fors  Tamirail  seulement 

Qui  remist  porpenseement 

E  voleit  noz  engins  ardeir,  8735 

Se  il  s'i  peust  aerdeir, 

Kar  issi  Faveit  pris  en  main. 
3690  Une  viole  ot  en  sa  main 

Qui  de  feu  grezeis  esteit  pleine  : 

Des  engins  ardeir  ert  en  paine.  8780 

Uns  chevaliers  le  ala  ferir 

Qui  lui  volt  son  luer  merir: 
Fol.  27  £/.  3695  Le  Turc  a  la  terre  estendi 

E  la  violete  espandi 

Desur  ses  choses  nécessaires,  8785 

Si  qu'il  ot  ars  les  genitaires 

Del  feu  grezeis,  que  il  estaindre 
3700  Voldrent,  mais  n'i  porent  ataindre. 
itiMntrwmBi-  Issi  com  H  tens  aveneient, 

*«**  /,  "«  E  plusors  choses  avencient.  87^0 

qui  îDsuiiaii  in  II  avint  par  plusors  fiées 

Que  les  fauses  genz  desloees 
370.5  Qui  contre  Deu  Acre  teneient 

En  som  les  murs  en  haut  venoienl 

E  aportoient  des  églises  87^5 

Les  croiz  qu'i  estoient  remises. 

Sis  batoient  e  vèrgondoient 
3710  E  eschopoient  e  feroient 

El  despit  de  fei  cristiane  : 

Ne  heent  tant  rien  lerriane.  875o 

Un  jor  si  com  uns  Turcs  esteit 

Desur  les  murs  e  il  bateit 
3710  Une  croiz  de  fust  qu'ot  trovee, 

Mult  Tôt  batue  e  vergondee 

8686  veri  omii  —  8687  ardeier  —  8688  Si!  se  p.  aardeier  - 
poront  —  8706  mur  —  8719  arblestiers  —  8720  sablastc 
rei  na  —  8762  e  fora  —  8766  quele  —  3761  que  manque 


•Tonf 


E  ne  la  volt  atant  leissier, 
Einceis  la  voleit  compissier. 
Quant  uns  arbalestiers  corteis 
Fist  de  s'arbaieste  un  enteis, 
E  joinst  le  quarel  a  la  noiz  : 
Al  Turc  qui  vergoudeit  la  croiz 
Volt  que  tel  feit  lui  fust  meri; 
Lors  Tavisa  e  si  feri 
Le  Sarazin  par  mi  Tentraille 
E  lui  perça  cors  e  coraille. 
Si  chai  mort,  jambes  levées. 
Dont  lor  gent  furent  trop  desvees; 
E  issi  velt  Deus  que  vengiee 
Fust  la  croiz  qu'il  ot  laidengee. 

Issi  com  li  tens  aveneient, 
E  plusors  choses  aveneient 
Un  jor  avint  une  aventure, 
Ço  conte  Ambbomb  en  s'escripture, 
Cons  Turs  s'en  issi  as  nos  traire 
Si  qu'il  ne  s'en  voleit  retraire, 
E  un  Gaieis  par  aatie 
S'ala  traire  celé  partie. 
Li  Gualais  ot  nom  Marcaduc, 
Si  n'iert  filz  n'a  rei  ne  a  duc, 
E  li  Turcs  ot  a  non  Grair, 
Hardiz,  forz  e  de  grant  air. 
L'uns  traist  a  l'autre  demaneis, 
Gualeis  al  Turc,  Turc  a  Guaieis. 
Li  Turc  comença  a  enquerre 
Dont  li  Gualeis  iert,  de  quel  terre. 
Li  Gualeis  dist  :  <tJo  sui  de  Guales, 
ttSe  feis  que  fols  que  tu  avales.  19 
Li  Turs  li  dit  :  trTu  siez  bien  traire. 
rrVoldries  un  giu  parti  faire, 
rrQue  jo  traie  e  que  tu  m'atendes 
<t  Si  que  nule  pari  ne  te  pendes , 
^E  si  jo  fail,  jo  t'atendrai 
rrSi  que  nule  part  ne  pendrai  ??) 

8699  ardeier  —  8699  quil  —  8700  Voldronk, 
-8736  Lores  —  8781  veneieDi  —  8760  na 
8769  Si  joD.,  pentes 


Fol.  s8  fu 
iimmmml 

CimUl  l 
Tare  el  ^ 
GalWf. 


101 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE 


103 


3755  Tant  lui  dist  e  tant  lui  proia 

Que  ii  Guaièis  lui  otreia. 

Cil  treist  al  Gualeis  e  failli. 

Car  al  mestraire  défailli. 

Li  Gualeia  dist  :  ir  Jo  retrarai. 
3760  (t  Atenl  mei.»  Cil  dist  :  «rNel  ferai. 

ffLai  mei  une  feix  encor  traire, 

((  E  jo  a  tei  deus  fois  sanz  retraire.  y> 

ffGe  Yolenters,*  li  Gualeis  dist. 

E  endementers  que  cil  quist 
3765  Un  dreit  pilet  en  son  torqueis, 

E  li  Gualeis  qui  lui  fud  près, 
s8  h.  (^ui  ne  le  velt  prendre  a  cel  fuer, 

Descorda,  sil  feri  el  cuer; 

Lors  dist  :  frCoyenant  ne  tenis, 
3770  Ne  jo  a  tei,  par  sein  Denis. ^ 
»^  Li  Pisan  qXii  en  Tost  esteient 

^^j^  E  gent  qui  de  la  mer  saveient 

p*''  Firent  un  chaslel  sor  gualees 

E  deus  eschieles  granz  e  liées  ; 
3775  Toz  lor  veissels  de  cuir  covrirent, 

E  del  chastel  autretel  firent; 

La  tur  des  Mosches  asi^erent 

E  mult  i  Irestrent  e  lancèrent. 

Cil  de  la  tur  se  defendoient 

3780  Si  bien  que  mult  chier  se  vendoient, 
E  des  gualees  de  la  vile 
S'en  issi  hors  plus  de  deus  mile 
Sarazin  guami  de  bataille 
Por  aidier  a  Tautre  chenaille; 

3785  Mais  il  traioient  e  lançouent 
E  de  granz  pierres  lor  jelouent, 
Granz  e  pesanz,  e  dars  aguz, 
Bnisoient  lances  0  escuz. 
Quant  cil  del  chastel  assaiUoient, 

3790  Cil  a  défendre  ne  faillouent. 
La  veissiez  bien  noz  genz  tiaire 
E  meint  bel  trait  sor  les  murs  traire; 

3760  dit,  frai  —  3761  encore  —  376a  E  mmmçim  — 

3781  E  les  —  3799  granz  numque  —  38of  qnil  i  dr. 
38io  dampnedou  —  3897  sertterrei  —  3898  ferm 


La  veissiez  pilez  pluveir 
E  Turs  mucier  par  estoveir; 

3795  La  veissiez  proz  genz  osées 
E  assaillir  par  reposées. 
Les  eschieles  furent  dreciees 
Contre  la  tur  e  adresciees 
A  grant  force  e  a  granz  meschiefs, 

38oo  Car  Fen  jetoit  desor  les  chiefs 
As  cristiens  quis  i  dresçouent 
Grandismes  fusU  que  il  lançouent, 
Qu  il  n'alouent  pas  coardant, 
E  s'en  relomerent  a  tant 

38o5  Tant  que  le  chastel  alumerent, 
Ë  cil  s'en  vindrent  jus  qui  i  erent, 
E  jetent  feu  grezeis  ardant 
A  grant  bataille  combatant; 
Mais  mult  ot  ainz  en  la  marine 

38 10  Grant  glaive  de  gent  sarazine. 
Li  chastels  fud  ars  erralment 
E  les  eschieles  ensement 
E  li  vessiel  qui  les  portèrent. 
Dont  li  Turc  se  réconfortèrent; 

38 1 5  Et  quant  il  virent  la  desfaute 
Lors  écrièrent  a  voit  haute 
E  huèrent  la  gent  haie 
L*ost  qui  a  Deu  iert  en  aie. 
Mult  fud  de  ço  descomfortee 

3890  L*ost  Dampnedeu,  mais  confortée 
Refud  de  la  grant  baronie 
Qui  iert  arivee  en  Sulie. 
L'arcevesque  de  Besençon, 
De  sue  part  le  començon, 

38a5  Fist  devant  Acre  un  moton  faire 
As  murs  depechier  e  desfaire 
De  trop  grant  cost,  s*ert  bien  ferrez 
E  mult  estreitement  serrez. 
Haut  e  bas,  devant  e  deriere, 

383o  Qu'il  ne  deust  criendre  perierre, 

3767  nd  V.  —  3769  Lores  ne  d.  —  3779  E  di  - 
—  d8os^  Grant  dîmes,  qait  —  3807  jetèrent  - 


Toi.  98  a. 


ItvurmnmmRi- 
cmrdi,  I,  Lii. 

guerre  eooitnut 
ptr  i'archevéqui» 
de   Beetofon  et 
par     le     nmte 
Henri  de  Ghamo 


103 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


10& 


Car  del  melz  que  Tem  soU  i  mètre 

Se  vell  Tarcevesquc  enti^emetre. 

Un  altrc  en  fist  li  cocns  Henris, 

Bien  covert  e  de  mult  grant  pris, 
:iH;{5  E  ]i  haut  baron  e  li  conte 

Maint  autre  engin  dont  ne  sai  conte; 

Mais  de  celui  dont  vous  deimes, 

Que  Tarcevesque  Gst  de  primes, 

Vos  dirons  com  il  en  avint 
Fol.  qS  d.  'AHhn  Devant  les  murs  quant  il  i  vint. 

Li  baron  de  Tost  devisèrent 

Cel  assalt,  ou  il  porparlerenl 

Les  engins  que  orent  fait  faire  : 

Fist  chescon  le  suen  as  murs  traire. 
;i«'i5  L'arcevesque  fist  traire  avant 

Le  muton  dont  jo  dis  avant, 
-     Ki  iert  de  si  riche  faiture 

Que  il  ne  deust  créature 

Criendre  par  dreit  ne  par  raison  ; 
:\Hî)o  Si  esteit  fait  com  soz  maison, 

Un  grant  mast  de  nef  dreit  sanz  nouz 

S*iert  en  mi  ferrez  a  deus  bouz; 

Dedesoz  le  muton  estcient 

Cil  qui  al  mur  hurter  deveient, 
.<855  Qu'il  n'i  aveient  de  rien  dote. 

Li  Turc  qui  nos  amouent  gutc, 

Tant  sèche  bûche  i  aporterent 

E  tant  feu  grezeis  i  geterent, 

E  feroient  o  lur  piereres 
AHiu)  De  colombes  lotes  entières 

De  liois  pesanz  e  de  marbres, 

E  i  getoient  fustz  c  arbres; 

Si  jetèrent  en  buz,  en  seillcs. 

En  peitailles  e  en  oceilles, 
'^805  Soffre  e  calran  e  siu  e  peiz, 

E  puis  granz  fuz  après  tôt  dreiz, 

E  feu  grezeis  par  en  somet 

I  jeta  la  gent  Mahumet , 

3883  que  1cm  i  s.  i  m.  —  383^  mult  manque  —  3835  e  li  haut  c.  —  38/ta  quil  p.  ^3868  Quii  —  385o  loi 
manque  —  385 1  sanz  bouz  —  3859  Si  iert  emi  f.  a  deus  nouz  —  3853  Desoi  —  3863  Si  en  j.  en  buthe»- 
seilles  —  387/i  arblastes —  3888  toz  ars  les  n.  —  3890  del  —  8901  vaillante 


(.OUI liai  ri u tour 
'lu  bélier  «le  l'ai- 
■■htv«Vji:r. 


Tanf^que  del  muton  sen  fuirent 

8870  Li  lueur  e  le  guerpirent. 

Li  Turc  as  murs  s'abandonoieat , 
Qui  al  muton  toz  jorz  jetoient  : 
La  veissiez  les  archers  traire, 
E  arbalestes  biaus  traiz  faire; 

3875  La  veissiez  granz  aaties, 

E  gent  navrer  de  deus  parties; 
La  veissiez  bons  vassals  core 
Al  muton  défendre  e  rescore     , 
K  a  Tatreit  desus  abatre, 

388o  E  Turcs  jeter  e  Turs  abatre 
As  défenses  od  lor  ireies. 
Qu'il  aveient  peintes  e  beies. 
Tant  i  lancèrent  q  jetèrent 
Que  le  moton  nos  enfondrerent 

3885  E  desclostrent  la  fereure 
E  tote  Tautre  enbordeure, 
E  le  feu  derechief  lancèrent 
Tant  que  tôt  ars  le  noz  leiseerent; 
Mais  U  motons  fud  comperez, 

3890  Car  quatre  vint  des  mielz  parez; 
E  un  admirait  i  perdirent, 
Mais  damage  des  noz  refirent. 
Eht  vos  atant  Tassait  remaindre, 
Quant  li  mutons  ne  pot  estaindre, 

3895  Ke  nul  ne!  peust  remuer: 
Eht  vos  Sarazins  a  huer. 

Apres  Haust  a  cel  termine 
Fu  en  Tost  morte  la  reine 
De  Jérusalem,  dont  damage 

3900  Fùd  de  feme  de  sou  eage, 

Car  tenue  iert  a  vaillant  dame, 
E  por  ço  ait  Deus  merci  de  s'aime  ! 
E  si  mururent  deus  puceles, 
Filles  le  i^ei  Guion,  mult  beiés; 

3905  E  par  les  emfanz  qui  mururent. 
Qui  dreiz  hoirs  de  la  terre  furent, 


Fol.  sg  a. 


DMlrartiooda 
b^Ker. 


Mort  ^  ^ 
reine  Je  J«w^ 
lem  el  «!«•  ilc<" 
filles  de  Gai  èf 


105 


LESTOIRB  DE  LA  GUERAK  SAINTE. 


106 


I  ,   IIVI. 


Perdi  pais  le  rei  le  reaume 
Por  qui  il  ot  tanz  cops  sor  Tiaume. 
En  Octobre  après  Seteinbre, 


tmrimmRi- 

.  floué  de  ^^*^  ^^^  '^  kalendes  de  Novembre, 

}     navire* 

»ar*  d'A- 
Jo«  partie 
traita. 

r»l.  -'g  b. 


Vint  d'Alixandre  une  aitre  estoire 
Od  grant  orguil  e  od  grant  gloire. 
A  quinze  vaissels  les  esmerenl 
Cil  de  Tosl  qui  puis  les  contèrent. 

3915  Li  vaissel  al  soeurs  veneient 

As  Turs  qui  dedenz  Acre  esteient, 
Qui  aveient  mainte  soRraite 
E  meinte  grant  \eilliee  faite. 
En  Testorie  veneit  deriere 

3990  Treis  dromonz  de  mult  grant  manere. 
Li  galiot  e  les-gualees 
Gardèrent  devant  lor  alees. 
Quant  cil  des  veissels  les  servirent, 
Pour  eurent,  si  s'esbairent 

3995  Qu'il  n'i  ot  si  preu  ne  si  mestre 
Que  bien  n'i  volsist  aillors  estre; 
Car  il  esteit  tant  vespre  oscure 
E  il  ventot  a  desmesure , 
Si  que  Testoire  cristiane 

3930  N'osa  encontrer  la  paiane, 

Ke  tant  lor  grevoit  la  turmente 
Qu'a  sei  ad  chescuns  mult  entente. 
Si  corne  la  gent  Sarazine 
Veneit  siglant  de  grant  ravine 

3935  E  a  meschiës  en  la  chaane 
Por  rescore  la  gent  paiane, 
Eht  vos  gent  a  honte  arivier, 
Qui  ne  poeient  eschivier, 
E  les  vaissels  degarochier  : 

39^0  Car  el  port  d'Acre  el  rochier 
Deus  lor  nés  lor  degarocha, 
E  tote  l'ost  l^s  arocha , 
E  furent  les  nés  depechiees 
E  toz  li  plus  des  genz  neiees. 


3965  Lors  vindrent  crislien  huant 
Al  rivage  e  les  chiens  tuant , 
E  pristrent  une.  grant  gualee 
Qui  ert  a  tere  a  force  alee 
Ou  il  ot  mult  vitaille  prise 

3900  E  tote  la  chenaille  ocise; 

Mais  li  autre  veissel  entrèrent 
Eu  la  chaane  ou  li  Turs  erent, 
Qui  v'assalment  les  atendirent, 
Lances  e  glaives  lor  tendirent 

3955  E  tanz  lanternes  alumerent 
Que  li  Sarazin  ariverent; 
E  des  Sarazins  qui  lors  vindrent 
Changèrent  lores  e  retindrent 
E  mistrent  hors  les  non  poables 

3960  E  retindrent  les  aidables. 

A  feste  saint  Martin  la  grande, 
Que  ja  encherist  la  viande, 
Fud  l'ost  a  l'endemain  banie, 
El  non  del  fiz  sainte  Marie, 

3965  Que  vers  les  montaines  ireient 
E  que  as  Turcs  se  combatreient. 
La  ot  beneiçon  retraite 
E  grant  absolucion  feite  : 
De  Canturbirie  l'arcevesques 

3970  Les  assoit  od  autres  evesques. 
Lors  porvirent  e  ordenerent 
Barons  e  gent  qui  l'ost  gardèrent. 
Eht  vos  l'ost  al  matin  montée  : 
La  ot  mainte  escbiele  contée, 

3975  La  plus  bêle  gent  cristiane 
Conques  veist  gent  teriane , 
Si  cstreit  serrée  e  rengiee 
Com  s'ele  fust  gent  enBei^iee. 
Grant  iert  )i  fronz  de  Tost  e  larges 

3980  E  bien  peust  sofTrir  granz  charges; 
E  la  riere  guarde  iert  si  plaine 
De  bons  chevaliers  qu'a  grant  paine 


Fol.  99  c. 


ItMerturiwn  Ri- 
cardi,  1 ,  LU. 

Satadin  se 
voyant  lor  U 
poiut  dVtr«  au 
taqoé  t^ènfait 
tera  les  monta- 
gaes  (it  nOT. 
iigo). 


391 1  QQ  —  39 1 5  vassal  —  89 1 8  grande  —  3990  malt  manqwB  —  3993  lor  s.  —  393 1  Katant  —  8933  com 
—  3961  Que  deus  nef  —  8965  Lores  —  8969  encberret  —  8963  iedemain  —  3966  oombatereient — 
3971  Lores  —  8976  gent  mampM  —  8976  venist  —  8978  seles  fusent  ; —  8980  grant 


!07 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


108 


Eu  pcust  rom  le  chief  veoir, 
Qui  ne  se  alast  en  hait  seoir; 
3985  Ne  getissiez  pas  une  prune 
Fors  sor  gcnt  fervestue  e  brune. 
Ko!.  99  tf.  Eht  les  vos  errant  dreit  al  Doc, 

Si  n'eussiez  pas  cuit  un  coc 
Que  Salahadins  sot  de  veir 
.'{990  Qu'il  iert  a  la  bataille  aveir, 
S'il  voleit  cristiens  atendre  ; 
Mais  celé  nuit  fist  s'ost  destendre 
E  lor  guerpi  celé  montaine 
Ou  il  seeit  e  sa  compaine. 
3995  Eth  vos  a  nostre  ost  une  espie, 
Qui  lor  disl  que  la  gent  haie 
Ot  celé  montaigne  laissiee 
E  s'en  fuioit  tote  esleissiee, 
Qui  d'iloques  se  csloignoienl; 
fiooo  Por  poi  que  noz  genz  ne  poignoient, 
lêuurm-nmBi'  Mais  grant  folie  fust  del  sivre, 

Car  nés  poussent  aconsivre. 
Tares  vnc  ua  E  quaut  bataille  ne  troverent, 

auiettaïKfoar-  Vers  Caîphas  tôt  dreit  tornerent, 

«ger  *  Criph...  ^^^^j.    Q^  Y^^  ^^  ^yvj  ^^gj^  ^jj^jjj^^ 

Dont  al  siège  aveit  meinte  faille. 
Eht  les  vos  a  la  Recordane  : 
Plus  tost  que  ostors  no  siut  l'ane 
Vindrent  H  Turc  quis  anguisoient; 

'1010  Tant  virent  que  il  retomoient 
E  apoigneient  a  Tost  traire, 
Taburer  e  crier  e  braire. 
Celé  vespree  se  tendirent 
Li  pèlerin,  si  atendirent 

Aotf)  Jusqu'al  demain  a  l'enjorner, 
E  se  devient  atorner 
D'aier  en  dreit  a  Cayphas; 
Mais  la  vitaille  n'i  ert  pas 
Qui  lor  i  esteit  encusee; 

6oao  Anceis  Torent  li  Turc  portée 


Foi.  do  m. 


Al  malin  quant  il  se  levèrent; 

E  com  il  einz  se  reguarderent 

Si  virent  toz  les  Turcs  del  monde, 

Ço  lor  fud  vis,  a  la  reonde, 
/toa5  Qui  aveient  lor  ost  assise, 

Dont  la  terre  en  iert  si  porprise, 

Sus  e  jus,  e  destre  e  sennestre. 

Que  l'ost  volsist  bien  aillors  estre. 

Onques  tel  gent  ne  fud  esmee. 
/io3o  Eth  vos  nostre  ost  aneire  armée, 

E  se  conreia  de  bataille; 

Mais  li  Sarazin,  la  chenaille, 

Ne  se  osèrent  a  els  combatre 

Ne  sor  si  bone  gent  embatre; 
/io35  E  li  pèlerin  retomerent 

Por  repairier  la  dont  tornerent, 

Mais  mult  eurent  ainceis  ententes 

Qu'il  venissent  jusqu'à  lor  tentes. 
Ai  chief  del  flum  qui  curt  vers  Acre, 

*  .,  entre   In  ckri 

/io/10  La  OU  il  surst,  ot  grant  maçacre  ums  «t  («  iac 

De  chevaliers  de  deus  parties,  ^^}'^  "^ 

Ainz  que  les  ostz  fusent  parties. 

En  celé  jomee  de  terre 

Fist  la  gent  le  rei  d'Engletere 
/io^i5  Od  le  Temple  la  riere  guarde; 

Mais  il  i  eurent  tote  guarde. 

Que  Deus  ne  fist  neiff  ne  grésille 

Ne  pluie  en  Mai  quant  il  rosille 

Que  chee  plus  menuemeot 
Ao5o  Que  li  pilet  espesement 

En  l'ost  ausi  tost  ne  cheissent, 

Einz  que  noz  genz  d'illoc  partissent; 

Toz  conreë  s'en  départirent 

E  vers  Acre  s'en  revertirent; 
&o55  Nostre  ost  se  toma  a  senestre 

Del  flum,  e  le  lor  ost  vers  destre  : 

De  deus  parz  le  flum  costeierent 

E  toz  jorz  s'entreherdeierent; 


3987  les  manqtte  —  hoio  quil  —  Aoi  1  apoignent»—  &ot6  en  manque  —  âot7  ^  premier  e  tnéinque  — 
6099  tele  —  /loâo  od  —  6o56  ost  manque 


109 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


MO 


M|mit 
ik  (i5 


3o  h,  E  de  par  ies  doz  gens  veneit 

^060  Tels  genz  qui  soeurs  li  teneit, 
Que  li  serjant  qui  erenl  guarde 
A  pië  de  nostre  ariere  garde, 
Qui  deriere  Tosl  se  teneient, 
Les  vis  tomez  as  Turs  veneient. 

ho6b  Icele  gent  s'iert  trop  gregiee 

Ainçois  que  Tost  fust  herbergiee. 

Par  malinet  a  renjomant 
S^alerent  noz  gens  atornant 
De  repairer  a  Acre  al  si^e; 

4070  Mais  li  Turc  teneient  lor  triege 
Al  pont  del  Doc  ou  ja  estoient, 
Par  la  ou  il  passer  deveient. 
Ja  voleient  le  pont  abatre, 
Quant  Tost  8*en  vint  sor  els  embalro; 

^075  Mais  le  pont  si  porpris  aveient 
Que  li  pèlerin  ne  saveient 
Par  ont  il  peussent  passer, 
Tant  s'en  i  vindrent  entasser. 
Lors  poinst  de  Lenzeignan  Giefreis 

6080  Sor  un  destrier  qui  esleit  freis, 
E  cinc  bon  chevalier  oveques 
Poinstrent  le  jor  o  lui  illoques , 
Qui  si  durement  les  ferirent 
Que  plus  de  trente  en  i  cheirent, 

ào85  Qui  naierent  el  fluminaire, 
E  que  voiant  la  gent  contraire 
Tant  les  ferireut  e  lassèrent 
Qu'a  vive  force  oltre  passèrent 
E  que  al  siège  ariere  vindrent, 

^090  Dont  cil  de  Tost  tut  lie  devindrent. 
Contre  la  fin  de  cel  passage 
Que  poi  passoient  fol  ne  sage. 
Tôt  le  passage  trespassouent 
E  neporquaut  encor  passouenl. 
.  3o  e.  A095  Que  que  li  poeples  vint  e  crut, 
E  la  vitaille  lor  descrut  ; 


Croifét 
«le    U 


Mais  trop  lor  aloit  descreissant 
Que  que  li  tens  aloit  creissant, 
N'il  nule  denrée  n'avoient 

Atoo  Fors  quant  li  passage  venoient. 
La  riche  gent  en  iert  guamie. 
Mais  la  povre  en  iert  desguarnie. 
Qui  chascon  jor  se  complainoit 
Por  la  chierté  quis  destreineit. 

Aio5  Li  alquant  aler  s'en  voleient, 
Qui  des  mesaises  se  doleient  ; 
E  la  vitaille  iert  détenue 
A  Sur  quant  ele  i  ert  venue. 
Que  li  marchis  faiseit  tenir, 

/il  10  Qu'el  ne  poeit  a  l'ost  venir. 
Or  si  orez  del  faus  marchis. 
Qu'il  aveit  porchacié  e  quis 
Par  hautes  genz  e  par  aveir 
K'il  voleit  le  riaume  aveir, 

/i  1 1 5  E  tant  fist  e  tant  porchaça 
E  tant  par  son  engin  braça 
G*une  serur  de  la  reine 
Ki  ja  iert  morte  a  cel  termine, 
La  femme  Raimfrei  del  Thoron, 

/il 90  Qui  iert  tenu  por  hait  baron, 
Fud  de  cel  Raimfrei  départie 
E  qu'il  la  prist  a  sa  partie. 
Par  tel  covent  que  sa  bataille 
Fereit  venir  a  l'ost  sanz  faille; 

/iia5  Si  l'esposa  en  sa  maison 
Contre  Deu  e  contre  raison. 
Mult  en  grosça  li  arcevesques 
De  Canturbire,  e  11  evesques 
De  Biaveix  la  lui  esposa  ; 

Hi'60  Si  ot  grant  tort  qu'il  le  pensa. 
Car  li  mardbift  avcat  esposes 
Deus  bêles  dames,  joefnes  tosea: 
L'une  esteiten  Costentinoble, 
Bêle  femme,  gentil  e  noble. 


Itinerarimm  Bi- 
ttrdi,  I ,  LxiiJ. 

Le  marquis 
Conrad  veat 
^oter  la  femme 
d«  Raiofroi  do 
TkoroD,  hén- 
Uèradaroyaomc 
de  J^roMlcm. 


Oppodlion  de 
rareheviqiie  de 
Canlorbmy. 


Fol.  3o  d. 


&071  del  doi  —  /io73  voleicmt  —  6078  tant  en  unrent  —  &079  Lores  —  &o8t  oue  loi  —  &086  qui  — 
&087  laissèrent  —  &089  E  quant  —  ^096  encore-—  6099  noie mon^tce  —  àiio  Qoele  ne  poeiet —  httt  Ore 
—  &ii9raimrriez  —  htth  Frôt —  AisGeenoontrer.  —  Aisytoroeuesques —  éid3îert 


111 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


112 


Ln  marquis  ûi35  E  Tautrc  csteil  CQ  sa  contrée, 

rpouse  la  femmo  ¥-«  i     ,  • 

deRtinfroi.bien  t*  «a  tierce  aveit  encontree; 

.l"u  fmL'''^^"  ^  P^"*  Ç^  "  ^^^^  arcevesques 

E  allres  genz,  clers  e  evesques, 

Cesl  mariage  contredistrenl 

'ii'io  E  escomengierent  e  dislrent, 
Corne  cil  qui  Toserent  dire, 
Que  il  ot  feil  treble  avollire. 
No  Deus  n'iert  a  lor  esposailles 
Ne  a  iteles  assembiailles. 

Al  AT)       Quant  li  marchis  ot  esposee 
Celé  qu'ot  long  tens  golosee, 
Ses  noces  fisl  e  ses  convives  : 
Ore  en  ot  il  treis  totes  vives, 
Une  en  sa  terre  e  l'autre  en  Tost, 

6 1 5o  E  encor  la  tierce  en  reposl. 
Mais  dut  venir  del  mariage, 
Si  Gst  il  cel  jor  e  damage: 
Car  quant  cil  orent  bien  beu 
Qui  as  noces  furent  veu, 

A 155  As  chams  vindrent  esbaoier 
Corn  s'il  allassent  torneier  ; 
Sarazin  qui  en  aguait  erent 
Les  enchacerent  e  hasterent, 
E  cil  de  Tost  al  cri  saillirent; 

'ii<)o  Mais  Sarazin  pas  n'i  faillirent: 
Le  butcillier  de  Senliz  pristrent , 
Mais  nus  ne  soit  ou  il  le  mistrent, 
S'il  murut  ou  que  il  devint; 
Mais  que  pris  que  mort  furent  vint  : 

11 65  Cil  furent  des  noces  paie. 
(]il  de  Tost  furent  esmaië  : 
La  sage  gent  plus  en  duterent. 
E  alquant  encore  quiderent 
Que  li  marchis  veir  lor  deist, 
E  que  vitaille  lor  feist 
Venir  en  l'ost  par  covenant; 


l.«:  iiouliiller 
'le  Svuli»  tiil  cii- 
l<:vë  le  jour  des 
iioc'R  par  ic< 
•Sarra'-in'-. 


Fol.  3 


1  a. 


lliuttaiiyni  Ri- 

Cluiirad    s'en 
rfiuiirne  à  Tvr. 


h  fjo 


Mais  il  s'en  ala  meintenant. 
Il  e  sa  gent  e  sa  esposee, 
Que  aine  puis  n'enveia  denrée, 

A 175  Qu'il  fud  asseur  de  vitaille, 
En  l'ost  ou  ele  fcsoit  faille. 
Fors  a  cels  qui  le  mariage 
Âveieut  feit  par  lor  oltrage. 
Seigneur,  de  la  mort  Alixandre, 

A 180  De  la  cui  mort  fud  grand  esclandre, 
Ne  del  message  de  Balan, 
Ne  des  aventures  Tristran, 
Ne  de  Paris  ne  de  Heleine 
Qui  por  amor  orent  tel  peine, 

Al 85  Ne  des  faiz  Hartur  de  Bretaine  . 
Ne  de  sa  hardie  compaine, 
Ne  de  Charlon  ne  de  Pépin, 
De  Âgoland  ne  de  Guiteclin, 
Ne  de  vielles  chançons  de  geste 

A 190  Dont  jugleur  font  si  grant  feste 
Ne  vos  sai  mentir  ne  veir  dire 
Ne  afermer  ne  contredire , 
Ne  jo  ne  trois  qui  le  m'espongc 
Si  ço  est  veir  0  tôt  mençonge; 

A 195  Mais  de  ço  que  tantes  gens  virent 
E  qu'il  meismes  le  soiErirent , 
Cil  de  l'ost  d'Acre,  les  meschiefs 
Qu'il  orent  es  cuers  e  es  chiefs 
Des  granz  chalors,  des  granz  freidures, 

Aaoo  Des  enfermetez,  des  enjures, 
Ço  vo  puis  jo  por  veir  conter, 
E  il  feit  bien  a  escoltier. 

Ço  fud  en  yvem,  en  Avenz, 
Qui  ramenoit  pluies  e  venz, 

A9o5  Que  en  l'ost  d'Acre  esteit  la  plainte 
E  le  deheit  e  la  complainte 
De  gent  e  maene  e  menue 
Por  la  chiertë  qui  ert  venue; 


Les   chai 
pwl4lf« 


va    eooter 
loaflranen 
CroWs   k 
«M     la      1 
même. 


Fol.  3i  b. 


j 

cartf ,  I ,  un 

HorriM«  à 
seCte  au  eu 
An  thréiMi*- 


tii'SS  le  second  c  manque  —  AiAo  £  escomeiant  —  Ai  Ai   Com   —  Ai  A  2   Qiiil  —  A1A6  qui!  ot  — 
^ii5o  encore  —  Ai5i  Muit  d.  —  Ai53  il  0.  —  Ai55  ch.  alassent  —  Ai 56  louncier  —  Ai 58  hastereent 

—  A161  de  son  lit  —  Aî63  quii  —  A166  E  cil  —  A17&  Quainc  —  A181  balaan  —  A188  Ne  de,  guiteeliik 

—  A2o5  Qiien  —  A  a 07  le  premier  e  manque 


113 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


IIA 


igcdcfl 


Car  el  cressoit  de  jur  en  jor, 

6910  Si  se  plaignouent  sanz  sujur. 
Bien  ior  eslut,  ce  est  vérité. 
De  si  qua  la  Nativité; 
Mais  lors  comença  la  deslresce 
E  ia  famine  e  la  laschesce  : 

691 5  Que  que  li  Noels  8*en  issoit, 
E  la  chierté  toz  jorz  cressoit. 
Mult  iert  li  muis  de  blé  pesanz, 
Qui  costoit  en  Tost  cent  besanz. 
Que  uns  hom  portast  soz  s^aissele; 

h%ûo  Mult  aveit  ci  freide  novele: 
Chiers  i  esteit  blez  e  farine; 
Doze  solz  valeit  la  geline, 
E  Toef  vendeit  l'om  sis  deners. 
Tant  esteit  li  tens  pautonerss 

6935  Mais  al  pain  esteit  la  bataille 
A  cels  qui  en  aveient  faille, 
Qu'il  maldiseient  le  marcbis 
Par  qui  il  erent  si  aquis. 
A»-  Seignors,  nel  tenez  a  eschar: 

i^93o  Que  en  Tost  Deu  ne  faillist  char, 


Les  biaus  destriers  i  escorchierent 

E  mult  voienters  les  mangèrent; 

Grant  presse  aveit  a  Tescorcier, 

Si  Tacha  toit  encore  chier; 
3i  c.  &9d5  Tut  yvern  dura  la  riote, 

Si  vendeit  lem  dis  solz  la  rote. 

Plus  iert  venduz  li  chevals  morz 

Que  ne  fust  vifs  par  nui  esforz. 

La  char  ior  sembloit  savoree, 
&960  Si  menjouent  bien  la  coree. 

Lors  maldisoient  le  marcbis 

Par  qui  il  erent  si  aquis. 
mmA..  Chiers  iert  li  tens,  grant  la  défaite 

1^  ^  A  la  gent  basse  e  a  la  haute, 

69&5  E  neporquant  qui  ot  aveir, 


Cil  qui  pot  la  viande  aveir, 
Nis  quant  il  la  voleit  doner, 
Si  ne  Toseit  abandoner 
A  tant  de  gent  com  i  veneit; 

AaSo  E  por  ço  chescons  la  teneit 
Qu'il  maldiseient  le  marcbis 
Par  qui  il  erent  si  aquis. 

Ne  fusent  herbes  qu'il  plantèrent 
E  semences  que  il  semèrent, 

6955  Dont  chescons  feseit  sa  poree. 
Ne  fust  la  perte  restoree. 
La  veissiez  tanz  biaus  serjanz, 
Bien  gentilz  homes  e  vaillanz, 
Qui  erent  nurri  en  richesce, 

6960  Qui  par  famine  e  par  destresce, 
Quant  il  veoient  herbe  nestre, 
Il  laloent  manger  e  peslre. 
Lors  maudiseient  le  marcbis 
Par  qui  il  erent  si  aquis. 

/i965       La  curut  une  maladie, 
Si  atehdez  que  jo  la  die  : 
Par  unes  pluies  qui  donc  plurent. 
Que  tantes  ne  teles  ne  furent, 
Ke  tote  Tost  d'iaue  naiot, 

6970  Chescons  tussete  enroot, 
E  emfloent  jambes  e  chines. 
Le  jor  aveit  en  Fost  mil  bières, 
E  de  TemAe  qu'es  chiefs  avoient 
Les  denz  des  huches  Ior  chaieient. 

^975  Tels  i  aveit  ne  repassoient, 
Quant  il  viande  ne  trovoient. 
Lors  maudiseient  le  marcbis 
Par  qui  il  erent  si  aquis. 

Seignors,  besoing  feit  meinte  chose 

6980  Dont  Tem  blâme  meint  home  e  chose. 
En  l'ost  aveit  de  mainte  terre 
Maint  home  bontus  de  pain  querre  : 


&909  6le —  69i3  lores —  6917  li  muls  —  6919  honte  —  &990  ici  —  A998  Par  qui!  estcieot  si  esquis  — 
âtdoQoen — /i9di8oiornerent — 6961  Lores — à9&9qtiile8teient  —  U^U^Eq. — à95imaklisein(  —  6969  qui! 
estaient —  àa^àqpA — 4957  tanimanquê — 6961  Que  quant  v. — à969  Qui! — 6968  Lores — à^Qh  quilesteient 
—  6969  kwt  deu  diaue — Ufà'jSEiele. —  à^j^'Anumqug — 6977  Lores — 6978  quilesteient — â989M.baUhontu9 

8 


Itinerarimm  lli 
eardi,  1 .  Ltix. 

On  est  rÀluit 
à  manger  de 
rberbe. 


Ititu/wrium  Ri- 
cardi,  I,  Lxx. 

La  maladie  m 
met  dans  le 
camp. 


FoI.Si  d. 


Itinerarium  Ri- 
eardi,  I.  lxxui. 

Aventare  d'un 
voleur  de  pain. 


lartiiiBaie  «ATionâLC. 


115 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


110 


As  bulongiers  le  pain  cmblouent, 
Si  que  loi  près  les  enpreignouent. 

VjSo  Un  jor  i  ot  pris  un  prison, 
E  por  ilele  mesprison 
L'en  mena  cil  qui  pris  Taveit, 
Si!  lia  al  mielz  quil  saveit 
Les  deus  mains  deriere  le  dos, 

'1Q90  A  Tostcl  ou  n  ot  point  de  ados. 
Cil  de  iostel,  qui  forneouent, 
A  mont  e  a  val  torneioucnt^ 
Si  ne  pristrent  del  prison  guardc; 
E  Deus,  qui  la  sue  gent  guardc, 

'iâg5  Rompi  les  liens  de  ses  mains. 
Il  seeit  sor  un  mont  de  pains; 
Li  serjant  musèrent  es  voies  : 
Cil  manja  des  pains  tote  veies 
E  si  en  mist  un  soz  Taissele 

A3oo  Par  dcsoz  Tombre  d'une  sele. 
Or  ne  fud  pas  trop  a  mesaise, 
E  quant  il  en  vit  tens  e  aise 
Si  s'en  fui  bone  aleure 
A  Tost  e  lor  dist  s'aventure, 

A3o5  As  serjanz  qui  od  lui  esteient, 
Qui  a  glaive  de  faim  mureient. 
Le  pain  que  cil  lor  aporta, 
Dont  un  petit  les  conforta. 
Fol.  3a  a.  Celui  mangèrent  e  partirent; 

/i3io  Hais  onc  guaires  ne  8*en  sentirent. 
Eth  vos  la  faim  si  esmeue 
E  lor  mesaise  tant  creue 
Qu'il  maldiscient  le  marchis 
Par  qui  il  erent  si  aqais. 
itiHerariumiii-  u  1 T)       Cil  qul  eu  Tost  8C  doleneienl 
,,  ,  Maint  inrant  meschieii  sosteneient, 

puueni  aux  ioG-  Jfe  nus  ne  VOS  i)oreit  contor 

iMm  et  dftien-  ^        , 

iioni  n>THS;«i<.  Que  la  mesaise  pot  monter 

Qu  il  endurèrent  e  sostindrent 


Dnk  eo 
fimif  êA 
trdw  ftfcf 


/iSao  Al  siège  puis  que  il  i  vindrent. 

Oiez  quel  perte  e  quel  damage 

D'orne  qui  Deus  fist  a  sa  image» 

E  quel  meschief  e  quel  laideace^ 

Qu'il  renit  Deu  por  sa  dertresee  ! 
6335  En  l'ost  fud  la  chiertë  si  grande 

De  tote  espèce  de  viande 

Que  molt  de  noz  genz  s'en  aloient 

Od  les  Turcs,  e  se  reneiouent. 

Conques  n'avint  ne  ne  pot  estre 
â33o  Que  Deus  de  femme  deignast  nestre, 

E  la  croiz  e  le  baptistire 

Reneiouent  il  tôt  a  tire. 
Deu  compaignon  en  Toit  esteient,      itimfrmh 

Povre  serjant,  qui  rien  n'aveient 
6335  For»  un  angevin  seulement; 

Si  lor  en  avint  maternent. 

Car  il  n'aveient  point,  de  veir. 

Plus  viande  ne  plus  avoir, 

Fors  seulement  lor  armeures 
6360  Senglement  e  lor  vesteures. 

Sor  l'angevin  fud  la  devise 

En  quel  manière  e  en  quel  guiae 

Viande  en  sereit  achatee 

A  trespasser  celé  jomee  ; 
6365  A  lor  pelisces  enquerouent 

Saveir  mon  que  il  en  ferouent.  P«l«  ^*  *• 

Tant  firent  e  tant  esgarderent 

Que  tresze  fèves  acbaterent  : 

Si  troverent  une  perchteo, 
635o  E  por  ço  qu  el  fost  rccbaogee 

Si  covint  Tun  d'els  Taler  quere 

Plus  luinz  de  set  arpenz  de  terre; 

Mais  cil  qui  la  dut  rechangier 

La  lui  chanja  a  grant  dangier. 
6355  Cil  vint  arieres,  sis  mangèrent, 

Por  poi  que  de  faim  n'eragerenL 


6a86  pris  —  698G  par  —  6991  fornouent  —  6s^s  tomouent  —  6397  serant  —  6999  en 
63oi  Ore  —  63i3  maldiseineot  —  63i6  qail  etteieut  —  63i5  lott  deu  se  —  43i6  griot 
6390  qml  —  6396  Quil  ne  DÎe  d.  —  6396  espcre  —  6397  se  aloienk  —  633o  femme  ne  d.  —  439fl  a 
sire  —  6337  dauior  —  636o  venlures  —  6365  pelisces  —  6345  quil  -—  635o  ele^  —  6356  Sî  M 


117 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


U8 


m. 
ïdet 


du 

PWif. 


Quant  les  fèves  furent  alees 
Ehl  vos  lor  mesaises  dublees. 
Lars  maldiseient  le  marchis 

UZ6o  Par  qui  il  erent  si  aquis. 
■  Ai-  Une  chose  en  l'ost  Deu  veodeienl, 

Quarobles  out  non,  ço  diseient. 
Qui  ierent  duces  a  mangier 
E  sis  aveit  Vem  sans  dangier, 

/i.365  Por  ie  denier  une  denrée; 
La  iert  ia  voie  bien  menée. 
De  celés  e  de  noix  menues 
I  furent  mult  genz  sostenues, 
Mais  cil  qui  malade  gisoient, 

6370  Qui  le  fort  vin  sovent  bevoienl, 
Dont  il  aveient  grant  marehië, 
Esteient  de  vin  si  chargié, 
A  iço  que  riens  ne  menjouent 
Fors  ço  que  il  meins  coveitouent, 

4376  Qu  il  morouent  ça  trois  ça  quatre; 
E  cil  qui  s'aloient  eabatre 
E  repassouent  e  viveient, 
Qui  point  de  vitaille  n^avoient, 
Cil  maldisoient  le  marchis 

638o  Par  qui  il  erent  si  aquis. 
>  ft.  Mainte  mesaise  ot  en  l'osl  traite 

Aiuz  que  vitaille  i  fast  atraite, 
N'il  n  est  rage  {ors  de  destresce 
De  faim ,  de  pain  quant  il  estresce , 

6385  Car  la  faim  celui  toz  jorz  haste 
Qui  de  manger  ad  greignur  haste; 
Car  a  vive  force  mangèrent 
Char  en  quaresme,  si  péchèrent. 
Ço  fud  en  la  cape  jeune 

6390  Que  chescons  hom  par  dreit  geune; 
Mais  furent  penitencië 
Quant  Deus  ot  le  tens  avancië; 
E  quant  issi  la  char  mangouent 
E  del  pechié  se  recordouent, 


tlTlI. 

pe  de 


ta  c. 


/1395  Lors  maudiseient  le  marchis 
Par  cui  il  erent  si  acuis. 
Tut  cei  yvem  issi  dura 
La  grant  chiertë,  que  endura 
La  gont  de  Tost  qui  Deu  quereit, 

fifioo  E  esguardeit  quel  le  fereit, 

Del  Noël  jusqu'al  grant  quaresme, 
Le  sai  de  veir,  non  pas  par  esmc, 
Que  la  ou  Deus  fist  lost  seoir, 
Ke  poi  velt  Tuns  Taulre  veoir. 

66o5  Charité  iert  si  refreidee 

Que  avarice  iert  trop  esbaucie 
E  puis  que  avarice  i  sorvint 
Li  larges  avoirs  en  devint; 
E  d'avarice,  sani  largesce, 

tiUio  I  moreient  gent  de  destresce. 
Qui  maodiseient  le  marchis 
Par  qui  il  erent  si  aquis. 

Tant  dura  cek  mesestance 
Qu'il  en  estett  trop  grant  parlance; 

6 /il 5  Mais  Deus  voieit  la  gent  apremdre. 
Qu'il  le  deivent  amer  e  criendre. 
Li  evesqne  de  Salesberes 
Apeia  ses  fili  e  ses  ireres 
De  De»  e  si  les  sermanà, 

6690  E  bone  essample  lor  dona; 
E  li  evesques  de  Vérone, 
Qui  bien  iert  dignes  de  corone. 
Ne  fud  al  sermoner  feignanz; 
Aiuz  dîst  parole»  a teignanz; 

6/195  Cil  de  Faunes  en  Lombardie, 
Un  evesque  de  seinte  vie, 
Represcba  mult  ateignaotment. 
E  ne  demura  puis  grantment 
K'en  Tost  fud  faite  une  eoilleite 

663o  Por  ia  gent  qui  trop  iert  destreite, 
Qui  a  grant  chose  s'eslendi. 
Chescons  mult  bien  i  enlendi 


La  dîselle  il  un» 
JcNo«I5Pâque9. 


iHnerariitHt  /?<- 
Mrdi,  1 ,  Lxxviii. 

Les  «v«S)uef  do 
8a)Uburv,de  Vë- 
roue  et  de  Fano 
fonl  faire  une 
collccle  pour  re- 
courir les  pau- 
trrei  de  Tannée. 

Fol.  39  d. 


6359  ^^f>^*  maldiseint  —  636o  Por  qui!  esteient  —  636i  Deu  moii^,  venderent  —  6376  qiii4  —  6377  e 
ienoeiit  —  6390  Lores  —  6396  Par  cuil  — 6398  quil  e.  —  6A00  E  e.  e  qttei  il  ior  freit  —  6608  Si  I. 
—  6616  le  manqué  —  6696  Une  —  6697  ateignament  —  663o  trop  nuutquê  —  6639  bien  mmqm 

8. 


119 


L'ESTOIKE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


ISO 


As  besoin  us  resazier. 
La  veissicz  Deu  grazier 

/l'i^T)  As  povres  gcnz  quant  il  nienjouent 
Ço  que  li  riche  lor  donoucnt. 
La  ot  Wakelins  de  Fcrieres 
Mains  perchiees,  non  mie  avères, 
E  il  e  Robert  Trossebot, 

/iVio  Qui  lot  le  suen  i  mist  a  bol; 

K  li  cuens  Henris  de  Champaine, 
Qui  muit  i  fud  de  granl  ovraine; 
Sire  Jocelins  de  Moptoire, 
Cil  doit  esire  poinz  en  Testoire; 

^'ihï)  E  de  Clermont  li  corlois  cuens, 
Qni  i  fud  despenderes  boens; 
E  levesque  de  Salesberes, 
Qui  n'i  ot  pas  les  mains  avères, 
E  li  autre  qui  Deu  conurent, 

6/î5o  Qui  meintes  genz  i  sucururent. 
La  coilleite  i  fud  bien  donee 
Par  esguard  c  abandonee 
Fol.  33  a  As  petites  genz  e  as  granz, 

As  chevalers  e  as  serjanz , 

/i'i55  E  as  povres  que  il  veeient 

Qui  greignor  besoing  en  aveient, 
A  chescon  solunc  qu'il  estait 
E  solonc  ço  que  mesesteit. 
Deu  vit  sa  gent  de  bien  esprise 

/1/160  E  que  charitez  se  i  iertmise. 
Sis  reguarda  por  celé  acorde 
Des  oilz  de  sa  miséricorde. 

Bien  avez  oi  puet  cel  estre 
Le  miracle  le  rei  celestre, 


Itinerarùim  Ht- 
larAi,  I,   Lxiix. 

Arrivée   d'un 

riitrgwnent   d.-  /,/,(j5  R  [restut  cil  Qui  Tont  oi 


En  deivent  estre  resjoi. 
Al  port  d'Acre  vint  une  barge 
Qui  n'iert  guaires  lee  ne  large; 
En  cclc  barge  aveit  forment. 


/1470  Or  si  porez  oir  cornent 
Deus  succurut  cristientë 
E  de!  chier  tens  fist  grant  pientë. 
Por  ço  n'iert  la  chierté  si  grande, 
Car  en  Tost  mist  assez  viande; 

/167.5  Mais  li  marcheant  la  tenaient 
Por  ço  que  chiere  la  vendaient; 
Mais  quant  Deus  qui  est  charité* 
E  fontaine  d'humilitd 
Vit  en  son  poeple  la  laschesee, 

/i/i8()  Si  comanda  que  la  destresca 
E  la  famine  a  tant  cassast 
E  que  li  formenz  abeissast. 

Ço  fud  un  samedi  einz  none 
Que  la  barge  vint  od  Tanone; 

/i/i85  N*iert  pas  grant  parole  tenue 
De  la  barge  qui  iert  venue 
Fors  de  cels  qui  le  blë  vendaient. 
Qui  a  lor  guain  entendeiant. 
La  barge  vint  un  samedi , 

khc^o  Mien  escient,  après  midi, 

Que  la  ramena  Deus  damaina, 
Prist  le  formant  le  diemaina 
Qui  esteit  as  gerniersgisans, 
Que  cil  vendeient  cent  basanz, 

/iAg5  Sil  mist  de  cent  besanz  a  quatre  : 
Tel  marcheanz  s'i  dut  enbatre 
Qui  tant  et  si  tost  ambati. 

Oiez  com  Dampnedeus  bâti 
Un  vassal  e  par  son  oltraga, 

65oo  Si  ne  fud  mie  grant  damage. 
En  Tost  d'Acre  ot  un  Pisan 
Qui  si  tint  chier  le  blé  cel  an 
Qu'il  n'en  voleit  vendre  denraa 
Fors  a  chierté  trop  desreea. 

/iSof)  E  Deus  qui  conuist  chescon  home 
L'en  Gst  porter  issi  grief  some, 


Fîo  delà 
Mtto. 


Fol.  33  b. 


IhMtrmwmi 

Un  PiaB  i| 

veodrinobh 
M  BuiiM  à 
traite  pir  «■>  > 
renilie. 


/i/i33  besoins  —  /i/i38  p.  not  m.  - 
'i/i56  en  manque  —  4A6i  iceie  — 
fih'jb  marchant  —  /i/iga  dimaine  - 
blc  —  45o6  desree 


-  fihfia  oueraine  —  H '18  i  manque  —  hMig  que  —  4455  quil  vdent  — 
6/169  sa  manque  —  /i/iC3   pucelcstrc  —  /ià68  lie  —  6670  Ore  — 

-  A/195  Si  —  4^196  marchanz  —  hUg^j  tant  si  t.  a  e.  —  45oi  ch.de 


121 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


Mi 


I,  uxii. 

boodaoee 
Cens  qui 

»  le 


itnKn. 


33  c. 


11, 1. 

éedePbi. 
ril  1191). 

■Iran  Aï- 

m.  n. 

BfMfDOnS 

le  France. 


Por  ço  qu'il  s'i  acostuma , 

Cuns  feus  sa  meison  aluma 

Si  que  quanque  aveit  en  maison, 

âSio  Quil  aveit  atrait  saoz  raison, 
Fud  tôt  péri  e  ars  en  cendre, 
Si  que  nus  ne  la  pot  desfendre. 

Quant  celé  ovre  Deu  fud  veue, 
Eht  vos  la  charité  creue. 

â5i5  Chescons  prosdom  s^eslargiceit 
L'uns  vers  Tautre  de  quei  que  seit. 
La  veissiez  reassazier 
Les  povres  e  Deu  gracier; 
E  tuit  c)!  qui  la  char  usèrent 

&590  En  quaresme  se  com fessèrent 
E  en  pristrent  lor  penitance, 
Car  feit  Torent  par  mesestance. 
Treis  cops  d'on  baston  sor  le  dos 
Ot  chescons  d*els,  ne  gaires  gros, 

â5s5  De  Tevesque  de  Salesberes, 

Qui  les  chastia  com  bons  pères. 
E  a  icele  Pasche  close, 
Que  Deus  ot  fait  icele  chose, 
Vint  li  reis  Filippes  de  France 

/ir>3o.  En  Tost  por  veir  e  sanz  dotance; 
Si  i  vint  0  lui  li  cuens  de  Flandres, 
De  la  cui  mort  fud  grant  esclandi^s; 
Si  i  vintli  preuz  coens  de  Saint  Pol, 
Cui  bien  seeit  escu  al  col; 

'i535  Si  i  vint  Guillames  de  Garlande, 
Qui  ot  compainie  mult  grande; 
Si  i  vint  Willames  des  Barres, 
Bons  chcvaler  e  preuz  e  ares; 
Si  i  vint  mis  sires  Dreus  d'Amiens, 

65Ao  Ou  mult  aveit  proesce  e  biens; 
Si  i  vint  Willames  de  Merlo, 
Un  chevaler  dont  jo  me  lo; 
E  si  i  vint  li  coens  de  Perche, 
Qui  tut  le  suen  i  misl  sanz  merche; 


txbiih  E  lores  i  vint  li  marchis 

0  les  Franceis,  si  com  jo  enquis. 
E  qu'en  fereie  autre  parlancç? 
Il  ne  remist  hait  home  en  France 
Qui  ne  venist  a  Acre  en  Tost 

â55o  A  cel  termine,  ou  tart  ou  tost. 

Li  reis  de  France  fud  illoques, 
E  la  cristientë  oveques. 
De  Pasches  jusqu'à  Pentecoste, 
La  haute  feste  qui  tant  coste; 

6555  E  lors  ot  li  reis  de  Epgleiere 
Pris  Cyprès,  e  vint  en  la  terre. 
Mais  l'estorie  me  covent  sivre 
E  la  materie  reconsivre 
Del  siège  d'Acre  reconter; 

656o  Si  velt  Ambroisbs  parconter 
Ici  e  parfomir  son  poindre 
E  Sun  neu  renoier  e  joindre 
Des  deus  reis  qui  a  Acre  vindrent 
Al  siège  e  com  il  se  contindrent, 

/Î565  E  de  la  some  de  l'estoire 

De  ço  qui  l'en  vient  a  mémoire, 
E  coment  Acre  fud  eue , 
Si  com  il  vit  a  sa  veue. 

Quant  li  reis  Richarz  d'Engletere 

iib^o  Fud  venuz  en  la  seinte  terre, 
Issi  com  jo  vos  ai  conté, 
Si  deit  bien  estre  reconte 
La  corteisie  e  la  proesce 
Qu'il  fist  lores  e  la  largesce. 

4575  Li  reis  de  France  aveit  donë 
A  ses  genz  e  abandoné 
Que  chescon  meis  treis  besanz  d'or 
Avreit  chescon  de  son  trésor; 
Sin  iert  grant  parole  tenue. 

658o  Li  reis  Richarz  en  sa  venue. 
Quant  il  oi  si  fort  affaire, 
Si  fist  par  nii  l'osl  sou  ban  faire 


Ainbroise  re- 
prend la  tuile  (lu 
r^cil  dei  é»ène- 
ments  dont  il  u 
été  li^moin  orn- 


Fol.  33</. 


ItiiterariuM  /?<- 
eardi,  111 .  ir. 

Philippe  doniif 
Iroif  besans  d'or 
k  cbacao  de  ses 
chevaliers.  Ri- 
chard en  donne 
qnalreanx  uVfls. 


&5o9  que  manque,  en  sa  m.  —  65 16  desqne  s.  —  6619  mangèrent  —  6533  prenez  —  hbhh  Que  — 
6567  freie  —  6569  Que  —  /i55o  Ou  a  cel  —  6555  lores  —  656i  Ici  a  parfongier  —  6563  De 


123 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


13& 


L'armée  est 
iuipalicnte  dn 
donner  l'assaut. 


l'ol.  34  a. 


Itinerarivm  Ri- 
rardi.  111.  ▼. 

Philipp;  veut 
attaquer,  mais 
Kichard  e^t  ma- 
laHe  et  le  prie 
(rollendre  en- 
corr-. 


Philippe  atta- 
que néanmoins. 


Que  chevaler,  de  quelque  terre 
Quil  fust,  qui  ses  solz  voidreitquere, 

4585  Quatre  besanz  d'or  lui  doroit, 
E  que  issi  lor  acoreit; 
£  ço  erent  les  dreites  soudées 
Qui  la  soient  estre  donees. 
Etb  vos  tote  Tost  resjoie 

4590  Quant  la  parole  fud  oie. 

Lors  diseient  les  genz  mepues 

Qui  pieç'a  i  erent  venues, 

E  li  menu  e  li  maian  : 

rSire  Deus,  quant  assaudra  Tan? 

4595  rrOre  est  venuz  li  plus  vaillant 
(rDes  reis  e  ii  mielz  assailianz 
rDe  tote  la  cristienté. 
rOr  face  Deus  sa  volenté.i) 
El  rei  Richart  iert  lor  fiance. 

4Goo  Lors  li  manda  le  rei  de  France, 
Qui  des  après  Pascbe  iert  venuz 
E  s^esteit  mult  bien  contenuz, 
Que  bien  sereit  qu'il  assaillisent 
E  que  Tassait  crier  feissenl. 

46o5  Mais  li  reis  Ricbarz  iert  malades 
E  aveit  bocbe  c  lèvres  fades 
D'une  emferté  que  Deu  maudie 
Qu'en  apele  leonardie, 
E  manda  al  rei  son  malage, 

46 10  E  li  manda  que  son  barnage 
Ne  s'estoire  n'iert  pas  venue, 
Einz  l'aveit  uns  tens  détenue 
Que  l'em  claime  li  venz  d'arsur, 
E  l'aveit  arestee  a  Sur, 

4615  E  que  ses  perieres  veneient 
E  que  par  tens  illoc  sereient, 
£  quant  sa  maisnee  vendreil 
Que  mult  volenters  enlendreit 
A  tôt  son  poeir  d'Acre  prendre. 

4090  Mais  onc  li  reis  de  France  atendre 


Por  ço  ne  velt,  si  Deus  me  sait, 
Qu'il  ne  feist  crier  Tassait. 
Al  matinet  par  tôt  8*armerent, 
Car  assaillir  mult  désirèrent. 

46a5  La  veissiez  tanz  genz  armées 
Que  a  peine  fussent  esmees; 
La  veissiez  tanz  biaos  haubers 
E  tanz  belmes  luisanz  divers, 
Tanz  cbevals  de  bêles  faitures, 

463o  E  tantes  blanches  coverlures, 
E  lanz  chevalers  esleuzl 
Aine  n*en  eûmes  tant  veuz, 
Tanz  bons  chevalers,  preuz,  oseï, 
Fiers  e  hardis  e  aloses, 

4635  Tanz  penoncelSf  tantes  banieres, 
Ovriees  en  tantes  manières  I 
Lors  devisèrent  e  partirent 
Ceis  qui  la  guarde  al  fossé  Greot, 
Que  Salahadins  par  deriere 

464o  N'entrast  en  Tost  od  sa  gent  fiere. 
Le  gent  Deu  vers  les  murs  se  treatrent, 
E  assaillirent  bien  e  trestrent; 
E  quant  ii  Turc  d*Acre  ço  virent 
Que  cristien  les  assaillirent, 

4645  Lors  peussiez  oier  soner, 
Come  se  Deus  feist  toner, 
Bacins  e  tymbres  e  taburs  : 
Ne  faiseient  autres  labors 
Cil  qui  de  tel  mestier  serveient, 

465o  Qui  del  paleis  Tost  sorveeient, 
Fors  noisier  e  faire  fumée  : 
C'ert  a  lor  Sarazins  mostree 
Que  il  les  venissent  socure; 
Si  les  veissiez  lor  acorre, 

4655  Od  i'atreit  le  fosse  emplir; 
Mais  nel  porent  pas  acomplir. 
Que  cil  de  Linzeignan,  Jefreis, 
Qui  de  proesce  iert  toz  jor»  freis. 


F9l.  34 


LmTq 

en  font  I 
Uoiboart 
troBi|Mlb 


pOVM  b 


4583  De  rh.  —  4591  Lores  —  4598  Ore  —  4599  alliance  —  46oo  Lores  —  46oi  Que  —  &6o5  Richan 
tnanque —  4607  emfermete  —  46a6  Qui  —  463o  tanz  —  463a  eurent  —  4634  e  oaei  —  4687  Larei  — 
4645  Lores  —  4646  Gom  —  465o  sorueneient  —  4653  Quil  —  4654  Si  lorres  les  v.  a.  —  &658  Que 


1 


125 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


Ii6 


i66o 


Fol.  3i  6. 


TrisUne  des 

n^qaivoieot 

Tamot    a 

tné.  Pbilipgr 

derint 


6665 


/1670 


4675 


&680 


6685 


6690 


/i 


•««»•.  Mort    45g5 

*^»*.  Abaf. 


Vint  a  la  barre  ou  il  esteient, 
Que  8or  nos  genz  ja  pris  aveieot, 
Sis  reusa  a  force  ariere 
E  en  niist  plus  de  dis  en  bière 
D'une  hache  que  il  teiteit  : 
A  tanz  cops  tanz  en  retenett 
Que  puis  Rodland  e  Olivier 
Ne  fud  tel  k»  de  chevalier; 
E  refud  la  barre  conquise 
Que  Sarazios  aveient  prise; 
Mais  il  i  ot  aini  grant  mellee 
E  tel  bataille  et  tel  criée. 
E  cil  qui  Acre  assaillirent  ^ 
Qui  les  ibsseï  a  force  emplirent, 
Covint  que  arieres  se  traissisent 
E  que  autre  conseil  preissent, 
E  fud  que  vers  quarels  se  trestrent 
E  n'i  lancèrent  plus  ni  trestrent. 
Eth  vos  Tassait  atant  remeindre, 
Et  le  pofde  crier  e  pleindre 
E  regreter  eele  venue 
Des  reis  qu'il  orent  atendue. 
Chescons  diseit  devant  sa  tente  : 
(tBiaus  sire  Deus,  com  povre  àtente.N 
Noz  genz  s'alerent  désarmer. 
Eth  vos  Sarazins  a  huer; 
E  quant  noz  genz  se  desannouent , 
E  li  Sarazin  alttunnient 
Al  rei  de  France  tote  veies 
E  ses  engins  e  ses  cercleies, 
Dont  il  li  prist  a)  quor  tel  ire 
Que  Tem  le  sot,  e  Toi  dire, 
Qu'il  en  chai  en  maladie 
Issi  qu'il  ne  chevalchot  mie. 
Issi  fud  Tost  en  tele  esta  te, 
Triste  e  petysive  e  ifioriie  e  mate, 
Des  deus  reis  qui  malade  esteient, 
Qui  la  citië  prendre  deveient; 


E  li  coens  de  Flandres  ier  mort, 
Dont  Tost  iert  en  grant  desconforz. 
Que  fereie  ici  autre  conte? 

6700  Li  mais  des  reis,  la  mort  del  conte 
Mistrent  Tost  si  en  grant  destresce 
Qu'il  n'i  ot  joie  ne  leesce. 
Fors  de  Testorie  des  enekes 
Qui  vint  en  cel  contemple  illoques; 

6705  E  lors  vint  l'evesque  d'Evreues 
E  bonen  gens  qui  erent  sues; 
Si  i  vint  de  Thoeni  Rogiers 
Od  grant  pientë  de  chevaliers; 
E  cil  de  Comebu  li  frère, 

/1710  Plusors  bons  fiiz  e  tuit  d'un  père; 
Si  i  vint  Robert  de  Noefbroc, 
A  plus  franc  home  ne  m'abroc; 
Si  i  vint  Jotdans  de  Homez, 
Qui  iert  conestables  de  Sei; 

6715  E  si  i  vint  ii  chambérlens 
De  Tancarvile  en  icel  tens; 
Li  coens  Robert  de  Leicestre 
Iert  ja  venus,  qui  i  voleit  estre; 
Si  i  vint  Gilebert  Taleboz, 

6790  Uii  des  plus  preuz  vassals  des  noz; 
E  mes  sires  Raof  Teissdns 
I  vint,  n'est  droit  que  lui  leissoms; 
E  li  vescuens  de  Chasteldon 
I  vint,  e  Benrans  de  Verdun; 

6735  E  si  i  vindrent  li  Tozeleis, 
Hardi  chevalier  e  corteis; 
Si  i  vint  Rogiers  de  Hardincort, 
Compainz  le  rei  e  de  sa  cort; 
Si  i  vindrent  cil  de  Preals, 

6730  Ço  erent  de»  compaignons  reials; 
Si  i  vint  Goarins  le  filz  Gerod, 
Qui  bêle  (^crtapaigDfie  i  dt; 
E  cil  de  la  Mare  enseifieât 
I  yini  e  bel  e  richensent; 


Arrivée  de  nou- 
veaux Croi8<'s. 

Fol.  36  1/. 


6663  qoH  —  6668  stitma  —  6676  E  que  ni  —  66^  De  deus  —  6699  freie  —  6705  bres,  de  uereues 
6709  coTDube  —  671s  A  pi.  fr.  oeBainroc  —  6790  plia  tnonçiM  —  6739  belenum^ 


127 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


12H 


Fol.  35  c. 

ItbwariumRi' 

Malevoûioe , 
pierrière  du  roi 
«le  France. 


Pitrricres  du 
(lue  de  Bour- 
gogne ,  des  Tem- 
pliers et  des  Hos- 
pitaliers. 


Pierrière    de 
Difu. 


Pierri^res  du 
roi  d'Angleterre. 


'17:^5  E  meint  autre  que  ne  nom  mie, 
Qui  vindrent  en  la  Deu  aie. 

Li  dou  rei  malade  giseient 
Al  siège  a  Acre  ou  il  csleient. 
Deus  ne  veit  pas  que  il  munissent, 

'17A0  Mais  que  la  citië  sucurussent. 
Li  reis  de  France  repassez 
Fud  ainz  que  li  autre  d'assez. 
Les  pereres  as  murs  jetouent 
Nul  e  jor,  qu  eles  ne  finouent  : 

'17/1 5  Li  reis  aveil  Maie  Veisine, 
Mais  en  Acre  ert  Mafe  Cosine, 
Qui  tote  jor  la  depesçoit, 
E  il  tozjorz  la  redresçoit, 
E  (antes  feiz  la  redresça 

/1750  Que  iemaistremur  depesça, 
E  la  tur  maudite  ensement 
Rot  ele  empeiriee  grantmenl. 
La  periere  al  duc  de  Borgoine 
I  rcfaiseit  bien  sa  besoine, 

A 7  55  E  celé  as  preuz  seignors  del  Temple 
Feri  meint  Turc  joste  la  temple. 
Celé  as  Hospitaliers  faiseit 
Uns  cols  qui  a  toz  lor  plaiseit. 
Une  periere  i  ot  fermée, 

/1760  Periere  Deu  estoit  clamée, 
U  uns  bons  prestres  preecha, 
Qui  tote  Test  esleesça , 
E  porchaça  tante  moneie 
QuMl  mist  bien  del  mur  a  la  veie 

/J7G5  Qui  iert  lez  la  maudite  tur 

Plus  de  deus  perches  tôt  entur. 
Li  cocns  de  Flandres  en  aveit 
Une  eue  quant  il  viveit, 
Nule  meillor  n'estuveit  querre  : 

A770  Icele  ot  li  reis  d'Engletere, 
Si  ot  od  celé  une  petite 
Que  Ten  teneil  por  bone  esiite. 


Fol 


Celés  a  une  tur  jetouent 

D'une  porte  ou  li  Turc  hantouent  : 
A 77 5  Tant  la  hurterent  e  bâtirent 

Que  la  meitié  en  abatirent; 

Si  en  aveit  li  reis  fait  faire 

Dous  noves  de  si  riche  affaire 

Qu  els  jetouent  totes  covertes 
6780  La  ou  els  erent  poroffertes; 

Si  ot  fait  lever  un  berfroi , 

Dont  li  Turc  erent  en  effroi. 

Qui  si  iert  coverz  e  vestuz 

De  cuir,  de  cordes  e  de  fuz 
6785  Que  ne  criemeit  pierre  gettee 

Ne  feu  greceis  n'autre  rien  née; 

Si  fist  faire  dous  mangoneU, 

Dont  li  uns  esteit  si  ignels, 

Quant  sa  piere  voleit  en  Acre, 
6790  Qu  ele  aloit  jusqu'en  la  maçacre. 

Les  sues  perieres  jetèrent 

Nuit  e  jur,  qu'eles  ne  finerent. 

Si  fud  si  veirs  com  nos  ci  sûmes 

C'une  d'eles  tua  douze  homes 
A 795  D'une  pierre,  qui  fud  portée 

A  Salahadin  e  mostree. 

Que  tels  pierres  ot  en  la  terre 

A  porté  li  reis  d'Engletere, 

Gaus  de  mer  qu'il  prist  a  Meschines, 
A800  A  tuer  les  genz  sarazines. 

Mais  li  reis  giseit  contre  lit. 

Trop  malades  e  sanz  délit, 

E  aloit  veoir  les  batailles 

Des  Sarazins  e  des  chenaUlea 
A8o5  Si  près  de  l'ost  e  des  fossez 

Que  ço  li  greroit  plus  d'asset 

Que  il  ne  poeit  assembler 

Que  li  mais  quil  feseit  trembler. 

Multpar  fud  Acre  maie  a  prwdre,     ^ 
A810  E  mult  i  covint  einz  despendre     *       ^^ 

de 


ItU 


6789  qui!  —  67/11  fud  repassiez  —  676»  lautre  —  h'jUS  la  drescoit  —  4754  reftit —  6767  bo^ttali —  j^^-g 
/i758  qua  —  A761  prêcha  —  Û771  od  manqvê  —  A773  un  t.  —  A779  des  —  /1780  eles  —  6786  Qui  ne  p^ 
criemeient —  /4797  teles  —  4807  Quil  —  6808  qui  ii  f.  —  48io  i  numpu 


129 


L  ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


130 


**.  m.„. 

'P*«««l       tto 

''■  *»  an  S.r. 


A  mult  engins  que  il  i  firent, 

Qui  a  grans  paines  i  soflirent; 

Car  quant  il  ne  se  regardouent, 

E  li  Saraizin  iorardouent. 
681 5  Li  reis  de  France  ot  fait  un  chat 

De  grant  cost  e  de  grant  achat, 

E  une  cercloie  coverte 

Trop  richement,  dont  fud  grand  perte. 

Le  rei  meismes  se  seeit 
/jSao   Soz  la  cercloie,  si  traieit 

Sovent  od  s'arbaleste  as  Turs 

Qui  veneient  défendre  as  murs. 

Un  jor,  si  com  ses  genz  gueitouent 

Son  chat  e  cels  qui  i  ovroient, 
6895  Eth  vos  que  Sarazin  jetèrent 

Tant  sèche  huche  e  aporterent 
^  Sor  le  chat  e  sor  la  cercleie 

(Que  Ambroisbs  vit  ceie  foie) 

Qu'après  le  feu  gi*eceis-  lancèrent 
^83o  E  une  perriere  adrescierent 

Tôt  dreit  sor  le  chat  a  ferir, 

Tant  que  le  chat  covint  périr, 

E  la  riche  cercleie  oveques 

Fud  arse  e  depecie  illoques; 
6835  Dont  li  rois  ot  al  quor  tel  ire 

Que  il  comença  a  madire 

Trestoz  cels  qui  son  pain  mangouent. 

Quant  des  Sarazins  nel  vengouent. 

Celé  nuit  fist  crier  Tassait; 
486o  Lendemain  fist  merveilles  chait. 
Estes  vos  al  malin  monté 

La  fiere  gent  de  grant  bonté. 

Cet  jor  fist  as  fossez  la  garde 

Tel  gent  qui  n'esteit  pas  coarde , 
6865  Car  tôt  entor  a  la  reonde 

Aveit  des  meillors  genz  del  monde. 

A  cei  jor  fud  mult  grans  mesters, 


Car  Salahadins  tut  premiers 

Aveit  dit  que  il  enterreit,  Fol.  35  </. 

685o  E  que  lores  s'i  mostereit. 

N'i  vint  pas,  meis  ses  genz  i  vindrent , 

Qui  al  fossé  tel  estai  tindrent 

Qu'il  erent  a  pié  descendu. 

La  veissiez  estai  rendu 
6855  E  ferir  de  mace  e  d'espee. 

La  iert  la  bataille  açopee , 

Car  li  Turc  dehors  se  desvoent 

Por  cels  de  Acre  quis  acenoient 

0  renseigne  Salahadin. 
6860  Ço  iert  Tamiralz  Saphadin 

E  tel  gent  qui  tel  presse  firent 

Al  fossé  qu'a  force  remplirent; 

Mais  nostregent  le  reuserent, 

E  cil  qui  devers  les  murs  erent 
6865  Assailloient  Acre  adecertes, 

Dont  Deus  lor  rende  tor  désertes  ! 

Li  mineor  le  rei  de  France ,  tes  Fmnçais 

Qui  lui  aveient  fait  liance,  °  !r\,';  "'"; 

^  '  mille   elAcre   et 

Foirent  tant  par  desoz  terre  y  '«^"'  ^'^^^'^ 

6870  Por  le  fondement  del  mur  quere 

Que  d*estançons  Testançonerent, 

E  puis  après  sis  alumerent, 

Tant  c'un  grant  pan  dei  mur  chai; 

Mais  un  poi  lor  en  meschai , 
6875  Car  al  chair  jus  s'acota. 

Si  que  chescons  hom  se  dota. 

Eth  vos  grant  gent  la  endreit  traire 

Ou  il  virent  le  mur  atraire. 

La  veissiez  tantes  banieres; 
6880  Enseignes  de  tantes  manières 

La  veissiez  a  celé  presse 

De  la  paene  gent  engresse  ; 

La  les  veissiez  avancier 

E  feu  grezeis  as  noz  lancier; 


6811  quil,  i  manque  —  6819  a  grant  paine  - 
68ti  arbe  —  6896  i  manque  —  683o  pertiere  — 
li  m.  —  6869  quil  entreit  —  6859  dei  e.  — 
6878  affaire  — 6880  E  tontes  enseignes  de  m. 


-  68i3  ne  manqué  —  6817  bien  coaerte  —  6890  Sor  — 
6836  Qoil  —  &84i  Eht  vos  ^  6866  meillor  —  6867  ^^^ 
6857  aceooient  —  686t   iele  —  6877  grant  manqué  — 


iwriiiiKnir   iiTio<i4Lt. 


131 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


132 


/fi.-ie/f.MKm/?!- 
••f/-i/f ,  ill ,  i. 

^lorl  <r.\ubry 
CK-inintqinveitl 


fiHij 


o 


KoI.  of)  a,  'iSKj  La  vfissiex  de  deus  pan  traire 

As  escliieles  ai  mur  alrairc. 
La  iiid  fcix  un  granz  hardemenz, 
K  ço  (isl  Aubcris  Climenz, 
(lil  qui  dist  qu  a  cel  jov  niurreit 
Ou  (|uo  dcdenz  Acre  enterreil, 
Xi\  n'en  dcigna  onques  mentir, 
Ainz  devint  illoques  martir. 
Car  sor  les  murs  s'ala  combalrc 
As  Turs  qui  Talouent  abatre, 

'1x^5  E  tant  sor  lui  en  acurul 
Que  sci  défendant  i  munit; 
Car  cil  qui  sivre  le  deveient, 
Oui  sor  Teschiele  ja  esteicnt, 
La  chargèrent  tant  qu  el  plein 

^oo  E  que  al  ploicr  pccheia 
E  cil  el  fossé  trébuchèrent. 
Li  Turc  huèrent  c  crièrent , 
Si  i  ot  de  tels  qui  i  mururent 
Des  noz  e  tels  qui  traiz  i  furent; 

/1905  Mais  d'Aabcri  Climent  sanz  dote 

Fud  dcsheitie  Tost  trestote, 

E  por  lui  regreter  e  pieindre 

Covint  iccl  assalt  remaindre. 

yM.cr»/i  m/?!  Ne  demora  mie  granlment 

%i  '   .  '  '.     '«o»'*  Puis  la  «nort  Aubcri  Climent 

Qu  il  foirent  la  tur  maudite. 


ir.iiiv      sous     III 
■'Mil  MamlJle. 


if)i;> 


f\(j'i 


n 


Fol.  :î(;  /;. 


Que  jo  avoie  nomee  e  dite, 

Tant  qu*ele  fud  estançonee 

E  empeiriee  e  estonec; 

E  li  Turc  par  dedenz  focient 

Contr'els  al  plus  dreit  quil  poeienL 

E  tant  que  il  s'ontrecontrerent, 

E  que  triuues  s'entredonerent; 

E  il  i  aveit  crisliens, 

Tenuz  en  fer»  e  en  liens  : 

Tant  park»ront  onsf^mblo  e  firent 

Que  ril  dedenz  hors  son  issiient, 


E  li  Turc  de  dedenz  le  soreat  : 
Sachiez  bien  que  granl  doel  en  orent; 

hijah  Le  pertus  par  ont  cil  pasaerent 
Afeilerent  e  amendèrent. 

Li  reis  Richars  giseit  encore 
Malades,  si  com  jo  dis  ore; 
Mais  il  veit  que  de  sa  baiUie 

.^9.30  Fust  la  citi<i  d*Acre  assaillie. 
Loi-s  fist  une  cercloie  traire 
As  fossez  de  trop  riche  affaire; 
La  erent  si  arbalester,    ^ 
Qui  bien  fesoient  lor  mester. 

/i935  11  meimes,  si  Deu  me  voie, 

Se  Cst  porter  soz  la  cercloie    - — -^ 
En  une  grant  coille  de  paile 
Por  faire  a  Sarazins  contrailie, 
E  i  fist  incin  trait  d'arbaleste 

^19/10  De  sa  main  qui  mult  en  iert  preste 
A  la  tur  ou  li  Turc  Iraioueni 

E  ou  ses  pereres  jetouent; 

E  li  suen  mineor  fuioieut, 
E  cil  toz  jorz  estancenoient, 

/i9/i5  E  tant  Torent  estançonoe 

E  as  periercs  estonee,  — 

Qu*el  tresbucha  jus  contre  terre; 
E  donc  fist  li  rois  d'Engletcre 
Crier  par  lost  son  crieor, 

'4950  D'un  mur  qui  ert  josle  la  tnr, 
Que  qui  un  qnarel  en  Irareit 
Que  deus  besanz  d  or  ïea  dcureit, 
Puis  en  pramist  trois  o  puîa  quatre. 
Lors  veissiez  scrjanz  embatrc; 

'4955  La  veissiez  tanz  mahaignier 


<êrdi,  lil, 

niriMrJ 
l««le  •Uaqi 
Tille  (6  j 
1191). 


Ilmtrum 
\,  III. 


LhSmts 

UqQfd)iio( 
de  RirlnrJ. 


La  veissiez  tanz  euverser 
Qu'il  n'i  osouent  conaverser 
Ne  demorer  desoz  lea  taises, 
/t9r)o  E  li  mur  iert  mult  hait  e  larges; 


Fui.  36  f. 


A 88 8  aubris  —  A 889  ninrctt  —  A 890  «ntreit  —  /1899  quele  —  A 900  qnal  —  6917  qnil  —  ^913  de 
69a  h  en ifKin^—  A930  (lacres  —  493a  Lore» —  6933  arbleslcr  —  A936  9ov  —  A937  (ptinde —  A939  i  ma\ 
nrMastc  —  ^49/10  en  manque  —  '19/12  E  manque  —  Uç^Tyi  un  i-ipété  —  k^b^  Lor» —  &960  mult  hmm^ 


13S 


L*ËSTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


13& 


i    toe 

ia  re- 


Cl^  • 


TMm  Bi' 
,  II». 

igUbiei 
•  mon- 
brèfhr. 

3H  ti. 


E  neporquant  (aoi  i  atrestrent 
Que  des  quards  hors  dei  mur  trestrent. 
Lors  veissiez  tani  Turcs  atraire 
La  ou  les  quarek  virent  traire, 

6966  Qu  a  descovert  s'abandooereot 
A  jeter  a  ceis  qui  trenchiereat. 
Uns  Turs  s'iert  armez  richement 
Des  armes  Auberi  Ciimenl, 
Qui  le  jor  trop  s'abandoiui; 

'1970  Mais  li  reis  Richan  lai  doua 
D'un  fort  quarel  el  gros  det  pîz. 
Que  cil  chai  mon  sanz  respii. 
Lors  veissiez  Turs  descovrir, 
Por  le  doel  de  celui  covrir, 

6975  Eas  quarels  abandoner 

E  traire  e  de  granz  cops  doner. 
Ne  furent  aine  de  tel  defiense  : 
Merveilles  ot  qui  s*en  apense. 
La  n'aveit  mestier  armeure, 

6980  Tant  fust  tenant,  fort  ne  seure  : 
Dobles  parpoitti,  dobfes  haubercs 
Ne  teoouent  ne  c'uqs  drap  pers 
Les  quarels  d'arbaleste  a  tur. 
Car  trop  erent  de  fort  atur. 

6986  E  li  Turc  par  dedenz  foirent 
Tant  que  li  nostre  s'en  fuirent 
E  qu'il  les  covint  remuer; 
Eth  vos  Sarazins  a  huer. 
Quant  celé  tur  fud  abatue 

6990  Qui  tant  aveit  esté  batue , 
E  la  fumée  fud  eslainte , 
Si  qu'il  i  ot  montée  mainte, 
Lors  s'armèrent  li  escuier,  • 
Qui  esteient  preu  e  legier; 

'1995  E  la  fud  la  baniere  al  conte 
De  Leicestre  en  icel  conte; 
Si  fud  la  mon  seignor  Andriu 
De  Chavingni  en  icd  liu  ; 


La  seignor  Hugon  eusement 
5ooo  Le  Brun  i  vint  mult  richement, 
E  l'evesque  de  Salesbires , 
E  autres  de  plusors  ma  tires. 
Ço  fud  a  hore  de  mangier 
Qu'a  ia  tur  se  vindrent  rengier. 
5oo5  Li  prea  escuier  assaillirent 

Les  gardes  des  murs  s'escrierent 
Quant  il  virent  que  cil  montèrent. 
Elh  vos  ia  citië  esmeue 

5oio  Quant  oeie  chose  fud  seue; 
Lors  veissiez  Turcs  apluveir, 
E  escuiers  si  tost  moveir, 
Qu'il  voleient  en  Acre  entrer. 
La  les  veissiez  encontrer 

5oi5  E  les  Hiis  as  autres  combatre, 
Hurier  e  terir  e  abatre. 
Li  escuier  poi  de  gent  furent 
E  li  Saraizin  toz  jorz  crurent, 
Quis  ardeient  a  feu  ardant; 

5o3o  E  cil  s'en  viadrent  reguardant. 
Qui  n'osèrent  le  feu  atendre, 
Ainz  les  en  covint  jus  descendre; 
E  ne  sai  quanz  en  i  murut. 
Si  com  l'aventure  corut. 

5o95  Lors  s'armèrent  la  gent  de  Pise, 
Qui  esteient  de  grant  emprise, 
E  sus  en  haut  del  mur  montèrent; 
Mais  Sarazin  les  rehasterent 
Si  durement  que  la  bataille 

5o3o  Des  Pisans  e  de  la  chenaiUe 
Fud  si  forz  e  si  desreee 
Qu'aino  ne  fud  veue  rien  née 
Si  bien  deffendre  n'assaillir  : 
Les  Pisanz  Qovint  jus  saiHir; 

5o35  E  se  l'ovre  fust  mielz  seue. 
Acre  fust  icel  jur  eue: 


L(-s  Turcs  r<»- 
pousseot  le»  as- 
saillants. 


Fol.  37  rt. 


A961  arestrent  —  6963  Lores  —  6966  a  moii^  —  A967  n  ieii  —  4969  Que  —  4971  fort  mmêque 
—  A973  Lores  —  6977  aine  manqué  —  6983  arblette  —  ^993  Lores  —  ^999  Le  —  5oii  U>re»  — 
5oii  E  tMHUfuê  —  5o95  Lores  —  6097  del  mur  fMnquê  —  5o3o  pèNiiM  —  5o3t  si  moii^,  deaaree 


135 


L'ESTOIRB  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


136 


r^i/io 


JiijurnimmJîi- 
•,'trdit  111 ,  11. 

Acconl  entre 
(jui  cl  Conrad, 
soutenus ,  eeloi- 
ci  par  Philippi> 
•  l  cclui-ià  par 
Kichnrd. 


ôo'lO 


5050 


Gui  ffslc  loi. 
Connu]  a  Tyr, 
Heyroul  cl  Si- 
flou . 


5o55 


ijontàd    «era    oo()0 
roi  h  la  mort  df 
Gui. 

Fol.  37  h. 

Geiïroi    ipçoit 
iHiïa  el  Ascrlon. 


lùna'ornim  lit- 
laidi,  111  »  if . 

Les  iuGdèles 
v'inl  réduiU  n  la 
d<?rnicre  Mire  - 
Tîiit/-. 


5o()5 


0070 


Mais  li  plus  des  genz  qui  cstcient 
Fin  l'ost  a  lor  manger  seeient, 
E  Tovrc  fud  fait  en  sorsalz, 
FI  par  tant  remist  li  assalz. 

En  Tost  ot  fait  un  parlement 
Dont  il  vint  un  acordement 
Del  rei  Guion  e  del  marchis, 
Qui  mult  fud  porchacië  e  quis. 
Le  rei  de  France  se  teneit 
Al  marchis  e  le  mainteneit, 
E  Kicharz  li  reis  d'Engletere 
Se  teneit  ai  rei  de  la  terre 
Qui  fud  reis  en  Jérusalem; 
E  por  ço  si  esgarda  Tem, 
Por  ço  que  il  ne  s*entreamouent 
E  por  le  riaime  estrivouent, 
Que  li  reis  Guis  reis  remaindreit, 
Mais  quant  qu'ai  reaime  apendreit 
Partireient,  come  des  rentes; 
Et  li  marchis  Sor  en  atentes 
Avreit  e  Barut  e  Saete, 
Por  fin  de  pais  estable  e  nett«; 
E  si  li  tens  si  encoreust 
Que  li  reis  Guis  ainceis  murust, 
Li  marchis  avreit  la  coronc, 
E  Jeflrei  JafTe  e  Eschalone 

De  Leizegnan fereit  ses  bous 

Del  pais  tant  com  sereit  socns. 
Mais  li  marchis  tote  sa  vie 
Porta  as  deus  frères  envie. 

Fierre  iert  la  gent  e  orgoillosc 
lîln  la  citié  e  merveillose  : 
Se  ço  ne  fust  gent  mescreue^ 
Onques  mieldre  ne  fud  veue; 
Neporquant  grant  pour  aveient 
De  la  merveille  qu'il  veeient, 
Que  tôt  li  mondes  s'atendeit 
A  els  destruire  e  cntcndeit; 


5076  E  veeient  lor  murs  perchier, 

E  eslroer  e  depecier, 

E  veoient  lor  gent  bleciee 

E  ocise  e  apeticiee; 

Et  neporquant  dedenz  la  yile 
5o8o  En  erent  encor  bien  sis  mile, 

E  le  Mestolt  e  Garacois; 

Mais  il  n'esteient  pas  a  chois 

N'en  espérance  de  soeurs, 

E  bien  saveient  tôt  a  curs 
5o85  Que  tote  Tost  iert  en  torment 

Por  la  mort  Auberi  Ciiment, 

Et  por  lor  filz  e  por  lor  frères, 

Por  lor  oncles  e  por  lor  pères, 

Lor  neveuz,  lor  cosins  germains, 
5090  Qu'il  aveient  mort  de  lor  mains, 

Dont  les  haouent  veirement; 

E  saveient  certainement 

Que  nostre  gent  illoc  murreient 

Ou  que  a  force  les  prendreient  : 
5095  Ne  poeient  par  el  passer. 

Un  mur  orent  fait  compasser 

E  fait  en  travers  la  citië; 

Si  vos  di  bien  por  veritë 

Qu'il  se  quidasent  mult  défendre; 

Mais  Deus  lor  fist  un  conseil  prendre 

Qu'a  nostre  gent  vint  honorable 

E  as  lor  mortel  e  nuisable, 

Si  que  Acre  fud  par  cet  affaire 

Nostre  sanz  lancier  e  sans  traire. 
Li  Saraziu  qui  en  Acre  erent 

Pristrent  conseil  e  esgardercnt 

Que  a  noz  genz  conduit  requerraent,  *s»b.iinae 

A  Salahadin  envereient,  màn. 

Qui  esteit  plevrz  par  fiance 
5i  10  Que  s'il  veeit  lor  mesestancc 

Qu'il  fereit  pais  a  lor  devise; 

Car  si  fud  la  fiance  prise. 


Fd.  37  r. 


yioo 


i>10i) 


Us  Sirra 
carcméi  * 
Acn  deaaJD» 


5o46  E  qui  —  5o55  com  —  5o6o  ainz  —  5o63  t7  doit  y  avoir  ici  une  lacune  aetez  forte  —  SoyA  ecb  — 
5076  eslorer  —  5o8o  encore  —  5903  murcient  —  609/1  qua  —  5io3  icei  —  5io&  le  iecond  tamimmiauÊ  — 
ni 06  e  garderont  —  6107  condiuer  requereient  —  5io8  E  que  a  —  6109  e.  paeb  par  —  Sut  fireit 


137 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


138 


Conduit  a  noz  genz  demandèrent» 
E  a  Salahadin  mandèrent 

5ii5  Qu'endreit  els  gardast  sa  hautesce, 
E  son  renom  e  sa  proesce, 
E  sa  grand  lei  de  ancesoriet 
Que  Mahumet  ot  estabiie, 
Que  ele  ne  fust  empeiriee 

5i9o  Por  cristiens  ne  abaissiee, 
E  que  hasiif  conseil  preist 
E  que  nul  autre  n'en  creist 
Fors  des  prodomes  délivrer 
Qu'aveit  en  Acre  fait  entrer, 

5i95  Ki  1  orent  tant  por  lui  guardee 
Qu'erent  al  prendre  de  Tespee, 
E  de  lor  chailives  maisnees 
ol.  87  i.  Qui  tanterent  desconseillees, 

Qu  il  n'orent  de  treis  anz  veues 

5i3o  Puis  que  les  ostz  furent  meues; 
Que  d'els  e  de  cels  preist  guarde. 
Que  ne  murussent  par  mesguarde, 
E  qu'il  aquilast  sa  Gance, 
Ou  ço  seusl  il  sanz  dotauce 

5i35  Que  il  vers  cristiens  fereient 
La  meillor  fin  que  il  poreient. 

Salahadins  oi  la  plainte 
De  sa  gent  qui  si  iert  atainte. 
Et  lor  meschief  e  lordestresce, 

5 160  E  lor  desbeit  e  lor  fieblesce; 
Si  lor  dfst  del  mielz  qu'il  saveit, 
E  respondi  que  il  aveil 
De  Babiloine  eu  message  9 
E  que  lui  vendroit  granl  baruage 

&1&5  Par  tens  en  nés  e  en  guallees, 
Que  il  aveit  pieç'a  mandées 
A  ses  prieuz  genz  d'Acre  socore, 
Qu'il  ne  voleit  leissier  encore; 
E  aveit  mandé  l'amulaine 


lUin  iear 
tt  itoir  «I- 
«(  aanoBec 


5i5o  Que  il  vendroit  en  la  semaine, 
E  si  soeurs  ne  lor  veneit 
Que  par  la  lei  que  il  teneit 
Qu'il  fereit  a  lor  salvetë 
Pais  envers  la  cristienté* 

5i55  Cil  alerent  e  si  revindrent, 

A  cui  plosors  meschiefs  avindrent. 
Les  perieres  les  murs  quassouent 
Que  ne- nuit  ne  jor  ne  cessouent, 
E  li  Turc  tel  pour  aveient 

5 160  Que  par  nuit  sor  les  murs  veneient 
E  se  laissoient  jus  chaloer 
Por  pour  de  lor  meschaier. 
Message  alerent  e  revindrent, 
Salahadin  entendre  firent 

5i65  E  li  distrent  que  mort  esteient 
S'il  pais  ou  soeurs  nen  aveient. 

Salahadins  vit  adecertes 
Les  granz  meschiefs  e  les  granz  pertes 
De  ses  genz  e  le  grant  damage. 

5170  Lors  prist  conseil  à  son  barnage, 
E  lor  manda  qu'il  en  fenUt 
De  ço  que  l'en  lui  requereit. 
Li  riche  home  e  li  admirait 
Li  respondirent  tôt  en  hait, 

5175  Qui  ami  et  parent  esteient 
A  cels  qui  Acre  defendeient, 
Qui  hors  les  en  voleient  traire. 
Qu'il  n'i  aveit  fors  de  pais  faire 
La  meillor  que  feire  peust, 

5i8o  Ainzeis  que  noalz  i  eust. 
E  quant  li  soldans  entendi 
Ou  chescon  des  barons  tendi, 
E  il  sot  d'Acre  le  meschief, 
Dont  il  ne  poreit  traite  a  chief , 

5i85  Volsist  ou  non,  dist  as  messages, 
Qu'il  saveit  a  preuz  e  a  sages, 


lùntiarxum  ht- 
e^rdi,  111 ,  xf i. 

Lee  Tares  aux 
abois  supplient 
de  nouveau  Ba- 
ladin de  céder. 


Fol.  38  a. 


Itinerarnim  Hi- 
cardi,  lU,  xtii. 

Soladin  con- 
sulte ses  barons . 
qui  lui  con  - 
jeillentdertndr*- 
la  ville. 


5ii9  Quele  —  5i3o  fusent  —  SiSa  Que  manque  —  5i35  Quil,  frètent  —  5i36  quil  —  5i69  quil  — 
5i&6Quil —  5i5o  vendront —  5i5a  quil  teneit — 5i53  rreit-^5i56  vers — 5t55  nmanqut  —  5t57piere9 

—  5t58  lé  premier  ne  tnanque  —  5i63  Mcssegier  —  5i64  Qui  a  sal.  —  5t65  li  manque  —  5iG6  s.  naueient 

—  5i68  e  manque  —  6170  liores  —  5171  frail  —  6178  del  p. 


13'J 


LESTOIRE  DE  LA  (i(JERRE  SAINTE. 


140 


Fol.  ;{«  *. 


Les  barrasins 
•lemandcnl  la 
pah. 

CoDdilion»  df 
In  pai\. 


Le-,  liroisc* 
cuiisenlcnt  à  l.i 
paix  (i2  juilU-' 
1191) 


Qu'il  graaiilot  la  vile  a  rendre, 
Quant  ne  la  poeient  défendre. 
Lors  fud  illoques  poneu, 

r)i9o  Aiuz  que  li  mes  fusent  ineu, 
Lor  offre  que  il  offereient 
As  crisliens  quant  il  vendraient. 
Li  messagior  vindrent  ariere. 
Qui  ne  firenl  pas  laide  cbiere. 

r>i95  Eht  vos  ensemble  le  concilie 
Des  noz  e  de  cels  de  la  ville 
Qui  veneient  lor  offre  faire; 
A  tant  fist  Tem  le  poeple  taire. 
Li  Turc  a  un  latimier  firent 

r>3oo  Dire  Fofre  que  il  offrirent. 

L'offre  fud  tels  que  il  rendreient 
La  croiz  ou  li  crisiicn  creient, 
E  qu'il  lor  rendreient  la  vile , 
E  de  lor  halz  cheitifsdous  mile, 

5âo5  E  ciuc  cent  d'autre  gent  menue, 
Qu'il  aveient  pieç'a  t^nue; 
Que  Salahadins  fereit  querre 
E  cerchier  par  tote  sa  terre 
Lor  armes  e  lor  guarnesture; 

r)'j  1  o  E  si  que  nule  créature, 

Quant  li  Turc  d'Acre  s'en  istreient, 
Ensemble  od  els  n  en  portereient 
Chescon  par  sei  fors  sa  chemise. 
Encore  i  ot  une  autre  mise, 

53  1 5  Que  dens  cenz  mil  besanz  dureient 
As  deus  reis  qui  illoc  esteient 
E  de  ço  avreient  en  ostages 
Les  plus  hauz  Turs  e  les  plus  sages 
Que  fem  poreil  en  Acre  eslire 
Par  veeir  e  par  oir  dire. 
\ostre  gent  a  conseil  se  trestreni 
E  les  covenances  retrestrent, 
Tant  qu'en  nostre  conseil  troverent 
La  pais  e  qu'il  la  graanterent. 


.>-î20 


5^35 


Le  jor  que  Acre  fud  rendue, 
Si  com  jo  ai  lovre  entendue, 
Ot  quatre  anz,  ço  fud  chose  enquise. 
Que  Sarazin  l'orent  conquise; 
Si  ai  en  memorie  e  a  main 

r)33o  K'el  fud  rendue  l'endemain 
De  la  feste  saint  Beneeit, 
Mal  grë  le  pople  maleeit, 
Que  Deus  de  sa  boche  maldie, 
Nel  puis  leissier  que  jo  nel  die. 

53.35  Qui  lores  veist  les  églises 
Qui  ierent  en  Acre  remises, 
Com  il  aveient  depechiees 
Les  ymagenes  e  enfacees, 
E  les  autiers  jus  abatuz, 

ôaho  E  croiz  e  crucifix  batuz 
El  despit  de  nostre  créance 
Por  acomplir  lor  mescreance, 
E  faites  lor  mahomeries! 
Mais  els  lor  furent  puis  meries. 

5â65       En  cel  contemple,  al  mien  entendre, 
Que  li  Turc  durent  la  croiz  rendre. 
Après  ço  qu'Acre  fud  rendue, 
Eth  vos  la  novele  espandue 
Par  tote  l'ost  al  rei  de  France, 

535o  Ou  li  poples  ot  tel  fiance, 

Que  en  France  voleil  retoroer, 
E  faiseit  son  eire  atorner. 
El  merci  Deu,  quel  retomee! 
Tant  fud  malement  atornee, 

5a 55  Quant  cil  qui  deveit  maintenir 
Tantes  genz  s'en  voleit  venir! 
Il  s'en  vint  par  sa  maladie, 
Li  reis  ço  dist,  que  que  l'en  die; 
Mais  nus  n'ad  de  ço  testimoine 

5360  Que  maladie  en  seit  essoigne 
D'à  1er  en  l'ost  le  rei  demaine 
Qui  toz  les  reis  conduit  e  maine. 


itn 
têrii 

Oi 
pari 

Ucan 
Jeta- 
Foi. 


ilu 
tmrii 

L 

Frao* 
po«e 
son  I 


Iiidi 
Croi» 


Fol. 


5187  grantol  —  6189  Lores  —  6191  quii  oflreienl  —  5196  De  cds  c  de  noz  —  5ioo  qui!  —  5toi  quil 
—  5aoa  creeienl  —  5ioA  E  manque  —  5qo7  freit  —  691 A  un  —  5a  1 5  mile  —  ôsao  veier  —  5st&  gitm- 
terent  —  533o  Kele  —  523i  beneit  —  5Q3n  maleil  —  6966  eles  —  0960  li  popie  aiieit  —  5953. deas 


t41 


L'ESTOIRB  DE  LA  GUERRE  SAFNTE 


142 


bilippe-Aa- 

^  laiae    au 

<le    Boar- 

">•  U    foo- 


Ge  ne  di  pas  que  ii  o'i  fust 
£  qu'il  n'i  meist  fer  ne  fust, 

5965  Plum  e  estaim,  or  e  argent, 
E  ne  socurust  mcinte  gent, 
Com  li  plus  haut  reis  teriens 
Que  l'en  sache  de  cristiens; 
E  por  ço  dcust  il  remAiodre 

5970  A  faire  son  poeir  sans  faindre 
En  la  povre  terre  esguaree 
Qui  tant  ad  esté  comparée. 
La  novele  fud  desco verte, 
Tote  seure  e  tote  aperte, 

5975  Par  Tost  que  li  rois  relornoit, 
Qui  chaseon  jor  s'en  aLornoit. 
Eth  vos  de  France  le  bamage 
Tôt  plein  de  forsan  e  de  rage. 
Que  le  chicf  dont  il  meûJ3re  estaient 

5980  En  itel  volentë  veeient 

Qu'il  ne  voleit  por  els  remaindrc 
Ne  por  plorer  ne  peur  fomplaindre  ; 
E  quant  il  ne  poreni  fin  meire, 
Tant  ne  se  sorenl  entremetre, 

59B5  Si  vos  di  bien  qu'il  le  blasmouent, 
E  por  poi  qu'il  ne  reneiouent 
Et  lor  rei  c  lor  seignorie. 
Tant  haeient  s^avoerie. 

Li  reis  de  France  îerl  sor  son  eire, 

5990  Si  qu'il  n'en  voletit  home  creîre 
De  taire  illoc  plus  demorance 
Qu'il  ne  s'en  retornast  en  France; 
Si  s'en  retôrua  par  s'esmuete 
De  barons  e  de  genz  grant  muete. 

5995  Lores  leissa  en  cel  chonchange 
Le  duc  de  Bergoine  en  eschange 
Por  lui  od  les  genz  de  sa  terre» 
E  fisi  le  rei  Richart  requerre 
Que  il  lui  prestast  dons  gualees. 

Sdoo  Eth  vos  ses  genz  ai  porialees, 


Si  Yetn  fireiit  avcir  dous  beks, 
E  bien  guarniea  e  isndes. 
Qui  furent  mal  gueredonees 
Ë  franchement  abandone^. 

53o5       Li  reis  Richarz,  qui  en  Taie 
Dampnedeu  rcmist  en  Sulie, 
Fist  requere  le  rei  de  France , 
Vers  cui  il  esteit  en  dotance, 
Car  lor  père  s^entredolerent, 

53 10  Qui  meinie  feiz  s'entregreverent  : 
Si  volt  qu'il  kû  asseurast 
Ë  que  sor  sainz  le  loi  jurast 
Que  a  sa  terre  mal  ne  fereil 
Ne  que  il  ne  lui  empeiréreit 

53 1 5  Tant  com  il  sereit  el  veage 
Deu  e  el  son  pèlerinage, 
E  que  quarante  jorz  ainçois 
Lui  mandereil  par  ses  Franceis, 
Puis  qu'il  ser^t  dedeni  sa  terre, 

5390  Qu'il  ne  meusl  n<Mse  ne  guerre 
Ne  ne  i  fdsi  nul  grevement; 
E  li  rois  lui  fist  le  serment 
E  mist  en  plege  de  halz  homes, 
Dont  remeabrance  encore  arômes 

539  5  Del  due  de  Borgoine  e  del  conte 
Henri,  e  autres  genz  par  .conte 
En  furent  plege  ou  cioc  on  plus; 
Mais  ne  sai  nomer  le  surplus. 
Li  reis  de  France  prist  congië  ; 

533o  Mais  une  chose  vos  contgië, 
Que  il  ot  plus  malaiçons 
Al  partir  que  beneiçons. 
Il  e  le  marchis  s'en  alerent. 
Par  mer  a  Sur  e  si  menèrent 

5335  Garacois  e  la  lor  partie 

Dos  Sarazins  qui  fiid  partie, 
Dont  li  rois  quidoit  bien  avoir 
Cent  mil  besanz  de  lor  avoir. 


Itinerarium  Hi- 
carMf  Ilf ,  nn. 

Philippe -Au- 
ga»le  jure  i  Ri- 
chard de  respcc- 
ier  SCS  Étuis  rv. 
son  nhsrnc*». 


Fol.  39  6. 

Itinemrmm  Ht- 
earéi,  III ,  mu. 

Philippe -Au- 
guste el  Conrad 
de  Monirerrnt  m> 
rendent  par  mer 
àTyr. 


5tt63  «pùl  —  5965  U  premiir  e  fMnquê  —  &«66  £  qdl  ne  s.  —  5i*99  Qui!  —  33o3  guerdoooes  —  53i6  el 
—  53 18  mandreit  —  &3sb  e  le  e.  —  53^  congie  —  533 1  Quil  —  5338  nûie 


1â3 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


lit 


Lcsolages  sar- 
raûns  oc  don- 
ncDt  pas  de  ran- 
çon ;  Richard 
prlte  de  Tar^nl 
au  duc  do  Bour- 
gognp. 


'■ard't .  IV,  I. 

Largesses    d« 
nichartl    envers   •>o6o 
les  Croisas  fran- 
çais. 

Fol.  39  f . 


Dont  il  quidot  ses  genz  tenir 
»3^jo  Desqu*a  la  Pasche  e  retenir; 
Mais  tut  li  ostage  encorurent, 
Dont  li  plusor  a  doel  mururent, 
Si  que  n'en  fud  prise  maaille 
Ne  chose  née  qui  la  vaille 

53^5  A  celé  foiz  ne  créature. 
Fors  demie  la  guarnesture 
Que  Franceis  en  Acre  Iroverenl, 
Qui  meinte  foiz  le  reproverent, 
Qu'il  n'i  orent  autres  soudées, 

5350  Sin  furent  des  granz  descordees, 
Fors  puis  que  li  rois  d'Engtetere, 
Que  li  dux  en  ala*'requere, 
Presta  al  duc  sor  lor  ostages, 
Dont  il  lor  fist  granz  avantages, 

5355  Del  suen  cinc  mile  mars  d'argent, 
Dont  il  soldeerent  lor  gent; 
Mais  ço  fud  puis  après  grant  pose. 
Le  reis  Richarz  vit  que  la  chose 
E  Tovre  estoit  sor  lui  tomee 
E  le  cust  por  la  retornee 
Del  rei,  qui  ne  voleit  remaindre. 
Lors  fist  de  son  trésor  ataindre 
Or  e  argent  a  grant  plentë, 
Sil  dona  par  grant  volenté 

5365  As  Franceis  por  els  ahaitier. 
Ou  il  n  aveit  que  deshaitier, 
E  as  genz  de  plusors  languages 
Dont  il  aquiterent  lor  gua;j<es. 
Li  reis  de  France  en  retorna; 

5370  Ë  li  reis  Richarz  se  alorn'a, 
Qu'il  ne  velt  pas  Deu  oblier. 
Lores  fist  somondre  e  crier 
L'ost,  qui  puis  demora  quinzaine 
Plus  que  le  terme  e  puis  uitaine; 

5375  Car  Salahadins  ne  velt  mie, 

Ou  Deu  ne  plot,  que  qu'on  en  die, 


I 


Rendre  as  noz  genz  sa  coveoanoef 
Por  quei  l'ost  fist  tel  demorance. 
E  li  reis  fist  endementeres 

538o  Ses  mangonels  e  ses  perieres 
Chargier,  si  qu'il  fust  aprestei; 
Car  ja  trespassot  li  estez, 
E  por  ço  atomot  lor  affaire; 
Si  fist  les  murs  d'Acre  refaire 

5385  Tant  e  plus  qu'il  n'en  fist  abatre. 
Il  meismes  s'aloit  esbatre 
E  les  ovriers  veoir  ovrer; 
Car  mult  tendeit  a  recovrer 
A  Dampnedeu  son  héritage , 

5390  Si  lui  ennuiot  son  estage; 
E  bien  lui  eust  recovrë, 
S'envie  n'i  eust  ovrë. 

Li  termes  vint  des  covenances. 
Des  sairemenz  e  des  fiances 

5395  Que  Sarazins  as  Frans  aveient; 
Mais  li  cristien  ne  saveient 
Que  cil  en  vain  les  traveillouent. 
Termes  e  respiz  demandouent 
Li  Sarazin  de  la  croiz  quere. 

5^400  Lors  oisiez  noz  genz  enquere 
Noveles  quant  la  croiz  vendreit; 
Mais  Dcus  ne  voleit  mie  endreit 
Que  cels  por  cui  l'en  la  dut  rendre 
Deusl  guaranlir  ne  défendre. 

56o5  Li  nos  diseit  :  «rEle  est  venue. « 
L'autre  diseit  :  rr  Cil  l'ad  veue , 
ffQui  fut  en  l'ost  as  Saraizins.v) 
Si  mentirent,  ço  fud  la  fins. 
Salahadins  sanz  les  soccurre 

5/110  Leissa  les  otages  encorre. 

Car  il  quidot  par  la  croiz  faire 
Une  pais  de  greignor  affaire. 

Dementeres  qu'il  termoierent, 
E  li  cristien  enveierent 


53&1  M.  li  0.  t.  e.  —  5363  Si  que  onques  nen  f.  pr.  maille  —  53/i6  Ne  une  ne  qui  —  5368  Que  —  5356  soldeenl 
5358  vit  manque ,  que  la  lach. —  5363  Lores  —  5369  sen — 537&Pui8  —  5376  que quend. — 5887  ooereav.— 
—  5/100  Lores  -*  56oa  ne  se  velt  m.  —  5&o5  dist—  5&o6  T  manque  —  5&09  les  monque —  5&i3  Demeaten 


-^ 


1A5 


UESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


ikS 


ÈOàt 


5&i5  Messages  a  Sur  al  marchis, 
^  Si  lui  fud  mandé  e  requis 

^  Qu'il  veuist  les  ostages  rendre 

inà  E  la  part  receveir  e  prendre 

Que  afereit  al  rei  de  France  : 
5&90  Ço  iert  demie  la  covenance. 
Li  evesques  deSalesberes, 
Li  coens  Roberz  e  un  des  frères 
Des  bons  chevalers  de  Preials, 
Pieres,  li  preuz  e  li  leals, 
5&95  Cil  trei  portèrent  le  message, 
les  Li  marchis,  qui  iert  plein  de  rage, 

Lur  respondi  que  no  fereit, 
Car  en  Tost  aler  n'osereii 
For  le  rei  Richart  d'En^etere, 
oa.  5&3o  Qu*il  cremeitplus  queome  en  terre; 
Ensorquetot,  si  ç'aveneit 
Qu'il  rendist  les  Turs  qu'il  teneit, 
Volçit  que  la  croiz  fust  partie, 
Si  qu'il  eu  eust  sa  partie, 
5^35  E  lores  sereient  rendu, 
Ja  plus  n'i  avreit  atendu. 
Cil  oirent  l'enrievretë 
Del  marchis  plein  d'oribleté, 
Si  sachiez  que  mains  l'en  preiserent; 
bhho  Mais  a  lor  poeir  l'achoiserent 

E  distrent  que  uns  d'els  remandreit 
En  ostages,  e  il  vendreit 
Devant  le  rei  seurement; 
E  il  jura  son  sairement 
bhhb  Que  ja  n'i  portereit  ses  piez. 
Cil  s'en  revindrent  sanz  congiez 
A  Acre  al  rei,  si  lui  contèrent 
Tôt,  si  que  rien  n'i  mesconterent. 
Li  reis  ot  eschar  e  vergoine, 
*B«oic  56 5o  Si  manda  le  duc  de  Burgoine, 
BovN  Si  manda  danz  Droon  d'Amiens, 

^f^l  Ou  tant  aveit  proesce  e  biens, 

QliDQ 

•  Goo.      56i6  mande  fud  —  5^93  De  b.  —  563i  E  sor  qae 
—  56/(9  not  —  5457  E  por  qoei  —  5463  ne  prwe 
5&7&  Qnil,  a  comquere  —  5483  Mais  tant  alerent  a  - 


E  Robert  de  Quinci  oveques; 
E  quant  li  reis  les  vit  illoques , 

5655  Si  lor  mostra  la  desraison 
E  le  sorfeit,  e  la  achaison 
Por  quoi  li  marchis  ne  veneit, 
Por  quel  les  ostages  teneit, 
E  voleit  partir  al  rialme 

546o  Senz  porter  escu  ne  hialme , 
E  la  vitaille  ot  destorbee, 
Si  qu'a  Sur  n'en  veneit  deoree 
Que  ne  fust  arestee  e  prise. 
Dist  li  reis^  trCi  ad  foie  emprise. 

5665  ((Sire  dux,  aler  i  covient  : 
(rSi  de  folie  nos  sovient, 
(tNus  n'i  feroms  nule  besoine.r) 
Lors  s'esmut  li  dux  de  Borgoine , 
E  danz  Dreus  d'Amiens  e  Roberz 

5670  De  Quenci  li  preuz,  li  aperz; 
A  Sur  al  marchis  en  alerent, 
De  part  Deu  lui  amonesterent 
E  de  part  le  rei  d'Engleterre 
Que  il  venist  a  recomquere 

5675  E  a  reguainer  Sulie, 

Si  com  il  i  clamot  partie. 

Cil  lui  diseient  bonement; 

E  il  respondi  folement 

Qu'en  l'ost  son  pië  n'en  portereit, 

56 80  E  que  sa  citië  guardereit, 
Dont  ne  cremoit  home  vivant. 
Assez  alerent  estrhrant, 
Mais  tant  firent  a  la  pertfome 
Li  trei  messagier,  li  hait  home, 

5685  Que  les  ostages  en  menèrent 
A  l'ost  en  Acre  ou  li  autre  erent. 

Li  ostage  furent  venu , 
Cil  qui  a  Sur  erent  tenu. 
Et  li  termes  iert  trespasseï 

5690  Quinze  jorz,  voire  plus  assez, 

lot  —  564 1  dist  —  5663  seurerent  —  5666  vindrent 

—  5666  des  folies  —  6667  froms  —  5668  Lores  — 

-  5684  Le  —  5485  en  amenèrent 

10 


Fol.  60  /;. 


Le  marquis 
cède  les  oUget, 
mail  refaaede  re- 
joindre Richard. 


Ithurwimm  A- 
uarii,  IV,  iT. 

Richard  fiut 
maïaacrer  les 
otagva  tarrMiiis 
(to  aoûl  1191). 


U7 


I/ESTOIHE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


1&8 


Des  covenanz  que  cil  diseient 
Qu'a  la  cristienté  tendreient, 
Donl  li  soldans  s'iert  defaitliz, 
Qu'il  fisl  que  faus  e  que  failiiz, 

5/195  QuaDt  cels  que  a  la  mort  livra 
Ne  rainsl  ne  ne  délivra. 
Lors  perdi  il  sa  renomee 
Qui  tant  aveit  esté  nomee , 
Foi.  60  c.  Car  n'aveit  cort  el  monde  eue 

55oo  Ou  el  ne  fust  amanteue; 

Mais  Deus  son  enemi  despose 
Quant  il  Tad  soffert.une  pose. 
Et  son  ami  tient  e  surhauce 
Et  governe  sa  ovre  e  eshauce. 

55o5  Mais  Salahadin  surhaucier 
Né  deveit  plus  ne  eshaucier, 
Car  quant  qu'il  fisfet  il  ovra 
Sor  cristiens  e  recovra 
Ne  fud  fors  que  Deus  velt  ovi*er 

55 10  Et  pars'ovraine  recovrer 
Son  poeple  qui  iert  desveiez, 
Si  voleit  que  fust  ravoiez. 

Quant  li  reis  Richarz  ot  seu 
De  verte  el  aconseu 

55 1 5  Sen  dotance  veraiement 

Que  ço  n'iert  fors  delaiement 
Que  Salahadins  lui  fesoit , 
Mais  lui  grevoit  e  despleisoit 
Qu'il  n'aveit  ja  l'ost  esmeue  ; 

55âo  E  quant  il  ot  i'ovre  seue 

Que  il  nient  plus  ne  l'en  fereit 
Ne  qu*il  cels  ne  r^uardereit 
Qui  Acre  lui  eurent  guardee, 
Si  Aid  si  la  chose  esguardee 

05 a 5  A  un  concile  ou  assemblèrent 
Li  hait  home,  qui  esguarderént 
Que  des  Sarazins  ocireienl 


Le  plus  e  les  autres  tendreient , 
Cels  qui  erent  de  halz  parages 

553o  A  achater  des  lor  ostages; 

E  Richarz  li  reis  de  Eng^etere, 
Qui  tanz  Turs  ocist  en  la  terre. 
Ne  volt  plus  sa  teste  debatre,    . 
Mais  por  l'orgoil  des  Turcs  abatre 

5535  Et  por  lor  lei  desaengier 
Et  por  cristienté  vengier 
En  fist  mener  hors  de  la  vile 
Toz  liez  set  cenz  e  deus  mile, 
Qui  trestuit  furent  detrenchié; 

55/to  E  dont  furent  li  cop  vengié 
De  quarels  d'arbaleste  a  tor, 
Les  granz  merciz  al  creator. 

Eth  vos  l'ost  criée  e  semonse, 
A  l'hore  que  soleil  resconse 

5565  Et  que  par  tens  chevalchereient 
E  le  flum  d'Acre  passereien^, 
El  non  Deu  qui  toz  les  biens  done, 
A  aler  dreit  a  Eschalone 
Por  conquere  avant  la  marine. 

555o  Bescuil  chargèrent  e  farine. 
Vins  e  chars  et  estoremenz; 
Si  fud  fait  uns  comandemeni 
Qu'a  dis  jorz  vitaille  portassent, 
E  que  li  mariner  guardassent 

5555  Que  lors  venissent  od  lor  barges, 
Costeiant  l'ost  od  tôt  lor  chargea, 
E  les  enekes  ensement 
Venissent  après  prestement, 
De  vitaille  e  de  genz  chargées, 

5560  Armées  e  apareillees. 

Issi  dislrent  qu'il  errereient 
E  que  deus  ostz  partir  iereient. 
L'une  par  mer,  l'autre  par  terre, 
Que  nuls  ne  poeit  reconquere 


Fol.  ko 


IHmrm 


Rielun 
ptre  à  I 

TCfB  Am 


>it«ilcr  I 


5A95  qua  —  5497  Lorcs  —  6^99  corf  —  55oo  de  —  55o3  eshauce  —  55o5  sahadins  aiihauder  — 
5507  ii  manqué  —  55io  aoueraine  —  55 1 A  vente  —  55 1 5  veraiment  —  55«  1  Quil  —  55as  ne  répété  — 
55aâ  fud  si  la  chose  si  —  553o  A  manqw  —  55/i  1  carhiaste  —  55/î/i  lacune  aprèt  cê  vên  —  5545  que  mmypiê 
—  5555  lores —  5556  lor  manque  —  556 1  erroienl  —  556-?  frcient  —  5563  Lan  —  556A  nuls  home 


ih9 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


150 


Ai. 


IV,  Tl. 


ol.  h  t  a. 


Ict  Croisé* 


5565  En  autre  manière  Sulie, 

Puis  que  li  Turc  Tont  en  baiilie. 

En  Tost  qui  en  Acre  ol  esté 
Uous  yvers  e  tôt  un  esté 
A  grant  meschief  e  a  grant  cost, 

5570  De  si  que  près  le  mi  Aust, 
let  tuiriefl  Que  li  reis  ot  Tocise  faite 

De  cels  qui  bien  forent  forfaite 
Vers  Deu  e  vers  ses  pèlerins , 
Dont  i]  remist  tanz  orphenins, 

5575  Tantes  puceles  esguarees, 
E  tantes  dames  esvedvees, 
E  tanz  héritages  leissiés, 
E  tanz  lignages  abeissiés, 
Tanz  eveschiés,  tantes  églises 

558o  Sanz  lor  pasturs  seules  remises , 
La  munirent  tant  prince  e  conte, 
Pont  uns  bons  clers  escrist  le  conte, 
I)e  toz  cels  qui  en  Tost  munirent 
E  qui  auques  renomé  furent, 

5585  Sanz  les  maens  e  les  menuz, 
Dont  ja  ne  fnst  a  chief  venuz 
Se  il  les  i  volsist  toz  mètre, 
Car  trop  i  eust  cust  e  letre; 
En  la  letre  troya  e  dist, 

5590  El  fol  que  de  sa  main  escrist, 

Quen  Tost  murut  sis  arcevesques, 
Le  patriarche  e  douze  evesques, 
Estre  les  prestres  el  les  clers 
Dont  nus  ne  peust  estre  cers; 

5595  Si  i  ot  mon  quarante  contes, 
Dont  li  clers  retint  les  acontes. 
Et  cinc  cenz  hauz  homes  de  terre 
Qui  alerent  la  Deu  requere, 
Qui  Deus  assoille  e  il  ço  voiUe 

56oo  Qu'il  en  son  règne  les  acoillel 
Por  trestoz  cels  qui  la  mururent, 
E  por  trestoz  qui  s'i  esmurent. 


Por  la  grant  gent«  la  menue 
Par  qui  Tost  Deu  fud  maintenue , 

56o5  Por  toz  a  un  acordement 
Devons  prier  escordement 
Que  Deus  en  sa  gloire  celestre, 

'         Ou  il  fera  merveillus  estre, 
Les  acoille  entre  ses  amis, 

56 to  Issi  corn  il  lur  ad  pramis, 

E  por  lor  preu  e  por  le  noslre  ; 
Si  en  die  chescon  paier  noetre. 
Quant  la  chenaille  fud  ocise 
Qui  dedenz  Acre  s'esteit  mise, 

56 1 5  Ou  tant  nos  livrèrent  ententes, 
Lors  fist  li  reis  Richarz  ses  tentes 
Hors  des  fossez  porter  e  tendre 
Por  Tosl  esmoveir  e  atendre , 
Et  fist  serjanz  a  pié  rengier 

56ao  Tôt  environ  sei  e  logier, 
Por  la  fause  gent  saraiine 
Qui  veneient  o  grant  ravine 
E  tote  ure  les  escriouent 
Quant  nostrégent  mains  se  gardoueiU. 

56a5  E  li  reis,  qui  iert  custumers, 
Salloit  as  armes  tôt  premiers 
E  poigneit  droit  as  genz  haies , 
E  feseit  les  chevaleries. 

Un  jor  avint  mi'il  enchacerent 

563o  Et  que  le  barat  comencerent. 

Eth  vos  que  noetre  gent  s'armereul, 
Li  reis  e  cil  qui  0  lui  erent. 
Si  s'arma  uns  coens  de  Hungrie 
Et  de  Hungreis  grant  compainie; 

5635  Encontre  les  Turs  s'en  issirent. 
Si  i  ot  de  tels  qiû-bien  le  firent; 
Mais  trop  chacerent  longement, 
Sin  furent  mené  laidement  : 
Li  coens  de  Hungrie  fud  pris, 

56&0  Qui  mult  aveit  en  Tost  grant  pris; 


Fol.  61  b. 


Itinermium  Bi- 
cmriif  IV,  fn. 


Richard  campe 
hors  de  la  Tille. 


ïiinfrmnmm  Bi- 
cmrdi,  IV,  vui. 

Lee  Turci  at- 
ténuent l'année. 


&566  ToDl  matujuê  —  5568  un  man^$  —  5570  Deati  —  5577  leÎMees  —  5678  aboiiMii  —  5^79  euetques. 
Uni  —  558«  boDt  manquB  —  558&  E  manque  —  5587  Sil,  i  manqué  —  S^t  manirent  —  56oi  celi 
manqw  —  56o3  e  por  la  menue  —  6616  Lorcs  —  56^0  ».  eiiogier  —  56t3  !ure 


Fol.  iti  c. 


Vn  comte  lioo- 
groi»  cl  Huguee, 
marchai  du  roi, 
■ont  faits  pri- 
son niers. 


t  n . 


151 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


153 


56/j5 


Comparaison 
de  la  manière  de 
combattre  des 
Tares  et  de  eelle 
des  chrétiens. 


5650 


56î>5 


566o 


5665 


ItmetMrmm  Ri- 
eturdi,  IV,  n. 

Fol.  A 1  rf. 


5670 


Les  Croisés 
quittent  avec  re> 
gret  Saint-Jean- 
d'Acre.  56^5 


Si  en  fud  Hugeloz  menez, 

Un  chevalier  de  Peito  nez, 

Ki  esteit  mareschaus  le  rei. 

La  poinst  le  rei  tôt  a  desrei , 

Qui  quida  Hugelot  rescorre; 

Mais  menez  fud  a  trop  loing  core, 

Ke  li  Turc  ont  un  avantage 

Par  quei  il  nos  font  grant  damage  : 

Li  cristien  sunt  mult  arme. 

Et  li  Sarazin  désarme 

Fors  d'arc  e  de  mace  e  d'espee 

Ou  de  cane  bien  aceree 

Et  de  cotel  qui  petit  peise; 

Et  quant  Tem  les  chace  a  la  teise, 

Il  ont  chevals  n'a  tels  el  monde, 

Volant  par  "semblant  com  aronde; 

Et  quant  li  Turc  est  tant  seuz 

Qu'il  ne  poet  estre  aconseuz , 

Si  a  la  custume  a  la  mosche 

Enuiose  e  plaine  d'entusche  : 

Toz  jorz  chasciez  e  il  fuira , 

Retomez  e  il  ensivra.  . 

Alsi  feseit  la  gent  engresse 

Al  rei  illoques  meinte  presse  : 

E  il  poigneit  e  il  fuirent, 

E  retorneit  e  il  siwirent; 

Tele  bore  iert  qu'il  le  comperoient, 

E  tele  bore  qu'il  gaignoient. 

Li  reis  Ricbarz  iert  en  sa  tente 
Por  Tost  atendre  en  tele  atente; 
Pereçosement  s'en  issoient 
Hors  des  fossez  e  poi  cressoienl, 
E  la  ci  lie  d'Acre  iert  si  plaine 
De  gent  que  i  poeit  a  paine. 
Bien  furent  d'omes  treis  cent  mile , 
Que  dedenz  que  debors  la  vile. 
La  gent  esteit  trop  peresçose; 


568o 


5685 


.  » 


5690 


5695 


5700 


5705 


5710 


Car  la  vile  iert  deliciose 
De  bons  vins  e  de  damiseles, 
Dont  il  i  aveit  de  mult  bêles. 
Les  vins  e  les  femmes  hantouent, 
Et  folement  se  delitouent: 
Qu'en  la  vile  aveit  tant  laidure 
E  tant  pecbië  e  tant  luxure 
Que  li  prodome  bonté  aveient 
De  ço  que  li  autre  faiseient. 

L'ost  s'en  issi,  qui  iert  somonse. 
Si  come  chandeille  en  esconse 
Destaint  par  vent  quant  il  l'enforce, 
Tôt  autresi  a  une  force 
Covint  lores  en  l'ost  estaindre 
La  folie  qu'i  sueut  remaindre; 
Car  totes  les  femmes  remistrent 
Dedenz  la  citié  d'Acre  e  mistrent. 
Fors  les  bones  vielles  ovrieres, 
Les  pèlerines  lavenderes 
Qui  laveient  cbiefe  e  dras  linges 
E  d'espucer  valeient  singes. 
Eth  vos  l'ost  al  matin  armée 
E  par  bels  conreiz  conreee. 
Li  reis  fud  en  la  riere  guarde, 
Qu'il  ne  perdissent  par  mesguarde. 
Gelé  jornée  fud  petite; 
E  si  tost  com  la  gent  maldite 
Eurent  veu  l'ost  esmoveir, 
Lors  les  veissiez  esploveir 
Des  montaines,  ça  vint,  ça  trente, 
Car  lor  pensée  iert  mult  dolente 
De  l'ocise  que  la  veoient 
De  lor  parenz  qui  morz  gisoient; 
E  por  iço  l'ost  engresserent 
E  suvirent  e  apresserent; 
Mais,  merci  Deu,  rien  n'i  forfirent. 
A  tant  noz  genz  d'iloec  partirent 


Défordm 


Départ 
Craii<i(atac 

Fol.  &1  a. 


cèlent  ram 


56^3  de  petto  —  5666  trop  tnanque  —  565â  iem  le  —  5655  nont  t.  —  5658  pocit  —  5675  d^omes 
manque  —  5678  deliose  —  5686  le  premier  tant  manque  —  5686  antre  home  f.  —  5688  oom  •— 
569J  soleit  —  5696  i  mistrent  —  5695  cireres  —  5699  arme  —  5700  conree  —  570a  fud  malt  p.  — 
5706  come  —  5706  Lores  —  67  n  engresserent 


153 


L^BSTOIRB  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


15A 


(tSaoAt). 


,IV,  1. 


5716  E  le  flum  d'Acre  oltre  passèrent; 
Si  se  tendirent  e  traverent 
E  sujomerent  por  atraire 
La  gent  qui  d'Acre  iert  fort  a  traire, 
Qui  a  tel  paine  fud  hors  traite 

5790  Ja  ne  pout  estre  ensenbie  atraite. 
do  L*08t  cristiene  dont  jo  di 

Passa  le  flgm  un  vendresdi; 
Une  feste  fud  lendemain. 
Que  nus  ne  fist  ovre  de  main, 

5735  D'un  des  desciples  Dampnedeu, 
L'apostle  saint  Bartholomeu  ; 
E  le  lundi  après  sanz  faille 
Si  ot  deus  anz,  que  que  i  faille, 
Que  Acre  aveit  este  assise, 

5730  Qui  lert  des  cristiens  porsise. 
Bi-  E  Tost  s'esmut  le  diemaine, 

.  .    ^  El  non  Deu  qui  tôt  garde  e  maine; 

•^  ra  mar-  Al  matiuet  par  Tost  montèrent 

E  lor  batailles  conreerent 

5735  La  veissiez  chavalerie. 
Fol.  ù9  6.  La  plus  bêle  bachelerie, 

La  plus  preuz,  la  plus  esleue, 
Qui  devant  ne  puis  fust  veue; 
La  veissiez  tanz  genz  seures 

5760  E  tantes  beles  armeures 
E  tanz  preuz  serjanz  e  osez 
E  de  grant  proesce  alosez  ; 
La  veissiez  tanz  penuncels 
E  tanz  glaives  luisanz  e  bels; 

57&5  La  veissiez  tantes  banieres 
Ovrees  en  tantes  manières, 
Tanz  bialz  haubercs  e  tanz  biais  helmes. 
N'a  tanz  de  tels  en  cinc  réanimes; 
La  veissiez  gent  aroutee 

5750  Qui  bien  deveit  estre  dotée. 

Le  rei  Richarz  fist  Tavant  guarde 


E  tel  gent  qui  n'iert  point  coarde. 
Li  Normant  a  Testandard  erent, 
Qui  par  plusors  feiz  le  guarderent. 

5755  Li  dux  e  François,  la  gent  fiere, 
Cil  furent  en  la  guarde  ariere;. 
Mais  tant  se  targerent  d'errer 
Que  trop  i  durent  meserrer. 
L'ost  errot  joste  la  marine, 

5760  E  la  cruel  gent  Sarazine 
Erent  es  dones  a  senestre, 
Si  virent  bien  de  noz  genz  Testre; 
E  une  neule  esteit  levée, 
Qui  muH  dut  Tost  aveir  grevée. 

5765  La  rote  esteit  aclaroiee 
E  en  un  liu  atenvoiee, 
La  ou  les  charetters  enrouent 
Qui  la  vitaille  lor  portouent; 
E  li  Sarazin  descendirent, 

5770  Tôt  droit  as  chareters  tendirent, 
Chevals  e  homes  i  ocistrent, 
E  del  hemeis  assez  i  pristrent , 
E  desconfirent  e  perchierent 
Gels  quil  menouent  e  chacerent 

5775  De  si  que  en  la  mer  bâtant; 
Illoc  s'encombatirent  tant 
Que  un  seijant  le  poing  colperenl, 
Evrardz  ot  non,  ce  nos  contèrent, 
Hom  Tevesque  de  Salesberes; 

5780  Aine  cil  ne  fist  semblant  ne  hères, 
Quant  ot  trenchiee  la  main  destre, 
Si  prist  Tespee  od  la  senestre, 
E  a  estai  les  ateodi 
Tant  que  d'els  toz  se  defendi. 

5785  Etht  vos  tote  Tost  estormier 
Le  rei  Richarz  n'en  savait  mie; 
La  riere  guarde  iert  arestee, 
Tote  esbaie  e  efireiee. 


Les  Sarrastiu 
atUqatnt  l«s  ba- 
gagat  de  I*arm^ 
(•5aoât  1191). 


Fol.  &a  C. 


6716  Si  aeniendirent  —  5718  La  g.  de  qui  —  6790  Ja  oe  detut  —  6791  Lo  ost  —  579a  00a  oe  — 
S715  des  numquê  —  6796  bartholmeu  —  57I0  Qae  deri  —  6731  dimaine  —  57^7  T.  b.  h.  tant  h.  — 
—  5769  iele  —  b'jbà  regnarderent  —  5769  desteodireot  —  6776  qui  —  6776  qnen  —  6778  Eoradi,  ce 
co  c.  —  5779  Home  —  6781  trenche 


135 


L'ESTOIHË  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


fh6 


lUrliiird  met 
en  foi  le  !es  Sor- 
rasius. 


Fol. /la  d. 


Lors  poinst  Johan  le  fiz  Lucas, 

5790  Sil  dist  al  rei  en  es  le  pas, 
E  li  reis  vÎDt  grant  aleure, 
Il  e  sa  maisnee  seure, 
E  retorna  de  Tavant  guarde, 
Si  poiDSt  as  Turs  jusqu'à  Tanguarde. 

0795  Plus  tost  que  foidre  entr'els  se  tnist, 
E  ne  sai  quanz  en  i  ocbt 
Ainceis  que  il  le  coneusent, 
E  mal  veisin  en  lui  eussent 
S^un  poi  Teust  seu  ançois. 

58oo  La  le  fist  si  bien  un  Franceis, 

C'ert  de  Barres  li  preu  GuîUames, 
Qui  maint  Turc  fist  flatir  as  palmes, 
E  cel  jor  tant  s'abandona 
Que  li  reis  tut  li  perdona 

58o5  Un  mal  talent  qu  a  lui  aveit. 
Si  que  mal  gré  ne  Ten  saveit. 
Les  Turs  a  la  montaine  mistrent, 
E  ne  sai  quanz  en  i  ocistrent 
SalahadÎBS  iert  a  meisme 

58 10  A  son  esforz  de  paeinisme; 

Mais  puis  que  ses  genz  reîiserent, 
Lors  s'aresturent  e  musèrent , 
E  Tost  erra  tote  arotee, 
Que  cil  aTeient  desroutee, 
L'arroéectmpe  58 1 5  Jusqu'a  uu  flum  quo  il  troTercnt; 

Es  cisternes  qu'il  esproverent 
La  se  traverent  e  tendirent, 
En  une  grant  place  qu  il  virent. 
Ou  Salahadins  ot  geu , 

5830  Ou  bien  parut  qu'il  ot  eu 
Menr eilioee  ost  a  desmesure 
De  l'engresse  gent  sanz  mesure. 

Celé  jornee  premeraine 
Ot  l'ost  eue  tel  estraine, 

58a5  Que  li  Turc  de  lor  gueruierent  : 
Issi  va  de  gent  qui  conquièrent. 


au  boni  d'un 
fleuve  où  Saladio 
avait  camp^. 


Ço  fist  Deus  por  lor  garison, 
Que  l'ost  errastsanz  mesprison, 
Ë  plus  seree  e  mielz  rengiee 

583o  Qu'el  n'iert  quant  el  fud  ieidengee; 
E  il  mult  bien  puis  s'en  penerent 
E  plus  sagement  la  menèrent. 
Mais  mult  engrejot  lor  ovraine, 
Car  par  deriere  la  montaine 

5835  S'en  alouent  ja  la  putaiile, 
Salahadins  e  fa  cbenaille , 
As  pas  estreiz  ou  il  saveient 
Que  noslre  gent  passer  deveienl. 
Et  aveient  si  l'ovre  enpdse 

58 60  Que  nostre  ost  sereit  morte  ou  prise 
Ou  qu'il  tant  s'abandonereient 
Al  mains  qu'il  la  desconfireient 
Nostre  gent  del  flum  se  partirent , 
Mais  petite  jornee  firent  : 

58/i5  Soz  Chayphas  s'alerent  tendre 
Por  la  menue  gent  atendre. 

Soz  Cayphas  en  la  costiere 
S'iert  tendue  la  prod  gent  fiere 
De  deus  parties  tôt  entor 

585o  Entre  la  marine  e  ia  tor;  "" 
Deus  jorz  illoques  sujomerent 
Por  lor  bernois  qu'il  atomerent, 
Si  jetèrent  ço  que  n'usoit 
E  retindrent  ço  que  plaisoit. 

5855  Car  la  gent  de  pië,  la  menue, 
Iert  a  si  grant  paine  venue, 
Qui  chargie  esteit  de  vitaille 
E  des  armes  por  la  bataille, 
Qu'assez  en  i  covint  remaindre 

586o  E  de  chad  e  de  sei  esteindre. 

Quant  l'ost  Deu  se  fud  sejomee 
Soz  Cayphas  e  atornee, 
A  un  marsdi  s'en  départirent 
E  lor  batailles  eslablirent. 


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5789  Loras  —  ^790  Si  d.,  isoei  p«8  —  6791  vient  a  grant —  6793  reeonia  —  6797  qaÛ  —  579S 
laeiniit-^  5809  meiiines  —  58i9  Lorea,  en  m.  —  58i5  quii  —  58i3  lornee  —  58f6  eu  —  58é5 
atténi  —  583o  Qui!,  ele  —  583i  se  p.  —  58^7  Al  pas  —  58/i8  pnidp  —  585i  illoc  -^  5855  Ca 


157 


L'ESTOIRE  DE  LA  UUERHE  SAINTE. 


158 


5865  Li  Temples  feseit  I  avant  guarde 
E  rOspitals  la  riere  guarde. 
Qui  veistles  eschieies  faire, 
Bien  sembloit  gent  de  grant  affaire; 
Si  estoit  Tost  miel»  avoiee 

5870  Qu'el  nefuda  Tautre  foiee, 
E  lor  estut  por  le  sujor 
Fol.  h3  b.  Grant  jomee  faire  le  jor  ; 

Mais  mult  troverent  el  rivage 
Grant  espineî  e  grant  herbage , 

5875  Qui  grevbit  la  gent  peoniere 
E  les  fereit  en  mi  la  chiere. 
Tote  la  terre  iert  enermie; 
La  veissiez  mainte  estormie 
De  la  plentë  de  salvaginé 

588o  Qu'il  troveient  par  la  marine, 
Qui  par  entre  lor  piez  sailleient , 
Si  que  a  grant  plenië  en  pemeient. 
BkhaH  l'ar-  AI  chastel  de  Cafarnaon, 

lao»  Que  abatirent  cil  que  haom, 

5885  La  vint  li  reis,  si  descendi, 
Si  digna  e  Tost  atendi  ; 
E  cil  qui  voidrent  si  dignerent 
E  aprës  digner  si  errèrent 
L>nB«f  campe  De  sî  qu  al  casel  des  Destreiz, 

trtnu  0890  Qui  niert  pas  larges,  mais  estreiz. 

lUoc  vindrent  e  descendirent, 
Si  se  traverent  e  tendirent. 
Toz  jorz  quant  fost  iert  herbergiee, 
Al  seir,  ainz  qu'ele  fust  cochiee, 

5895  I  esteit  uns  hom  qui  erioit, 
E  tote  Tost  s'en  recrioit. 
Car  sa  voiz  esteit  muit  oie; 
Cil  erioit  :  (T Saint  sépulcre  aie!  t) 
E  tuit  après  lui  s'escrioient 

5900  E  lor  mains  vers  le  ciel  drençoient, 
E  plurouent  des  oilz  del  chief; 
E  cil  s'escrio    derechief , 


Tant  que  treis  feiz  aveit  crié, 
Sin  esleient  mult  récrié. 

5905       Par  jor  iert  fost  tote  seure; 
Mais  quant  la  nuit  esteit  oscure, 
Lors  aveient  assez  ententes 
De  vers  poignanz  e  de  tarentes. 
Qui  grant  presse  lur  i  faseient 

5910  E  qui  les  pèlerins  poigneient, 
E  il  tôt  eralment  emflouent; 
Mais  li  hait  home  lor  donouenl 
Del  triade  que  il  aveient. 
Que  eralment  les  garisseient. 

5915  Les  tarentes  presse  lor lirent; 
Mais  les  sages  genz  s'avertirent, 
E  quant  les  vermines  veneient 
E  les  genz  les  aperceveient, 
Donc  oisiez  en  fosl  tel  noise, 

5990  En  testimonie  en  trai  Ambroisb, 
Tel  barate,  tel  bateiz, 
Tel  son  e  tel  tambusteiz, 
Batoient  hiaumes  e  chapels, 
Barriz  e  seles  e  panels, 

5935  Escuz  e  targes  e  roeles, 

Bacins,  chauderes  e  paeles, 
E  les  vermines  s'en  fuioient 
Por  la  grant  noise  qu'il  oioient; 
E  eom  il  plus  s'i  auserent, 

5930  E  les  vermines  reuserent. 
Al  casel  ou  l'ost  s'aresta, 
La  se  guami  e  apresta 
Contre  la  cruel  gent  haie 
Qui  puis  lor  fist  meinte  envaie. 

5935  Larges  iert  li  leus  e  la  place. 
Deus  jorz  de  sujor  e  d'espace 
Covint  al  rei  et  a  fost  prendre 
Por  viande  illoques  atendre. 
Lors  vindrent  (es  vaissels  illoqnes , 

5960  Barges  e  gualees  oveques, 


ItvMrwnMm  Bi- 
tardif  IV,  jju. 

Les  CiXHMS 
■ont  tourmeolés 
pir  les  .taren- 
tules. 

Fol.  'i3  c. 


Ambroise  té- 
moigne qa*on 
réanit  à  les  chas- 
ser en  fusant  un 
grand  brait. 


La  flotte  rafi- 
taille  rarmée. 


5867  as  e.  - 
589a  que  fust 
3936  rhauders 


5870  Qoele  - 

-  5907  Lores 

-  5999  se  a.  - 


5877  latente  -•  S886  lott  li  a.  —  5887  voidret  —  6891  liioc  tendirent 
-  SgiB  qail  —  6916  sagenf  —  6918  perctoeient —  6999  tel  mmufm 
5931  lost  se  reusa  —  &933€rueie  —  6989  Lores 


159 


LESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


160 


Fol.  /i3  d. 


Itmeranum  Ri- 
cardi,  IV,  xvr. 

Marche  de 
i*arinée  de  Merle 
h  Casante. 


Totes  veies  i'ost  costeoient 
E  la  viande  lor  portoient. 
El  casel  s'estoient  tonié; 
E  li  reis  aveit  atorné 

bgkb  Al  Merle  ou  il  aveit  geu 
E  toi  iiloques  porveu 
Qu'il  fereit  cel  jor  Tavantguarde, 
Qu'il  n'eussent  par  devant  garde, 
E  que  cil  del  Temple  fereient 

5950  La  riere  garde  e  guaitereient; 
Car  Sarazin  Tost  aprismerent 
E  tote  jor  la  herdeierent. 
Cel  jor  poinst  li  reis  d'Engletere, 
Qui  bien  i  dut  grant  los  aquere; 

5955  E  ne  fustle  jor  par  peresce, 
Mult  i  eust  ovré  proesce; 
Car  li  reis  e  ses.genz  cbacerent, 
E  tels  i  aveit  parescierent, 
Qui  al  vespre  blasmé  en  furent 

59G0  E  qui  par  dreit  estre  le  durent; 
Car  qui  eust  le  rei  seu, 
Riche  feit  i  eust  eu; 
Mais  toz  les  Turs  chaça  ariere, 
E  Tost  erra  la  sabloniere 

5965  Bêlement  petite  aleure, 

Car  chad  feseit  a  desmesure, 
Et  la  jomee  iert  grant  e  grieve 
Qu'il  faisoient,  ne  mie  en  brieve, 
E  la  chalors  les  destreineit 

5970  Si  qu'assez  en  i  esteineit. 
Icels  feseit  l'om  enterrer, 
Cels  qui  ne  poeient  errer, 
Les  traviiliez  e  les  lassez, 
Dont  sovent  i  aveit  assez, 

5975  E  malades  e  deshaitiez; 
E  li  reis  feseit  qu'afaitiez 
Fol.  hh  a.  Quis  faiseit  porter  es  gualees 


E  es  barges  jusqu'as  jomees. 
Celé  jomee  a  paine  errèrent, 

5980  E  li  herbergeor  alerent 

Desqu'a  la  citië.de  Cesaire.    ' 
La  ot  esté  la  gent  contraire 
E  orent  la  vile  abatue 
Et  trop  damagiee  e  fundue; 

5985  Mais  q^ant  il  vint  si  s'en  fuirent, 
Et  nostre  gent  la  descendirent, 
Si  se  tendirent  e  traverent 
Oltre  a  un  flum  que  il  troverent  : 
Ço  est  uns  ilums  qu'encore  est  dii 

5990  Ores  li  flums  as  cocatriz. 

Ou  deus  pèlerins  se  baignèrent 
E  les  quoquatriz  les  mangèrent 

A  Cesaire  ou  ad  grant  açainte, 
La  ou  Deus  fist  ovraine  mainte, 

5995  Car  mult  hanta  en  la  costieret 
Il  e  sa  companie  chieref 
Comanda  li  reis  ses  enekes 
Qu'après  lui  venissent  iUoquea, 
E  fist  un  ban  par  Acre  faire 

6000  Por  la  gent  pereçose  atraire» 
Que  es  enekes  se  meissent 
E  que  en  l'ost  por  Deu  venissent; 
E  il  en  i  vint  grant  partie, 
Ançois  que  l'ost  s'en  fust  partie. 

6oo5  Eth  vos  a  Cesaire  acostee 
La  riche  estoire  une  vespree  : 
Od  les  barges  s'acompaignerent 
Qui  chescon  jor  l'ost  costeierent, 
E  aveient  assez  vitaille 

6010  Des  nés  mal  gré  a  la  chenaille. 

Eth  vos  l'ost  endreit  tierce  haute, 
Ço  soit  Ambroisb  en  fin  sanz  faite, 
Armée  e  d'iloc  esmeue, 
E  si  fud  mult  bien  porveue 


59/ii  Tote,  costoient  —  5966  al  merie —  5966  E  manque  —  6967  freit  icel  —  5969  sermi—  6960  e 
quil  la  freient  —  bgbà  i  manque  —  bgbb  par  manque  —  6960  le  manque  —  696^  aabionoiere  —  6970  ettreÔMit' 

—  5977  aporter  —  6981  Desqua  a  —  6988  quil  —  5990  al  c.  —  6991  Od  ceua  —  6997  La  c  -^  6001  Qui 

—  68o3  i  manque  —  6008  Qui  manque  —  60 1&  muU  manque 


161 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


162 


Esioi 


601 5  Et  eslablie  e  atoruee, 
Quel  fereit  petite  jornee 
Por  Sarazins,  qui  aplovouent 
Chescon  jor  quant  il  se  movouenl. 
Icel  jor  Tost  tut  encbaucerent, 
>rtderémir  6o9o  Mdis  uu  admirald  i  leissereiit 

Tant  loé  de  grant  hardemenl 
E  de  très  grant  force  ensement 
Que  neuls  faom  nel  peust  abatre 
Ne  ne  s'osast  sur  lui  embatre; 
6095  Car  il  avoit  si  grosse  lance 

Que  dous  groissurs  n'aveit  en  France  : 
Çq  fud  Ayas  Estoi, 
Par  non  issi  nomer  Toi. 
Li  Turc  por  lui  tel  doel  menèrent 
6o3o  Que  lor  chevals  en  escoerent, 
E  mult  volenters  Yen  portassent 
Se  li  cristien  lor  ieissasent. 
A  lant  d'iloques  se  partirent, 
E  vindrent  tant  qu'il  descendirent 
6o35  Sor  le  flum  mort,  qu'orent  covert 
Li  felum  sarazin  cul  vert; 
Mais  descovert  fu ,  si  en  burent 
E  par  deus  nuiz  illoques  jurent. 
K-  Del  flum  s'esmut  la  gent  oseé, 

«•rthe   des  ^^^®  Quaut  deus  jorz  se  fud  reposée; 
«w,de  u  ri-  Soef  errot,  nom  mie  en  haste, 

*«  8«w*  (8  Par  mi  la  terre  povre  e  gaste. 

Cel  jor  par  la  montaine  alerent, 
Car  la  marine  illoc  troverent 
60&5  Si  encombrée  et  enbermie 
N.  kk  e.  Qu'il  ne  peussent  passer  mie. 

Cel  jor  fud  fost  plus  près  rengiee 
Qu  el  ne  fud  puis  nule  foiee. 
La  riere  garde  fist  li  Temples, 
6o5o  Qui  al  sëir  se  grala  les  temples, 
Car  tanz  chevals  le  jur  perdirent 


Por  poi  qu'il  ne  s'en  esperdireut; 
E  li  coens  de  Saint  Pol  ovecques, 
Keperdi  trop  chevals  illoqaes 

6o55  Car  tant  soffri  par  bardement 
Les  Turs  e  lor  hardoiement 
E  tant  le  jor  s'abandona 
Que  tote  l'ost  los  l'en  dona. 
Cel  jor  fud  li  reis  d'Engleterc , 

6060  Qui  de  près  les  Turs  aloit  quere, 
Nafrez  d'un  pilet  el  costë 
D'un  Turc  qu'il  aveil  acosfcé; 
Mais  ne  fud  pas  blescië  grantmeni , 
Ainz  lor  curut  sure  eralment. 

6o65  La  veissiez  pilez  voler, 
Chevals  morir  e  afoler; 
De  pilez  veissiez  tel  pluie 
Que  quatre  piez  de  terre  vuie 
Ne  trovissiez  en  l'entomee 

6070  La  ou  l'ost  Deu  esteit  tornee, 
E  tote  jor  issi  dura 
Cil  enuuiz  que  l'ost  endura 
Jusqu'à!  seir  que  li  Turc  se  trestrenl 
As  herberges  e  se  retrestrent. 

6070  E  nostre  gent  se  herbergerenl, 
A  un  flum  salé  se  logierent; 
Si  veissiez  illoc  grant  presse 
As  chevals  morz  de  greinor  gresse 
Qui  en  cel  jor  occis  i  crent  : 

6080  Li  serjant  la  char  achaterent 
Encore  a  mult  chieres  denrées, 
Si  i  aveit  de  granz  mellees; 
E  quant  li  reis  oi  l'afaire, 
Si  fist  crier  un  ban  e  faire 

6o85  Que  a  cui  ses  chevals  morreit 
E  as  pruz  serjanz  le  dooreit 
Un  vif  en  fereit  eschangier; 
E  cil  les  eurent  sanz  dangier 


ilB  8011 1  har- 
celés {Mir  ieft 
Turcs. 


Fol.  il  fi  d. 


lismangeollfs 


6016  Quele  —  6017  quil  aploueot  —  GoaS  home  —  6096  lui  lembatre  —  6o3o  escorcerent  —  6o39  le 
lor  —  6o36  Le  f .  —  6o38  illoc  —  6o65  hermic  —  6067  plus  conreiec  —  6oû8  Quele  -—  6o5o  al  s.  grala 
•es  —  6060  requen»  —  6066  Gheualier  —  6068  nue  —  6069  Iroiasiei  en  len  jornee  -  6070  Deu  mamfue 
—  507a  qui  lare.  —  ^0791  manque  —  608'^  en  oi  —  6o85  moreil  •—  6086  len  d. 


1 1 


larftiiiKKTr.    KiTinniit. 


163 


L^ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


16& 


E  les  pristrent  e  escorcierenl 
Thiqo  e  les  bons  lardez  en  mangèrent. 
iivterarinm  /?«-  Deus  jorz  sujoinanz  illoc  furent 

','   ,     '  Et  al  tien  endreit  tierce  murent, 

cmWsft  irnvm  Trestot  conrcë  de  bataille; 

In  Tor^l  «l'Arsar.  /-i        n        i         i»  11  «m 

Car  1  en  lor  dist  que  la  chenaiilc, 

0095  Li  mescreant,  ii  neir  oscur, 
Erent  en  la  foroet  d'Ârsur 
E  qu'en  cel  jor  ralumereient, 
E  que  si  grant  feu  en  feraient 
Que  Tost  en  sereit  arostee; 

Oioo  Mais  ele  eira  tote  aprestee 
Par  la  foret  d'Arsur  sa  voie; 
Si  ne  cuit  pas  que  nus  hom  voie 
Ne  qu'en  un  liu  nul  ost  veist 
Plus  bel  eiTcr.que  illoc  fist; 

0io5  N  onques  n'orent  arestemcot, 
Ainz  errèrent  toi  quitement  : 
Mont  d'Arsur  ie  jor  trespasserent 
E  tote  la  forest  passèrent, 
E  vindrent  hors  a  la  champaine 
ih  rampont  Giio  Herborgier  soi  en  une  plaine 
viè^oê  Rw-i!^  Sor  le  flum  de  Rochetaillee, 

'"'"'^  Mal  gré  a  la  gent  retaillée, 

Qui  de  tanz  lius  iert  apleae 
Que  cil  dit  qui  l'ost  ol  veue 

Gt  i5  E  sorveue  e  esguardee 
Kol.  fi^  a.  E  dreit  al  suen  viaire  csmee 

Qu'a  treis  cent  mile  les  esma, 
Ou  que  de  poi  les  laesesma; 
E  nosire  cristien  pas  n'ercnt 

Gi:)p  Plus  de  cent  ittile,  ço^esmerent. 
Sor  le  flum  de  Kochëtaillee 
La  jut  l'ost  I>eu  e  sa  maisnee; 
La  se  berbcr}»  un  joesdi, 
E  sujorna  le  vendresdi. 

G 12  5  Le  samedi  a  l'enjomer 


Lors  veissicz  gent  atorner 

Chescon  por  sa  teste  défendre; 

Car  l'en  lor  fist  le  jor  entendre 

Qu'il  ne  i>oreient  sanz  bataille 
Gi3o  Pas  errer  vers  la  cuvertaille, 

Qui  de  totes  parz  aprîamouent 

Et  lor  batailles  conreoueut; 

Et  por  ieo  l'ost  cristiene 

Se  guarni  si  vers  la  paiene 
Gi35  Qu'il  n'i  ot  as  eschicles  faire 

Que  reprendre  ne  que  refaire. 

Richarz,  le  preuz  reia  d'Engletere, 

Qui  tant  saveit  d'ost  e  de  guerre, 

Lors  devisa  a  sa  manière 
Gi/io  Qui  ireit  devant  e  deriere  : 

Duze  batailles  conreerent 

E  par  conreiz  les  devisèrent 

De  tels  gens  que,  tant  com  eeift  eovre. 

N'en  eust  tant  de  gretnnr  ovfe; 
G 16  5  De  lor  cuers  furent  bien  fiekié 

En  Deu  servir  c  aficbié. 

Li  Temples  fist  cri  jor  Tans  guarde 

E  rOspital  la  riere  guarde; 

Breton  e  Angevin  ensemble 
Gi5o  Errouont  après,  ço  me  semMe; 

Li  Peitevin  e  li  reis  Guis 

Erent  après,  si  con  jo  en^ia; 

Normant  e  Engleis  cbevaleboaent 

Après,  qui  le  dragon  portouenl; 
Gi55  E  rOspilafe  errol  deriere. 

Qui  fist  cel  jor  la  guarde  riere. 

La  riere  guarde  fud  gnamîe^ 

Le  jor  de  haute  baronie, 

E  fud  par  conreiz  conreeo 
GiGo  Tôt  coste'  a  coste  e  devisee 

Issi  serrd  que*  d'uae  pome 
'        Ne  ferissiez  fors  besteou  home; 


G089  c  Jes  escorcierent  —  6090  bones  lardii  —  609a  lien  jor  —  6098  E  trestoz  —  609^  freîeaC  — 
6103  home  —  Gio/i  feist —  6109  vinl—- G116  vis  —  61 17  Qui  a  —  Giso  mil  —  61  a6  Lores—  61S6  ot 
al  —  0)139  Lores  —  6i4o  0  qai  d.  —  .^«^7  M  icel  j.  lauant  jyuardo  —  61 5^  portonot  —  6i56  fh^,  fct 
manque  —  61.59  conroe 


166 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE 


466 


M.  6; 


;j  c. 


E  durol  de  losl  saraiine 
De  si  que  a  val  ia  marine. 

6i65  La  veissiez  lanles  banieres 

El  tanles  geni  od  vistea  cliieres  : 
La  ieii  li  ooens  de  Leiceslre,' 
Oui  ne  Yobist  pas  aillora  eslre; 
Ë  si  esteit  de  Gornai  Hues, 

6170  Qui  aveit  genz  bien  coneues; 
Si  i  erl  Guiilames  de  Borriz, 
Qui  de  ia  terre  esleit  norris; 
Si  i  erl  Guaquelins  de  Ferieres, 
E  genz  de  diverses  manières; 

6175  Si  i  erl  de  Toeni  Rogiers 

Od  grant  pientë  de  chevaliers; 
Si  i  erl  ii  preuz  Jakes  d'Avesne, 
Qui  Deu  mist  le  jor  en  son  règne; 
Si  i  erl  li  coens  Robert  de  Dreues 

G180  E  plusurs  genz  qui  ereni  seues; 
S'i  iert  Tevesques  de  Biavez, 
Qui  vers  son  frère  s'esteit  Irez; 
Cil  de  Barres,  cil  de  Gerlandc 
I  raveient  compoine  grande; 

61 85  Guiilames  et  Dreu  de  Merlo, 
Cil  n'en  raveieut  mie  po; 
Li  lingnage  ensemble  erroucnl 
El  ensemble  se  recovrouenl, 
Si  que  Tosl  en  iert  si  liée 

6190  Qua  paine  fusl  desaliee. 

Li  coens  Henris,  cil  de  Cbampaine, 
Gardoil  Tosl  devers  la  monlaine  : 
Icel  jor  fis!  la  guardecosle, 
E  lozjorz  chevaichoit  encoste, 

Q195  E  li  serjant  de  pi^  esteienl 
Derieres  Fosl,  qui  la  cloeient. 
Le  herneis  e  les  guarneslures, 
Cbaretles,  somiers,  Irosseures^ 
Gerl  encontre  val  el  rivage, 

6900  Qu'il  n  en  eussent  granl  damage. 


Issi  errot  la  genl  seurc, 
Soef  e  petite  aleure; 
Issi  erroient  ii  eonrei  ; 
Li  dux  de  Bui^ine  od  le  rei 

6a o5  E  prude  gent  bai^ie  e  (iere, 
Alot  devant  Tost  e  ariere 
E  en  costë  destre  e  E^enestre, 
Por  veoir  les  Turs  e  lor  eslre 
E  por  Tost  conduire  e  mener; 

6a  10  E  mult  les  en  covint  péner, 

Car  cndreit  tierce  avant  une  bore 
Lor  veneient  luil  li  Turc  sure , 
Plus  de  deus  mile  od  arcs  traianl, 
Qui  si  vont  lodt  Deu  embraçant. 

6a  1 5  Après  venoil  oiie  gent  noire  : 

Les  Noirez  ont  non,  ço  est  la  voire; 
>     E  Sarazins  de  la  berme, 

Isdos  e  neits  plus  que  n'est  ^e, 
A  pië  od  ars  e  ôd  roelés, 

6aao  Trop  vistes  genz  e  trop  isneles. 
Cil  feseient  à  Tosl  tel  presse 
Qu'il  n'ftveiefit  ne  fin  ne  cesse. 
La  veissiez  par  la  ôatiipaiûe 
Des  Turcs  Uinte  riche  compâine, 

6a a 5  Tanz  ptfnuncels,  tantes  enseignes. 
Tantes  banieres  od  enseignes, 
Tanz  biais  conreiz  si  acesmes, 
Plus  de  trente  mil  Turs  esuiës 
Venir  tant  aeemeement 

6a3o  Droit  a  rosi  desreeement 

Sor  chevals  îsnels  toane  foldre! 
Devant  lor  piez  iert  grant  la  pddre; 
Devant  les  admirali  venoient 
Cil  qui  les  buisifies  tenoient, 

6a35  Li  autre  timbrejs  et  taburs  : 
Ne  faisoiml  akres  labtirs 
Fors  taburer  ^  noise  faire 
Et  buer  et  crier  et  braire. 


Itinerarium  Ri- 
etwdi,  IV,  iviii. 

Les  Bédooiu^ 
ailaqaeul  \es 
ciiiéUcnii. 


Fol.  65  1/. 


6i64  quaual  —  6173  iertlox  jori  n.  —  6177  daueroe  —  6179  Ireues  —  6180  genz  manque  —  6190  futl 
—  6199  encontre  0.  —  6306 ,  6uo6  intervertie  —  6aii  avant  manque  —  6aia  luit  manque  — •6'îi4  Deu 
manque  —  6a lô  venoienl  —  6236  tant  —  6a38  miie,  adesiiies  —  6980  Toi  droit,  desreemetit  —  6a3i  coni 


1 1 


167 


L'ESTOIRK  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


168 


La  iroisl  i'oui  pas  Deu  ioaant, 

i\9Âo  Tant  il  i  ot  taburs  sonant. 
La  chenailie  Tost  cngressa 
El  assailli  et  empressa  : 
De  deus  liues  lot  eovirou 
Ne  veissiez  plein  mon  giron 

()t)A5  De  terre  voide  ne  de  place, 

Ne  de  rien  fors  de  maie  estrace; 
E  devers  mer  e  devers  terre 
S'en  alouent  si  près  requere, 
Od  tel  force  e  od  tel  oltragc, 

6^50  Qu  il  lor  faiseient  grant  damage 
Des  chevals  qu'il  lor  ocieient; 
Car  trop  de  morz  en  i  cbeoient. 
iMult  eurent  cel  jor  grant  mestier 
Fol.  66a.  En  lost  li  bon  arbalestier 

Ga55  E  li  bon  serjant  qui  traioient, 
Qui  deriere  Tost  se  tenoienL 
Cil  quiderent  estre  enpercié, 
Car  il  esteient  si  chargié 
Qu  il  ne  quidouent  bore  vivre, 

()a6o  N'escbaper  s'en  sain  ne  délivre; 
E  si  sachiez  bien  tut  de  veir 
Que  li  coard  par  estovoir 
Ars  e  saetes  jus  jetouent 
E  dedenz  Tostserebotouont, 

Ga65  Eli  hardi  qui  remaneient, 
Qui  Tost  deriere  sostenoient, 
Aveient  tel  presse  as  talons 
Que  râlèrent  a  rebursons 
Icel  jor  plus  qu'autre  aie urc. 

6270  En  Fost  n'aveit  gent  si  seurc 
Qui  ne  volsist  par  bon  curage 
A  veir  l'ait  son  peregrinagc; 
Mais  de  ço  ne  me  merveil  mie, 
Car  Tost  estoit  si  estormio 

6375  El  coslé  désire  e  el  senestrc 

Qu'onques  ne  fist  home  Deus  ncstre 


Qui  veist  gent  si  achence 
Ne  ost  a  tel  paine  menée. 
La  veissiez. led  chevaliers, 

Gi8o  Quant  11  perdouent  lor  destriers, 
t*ot  a  pié  odies  serjanz  traire; 
Si  vos  puis  conter  e  retraire 
Conques  pluie  ne  neif  ne  graisle 
Par  grant  yvern  quant  el  s'esvelle 

GaHô  Ne  vola  plus  espessement 
(Ço  sevent  plusor  si  ge  ment) 
Que  lor  pilet  illoc  voloient. 
Qui  les  chevals  nos  afoloienl  ; 
E  la  les  poussiez  coillir 

GaQo  A  bracees  e  recoillir, 

Come  Tem  coït  chaume  en  estoble, 
Tant  i  traient  de  la  gent  troble, 
Sor  noz  conreiz  tant  s'espresserent 
Que  par  un  poi  que  nés  plaiserent. 

{\û(jo  Lors  manda  FOspital  al  rei 

Qu  il  grevouent  trop  lor  conrei, 
E  que  plus  soffrir  ne  poreient 
En  manere  s'il  ne  poigneient 
Li  reis  manda  qu'il  se  tenissent 

6^00  E  que  lor  meschief  sustenisseAi; 
Et  il  a  force  le  sustindrent 
Et  a  meschief  lor  voie  tîndrent. 

Mult  Gst  grant  chaut  celé  jornee 
Que  Dampnedcus  ot  atorneç. 

G3o5  Li  chauz  fud  grant  e  la  gent  fiere 
Qui  la  nostre  enchasçoit  ariere; 
Si  ne  larai  quejone  die 
Qu'il  n'a  el  monde  si  hardie. 
Qui  veist  l'espoisse  e  la  presse 

G3io  De  la  paene  gent  engresse, 
Le  desrei  e  la  grant  emprise 
Dont  diables  l'aveit  esprise, 
Qui  n'eust  aucune  dotance. 
Qui  veist  nostre  mesestance, 


Fol.  66 


GaAo  il  loi  -  G*>5o  le!  damage  —  Ga5/i  arblasiier  —  G9G8  Que  mult  r.  —  6369  que  aulre  altre  «.  — 
Ga75  E  cosle  désire  es.  —  0*277  acheiie  —  6«84  ele  —  608G  plus  s.  —  Ga()i  Corn  —  OagS  Lor  —  6998  En 
ttule  m.  —  63o6  Que  —  63o8  Quil  oit  e.  —  63 1 3  Oui!  —  63 1^  raeslanco 


169 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


170 


Fol.  ^6  f. 


G3ir>  S  il  ne  cuneust  lor  custume; 
Car  tôt  ausi  com  sor  renclume 
Forgent  ferrona  longues  chaudes, 
Toi  autres!  lor  genz  por  baudes 
Feroient  sor  la  riere  guarde, 

63ao  Dont  meintprosdom  iert  le  jorguardo 

El  il  point  ne  se  r^ardoienl 

Issi  com  il  faire  dévoient^ 

E  cil  grant  cuivre  lor  faisoient,   ' 

6395  Quis  conveoient  a  les  maces  : 
La  veissiéz  des  voides  places 
Endroit  tels  genz  qui  aillors  fussent, 
Qui  a  enui  requeneussent 
Que  por  les  Turs  estai  gerpisscnt 

633o  Me  por  els  plein  pasguencheissent; 
Mais  la  tôt  autrement  le  firent, 
Que  fièrement  se  combatirent, 
E  se  feroient  en  la  rote 
Par  droite  destresce  e  par  dote; 

r)33r}  Mais  ço  n'iert  mie  de  merveille, 
Se  aucons  de  ço  s'esmerveille  : 
Car  toz  resforz  de  paenie, 
De  Damas  de  si  qu  en  Pcrsie , 
Des  la  mer  jusqu'en  Orient, 

63^40  M'avoit  remis  hardie  gent, 
Ne  scure  ne  alosee. 
Ne  conqueranz  ne  preuz  ne  osée, 
Que  Salehadins  neust  quise, 
Louée  e  proiee  e  requise 

()3/i5  E  |)orcbaciee  e  retenue, 

Por  la  gent  Deu  qui  ert  venue, 
Qu  il  quidot  lores  desconfire; 
Mais  n'i  peusseut  pas  soffire, 
Quar  la  flur  de  chevalerie, 

635o  Li  grains  de  la  bachelerie, 
Gent  tote  duite  de  bataille , 
S'iert  la  levée  de  la  paille 


Itinerërimm  tii- 
c«rii,  IV,  \\\. 

Vicloire    des 
Croisa». 


De  tote  la  lei  cristiaiue 

Por  josleier^sor  la  paiene, 
6355  Genz  tote  preuz  e  tote  eslite; 

E  qui  ceste  eusl desconfite,  Fol.  6u  à. 

Donc  peust  il  bien  en  fin  dire 

Que  rien  ne  losast  contredire. 
Grant  iert  la  poldre  e  la  chalor, 
036o  E  les  genz  Deu  plains  de  valor; 

Fiers  iert  li  poeples  al  diable, 

E  le  Deu  preuz  e  defensable; 

î^  iert  des  Turs  entasseiz 

Plus  espès  que  un  plesseiz. 
6365  Li  cristien  lor  voie  errouent, 

E  cil  as  dos  les  enchaçouent; 

Mais  poi  lor  porent  damagier. 

La  veissiéz  Turs  enragier. 

Le  poeple  al  diable  d'enfer, 
6370  Qui  nos  clamoient  gent  de  fer; 

Quar  tant  avioms  armeures 

Que  nos  gens  erent  si  seures 

Qu'il  en  cremoient  mains  lor  cuivre. 

Cil  metoient  lor  arcs  en  cuivre 
6375  E  venoient  as  maces  sore. 

Plus  de  vint  miiiers  en  poi  d  ore 

Sor  rOspilal  erent  a  forge, 

Quant  li  unsd  eisclama  :  tr  Saint  Jeorge, 

((La irez  vos  nos  issi  confondre? 
638o  frOr  devreit  cristiènté  fondre, 

T  Quant  encontre  ceste  cbenaille 

^  Ne  se  poroffre  de  bataille  I  ^ 

C'ertde  Napes  frères  Guamiers, 

Li  mestres  des  Hospitaliers. 
6385  Cil  vint  al  roi,  poignant  en  haste, 

Si  li  dist  :  «rSire,  len  nos  haste 

(tOd  trop  grant  honte  e  0  laidure; 

fr  Chescons  pert  sa  chevalcheure.  -n 

E  ii  rois  dist  :  «rSoffrez,  bel  mestre  : 
6390  rrL'en  ne  puet  raie  par  tôt  eslre.^         P*»!-  ^7  <* 


6819  80 

6356  cest  - 
0376  mile 


-  633o  guenchissenl  —  6336  Sauçons  —  635o  La  grain  —  6352  le  premier  la  manque 
636o  plaines  —  6363  dcntasseii  —  6366  les  chacouent  —  6867  V^^  ^^^  —  ^^7^  seuros 

-  6378  ii  manqiu  ~   638o  Ore  —  6388  cheualchure 


L 


171 


l/ESTOIKE  DK  LA  GUERRK  SAINTE. 


172 


Kol.  A  7  h. 


Cil  viiil  0(1  son  coiirci  ariere; 
Li  Turc  ciichaçoucnt  derierc, 
Si  ([ull  11*1  ot  prince  ne  conte 
Qui  on  soi  n'en  eust  grant  honte, 

iVMj:)  Vj  disoienl  :  trSeifjnors,  poignomes! 
rL'eii  nos  tendra  por  malvës  homes. 
'^Tel  honte  ne  fu  mes  veue, 
f?  i^'onques  mes  par  genl  mcscreue 
rcNen  ot  nostre  ost  tei  reprover; 

(•)'ioo  rE  se  por  aucon  recoiilier 
rXe  nos  offrions  a  défendre, 
'  'T  Ja  i  porrions  trop  atendre.^ 
Deusl  quel  perte,  quel  mescheanc^, 
E  quel  doel  e  quel  mesestance 

r>/io:)  Avint  en  Tost  a  cel  termine, 
Ou  tant  morcit  gent  saratine 
Se  pechië  n'eust  destorbiee 
La  pointe  qui  fud  devisee! 
Endementers  qu*il  devisoieni 

()/i  1  o  Celé  pointe  ou  tuit  s'acordoienl , 
Et  avoient  ja  esgardd, 
S'il  l'eussent  a  droit  garde , 
Ainçois  que  li  conroi  poinsissenl, 
Qu'en  Tost  en  trois  lius  establiseul 

i\f\  1 5  Sis  busines  qui  soneroient 

Quant  vers  les  Turs  retornoroieni , 
Deus  devant  l'ost  e  deus  dcriere 
E  deus  en  mi  d'autre  manière; 
E  s'ensi  l'eussent  tenu , 

(')'iao  Li  Turc  fussent  tuit  retenu; 

Mais  par  deus  homes  les  perdirent 
Qui  pas  de  poindre  ne  se  tindrenl, 
Mais  tut  preroerains  s'eslaisserent 
Si  que  deus  Turs  morz  i  laissèrent. 

()/iâ5  L'un  des  deus  fud  uns  chevaliers, 
Li  mareschals  ospitaliers; 
L'autre  iert  Baudowins  li  Caix>ns, 
Qui  ieri  hardiz  corn  uns  leons  : 


Compainz  iert  le  rei  «rEnglelere, 

()/i3o  Qui  l'ot  amené  de  sa  terre. 
Cist  commencèrent  le  dosrei 
El  saint  non  del  toi  poissant  rei; 
Saint  Jorge  a  haute  voit  crièrent, 
E  les  genz  Dampnedeu  tornerent 

0^135  Lor  chevals  ço  davant  dariere 
Encontre  la  cruel  gent  fiere. 
Lors  poiust  l'Ospital  toi  rengiei, 
Qui  mult  ot  este  leidenget; 
Si  poinst  li  sires  de  Champaine, 

Ohho  E  il  e  sa  chiere  compaine; 

Si  poinst  Jakes  d'Avesne  illoques 
E  cist  de  son  lignage  ovecques; 
Si  poinst  lores  li  coent  Roberz , 
Cil  do  Driues,  jo  en  sui  tôt  cerz, 
V)^i/i5  Le  evesque  de  Biauveii  od  lui, 
Icil  poinstrent  ensemble  andui; 
Si  i  poinst  li  coens  de  Leicèstre 
Vers  la  marine  sor  senestre; 
Et  tuit  cil  de  la  riere  guarde, 

()'i5o  Un  point  ni  ot  de  gent  coarde; 
E  après  poinsirent  Angevin, 
Breton,  Mansel  e  Peilevin, 
E  li  autre  conrei  ensemble. 
Si  vos  dirai  ço  qu'il  me  semble  : 

()455  Que  li  prodome  qui  la  poinstrent 
De  tels  esforz  as  Turs  se  joinslrent 
Que  chescon  ai  suen  qu'il  alainat 
Le  fer  del  glaive  el  cors  li  tainat, 
Si  qu'il  lui  covint  voidier  sele. 

G'jGo  A  celé  gent  semble  novele, 

Car  il  sorvindrenl  come  foldre  : 
La  veissiez  voler  grant  poldre; 
Et  tuit  cil  qui  a  pië  esleient 
Descendu,  qui  as  ars  traoient, 

C/iOf)  Qui  mult  eurent  noz  genx  grevées, 
Cil  orent  tes  testes  copees, 


639a  e.  e  ariere  —  6899  Neii  ot  manqué  —  6&0'J  poiTuiis  —  6ào6  i  moreint  q.  —  6&1&  Qui  eo-^  6A>9  ^ 
il  V..  —  G/isi  les  mistrcnt —  6ka3  tut  li  —  6A39  saiiil  tnanque  —  G63G  cnielc  ut;nl  et  f.  —  6â6o  E 
—  64/ii  daiiemc  --  G/i56  esforz  manque,  joistrenC  ---  6AG0  gent  manque  —  666/i  as  ce  I. 


173 


LESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


174 


nf 


Ë  si  com  ii  les  abatoient 
E  les  scrjanz  ios  ocioenL 
E  des  que  onques  Ii  reis  Iroblce 

VA^fO  Vit  Tost  e  qu'ei  fud  assemblée, 
Des  espérons  al  cheTal  tendre 
Dona  ebaa  pas  sanz  plus  atendre  : 
De  grant  air  le  Icissa  corre, 
As  premerains  oonreiz  socurre. 

6^175  Plus  tost  que  quarets  fl'art)aieste, 
(>d  sa  maisnee  preas  e  teste, 
Ala  ferir  en  tas  sor  destre 
Un  conrei  de  la  gent  paestre 
Si  durement  qu'il  esbairent 

(>^8o  Des  prodonies  iju'il  i  sentiront, 
Qui  Imr  firent  Yoidier  les  seles  : 
Gisanx  espès  comc  gavcles 
Les  veissiez  gisir  a  tere; 
*wftf%  de  E  H  TaHIanz  rei  d*Engletere 

0^85  Les  porsiwi  e  corut  sore, 
Qui  le  fist  si  bien  a  cde  ore 
Qn'entor  lui  avoit  de  charriere 
Sus  e  jus,  eneoste  c  deriere, 
Des  Sarazins  qui  mort  cbaeient, 

(îAqo  Que  Ii  autre  en  sus  se  Iraieient, 
>l.  /17  d.  E  duroit  bien  des  morz  la  trace 

Demie  liuue  près  d'espace. 
La  teissrez  Turs  tresbirchier 
E  Sarazins  rfescheralchier; 

0695  La  veissiez  poMre  voler, 
Que  nostre  gent  du!  aMer  : 
Car  qvnnt  de  la  grant  presse  issoient 
Adonr  ne  s'entreconeissoient 
Por  la  poldre  qui  iert  levée, 

65oo  Si  que  lor  paine  en  ert  doblee. 
Lors  feroient  destre  e  senestrc  : 
La  oreat  H  Turc  malveis  estre; 
La  veissiez  cops  départir 
E  gent  sanglent  del  champ  partir: 


^^70  de  —  6/175  arhh'sle  —  6/189  rom  —  6486  icele 

—  65of  LoTTfl  —  65 1  a  Charf^jet  —  651/1  com  —  65 18 

-  65^8  Qui  —  6533  Cer   —  6536  com  —  6J>J6  0«i 


65o5  I^a  veissiez  chair  banieres, 

E  tanz  penoncels  de  manières , 

Tantes  bones  trenchanz  espees 

E  tantes  canes  acérées, 

Tanz  arcs  torqueis  e  tantes  inaccs 
65 10  Peussiez  prendre  en  plusors  places , 

Quarels  e  pilez  e  seetes, 

Chargiees  plus  de  vint  charetes; 

La  veissiez  tanz  Turs  od  barbes, 

Morz  gésir  espès  corne  jarbes; 
65 1 5  La  veissiez  caple  tenu 

De  cels  qui  s'erent  près  tenu; 

E  cil  qui  abatu  esteient. 

Qui  lor  ehevals  perduz  aveient, 

E  cil  es  boisons  se  botouent 
6:)ao  Et  es  arbres  a  montmontouent, 

E  d*iloe  les  aleit  Ten  traire, 
*Sis  oissiez  al  tuer  braire. 

Tels  i  ot  lor  cbevals  guerpirent , 

Que  devers  la  mer  s*en  fuirent 
65a 5  E  saillirent  jus  des  faleises,  Vol  48  a. 

Liis  a  val  plus  de  dis  teises. 

Bien  furent  lor  gent  remees, 

Que  do  deus  granz  liuues  ferees 
653o  N'i  veissiez  fors  gent  fnitive,  iwronie    «les 

Qui  devant  esteit  si  braidrvc; 

Car  totes  nez  genz  retomerent, 

E  cil  qui  Testandard  gardèrent 

(C'erent  Normant  la  gent  seure) 

Tote  lor  petite- aleure 
6535  Retomerent  une  grant  pièce 

Issi,  corne  mis  cuers  sospiece, 

Qu'aint  empeirast  mult  Tautre  atfaire 

Que  Tem  lor  peust  grant  mal  faire. 
Li  poigneer  qui  od  Deu  furent 
654o  Après  lor  poindre  saresturent, 

E  sj  tost  com  il  s^aresterent, 

E  li  Sarazin  recuvrerent. 

—  6&88  j.  e  eneoste  —  6493  Demi  —  6698  ne  manque 
ch.  alitttii  —  65i 9  btuoins  —  6&a9  Si  —  6697  reuiwes 
a.  —  654 1  sareiiturent  —  654^  recrorent 


Jure 


LeR  Sarramofi 
rcTwnoent  k  U 
rhargr. 


17:> 


L'ESTOiaK  DE  LA  GUEKKE  SAINTE. 


176 


Fol.  'i8  h. 


CurieuM!  bail' 
uièrf  de  Tekk*»- 
Hin. 


IMus  de  vint  milicrs  on  venoicnt 
Oui  les  maccs  os  poinz  tenoicnl 

<>5'ir)  A  rcscorre  les  abatuz. 

La  vcissiez  les  noz  batuz, 
Gels  qui  i  Tost  se  retraioient. 
Li  Sarazin  toz  jorz  traioient, 
E  si  feroient  od  les  maccs, 

<')r)5o  E  quassoient  testes  e  braces 
Si  qu'as  arçons  les  enclinoient, 
E  ii  prodome  recovroient 
Quant  lor  aleiue  aveient  prise; 
Lors  j)oigneient  od  grant  emprise 

0555  E  se  fereicnt  es  coureiz, 
E  les  rompoicnt  corne  roiz. 
La  veissiez  seles  tomer 
E  Turcs  gueuchir  et  relornèr; 
La  fud  nostre  gent  si  chargiec 

65(10  Quele  n  errast  pas  une  archiee, 
Se  li  conrei  ne  s'arestasent, 
Que  chierement  uel  connperassenl. 
La  iert  Famiralz  Dequedin, 
Un  des  parenz  Salahadiu, 

1)505  Qui  ol  portrait  en  sa  baniere 
Enseignes  d'estrangc  manière  : 
Ço  esloit  une  baniere  as  braies, 
Cerent  ses  enseignes  veraies. 
Ço  iert  li  Turs  qui  ot  volenté 

0570  Haieit  plus  la  cristient((; 
Cil  aveit  en  sa  compaignie 
Plus  de  set  cent  Turs  de  baillie, 
I^  gent  Salahadin  domaine 
Qui  conquisse  fusl  a  grant  paine. 

0575  Chescons  conrei  a  sa  manière 
Aveit  une  jalne  baniere 
Od  penuncel  d'autre  teinture; 
E  vint  de  si  grant  aleure, 
Od  tele  frainle,  od  tele  emprise 


<;r)8o  De  ferir  la  gent  bi(^n  aprise, 

Qui  a  Testandurd  retornerenl 

Od  les  armes  que  il  portèrent, 

Qu'il  ni  ot  si  preu  ne  si  cointe 

De  toz  qui  a  icele  pointe 
6585  N'eussent  assez  a  entendre. 

La  veissiez  noz  genz  atendre, 

La  veissiez  meinte  aatie, 

La  veissiez  fort  départie , 

Car  ariere  a  l'ost  s'en  revindrent  : 
6590  Car  Sarazin  si  cort  les  tindrent  ^ 

Que  loz  les  cors  i  chancelèrent, 

Si  que  poi  genz  i  retornerent; 

Ainz  les  paioient  sor  les  helmes, 

Quant  des  Barres  li  preuz  Guillames 
(>595  Fist  un  poindre  que  tuit  proiserent  :     Fol.  6^ 

Car  il  e  ses  genz  se  lancèrent 

Par  entre  les  noz  e  la  presse 

De  l'enuiose  gent  engresse, 

E  si  durement  les  ferirent 
6600  Que  ne  sai  quant  Turs  i  cbairent, 

Qui  onques  puis  ne  virent  guerre. 
.  Et  Richarz  li  reis  d'Engletere 

Repoinsl  par  devers  la  montaine, 

Il  0  sa  hardie  compaine, 
660 5  Et  seeit  el  favel  de  Cypre 

(xN'ot  tel  cheval  de  ci  qu'a  Ypre), 

E  fisl  tantes  chevaleries 

Sor  les  laides  genz  enemies, 

Qu'a  grant  merveille  l'esgardouent 
6610  Corn  il  e  ses  genz  assemhloent. 

Tant  les  reuserent  e  tindrent 

Que  noz  genz  a  Testandard  vindrent, 

E  dcrechiof  se  conreerenL 

Lors  chevalchcrcnt  e  errèrent 
C6i5  Jusqu'à  Sur  ou  il  descendirent; 

Lors  se  Iraverent  c  tendirent. 


6563  mile  —  65/i6  abaluz  —  6569  E  manque  —  655o  El  i  q.  —  655/!i  Lores  —  656:!  Qui  —  6566  aalidin 
—  0566  Une;  euscigno  —  6577  od  anlic  t.  —  6078  si  tnnnqwi  658'j  qiiil  -  658 'i  celé  —  6585  Ni  e., 
assez  r<7;^'/« —  6591  i  nuuujup  — 059*1  P*^*  manque  —  6593  pitiol  Olioi  jjairr  -  OOoa  El  li  preui  reis  — 
r»6i3  romeiiceronl  —  60i'i  Lorcs  —  661 5  il  mnnqw  ■--  6616  L.on's 


177 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


178 


c 


réi.  IV.  U. 


Car  bien  iert  hore  d  osteJ  prendre. 
Qui  au  seir  volt  a  guain  tendre 
Si  vint  la  ou  fud  la  bataille, 

6690  Si  guaigna  assez  sanz  faille; 
icUMre  finale  Si  distrcut  cil  qui  i  alerent 

Qui  des  Sarazins  morz  contèrent 
Que  trente  dous  barons  de  terre, 
Admiralz,  k'il  vindrent  puis  quere, 

66a5  En  cel  champ  a  cel  jor  mururent, 
Et  set  cent  Turs  qui  illoc  esturent, 
Fol.  hH  d,  Estre  cels  qui  nafiré  esteient, 

Qui  par  mi  les  chams  mort  chaeient, 
E  des  noz  n'i  ot  pas  la  disme 

663o  Moi*z  iluec,  non  pas  la  redisme. 

Ha!  Ebeus,  si  grant  descomGture 
Et  si  laide  mésaventure 
Nos  avint  la  ou  li  noz  ereut. 
Quant  li  Sarazin  recovrerent, 

6635  D'un  prodome^que  il  forsclostrent , 
En  lor  recovrer  et  enclostrenti 
Ço  fu  li  preuz  Jaques  d'Avesne, 
Dont  Deus  face  saint  en  son  règne, 
Car  de  lui  trop  nus  meschai 

66^0  Par  son  cheval  qui  lui  chai; 
Mais  il  iist  tant  de  sei  défendre 
Que  Ten  nos  dist  e  Gst  entendre 
Que  après  la  fin  de  la  bataille, 
Quant  il  jut  entre  la  chenaille 

66^5  E  Ten  enveia  son  cors  quere. 
Que  en  un  poi  espace  de  terre 
Entor  le  cors  de  lui  troverent 
Li  prodome  qui  i  alerent 
Bien  quinze  Turs  tôt  detrenchiez, 

665o  Dont  li  prodom  s'esteit  vengiez. 
Sei  quart  de  parenz  i  mururent, 
Si  que  onques  nés  sucururent 


Mort  if  Jmc 


Tels  genz  dont  il  fud  grant  paria oce  : 

Ço  fud  un  des  barons  de  France, 
6655  Ço  diseient,  li  coens  de  Dreues, 

Il  e  les  genz  qui  erent  sues, 

Sin  oi  Ten  tant  gent  mesdire 

Que  Testorie  nel  puet  desdire. 
Devant  Arsur  fudTost  travée, 
6660  Qui  ot  la  gent  paiene  avee, 

Et  tote  Teust  el  feit  mate,  Fol  Aq  a. 

Qui  eust  eu  dreite  esta  te. 

Etht  vos  la  novele  espandue 

De  nostre  gent  qui  iert  perdue, 
6665  Non  pas  perdue,  mais  trovee, 

Quele  s'iert  por  Deu  esprovee, 

Jake  d'Avesne  e  sa  maisnee 

• 

Qui  esteit  morte  e  detrenchiee. 

Eth  vos  Tost  Deu  tote  pensive, 
6670  E  si  troblee  e  si  baive 

Conques  de  la  mort  un  sol  home 

Pois  que  Adam  morst  en  la  pome 

Ne  fud  oie  si  grant  plainte 

Ne  tel  regret  ne  tel  complainte; 
6675  Et  il  feseit  mult  bien  a  pleindre, 

Car  mult  bien  servi  Deu,  sanz  faindre, 

Que  il  aveit  ja  esguardë 

En  paradis  iért  porguardé 

Son  liu  o  seint  Jake  Tapostre, 
6680  Qu'il  tint  a  son  non  e  a  nostre, 

Jake  d'Avesne  le  martyr. 

Qui  des  Turcs  ne  deigna  partir. 

Devant  Arsur  fud  Tost  tendue  l  «nuée  chré 

Sur  la  grant  rivere  espandue 
6685  E  la  nuitiee  reposèrent. 

Car  durement  se  traveillerent 

De  cops  doner  e  receveir, 

Si  ne  s'en  voldront  pas  moveir 


lieuue  campe  de- 
vaol  Arsur. 


6617  del  oslcl  —  6618  veil  —  6699  mort  —  6696  kis  —  66^5  a  manqué  —  6698  chaeinl —  663o  iluec 
mtmqiêe  —  6633  li  manque  —  6636  li  manque  —  6635  prodom  quis  —  6636  recourir  —  6637  dauerne 
*—  6638  saint  manque  —  6665  lenueia  —  6661  ele  --  666a  eusl  droit  en  dreite  —  6665  Nont —  6667  dauerne 
—  6671  sol  manque  —  6679  en  manque —  6677  Quii  —  6680  Quil  teneit  —  6681  dauerne  —  6686  grant 
manque  —  6685  le  n.  —  6686  se  manque  —  6688  s^en  manque 


13 


mrKIMKBIK     IKIIO^ILB. 


179 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


180 


Devant  a  la  tierce  jornee, 

(Wigo  Que  Tosl  refud  bien  atornee. 
Un  samedi  fud  la  bataille, 
E  le  diemeinge  sanz  faille 
Fud  la  Teste  a  la  gloriose , 
La  mère  Deu,  la  preciose, 
Fol.  ii^h.  (WkjS  Celé  que  Tem  feit  en  Setembre, 

Et  Testorie  issi  le  remembre. 
Lors  s'armèrent  Hospitalier 
E  del  Temple  li  chevalier 
E  des  proz  Turcoples  menerenl , 

(>7oo  E  mult  d'autres  genz  i  alerent  : 
Eth  les  vos  el  champ  ou  cil  jurent 
Qui  mort  en  la  bataille  furent. 
Par  le  champ  quistrent  e  cerchierent, 
Einz  ne  burent  ne  ne  mangèrent 

()7o5  Devant  ço  qu'il  orent  trové 
Le  cors  del  vassal  esprové, 
Jake  d'Avesne,  qu'il  troverent; 
Mais  le  vis  anceis  li  lavèrent 
Ou  ja  meis  ne  fust  coneuz, 

(>7io  Tant  aveit  mortels  cops  euz 
Issi  com  il  se  defendeit 
Des  Sarazins  qu'il  atendeit. 
Le  core  covrirent  e  chargierent, 
E  a  Ârsur  s'en  repairerent. 
Kiiiiéiuiiiesdc  6715  La  veissiez  grant  compaignie 
.e.  (  3  scpiera-  Dc  gont  ct  dc  chevalcrie 

""'*  Qui  encontre  le  cors  alerent, 

E  qui  tel  doel  en  démenèrent 
Que  soz  ciel  n'a  riens  quis  veist 

0730  Qui  trop  grant  pitié  n'en  preisl: 
Li  un  regrctot  sa  proesce, 
L'autre  retraiot  sa  largesce. 
Le  jor  fud  li  reis  d'Angletere 
E  li  reis  Guis  al  mètre  en  terre 


0790  El  moster  de  la  seinte  dame 

Qui  deprit  son  douz  filz  por  l'afme 
Dont  le  cors  fud  la  herbei^iez  ! 
Après  la  messe  li  clergiez 
Refirent  lor  altre  servise 

()7.'{o  Ententivement  a  lor  guise; 


E  li  hait  home  le  cors  pristrent 
Entre  lor  braz,  si  Tenlererent  : 
Ne  demandez  s'il  i  plorerent. 

()7.3.5     .  Ore  iairons  de  cest  affaire 
De  parler  e  d'acunte  faire 
Ci  endreit  a  ceste  feiee; 
Maisja  de  riens  n'iert  desvoiee, 
Car  tote  est  de  nostre  matière , 

67/10  Si  reprendi*on$  tôt  en  ariere, 
E  dirons  de  la  gent  haie 
Qui  nos  orent  fait  l'envaie. 

La  gent  de  bien  desausee 
Ol  esté  issi  reusee 

67^15  Com  jo  aveie  devant  conté, 

Si  copi  il  s'esteient  vanté 

Al  soldan  par  lor  grant  fierté. 

Qu'il  lui  diseient  sanz  vantance, 

()7.5u  Senz  faille  ct  sanz  nule  dotanco 
Sereit  cristienté  aquise 
A  cel  terme  e  morte  e  conquise. 
Mais  altrement  aloit  l'ovraine; 
Car  qui  lors  veist  la  montaine 

r)7r)5  Par  ont  icel  Turc  s'en  fuirent, 
Ço  nos  contèrent  cil  quil  rirent 
Que  quant  lor  genz  as  noi  hnrterent 
Qu'a  tel  vertu  les  reuserent 
C'a  tôt  le  herneis  s'en  fuioient, 

()7<)o  E  tanz  chameilz  morz  i  chaeieni 


Ful.â 


iHmer 
€turéif  I 

DéM 

Sarrtsi: 


6690  bien  manque  —  669a  dimeinge  —  B^îyô  remcndre  —  t)G97  Lores  - 
6707  dauenie  —  671a  Les —  671 /i  E  a  sur  —  6736  de  m.  —  6796  douz  manque  — 
le  mislrcni  ajouté  plut  tard  —  6786  i  manque  —  6787  fee  —  6788  de  manque  - 
manque  —  67^3  norent  —  6765  Gome  —  6767  Si  manque  —  G768  por  — 
6768  loueraine  —  6765  li  t.  —  6756  Que  nos  —  6769  Car  lot  li  • 


-  1)700  des  tutras  — 

-  Aprèe  6789  E  en  t«m 

-  6789  toi  —  6740  en 
6760  note 


181 


LESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


183 


E  tanz  chevals  bruns  e  bauçaDs, 
Muls  e  mules,  milliers  e  çanz, 
E  tant  perdaient  a  celé  hore 
Quant  noz  genz  lor  corurent  sore, 

6765  Que  si  lor  osl  fust  mielz  cbaciee 
E  mielz  siwie  e  enchaciee, 
.  '19  H.  La  terre  fîist  nostre  aquitee 

E  de  cristiens  habitée. 
•««•  Hi-  Quant  lost  des  Turs  se  fud  retraite 

""'    6770  El  celé  chose  ot  este  faite 
t>rhe«  à  E  Salahadins  sot  Tovraine, 

Qui  esteit  devers  la  montaine, 
Quant  il  vit  sa  gent  desconGte, 
I^  meillor  et  la  plus  eslite, 

6775  A  ses  admiralz  prist  a  dire, 
Toi  coreciez  e  toi  plein  d'ire  : 
rE  u  est  ore  ma  maisnee, 
rLa  vanteresse,  Tenragiee? 
rOr  chevalcbe  cristienlez 

6780  rPar  Sulie  a  ses  volentez, 
rr  Si  ne  trove  qui  la  retorge. 
r  Ore  ne  sai  quel  part  jo  turge. 
rOu  sunt  ore  les  granz  manaces, 
r  Les  cops  d'espees  e  de  maces 

6785  rQue  se  vantouent  qu'il  fereient 
•r  Quant  a  Feslor  venu  sereient? 
frOu  sunt  les  riches  començailles 
rrDes  granz  osz  e  des  granz  batailles? 
r^Ou  sunt  les  granz  desconfitures 

<i79o  r Que  lom  trove  enz  es  escriplures 
f^Que  notre  ancesur  i  ont  feites, 
fQue  lote  jor  nus  sunt  retraites, 
f  Qu'il  suelent  sor  cristiens  faire? 
(rMalement  vait  icest  affaire, 

6795  rrCar  or  sûmes  nos  la  curaille 
^Del  mont  en  osl  et  en  bataille; 
r  E  quant  envers  cels  qui  ainz  furent , 


(T Riens  ne  valons,  e  il  valurent. 77 
Li  admirais  des  Sarazins 
6800  Oirent  que  Salahadins 

Les  ot  blâmé  en  tel  manière  Fol.  :>o  u. 

Conques  nus  n'en  leva  la  cbiere 

Fors  uùs,  Sanguis  de  Halabi,  R<^pon>«    1^ 

Q.     ,    ^    I  ,t         «  .  l'ëmir  d'Alep. 

ui  saucna  sor  iarabi, 

H8o5  Si  dist  :  trDreiz  soldans,  or  m'oez. 

(t  Mult  nos  avez  eslotoiez 

rr  Vilainement  e  trop  blasmez  ; 

^  Mais  por  quei  nus  mesaamez 

(tSi  vos  ne  savez  l'achaison? 
0810  trVos  n'i  guardez  pas  a  raison; 

f^Car  ne  remaint  pas  por  combatre, 

(rNe  por  bardiement  embatre, 

rr  Ne  por  traire  ne  por  lancier 

f'As  Frans  al  fer  et  a  l'acier, 
681 5  rNe  por  lor  granz  cops  endurer  : 

(r  Mais  riens  ne  puet  a  els  durer, 

(rCar  il  ont  tantes  armeures, 

rSi  forz,  si  tenanz,  si  seures 

trDont  il  sunt  armé  en  tel  guise 
6830  ff  Que  plus  qu'en  une  piere  bise 

f^Ne  poons  en  els  rien  forfaire; 

rrE  qui  a  tel  gent  a  a  faire, 

r  Coment  se  puet  il  conseiller? 

trEncor  fait  plus  a  merveiller 
6895  rrD'on  Franc  qui  est  en  lor  compaine, 

^Qui  noz  genz  ocist  e  mahaine; 

tr  Onques  mes  nul  tel  ne  veinies  : 

rrToz  jorz  icrt  il  devant  meismes; 

ff  A  toz  besoinz  est  il  trovez 
683o  rrCom  bon  chevalier  esprovez. 

tr  C'est  cist  qui  des  noz  feit  esart  ; 

rSi  l'apelent  melec  Richart, 

(t  E  tel  mdee  deit  tenir  terre 

(t  E  aveir  despendre  e  conquerra.  ^ 


6771  loueraiDe  —  677a  e.  lanl  d.  —  6776  XfAmanqwB  —  6778  vaterease  la  e.  —  6779  Ore  —  678A  de 
etpees  et  des  m.  —  6786  Qui  —  6788  U  ieeond  grani  hmmi^  —  6789  granl  —  6790  enx  mantiuê  — 
6793  adeient  —  6794  ceal  —  6796  ore  sunl  noi  —  6796  et  nmnquê  —  68a 4  Encore  —  6839  l.  tes  b.  — 
6836  E  a.  e  d. 


la. 


183 


LESTOIHE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


184 


Fol.  r><j  h.       (')83r>       Salahadins  en  itel  ire 


Itinernrium  Hi- 
catdi.  IV,  \xiii. 

Saladin  Tnil 
raser  Iniilns  Ip« 
plares  rorlc«t  sauf 
J^^rusalom .       le 


Com  vos  m'avez  ci  oi  dire 
S'apcla  Safadin  son  frère, 
Si  dist  :  frOrc  voil  qu'il  i  père 
rCom  jo  ai  en  mes  genz  granl  fiance. 
DracciieDaron.  f,^,^^^  rrMonlcz  c  alcz  sanz  dolancc, 

ff  Feiti's  inei  Eschalone  aba(re  : 
rNos  navoms  mestier  de  combat  re; 
rrAbatez  la  citië  de  Guadres, 
(tE  seit  debrisiee  com  madrés; 

^.K'l.^  «rMais  le  Daron  faites  lenir, 

-Par  ont  mes  genz  peussent  venir: 
"^  Abalez  mei  la  Guaiatie, 
«t  Que  Franc  n'i  faccntaatie; 
fE  faites  abatre  le  Fier, 

{\H:ut  ff  Qu'il  ne  s'i  peussent  alier; 

"Abatez  mei  la  Blanche  Guarde, 
"-  Que  nos  n'aioms  par  delà  guarde  ; 
r  Abatez  Jaiïe  ecel  mult  bien, 
rrCasel  des  Plains,  Casei  Maien; 

(iKôf)  ff  Abaiez  moi  Seint  Jorge,  Rames, 
'^îja  grant  citi({  que  nos  lro\ames, 
''Bel  Mont  de  la  monlaine  en  halL 
'^Le  Thoron,  le  Cliastel  Ernald 
ff  Et  Bel  Veeir  e  Minibel  ; 

(\H{)o  ff  Abatez  le,  car  mei  est  bel, 
^E  les  chastels  de  la  montaine, 
ff  Que  ja  un  entier  ne  remaine, 
ffCbastel  ne  casel  ne  citie, 
ffQue  tut  ne  seit  agravonté, 

r)S()5  ff  Fors  le  Crac  e  Jérusalem  : 
ffSi  le  voil,  .si  le  fera  rem.-^ 
Salahadins  Tad  comande, 
E  cil  ad  congié  demandé, 
Fol.  .")()  r.  Qui  bien  set  sou  comandement. 

(iH7o  Ijors  parla  un  Turc  hautement 
Qui  Caisac  esteit  nouiez, 


Hait  Sarazin  e  renomez. 

Cil  dist  a  Salahadin  :  rSire, 

ffNus  hom  ne  deil  tant  creire  s'îre 
<;87r)  ffNe  son  maltalent  com  vos  faites. 

ff  Mais  enveiez  ore  vos  guaitcs 

ff  E  voz  espies  e  vos  guardes 

ff  Es  pleins  de  Rames  es  anguardes, 

ff  Si  que  quel  part  que  Franc  se  torgent 
6880  ffQue  les  espies  ça  retorgent, 

ff  E  qu'il  sachent  al  retomer 

ff  Quel  part  lor  ost  voldra  torner  : 

ffE  tel  tor  poreient  il  faire 

ff  Que  bien  poreit  l'em  lor  forfaire. 
r)885  ffPar  Mahumet  que  Tem  acre, 

ff  L'en  deit  guarder  e  tens  et  bore 

ff  Et  achaison  degentblasmer. 

ffNe  nos  devez  mesaamer, 

ff  Car  teles  sunt  les  aventures 
()8()o  ffQue  genz  ont  granz  desconlitures; 

ffSi  ne  larai  que  jo  nel  die, 

ffQue  si  jo  ai  bonc  compainie, 

ff  Ge  cuit  les  Frans  si  curt  tenir 

ff  Qu'il  avront  ça  malveis  venir.  ^ 
r)89r)  Lors  eslurent  trente  admiralz, 

Granz  genz  e  de  parage  halz; 

Chescon  ot  en  sa  compainie       • 

Bien  cinc  cenz  Turs  de  gent  hardie. 

Que  Salahadins  fist  aler 
i)[)()o  Al  flum  d'Arsur  et  avaler, 

E  tuit  i  furent  e  gueterent 

Quant  la  gent  Deu  rechcvalcherent. 

L'ost  Deu  qui  s'estait  combatue,      Folhod. 

E  qui  un  poi  ot  abatue 
(Uio.")  Des  Sarazins  la  sorquidance, 

Le  tierz  jor  après  sanz  dotaoce 

Torna  d'Arsur  tote  rengiee 

Par  mi  la  terre  laidengee 


YMrt  (TArn 
USê  (10 


0831)  ici  —  68/io  c  fMmique  —  ()85/i  casel  del  mien     -  iiHi^'j  Del  mont  —  G858  I^  lli.  c  le  —  6869  feir 

—  r)86()  fra    -  r)870  Lores  —  ()87'i  tant  saire  —  r)877  vos  répptr  —  r)87(j  le  t^mul  que  manque ^  relof^genl 

—  G886  0  manque  —  6888  vos  —  6891  jo  manque  —  r)89r)   Ixirw   —  08()8  B.  mit  renl.  gent  mtmqm  — 
Tmioo  fliir  ---  <)()oi  guererent  —  6<)0'î  Qui —  G9o.'{  ahaliie 


185 


LT.STOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


18fi 


Ou  il  aiouent  clievalchant 

G910  K  la  grant  honte  Deu  vendant. 

Li  Templer  icel  jor  guardercnl 
La  riere  guarde  ou  il  errèrent; 
Carii  vilains  dit  qui  guarniz 
Est  qu'il  ne  puet  estre  escharniz. 

6915  Mais  lors  por  nient  se  guarnirent, 
Car  onqnes  Turc  le  jor  ne  virent, 
N'onques  a  fosl  ne  s'apanirent 
Desque  al  flum  ou  noz  genz  jurent, 
Ou  il  les  quiderent  destraindre; 

O920  Mais  ne  lor  pot  a  riens  ateindre  : 
Assez  enchacerent  e  Irestrent, 
E  neporquant  tuit  se  relre«trent. 
E  nostre  gent  se  herbergerent 
Sor  le  flum  d'Arsur  e  logierent; 

O995  Et  al  matin  la  gent  menue. 
Qui  a  grant  paine  esteit  tenue, 
E  li  herbergeors'esmurent, 
Si  que  par  tens  a  JaiTe  furent; 
Et  JaiTe  siet  sor  la  marine; 

(>93o  Mais  la  cruel  gent  Sarazine 
L'aveient  ja  si  abatue 
E  si  laidee  e  si  fondue 
Que  Tost  dedenz  n'i  peust  estn», 
Ainz  se  logierent  a  senesire 

0935  En  une  bêle  olivereie. 

Et  long  conte  por  quei  fereie? 
Fol.  :>i  a.  Mais  que  treis  semaines  entières 

Trcspasserent  endemantieres 
Que  Fost  fud  la  d'Acre  venue  : 

39'io  Issi  iert  la  chose  avenue. 
fa-  Devant  Jafle  en  Toliveroie, 

En  la  bêle  jardineroie, 

■mef       te  ■' 

iikà  Jaffa.  La  ficha  Posl  Deu  ses  banieres; 

r)9/i5  La  furent  les  guaigneries; 


.  IV,  II». 


La  avcit  tanz  reisins  efies, 
Pomes  grenetes,  alemandes. 
Tôt  entor  a  plentë  si  grandes. 
Dont  li  arbre  esteient  fichié, 

r)9r)o  Tant  en  pernouenl  sanz  marchie 
Que  Tost  en  fud  mult  sostenue. 
Eht  vos  Teslorie  al  port  venue  : 
Les  nesaloient  e  veneient 
De  Jaffe  a  Acre  e  reveneienl, 

r)955  Qui  aportouent  lor  vitaiile, 

Dont  mult  pesot  a  la  chenaille. 
Et  Salahadins,qui  combatre 
Ne  s'osoit,  fesoit  ja  abalre 
Les  murs  e  les  turs  d'Escalone. 

(\ç)(]o  Un  jor,  endreit  hore  de  none, 
Eth  vos  la  novele  venue 
En  losl,  de povre  gent  meRuc 
Qui  par  nuit  s'en  iert  enfoie, 
Que  Escalone  erl 

injCyh  E  cerfoie  et  estonee, 
Epar  desuz  estançonee; 
Li  alquant  a  veir  le  teneient, 
Si  com  les  noveles  veneient, 
Li  uns  a  veir,  l'autre  a  mençonge 

('>97o  E  l'autre  a  eschar  et  a  songe, 
Que  Salabadins  tel  fieblesce 
Pensast  ja  por  nule  destresce 
Ne  por  nule  mise  d'avoir; 
Tant  que  l'en  envoia  savoir 

()975  Le  rei  Richarz  od  le  barnage 
En  une  fort  galee  a  nage 
Par  danz  Jeiïrei  de  Lenzeignan , 
Qui  por  Deu  soifri  meint  ahan , 
Epar  Willame  de  l'Estanc, 

(Î980  Un  chevalier  prodome  e  franc, 
E  altres  genz  od  els  alerent. 
Devant  la  citië  s'aresterent, 


llintrarium  tti- 
canii ,  IV,    xvil. 

Rirhard  pro- 
posa iPailer  au 
secours  «PAsra- 
lon  que  SaUiliii 
faisait    flëtruire. 


Toi.  5i  h. 


^^909  Q"il  —  ^>9**'  f;ranl  manque  —  691a  quil  e.  —  ^9^5  tores  —  ^9*7  saporciirenl  —  ^91 8  Dosqual  — 
69^9  se  reslronl  —  ^h)^7  herhergor  —  6988  n'  manque  —  698.5  oliueric  —  698^»  ferie  —  69^19  o.  si  f.  — 
6960  Quo  lanl  —  i\()fi^  roiionoienl  —  695^1  rcueicnl  —  6968  Nosoil  —  09()3  Que,  foiec  —  6966  ce  ver» 
manque  en  (entier  —  (J9OO  ilosiir  —  6968  tes  manque  —  6969  Luns  aiiers  —  6971  Qiio  ?.  [>ar  f.  —  6976  forte 


187 


L'ESTOIRK  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


188 


Fol.  5i  r. 


Tant  qu'il  sorent  certainement 
Quo  Ten  1  abateit  veirement. 

<)98.^  Arieres  vindrent,  sil  redislrent; 
R  li  baron  conseil  en  pristrent 
Saveir  mon  que  il  en  fereient 
E  savoir  s'il  la  rescorreient. 
Devant  Jafle  hors  de  la  vile 

r>()<)n  Fud  assemblée  la  concilie; 
La  ot  paroles  deparlie-^^ 
E  conseils  de  piusors  parties, 
Car  cbescon  hom  a  son  corage , 
Ne  tuit  ne  sunlpas  d'un  eage; 

<'>90'>  '^*  voldroit  Tuns  tel  chose  faire 
Ou  l'autre  avreit  trop  a  refaire. 
La  n'iert  mestiers  qu'il  descordassent, 
Mais  que  tuit  a  un  s'acordassent. 
Li  uns  roYoient  e  disoient 

70(.o  Que  vers  Jérusalem  iroient. 
E  li  autre  se  il  poussent 
Escaione  as  Turcs  escoussent, 
Car  la  feist  bon  receter. 
La  peussiez  oir  reler 

7^)05  Les  uns  as  autres  lor  devises 

Come  genz  de  si  granz  emprises. 
Lors  parla  li  reis  d'Engletere, 
Qui  toz  jorz  fud  nurri  en  guère , 
Al  duc  e  as  François  ensemble , 

7010  Si  lor  dist  :  trSeignors,  il  me  semble 
rrQue  nos  a voms  divers  corages; 
^  Ço  puet  torner  a  granz  damages. 
-Li  Turc  font  Escfaalone  abatre  : 
"Il  ne  s'osent  a  nos  combalre. 

701.')  '- Alons  Eschalone  rescorre; 
'•Tôt  li  mondes  i  devreil  corre, 
rE  vis  m'est  que  c'est  bien  a  faire.'- 
Que  vos  direie  d'altre  affaire? 
Fors  que  li  Franceis  respondirent, 

7020  Tels  qui  puis  mult  s'en  repentirent. 


709.5 


70.30 


70.3.5 


7o'io 


70  A  .5 


0.)0 


7c»,5.5 


Que  illoc  feseil  boeu  sejomer 

Por  Jaffe  faire  ratorner, 

E  que  ço  iert  li  plus  cort  veiages 

A  faire  lor  pèlerinages. 

Mais  multmalveis  conseil  donereni, 

Quant  a  Eschalone  ne  aierent; 

Car  se  lors  l'eussent  escosse 

La  terre  fust  tote  rescusse; 

Mais  tant  parlèrent  e  tant  distrent 

Que  Jaffe  a  rafermer  enpriatrent. 

Quant  celé  ovre  fud  craantee, 
Eth  vos  Tost  a  Jaffe  arestee; 
Une  taille  de  grant  affaire 
Coillirent  al  chastel  reffaire  : 
Les  fossez  firent  redrescier 
E  les  murs  entur  adrescier. 
Eth  vos  l'ost  illoc  a  sujor  ; 
Eth  vos  venir  de  jor  en  jor 
En  l'ost  le  pechië  e  l'ordure 
E  la  laidesce  e  la  luxure; 
Car  les  femmes  en  l'ost  revindrent, 
Qui  vilainement  se  contindrent. 
Es  nés  vcnoient  et  es  barges. 
Ha  !  Deu  merci  !  com  maies  targes, 
Com  mais  escuz  a  reconquerra 
L'eritage  Deu  e  sa  terre, 
E  com  vilment  cil  s'atornerent 
Qui  as  péchiez  se  retomerent 
E  |)erdirent  par  lor  oltrage 
A  faire  lor  peregrinage  ! 

Ce  fud  envers  fin  de  Setembre, 
E  ço  m'est  vis  c  ço  me  semble 
Que  Jaffe  iert  ja  auques  refaite; 
Eth  vos  l'ost  hors  des  jardins  traite. 
Tôt  environ  Seint  Abacuc 
La  se  tendirent  prince  e  duc; 
Mais  mult  ert  l'ost  apeticiee 
De  si  que  ele  iert  comenciee; 


Par  le  < 
det  Fr 
rarmée  n 
Jaflk. 


Le*  Croi 
lÎTi-mt   au 


Fol.»! 


Rie 
fbcrdi 
la  C 
7  M 


6987  S.  quil  en  freienl  —  6988  recelaient  —  6990  La  fud  —  6996  pas  manque  —  6999  reuoient  —  7001  fil 

—  700a  escussont —  7006  Com  —  7007  Loros  —  7009  duc  es  franc^^is  —  7018  d'  manque  —  7019  li 

—  7030  puis  manque  —  7097  Car  tores  —  705 1  enuers  en  fin  —  7<^''^7  ^t  —  7068  qnele 


189 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


190 


.  01  a. 


inum  Hi- 
i,  SXVIII. 

rd  Lomb*f 
e  cmbos- 

«M  MQtë 

uiibanK- 
■us. 


Car  a  Acre  s'en  retornouent, 

70G0  Et  es  tavernes  sujornouent. 
El  quant  li  reis  sot  ia  peresce 
Des  pèlerins  e  la  iaschesce, 
Par  le  rei  de  Jerusaiam 
Manda  a  Acre,  ço  vit  lam, 

70G5  As  pèlerins  qu'a  Tost  venissent 
E  que  a  Deu  covent  tenissent;    . 
Mais  pereçusement  i  vindrenl 
Por  le  rei  Guion,  ainz  se  tindrent 
Tant  que  li  reis  Richarz  meismes , 

7070  Quin  ot  grant  paine  puis  e  primes, 
Revint  a  Acre  e  sermona 
Tant  que  mult  gent  en  amena , 
E  fist  amener  les  reines 
E  mètre  en  Jaffe  e  lor  meschines, 

7070  Epor  les  genz  faire  venir 
Covint  Tost  illoques  tenir 
Près  de  deus  meis  ou  sis  semaines; 
Sin  eûmes  puis  des  granz  peines. 
Quant  ii  reis  ot  d'Acre  jetée 

7680  La  gent  et  a  Fosl  amenée, 
Mull  en  fud  durement  creue 
Assez  plus  qu'el  n'ert  descrcue  ; 
Mais  or  orez  en  quele  csprove, 
Que  cil  vit  qui  Tesloire  trove, 

7M«5  Fu  Fost  tote  a  icel  termine  : 
Tu  te  deust  estre  en  la  mine, 
Car  quant  ost  pert  son  citevenlaine 
En  estrange  terre  lointaine 
Si  com  est  celé  de  Sulie, 

7090  Tut  se  desvoie edesalie. 

Gel  di  por  le  rei  d'Engletere , 
Qu  iert  alez  Salahadin  querre 
E  guaitier  les  por  elssoprendre; 
Mais  malement  dut  Taguait  prendre, 

7095  Car  trop  escharie  maisnec 
Ot  li  rois  a  celé  foiee, 


Si  s'endormi  par  aventure  ; 

E  li  enemi  de  nature, 

Li  Sarazin,  qui  se  guaiterent, 

7100  Erent  près,  e  tant  Taprismerent 
Ou*a  paine  a  tens  fud  esveilliez. 
Seignors,  ne  vos  esmerveilliez 
Se  li  reis  se  leva  en  haste;  ' 
Car  uns  hom  sels  que  tant  gent  liasle 

7105  N'est  mie  del  lot  asseur. 
Mais  Deus  li  dona  tel  eur 
Qu'il  monta  e  ses  genz  montèrent , 
Cil  qu'i  en  ot,  mais  trop  poi  erent. 
E  quant  liTurc  montez  les  virent, 

7110  Li  reis  chaça  e  il  fuirent 

De  si  qu'a  lur  enbuschement. 
Cil  desbuchierent  dnrement 
E  voldrenl  le  rei  enbracier  ; 
Mais  il  mist  main  al  brant  d'acier, 

7115  Et  sist  en  Fauvel  a  celé  bore. 
Ja  li  veneient  li  Tnrc  sore, 
Cbescons  i  voloit  la  main  tendre  : 
Mais  nus  n'oseit  son  cop  atendre; 
E  puet  estre  que  pris  l'eussent, 

71:20  Si  a  celé  foiz  le  conensent, 

Quant  uns  chevaliers  prenz  leaus 
Dessuens,  Guillaumes  de  Preals, 
Parla,  e  dist:  trSarazineis, 
ffGe  sui  meke.Ji  Melee  c'est  reis. 

7125  E  li  Turc  chau  pas  le  saisirent, 
Dreit  a  lor  ost  mener  le  firent. 
La  fud  morz  Reinier  de  Marou , 
Qui  aveit  cuer  de  preu  baron, 
E  sis  nies  qui  ot  non  Gautier, 

7i3o  Qui  raveitpreu  cuer  et  entier, 
Alain  e  Lucas  de  l'EstaMe 
I  furent  mort^  qui  nest  pas  fable. 
Quant  la  novele  fud  seuc 


Fol.  5'î  6. 


7068  rei  manque  —  7071  acres  —  7080  meuec  —  7089  qnelc  —  7086  a  cd  —  7086  Tut  dut 
7087  ost  manque t  sa  cli.  —  7090  Tant —  709a  saiabadim  —  7109  si  ne  —  7104  Qût^manque,  chasde 
7 1 1 5  a  icelc  —  7119  pucelestrc  —  7 1 9 1  pr.  el  I.  —  71  «19  si 


1î)i 


L'KSTOIRE  DE  LA  GUEURE  SAINTE. 


19S 


7j3r>  Lio  et  joanl,  çodist  li  livre. 
E  nient  l'ud  de  Paconsivre, 
(^ar  de  granl  air  s  en  alouenl, 
E  Guiliamc  pris  en  menouent; 
Sin  quidoent  la  gent  haie 

71^10  Mener  le  rci,  mais  ne  plot  mie 
A  Dampnedeu,  qui  en  fud  guarde. 
Li  Turc  erenl  ja  en  Tenguarde , 
Qui  le  rei  mener  en  quiderenl, 
E  hoz  gcnz  a  Fosl  repuiricrent; 
Kol. .')  ?  <\  71^1")  Mais  de  Guiilaroe  orenl  grant  dole 

Li  reis  e  la  gent  de  losl  tote. 

Quant  Dampnedeus  par  sa  rrancliise 
Ot  esparnié  en  itel  guise 
Le  rei  qui  lost  deveit  conduire, 

715(1  Lores  prislreut  plusors  a  dire, 
Qui  a  coregeus  le  saveient 
E  qui  de  lui  peur  aveient  : 
rrSire,  por  Deu  merci,  ne  faites! 
rNe  vos  chaille  a  feire  tels  gudites: 

7ir»5  «Gardez  vos  e  cristientë. 
T  Bone  gent  avez  a  plenté  : 
ftN'alez  mes  sels  eu  tel  affaire. 
(T  Quant  vos  voidrez  as  Turs  forfaire, 
rr  Menez  od  vos  grant  compainie, 

71(10  ftQue  en  voz  mains  est  nostre  vie 
?f  Ou  nostre  mort,  s'il  vos  meschiel  : 
r  Que  quantli  chief  des  membres  cliiel, 
'^Li  membre  puis  mes  ne  soffisent, 
"T  Aiiiz  failleut  sempres  e  deGsent; 

7105  ffE  tost  avient  une  aventure.^ 
Assez  i  mistrent  paine  e  cure 
A  chastier  Ten  meint  prodome; 
E  il  toz  jorz ,  ço  est  la  some, 
Quant  il  veeit  les  assemblées, 

7170  Dont  mult  poi  li  erent  emblees, 


Assembloit  as  Turs  a  meschief. 
Et  en  veneit  si  bien  a  chief 
Qu'il  en  avcit  ou  mort  ou  pris 
E  que  suens  iert  li  graindre  pris; 

717.')  E  Deus  toz  jorz  des  greignors  presses 
Le  jetoit  hors  des  genz  engresses. 
Quant  lost  se  fud  aherneschiee 
A  grant  force  et  a  grant  hachiee, 
Eth  la  vos  semonse  e  banie 

7180  El  non  deu  filz  sainte  Marie, 
Que  al  case!  des  Plains  ireient, 
E  que  il  le  refermereient 
Por  le  chief  de  Tost  mielz  guarder. 
Lors  plut  al  rei  a  comander 

71 85  Que  a  Jaffe  tels  genz  rcmansissent 
Qui  la  vile  fermer  feissent, 
E  que  le  port  si  bien  gardassent 
Que  nu  les  genz  ne  s'en  alassent 
Fors  marcheant  por  la  vitaille. 

7190  Le  evesque  d'Ëvreues  sanz  faille, 
Li  coens  de  Chaalon  oveques, 
E  dan  Hue  Ribole  illoques 
Remistrent  por  icele  afaire: 
(al  firent  lesovraines  faire.  * 

719:)  Eth  vos  Tost  montée  e  meue; 
One  plus  bêle  ne  fud  vcue 
Me  plus  richement  atornee, 
xMais  petite  fud  lor  jornee. 
Entre  les  deus  casels  tendirent 

7-.)oo  Lor  pavillons  e  descendirent  ; 
Si  sai  de  veir  par  mulz  cnsaiiuz 
Que  vigilie  iert  de  la  toz  sainz 
Quant  illoques  nos  herberjames. 
E  Tost  des  Turs  esteit  a  Rames  : 

7jo5  La  nos  Grent  les  genz  haies 
Granz  enchalz  c  granz  envaies, 


Fvl.  59  </. 

lAiiCfMrtWM 
emrdi,  IV,  is 

Rirbard  en 
prend  k  ns 
elrucliun  du 
ml  de»  Pkift 

du  C8U1    Ml 

(oclolire-DO« 
bre  ii9<)- 


^  7135  liurcs.  Ce  ven  eit  écrit,  puû  exponclué  après  le  vers  716/1,  le  latin  de  ritioérairc  :  «cximie  laclatin. 
m  marque  la  place  —  7188  et  inenoucnl  —  71/13  Que  —  7166  retumci'cnt  —  7101  Que  —  71 55  cm- 
tienlcz  —  7166  Vos  auoz  boue  gent  a  plculez  —  71 58  vos  manque  —  7160  Quen,  aie  —  716a  Que  numqui 
—  7163  mes  mantjue  —  7168  cesl  —  7*77  ahernesrhies  —  7178  huchiees  —  718a  quil  —  7188  mîeli 
mtmque  —  718'!  Lores  —  71891a  manque —  7 1 90  deuercus  --  7^01  mull 


193 


L^ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


19i 


B0D8  quinxe  jon  ou  plus  tôt  plains 
Fud  entre  le  casel  des  Pleins 
Nostre  ost  e  le  casel  Maen, 
7tio  Que  eurent  abalu  li  paen. 
)  «•  Le  Maen  fist  le  rei  refaire 

Plus  fort  quil  n'esteit  al  desfaire, 
E  li  Templier  Tautre  refirent; 
Mais  li  Turc  granz  presses  nos  firent. 
7916  Un  jor  en  vint  vers  Tost  ensemble 
Bien  mil  a  cbeval,  ço  me  semble. 
Estes  vos  nostre  ost  estormie 
Come  formilliere  formie; 
Li  reîs  e  li  autre  montèrent, 
7tto  E  quant  qu'il  porentse  hasterent, 
E  li  Turc  tornerent  en  fuie  : 
Le  vif  diables  les  conduie  I 
Car  lor  cheval  si  tost  aloient. 
En  quelque  sens  qu'il  s'en  tomoient, 
oar-  7395  Que  li  reis  nés  pot  aconsivre, 
"^  One  tant  ne  soit  chacer  ne  siwre; 

E  quant  il  les  ot  tant  seuz 
Et  il  nés  ot  aconseuz, 
E  vit  Rames  a  descovert 
7930  E  Tost  del  faus  pople  colvert, 
Si  s'en  revint  en  Tost  ariere. 
Il  e  la  gent  hardie  e  fierc. 
iA>-  Al  sistejorde  la  grant  feste. 

De  la  loz  seinz  que  chescons  fesie, 
^  7935  Eissirent  de  Tost  en  forage 

in©- 

1).  Li  escuier  por  quere  herbage. 

A  els  guarder  en  cel  contemple 
Furent  li  preu  seignor  del  Temple. 
Li  forrier  qui  de  Tost  partirent 
7960  Par  la  contrée  s'espartirent. 
Qui  coveitouent  herbe  drue , 
Qui  meinte  feiz  lor  fud  vendue. 
Car  meinte  feiz  la  comparèrent 


XI. 

rRi- 


7965  Li  Templier  les  foriers  gardèrent; 

Si  com  il  mains  se  r^arderent.  Fol.  53  6. 

Estes  vos  lor  quatre  conreiz 

Des  Sarazins  od  granz  desreiz. 

Bien  furent  quatre  cent  esmé, 
7960  Tôt  a  cheval,  bien  acesmé, 

E  par  devers  Bombrac  saillirent 

Dreit  as  Templers,  sis  assaillirent 

E  enclostrent  a  la  reonde. 

Car  n'a  plus  viste  gent  el  monde; 
7955  Estreitement  e  cort  les  tiodrent, 

E  de  plusors  parties  vindrent. 

Quant  li  Templer  si  près  les  virent, 

Des  chevals  a  pië  descendirent; 

Si  firent  trop  granz  vasselages , 
7960  Les  vis  tornez  as  genz  salvages, 

E  les  dos  chescon  a  son  frère , 

Com  se  il  tuit  fussent  d'un  père. 

Li  Sarazin  les  empressèrent 

Tant  que  treis  morz  nos  i  laissèrent. 
7965  La  veissiez  granz  cops  doner, 

La  oissiez  belmes  soner 

E  de  Tacer  le  feu  saillir» 

Bien  deffendre  e  bien  assaillir. 

Li  Turc  les  quiderent  sorprendre  : 
7370  La  les  voleient  as  mains  prendre, 

Si  estroitement  les  tenoient, 

Quant  cil  qui  de  nostre  ost  issoient 

Vindrent  ferant  grant  aleure; 

Si  fud  dit  por  veritë  pure 
7975  Que  Andriu  de  Ghavignié  premiers, 

Sei  quinzime  de  chevaliers, 

Rescust  les  Templers  icele  bore; 

Grant  aleine  vint  as  Turs  sore, 

E  le  fist  la  mult  prousement 
7980  E  si  compaignon  ensement.  Fol.  53  c 

La  ot  il  trop  fiere  assemblée; 

Mais  ne  fud  mie  al  rei  emblée; 


7917  Eth- 
^tre  desreiz 
—  7977  icel  - 


-7318  Com  —  7399  Quit  —  7933  sût  —  79A5  li  forier  lef  templers  —  7967  Elh —  79A8od 

—  7351  E  manqué  —  7369  il  manquB  —  796A  nos  il  1.  —  7979  qui  mtmqui  —  7975  chauigni 

—  7378  De  grant  —  7379  la  immque —  7381  ii  nuMquê  —  738s  nel,  mie  manque 


i3 


IMrBtattlt    SAtlMALt. 


195 


L'ESTOIHE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


196 


Ainz  faiscit  icel  jor  refaire 
Casel  Maen  e  cel  a  flaire, 

7985  E  aveit  mande  por  deiis  contes. 

Qui  deivent  eslre  en  toz  bons  contes. 
De  Seint  Pol  e  de  Leicestre, 
Si  comanda  li  reis  a  estre 
Od  els  Guillame  de  Caieu, 

7390  Qui  bien  i  tint  le  jor  «on  leu; 
Si  i  fud  Otes  de  Transigniees, 
Cerent  genz  de  halles  lignées. 
Eth  vos  la  noise  e  la  criée 
Que  li  forier  orent  criée, 

7Q95  E  li  reis  as  contes  manda 
Ou  il  lor  dist  e  comanda 
Qu'alassent  les  Templiers  socure, 
E  il  ireit  as  armes  corre; 
Meintenant  as  armes  correit 

7300  Al  plus  tost  qu'il  onques  poreit. 
Et  il  erralment  chevalcherent; 
E  si  com  il  i  aprismerent , 
Elh  lor  saillir  d'un  fluminaire 
Bien  quatre  mil  de  gent  contraire, 

*73o5  Qui  en  deus  parz  se  départirent: 

Li  on  sor  les  Templiers  guenchirent, 
E  li  autre  as  barons  tornerent; 
Eli  baron  se  conreerent, 
E  enseml)le  en  conrei  se  tindrent. 

7810  Li  Turc  aprismerent  e  vindrent. 
Illoc  fist  H  coens  de  Saint  Pol 
Un  giu  parti  hardi  e  fol 
Al  preu  conte  de  Leicestre: 
Qu'il  assemblast  as  Turs  sor  destre 
Fol.  53  d.  7815  Et  il  tozjorz  le  guardereit. 

Ou  sis  cors  i  assemblereit 
E  il  de  lui  guarde  preist 
Ou  qu'il  alast  ne  qu'il  feist. 


Exploit  du 
comte  de  h^i- 
ceistre. 


E  li  coens  prist  le*  jeu  parti  : 

7830  Od  sa  maisniee  s'en  parti 
E  se  feri  grant  aleure 
Es  conreiz  de  la  gent  oscure, 
E  asembla  od  tel  ruistesce 
Que  loee  fud  sa  proesce, 

7895  E  que  deus  chevaliers  recust. 
Qui  rescus  furent  od  grant  cusl; 
Et  iert  li  estors  ja  pleniers 
Quant  li  reis  Richarz  li  gueriera 
Vint  e  vit  noz  genz  en  la  presse 

7880  De  la  paene  gent  engresse; 
E  n'aveit  od  lui  guerres  geni. 
Mais  sis  conreiz  iert  biaus  e  genz. 
Lors  lui  comencerent  a  dire 
Tels  i  en  aveit  :  «rPar  fei,  sire, 

7885  rVos  errez  a  mult  grant  meschief, 
trNe  ja  n'en  vendrez  vos  a  chief 
trDe  noz  genz  qui  la  sunt  rescore  ; 
ttE  sels  les  en  vient  mielz  encorre, 
crSanz  vos,  que  vos  i  encurgiez. 

78/10  (rPor  ço  est  bien  que  vos  retorgtez  ; 
(T  Car  si  a  vos  vos  mescheiet 
rrE  que  issi  fust  eseheiet, 
ttCristienté  sereit  tuée.  9) 
Li  reis  ot  la  culor  muée; 

78/15  Lors  dist  :  cr  Quant  jos  i  enveiai 
trE  que  d'aler  les  i  preiai, 
rrSe  il  i  moerent  donc  sanz  moi, 
crDonc  n-aie  ja  mes  non  de  reili» 
Es  costez  al  cheval  dona 

7850  E  le  frein  lui  abandons, 

E  fud  plus  joinz  que  uns  esperviers. 
Lors  se  feri  es  chevalers. 
Très  parmi  la  gent  sarasine, 
E  les  perça  de  tel  ravine 


Pol.  5^ 


7388  faûeienl  —  7385  par  —  7386  Quil  deuient  cslre  en  tuil  bien  cointes  —  7389  guillames  —  7991  tnui- 
sigees  —  7393  halz  —  7399  Ë  meinlenant,  coreil  —  7809  i  manque  —  780^  mile  —  7816  i  manque  — 
7836  Li  r.  —  7838  gnereiera  —  7833  Loret  —  7886  en  matique  —  7886  vos  manque  —  7338  Eaeeb  I. 

—  73At  a  mantjue  —  7845  Lores,  jo  les  i  —  73A6  que  répété  -—  78/17  Sil,  i  mimquê  —  78/18  nai  jo  ji 

—  7359  Lorcfl 


197 


L^ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


198 


r 


7355  Que  se  une  fokire  i  fust  passée 
Ne  fust  pas  plus  lor  genl  quassee, 
E  les  oltreii  e  destreigneit, 
E  rctomeit  e  raleigneit, 
E  trenchoit  mains  et  braz  e  testes  ; 

7360  E  il  fueient  corne  bestes, 
E  mult  en  i  ot  des  lassez 
E  de  mon  e  de  pris  assez; 
Ë  tant  longement  les  chacierent 
E  sivirent  e  enchaucerent 

7365  Que  tens  fud  de  la  retornee. 
Ensi  rala  celé  jornee. 
iii-  Endementen  qu'il  refermoient 

^^  ^'^  Les  deus  casels  qu'il  redresçoient, 

•àsdadia  E  li  reis  vit  Tost  esbaudie 

ne  de  j^  7370  Sor  Sarazius  que  Deus  maudie, 
""'  Lores  apela  ses  messages 

De  halz  homes  e  de  genz  sages, 
Sis  tramist  a  Salahadin 
Et  a  son  frerc  Saffadin , 

7375  E  fist  merveiUuses  demandes 
E  mult  riches,  nobles  e  grandes  : 
Ço  iert  le  riaume  de  Sulie, 
De  chief  en  cbief  si  com  il  lie, 
E  quant  qu'ai  règne  aparteneit 

7380  Quant  li  reis  mesiaus  le  teneit  ; 
E  de  Babiloine  treu 
Issi  com  il  Taveit  eu  ; 
Car  tôt  clamot  en  héritage 
Par  le  conquest  de  son  lignage. 
Fol.  54  6.  7385  Li  messagier  le  soldan  quistrent 
E  lor  message  mult  bien  dislrent; 
Et  il  lor.dist  que  nu  fereit, 
E  que  li  reis  le  sorquereit, 
E  li  manda  par  Saffadin 

7390  Son  frère,  un  sage  Sarazin, 
.   Qu'il  lui  larcit  tote  la  terre 


vUdi 


po«r 


De  Sulie  en  pais  e  sanz  guerre 
Des  le  flum  de  si  qu'a  la  mer. 
Que  il  n'i  poreit  riens  clamer; 

73j95  Mais  par  tel  covent  le  fereit 
Que  Eschaleoie  ne  refereit 
Ne  cristien  ne  Sarazin. 
Ço  li  manda  par  Saffadin; 
Mais  li  rois  ne  se  gardot  mie 

7/^00  De  la  fause  gent  enemie, 
Quil  detrioent  e  teneient 
Por  les  ohastels  qu'il  abateient, 
E  le  serveient  de  losenge  : 
Lor  acointement  mal  chief  preoge! 

7A05  Car  Saffadin  tant  le  déçut 
Que  li  reis  ses  presenz  recul. 
JMessagier  vindrent  e  alerent 
Qui  les  presenz  al  rei  portèrent , 
Dont  il  fud  biasmtf  durement 

7^10  Et  en  paria  on  malement. 

Mais  Saffadins  lui  fist  entendre 
Que  il  voleita  la  pais  tendre, 
Ë  li  reis  tost  la  pais  preist. 
Qui  henoree  lui  feist, 

7615  Por  eshaucier  noatre  créance, 
Ë  por  ço  que  ii  reis  de  France 
S'en  iert  aie,  dout  il  ol  dote. 
Qu'il  saveit  qu'il  ne  l'ameit  gule. 
Messagier  alerent  e  vindrent 

7/tao  E  le  rei  en  parole  tindrent. 
Tant  qu'il  aperçut  la  traine 
De  la  fause  geiit  Sarazine, 
Qui  trop  iert  fause  e  desleial  ; 
E  por  le  Crac  de  Mont  Real 

7/135  Que  il  voleit  qu'il  abatissenl 
E  que  issi  la  pais  feissent, 
E  por  ço  qu'il  nel  voldrent  bire 
Remist  la  pais  par  celé  affaire. 


Fol.  5^  c. 


Ruplurc    des 
n^ocia  lions. 


'  7358  raiceineil  —  7367  que  cil  —  7368  que  cil  —  7371  de  manqua  —  7375  E  ior  fist  —  7377  la  r.  — 
7380  messaus  —  7386  b.  li  d.  —  7387  lor  nioiifiie,  freil  —  7393  Dele  le  —  739i!i  Quil  —  7395  freil  — 
73cj6  refreit  —  7601  Quil  delrichent  —  7^o3  peaenidool  —  76 10  en  parolent  m.  —  7/11  a  Quil  —  7^  17  Siert 
—  7^35  voleient  —  7^27  ncl  manque  —  7628  celé  tuanquê 


i3. 


199 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


Les  Tares  re* 
commmceot  à 
harceler  les  Croi- 
sa. 


Itinenuium  Ri- 
ettré^  IV,  txxii. 

Marche  des 
Croises  sur  Ratn- 
Uh. 


Fol.  5/1  «t 


Saladin  se  re- 
lire au  Thoron 
des  Chevaliers. 


Quant  celé  pais  ne  pot  pas  estre, 

7^30  Elh  vos  venir  désire  e  senesire 

Les  Turs  en  i'ost  granz  enchauz  faire, 
Car  mult  nos  volsissent  forfaire; 
E  li  reis  a  els  assembloit, 
E  par  essample  a  cels  mustroit 

7/185  Qui  des  presenz  blasmé  Taveient 
De  quei  ii  Turc  le  deceveient 
Qu'il  ne  voleit  fors  liautë 
A  Deu  ne  a  la  cristienlë. 
Plusors  feiz  les  Turs  encontra 

T^tio  E  meinle  teste  en  Tost  muslra, 
Qu'il  en  aveit  meinte  copee, 
N'onques  Tost  ne  fud  destorbee 
Por  présent  que  il  receust; 
E  la  terre  reçusse  eust, 

7/165  Mais  teles  genz  Ten  destorbouent 
Qui  "sa  burse  sovent  robouent. 
Quant  li  casel  furent  arme 
Et  rad  rescié  e  rafermé 
E  li  reis  i  ot  mis  ses  guardes 

7/150  Qui  guaitouent  par  les  anguardes, 
Eth  vos  Tost  criée  e  semonse 
A  Tore  que  soleilz  resconse; 
K  Tendemain  quant  il  montèrent, 
Lor  gent  sagement  aroterent, 

7A55  Si  chevalcherent  dreit  a  Rames; 
E  si  tost  come  nos  errâmes, 
Et  Salahadins  sot  de  veir 
Que  de  Rames  Testuet  movoir, 
A  ço  qu'il  ne  s'osoit  combafre, 

7/160  Si  (ist  tote  la  vile  abatre, 
E  s'en  toma  fuiant  premiers 
Dreit  al  Thoron  as  Chevalers  : 
Mult  se  fioit  en  la  montaine. 
E  I'ost  erra  parmi  la  plaine. 

7/165  Sor  les  biaus  chevals  peuz  d'orge 
Vint  en  deus  jorz  entre  Seint  Jorge 


E  Rames;  la  s'alerent  tendre 
Pur  plus  gent  e  vitaille  atendre. 
La  reumes  granz  envaies 

7A70  Des  enuioses  genz  haies; 

Et  unes  granz  plues  qui  plurent 
Nos  delaierent  trop  e  nurent. 
Iceles  pluies  nos  chacerent 
Tant  que  nos  genz  se  herbergiereni 

7/175  Dedenz  Saint  Jorge  e  dedeni  Rame 
La  nos  tendimes  e  lojames, 
E  fumes  la  bien  sis  semaines 
A  grant  meschief  et  a  granz  paines. 
Issi  come  nus  estioms 

7/180  nioc  ou  nos  sujomioms» 
I  ot  une  fiere  assemblée, 
Qui  ne  dcit  pas  estre  obliee, 
Del  preu  conte  de  Leicestre 
Devers  Seint  Jorge  sor  senestre 

7/185  E  des  Turs  qui  illoc  esteieni. 
Qui  sovent  près  de  i'ost  veneient 
E  faiseient  mainte  envaie; 
E  li  coens  a  gent  escharie 
Eissi  del  ost  por  els  chader, 

7/190  Et  el  chief  ot  l'elme  d'ader; 
Trei  chevaler  devant  alerenti 
Qui  folement  se  desreerent. 
Si  poinstrent  as  Turcs  esleisrië; 
Mais  tut  trei  i  fussent  laissië, 

7/195  Quant  li  coens  leissa  cheval  oorre, 
Qui  nés  velt  pas  leisser  encorre« 
A  plus  de  cent  Turs  s'esleisaa, 
E  tant  i  poinst  qu'il  ne  cessa, 
Ainz  les  ot  oltre  un  flnm  pasaei^ 

7500  Mais  trop  i  deut  poindre  d'aaseï; 
Car  bien  quatre  cent  Tara  veneient 
Chanes  et  arcs  turqueis  teneient. 
Si  qu'entre  lui  et  I'ost  se  mistrent. 
E  de  lui  prendre  s'entremistrent. 


743/i  a  els  —  7/1.36  coi  —  7689  Plusorsors  —  76/10  mcintc  foiz  —  7AA3  quil  —  7666  eom  —  7465 
preiif  —  7/171  Eûmes  g.  —  7A76  ioames  —  768»  Que  —  7^85  de  t.  —  7/188  a  sa  g.  —  7^89  El 
qltgo  El  manque  —  7699  des  rongierent  —  769/^  furent  —  7500  deust 


SOI 


UESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


202 


7606  Ja  nos  ayeient  abatu 
E  trop  laidi  e  trop  batu 
Guarin  le  filz  (rerod  a  tere. 
La  veissiez  fiers  cops  de  guerre, 
Uloc  ou  dauz  Guarins  chai; 

7610  Al  conte  plus  i  meschai. 

Que  après  Guarin  Tabatirent, 
Sil  iaiderent  mult  e  bâtirent 
Dreu  de  Fonlenii  deu  poutrel 
E  après  Dreu  Robert  Neel 

75i5  Rebâtirent  il  en  poi  d'ore; 
E  tant  en  vint  au  conte  sore 
Turc  e  Persant  e  rcnoië, 
Qui  Tavoient  entr  els  noie, 
Qu*a  poine  le  porent  abatre. 

7690  La  veissiez  genz  bien  combatre; 
La  fu  Henris  le  Glz  Nicole 
Fol.  55  h.  Ovec  le  conte  a  dure  eschole, 

Si  i  fu  de  Noefbroc  Roberz  : 
Plus  dolz  franc  hom  ne  jut  en  berz 

75a5  Que  cil  fist,  si  ot  grant  faiture, 
E  tel  proesce  e  tel  nature 
Qu'il  descendi  en  la  grant  presse 
De  la  paene  gent  engresse, 
E  bailla  son  cheval  au  conte 

7530  Si  garda  sei  e  lui  de  honte; 
E  Raols  de  Sainte  Marie 
Estoit  au  conte  en  compaignie; 
E  si  ne  fust  del  Bois  Ernaus 
Il  li  eust  este  noaus  ; 

7535  Henri  de  Malloc  e  Guillames 
I  eurent  0  lui  sor  les  hiaumes; 
E  0  lui  fu  Saol  del  Bruel  ; 
Ne  onques  meis  ne  fu  veu  d'oel 
Si  grant  proece,  c^  me  semble, 

75A0  Come  cist  se  tindrent  ensemble 
Contre  tanz  Turs  com  la  avoit; 


Car  nul  conseil  nus  n'i  savoit 
Cornent  s'en  partireit  délivres  ; 
Si  fud  vertet,  ço  dit  li  livres, 

7565  Que  li  cuens  s'ierl  tant  combaluz 
E  tant  avoit  este  batuz 
E  si  compaignon  ensement 
Que  li  Turc  sanz  nul  tensemenl 
Les  avoient  près  d'afolez. 

7650  Les  cols  des  destriers  acolcz. 

Droit  al  Thoron  les  en  menoient, 
Quant  de  Tost  que  il  aprismoient 
Vindrent  ferant  grant  aleure 
Un  conroi  de  la  gent  seure. 

7555  La  iert  Ândreus  de  Chavignié, 
E  si  iert  Henris  de  Graié, 
E  si  i  iert  de  Preiaus  Pîeres, 
Bons  chevalers  e  bon  poigneres, 
E  meint  autre  home  renomé 

7560  Qui  ne  me  furent  pas  nomé. 
Chescon  d'iceis  en  son  venir 
Fist  son  Turc  a  terre  flatir. 
Mais  li  Turc  que  Pieres  feri , 
Cui  cors  e  aime  illoc  péri , 

7565  Esteit  si  fort  a  desmesure 

Que  Pieres  i  mist  paine  e  cure; 
Mais  onc  ne  s'en  sot  tant  pener 
Que  l'en  peust  vif  amener. 
Ne  il  ne  tut  cil  qui  o  lui  erent , 

7570  Qui  a  grant  paine  le  tuèrent. 

Oiez,  seignors,  estrange  juste, 
E  tant  est  proz  qui  issi  juste 
Com  mis  sires  Andreus  josta  I 
A  l'admirad  qu'il  encontra 

7575  Mist  sa  glaive  par  mi  le  cors. 
Si  que  le  fer  parut  dehors; 
E  l'amiralt  en  sa  venue 
Ot  sa  cane  si  droit  tenue 


Fol.  55  c. 


ADdré  de  Ch«- 
tigny     IM    an 


7511  Qiiapre9  —  7513  Quil  —  7593  Si  i  fud  de  noef  bure  henris  broc;  tin  rtMoi  indiqve  qu'il  faut  rem- 
placer bure,  exponetui,  par  broc  —  75t&  doli  répété  —  75^5  ot  manque  —  7537  E  ouec  —  7639  Si  gr.  doel 
—  n^h^  come  —  75^3  il  sen  partirent  —  7668  E  li  —  755f  qoil  —  7555  Ihauenaie  —  7556  heris  de 
^ie  —  7557  i  manque  —  7560  me  manque  -^  7561  Et  fist  —  756&  Ki  cors  —  7566  i  moii^  —  7^68  Quel 


203 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


304 


Qu  es  braz  Andreu  enlra  li  fers 

7680  Si  qu*il  li  brusa  en  travers, 
Si  feitement  lui  eschai  : 
Li  admiralz  a  tant  chai. 
La  veissiez  riche  rescosse, 
La  aveit  meinte  cane  escusse 

7585  E  maint  ^aive  par  hardement. 
As  premerains  fust  malement 
Se  cil  ne  fussent  avenu. 
La  veissiez  esta!  tenu 
Foi.  55  d.  Del  preu  conte  de  Leicestre, 

7590  Com  il  fereil  destre  e  senestre, 

Tant  que  dens  chevals  lui  ocistrent. 
La  furent  tels  qui  nos  redistrent 
C  onc  en  home  de  son  eage 
Ne  virent  greignur  vasselage 

7595  Ne  meillor  genz  senz  plus  encore 
Qu'il  ot  le  jor  a  lui  sucore; 
Car  de  Tost  tant  en  acurut 
Que  nus  des  noz  n'i  encnrut  : 

7600  Rescus  furent  e  repassèrent, 


Sis  desconfistrent  et  perchierent 
E  tant  longement  les  chacerent 
Que  par  dreit  ennui  les  guerpirent 
E  a  lor  tentes  revertirent. 
itnurm-imm  Ri-  7605       Salahadiu  sot  tot  dc  veir 

csra,  IV,  xxxiT.  c  !_•        1  A 

s.udiD  »,  re-  ^  *^"®^  *®  PO*  aparceveir 

tirekJërasDieoi.  Que  nostro  geut  s'aparillouent, 

E  cescon  jor  s  en  atornouent, 
D'aler  vers  la  seinte  citié. 

7610  Des  quil  li  fud  bien  enditë 
E  il  soit  nostre  ost  a  deus  liues 
Dont  il  n'aveil  mes  pais  ne  triuues, 
Si  nos  fist  del  Thoron  abaltre 
Turs  e  toreles  cinc  e  quatre, 

7615  E  s'en  ala,  ço  conta  lem, 
Fuiant  dreit  en  Jérusalem , 


BcUie 


E  nos  leisscrent  la  champaine 

Li  Turc,  e  pristrent  la  montaine. 
Quant  lost  des  Turs  se  fud  retraite 
7690  E  la  nostre  se  fud  atraite, 

Eth  vos  la  semonse  criée 

E  la  chose  si  atomee 

Qu'ai  pië  de  la  montaine  ireient  FoL 

E  que  illoc  se  herbergereient 
7635  E  alraireient  lor  vitaille. 

Eissi  le  firent  tut  a  taille. 

Lors  montèrent  e  chevalcherent 

E  lor  batailles  adrescierent. 

Eth  les  vos  devant  Bettenuble. 
7630  Lores  feseit  fireit  tens  e  nuble  n. 

E  granz  pluies  e  granz  tempest^  j^J 

Qui  mult  nos  descrurent  noi  bestes; 

Car  tant  plut  la  a  desmesure 

Qu'il  n'en  iert  nombre  ne  mesure. 
7635  Pluie  e  grésille  nos  batoient. 

Qui  noz  pavillons  abatoient, 

Si  que  tanz  chevals  i  perdîmes 

E  al  Noël  e  puis  e  primes, 

E  tant  bescuit  i  destemprot 
76i!io  Si  corne  l'eve  le  temprot, 

E  tanz  bacons  i  porrissouent 

Des  orages  quis  laidisseient, 

E  tanz  haubercs  i  roillerent 

Que  a  paine  desroillerent, 
76^5  E  tantes  robes  i  porrirent, 

E  tantes  genz  i  desnurirent 

Que  mult  iert  lor  cors  a  mesaiae; 

Mais  mult  ierent  lor  coers  a  aise 

De  l'espérance  qu'il  aveient 
7650  Que  al  sépulcre  aler  deveienL 

Jérusalem  tant  coveitouent 

Que  tuit  lor  vitaille  aportoaent 

A  plein  por  le  siège  tenir. 

Lors  veissiez  en  l'ost  venir 


7585  mainte —  7693  Conques  —  7596  Une  —  7608  E  et yyr  manqumt  —  76H  m»  manqué  —  7614  ?.  ••  fi. 
et  que —  7695  atraieient  —  7616  Et  iasi,  tuit —  7637  Lores  —  76s 9  les mangiie  —  7686  no6 a. — 76^0 oom 
1ère  —  76/ii  perissouenC  —  76/18  lor  core  —  7660  Quai  —  7659  tuit  manque  —  7664  Loret 


205 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE 


306 


Fol.  56  6. 

Les  Tores  at- 
pesl  lef  m»- 
a  qui  M  foi- 
est  porter  k 
milem. 


ifvurariwm  K- 

W^,   IV,   XHT. 

L^  Croisa  te 
f^preol  k  en- 
•*rà  Jénnaleiii. 


Fol.  56  r. 


7655  Tote  la  gent  od  grant  leesce, 
Entalentee  de  proesce  ; 
E  cil  qui  malade  giseient 
A  Jaflk  e  la  ou  il  esteient 
Se  feseient  mettre  en  litere, 

7660  Od  ferme  pensée  e  entière,     * 
E  porter  en  Tost  a  granz  presse»  : 
La  veneîent  les  genz  engresses 
Al  chemin  ou  cil  les  portouenl 
Qui  en  portant  les  comfortouent, 

7665  Sis  guaitouent  et  assailleient 
E  tuouent  e  ocieient. 
Cil  esteient  verai  martyr 
Qu'il  conyeneit  issi  partir 
De  cest  siede  en  bone  créance 

7670  Et  en  issi  ferme  espérance 
Com  luit  aveient,  fol  e  sage, 
De  faire  illoc  pèlerinage. 

A  Tost  iert  la  joie  pleniere 
De  grant  fin  e  de  grant  manière. 

7675  La  veissiez  haubercs  roller, 
E  as  genc  les  testes  croUer 
E  dire  :  «rDeus,  la  vostre  aie! 
rrDame  virgine  sainte  Marie  1 
trDeus,  vos  peussoms  BO6  aurer 

7680  frE  gracier  e  mercier! 

(rOr  verrom  nus  yostre  sépulcre  !?) 
La  n*aveit  home  iré  ne  mucre 
Ne  en  ira  ne  en  trtsteee  : 
Par  tôt  aveit  joie  e  leesce, 

7685  E  par  tut  tuit  s'esjoisseient; 
Par  tôt  comunement  diseienl  : 
ffDeus,  ore  alom  nos  droite  voie; 
<rLa  vostre  grâce  nos  avoie.^ 
Mais  icil  malt  poi  r^sguardoient 

7690  Qui  le  veiage  detrioient  : 
>"Ço  estient  li  sage  Templier 


E  li  prodome  Hospitalier 
E  li  Polain,  cil  de  la  terre, 
j   Qui  distrent  al  rei  d'Engletere 

7695  A  lor  avis  por  veritë 
Que  qui  asejast  la  citié 
De  Jérusalem  a  celé  hore, 
Salahadins  lor  correit  sure 
Quant  noz  genz  al  siège  sereient, 

7700  E  li  Turc  al  chemin  vendreient 
Entre  la  mer  et  la  montaine, 
Si  alast  malement  Tovraine, 
Si  en  itel  point  la  chenaille 
Tolsissent  a  Tost  la  vitaille; 

7705  Mais  or  seit  qu'il  ne  la  tolsissent 
E  que  lores  mal  n'i  feissenl 
E  seit  que  la  citië  fust  prise , 
Si  fust  perilluse  Temi^rise, 
Si  tost  avant  ne  la  publasent 

7710  De  tel  gent  que  i  demorasent; 
Car  lot  errant  e  fol  e  sage 
Feissent  lor  pèlerinage 
E  rallassent  en  lor  pais, 
La  ou  chescons  iert  estais, 

7715  Si  refustla  terre  perdue. 

Quant  la  gent  se  fust  espandue. 

Tierjor  d'an  noef,  la  matinée, 
Esteit  une  ovre  destinée  : 
Sarazins,  les  laides  genz  brunes, 

7730  Sor  le  casel  des  Plains  as  dunes 
Le  seir  devant  ja  se  bûchèrent, 
E  tote  nuit  Jlloc  guaiterent 
Desqu  al  malin  que  il  saillirent 
Al  chemin  de  Tost,  ou  il  virent 

7735  Deus  s^anz  qui  i  trespasserent. 

Tant  que  lut  furent  detrenchië; 
Mais  Deus  volt  qu'il  fusent  vengië. 


Les  chrétiens 
de  Syrie  'îis  - 
smdeot  d^ssdé- 
ger  Jérusalem . 


Ilmêrmrmm  Ai- 
eârii,  IV,  xxizi. 

Richard  met 
en  fuite  uLe 
troupe  Je  Sarra- 
sins (3  janvier 
tigs). 


Fol.  56  d. 


7666  E  enUleoie  —  7660  pense  —  7664  descomfortouent  —  7666  ocûeienl —  7668  Qui  —  7673  i.  lo  p. 
—  7681  Ore  —  768»  hom  —  7686  leece  —  7686  tuit  marupie,  setioraeioni  —  7688  La  manque,  renuoie  — 
7689  te»guardoient  —  7698  corett  —  7701  ouelraine  —  7708  tel  — 7706  ore  —  771 1  U premier  e  manqué  — 
7716  86  fitan^  —  7717  de  n.  —  7719  les  manqué  —  7740  dûmes  —  7788  quil  —  7718  quis  f. 


207 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


208 


Car  le  rei  d'Ëngleterc  aveit, 

7780  Qui  cet  enbuchement  saveit, 
Por  ço  al  cascl  des  Plains  geu , 
Qu'il  ot  Taguait  des  Turs  seu. 
La  tu  Jefrei  de  Lencignan. 
Ço  iert  li  lier  jor  de  novel  an 

7735  Quilloc  Icisserent  cheval  cure, 
Les  serjanz  quidouenl  rescore; 
Mais  mort  e  detrenchié  esteient, 
E  li  Turc,  qui  bien  conisseient 
Le  rei  Richart  e  sa  baniere 

77/10  E  sa  vistesce  e  sa  manière, 
Les  destomez  d'illoc  partirent, 
Bien  quatre  vinz,  qui  s'en  partirent 
E  vers  Mirabel  s*en  alerent; 
E  li  autre  adonc  s'en  tornerenL 

77A5  La  en  ot  set  que  morz  que  pris, 
E  li  reis  son  cheval  de  pris 
Ala  des  espérons  ferant 
A  quatre  vint  Turs  qui  fuiant 
S'en  alouent  vers  Mirabel, 

7760  E  sist  icel  jor  sor  Fauvel, 

Quil  por  tôt  de  si  grant  ravine 
Qu'il  ateinst  la  gent  sarazine 
Si  que  einz  que  ses  genz  venissent 
Ne  c'onques  a  lui  se  tenissent 

7755  En  ot  il  ja  dous  destroissiez 
E  des  chevals  morz  trébuchiez; 
E  si  l'enchalz  fust  mielz  seu 
Plus  en  i  eust  retenu; 
E  neporquant  vint  en  retindrent 
Fol.  57  a.  7760  Quemorzquepris,pui8enrevindrent. 

Après  la  feste  la  Tiffaine, 
Li  hait  home  e  li  chevetaine 
A  un  concile  s'asemblerent, 
E  as  sages  genz  demandèrent 

7765  Qui  de  la  terre  né  esteient 


idMfMmiiii  ni- 
aarii,  V,  i. 

CoDieil  de 
gaerre  où  l^on 
décide  de  renon- 
cer au  n^  de 
Jëraniem  et  de 
reterer  In  mars 
d'AfcaloD  (  i3 
janvier  119*). 


Saver  mon  que  il  loereient 

De  aler  ariere  ou  avant. 

Cil  respondirent  tut  devant^ 

Et  rOspital  et  cil  del  Temple, 
7770  Que,  a  lor  los,  en  cel  contemple 

Vers  Jérusalem  pas  n'ireient, 

Mais  Escalone  fermereient. 

Se  il  les  en  voleient  creire, 

Por  guarder  le  passage  e  l'eire 
7775  As  Sarazins  qui  trespassouent. 

Qui  de  Babiloine  aportouent 

La  vitaille  en  Jérusalem; 

E  por  ço  lors  esgarda  Tem 

Qu'a  Escalone  returreient 
7780  E  que  il  la  refermereienl. 

Quant  la  novele  fud  seue, 

Descoverte  e  aconseue, 

Que  l'ost  retornereit  ariere 

(Mais  n'est  mie  dit  en  deriere), 
7785  Estes  vos  l'ost  tant  desheiliee, 

Qui  de  errer  iert  si  enhaitiee, 

Que  onques  puis  que  Deos  fiât  le  siede 

Ne  fud  veue  si  tenicle 

Ne  si  mate  ne  si  pensive 
7790  Ne  si  troble  ne  si  baive 

Ne  si  plaine  de  grant  tristesce; 

Car  nient  fud  de  la  leesce  p^,  5^ 

Que  devant  ço  eu  aveient, 

Quant  al  sépulcre  aler  devaient, 
7795  Envers  la  tristesce  qu'il  eurent; 

Si  i  ot  tels  qui  pas  ne  s'en  turent, 

Einz  maldiseient  celé  atente 

E  que  onques  virent  tendu  tente; 

Mais  s'il  seussent  la  destresce 
7800  Ë  le  torment  e  la  fieblesce 

Qui  en  Jérusalem  esteit 

Des  Turs ,  a  qui  trop  mesesteit 


MmI 


7731  des  baini  —  7783  des  Turs  manque —  7766  s^ea  manque  —  7765  en  manque,  mort  —  77^8  turc 

—  775/i  ne  I.  —  7760  mort  —  7761  de  la  t.  —  7764  E  manque,  sageni  —  7766  qui!  —  7768  Gfl  loi  r. 

—  7773  Sil,  voleit  —  7778  lors  manque  —  7779  recureieni  —  7780  quil  —  7786  Eht  ym  —.7788  Ne 
fu  gent  V.  s.  —  7790  Iroblee  —  779a  la  manque  —  7793  en  —  779A  Car  —  7798  E  manque 


309 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


210 


itrnr, 
t^i,  V.  u. 

Eut    déf«TO- 


De  la  ueirqui  ert  es  montaines, 
Qui  ocieit  les  granz  compaiaes , 

7806  Lor  chevals  e  lor  autres  bestes, 
Qui  fu  si  veirs  com  vos  ci  estes, 
Qui  seust  bien  lor  mesestances 
De  lor  cors  e  de  lor  sustances .  .  . 
Que  ii  Turc  a  icele  emprise 

7810  Fussent  mort  e  la  citié  prise. 
K'  Ço  fnd  a  feste  saint  Hiiaire 

Que  tant  ot  Tost  eu  contraire 
E  débet  por  la  retomee. 
Cbescons  maldiseit  la  jornee 

7815  Qu'il  viveit  e  qu'il  esteit  nez, 
Quant  d'iloc  s'en  ieil  retomez. 
Etb  vos  gent  trop  desconseiilee 
E  trop  penee  e  travaillée. 
De  lor  vitailles  reporter 

7890  Ne  se  saveient  comforter; 
Car  totes  lor  chevatcbeures 
Esteient  de  si  granz  freidures 
E  des  pluies  afebloiees 
^oL  r>7  c.  E  des  fièvres  trop  empoirees; 

78a5  E  quant  la  vitaille  cbargouent 
E  li  somier  le  tai  marcbouent, 
A  genoilz  a  terre  cbeeient, 
E  li  borne  se  maudiseient 
E  comandouent  a  diables. 

783o  Seignors,  nel  tenez  mie  a  fables 
Que  onques  bone  gent  eslite     ^ 
Veist  Tem  mes  si  descomfitc. 
E  des  malades  genz  menues. 
Qui  d'enfertë  furent  tenues 

7835  E  trop  erent  mesaaisees, 
I  eust  mult  cel  jor  Icissces , 
Si  ne  fust  le  rei  de  Engletere, 
Qui  fist  par  tôt  cercbier  e  quere 


Tant  que  toz  les  en  aporlerent. 

7860  Tuit  d'iloc  bataille  tornerent. 
A  Rames  fumes  la  jornee 
Le  jor  de  celé  retomee. 

A  Rames  fud  Tost  desheitiee, 
Dont  j'ai  la  parole  traitiee, 

78^5  E  par  le  deshet  que  il  aveient, 
Quegreinur  aver  ne  poeient, 
Fud  tote  Tost  desaloiee 
Lores  a  icelc  foiee; 
Car  mult  des  François  s'en  partirent 

785o  Par  mal  talent  e  s'espartirent  : 
Li  un  a  Jaffe  s'en  alerent 
E  une  pièce  i  sujomerent; 
E  li  alquant  a  Acre  ariere. 
Ou  la  vitaille  n'iert  pas  cbiere; 

7855  E  ii  autre  a  Sur  al  marcbis. 
Qui  mult  les  en  aveit  requis; 
Li  autre  od  le  duc  de  Borgoine 
Droit  de  coruz  e  de  vergoine 
Tornerent  au  casel  des  Plains; 

7860  Si  i  furent  buit  jorz  tôt  plains. 
E  li  reis  e  lost  coresciee, 
Qui  mult  esteit  apeliciee, 
E  li  quens  Henri  de  Cbampaine 
Sis  nies,  e  cil  de  sa  compaine, 

7865  A  Ibelin  dreit  s'en  alerent; 
Mais  si  laides  yoies  iroverent 
Al  seir  quant  vint  al  herbergier 
Qu'il  n'aveit  en  els  que  gregier. 
A  Ibelin  jut  l'ost  pensive 

7870  E  plus  mate  que  rien  que  vive; 
Et  al  main  ainz  soleil  levant 
S'en  issirent  cil  qui  devant 
Aloent  por  les  places  prendre. 
Lor  pavillons  firent  destendi-e  ' 


IttHtrarium  Fù- 
earii,  V,  m. 

Les  Croisée  rc- 
lourDcnt  k  RaiD- 
lab. 


Les   Français 
déwrient     Par- 
niée. 


Fol.  57  d. 


Mardie  fki 
Croises  de  Bam- 
lah  à  Ibelin  rt 
tl'lbelin  à  A»ca- 
lon  (so  janTÏcr 
1191). 


7808  C  mon^tM.  //  manque  probablement  ici  plutieun  veri —  781 1  a  ia  f.  —  7^17  gent  manque  —  7830  Ne 
M  saaeeint  —  7833  granl  —  783/i  fieres,  trop  manque  —  7896  ic  tai  manque  —  7897  Que  a  g.  — 
7833  Que  o.  de  b.  —  7885  mesaisees  —  7886  icel  —  7889  Tanz  —  7861  E  fumes  a  rames  —  78^6  E  par 
ie  he  quil  eurent  —  78^6  Qui,  poient  —  78Â7  clesauoiee  —  7854  Od  la  vitaille  meint  pas  —  786A  e  manque 
—  7867  Quai  s.  —  787!  al  malin  —  787^  estendre 

16 


IHPtlMCaiK    «ATlOSiir. 


:211 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


21S 


787;)  E  chevalcha  l'ust  tôle  armée; 
Mais  ja  meis  de  pior  jornec 
iNlert  conté  parjioine  vivant, 
Cur  nient  fud  del  jor  devant 
Avers  celui  que  il  errèrent; 

7880  Car  tanz  mais  pas  i  trespasserenl 
Que  lor  vitailles  i  perdirent 
Par  les  somiers  qui  lor  chairent. 
Issi  velt  Deus,  quis  esprova 
E  qui  a  force  lor  prova 

7885  Que  qui  por  lui  n'est  a  mesaise 
Ne  deit  pas  o  lui  estre  a  aise. 
Estes  les  vos  a  Eschalone 
Fol.  58  fl.  Venir  entre  midi  e  none; 

Si  la  troverent  si  fondue 

7890  R  tresbuchiee  e  abatue, 

Quant  sor  Tabateiz  montèrent, 
Qu'a  si  grant  martire  i  entrèrent. 
Au  fort  tens  qu'il  orent  le  jor, 
Que  il  n'i  ot  nul  de  sejor 

7895  N'eust  talent  e  volenté; 

Mais  puis  en  eurent  a  plcnté. 
ftmerarhm  W-  Escalouc  sict  sor  la  mer 

De  Grèce,  issi  Toi  nomer, 
N'onques  ne  vi  a  ma  devise 
jAiitirr  ii9«).    7900  iNesune  citie  mieiz  assise, 

S'il  i  eust  port  on  entrée. 
Car  trop  i  ad  bone  contrée; 
Mais  la  mer  est  si  turmentusc 
lUoc  endrcit  e  perilluse 

7905  Que  nuls  vcisseis  n'i  puet  durer; 
E  por  ço  covint  endurer 
La  a  noz  genz  tel  mesestance 
Que  onqucs  uit  jorz  sanz  dolance 
Par  mer  n'i  pot  veissel  venir 

7910  De  vitaille  a  Fost  sustenir, 

Ne  onques  de  rien  n'i  gusterent 


etirdi  V,  IT. 

L'iirtn^cîioaflrrc 
(le  la  «liselle   h 


Fors  de  ço  qu  il  i  a|>orterent 
Por  Torage  e  por  le  tempeste; 
Ne  par  tcre  ne  hom  ne  beste 

791.^  Ne  s'i  osouent  esmovoir, 
Ne  ne  se  |>oeient  movoir 
Por  la  cruel  gent  saraxine, 
Tant  que  de  Jaffe  la  marine 
Par  un  bel  tens  lor  yint  vitalle* 

7930  Puis  recomença  la  bataille 

E  la  tempeste  en  mer  si  grande 
Que  trop  encherri  la  yiande; 
Car  les  barges  e  les  gualees 
Qui  por  yiande  erent  alees 

7995  Furent  en<:el  tens  depeciees, 
E  li  plus  de  lor  genz  neiees; 
E  totes  noz  bêles  enekes 
Furent  depeciees  ovecques. 
Que  li  reis  i  fist  puis  deffaire, 

7930  Dont  il  fist  ses  longes  nés  faire 
En  quei  il  se  quida  venir; 
Mais  ço  ne  pot  pas  avenir. 

Salahadins  par  ses  espiea 
Sot  bien  que  noi  genz  départies 

793.5  S'esteient  a  val  la  marine. 
Lors  dist  a  sa  gent  sarasine 
Que  en  lor  contrées  s'en  alaoent 
E  desque  a  may  sejomassent^, 
Qu'il  refust  tens  de  josteier. 

7960  Cil  ne  se  firent  pas  proier, 
Ainz  s'en  alerent  volentera. 
Qui  aveient  quatre  ans  entienP 
A  Dieschief  en  Sulie  este, 
E  mcint  chat  soffert  en  l'eetë 

7965  E  en  l'yvem  meinte  freidnre^ 
Qui  point  n'afiert  a  lor  nature. 
Que  maint  en  i  ot  fait  remaindre. 
La  oisiez  tanz  Turs  complaindre, 


Fc 


em 


7876  M.  jameis  jor  roesaigûee  —  7877  Neo  sera  c.  —  7879  qiiil  —  7880  tant,  i  manque  —  788S  qui  1» 
e.  —  7887  Eht  —  7888  V.  contre  en.  —  789A  Quil  —  7897  la  manque  —  7900  Nestmc  manque  —  7901  i  ' 
manque  —  791 1  Nonques  —  79»  A  1ère  home  ne  —  791 5  csmoîr  —  7917  crnolc  —  7926  des  g.  —  7919  i 
manque  —  7936  Lores  —  7398  desqoa 


213 


L  ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


2iA 


Tanz  admiralz,  tanz  Ture  puissanz^ 

7960  E  tanz  Cordins  e  tanz  Persanz, 
E  tanz  genz  de  luintaines  terres, 
Fol.  58  c.  Qui  tantes  foiz  en  tantes  guerres 

Aveient  esté  sanz  rien  prendre, 
Qu'au  partir  veîssiez  esprendre 

7955  De  la  grant  perte  e  del  damage 
Dont  ckescon  plaigneit  son  iinage, 
Qu'il  aveit  perdu  en  Sulie! 
Ne  onques  mais  rien  si  baie 
Ne  fud  corne  Salahadins 

7960  Ne  tant  blasmë  des  Sarazins 
Por  les  Tors  qu'il  leissa  encure 
Sanz  délivrer  e  sanz  suciire 
Devant  Acre,  ou  tant  en  périrent. 
A  tant  les  ostz  s'en  départirent 

7965  Fors  la  gent  ai  Soldan  demaine, 
Qui  esteient  de  son  demaine. 
Ço  fud  entur  ia  Chandelor 
Que  de  nostre  ost  e  de  ia  ior 
Se  furent  les  genz  départies 

7970  Plusors  sens  e  plusors  parties. 
LK)rs  manda  li  reis  as  Franceis,  ^ 
Qui  erent  départi  ainceis, 
Qu'a  Eseaione  s'en  venissent, 
E  que  tôt  a  un  se  tenis'sent 

7975  E  que  a  Ior  conseil  fust  veu 
E  conseille  e  porveu 
Saver  mon  quel  part  tomereient 
E  coment  il  se  contendreient; 
Car  mielz  sereit  qu'ensemble  aiascnt 

7980  Que  par  pechië  se  descordassent. 
E  il  mandèrent  qu'il  vendreienl 
Et  que  ovecques  lui  tendreient 
Desque  la  Pascbe  sulement, 
^o\,  r)8  d.  E  par  itel  devisement 

7986  Que  se  lores  aler  volsisent 
E  que  en  conseil  le  preissent, 


ItiMtranmm  Ai* 
«r*,V,ti. 

Li<i  fnaçêi» 
csoKatcBt  à  re- 
••«ir  k  ramée 


Que  son  conduit  Ior  baillereit 
E  que  conduire  les  fereit 
A  aler  s'en  lot  asseur 

7990  Par  terre  a  Acre  ou  a  Sur; 
E  li  reis  le  Ior  otreia 
E  (ist  quant  que  chescons  proia. 
Eht  vos  l'ost  a  un  repairee 
E  ia  joie  mult  esclairee. 

7995       Quant  l'ost  fud  issi  faitcment 
Ensemble  a  un  acordemenl 
A  Eseaione  rasemblee, 
Qui  puis  en  fud  desasemblee, 
Tuit  ensemble  illoc  sejornerent.  . 

8000  Lors  porvirent  e  atomerent 
Que  la  citië  refermereienl; 
Mais  li  baron  si  povTe  esteienl 
Qui  illoc  eurent  sojomë 
Puis  qu'il  esteient  retomé 

8oo5  Que  de  plusors  iert  la  poverle 
Si  seue  e  si  descoverte 
Que  rien  vivant  ne  la  seust 
Que  trop  grant  pitië  n'en  eust. 
Neporquant  tut  a  l'ovre  alerenl, 

8010  E  le  fondement  delurerent 

D'one  porte,  on  Ireslul  ovrouent, 
E  si  que  il  s'esmerveillouent 
Del  grant  espleit  qifë  il  fesouenl. 
De  main  a  main  s'entretenouent 

801 5  Les  pieres  li  bon  chevalier, 
Li  serjant  e  li  escuier  : 
Tuit  i  ovrouent  sanz  délai; 
Tant  i  venoient  clerc  et  lai 
Que  en  brief  tens  mult  esplelerent; 

8090  E  donc  après  si  enveierent 
Por  les  maçons  a  l'ovre  faire 
Qui  grant  tens  costa  a  parfaire. 

En  Eseaione  aveit  eues. 
Qui  totes  esteient  fundues, 


AeUvilé  dé- 
ployée k  la  recon- 
strucUoD  d^As- 
calon  (  féf  rier 
ti9«). 


Fol.  59. 


7966  espndre  —  7968  Nonques  —  7968  en  manqué  —  7971  Lorw  —  797Û  ten  —  7987  le  —  7988  que 
mtmque,  freil  -^  7998  desembiee  —  8000  Lore*  —  8oo3  Cil  qui  —  8008  graot  wumque  —  8019  qnil  — 
Moi  3  quil  —  8018  e  clerc  —  8019  Tant  queen  —  8ot9  Que,  lens  m<iii^ 


t/i. 


Si  5 


LESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


S16 


802 5  Cinquante  Ireis  turs  forz  e  bêles, 
Esire  les  petites  roeles; 
Sin  i  ol  cinc  par  nom  nomees 
Après  ço  qu'els  furent  fundees; 
Si  oiez  primes  quis  fondèrent, 

8o3o  Issi  corne  cil  nos  contèrent 
Qui  saveient  la  veritd. 
Que  al  viel  tens  d'antiquité 
Régna  uns  hom,  Cham  iert  nomez, 
Haut  e  puissant  e  renomez  : 

8o35  Filz  Noë  fu  qui  Tarche  ot  faite, 
Par  qui  tote  rien  fud  retraite; 
E  icil  Cham  si  engendra, 
Ço  puet  dire  quil  retendra, 
Trente  deus  filz  qui  puis  régnèrent 

8oâo  E  qui  Escalone  fondèrent; 
E  ici!  filz  si  enveierent 
Par  les  terres  qu'il  justiserent. 
Par  les  citiez  e  par  les  burs, 
Quere  aie  a  feire  les  turs; 

8o65  Si  dient  que  les  dameiseles 
Fol.  59  6.  Fondèrent  la  tur  des  puceles; 

E  la  tur  des  escuz  fondèrent 
Li  chevalier  qui  al  tens  erent; 
La  tur  del  sanc  des  Ibrfetures 

8o5o  Firent  e  des  entrepresures; 
E  la  tur  des admiralz- firent 
Li  admirail  e  establirent; 
E  Bedoin  firent  la  lur. 
Forte,  riche,  de  grant  valor. 

8o55  Celés  cinc  turs  tels  nons  aveient 
E  li  ditortanten  saveient; 
Ë  1  autre  gent  solonc  qu'il  erent 
Les  autres  ovraines  fondèrent. 
Quant  li  maçon  furent  venu, 

8060  A  Tovre  furent  retenu. 
Li  reis  entra  premerement 


A  efforz  entérinement, 

E  li  haut  home  meintenant; 

Chescon  en  prist  son  avenant. 
8o65  La  ou  les  autres  i  faillouent, 

Ou  li  baron  rien  ne  feissouent, 

E  li  reis  ovrer  i  feseit 

E  comenceit  e  parfeseit; 

E  quant  li  baron  se  laschouent 
8070  D'ovrer  e  il  n'i  porveouent, 

E  li  reis  lor  feseit  porter 

Del  suen  a  cls  racomforter; 

E  tant  i  mist  e  despendi, 

Issi  come  l'en  entendi, 
8075  Que  des  treis  parz  de  la  cilié 

Fud  le  cust  del  suen  aquitë. 

Par  le  rei  fud  la  citié  faite, 

E  par  lui  refud  el  deffaite 

Des  Franceis  qui  se  deffiiiliirent, 
8080  Quant  il  e  sa  prod  gent  saillirent 

A  Jaffe  en  mer  de  sa  gualee  : 

La  fud  sa  proesce  esprovee. 

Qu'en  liu  e  en  tens  mosterons, 

E  si  bien  nos  i  proverons 
8o85  Que  ja  solonc  nostre  mémoire 

D'on  mot  n'en  mentira  Testoire, 

Si  me  doinst  Dampnedeu  sa  glmre. 
Oiez  une  estrange  aventure 
8090  Qui  bien  deit  estre  en  escripture, 

E  dreite  miracle  sanz  dote. 

Salahadins  en  une  rote 

A  Babiloine  en  enveeit, 

Que  sa  maisnee  i  comveiet, 
8095  Mil  de  noz  cheitifs  crisliens; 

Frans  i  aveit  e  Suliens. 

Ja  esteient  jusqu'al  Daron; 

Mais  Dampnedeu  qui  Lazaron 


et 

ti 
D 

M 

ti 


8028  queles  —  8o3o  com  —  8odt  ie  y.  —  8o33  uns  b.  ciim  iert  —  8o5o  Furent,  cntreprcsturM  — 
8o53  E  H  bedoin  —  8o55  Iccls  —  8o65  i  mangue  —  8066  ne  manque  —  8069  que  —  80^0  Derrer,  D*i  wuÊmqm 
—  807^1  com  —  8078  cle  —  8080  E  quant,  prode  —  808 i!i  poruorons  —  8o85  Que  la  s.  —  8086  maii- 
loira  —  8091  dreil  —  8093  en  manque —  8096  aueieni 


217 


i-r  • 


LESTOIRE  DE  LA  GUKiUiE  SAINTE. 


218 


Uesuscita  de«inorl  a  vie 

8100  Lor  (isl  la  sueurs  et  aie; 
Or  si  oiez  en  quel  manière. 
Le  rei  Bicharz  od  sa  genl  fiere 
Un  jor,  entre  midi  e  none, 
S'en  esteit  eissu  d*Escaione 

8io5  E  aloii  le  Daron  veoir 

Que  il  prist  puis  par  asseoir, 
Ou  li  Sarazin  recetouent 
Qui  de  Babiloine  aportouenl 
En  Jérusalem  la  vitaille 

8110  En  pcis,  sanz  noise  e  sanz  bataille, 
Fui.  5()  ti.  Ainçois  que  le  Daron  fust  pris. 

La  esteient  cil  entrepris^ 
Que  Ten  meooit  morir  a  honle. 
Que  fereie  vos  allre  conte? 

811 5  Si  corn  li  reisveneit  illoques 
E  sa  hardie  gent  oveques, 
E  li  Turc  sa  baniere  virent, 
Pour  eurent,  si  s'esbairenL 
Tels  i  ot  el  chastel  se  mistrent, 

8190  E  li  cheitifs  dehors  remistrcnt. 
Que  cil  n'osouent  retenir 
Quant  il  virent  le  rei  venir, 
Einz  se  mistrent  en  une  église; 
La  ert  la  povre  gent  remise  : 

819.5  La  vint  li  reis,  sis  délivra, 
E  les  Turs  toz  a  mort  livra, 
Gels  qu'il  pot  entrechevalchier;     ^ 
Si  i  guaina  meint  cheval  fier, 
E  i  prist  le  jor  vint  Turs  vifs 

8i3o  Estre  cels  qui  furent  ocis; 
E  si  Deus  de  la  sue  main 
Ne  Teust  mené,  lendemain 
Fussent  li  cheitif  conveié 
E  en  Babiloine  enveié, 

81 35  E  en  cheitivisons  munissent, 
Se  li  reis  e  sa  gent  ne  fusenL 


Quant  Dampnedeus  ot  delivi'e<' 
Sa  gent  qui  ert  a  mort  livrée, 
Dont  il  ont  mis  le  rei  Richard 

81^10  En  Teschange  saint-lioonard, 
Qui  les  prisons  ot  déliez. 
Dont  Deus  esteit  tant  graciez. 
Lors  manda  li  rois  al  marchis , 
Qui  plusors  feiz  fen  ot  requis, 

8 1/1 5  Que  a  Eschalone  venist 

E  que  son  liu  en  Tost  tenist, 
E  qu'il  deservist  sa  partie 
Del  règne,  qui  lui  fud  partie 
Epar  devant  le  rei  de  France 

8i5o  Par  serement  e  par  fiance. 
Issi  faitement4ui  manda; 
E  li  marchis  lui  remanda 
Qu'en  l'ost  son  pié  n'en  portercit 
Devant  ço  qu'a  lui  parlereit. 

8i55  E  puis  parlèrent  il  ensenble 
Al  casel  Ymbert,  ço  me  semble. 

Illoc  ou  noz  genz  surjomouent 
A  Eschalone  qu'il  fermouent, 
Ou  il  esteient  par  escholes, 

81C0  Illoc  surstrent  unes  paroles 
Del  rei  e  del  duc  dé  Burgoine, 
Qui  mult  empeira  la  besoine. 
Li  Franceis  al  duc  demandouent 
Les  soudées  e  l'en  hastouent, 

8165  E  il  nés  aveit  dont  paier; 
E  por  ço  ala  a  essaier 
AI  rei  d'Engletere  e  saveir 
S'encor  lui  presiast  plus  avoir 
Qu'il  n'aveit  as  Franceis  preste 

8170  Desur  lor  part  d'Acre  en  l'esté. 
Mais  li  reis  ne  volt  plus  prest  faire; 
E  por  ceste  e  por  autre  affaire 
I  ot  asaei  paroles  dites 
Qui  ne  sunt  mie  ici  escriles. 


Fol.  5o  a. 

ftiiur«rmm  Rt- 
enrdi,  V,  tiii. 

Richard  tomme 
le  marquis  ilc 
Monlferrat  de 
venir  &  Asealon. 
Colni-ci  r»»fuse. 


lUnerarium  lil- 
earU,  V,  it. 

Le  doc  ()«> 
BooT'gogne  aban- 
donne Richard  et 
te  relire  II  Acre. 


8101  Ore  —  8io5  veoier  —  8106  Quil,  asseioier —  811/1  Eqaefreie  —  819^  erent  —  81 95  toi  moM/fue 

—  8199  '  niatupêê  —  8i39  amené  —  8i35  E  qaen  cheilifMns  —  8i38  iiore  —  8169  E  dont  —  81 63  Lorea 

—  8ir>o  serment  —  81 58  refermouent  —  8168  Seneore  —  8171  ne  li  voU  —  8171  icesie 


û\\) 


L'ESTOIUE  DB  LA  GUEHRE  SAINTE. 


3i0 


ItmertariuiH  Hi- 
cardi  ,  V.  x. 

Querclleà  Ane 
entre  les  l*i^>al)» 
parUmnH  de  Gui 
cl  1«  GtfDois 
partisiiitdcCou-' 
rad.  Henri  de 
Bourgogne  sVn- 
fuit  à  Tyr. 


Fol.  <)o  h.  «i7r)  Tant  que  le  duc  parli  d'iloquen 

Par  mal  e  des  Franceis  ovcqucs, 
E  vindrcnt  a  Acre  bâtant. 
Illoc  troverent  com bâtant 
Les  Geneveis  od  cels  de  Fisc; 

Ki^o  (iar  li  Pisan  par  lor  franchise 
Od  ic  rei  Guion  se  tenoient 
E  li  Genevois  s'apendoienl 
Vers  le  marchis  por  sa  fiance , 
Qu'il  iert  jurez  le  rei  de  France. 

^i'^f)  Eth  vos  a  Acre  grant  barale, 
E  la  vile  en  malveis  estale, 
E  gent  oscire  e  genl  luer, 
E  grant  noise  faire  e  huer; 
E  tant  que  li  Franceis  s'ai^niereuf 

Kl 90  E  le  duc  e  cil  qui  ta  orent. 
E  quant  cil  de  Pise^  virent, 
Hcirdiement se  défendirent, 
E  firent  al  duc  de  Burgoine 
Tote  honte  e  lote  vergoine; 

Si(j5  Car  son  cheval  soz  lui  ocistreut, 
E  mal  grë  suen  a  pië  le  misirenl. 
Puis  cururent  les  portes  clore, 
Car  n'i  voleient  gent  enclore 
Dont  la  ritië  eiist  damage; 

H  juo  Car  ii  Genevois  par  message 
Eurent  al  marchis  enditc^ 
Qu  il  li  rendreienl  In  citid. 
Icil  i  vint  od  ses  gualees 
E  od  ses  gens  totes  armées ,  . 

"i^of)  E  quida  la  citié  sorprendre. 
Lors  veissiez  les  Pisanz  prendre 
Int.  (Ml  r  As  mangoneaus  e  us  perieres, 

Come  hardies  genz  e  Gères. 
Treis  jorz  issi  s'entrassaierent. 

sjio  Tant  que  li  Çisan  enveierent 
Ratant  por  le  rei  d'Engleten*. 
Icil  iert  ja  venu  par  terre 

8 1 8:1  seu  pendoient  —  8 1 98  a  duc  —  8  jo3  Cil 
—  831a  Cil  —  8a  16  Lon.'s  —  8317  la  nuiiiqw 
w\  (jii.  —  8a38  Lores  —  Haûo  qiiil  --  8:î/ii  sil 


A  Ccsairc,  com  jo  enquis, 
Por  aler  poirier  au  marchis; 

8:115  Car  li  niessagier  rencontrèrent. 
Lors  chevalcherent  e  errèrent, 
E  vint  a  Acre  en  la  nuit  noire; 
E  quant  ii  marchis  sot  la  veire. 
Que  ii  reis  iert  d'iloc  venuz, 

H»ao  Onques  n'i  pot  estre  tenuz, 
Einz  s*en  ala  bon  eire  •  Sur, 
Qui  fud  a  cinc  liuues  d'Arsur  ; 
E  le  duc  de  Burgoine  anceis 
I  ert  aie  0  ses  Franceis. 

8:2a3  E  quant  li  reis  ot  ço  seu 
A  Acre,  ou  il  aveit  geu, 
Par  matin  monta  el  demain 
E  prist  tote  la  chose  en  main , 
E  fud  la  noise  départie 

Ha'Ao  En  pais  de  chescone  partie, 
E  les  Geneveis  acorda 
As  Pisans,  ese  recorda 
Que  a  grant  mal  peust  torner, 
S'il  n'alast  la  pais  atorner. 

8235       Qu.int  cil  de  Gienve  e  cil  de  Pise 
Furent  arordd  en  tel  guise 
Come  genz  ou  tanz  jorz  oui  guerre. 
Lors  manda  li  reis  d'EngIcterc 
Al  marchis  que  il  assemblassent 

8ij/i(»  Al  casel  Ymberl  e  parlassent, 
Saveir  mon  se  il  ja  peussent 
Faire  tant  qu'a  un  acort  fussent; 
E  vindrent  la  e  assemblèrent, 
E  longemenl  illoc  parlèrent 

8a /i 5  Li  reis  e  le  marchis  ensemble; 

Mais  ne  monta  rien,  ço  me  semble; 
Car  li  marchis  tôt  maintenant 
Failli  al  rei  de  covenant, 
Que  par  le  duc  des  Bni^ignons, 

8a 5o  Que  par  ses  autres  compaignons» 

830G  Lotos  —  8107  inangneaus —  8909  sciilraassaierent 

8a33  Qua  —  8:î35  |;icuc  —  8a36  ilel  -   8387  Coni. 

8q'iî  un  cort  —  8a&9  de  b.  —  8â5o  Et  p.,  ses  manqw 


Rwliiird*! 
Il  quefdlr. 


,  V,  u. 

^^  —  ^^ 

UMUfRMl 

Riekard    H 
Conrad  an  c 
iMlierl. 

Fol.  60  d. 


Ut  nVrt 


ii\ 


>i6 


I  a. 


m- 

4i,  ?.  in. 
ReamiT  enap 

(97   BMTS). 


(m  M  dclàda 


Qui  de  la  pais  le  desveierent, 
Tant  que  tôle  la  depcscierent. 
E  quant  li  reis  soit  cel  aflaîre 

8i55  Si  li  fud  jugié  par  dreiture 
Que  por  ço  que  il  n  aveit  cure 
De  sa  partie  desservir 
Del  riaume,  ne  Deu  servir, 
Que  a  ses  rentes  se  prendreient 

8'jCo  E  que  il  Ten  deffaillereient. 
E  de  ço  vint  la  descordance 
Del  rci  e  des  barons  de  France 
E  del  marchis,  qui  les  Franceis 
Alrest  e  lores  e  anceis, 

8ar)5  E  Irobla  si  tôle  la  terre 

Que  onques  le  rei  d'Engleterc, 
Al  mien  avis  et  al  mien  esme, 
De  près  de  Ireis  para  de  quaresme 

8970  Fud  qu  il  n  osa  Acre  leissier. 

Tierc  jor  devant  Pache  flurie 
S'esrout  de  la  bachelerie 
De  Jaffe  dreit  a  Mirabel; 
Si  fud  a  plusors  genx  mu  II  bel 

8975  D'une  grant  proie  qu'il  troverent, 
Car  il  trestote  len  menèrent, 
E  trente  Sarazins  ocistrent, 
E  cinquante  toz  vis  en  prÎBtrenl, 
E  a  Jafie  a  tôt  s'en  revindrent; 

8980  Demie  la  proie  en  retindrent. 
Dont  a  peine  sorent  le  conte, 
E  la  m^tië  en  fud  al  conte. 
La  part  as  serj^nz  fud  vendue, 
Si  come  j'ai  Tovre  entendue, 

8985  Plus  de  quatorze  cenz  besanz 
Sarazineiz,  fora  e  pesanz. 
Le  samedi  après  sanz  dote 


LESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


m 


Ueissirent  d'Escalono  en  rote 
Tuit  icil  qui  chevals  aveienl 

8290  Por  une  proie  qu'il  saveienl, 
Qui  lor  ot  esté  espiee. 
Bien  le  Grenl  celé  fiée, 
Car  cil  redistrentqui  i  furent 
Que  desqne  en  Ëgipte  cururenl, 

8J195  Oltre  lo  Daron  quatre  liuues; 
Si  prislrent  e  chevals  e  iuues; 
E  ôi  i  prislrent  bien  sanz  faille 
Set  cenz  que  berbiz  que  almaille, 
E  asnes  vint  e  chameilz  trente; 

8.3oo  Si  prislrent  a  la  meie  entente 
Plus  de  noef  vinz  gcnz  mescreanz, 
Que  homes,  que  femmes,  que  emfanz; 
E  s'en  vindrent  o  lie  chîere 
Tôt  dreit  a  Escalone  ariere. 

83o5      Vos  oistes  la  deseordee 
Que  jo  aveie  ore  recordee 
Des  barona  qui  se  descorderent  : 
Le  duc  e  le  marchis  mandèrent 
De  Sur  a  Bscalone  «  l'ost^ 

83 10  A  trestoz  les  François,  que  U)st 
A  Sur  al  marchia  s*en  venissent, 
E  que  tuit  a  lui  se  tenissent, 
Si  qu'il  fud  d'els  toz  a  fiance 
Sor  i'omage  le  rei  de  France. 

83 1 5  E  lors  fud  l'ovre  descoverte 
E  bien  seue  e  bien  aperte 
E  le  barat  e  la  traine 
E  la  cruel  mortel  haine 
Dont  li  faus  marchis  aiorna, 

83qo  Quant  li  reis  franceis  retoma, 
Le  serement  qu'il  s'entrefirent. 
Par  quei  li  Franceis  s'en  partirent 
A  cel  point  del  rei  d'Engletere, 
Qui  tendeit  al  p#eu  de  la  terre 


Fol.  61  b. 

liimêrmimm  Ri- 
etrdi,  V,  iiii. 

Heori  el  Con- 
rad rappellent  h 
t^r  looB  les 
Français  restas  a 
Asralon. 


Safii  le  mtmque  —  8a55  fud  manque  —  8966  quil  —  8t6i  B  de  cuit  ia  —  8166  Goaques  —  8176  il 
manque  --  8980  Demi  —  8986  com  —  8989  cil  —  899s  icde  —  8996  k  premitt  e  moii^  —  8997  E  et 
i  manquent  —  83oi  me^creant  —  83o9  erofant  —  83oA  Tôt  dreit  11111117110  —  83 11  se  v.  —  83 1 5  loreii  — 
8390  Que  quant  —  839i  s'  manque  —  839&  Qui  enlendeit 


ii'i 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


2S& 


Itintiaiium  lli- 
cmrdi,  V,  ht. 

Hidiard  ton- 
bent  au  départ 
dm  Français  (3i 
mars  1 19s)* 


Fol.  \\\  r. 


8335  Issi  fom  vos  ui  oroz  rciraire, 
S'il  vous  plousi  un  poi  airaire. 
A  (in  m;irs(li  de  In  semaine 
Pcnuse,  que  gent  onl  tant  peine, 
Revint  li  osl  al  rei  arierc, 

833o  Corecicz  od  pensive  chierc; 
Ë  le  mccresdi  le  requistrent 
Li  baron  de  France  e  li  dislrenf 
Qu'il  lor  aparillast  conduit, 
Issi  coni  il  le  lor  ot  dit 

.s3:{r>  E  coni  il  ot  en  covenant; 
E  il  otreia  meintenant 
E  bailla  de  ses  Peitevins 
E  de  Mansels  e  de  Angevins 
E  des  barons  de  Normendie; 

f^Vin  E  il  sis  cors  par  compainic 
Les  conveia  lot  en  plurant, 
E  preia  les  en  deniorant 
Qu'a  son  cust  o  lui  remansissent 
E  que  ensemble  se  lenissent; 

><365  Mais  onques  ne  voldrent  remaindre. 
E  quant  a  rien  ne  pot  ataindre 
E  il  n'oirent  sa  proierc, 
Si  vint  a  Escalone  ariere, 
E  manda  a  Acre  bâtant 

K3r>o  Isnelement  \\é  en  estant 

A  ses  jostises  qu'il  gardassent 
Que  François  ne  se  herberjassenl. 

Ço  fud  le  joesdi  absolu 
Que  pectiie  ot  issi  tolu 
voqucson  armée  8355  A  Tosl  Ic  bamagc  dc  Francc. 

Eth  vos  Tost  en  fiere  dotance, 
Pensive  e  morne  e  desheitiee , 
E  durement  apeticiee 
De  plus  de  set  cent  chevaliers, 

k3()o  Preissiez  d  armes,  preuz  e  legiers. 
Qui  n'osoient  plus  demorer. 


Ilinerariwn  Hi- 
r.rrrfi,   V,  x¥. 

Saladio    coii- 


La  veissiez  tant  gent  plorer 
Por  la  descordee  qu'il  eurent! 
E  quant  li  Sarazin  la  seurent, 

83G5  Saciez  cjue  uiult  s'en  esjoirenl; 
Si  contèrent  cil  qui  Toirent 
Que  Salahadins  comanda 
Ses  briefs  a  faire  e  si  manda 
A  toz  les  admiralz  des  terres 

8370  Dont  il  iert  sires  par  ses  gueres 
Qu'il  revenissent  en  Sulic, 
Car  Franc  ne  conqueroient  mie, 
Ainz  i  avoit  tel  discordee, 
Qui  bien  li  estoit  recordee, 

8375  Que  par  son  sen  e  son  avoir 
Qu'il  quidoit  Sur  e  Acre  avoir. 
E  cil  son  comandement  tindrent, 
Mais  [lereçosement  i  vindrent; 
Neporquant  tant  en  rasembla 

838o  Que  trop  furent,  ço  me  sembla. 
A  grant  Pasches  le  samedi, 
Si  dit  cil  après  oui  jel  di , 
Ert  li  eoltans  Salahadins 


8385  En  Jérusalem  al  sépulcre  : 

La  aveit  meint  cristien  mucre, 
Chetif  en  fers  c  en  lions, 
De  latins  e  de  Suliens, 
Qui  tendrement  illoc  plorouenl 

83^0  Et  en  plorant  a  Deu  priouent 
Merci  por  la  cristienté, 
Qui  iert  chaete  en  orfenté. 
Si  corn  il  alouent  plorant' 
A  dolces  lermes  en  orant , 

8395  Eth  vos  le  feu  espiritel , 
Tôt  autresi  e  tôt  itel 
Com  il  soit  venir  en  la  lampe  : 
Si  com  oil  d'ome  monte  et  rampe. 


Fol.( 


/iMfl 


Mil 
Sunl- 
(4  avr 


8395  vos  manqve  —  83a6  plust  —  8898  tant  de  p.  —  8899  iost  —  8339  h  manque  —  S33&  le  mampu 
—  83/i  1  tôt  manque  —  8359  Quant  li  fraiiceis  — '■  83Gâ  tante  —  8363  dcscordc  —  8360  ce  verg  ent  répM  àtur 
fois  —  8367  les  0.  —  837 û  Que  —  8375  seu  c  par  son  —  8876  quidoit  soz  a  acre  —  8879  E  neporqnaot 
—  8382  a.  que        8887  Geutilz  —  8388  El.—  889'^  E  d.  -^  8895  feus  cspirilels  —  8896  îteb 


3â5 


UESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


336 


Virent  luit,  joefne  e  ancien, 
8'ioo  R  Sarazin  e  cristien, 

Que  ia  lampe  s'iert  alumee 
Si  com  eie  iert  acustumee. 
Eth  V08  li  poeples  esmeuz, 
Qlianl  tel  miracle  fud  veuz. 
Ko!.  6-ifl.  H^oU  Li  Sarazin  s^esmerveillerent, 

E  si  disoienl  e  quiderent 
Oue  ço  fud  par  enchantement 
Que  el  alumasl  si  faitement. 
Salahadins  volt  Tovre  ataindre, 
Hft  io  Si  comanda  la  lampe  estaindre, 
E  ses  genz  eralment  Testainstrent; 
Mais  lor  pense  a  rien  nateinstrent. 


861 


Hj'Urd  ce  - 
'**»«  l«  féU  de 
^*1o^  C  avril 
«l'd'i. 


N.  65  6. 


Que  la  lampe  ne  ralumasl; 
E  il  dist  qu'el  refust  estainte  : 
E  Dampnedeus  volt  que  atainte 
Fust  illoques  la  vérité 
En  son  non  et  en  sa  citië, 
Si  la  raluma  tierce  foiz. 

8690  Quant  Salahadins  vit  les  foiz 
Des  cristiens  e  la  créance, 
Lors  dist  por  voir  e  sanz  dotance 
A  ses  Turs  que  par  tens  morroit 
Ou  que  la  citié  ne  seroit 

8695  Pas  seue  quite  longement; 
^    E  il  ne  vesqui  solement 
Al  mien  avis  e  al  mien  esme 
Après  fors  desqu'a  un  quaresme. 
A  granz  Pasches,  la  feste  chiere, 

863o  Tint  li  rois  cort  grant  e  pleniere 
Por  ses  genz  de  Tosl  conforter, 
E  fist  ses  pavillons  porter 
Dehors  Escalone  e  estendre.  . . 
La  viande  que  il  volt  prendre. 

8^1.35  La  curt  ne  dura  fors  un  jor. 


E  lendemain  sanz  plus  sejor 
Refist  li  rois  as  murs  ovrer, 
E  les  ovraines  recovrer 
Que  li  Franceis  eurent  gerpies 

86/10  Quant  lor  gent  s'ent  erent  parties. 
Il  refist  tôt  del  suen  refaire 
Quant  qu  il  i  avoit  a  parfaire. 
*  Vos  m  oistes  ore  conter, 
A  qui  il  plot  a  escoter, 

8665  Del  convoi  de  sa  baronie 
De  Peitou  e  de  Normendie, 
D'Anjo,  del  Maine,  qui  ainçois 
Orent  convoie  les  Franceis 
Desqu'a  Acre  e  puis  s  en  revindrcnt; 

865o  Si  orez  coment  se  contindrent 
Li  Franceis  a  Sur  ou  il  furent , 
Une  pièce  qu'il  i  esturent, 
E  quels  bien  vint  de  lor  affaire, 
E  que  il  i  alerent  faire, 

8655  Quels  besoines,  quels  chevalchecs 
Et  quels  paines  e  quels  haschees 
Por  amor  Deu  il  i  BoiFrirent. 
Ço  contèrent  cil  qui  le  virent 
Qu'il  fesoient  par  nuit  les  tresches, 

8660  E  portoient  les  garlandesches 
De  flors  en  lor  chiës  e  corones; 
E  seoient  devant  les  tones , 
E  bevoient  desqu  a  matines; 
E  puis  par  les  foies  meschines 

8665  Revenoient  les  huis  brisant, 
E  foies  paroles  disant, 
E  jurant  les  granz  sairemeûz; 
Tels  estoit  lor  repairemenz. 
Ge  ne  di  pas  que  tuit  feissent 

8670  Tel  vilainie  ne  deissent, 
Car  li  prodome  qui  la  furent 
E  qui  sorlor  pois  i  resturent, 


Itincrarimm  Ui- 
citrdi ,  V,  xviii. 

Achèvenit'iil 
iPAcr»*  aux  frai"- 
(Jii  mi. 


lÙHcrarium  lii- 
cardif  V,  « 

DciMuckes  U'f> 
Français  retour- 
n»*s  &  Tvr, 


Ko!.  G'i  c. 


8601  s'  manqué  —  8606  E  manque  —  8&16  nalumast  —  861 5  quele  —  8691  e  de  la  —  8899  Lore«  — 
8àt3  ces,  moroit  —  8/Î95  quile  manque  —  8633  il  doit  manquer  ici  quatre  vere  —  8636  quil  —  8661  Et  il 
r.  —  866À  quil  —  865o  r.  il  i*i  c.  —  8653  bien  i  vint  —  8655  besoins  —  8/157  i  manque  —  8658  quii 
—  8666  E  muli  foies —  8670  Teie,  ne  répété —  8&79  i  manque 


i5 


IHP'.lUtlie     RtTtO^âlC. 


227 


L'ESTOIRË  DR  LA  GUERRE  SAINTE. 


338 


ÊhHetartum  Ui- 
rardi,  V,  \xi. 


'Ii>    la    romlujli- 

e^\[^'  fil»»  anriens 
hf'ros  ilfK  rlMi)- 
■;oii!!  (Il»  g<>«li'. 


A  qui  |iesot  de  la  descorde 

Ou  Deus  ne  voleit  mètre  acorde, 

^'175  Cil  en  erent  Irop  corescié; 
Mais  li  malvais  esleicié 
Esloienl  de  ia  descordance 
Des  barons  et  del  roi  de  France. 
Quant  li  vaillant  reisCharlemaines, 

KAKo  Qui  tant  couquist  terres  et  règnes, 
Ala  osteier  en  Espaine 
Ou  il  mena  la  preuz  coinpaine 
Qui  fu  vendue  al  roi  Marsiile 
Par  Gueuelon,  dont  Franco  avile; 

8^85  E  quant  il  refu  en  Sesoigne, 
Ou  il  fist  meinte  grant  besoigno 
E  il  desconfist  Guiteciin 
E  mist  les  Senes  a  déclin 
Par  la  force  de  maint  prodome; 

Hfii)o  E  quant  il  mena  lost  par  Rome, 
Quant  Agolant  par  grant  emprise 
Fa  par  mer  «rive  a  Rise 
En  Calabre  la  riche  terre; 
E  quand  Sulie  a  Tautre  guerre 

8/190  Refu  perdue  e  reconquisse 
E  Antioche  fud  assise; 
E  es  granz  ostz  e  es  batailles 
Sor  les  Turcs  et  sor  les  cbenailles 
Dont  tant  i  ot  mortes  et  mates, 

85oo  La  n  avoit  estrifs  ne  barates, 
Lores  a  cel  tens  ne  aneeis, 
Qui  erent  Norman  ou  Franceis, 
Qui  Peitevin  ne  ki  Breton, 
Qui  Mansel  ne  ki  Burgoinon , 

sSof)  Ne  ki  Flamenc  ne  qui  Engleis; 
Illoc  n'aveit  point  de  jangleis, 
Ne  point  ne  s'entreramponouent; 
Maift  tote  honor  en  reportouent , 
Si  erent  tuit  apelé  Franc 


Fol.  fia  d. 


8510  E  brun  e  bai  e  sor  e  blanc; 

E  par  pechié  quant  descordouenl, 
E  li  prince  les  racordooent» 
E  erent  tuit  a  une  acorde. 
Si  que  poi  i  doroit  descorde, 

851.')  E  ausi  deussent  cisi  faire 
E  si  guverner  lor  afiaire 
Que  hom  i  peust  essampie  prendi'e, 
Non  pas  li  uns  Tautre  entreprendre. 
Après  Pasches  au  dreit  passage 

85'jo  Vint  al  rei  Richart  un  mesai^ 
Dont  Tost  fud  en  grant  deaconforL 
Ço  iert  li  priors  de  Hereford, 
Une  prioré  d'Engletere, 
Qui  en  Sulie  Tala  quere; 

859  5  Si  lui  aporta  tels  noveles 

Qui  n  esteicnt  bones  ne  beiea, 
E  briefs  seelez  e  escris 
Qui  a  grant  besoing  erent  eserix. 
Qui  diseicnt  que  ses  justises 

853o  Qu'il  ot  en  Ângletere  mises 
Orent  des  chastels  remuées, 
E  en  contrée  gcnx  tuées 
I  àveit  a  Tester  eu, 
E  ço  aveit  li  priors  veu; 

85:i5  E  si  diseit  encor  la  letre 

Que  sis  frères  ot  feit  hors  meire 
lyEngietere  son  chancelier»  , 

E  qu'en  chambre  ne  en  celier 
Ne  en  trésor,  fors  en  église, 

85/10  Ne  li  iert  nule  rien  remise 

Qu'il  n'eust  fait  saisir  e  prendre, 
E  tant  osa  faire  e  mesprendre 
Que  au  chancelier,  qui  esteit  prestres 
E  evesques  e  sire  e  meistres, 

85'i5  Fist  tant  denui  e  vilainie 
Qu'il  s'en  fui  en  Normendie. 


M 


L 
poo 

nki 

nnri 
eon 
luai 
■on 


Fol 


8/r8i  jo«&eier —  8&8a  amena —  8&83  vendu  —  8À93  El  calal>re  —  8690  conqoisiie —  8^96  ri  fod  — 
85o6  ni  aueit  —  85o8  honora  —  8609  Germi  Uiii  a  tuit  —  85io  E  bnic  —  85i5  icirt  •—  8619  pimges 

—  85<)0  uns  messages  —  85t3  priorie  —  8536  Qiien  —  85s5  itels  —  85 16  ne  bones  ne  —  853t  eonirp 

—  8533  Et  a.  —  8535  encore  —  8538  nen  —  853g  \en  —  85ài  Qui]  not  —  8566  eiMsque  e  sirei 


339 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


230 


Encore  i  aveit  autre  affaire, 
Qu  il  tant  voleit  al  rei  mesfaire. 
Qui  iert  en  son  pèlerinage, 
B55o  Que  les  sermenz  de  son  iMirnage 
D'Engleterre  voleit  aveir. 


Qui  veneient  a  Teschekier. 
rrBiaus  sire,  e  por  ço  vos  requier,^ 

8555  Disl  li  priors,  crque  vos  viengiez 
n  En  vostre  terre  e  vos  vengiez 
r^De  cels  qui  tant  vos  ont  forfeit, 
rr  Ou  il  creslront  plus  ior  forfeit  : 
ffEn  la  terre  qu'en  prent  a  taille 

856o  r  N  enterrez  jameis  sanz  bataille.  ^ 
Seignors,  or  ne  vos  merveilliez 
Del  rei  qui  s'esteit  Iravilliez 
Por  Deu  en  la  (erre  lointaine. 
Ou  il  ot  tant  travail  e  paine, 

8565  Si  fust  troblë  en  son  corage. 
Fol.  63  6.  Car  tel  novele  descorage 

Chescon  prodome  efeit  esperdre, 
Qui  sa  dignetë  quide  perdre. 
Elh  vos  la  novele  seue; 

8570  Si  ne  cuit  c'onques  fust  veue 
En  nul  liu  gent  plus  coresciee 
Par  home  ne  si  desheitiee 
Qui  d'un  ost  s'en  deust  partir. 
Car  tuit  fussent  al  départir 

8575  Se  H  reis  s'en  fust  departiz , 
Si  fust  trop  mal  li  giu  partix, 
A  ço  qu'il  erent  a  descorde; 
Si  n'i  eust  ja  meis  acorde 
En  cels  de  Sur  e  Ëscalone. 
^^'^trtnmBi.  858o  L'endemain  entre  tierce  e  none 

Asembla  li  reis  le  bamage, 
E  dist  oiant  ioz  le  message 


Qui  li  ert  venu  d'Engleterre, 
Ke  en  li  veit  tolir  sa  terre 

8585  E  qu'en  lui  aveit  desposë 
Son  chancelier  par  lui  posé, 
Qui  lui  guardeit  e  mainteneit, 
E  por  ço  aler  l'en  coveneit; 
E  dist  que  s'issi  avenist 

8590  Que  aler  s'en  l'en  convenist, 
Qu'a  son  cust  lareit  en  Sulie 
Trois  cenz  chevaliers  de  baillie, 
Si  i  lareit  dous  mile  serjanz 
E  preuz  e  leaus  e  vaillanz; 

8595  E  dist  qu*it  en  voleit  saveir 
E  respons  en  voleit  aveir 
Qui  od  lui  s'en  voidroit  venir, 
E  les  en  mist  en  convenir 
Ou  de  l'aler  ou  del  remaindre, 

8600  Car  il  n'en  voleit  nul  constreindre. 
Li  haut  home  qui  iloc  erent 
De  si  faite  chose  parlèrent 
Come  li  reis  les  requereit. 
Chescons  d'els  muit  i  enquereit 

86û5  Qu'il  en  dévoient  dire  e  faire. 
Si  troverent  en  ior  affaire, 
Por  ço  qu'en  la  terre  n'el  regue 
N'a  veit  nul  mestre  cheveitaigne, 
Einz  esleit  en  deus  départie, 

8610  Dont  li  reis  Guis  de  sa  partie 
Ne  poeit  en  nul  chef  venir, 
E  que  li  marchis  revenir 
Ne  voleit  en  l'ost  por  fiance, 
Ainz  se  teneit  od  cels  de  France, 

861 5  Si  que  tut  aveit  descordë, 
E  quant  eurent  ço  recordé. 
Si  revindrent  al  rei  ariere 
E  distrent,  non  pas  en  deriere, 


Ko!. 


an  a. 


8859  il  manque  nant  doute  plu»  d'un  vers  —  855o  del  b.  —  8556  E,  no6  —  8557  ^^  ^^  man^  —  8558  pli» 
numque  —  856o  entrez  —  856 1  ore  —  8565  en  manque  —  8566  celé  —  8567  prodom,  e  manque  —  8568  Qui 
de  n  d.  —  8578  départir  —  8578  cust  eu  -^  8679  sur  e  de  e.  —  8583  Que  —  8586  Ken  —  8588  ço 
manqua  —  8590  s'en  manqué  —  8596  la  ftrtmiar  «  manque  —  8696  veit  —  86o3  Com  —  86oâ  i  manque 
—  8616  quant  il  e. 


i5. 


:231 


LESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


33i 


Que  s'il  ue  l'escil  en  la  terre 

Hr.îM»  Un  sei{[nor  qui  seust  de  guerre 
Et  a  cui  tresluit  se  tenissent 
De  quelque  part  que  il  venissent, 
Que  tuit  après  lui  s'en  ireient, 
E  que  la  1ère  guerpireienl. 

so-jB  E  li  reis  demanda  aneirc, 

Qu'il  quidot  cslre  sor  son  eire, 
Del  quel  des  reis  il  le  voloient 
E  del  quel  il  le  desvoloient, 
Del  rci  Guion  e  del  marchis; 

K<i3o  E  distrent  luit  quin  sunf  requis 
Et  devant  lui  s'agenoillerenl 
E  tuit  requistrent  e  proierent. 
Foi.  03  il.  Petii  e  main  e  greinor, 

Que  del  marchis  feist  seignor; 

H085  Car  ço  esteit  le  plus  sucurables 
Al  règne  et  le  plus  aidables. 
Quant  li  reis  vit  que  tut  le  \o1drent 
E  que  nuls  genz  ne  le  desvoidrent. 
Lues  blâma  tels  qui  illoc  esteieni 

K6/10  Qui  mal  de  lui  dit  li  aveient; 
E  quant  chescons  por  lui  proia, 
Lors  le  volt  e  si  otreia 
Que  hautes  genz  por  lui  alassent 
E  que  a  grant  joie  ramenassent, 

86/1 5  E  que  il  e  li  Franceis  venissent 
E  que  lot  a  un  se  tenissent. 

Geste  élection  que  jo  ai  dite 
iVe  fud  pas  tenue  a  petite, 
Ainz  la  voidreul  e  fol  e  sage. 

KOfx»  I^rs  s'atornercnt  li  message: 

Li  coens  Henris,  cil  de  (ihampaine, 
Si  fud  0  lui  en  sa  compaine 
Mis  sire  Otes  de  Transiguees  : 
Ço  erent  genz  d*}  hautes  lignées; 

«055  Si  i  fud  de  Gaieu  Willames. 

Lores  mistrent  es  chiefs  les  hiaumes, 


Itii.rmnum  lii' 
ttiitli ,  \\  x\i\. 

Iticli.-ird     roii- 
«le  r,onpa«l. 


Le  message  alerent  porter 
E  le  marchis  recomforter, 
E  dire  lui  bones  noveles 

soCo  Que  mult  semblèrent  a  lui  bêles 
E  as  Franceis  qui  a  Sur  erent. 
J^rs  chcvalcherent  e  errèrent, 
Si  orroiz  bien  quant  il  i  vindrent 
Les  choses  com  eles  avindrenl. 
,8(i(ir)      Veritez  fud  e  sanz  dotancc 

Que  quant  li  barnages  de  France 
Se  fu  alez  o  le  marchis, 
E  li  reis  Richarz  Tôt  requis 
Par  tantez  feiz  com  no8  veimes 

8H70  E  corne  nos  le  vos  deimes. 
Qu'il  venist  aider  a  conquerre 
En  Tosl  od  les  autres  la  terre. 
Que  il  n'i  volt  onques  venir. 
Dont  li  dut  bien  lAesavenir. 

Kr)7r)  Ore  si  orrez  qu'il  volt  faire, 
E  com  il  volt  a  Deu  mesfaire  r 
Contre  Ténor  de  la  corone 
Et  encontre  l'ost  d'Rschalone 
Aveit  tel  pais  asseuree 

HOHï»  A  Salehadin  e  jurée 

Que  il  devoit  a  lui  venir, 
E  qu'il  devoit  de  lui  tenir 
De  Jérusalem  la  moitié  : 
Issi  avoit  ja  esploitié 

8085  Vilainement,  si  i  parut, 
E  si  devoit  aveir  Barut 
E  si  devoit  aveir  Saete, 
Si  com  li  pais  se  porjett;, 
E  demie  la  ten*e  ovecques 

8<)()(i  Redevoit  il  aveir  illoques. 
Geste  pais  volt  Salehadins; 
Mais  li  admiralz  Safadins 
Ne  la  velt  onques  creanter, 
Ainz  oimes  après  conter 


Conr 
è   fmr 

otec  S 

Fd.( 


S«iil 

dt     M 
qi'avcc 


81»? 2  E  de,  qui!  —  8697  De  quels  treis  il  —  86^0  t.  cunl  r.  —  864o  li  manqua 
80/19  if^l'^^nier  e  manque —  865o  Loros  —  8653  transigees  —  8655  carer  —  866a  Loros 
8O73  Qnil 


86As  LoM 
8669 


233 


L'ESTOIRE  DE  LA  [GUERRE  SAINTE. 


43 'I 


Kol.  o4  6. 


ItuuTtnum  Ht- 
rii.  V,  ixT. 

W  de  Con- 
id  àla  tKMivelle 
*•  son  »^l«Tlion. 


8695  Que  il  dist  al  soidan  son  frère  : 
r Sire,  ne  place  a  Deu  le  père 
(T  Que  pais  a  la  cristienté 
rr  Por  nului  qui  vos  ait  temptë 
rr  Façoiz  sanz  le  roi  d'Eogletere 

«700  ^  (Meillor  cristien  n'a  en  terre)  ; 
r  Ne  jo  nel  lo  ne  jo  nel  voil.  t» 
1]  par  tant  remist  lor  conseil, 
E  ço  i  fu  par  tôt  seu 
E  cercliié  e  aconseu  : 

8705  Car  Esticnes  de  Tornehan 
En  Jérusalem  al  soidan 
Estoit  envoiez  quant  cil  vindrent, 
Dont  plusors  genz  les  noms  retindrenl  : 
Ço  fud  Balians  d'Ibelin, 

8710  Qui  ierl  plus  faus  de  gobelin, 
E  si  i  fu  Renauz  de  Saele, 
Qui  Torde  pais,  non  mie  nete, 
Venoient  quere  c  porchacier, 
Sis  deusl  Ten  a  chiens  chncier. 

8715       Li  messagier  dont  nos  dcimos, 
Que  el  message  aler  veimes, 
Errèrent  tant  par  tels  jornees 
Com  il  avûient  alornees 
Que  il  vindrcnt  a  Sur  bataui. 

8790  Illoc  descendirent  a  tnnt 
Ealerent  droit  al  marchis, 
Dirent  li  ço  qu'il  orent  quis, 
Cortoisemeot  le  saluèrent; 
E  il  e  cil  qui  o  lui  erenl 

8795  Les  saluèrent  0  granz  ris; 
E  lors  parla  li  coens  Henris, 
Si  dist  0  bone  volenté  : 
^Li  rois  e  la  cristien të, 
ftSire  marchis,  Tost  d'Escbalone 

87.30  T  Vos  ont  otrié  la  corone 
fr  E  le  riaume  de  Sulie. 
r  Venez  en  od  vostre  ost  banie, 


(rSi  la  conquérez  fièrement,  t) 
Si  dit  Testoire  finement 
8735  Qu'il  T)t  tel  joie  en  son  corage 
Qu'il  dist,  oiant  tôt  le  bamage, 
Ses  deus  mains  vers  le  ciel  dresciees, 
Dont  puis  fist  mult  genz  coreciees  : 
rrBiaus  sire  Deus  qui  me  feis. 


Fol.  t\fi 


87/10 


ffTu,  qui  es  voirs  rois  c  bénignes, 

(rCom  sez,  sire,  que  jo  suis  dignes 

<rDe  ton  règne  bien  governer, 

ff  Que  jo  m'en  voie  coroner , 
87/15  rrSire,  e  si  tel  ne  me  sentez 

frQue  vos  ja  ne  le  consentez.?? 
La  novele  fud  entendue 

Par  la  citië  e  espandue 

Que  li  marchis  rois  en  seroit, 
8750  E  tote  l'ostz  le  requeroit. 

Eth  vos  la  joie  merveillose 

E  la  gent  liée  e  anguisosse 

De  harnescher  c  apresler. 

De  tost  acroire  e  d'empromter 
8755  Or  e  argent  a  sa  despense. 

Si  come  chescons  de  soi  pense. 

La  veissiez  armes  ataindre , 

Hiaumes,  chapeals  de  novel  taindre; 

La  veissiez  maint  escuier 
8700  Meinte  bêle  espee  essuer; 

La  veissiez  haubercs  roller, 

Chevaler  e  serjant  moller 

A  ferir  sor  la  gent  haie; 

La  avoit  gent  de  grant  aie, 
8705  Si  Deus  volsist  ovecques  estre. 

Qui  mielz  que  nos  savoit  lor  estre  ; 

La  veissiez  mult  genl  en  joie. 

Si  est  bien  droiz  qu'en  sache  e  oie.      Foi. 

E  par  droit  le  puet  l'en  oir, 
8770  Que  nus  ne  joie  soijoir 


OA  d. 


8698  nuliu  —  8701  ne  jo  manqué  —  8706  tboman  —  8709  belians  —  8796  Le,  grani  manque  —  8729  m. 
tôt  deschaiono  —  8730  ont  manque  —  87A1  Tu  manqué  —  8763  bien  manque  -^  87^6  de  promtet  — 
8760  espie  —  8766  Que  —  8769  droit  le  droit  puet  —  8770  dé}. 


235 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUËRKE  SAINTE. 


336 


rardi.  V,  i\w 

Coiii«d  csl  «8- 
MMiné  par  deui 
«•nvovés  du  Vieil  k 
de  la  Montagne 
(•A  avril  ii9«). 


i\e  devroii  ne  doel  sordoloir. 
Tuit  estoient  en  bon  voioir 
E  en  talenl  de  cest  aflaire,' 
E  erent  aid  enpront  faire 
itiuerarium  fii-  S775  Li  cuens  Heuris  od  le  barnagc 

Qui  ot  aporië  le  message 
A  Acre,  ou  il  ja  s^atornoient 
D  aler  en  Tosl  e  s'apresloienl; 
Si  fud  la  fine  vertez  pure 

'^V^o  Qu'a  Sur  avinl  par  aventure 
Que  ii  marchis  aveil  mangië, 
E  s'en  venoit  a  son  congié 
De  chies  Tevesqne  de  Biauveiz 
Od  grant  solaz  e  od  granz  heiz, 

87S5  El  estoit  ja  devant  le  change  : 
Or  si  orrez  comjoie  change 
El  est  tosl  tomee  en  tristesce. 
Si  corn  ii  veneit  od  leesce. 
Et  dui  vallel  od  deus  cotiaus, 

^(79o  Defublié  erent  sanz  mantiaus, 

S'en  vindrent  dreit  vers  lui  coranl, 
Sil  ferirent  en  acorant 
Par  mi  le  cors  tant  qu'il  chai  ; 
E  cil  qui  favoient  trahi, 

^70*^>  Qui  erent  orne  al  Harsasis, 
Li  uns  fu  maintenant  ocis, 
Li  autres  se  mist  en  un  mostier; 
Mais  ouques  ne  li  ot  meslier, 
Qu'il  ne  fust  pris  e  traînez 
Fol.  ()r)  a.  8800  Tant  que  li  cors  en  fu  finez. 

Fors  tant  qu'ançois  li  demandèrent 
Que  il  morust  cil  qui  la  erent 
Por  (|uoi  il  aveient  ço  fait, 
E  que  il  ior  a\oit  forfait, 

88o5  E  qui  les  a  voit  envoiez, 
E  tant  qu'il  dist,  li  desliez. 
Puis  le  sot  l'en  de  vérité. 


Que  por  ço  avoient  abilë 
Longement  entor  le  nurchis, 

8810  Quin  orent  esté  contrequis 
D'oscire  le,  desqua  tel  terme 
Ou  il  ot  ploré  mainte  lerme, 
E  qu'envoieiz  les  en  avoit 
Li  vils  de  Mouse  quil  baioit, 

8815  Qui  toz  cels  qu'il  het  de  haine 
Fait  ocire  par  tel  traine 
Come  vos  orrez  ja  conter, 
S'il  vos  plaist  ja  a  escoter. 

Li  vilz  de  Mouse  a  tel  custume, 

8830  E  d'oir  en  oir  s'i  acustume, 
Qu'il  fait  norir  en  sa  maison 
Mult  enfanz,  tant  qu'il  ont  raison 
E  doctrine  e  enseignement, 
E  aprenent  contenement, 

889.5  E  hantent  od  hautes  genz  sages, 
Tant  qu'il  sevent  toz  les  langages 
Des  terres  de  par  lot  le  siècle, 
E  Ior  créance  est  si  teniecle 
E  si  cruel  e  si  oscure 

883o  Que  en  Ior  aprent  od  grant  cure. 
Quant  li  vielz  de  Mouse  les  mande 
De  devant  lui  e  Ior  comande 
En  gueredon  de  penitance 
De  Ior  péchiez  e  d'aliance, 

8835  Qu'il  aillent  ocire  un  hait  home; 
Si  est  de  ior  ovre  la  some 
Que  illoques  Ior  baille  cutels 
Granz  e  furbis  e  clers  e  bek; 
Vj  cil  s'en  toment  e  aguaitent 

88/10  Le  haut  home,  e  s'i 

E  devienent  de  sa  maisniee, 
E  ont  lange  trop  enreisniee. 
Tant  qu'il  li  ont  tolu  la  Tie  : 
Lors  quident  a  ver  deservie 


Fol.  65 


8786  grant  h.  —  8785  ieschange  —  8786  Ore,  come  —  8787  loi  tome  —  8796  ome  manque  —  88o5  qidfi 
auoit  —  88]  9  ot  manqué  —  88i3  len  les  a.  —  881  ^  quis  —  88i5  haoit  de  —  8817  Gom  —  8810  E  dom 
en  oir  —  889^  aperneient  —  8896  banlen  —  8896  les  langes  —  883o  Quen  Ior  raptent  —  883i 
le  m.  —  8839  Deuant  —  8860  Li  haut  h.  e  si  agaailenl  —  88^3  loluc  —  8866  Lores 


237 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


!238 


Fol.  65 


c. 


'««•«mai  Ri. 


8845  La  graDt  haute  joie  celeslre, 
Qui  ne  puet  avenir  ne  estre; 
E  aulrelel,  seignur,  meismes 
Furent  cil  dui  que  nos  deimes, 
Qui  le  marchis  issi  ocistrent. 

885o  Ses  genz  entre  lor  braz  ie  pristreol 
Tôt  soavet,  e  sil  drescierent 
De  la  place  ou  il  le  blescierent , 
Si  Tem  portèrent  a  Tostel. 
Las  veisiez  un  doet  itel 

8855  Que  toi  le  poeple  i  acurut; 
Un  poi  vesquie  puis  morut. 
Mais  il  ot  einz  confession, 
E  disl  einz  en  saucession 
A  la  marchise  sa  moiller, 

886o  A  qui  il  vit  les  oilz  moillier. 

Que  a  guarder  Sur  mull  entendis!, 
E  que  la  citié^ne  rendist 
Fors  al  cors  le  rei  d'Engletere 
Ou  al  dreit  seignor  de  la  terre. 

8865  Eth  le  vos  mort,  si  Tentererent, 
E  clerc  e  lai  lor  doel  menèrent. 
A  rOspital  fud  enterrez; 
Illoc  fud  H  grand  doel  merrez  : 
Onques  meis  n  ot  greignor  en  ; 

8870  Mais  issi  Tôt  Deus  porveu. 
Eth  vos  la  novele  espandie, 
Eth  vos  la  grant  joie  esperdue , 
Qui  lor  ot  si  poi  de  durée , 
De  la  terre  qui  iert  jurée 

8875  Celui  qu'issi  tostTot  leissiee. 
Eth  vos  terre  desconseillee, 
E  si  plaine  de  doel  e  de  ire 
Que  nus  hom  ne  savreit  redire. 
Oiez  corne  diables  ovre 

8880  E  corne  sa  ovre  se  deacovre 
En  mal  e  com  el  multeplie 


Illoc  e  com  il  la  desplie, 

E  com  il  la  moltepUa 

Al  long,  quant  fl  la  desploia, 

8885  D'une  parole  qui  fud  dite 
Par  enviose  gent  maudite. 
Qui  le  preu  rei  Richart  haoient 
E  ses  fez  a  nient  U*aoieat , 
Qucn  deusseat  estre  ehacië; 

8890  E  cil  distrent  que  porchacië 
Aveit  le  rei  Richarz  e  quis 
Par  luiers  la  mort  al  mardiis, 
E  mandèrent  al  rei  de  France 
Que  il  pot  aveir  grant  dolance 

8895  E  se  guardast  des  Harsasis, 
Car  li  marchis  en  iert  ocis, 
E  qu*en  France  la  dulce  terre 
En  aveit  li  reis  de  Engletere 
Quatre  enveiez  por  l«i  oscire. 

8900  Deusl  si  laide  chose  est  a  dire, 
E  si  viimentcil  espleilerent 
Qui  itel  n>essage  envoîerent  I 
Tant  furent  puis  genz  travaillées 
E  (rublees  e  ooreciees  I 

8905  Car  par  icele  nesprison 

Fud  puis  ii  reis  mis  en  prison 
Par  fraison  e  par  Tenvie 
Des  biens  que  il  fist  en  Snlie. 
Quant  li  marchis  fud  enterez 

8910  Et  il  orent  lor  doek  merrez 
E  feit  li  ço  que  il  deveient, 
E  li  baron  de  France  esteient 
En  lor  tentes  hors  de  la  vile. 
Que  haut,  que  bas,  plus  que  dis  mile  ; 

8915  E  li  haut  ensemble  parlei)gjpt 
E  a  la  marchise  maillèrent 
Qu^ele  lor  rendist  la  cîtië 
Trestut  en  peis  e  en  quitië 


Fol.  65  (/. 


Itinermrium  Ri- 
emrdi,  V,  ixviii. 

Le  comte  Henri 
(le  Champagne 
est  choisi  poar 
roi  (le  Tyr. 


8868  dui  manque,  veimes  —  8869  Que  —  8861  Sur  uianque  —  8866  en  démenèrent  —  8871  la  manque 
—  8873  Que  —  8877  P'®i"  —  ^^79  ^™  —  ^^®<^  **""»  ^  manque  —  8881  ele  —  8887  rei  manque  — 
8893  e  demandèrent  —  8896  Quil  —  8896  de  tes  h.  —  8896  Car  li  oorai  en  —  8900  E  Deus  —  8901  E 
cil  Tilemenl  e.  —  8908  fud  —  8908  quil  —  8910  doel  —  8911  quil 


-rs'j 


L'ESTOIHE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


3A0 


loi.  Ofi  fl. 


îii-iri'firium  fli- 

f'iirliii'il     MM  lie 
i-  Tiir-"^. 


Kii  guarde  a  l'oes  le  rei  de  France  ; 

^<)•I<>  Et  el  req)oadi  sanz  dotancc 
Que  quant  li  reis  la  revendre! t 
Que  muli  volcnters  li  rcndreil. 
Si  ainz  n'i  ad  au(re  seignor; 
El  il  eu  eurent  desdeignor. 

^oa^)  Eudementers  qu'il  estri voient 
Si  faitemenl  e  s'abrivoient 
D  aveir  Sur,  si  corne  jo  dis, 
Etli  vos  que  li  bons  cuens  Henris 
Vint  en  la  vile  e  descendis 

8980  Si  dil  cil  après  cui  jel  di: 

E  si  tost  corn  la  gent  le  virent 
Unques  plus  terme  n'atendireni , 
Einz  Torent  a  rei  esleu. 
Si  conie  Deus  Tôt  porveu  ; 

H(}Hv>  Et  vindrent  a  lui  e  le  pristrent, 
E  li  proierent  e  lui  distrent 
Qu  il  receust  la  seignorie 
E  le  riaume  de  Sulie, 
E  qu'il  esposast  la  marchise, 

S9Û0  Qui  iert  eir  e  vedve  remise. 
E  il  respondi  eraument, 
E  si  qu'il  n'i  mist  pas  grannient, 
Que  quant  Deus  Taveit  apelé 
E  il  Taveient  ancelé 

«9/1,")  A  Toir  de  governer  la  terre. 
Que  lasens  le  rei  d'Engleterre, 
De  son  oncle,  en  voleit  aveir; 
E  a  tant  enveia  saveir 
Sa  volonté  c  son  corage 

.S950  De  Teslection  del  barnage. 

Ce  fud  en  mai,  quant  renovele 
Flur  e  foille,  que  la  novele       ^ 
Fud  desqu'al  rei  Ricbart  venue 
Que  si  iert  la  chose  avenue 

^955  Del  marchis  corne  nos  contâmes. 


Et  li  reis  iert  as  plains  de  Rames , 
Ou  il  poigneit  par  la  beruie 
En  une  chace  d'une  fuie 
De  Sarafcins  qui  lui  fuieient, 

8960  Com  a  celui  qu'il  tant  cremeient 
Que  puis  que  Deus  forma  la  terre 
Nen  Gst  uns  hom  as  Turs  tel  guerre 
Ne  par  un  seul  tant  n'en  murut; 
Meintes  feiees  i  curut 

8965  E  aportoit  a  l'ost  les  testes 
Des  Sarazins  corne  de  bestes, 
Ou  dis  ou  duze  ou  vint  ou  trente. 
Dont  paenie  esteit  dolente  ; 
E  de  loz  vifs  en  reperneit 

8970  Li  preuz  Ricbarz  quant  l'enperncit  : 
One  n'en  murut  tant  por  nul  home 
A  celé  foiz,  ço  en  est  la  some. 

Etli  vos  les  messages  ferant. 
Qui  alouent  le  rei  querant; 

8975  A  lui  vindrent,  sil  saluèrent 
De  part  le  conte,  e  lui  contèrent 
Celé  aventure  del  marchis, 
Dont  li  poeples  l'aveit  requis 
Que  il  fust  sires  de  la  terre 


8980 


Car  li  petit  e  li  greignor 
L'orent  esleu  a  seignor, 
E  li  voleient  fail*e  prendre 
La  marchise;  mes  entreprendre 

8985  Ne  voleit  a  sa  volenté, 

Mais  c'ert  por  la  cristientë. 

Li  reis  fud  longement  pensis 
De  la  novele  del  marchis, 
Qui  par  si  grant  mésaventure 

8990  Esteit  ocis  od  tel  laidure , 
E  de  ço  ot  joie  merveilluse 
Qu'il  soit  la  gent  si  anguisose 


Foi. 


mtA' 

Ri 
preiu 
de  h 
pfoa' 
idmU 
6'éfm 
qaÎM 


8930  ele  —  8996  abruioient  —  8937  com  —  89518  que  li  répété,  bons  nutnque  —  8980  après  que  je  — 
8 93 a  Conques  —  8986  com  —  8967  en  vel  —  89/18  E  quant  il  e.  — 8961  quant  lens  r.  —  896 1  foil  qui  h 
—  8958  Richart  matkque  —  8905  com  —  89^7  bniiee  —  8968  fuiee  —  896 4  M.  feies,  acurut< —  8966  com 
d»»s  —  8970  quant  ii  icnperneit  —  8979  Quil  —  8986  par  —  *<988  al  m.  —  8989  Que 


2&1 


L^ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


3&3 


De  son  neveu  tel  honor  faire; 
Si  respondi  a  tel  affaire  : 

8995  (rSeignor  serjant,  mult  le  désir 
trQue  il  seitreis,  al  Deu  plaisir, 
fr  Quant  la  terre  sera  comquisse; 
frMais  n'espust  il  pas  la  marchise, 
fr  Celi  que  li  marchis  toli 

9000  rSon  dreit  seignor,  e  jut  o  li 
r Contre  Deu  e  contre  raison, 
frE  la  tint  par  tel  desraison 
'ol.66c.  rQue,  s  il  me  creit,  a  son  eage 

ffNe  la  prendra  en  mariage; 

9005  rrMais  recel vc  la  seignorie 


rE  jo  li  doins  Acre  en  demaine 
rE  les  rentes  de  la  chaaine, 
rrE  Sur  c  Jaffe  e  la  justise 

9010  rDe  tote  la  terre  comquise; 

r  Car  jo  voil  bien  qu'il  ço  retiene  ; 
rrE  dites  lui  que  en  Tost  viegne, 
trSin  ameint  0  lui  les  Franceis 
rrSi  tost  com  il  pora  ainçois: 

9015  ïrCar  jo  voldrai  le  Daron  prendre, 
rrSi  li  Turc  m*i  osent  atendre.  7) 
*-  Cil  retindrent  ço  qu'il  oirent 

«iieHrtri  ^^'  ^^^  '  ^  P"'^  ®^  ^'^^  partirent 

il^J^»*  A  son  congé  sanz  plus  daconle, 

9090  E  revindrent  a  Sur  al  conte, 
Si  li  dislrent  e  li  contèrent 
Ço  que  del  rei  li  aporterent. 
Que  vos  en  fereie  autre  conte  ? 
Grant  joie  fud  a  Sur  del  conte, 

9095  Quant  cil  furent  venu  ariere. 
La  veissiez  grant  presse  e  (iere 
De  halz  homes  qui  illoc  erent, 
Qui  trestuit  lui  amonesterent 
De  la  marchise  a  moiller  prendre; 


9o3o  Mais  ne  Tosoit  pur  els  emprendre 
Sor  le  peis  le  rei  de  Engletere; 
Mais  ele  esteit  heir  de  la  terre, 
E  li  quens  Taveit  coveitee. 
Eth  la  chose  tant  esploitee 

9o35  Que  ele  sis  cors  la  marchise, 
Qui  tote  en  esteit  contrequise. 
Porta  les  clefs  de  la  citië 
Al  conte,  ço  fud  vérité; 
E  li  Franceis  traient  aneire, 

90^0  Si  enveient  por  le  proveire, 
Si  li  font  esposer  la  dame  ; 
E  si  feisse  jo,  par  mame. 
Car  ele  esteit  trop  bêle  e  gente, 
E  si  que  a  la  meie  entente 

90/15  Que  li  cuens  fud  rouit  tost  en  voie 
D'esposer  la,  si  Deus  me  voie. 
Eth  vos  les  noces  e  la  joie. 
Si  ne  cuit  que  ja  meis  tel  oie 
Ne  ne  veie  en  tote  ma  vie; 

9o5o  Eth  vos  besoine  sanz  envie 
E  sanz  contenz  e  sanz  barat; 
Eth  vos  la  terre  en  bon  estât 
Del  conte  e  en  bone  espérance. 
Qui  esteit  nies  le  rei  de  France 

9055  E  niés  le  preu  rei  de  Engletere. 
Li  coens  envoia  par  la  terre, 
A  Acre  e  a  Jaffe  e  aillors. 
Saisir  les  chastels  e  les  turs 
E  faire  les  a  lui  respondre, 

9060  E  (ist  crier  Tost  e  somondre, 
E  furent  somons  li  baron 
A  aler  prendre  le  Daron. 

Quant  li  coens  ot  ses  noces  faites 
E  totes  ses  genz  a  lui  traites, 

9065  Lors  veit  al  los  de  son  barnage 
E  des  Franceis  de  son  lignage 


Fol.  66  rf. 


iltiunntiMi  Ri- 
cndi,  V«  xxiTi. 

Magnifiqne  ré- 
ception d*H0ar{ 
de  Ch«iniM(De 
k  Sdnt-ietn- 
d'Acre. 


8996  Quil  —  8999  Celui  qui  ie  —  9000  Haeil  8.  s.  e  j.  od  lui  —  9006  e«  V€n  en  blanc  dam  le  nu.  — 
9008  chaîne  —  9011  ço  manqMê  —  9013  qaen  —  9016  i  manque  —  9018  si  manque  —  9099  li  manque 
—  9093  en  manque  —  908/1  Eth  vos  1.  —  9o35  Quele  —  9086  en  manque  —  9068  e  de  h.  —  9067  le 
jfremier  e  manque  —  906A  totes  manque  —  9066  Lores 

16 


lUPtktmtut*  vATiovtte. 


S&3 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


lit 


Sa  geni  toie  a  Acre  amener, 
Aheraescber  eatorner, 
E  achater  oi^  e  anone 

9070  Por  chevalcher  vers  Eschaloine. 
Lors  lessa  a  Sur  bones  guardes, 
Qui  guaiterent  par  les  anguardes 
Fol.  67  n.  Et  la  citië  e  la  contrée, 

Que  maie  gent  ni  fust  entrée. 

9075  Li  quens  mena  0  lui  sa  femme, 
Qui  iert  blanche  eom  une  gemme. 
Eth  vos  Tost  de  Sur  esmeue, 
Eth  vos  la  novele  seue 
A  Acre  que  li  cuens  veneit  ; 

9080  Eth  vos  que  chescons  se  teneit 
Del  conte  a  si  très  bien  paie 
Que  a  grant  paine  erent  apaié 
Ne  nuit  ne  jor  de  joie  faire. 
La  veissiex  si  riche  affaire, 

9085  Les  processions  assemblées 
Et  les  rues  encortinees. 
Les  encensi^^  par  les  fenestres 
Tôt  pleins  d*encens  e  par  les  estres  ! 
E  tote  la  gent  de  la  vile, 

9090  Plus  ou  près  de  seisanle  mile. 
Tôt  arme  d'Acre  s'en  issirent 
Encontre  lui  tant  qu'il  le  virent: 
Ço  fud  signe  qu'a  lui  veneîent 
E  que  a  dreit  seignor  le  teneient. 

9095  Li  clerc  al  moster  le  menèrent, 
Les  reliques  lui  aporterent, 
La  seinte  croiz  baissier  li  firent, 
E  ii  e  molt  genz  i  offrirent. 
Desqu'al  paieie  le  convoierent , 

9100  Si  faitement  le  herbergerent; 
La  tint  li  coens  si  riche  ostel  : 
Toz  jorz  eusse  jo  autretel  I 

Quant  li  cuens  fu  saissi  de  Sur, 
E  d'Acre  e  de  Jaffe  et  d'Arsur, 


Itintrarium  Bi- 
tttrdi,  V,  xxxviu 


9105  Lors  fud  li  reb  Guis  sanz  reaime. 
Qui  tanz  cops  eut  sor  le  kiauiod, 
E  qui  tant  i'aveil;  comparé;, 
Et  ore  se  veik  esguœrë, 
Cil  qui  soffri  tantes  enjures 

9110  E  tantes  granz  mésaventures, 
E  non  pas  por  ses  solz  pechiati 
Car  nus  reis  n'iert  mielz  enleelneiy 
Fors  d'une  teche  qu'il  aveit. 
Celé  que  nul  mal  ne  saveit, 

9115  Celé  que  l'em  claime  simpleioe; 
C'ert  li  re»  qui  par  sa  proesce 
Aveit  la  cilié  d'Acre  assise 
Quant  li  Sarazin  l'orent  prise. 
Si  avint  einz  icel  contemple 

9130  Aveient  li  seignor  del  Temple 
La  terre  de  Cypre  achatee 
Al  rei  qui  l'aveit  comquestee; 
Mais  li  marchez  fud  pois  desfeit. 
Si  que  li  reis  Guis  en  fud  feit 

91 Q 5  Après  empereres  e  sires, 

Si  li  fud  alques  grant  remiies. 
El  contemple  que  li  merchia 
Ftid  a  Sur  des  cotels  ocis, 
En  icel  point  e  puis  e  priâtes 

9i3o  E  par  plusors  feiz  le  veimes 
Qu'ai  rei  d'Engletere  veoeienl^ 
Messager  qui  mal  lui  feseient. 
Car  ii  un  le  desconbrtouent 
E  li  autre  le  asseuronent; 

9135  Li  uns  diseit  qu'il  s'en  venist, 
Li  autre  dist  qu'il  se  tenist     , 
E  demorast  al  Deii  servise  : 
Issi  parlouent  par  devise; 
Li  uns  li  diseit  que  sa  ten^ 

9160  Estait  en  bone  pais  sanz  giMm; 
Li  autre  Ii  diseit  sanz  dote 
Qu'en  li  aveit  troblee  tote, 


Fol.  6 


kl   N] 
Gaiéel 


llbm 
MnKf  1 

Bkhi 


9069  aoeioe  —  9071  Lores  —  9099  le  mmique  —  910a  E  numque  —  9106  Lores,  sai  r.  —  9ir0^ai#««* 
9109  soffri  manqMe —  91 17  prise  —  9126  li  manque  —  9137  U  c.  —  giSô  un  disoueni  —  g^it  li 


^*' 


Èhb 


LESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


246 


Fol.  67  e. 


imawrimm  Bi- 
éi .  V,  xmi. 

r  le  roi  Bi- 
àrd(t7'tsmai 
9O. 


Si  que  H  un  ço  li  diseient 
Que  li  autre  lui  desdiseient; 

9165  Si  ne  fait  pas  a  merveiilier 
S'il  ne  se  saveit  conseillier, 
Ne  s*il  esleit  en  grant  doutance 
Por  le  retorn  le  rei  de  France; 
Car  Ten  dit  qu'il  ad  mal  matin 

9160  Senz  faille  qui  ad  mal  veisin. 
*Endementers  que  li  Franeeis, 
Dont  jo  aveie  parle  an^ois, 
Erent  a  Acre  e  s'aprestouenl 
D  osteier  e  se  hernesckouent, 

9155  Li  coens  Henris  e  li  baron, 
Por  estre  al  siège  del  Daron, 
E  li  reis  eissi  de  Eschalone, 
El  non  Deu  qui  toz  les  biens  done, 
Qu  il  ne  voleit  pas  tant  targier, 

9160  Einz  fist  ses  perieres  chargier 
E  mener  al  Daron  par  mer, 
E  fist  ses  bones  genz  armer, 
E  prist  serjanz  a  ses  soudées, 
Qui  richement  erent  donees, 

9165  E  fist  par  toz  les  chasteis  mètre 
D'iloc  entor  e  entremetre 
De  guarder  les  e  de  guaitier, 
E  de  par  nuit  eschelgaitier, 
Que  les  carvanes  ni  passasent, 

9170  \e  que  li  Turc  i  rccctassent 
Al  Daron,  si  com  il  soleient, 
Par  quei  meint  mal  feit  nus  aveient. 
Eth  vos  que  li  rois  fu  montez, 
Richarz,  ou  tant  avoit  buntez. 

9175  Od  9ul  les  genz  de  son  demaine 
Vint  al  Daron  un  diemaine. 
Eth  le  vos  devant  le  Daron  : 
La  se  tindrent  tuit  li  baron. 


Mais  si  petit  de  gent  aveient 
9180  Que  li  reis  ne  il  ne  saveient 

De  la  quel  part  il  Taseissent; 

Car  se  tut  entor  s'espandissent 

E  li  Turc  feissent  saillie 

Ou  que  lor  ost  fust  assaillie, 
9185  II  ne  peussent  pas  soffire, 

Ainz  les  convenist  desconfire; 

E  por  ço  a  une  part  se  trestrent 


Fol.  67  d. 


E  herdeierent  e  hoberent 

9190  Tant  qu'el  chastel  trestuit  entrèrent 
E  atornerent  lor  défenses 
E  mistrent  i  cures  e  penses 
E  seelerent  bien  lor  porte. 
Que  il  teneient  a  mult  forte. 

9196       Quant  la  porte  as  Turs  fu  fermée 
E  lor  genz  dedenz  enseree 
E  hors  des  veissels  descendues, 
Eth  vos  les  perieres  venues 
E  par  menbres  mises  a  tere, 

9Q00  E  li  vaillanz  reis  d'Engletere 
Portèrent  as  cols,  ço  veimes, 
Si  compainon  e  il  meismes. 
Les  fusz  e  les  trefs  des  perieres. 
Tut  a  pië  a  snillentes  chieres 

9ao5  Par  le  sablon  près  d'une  liuue, 
Chargië  corne  cheval  ou  yuue. 
Eth  vos  les  perieres  dresciees 
E  as  conestables  livrées: 
Li  rois  en  ot  une  en  baillie 

9Q10  Don  la  grant  tur  fud  assaillie; 
Li  Normant,  la  gent  de  valur, 
I  orent  tut  par  els  la  lur; 
E  li  Peitevin,  ço  me  semble 
I  orent  une  tuit  ensemble. 


91Û3  ço  manque  —  9i44  Co  que  —  91^7  grant  manqué —  91^8  retoraer  —  9168  \eamanqu$  —  9165  par 
lot  les  chaslels  par  lot  —  9168  de  manque  —  9170  i  fnanque  —  9*72  mal  manque  —  9176  dimaine  — 
9178  luit  manque  —  9*79  de  manque  —  9180  oii  —  9184  feist  —  9187  plutieure  vert  eoni  patte» 
—  9189  E  manque  — 9190  trestuit  tiMHifiM  —  919s  i  «nni^—- 919a  Quii  —  9100  li  v.  richarz  —  9903 
de  p.  —  9306  com  —  9316  tote 

16. 


247 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


2146 


Pol.  68  a.  9'ii5  Totes  treis  al  chastel  jetèrent, 

E  li  Turc  s'en  espoenterent, 
U  molt  deusl  avoir  défense 
De  fort  chastei  e  de  despense; 
Mai^  li  reis  le  fist  asaillir 

ijûûo  E  nuit  e  jor  sanz  défaillir, 
E  les  feseit  tant  travillier 
Qu'il  s'en  poeient  merveillier. 
Dis  e  set  que  turs  que  tureles 
Aveit  el  Daron  forz  c  bêles  ; 

9aa5  Une  grant  tur  i  ot  plus  mestre 
Des  autres  e  de  plus  fort  estre; 
Entur  iert  parfont  li  fossiez, 
Si  iert  de  l'une  part  pavez 
E  de  l'autre  iert  roche  naive; 

9a3o  Mais  pour  fist  ior  gent  baive, 
Qui  ne  s'en  poeient  fuir; 
E  li  reis  Richarz  fist  fuir 
Par  desor  terre  solilment 
Tant  qu'il  furent  al  paviment 

9a35  E  que  a  force  le  rompirent, 
E  donc  après  le  mur  foirent 
E  la  terre  ariere  els  jetèrent. 
Les  perieres  as  Turs  jetèrent. 
Un  mangonel  Ior  depescierent 

93/10  Que  en  la  maistre  tur  drescierent, 
Dont  molt  furent  il  esmaië. 
Eth  vos  chastel  bien  essaie 
En  plusors  manières  a  prendre. 
La  veissiez  les  Turs  défendre 

ijafib  E  as  kemeals  e  as  archieres, 
E  feroient  noz  genz  as  chiercs , 
Car  Ior  pilez  espès  pluvoent; 
Mais  si  tosl  com  il  se  movoent, 
E  nostre  arbalestier  guaitouent 

9â5o  A  descovert,  e  il  jetouent 

Sor  les  targes  quant  il  traiouent. 
Fol.  68  b  ^ÎQ  nafroient  tant  e  feroient 


Que  a  dote  s'osoient  movoir, 
Et  erent  a  meschief  por  voir. 

9q55  Eth  vos  Ior  la  porte  fendue 
Et  arse  od  feu  e  abatue 
A  la  grant  periere  le  rei  ; 
La  veissiez  gent  od  desrei 
Vigurusement  assaillie 

9q6o  e  esmaiee  e  mal  baillie; 

Car  nuit  e  jor  les  travaillouenf 
Tant  que  trestul  s'en  esmaiouent. 

Li  reis  Richarz  e  si  baron 
Seoient  entur  le  Daron; 

9365  Treis  jorz  près  a  près  asaillirent 
Nuit  e  jor,  qu'il  n'en  deffaillirent, 
E  al  quart  jor,  un  vendresdi. 
Virent  li  Turc  dont  jo  vos  di 
Qu'il  ne  la  poroient  durer 

9370  Ne  les  granz  assalz  endurer 
Dont  il  esteient  esmaiê, 
E  que  maint  nafré  e  plaie 
En  ot  par  le  chastel  gisant, 
E  que  l'en  les  aloit  tensant 

9376  Par  desuz  terre  e  par  desus, 
E  que  li  reis  iert  el  desus 
De  prendre  les  a  poi  de  tente» 
Lors  ne  firent  plus  longe  «tente» 
Fors  que  de  tensier  els  parièrent 

9380  E  par  treis  Sarazins  mandèrent 
Al  rei  Richarl  qu'il  se  rendraient 
Par  tel  covent  qu'il  s'en  ireient, 
Saus  Ior  cors  e  sauves  Ior  vies 
E  Ior  femmes  e  Ior  maisnies; 

9385  E  li  reis  dist  qu'il  se  teusent, 
Defendisent  sei  s'il  peussent. 
Eth  les  vos  al  chastel  ariere; 
Eth  vos  que  la  maistre  periere 
Fiert  e  hurle  a  une  torele, 

9990  Qui  mult  empoira  Ior  querele. 


fiÀ.at 


9916  espoolerent  —  9936  a.  si  f.  —  99^0  Quen  —  9961  il  manque  —  9369  arhlastier  —  9*5o 
—  935]  jetouent  —  9368  Vindrenl  —  9278  Lores  —  9983  e  saus  Ior  vies 


.-.  a(i3 


2A9 


L*ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


250 


Si  que  ia  maisire  tor  chai  : 
Deu  ie  velt,  e  si  eschai, 
Et  eie  iert  desoz  cerfoie, 
E  lor  gent  iert  tote  foie. 

9195  D'iloes  entor  noz  genz  saillireni. 
Si  8*armerent,  sis  assaillirent; 
El  il  se  mistrent,  ç»  me  semble, 
En  la  maistre  tur  tuit  ensemble; 
Mais  de  grant  mal  se  porpenserenl, 

9800  Qui  lor  chevals  esjareterent 
Que  li  cristiens  nés  eussent 
Ne  que  chevalchier  les  peussent. 
La  gent  Deu  el  chastel  montèrent, 
E  cil  qui  primes  i  entrèrent, 

93o5  Seguins  Barrez  fud  li  premiers, 
E  Espiarz,  uns  escuiers. 
Ne  se  tint  pas  de  Seguin  loinz; 
Li  tierc  fud  Pieres  li  Gascoinz, 
E  d'autres  en  i  pot  aveir, 

93 10  Dont  jo  ne  poi  les  nons  savoir. 
Puis  i  entrèrent  les  banieres , 
Sin  i  ot  de  plusors  manières  : 
Estiene  de  Longchamp  première 
I  entra,  si  n'iert  pas  entière, 

981 5  Anceis  esteit  mult  depeciee; 
Après  icele  i  fud  dresciee 
La  le  conte  de  Leicestre; 
E  deseure  le  mur  a  destre 
Fud  TAndriu  de  Chavigni  mise, 

9890  E  ovec  celé  i  fud  assise 

Après  la  mon  seignor  Reimont 
Le  filz  le  Prince  el  mur  a  mont; 
Fol.  68  d.  E  cil  de  Gienve  e  cil  de  Pise 

En  i  orent  de  mainte  guise; 

93a5  Nos  banieres  es  murs  dresçouent 
E  les  lor  contre  val  jetouent. 
Lors  veissiez  Turs  detrenchier 
E  des  aleoirs  trebuchier 


E  entreprendre  e  atraper, 
9880  Ocire  et  ferir  e  fraper 

Tant  qu'el  chastel,  ço  est  veir  provez, 

En  ot  seisante  mort  irovez. 

Gels  qui  a  la  grant  tur  faillirent , 

Qui  a  tens  ne  s'i  recoillirent. 
9835      Li  Sarazin  en  la  grant  tur 

Erent,  si  guaitoient  entur, 

E  virent  lor  chastel  tut  pris 

E  lor  Turs  morz  e  entrepris, 

Et  virent  les  targes  drescier 
98/10  Gontre  la  tur  e  adrescier 

Por  trenchier  le  mur  par  desuz, 

Si  erent  el  desus 

E  que  Tamirail  qui  sucoire 

Les  deveit  les  laisseit  encure , 
98 A  5  Qui  Gaisac  esteit  nomez. 

Uns  Sarazins  mult  renomez; 

Et  quant  il  virent  tôt  a  cors, 

Que  il  n'avreient  nul  sueurs, 

Si  se  rendirent  tut  a  tant 
9350  Al  rei  Richart  le  combatant, 

Sanz  contredit  chaitifs  esclaves, 

Pris  e  conquis  e  maz  e  aves; 

E  bien  quarante  cristiens 

Qui  ierent  tenu  en  liens 
9355  I  orent  les  vies  sauvées 

E  guaranties  e  tensees. 

E  li  reis  fist  les  Turs  guaitier 

En  la  tur  e  eschelgaitier  KoI.  G9  a, 

Tote  la  nuit  del  vendresdi, 
9860  E  al  matin,  le  samedi, 

La  vigille  de  Pentecoste, 

La  haute  feste  qui  tant  coste, 

Les  fist  tosz  del  chastel  descendre, 

E  tut  errant  sanz  plus  atendre 
9866  Les  adossa  a  tel  ados 

Que  les  mains  deriere  le  dos 


999 1  (orele  —  980 1  E  qo  li  cristiens  eussent  —  9807  seguins  —  9816  Et  anceis  —  9816  E  après  —  98 1 8  K 
de  aseur  m.  —  9890  auec  tele  i  fud  celé  a  —  9897  Lores  —  9898  Ce  vers  e$t  dont  le  me,  aprèe  le  vert  98/16  — 
9880  e  freiner  —  9886  Aloient  e  g.  —  9861  mur  manque  —  98^9  lacune  et  altération  —  9868  Quii 


251 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


sss 


Itineraiium  lii- 
eardi ,  V,  xt. 

Richard  donne 
le  Darou  k  Henri 
et  s'en  va  h 
Fiirhie. 


Pol.  69  b. 


lUtierarium  At-   Q  3  Q  5 
eardi,  V,  iti. 

Richard  mar- 
cha eontreCaisac, 
qui  se  trouve  au 
Fifpiier. 


Lor  fist  lier  estreitement, 
Si  qu'il  braeient  duremenl. 
Et  issi  fod  li  Darons  pris 

9870  Que  a  cel»  torna  a  grant  pris 
Cui  mult  pesast  s'il  ne!  preisseot 
Ainceis  que  li  Franceis  venissent, 
E  mult  en  fussent  il  mari. 
Etbs  vos  od  le  cante  Henri 

9875  Les  Franceis  qui  esperonoent, 
Qui  a  tens  venir  i  quidouent. 
Mais  trop  a  lart  venu  i  erent; 
E  li  reis  e  sa  gent  alerent 
Encontre  son  neveu  le  conte. 

9380  Que  vos  en  fereie  long  conte, 
Fors  que  grant  joie  s'entrefirent? 
Et  li  reis,  si  que  mult  le  virent. 
Le  Daron  al  conte  dona 
E  de  son  conquest  Testrena. 

9886  E  fumes  iiloc  a  su^w 
De  la  Pentecoste  le  jor, 
E  le  lunsdi  nos  en  alam«s 
Vers  Eschalone  e  trespassames 
Par  mi  Gazres  dreit  a  Fnrbie, 

9890  Ou  li  reis  e  sa  compaignie 
Icele  nuit  se  herbergerent  ; 
E  Tautre  gent  tant  chev^lcherent 
Qu'a  Eschalone  s'en  revindrent. 
Ou  li  Franceis  grant  feste  tîndrent. 

Un  poi  après  vint  a  Furbie 
Al  rei  d'Ëngletere  une  espie. 
Que  veneit  de  vers  le  Fier 
Por  les  Sarazins  espier, 
E  dist  qu'ai  Fier  en  aveit 

9600  Mil  ou  plus,  si  qu'il  le  savoit. 
Qui  od  Caisac  sujornerent. 
Et  que  le  chastel  atomerent 
Contre  cristiens  a  défendre; 


Et  li  preuz  reis  sanz  plus  atendee 

9605  Monta  e  tote  i'ost  ensemble, 
E  jurent  la  nuit,  ^  me  senable, 
A  la  canoîe  as  Ëstomeis. 
L'endemain  f«d  li  matin  biak. 
Si  murent  al  soleil  levant, 

9/110  E  errèrent  jusque  devant 
Le  Fier,  que  li  Turc  deveteol 
Tenir  contr'els,  mais  no  feseieal. 
Fors  deus  Turs  que  il  i  trovereni 
Que  il  ovec  els  ea  menèrent; 

9615  Ainz  orent  les  portes  fendues 
Od  feu  grezeb  e  abatiies, 
E  orent  le  chastel  laissié, 
E  s'en  fuioient  esleissié. 
Quant  il  sorent  que  Tost  venoît, 

9/iao  Cardel  Daron  lorsuveneit, 
Dont  noveles  eurent  eues 
Qu'il  iert  pris  e  lorgenz  perdues; 
E  por  ço  le  ch^td  ieisser^t. 
E  nostre  gent  tant  chevalehereiit 

9/135  Qu'il  virent  le  chastel  senz  gitasdes  : 
Lors  montèrent  par  les  anj^ntides 
Pur  surveir  se  il  trovassent 
Nul  Turc  a  qui  il  se  mellasseat; 
E  quant  il  plus  n'en  i  troverent 

9/t3o  A  giste  ariere  retomerent, 
E  revindrent  a  la  canoie 
Des  Estomeb  tote  lor  voie. 

A  la  canoie  iert  TosC  tendre, 
Si  comej'ai  l'ovre  entendue, 

9/135  Quant  delFier  se  fud  retraîie; 
Si  dit  cil  qui  l'estorie  tnûte 
Qu'ai  rei  vint  la  uns  messagiecs 
Qui  de  sa  terre  iert  estagiecs. 
Uns  clers,  c'ert  Johans  d'AieMQOD  : 

9/t/io  Cil  dist  al  rei  que  la  tençon 


GtiiM   i 

dMIMfoP% 


llk 

mrm,  V.  u 

prarikiw 
fOÊàm  àÊ 


Fsl.  69  e. 


9871  Que —  9875  espernoent —   9876  i  manque  —  9880  freiejel.  — 
zeres  —  9896  grant  manque  —  9^09  sii  quil  —  9&07  estonels  —  9/118  qnil  - 
manque  —  9/136  tant  manque  —  9/196  Lores  —  9^37  sil  —  9683  lor  06t 
vint — 9/Î88  oslagiers 


9889  si  manque  —  9889  fi* 

-  9^1 4  Qui  ouc  eb  —  94198 

—  9/134  corn  —  9437  m  «% 


,éi 


S53 


L*E8T0IRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


â5â 


E  la  grant  brnbuilie  e  ia  guerre 
Ert  surse  par  tote  Engietere 
De  ses  barons  e  de  son  frère 
Ki  pot  la  reine  sa  mère 

9665  Ne  voleit  fors  son  voleir  faire, 
Ë  que  tant  iert  aie  Taffaire 
E  tant  aveit  maie  semblance 
Des  messagiers  le  rei  de  France 
Que  en  Engietere  enveeit 

9/j5o  a  son  frère  qu'il  desvoieit 
E  Yoloil  a  lui  alier, 
Qu'il  osoit  lestimonier 
Ke  se  il  lost  ne  s'en  veneit 
Que  la  terre  que  il  teneit 

9/Ï55  En  sereitbîeu  tost  retaillée 
A  cels  eui  il  l'aveit  baillée; 
Et  el  si  fud  en  son  repaire  : 
Encor  n'est  mal  ki  n'i  repaire, 
Com  il  parut  en  Normendie , 

9/160  Quin  fud  povre,  guaste  e  mendie. 
Quant  li  rcis  oi  les  noveles 
Qui  n'esteient  bones  ne  bêles, 
Fol.  69  </.  Lores  fud  pensis,  maz  e  mûmes, 

E  dist  a  sei  :  « S'or  ne  retomes, 

9/165  ffVeirement  as  terre  perdue.-» 
Es  vos  sa  pansée  esperdne , 
Tant  qu'il  dist  estroseement 
Que  il  s'en  ireit  Yeirement; 
E  quant  les  bones  gens  l'oirent, 

9^70  Sachiez  que  point  ne  s'eqoirent. 
Li  uns  les  noveles  savoient 
Par  l'ost,  li  autre  non  feaoient; 
Li  uns  diseit:  fril  s'en  ira,t) 
E  l'autre  diseit  :  tNu  fera,  n 

ijfi^b  Si  ennemi  mult  le  voloient, 


Mais  si  ami  ledesvoloient, 
Car  s'onor  fust  mult  abaissiee 
S'il  eust  la  terre  laissée 
En  autre  point  qu'il  ne  deust 

9A80  E  que  plus  bien  feit  ni  eust. 

Eth  vos  que  illoc  ou  il  erent 
Que  tuit  li  baron  s'asemblerent, 
Franceis,  Nonnan  e  Peitevin, 
Engleis,  Mansel  e  Angevin  : 

9685  Conseil  pristrent  que  il  fereient, 
Tant  qu'il  distrent  que  il  ireient, 
Que  que  li  reis  Richarz  feist, 
N'ou  qu'il  alast,  ne  qu'il  deist, 
En  Jérusalem  tut  ensemble. 

9690  Etb  vos  que  ne  sai  qui  s'en  emble, 
E  vent  as  genz  de  l'ost  e  conte 
Que  li  haut  home  e  que  li  conte 
Al  parlement  tuit  dit  aveient 
Que  Jersalem  asejereient. 

9^95  Etb  vos  en  l'ost  joie  venue 

El  en  grant  gent  et  en  menue 
Tel  espérance  e  tel  leesce, 
Tel  luminaire  e  tel  noblesce 
Qu'en  l'ost  n'aveit  nul  cristien , 

9600  Haut  ne  bas,  joefne  n'ancien, 
Que  n'esjoist  od  grant  desrei, 
Fors  sulement  le  cors  le  rei , 
Qui  point  ne  s'iert  esleeciez , 
Ainz  se  chocha  tut  coreciez 

9606  Des  noveles  qu'il  ot  oies; 
Mais  de  l'ost  les  genz  esjoies 
Esteient  si  que  tant  dancierent 
Que  après  mie  nuit  se  cochierent. 
Ço  fud  en  join  quand  roleil  lieve, 

9510  Qui  la  rosée  guaste  e  grieve, 


itinerûrimm  Hi- 
cardi,  V,  XLiii. 

L'année  décide 
lie  roarchor  iur 
Jénisulem. 


Fol.  70  a. 


Itineirtiium  Iti- 
cardi.  V.  mv. 


glitii  brubatl  —  ghkt  Estai  snrae  —  9^67  tanl  vel  s.  —  9^^  Qui  en  —  9468  nen  v.  —  9/16/1  quil  — 
9655  bien  manque  —  9&56  cels  quil  a.  —  9^57  ele  —  ghbS  Edcop  ncst  si  mai  -^  9^9  Car  —  9669  nesleint  no 
boues  —  9/166  sore  r.  —  9/168  Quil  —  9^7»  ïw  manque  —  9^70  que  manque  —  9^72  non  sauoienl  — 
9673  disent  —  9A76  E  il  autre  —  9/^77  nralt  manque  —  9681  illoques  —  9665  Lores  pristrent  quil  frètent 
—  9686  dist  quil  —  9690  sai  que  —  969-1  que  manqui^-»^  9693  luit  manqw —  9/^96  iemsalem  —  9^5  M 
joie  —  9600  ne  j.  —  95o3  esoissiez  —  9610  Que  la  rose 


255 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


356 


Marche  des 
Croises  de  la 
Canoic  à  Ibelin 
des  Hospitaliers 
(juin  H9«). 


Que  lote  chose  s'esbanoie, 
Lors  s'esmut  Tost  de  ia  canoie 
Par  mi  les  plains  tut  contre  val 
Vers  Ybelin  de  TOspital, 

951.5  Josle  Ebroo,  emprèsla  valee, 
Illoc  ou  seinte  Anne  fud  née, 
La  mère  a  la  seinte  pucele 
Qui  est  mère  Deu  e  ancele. 
La  vi  Tost  tote  esleicee 

9600  De  Tovre  qui  iert  fiancée, 
Que  vers  Jérusalem  ireient 
E  la  citié  asiegereient;  % 

Mais  anceis  mult  la  désirèrent 
Tels  genz  qui  unques  n'i  entrèrent, 

95a 5  E  li  povre  e  ii  riche  oveques. 
Oiez  que  lor  avint  illoques, 
Une  estrange  comfession 
Ë  fiere  persecucion  : 
En  Tost  vindrent  unes  muschetes 

9530  Que  si  esteient  petitettes 
E  si  sutils  com  estenceles , 
Que  nus  apelons  scinceneles. 
De  celés  par  mi  la  contrée 
Par  fud  Tost  la  si  encontree, 
Fot.  70  6.  9^35  Issi  m*ait  seint  Celerins, 

Qu'il  mordeient  les  pèlerins. 
Mains,  col  e  gorge  e  front  e  face, 
Qu  il  n*i  aveit  plein  poing  d'espace 
Ou  il  n'eust  par  tut  boceties 

9560  De  la  morsure  des  muchettes. 
Que  chescons,  vielz  ou  damoisels, 
Sembloit  a  estre  tut  mesels; 
E  lor  covint  fere  visières 
E  covrir  lor  cols  e  lor  chieres. 

95A5  Geste  paine  illoc  endurèrent. 
Mais  tozjorz  se  recomforterent 
Par  Temprise  e  par  Tesperance 
Dont  il  esteient  en  fiance. 


Mais  li  reis  iert  pensis  e  tristes 

9550  Des  noveles  que  vos  oistes, 
Que  tozjorz  pensot  en  sa  tente 
E  en  penser  metteit  s*entent«. 
Un  jor  que  li  reis  iert  assis 
En  sa  tente  cois  e  pensis, 

9555  Vit  trespasser  devant  lentree 
Un  cbapelein  de  sa  contrée  : 
Ço  esteit  Guillames  de  Peitiers, 
Qui  ai  rei  parlast  volenters,       ^ 
Se  il  losast  araisoner; 

9660  Mais  ne  li  osot  mot  soner. 

Car  il  n'en  iert  ne  liu  ne  terme^. 
Li  chapeleins  a  chaudes  lermes 
Plorot  et  esteit  en  grant  ire; 
Mais  il  n'osoit  pas  al  rei  dire 

9565  Ço  dont  la  gent  de  Tost  parlorenl 
De  lui,  e  dont  il  le  blâmèrent  : 
Por  les  noveles  d'Engletere 
Voleit  leisser  la  seinte  terre, 
Povre  e  guaste  e  desconseillee, 

9670  Ainçois  qu'il  l'eust  conseillée. 
Li  rois  apela  le  proveire. 
Si  li  dist  :  aDites  moi  la  veire, 
tr  Par  la  fei  que  vos  me  devez. 
(T  Dont  vos  est  cist  curuz  levez 

9575  tr  Dont  jo  vos  ai  veu  plurer? 
rr  Dites  le  moi  sanz  demorer.?) 
E  li  prestres  lui  respondi, 
Si  que  gueres  n'i  atendi , 
Tôt  en  plorant  od  voiz  série  : 

9580  trSire,  jo  nel  vos  dirai  mie 
tr  Devant  que  asseurë  m'avrez 
^Que  malveis  gré  ne  me  savrei.i» 
E  li  rois  lui  asseura 
De  sa  parole  e  l'en  jura 

9585  Que  ja  nul  mal  ne  l'en  voldreit 
En  nul  point  ne  en  nul  endroit 


Mehi 
et  Hk 


Le 

OiifllH 
jramn 
i  Kkl 


Fol.  7 


951 3  Lores  —  95i5  près  la  —  95i8  E  ^  —  959a  genz  canques 
miert  e  manquent  —  9569  Sil  osast  —  9661  le  premier  ne  manque  — 
957a  Di  moi  —  958a  mal  gre  —  9586  nen 


—  9535  riches  — 9687  leê  dêm  ptpT' 
9566  e  manque  —  9870  k  Mll|«v 


.:^.. 


257 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


258 


Cil  li  dist  :  rrSire,  Tem  vos  blâme, 
(tE  par  ces!  ost  s'en  vait  la  famé 
ff  Par  lut  de  vostre  retornee. 

9690  (rJa  n'avienge  celé  jornee 

frQue  tele  ovre  aiez  aprochiee! 
ff  Ja  ne  vos  soit  el  reprochiee 
r\e  loing  ne  près,  ne  ci  n'ailiurs  ! 
fr  Remembre  tel  des  granz  honurs, 

9595  r  Reis ,  que  Deus  fat  en  lanz  lius  faites , 
rQui  serunt  mes  lozjorz  retraites, 
rQue  onques  a  rei  de  ton  eage 
rNe  fist  aveir  mains  de  damage, 
f  Reis,  recorde  tei  que  Tefa  conte, 

9600  fr Quant  jo  te  vi  de  Peitiers  conte, 
r  Conques  notnul  si  enveisié 
ft  Veisin,  si  hall  ne  si  preisië, 
r  Si  de  guerre  te  venist  sus. 
Fol.  70  d.  f^  Que  ne  Tullasses  en  desus. 

9605  rr  Remenbre  tei  des  granz  tençons 
ft  E  des  routes  des  Brabençons 
ffQue  desconfeis  tantes  feiz 
ff  A  poi  de  gent  e  de  conreiz. 
ff  Remenbre  tei  de  Paventure 

9G10  rDe  la  ricbe  descomfiture, 
ff  Et  de  Haltfort  que  rescussis, 
ffQue  li  cuens  de  Scint  Gile  assis 
ff  Aveit,  que  lu  desbarelas 
ff  E  vileinement  ïen  jetas. 

9615  ff  Remenbre  tei  de  ton  reaime 

ffQue  senz  porter  escu  ne  hiaume 
ffEus  en  pais  e  en  quitë, 
ffQue  nuls  n'i  aveit  abitd. 
ff  Remenbre  tei  des  granz  emprises 

9630  ffDe  tantes  genz  que  tu  as  prises, 
ff  De  Meschines  que  tu  preis, 
ffDes  pruesces  que  tu  feis 


(T  Quant  tu  matas  la  grifonaille 
ftQui  te  quidot  prendre  en  bataille, 

9635  (rDont  Dampnedeus  te  délivra, 
(f  E  els  a  grant  honte  livra, 
ff  Remenbre  tei  de  la  pruesce, 
ff  Dont  Deus  t'estendi  sa  largesce , 
ffQue  tu  feis  de  Cypre  prendre, 

9680  ff  Ço  que  nuls  hom  voleit  enprendre, 
«f  Ke  en  quinze  jorz  eus  prise  : 
ftFors  que  de  Deu  ne  vint  Temprise; 
ffE  que  lempereur  prison 
ff  Preis  e  meis  en  prison. 

9635  ffReis,  guarde  qu  engin  ne  te  fiere; 
ff  Menbre  tei  de  la  grant  nef  fiere 
ff  Que  en  Acre  ne  pot  entrer 
r  Quant  Deus  la  te  fist  encontrcr, 
ff  Ke  tu  preis  0  tes  gualees 

96^0  ff  Od  tut  uit  cent  de  genz  armées, 
(T  Quant  les  serpenz  furent  noiees. 
r  Remenbre  tei  quantes  feiees 
ffDeus  fa  soiiegië  e  soliege. 
r  Remenbre  tei  d'Acre  e  del  siège 

96/15  ff  Ou  tu  venis  a  tens  a  prendre, 

ff  Ou  Deus  te  fist  del  tuen  despendre 
ffTant  que  la  citië  fud  rendue. 
ffBon  reis,  don  n'as  tu  entendue 
ffL'espargne  de  la  maladie 

9650  ff  Qui  au  siège  ert,  leonardie, 
ff  Dont  li  autre  prince  mureient, 
ff  Dont  nuls  mires  nés  sucureient? 
ffReis,  remenbre  tei,  e  si  guarde 
ffLa  terre  dont  Deus  fat  feit  garde, 

9655  ff  Ke  tote  sor  tei  latorna,  / 

r  Quant  li  autre  rei  s'en  torna. 
(T  Remenbre  tei  des  cristiens 
ff  Que  tu  getas  hors  des  liens 


Fol.  71  a. 


9S99  seit  il  —  9693  Na  loing  naillure  ne  d  naillurs  —  9696  Reis  r.  —  9696  Reis  manqué  —  9698  fist 
i  mtins  —  9601  n'ot  manque  —  960a  Veisin  ne  si  —  9606  Reis  r.  —  9607  desconBstes  —  9609  Reis  r. 
^  9610  E  de  —  961 1  E  manque  —  9616  Reis  r.  —  9^19  Rei*  r.  -—  9690  tu  manqué  —  9691  lu  as  preis 
—  9697  Reis  p.  —  9631  Ken  —  963a  ne  manque,  lentreprise  —  9035  guarde  Ici  —  96^9  Reis  r.  Ici 
lanles  —  96/16  Reis  r.  —  9650  len  naudie  —  9666  laatre  —  9667  Reis  r. 


^7 


S59 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  «AINTE. 


260 


Kol.  7 1  6. 


Itiner*rium  Ri- 
eardi,  V.  xlti. 

Richard  an- 
nonce qu'il  res- 
tera en  Terre 
Sainte  juiqu'ik 
Pâques. 


(T  Al  Daron,  que  Turc  en  menouent, 
9660  ((Qui  en  cheitivisons  alouent, 

r  Quant  Deus  t'i  (ist  si  lost  venir. 

«rReis,  bien  deusscs  retenir 

r  Que  Deus  fat  fait  tantes  bontez 

'^  Dont  tu  iës  en  tel  pris  montez 
9665  rr  Que  tu  ne  criems  rei  ne  baron. 

ffReis,  car  te  menbre  del  Daron 

^rQue  tu  preis  en  quatre  jorz; 

(r  Ono^n'i  fud  plus  longs  ti  sujorz. 

rr  Remenbre  tei  de  la  grant  presse 
9670  ffOu  tu  fus  de  la  gent  engresse, 

tr  Quant  tu  t'endormis  par  péchiez. 

ff  Menbre  tei,  reis  bien  entechiez, 

^Cum  Deus  t'en  ot  tost  délivre. 

vOv  sûmes  tuit  a  mort  livre; 
9675  trOr  dient  tuit,  grand  e  menor, 

ff  Cil  qui  voleient  vostre  enor, 

ff  Que  vos  soliez  estre  pères 

îrDe  la  cristientd  e  frères, 

tr  K  s'or  la  laissiez  sanz  aie 
9680  a  Donc  est  ele  morte  c  traie.  ^ 

Li  clers  ot  dite  sa  |)arole 

Et  le  rei  tenu  a  escole 

Et  li  ot  issi  sermoné. 

Li  reis  ne  li  o(  mot  soné, 
9685  Ne  cil  qui  el  pavillon  sistrent 

Un  mot  de  lor  bûche  ne  distrent  ; 

Mais  li  reis  son  penser  dona 

A  ço  que  il  lui  sermona; 

Si  fud  sa  pensée  esclaric. 
9O90  Eth  vos  fendemain  repairit; 

L'ost  qui  vint  a  horc  de  noue 

Devant  les  barons  d'Escalone; 

Si  que  chascons  quidot  sanz  dote, 

E  li  baron  e  lost  (restolc, 
9695  Que  li  reis  son  ost  atornast 


E  que  lores  s'en  retornast; 
Maiâ  il  relorna  son  corage 
Qu'il  aveit  eu  del  message 
Par  Deu  avant  e  par  le  presire 

9700  Qui  mostra  raison  de  son  eatre. 
Tant,  que  vos  direie  autre  conte? 
Qu'il  dist  a  son  neveu  le  conte. 
As  barons,  al  duc  de  Burgoine, 
Que  por  besoing  d'autre  besoigne, 

97or)  Por  messager  ne  por  novele. 
Ne  por  teriene  querele 
Devant  Pasches  ne  s'en  ireit 
Ne  la  terre  ne  guerpireîL 
Lors  demanda  son  crieor, 

9710  Felippe,  son  banisseor. 
Si  (ist  crier  par  Eschalone, 
En  non  celui  qui  les  biens  done, 
Que  li  reis  eslroseement 
Diseit,  son  cors  nomeement» 

9715  Que  desque  a  Pasques  sujorreit 
En  la  terre,  qu'il  n*en  turreit, 
E  que  luit  fussent  aprestë 
Od  ço  que  Deus  lor  ot  ppestë, 
E  qu'en  Jérusalem  ireient . 

97^0  E  que  en  cel  point  Tasejercient. 
Quant  la  criée  fud  oie, 
Eth  vos  la  gent  tote  esjoie 
Cuine  li  oisels  est  de  jur. 
Lores  s'atument  sanz  sujor. 


9795 


9780 


Chescons  endreit  sei  s'adresçoit 
Vers  Deu  a  mont  el  Grmament 
E  disoient,  si  Deus  m'ament; 
trDeus,  vos  peussoms  gracier 
rrEt  aurer  e  mercier. 
ffOr  verroms  nous  vostre  citië; 
îfTrop  i  ont  li  Turc  abité. 


Ko 


/ 

târ 

I 
pré 
cke 
len 


9669  en  manque  —  966 1  Deus  vuiiifiM  —  9669  Reis  r.  —  9670    lu  feis  de  —  9671  ten 
pechie  —  967a  lechie  —  967 û  Ore  —  9676  Ore  —  9677  voliez  —  9680  ore  —  96S8  quil  —  9708  «t  al 

—  9709  Lores,  crior  —  9710  baneisor —  971 1  E  si  —  97 1 5  suiomereit  —  9716  (utnereit  —  97to 

—  97^7  ai  f-  —  9731  Ore 


261 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


263 


ff  Beneite  seit  or  Tentente 
(tE  la  demoree  e  Tateote 

9735  (rQue  chescon  de  nos  ad  ci  faite 
rE  la  peine  quii  i  at  traite!^ 
La  veissiez  gent  anguisuse 
De  herneschier  e  cuveituse; 
E  la  petite  gent  menue, 

97^0  En  celé  iert  tel  joie  venue 

Que  chescons  portot  sa  vitailie 
A  son  coi  e  diseit  sanz  faille 
Que  vitailie  portoit  assez 
Tant  que  li  mois  seroit  passez, 

9745  Tant  coveilouent  Tovre  a  faire. 
E  que  direie  d'altre  affaire. 
Fors  qui  Deu  sert,  rien  ne  li  coste? 
Fol.  71  rf.  Ço  fud  a  close  Pentecoste, 

iUMmnmmBi^  Mieu  escieut  le  samedi, 


ïUitL  des  ^'^^^  ^"^  ''^®'  refud,  si  com  jo  di, 
>w»è  d'Aïc»-  Hors  d*Escalone  ensemble  atraite , 

Me  (7  jain  Qui  mult  eu  fud  de  legier  traite; 

'^'  Car  a  chescon  quant  qu'il  feseit 

Kagreoit  e  mult  lui  pleiseit. 

9755  Eth  vus  Tost  al  matin  mcue; 
Si  ne  cuit  c'unques  fust  veue 
Ost  plus  preuz  ne  mielz  atornee; 
Si  errèrent  celé  jomee 
Petite  ovre  por  la  chalur. 

9760  La  veissiez  gent  de  valur 
Paire  honur  e  humilité 
Et  curteisie  e  charité; 
Car  cil  qui  les  chevals  aveient 
Ou  tels  bestes  com  il  poeient 

9765  Les  povres  pèlerins  portouent, 
Et  a  pié  après  els  alouent 
Li  haut  home  e  li  bachelier. 
Illoc  veissiez  venteler 
Tantes  beles  riches  banieres 


9770  E  pennnceis  d6  granz  manières. 

Tanz  veissiez  la  filz  de  mères, 

Tanz  lignages,  nevuz  e  frères, 

Tantbonshaubercs,  tantbonsparpoinz, 

Tanz  armées  genz  si  qu'as  poinz, 
9775  Tantes  lances  e  tantes  glaives , 

Tant  ne  vit  lem  ei  tens  noz  aives. 

Tantes  cleres  espees  chères, 

Tanz  biaus  serjanz  od  bones  chères  ! 

La  veissiez  tanz  genz  errant, 
9780  Tanz  chevals  balcenz  e  ferranz. 

Tantes  mules  e  tanz  biaus  muls, 

Tanz  chevaliers  preuz  et  seurs. 

Qu'il  deussent  al  mien  entendre  Fol.  79  a. 

Bien  quarante  tels  Tnrs  atendre. 
9785  Tant  chevaicherent  e  errèrent 

Que  un  flum  d'eve  duze  passèrent, 

E  que  devant  la  Blanche  Guarde 

S'estendi  Tost  a  la  Deu  guarde. 

Celé  nuitée  premeraine. 
9790  Si  ot  este  un  diemaine 

En  Tost  mort  um  bon  chevalier 

Et  un  serjant  preuz  e  legier 

De  deuz  morsures  de  serpenz 

En  mains  terre  que  deus  arpenz  ; 
9795  Dont  Deus  les  aimes  oie  e  veie, 

Car  il  murorent  en  sa  veie. 

Deus  jorz  illoques  sujornames,  niaermrmmRi- 

E  puis  al  tierz  nos  en  turnames,  L'armée  chi^ 

E  erra  Tost  tote  serrée  lienntanThoron 

fUt     Chevalier! 

9800  Pleins  les  chemins  de  gent  feree,  (9  juia  ttgt); 

Sanz  encontre,  senz  enconbriers, 

Dreit  al  Thoron  as  Chevaliers. 

Une  nuit  illoques  geumes, 

E  Tendemain  ne  nos  menmes 
9805  Onques  de  si  qu'après  mangier; 

Mais  lors  fist  li  reis  deslogier 


9733  ore  —  9735  ici  —  97^0  icele  —  97^4  soil  passez —  97^6  affaire  —  97^6  d' manque  —  97^7  deus 
—  9754  mult  manqw  —  9755  IW  manque  —  9756  cuit  mie  —  9757  Nuie  preuz  mielz  —  97^9  riches 
SMM^iit  —  9770  graoz  manque  —  97 7 4  desi  qu  a  —  9781  biaus  manque  —  9784  Bien  manque  —  9790  di- 
maine  —  9791   boas  —  9797  ilioe  —  9809  ai  dienaliers  —  9808  iiloc  —  9806  lores 


»7 


t- 


363 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


96& 


•tt     eastal     Ar- 
oaad  (io  jain); 


Sei  e  sa  gent  de  son  demaine, 
E  vint  avant  son  cors  demaine; 
Si  se  fist  tendre  en  destre  en  balt 
9810  Un  poi  loinz  del  chastel  Ernalt; 
E  l'endemain  vindrent  illoques 
Li  Franceis  e  li  autre  oveques, 
E  vindrent  devers  Bettenuble. 
kBcthenabie.  Bel  teus  feseit,  non  pas  ennuble; 

oà  Von  •éjoDiue      ^    ^    m        o  1  n     *     * 

en^rmiDO  mois   9810  lUoC  fut  1  OSt  et  SUJOma, 

(  I  i  jaiD.8  juii-  Lg  j^jj^  Yisern  s'en  retorna , 

let  119s). 

Por  atendre  Henri  le  conte , 
Fol.  79  6.  E  si  vos  dirai  de  quel  conte  : 

Car  li  reis  le  aveit  enveié 

9820  A  Acre  al  poeple  desveié 
Qui  ne  voleit  en  lost venir, 
E  por  ço  nos  covint  tenir 
Un  mois  ou  plus  por  celé  ovraine 
Joste  le  pië  de  la  montaine 

98s5  Par  la  ou  li  paumier  soleient 
Revenir  s'en,  quant  il  voleienl, 
De  la  haute  sainte  citié 
Dont  estions  déshérite. 
Cel  terme  que  nus  sujurnames 

9830  En  la  valee  ou  nus  turnames 
Advindrent  plusurs  aventures 
Et  baraz  e  desconBtures 
Que  nus  veimes  avenir, 
Si  nos  conveneit  retenir. 

9835  Un  jor  avint  que  une  espie. 
Si  cum  Tum  enquiert  e  espie, 
Vint  al  rei  jus  de  la  monjoie, 
Dont  jol  vi  revenir  a  joie. 
Si  dist  que  Sarazins  aveit, 

9860  E  de  vérité  le  saveil, 

A  la  montaigne,  qui  guei louent 
Le  chemin  por  Tost  e  gardouent. 
E  li  preuz  reis  einz  jor  monta , 
Si  fud  od  lui  quil  reconta, 


98/15  Que  il  quist  les  Turcs  por  lor  mais 
Jusqu'à  la  fontaine  d'Esmals  : 
A  Tenjornee  les  suzprist, 
Sin  tua  vint  qu'il  entreprist, 
E  si  prist  le  banisseor 

9860  Salahadin,  son  crieor, 
Celui  seulement  esparnia, 
E  treift  chameilz  i  gaigna^ 
E  de  bels  Turquemans  aveques; 
Si  guaigna  encore  iiloques 

9855  Deus  bêles  mules  bien  chargiees 
De  riches  robes  essaiees. 
Et  espèces  e  alod. 
Aveit  es  buges  aloé. 
E  les  Sarazins  cbaça  tant 

9860  Par  mi  les  mon  laines  bâtant 
Que  un  en  aconsiul  en  un  val 
Qu'il  jeta  mort  jus  del  cheval, 
Et  vil,  quant  ot  mort  le  culvert,. 
Jérusalem  a  descuvert; 

9865  E  eurent,  ço  nos  conta  Tam, 
Tel  pour  en  Jérusalem, 
Que  si  li  reis  eust  eu 
Ensemble  l'ost,  que  fust  veu, 
Jérusalem  fust  aquilee 

9870  E  de  crisliens  abitee. 

Que  luit  li  Sarazin  eissirent 
De  la  cilié  e  s'en  fuirent, 
Qui  quidouent  que  Tost  venist, 
Qu'il  n'iert  qui  la  citië  tenist 

9875  Ne  qui  dcdenz  osast  remaindre 
Por  manacier  ne  por  destreiridre; 
E  si  aveit  ja  demandé 
Salahadin  e  comandé 
Son  meilior  destrier  aprester, 

9880  Qu'il  n'i  osoit  plus  arester. 

Quant  de  voir  sol  par  une  eSpie 
Que  la  grant  ost  ne  veneit  mie. 


Bkhv 
i    h   i 


i^h 


F0L7S 


Lm  Sn 
faite. 


9808  sis  s.  —  9810  loinz  mmique  —  9818  virent  —  9823  ouerain  —  9835  une.  —  9887  jos 
—  98Û5  Quil  —  9867  espees  —  9863  E  qaanl  vit  mort  le  —  9876  desteindre  —  9881  on  e. 


,1  » 


hj 


265 


L*ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


266 


Que  Deu  ne  plot  celé  fiée 
Qu'ele  fust  si  bien  aveiee. 
En  icel  jor  nomeement 
Ço  fud  seu  membreement 
Que  li  reis  fist  sa  chevalcbee 
E  quil  ot  lor  gent  desbaucbiee, 
Deus  cent  Turs  a  val  en  la  plaine 

9890  Descendirent  de  la  montaine 
Devers  les  tentes  as  Franceis 
Et  estonnirent  Tost  ançois 
Que  il  se  fussent  remué, 
E  nos  aveient  la  tué, 

9895  Trop  près  de  Tost,  si  fud  ontage, 
Deus  serjanz  alcz  en  forage; 
E  li  Franceis  al  cri  cururent 
Dret  as  serjanz  qui  encururent, 
Le  Temple  c  cil  de  TOspital; 

9900  E  li  Turc  lor  tindrent  estai 
Devant  le  pié  de  la  montaine, 
Car  molt  se  dotent  a  la  plaine; 
Mais  illoc  cndreit  recovrerent, 
Si  c'un  chevalier  mort  jetèrent, 

9905  Dont  li  Franceis  orent  graut  blâme. 
Mielz  valt  proesce  c'or  ne  basme  : 
La  fist  un  chevalier  proesce 
De  rOspital  e  grant  vislesce, 
S'il  n'eust  trespassé  son  ordre; 

9910  Mais  proesce  V'\  Gst  amordre; 
Robert  de  Bruges  ot  a  non. 
Ja  ierl  oitre  le  comfanon , 
Si  com  il  vint  al  cri  poignant 
E  de  ses  frères  esloignant. 


99>-> 


Ne  que  de  Tost  se  desjoinsissent, 
Fud  cil  si  coveitus  del  poindre 
Que  des  autres  Testut  desjoindre, 
Et  poinst  un  cheval  mcrveillus 


9990  Sur  qu'il  seeit  e  vigurus, 

Dreit  a  un  Turc  qu'il  ot  esmé, 
Qu'il  vit  trop  cointe  e  acesmé; 
Del  grant  air  que  il  veneit, 
D'une  fort  lance  qu  il  teneit 

9935  Li  percha  le  casingan  jaune 
E  mist  par  mi  le  cors  une  aune, 
Si  faitement  lui  eschai, 
E  li  Turs  a  tere  chai; 
Mais  li  cors  n'i  fud  pas  laissiez. 

9980  Atant  eht  vos  tôt  esleissiez 
Li  meistre  des  Hospitaliers, 
Gamiers,  li  curteis  chevalers. 
Qui  dist  al  frère  :  <tOr  descendez 
(rDel  cheval,  frère,  et  entendez 

9935  (rComent  ordre  devez  tenir.  ^ 
Sin  covint  le  frère  venir 
Tôt  a  pié  jusques  a  lur  tente. 
Si  fud  issi  en  tele  atente 
Tant  que  hautes  genz  en  proierent 

99A0  Le  maistre  e  qu'il  s'agenoillerent 
E  distrent  c'un  don  lor  donast 
E  que  al  frère  perdonast 
Por  la  proesce  qu'il  ot  faite, 
Ço  dont  il  aveit  Tordre  enfraite\ 

99/15  Tant  qu'il  en  ot  miséricorde  : 

trMaisgard,  dist  il,  ne  s'i  amorde.?» 

Le  jor  d'un  mardi,  ço  me  semble, 
lert  que  noslre  carvane  ensemble 
Veneit  en  Tost  tote  chargée 

9950  De  vitaille  e  ahemeschiee, 
Ela  deveit  le  jur  conduire, 
Issi  cum  nos  oimes  dire, 
Mes  sires  Feris  de  Viane; 
Cil  deveit  garder  la  carvane 

9955  Por  le  conte  Henri,  qui  guarde 
Dutestre  de  la  riere  guarde, 


Foi.  73  a. 


ItiMrtuium  lii- 
rmrii^  V,  ui. 

Des  cb«Yiili«i> 
qui  amèoent  une 
caravane  de  Jaflïi 
k  B«tbenuble 
tfOotaUaqta^par 
les  Torea  n  mu- 
^in  par  le  comto 
de  Ijeiee«ter  (17 
JDÎU  tiQt  ). 

Fol.  73  /•. 


9883  icele  —  9886  sen  —  9891  a  fr.  —  9893  Quil  —  990a  Ca  —  990^  E  m  —  9910  le  f.  — 
9915  la  lacune  et(  de  plusieurs  vers  —  99^3  quil  —  9995  caisan  —  9996  un  a.  —  9997  si  lui  —  99^9  P^^ 
numquê  —  9931  Le  —  9936  couient  —  9937  jusqua  —  9938  E  si  —  99^5  en  manque  —  Avant  gg-i'] 
U  y  a  une  lacune  de  plusieurs  vers 


267 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


36S 


Mais  il  iert  a  Acre  enveiez; 
E  mes  sires  Ferris  preiez 
Aveit  Baudoin  le  Caron 

9960  E  Clarembaul  de  Montchabion 

Que  cei  jor  por  iui  la  guardassent, 
Que  les  genz  folement  n'errassent; 
Mais  folement  le  jur  errèrent, 
Si  i  ot  de  tels  quil  compererent. 

9965  La  esteit  Manessiers  de  Tille, 
Qui  ot  un  cheval  bauçant  grisle, 
Et  Ricard  d'Orques  e  Terri 
I  esteient  el  liu  Ferri, 
Felippes  e  li  compainon 

9970  Seignor  Baudoin  le  Caron, 
Otes,  e  escuier  plusor 
Furent  od  els  en  cel  estor; 
Lor  parent  e  lov  ami  ercnt 
Et  a  besoing  le  jur  mustrerent. 

9975  Si  cume  cil  de  la  grant  rote, 
Qui  n'aveient  de  nului  dote, 
Errouent  com  gent  deschargiee, 
La  riere  garde  esteit  chargiee, 
La  rote  aloul  grant  aleure; 

9980  Et  cil  corne  preuz  gent  seure 
Les  siveient  tôt  bêlement. 
Elh  vos  que  d'un  embuchement 
Saillirent  li  Turc  a  cheval, 
E  vindrent  ferant  contre  val 

9985  Tut  qui  ainz  anz  jusqu'à  l'anguarde 
Dreit  a  cels  de  la  riere  guarde; 
Très  par  mi  lor  conrei  se  mistrent 
Kol.  78  r.  Cil  qui  es  ignels  chevals  sistrent 

Si  durement  qu'il  les  perchierent, 

9990  E  que  iluec  deschevaucherent 
Le  preu  Baudoin  le  Caron; 
Mais  il  aveit  queur  de  baron, 
Si  mist  main  a  sa  bone  espee 
Que  le  jor  fud  mult  redotee, 


9995  Car  li  Tur  suvent  la  sentirent. 
A  celc  rescosse  abatirent 
Ricard  d'Orques  e  puis  Terri, 
E  Baudoins  s'en  combati 
E  tant  que  li  suen  le  remistrent 

10000  Sor  un  cheval  que  il  conquistrent. 
La  veissiez  mult  fier  estur 
E  meint  bel  cop  e  meint  Irestor 
E  meinte  espee  flambeier 
E  meint  esforz  senz  febleier 

iooo5  E  meinte  encontre  dure  e  beie, 
E  meint  cheval  od  voide  sele; 
La  veissiez  les  Turs  embatre. 
Et  gent  bien  défendre  e  combatre. 
Quand  li  Turc  un  en  abateient, 

10010  Et  li  autre  se  rembateient 

Par  mi  la  presse  e  le  montouent 
E  corne  preu  s'entraidouenU 
Mais  la  meslee  iert  mespartie; 
Car  cil  de  la  nostre  partie 

1001 5  Esteient  si  entr'els  noie 

Qu'il  ne  pot  pas  estre  noie 
Que  maint  des  contes  n'i  chaist 
E  que  trop  ne  lor  meschaist  : 
Car  li  pilet  as  Turs  voloient, 

10030  Qui  lor  chevals  lur  afoioient. 
Eth  vos  que  tels  cops  est  cheuz 
Que  Baudoins  refud  cheuz; 
Si  fitt  un  suen  serjant  descendre, 
Que  trop  ot  feit  de  sei  défendre. 

1009  5  Baudoins  el  cheval  monta, 
Si  qu'il  meimes  reconta , 
Qu'a  mult  petite  demuree 
Vil  celui  la  leste  copee 
Ki  son  cheval  li  ot  preste. 

looSo  Illoc  esteient  aresté. 

Et  illoc  fud  Felippes  pris, 
Compain  Baudoin ,  qui  grant  pris 


Fol  73 1 


9969  e  si  c.  —  9975  ciun  —  9977  corne  gent  chargiee  —  9980  com  —  9990  quii  lui  —  9999  E 
man^  —  10000  quil  —  100 19  com,  sentra  douent —  10017  Que  plusore  des —  10099  cheu 


S69 


L^ESTOIRE  D£  LA  GUERRE  ^AINTEi. 


270 


1  oonqnist  de  tuz  qui  i  erent; 
E  ovec  Felippe  eo  menèrent 

ioo35  Un  preu  serjant  qu'a  forée  pristrent, 
E  le  frère  Richard  ocistrent. 
La  veissiez  dure  bataille  : 
A  champ  malë  erent  a  taille 
Baudoin  e  si  compaignon, 

10060  E  Clarembaut  de  Montchablon 
Les  aveit  guerpiz  e  laissiez 
E  s'en  fui  tut  esleissiez 
Des  que  il  vit  les  Turs  venir. 
La  veissiez  ester  tenir 

ioo45  A  Baudoin,  qu'il  rabatirent, 
E  tant  de  maces  le  bâtirent 
Que  por  poi  ne4iid  afolez, 
E  H  sanc  en  esteil  volez 
Par  le  nés  e  par  mi  sa  huche, 

ioo5o  E  s'espee  ert  tote  rebuche 
Et  esgroinee  e  depechiee. 
Lors  escria  a  voix  hauciee 
Manessier  de  Tlsle  le  preuz, 
Qui  les  Turs  descomfisoit  tuz  : 

I  oo55  tr  Manassier,  larrez  me  vus  donques?  ?) 
\  7/1  a.  Et  mes  sire  Manassier  onques 

Ne  cessa,  ainz  Tala  rescorre. 
La  veissiez  tanz  Turs  acure 
Que  Manessier  jus  abatirent 

10060  Del  cheval,  e  tant  ie  bâtirent 
Et  le  laidirent  et  blescierent, 
Que  de  la  jambe  lui  trenchierent 
Le  meislre  os  jusqu'à  la  moole, 
E  erent  perdu  en  la  foie 

ioo65  E  Baudoins  et  il  ovecques^ 

Quant  Deus  ior  enveia  illoques 
Le  preu  conte  de  Leicestre, 
Qui  point  n'aveit  seu  Ior  estre. 
Li  coens  si  com  il  vint  poignant 


10070  Feri  un  Turc  en  ataignant. 

Si  durement  le  descrucha 

Que  li  Saracins  tresbucba 

Par  en  sum  le  col  de  sa  beste , 

E  Ançons  l'en  trencha  la  teste, 
10075  Compainz  Estiene  de  Longchamp, 

Si  quel  vola  en  mi  le  champ; 

Et  mis  sire  Estienes  meismes 

Le  fist  mult  bien  e  puis  e  primes; 

E  fud  nostre  geat  tant  creue, 
10080  Quant  la  novele  fud  seue. 

Que  quant  ii  Turc  crestre  les  virent 

Vers  la  montaine  s'en  fuirent, 

Fors  cil  qui  aconseu  furent; 

E  noz  nafrez  qui  illoc  jurent 
ioo85  Soef  sor  les  chevals  montereçt 

E  puis  en  l'ost  les  aporterent. 

Issi  râla  ceste  aventure 

Qui  bien  deit  estre  en  escripture. 

Devant  Saint  Johan  al  tierc  jor         inmrmm  /.i- 

¥11  1»      »   •   _A  •  emrdif  V,  uf. 

1 0090  Illoc  OU  1  ost  lert  a  sujor  iweouv«ru 

Eth  vos  tel  novele  aporlee  d'un  morceta  de 

Dont  1  ost  fud  formenl  comfortee;       (»  juin  ngt  ). 

Car  uns  seinz  abes  l'aporta , 

Qui  tôt  le  poeple  en  comforta. 
10095  De  Seint.Helye  iert  le  seinz  abes, 

Si  viveit  de  pain  et  de  rabes  : 

Barbe  ot  grant  creue  od  nature, 

Bien  sembloit  seinte  créature. 

Cil  dist  al  rei  c'un  liu  saveit, 
10100  Que  longement  guardé  aveit. 

Ou  une  croii  esteit  reposle. 

Dont  Danipnedeu  l'ot  feit  son  este  : 

Une  part  ot  de  la  eroiz  sainte 

Dont  il  i  ot  partie  mainte, 
ioio5  QueUU  apis  li  bons  cristiens, 

Qui  n'esleit  pas  trop  anciens. 


Fol.  7/1  b. 


toolih  Desquil   —   10068   en  manque  —  ioo5o  espie  —  ioo59  Lores  sescria  —  10061  et  le  lil.  — 
10070  agaitiat  —  10071  les  —  1007&  E  a  ançons  --r  i<K>75  wiieoes  —  10076  quil  —  10077  musireâ 

—  10078  bien  e  matupàe  —  ioo8d  acoeaia  —  10086  fi  manfiu  —  10094  tele  ^-*  10093  forment  ma^ne 

—  10097  grande —  10101   Ou  manqué —  ioio3  Une  partie  i  ot — ioio5  1.  suotts — 1 01 06  pas  maNf ti« 


271 


L'ESTOIKE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


273 


Fol.  'jh  c. 


Itinerttrimm  Ai- 
eardi,  VI,  i. 

Richard  hésiU 
à  suivre  le  conseil 
des  Français  qui 
veulent  attaquer 
Jénualeni. 


Aveii  illoc  miiciee  e  mise 
Jusque  la  terre  fust  comquisc, 
Si  Taveit  mult  chiers  comparée, 

10110  Car  Salahadins  demandée 
L'aveit  plusors  foiz  a  Tabé; 
Mais  li  abes  ïen  ot  gabé, 
Et  si  Ten  mist  il  en  destreit, 
E  TeD  fist  lier  mult  estreit; 

ioii5  Meis  onc  por  mai  qu'en  li  feist 
Ne  pot  tant  faire  qu  il  deist 
U  ele  iert  ne  qu'ei  fust  rendue, 
Ainz  li  dist  qu'il  i'aveii  perdue 
Quant  Jérusalem  fud  comquise  ; 

10120  E  quant  li  reis  ol  Tovre  euquise, 
Si  fist  le  seint  abd  monter 
Dont  vos  m  oez  ici  conter. 
Lors  monta  e  la  baronie. 
Et  i  ot  grant  bacheierie; 

10195  Tôt  sereement  s'aroterent , 
Si  chevâlcheronl  e  errèrent 
.Après  Taube  tote  la  veie 
Jusqu'al  liu  dont  parle  aveie. 
Ou  celé  croiz  esteit  muciee, 

ioi3o  Qui  cel  jor  fud  si  eshauciee 

Que  tanz  genz  Talouent  baissier 
Que  Tem  nés  poeit  apaisier. 
Tôt  dreit  a  Tost  Ten  aporterent, 
Dont  tote  la  rccomfortercnt, 

10135  E  meinte  lerme  i  ot  pluree 
Illoc  ou  el  fud  auree. 

Quant  celé  croiz  fud  eshauciee, 
Dont  Tost  fud  mult  esleiscee, 
E  longement  Torent  tenue, 

loi/jo  La  povre  gent  de  Tost  menue 
Commencierent  illoc  a  dire 
E  diseient:  rrDeus,  biaus  dolz  sire, 
ftQue  fesons  nos?  Que  ferad  Tem? 
riroms  nos  en  Jérusalem  ?t> 


ioi/i5  Donc  se  plainstrenl,  çofu  la  some. 

Tant  que  li  reis  e  li  haut  home 

L'oirent  dire,  sin  parlèrent 

E  en  plusors  sens  devisèrent, 

Saveir  quel  conseil  il  avreient 
101 5o  E  s'en  Jérusalem  ireient; 

E  li  Franceis  lo  rei  requistrent 

Plusors  foiees  e  li  distrent, 

Tels  i  aveit,  que  il  loassent 

Que  Jérusalem  asejassent. 
101 55  E  li  reis  dist  :  aÇo  ne  puel  estre, 

rr  Ne  vos  ne  me  verrez  ja  mestre 

r  De  gent  mener  dont  j'aie  blâme, 

r?Si  ne  me  chalt  qui  m*en  mesame; 

rrE  si  sachiez  de  voir  sanz  faille 
101  Go  (T  Que  en  quel  liu  que  nostre  est  aille.  Fol.  7A  i 

r  Salahadins  set  nostre  affaire 

rrE  le  efforz  que  nos  poums  faire; 

rrSi  sûmes  loinz  de  la  marine  : 

rr  E  s'il  e  sa  gent  sarazine 
ioiG5  rrKs  plains  de  Rames  s'avalouent, 

rrE  la  vilaille  nous  veouent 

rr  Que  ne  la  poissums  aveir, 

rrCo  ne  sereit  mie  saveir 

rr  A  cels  qui  al  siège  sereient, 
10170  r  Ainz  quid  bien  qu*il  le  comperreient ; 

rrE  l'açaintc  de  la  citié, 

ffÇo  me  dit  l'em  de  vérité, 

rEst  si  grant  en  chescon  endreit 

(?Que  tant  de  gent  i  covendreit 


10175 


ff  Que  l'ost  ne  porioms  rescore 
rrS'elc  esteit  des  Turs  assaillie, 
rrEinz  sereit  morte  e  malbaillie; 
rr  E  si  jo  Tost  issi  menoue 
10180  rrE  Jérusalem  asejoue 
rrE  aventure  i  avenist 
rrPer  quel  il  lor  mesavenist. 


10111  I  aveit  —  10117  iert  iert,  ele  —  1019s  ci  —  iois3  Lorca —>  loiSs  pot  —  ioi33  laportmi|t 
—  ioi36  ele  —  10163  frad  —  101A6  Tant  manque  —  10169  aucreint  ^  10160  Qiien  —  ioi6t  noi 
mrnique  —  10170  compereint 


273 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


274 


(T  6e  eu  sereie  tuz  jûrz  blasmez 
frE  honiz  e  mcins  aamez; 

101 85  (tE  si  sai  de  veirs  sanz  dotance 
<r  Qu'il  ad  lel  gent  ci  e  en  France 
frQui  ont  voiu  e  qui  voidreient 
«E  qui  mult  le  desirereient 
^  Que  jo  eusse  tele  ovre  faite 

10190  ((Que  fust  par  tut  en  mal  retraite; 
(tE  nos,  genz  de  cstranges  contrées, 
ffQui  ne  savomes  lor  estrees, 
(rNe  les  chemins  ne  les  lanroiz, 
er  Ne  les  mais  pas  ne  les  destroiz .  . . 

10195  ïc  Par  quoi  nos  peussoms  conquere. 
&  «-  crMais  par  cels  qui  sunt  de  la  terre, 

ïcQue  lur  fiez  volent  recovrer, 
«r  Par  icels  devons  nos  ovrer 
ff£t  par  le  conseil  des  Templiers 

10900  (rO  lassens  des  Ospitaliers, 

(tE  par  cels  qui  autre  feiz  furent 
<tEn  la  terre,  e  qui  la  conurent 
(rEt  qui  la  conussent  uncore. 
ïrSor  cels  loreie  jo  encore 

10905  crQue  len  meist  Tesguard  a  faire, 
(rlço  si  fereit  bien  affaire, 
(tU  de!  siège  faire  e  emprendre 
(rOu  daler  Babiloine  prendre 
ffU  a  Barut  ou  a  Damas; 

10910  rrSi  ne  nos  descorderons  pas,  [rent?)... 
crCunques  genz  tant  nés  descorde- 
Tant  que  illoques  esguarderent  : 
m  A.  Des  Templiers  pristrent  cinc  ou  quatre 

Por  les  estrifs  entr'els  abatre, 
^Hert  ioai5  Et  autant  des  Hospitaliers 
rÉ-  E  des  Suliens  chevaliers, 

Et  autant  des  barons  de  France, 
Tant  que  vint  furent  sanz  dotance 
Qui  enz  lor  sermenz  se  metreient 


Les    Fninçait 
s*y  opposent. 


loaao  Et  en  ço  qu'il  esguardereient 

E  sur  lur  liautez  se  mistrent; 

E  cil  esguarderent  e  distrent 

Que  li  greindre  preuz  de  la  terre 

lert  de  Babiloine  comquerre; 
10935  Et  quant  ii  Franceis  l'entendirent, 

Si  fud  veirs  qu'il  s'en  deffaillirent, 

E  distrent  que  al  siège  ireient 

E  que  aillurs  n'en  tornereient. 

Quant  li  rois  oi  la  descorde , 
io93o  Ou  Deus  ne  voleit  mètre  acorde, 

E  que  c'ert  par  les  genz  de  France , 

Lors  dist  illoques  sanz  dotance  Fol.  75  b. 

Que  se  li  Franceis  le  creussent 

Qu'en  Babiloine  s'esraeussent  : 
ioa35  ïcVeez  m'estorie  a  Acre  arestee, 

tr  Que  ja  lur  aveie  aprestee 

rA  porter  enz  lor  guarnestures, 

(tLor  herneis  e  lor  trusseures 

rE  lor  bescuit  e  lor  farine; 
109&0  (tE  i'ost  alast  par  la  marine, 

r  E  je  menasse  a  mes  deniers 

((El  non  Deu  set  cent  chevaliers, 

aE  deus  mile  seijanz  oveques 

tri  menasse  des  ci  illoques; 
loaiib  t^E  si  sachent  encor  de  veir 

cr  Que  nuis  proz  hom  a  mon  aveir 

(tNc  faillist  ja  por  nul  affaire; 

(tE  quant  il  ço  ne  volent  faire, 

(rGe  sui  lut  prest  d*aler  al  siège, 
io95o  frForsque,parseint  Lambert  de  Lege, 

(T  Sachent  que  jo  nés  merrai  mie, 

rrMais  bien  iere  en  lor  compainie.7> 

Lors  comanda  sanz  plus  d'atente 

Que  les  sues  genz  en  la  tente 
10955  De  l'Ospital  tuit  s'asemblassent, 

E  que  illoques  esguardassent 


ioi85  de  manque  —  10186  ici  —  10188  desireint  —  10191  nos  —  10199  Bauoms  —  Après  10191 
kemm  de  deux  vers  —  10195  rien  conquerent  —  10197  recourir  —  10198  ourir  —  10901  icels,  i  furent 
—  i09o5  alTaire  —  10906  freii  —  10911  cum  g.  t.  ne  d.;  t7  doit  manpm'  quatre  ven  aprèi  eelui-ci  — 
1091 3  Des  t.  ou  c.  —  109 35  entendiret  —  10997  quai  —  i0939  Lores —  i0935  aprestee —  i0953  Lores 

18 


nirM«KBIt    «AnOVALK. 


275 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


S76 


Quel  aide  al  siège  i  tendreient 
Quant  vers  Jérusalem  vendreienf. 
E  il  i  vindrent  e  s'asistrent, 

ioa6o  E  mult  richement  i  premistrent, 
E  tels  i  offri  mult  granz  oifres 
Qui  mult  aveit  poi  en  ses  cofres; 
Mais  trop  grant  folur  enpreissent 
Si  en  icel  point  Tasegissent 

ioa65  Après  ço  que  cil  qui  jurèrent 
Par  bone  fei  lor  desloerent. 

Endementers  qu  il  prometeient 
Ço  qu'ai  siège  mètre  deveient, 
Estes  vos  que  Bernard  i'espie, 


Itinerarxum  Bi- 
tord' ,  VI ,  ▼. 

Richard     fail 
aoe     cipéditioD 

âvec  les  Français  .  J      C    T 

pour  surprendre    tO^'JO    (JUS  IlOm  qUl  lert  neZ  QQ  OUlie, 

<ïo  juiuTi'or)!  S®*  ^'^^^  dautretels  barbarins, 

Fol.  75  c. 


(    10295  Distrent  qu'il  voleient  aveir 
I  Le  tierc  del  guaing  de  i'aveir, 

E  li  rois  le  lor  graanta. 
Lors  montèrent  e  il  monta, 
E  furent  dune  illoc  esmé 

io3oo  Cinc  cent  chevalers  bien  armé, 
E  mil  serjanz  preuz  e  legiers 
Mena  li  reis  od  ses  deniers, 
E  il  devant  sis  cors  demaine. 
Ço  fud  un  seir  de  diemaine; 

io3o5  Tute  nuit  a  la  lune  errèrent, 
One  si  poi  non  ne  s'aresterent, 
Ainz  furent  a  la  (xalatie; 
La  descendi  la  gent  hardie^ 
Tote  garnie  de  bataille, 

io3io  Et  enveierent  por  vitaille 

A  Escalone,  e  la  se  tindrent* 
Tant  que  li  escuier  revindr^t. 
Si  tost  com  nostre  gent  s'esmurent, 
Li  reis  e  cil  qui  od  lui  forent, 

io3i5  Eth  vos  c'une  espie  8*en  torne 
A  Jérusalem  e  retome 
Dreit  a  Salahadin  conter 
Qu'il  ot  veu  le  rei  monter 
Por  aler  ses  carvanes  prendre, 

io3ao  Salahadins  sanz  plus  étendre 
Prist  cinc  cent  Turs  toz  esicius , 
Des  meillors  qu'il  aveh  eas; 
Sis  enveia  dreit  as  canranes. 
Et  aveient  e  arcs  et  canes; 

loSaS  E  quant  il  od  cels  s'asembierenl 
Qui  les  carvanes  amenèrent, 
Deus  mile  a  cheval  les  esmolient 
Estre  cels  a  pié  qui  alouent 
Estes  vos  au  rei  une  espie  . 

ao33o  Poignant  dreit  a  la  Galatîe, 
Sil  hasta  mult  que  tost  venist 
E  que  Tost  coie  se  tenist 


Fol.  75 


Od  vestemenz  de  Sarazins , 

De  Babiloine  reveneient, 

Ne  d'autre  mestier  ne  serveient 
10275  Fors  d'espier  l'ost  sarazine; 

Si  vos  os  bien  dire  en  plcvinc 

Conques  ne  vi  gent  mielz  senblasent 

Sarazins,  ne  qu\  mielz  parlassent 

Sarazinois,  oiant  la  gent. 
1 0280  Chescons  d'els  trois  cent  mars  d'argent 

Aveit  del  rei  Richart  eu 

De  ço  qu'il  esteient  meu. 

Cil  distrent  al  rei  bêlement 

Que  il  montast  ignelement 
10285  E  ses  genz,  e  il  le  mereient 

Jusqu'as  carvanes  ki  veneient 

Devers  Babiloine  chargiees, 

Que  il  aveient  espiees; 

E  si  tost  com  li  reis  le  oi, 
10290  Enz  en  son  cuer  s'en  esjoi, 

E  manda  al  duc  de  Burgoine 

Qu'il  venist  a  celé  besoine 

E  menast  od  lui  les  Franceis; 

E  il  si  fist,  fors  que  anceis 

10966  done  fei  — 10977  MsenUasent  —  i098i^  Quil  —  10288  Quil  —  10998  U  lui  —  1OS97 
^—  10998  Lores  —  io3oâ  dimaine  —  io3i5  can  e.  —  io3i6  De  ienisâlem  —  10899  edens  —  iel#i  Si 
t.  —  10399  Eth  vos —  io339  coi 


ItttMMM^ 

iit<ti-ili 


.y 


277 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


278 


E  qu'a  la  reonde  cisterne, 
Entor  e  environ  le  cerne, 

io335  lert  une  carvane  venue, 
E  qui  celé  avreit  retenue 
Mult  i  poreit  grant  chose  aquere. 
71  a,  L  espie  iert  née  de  la  terre, 

Si  ne  se  pot  pas  en  lui  croire 

io34o  Li  reis,  einz  envoia  anoire 
Un  Bedoin  e  deuz  serjanz 
Turcoples,  preuz  e  encerchanz, 
Por  enquerre  e  por  espier, 
E  fist  les  Turcoples  lier 

io3/j5  a  la  guise  del  Bedoin, 
Alsi  corne  autre  Saraizin; 
E  fud  par  nuit  que  il  errèrent  : 
Par  mi  les  anguardcs  montèrent, 
E  montèrent  e  descendirent, 

io35o  Tant  que  en  une  anguarde  virent 
Guaitier  ne  sai  quanz  Sarazins; 
E  Tespie  e  li  Bedoins 
S'ala  pas  por  pas  vers  els  traire, 
E  fist  ses  deus  compaignons  taire, 

io355  Qu'il  ne  fussent  aperceu. 
Dont  li  Turc  furent  dcceu. 
Cil  de  la  as  noz  demandèrent 
Dont  e  de  quel  part  venu  erent; 
E  li  Bedoins  sabandone, 
^o36o  Si  dist  que  devers  Escalone, 
D  une  proie  qu'il  orent  prise. 
Li  uns  respondi  a  sa  guise  : 
rr  Ençois  venez  por  nos  mais  quere  : 
erTu  iés  od  le  rei  d'Engletere.  t» 

io365  Li  Bedoins  dist:  «rVos  mentez.^ 
Lors  fud  d  errer  entalentez, 
Si  s'en  ala  vers  les  carvanes, 
E  li  Turc  as  arcs  e  as  canes 
Les  sivirent  e  les  chacierent, 

10370  Tant  que  par  ennui  les  laissèrent, 


E  quiderent  qu'il  fust  des  lur; 

E  li  Bedoins  prist  son  tur. 

Quant  la  vérité  ot  seoe  Fol.  76  6. 

Que  la  carvane  esteit  venue, 
10375  Si  li  fu  a  grant  sen  tornë. 

Eth  le  vos  al  rei  retomë. 

Si  lui  dist  qu'il  saveit  de  veir 

Qu'il  poeit  la  carvane  avoir; 

E  li  reis  el  non  a  seint  Jorge 
io38o  Fist  doner  as  chevals  lor  orge. 

Lors  mangèrent  e  puis  montèrent , 

E  très  tu  te  la  nuit  errèrent. 

Tant  que  a  meimes  le  liu  furent 

Ou  la  carvane  e  li  Turc  jurent. 
io385  Etb  le  vos  illoe  aresté. 

Bel  tens  feseit  cum  en  esté; 

Li  reis  s'arma  e  tuit  s'armèrent, 

E  lor  batailles  conreerent. 

Franceis  firent  la  riere  guarde , 
10390  E  li  reis  fud  en  l'avan  guarde. 

Qui  fist  par  tote  l'ost  crier 

Que  qui  ne  voidreit  oblier 

S'onor  qu'a  gaing  ne  tendist, 

Mais  tote  voies  entendisl 
10395  As  Turs  descomfire  e  perchier 

E  a  ferir  des  branz  d'acier. 

Endementers  qu'il  conreouent 

Lor  batailles  e  ordenouent, 

Eth  vos  une  autre  espie  al  rei 
10600  Venir  poignant  a  grant  dcsrei, 

Ki  lui  dist  que  des  l'enjornee 

Esteit  la  carvane  atomee, 

E  qu'il  s'erent  aparceu; 

E  quant  li  reis  ot  ço  seu, 
ioâo5  Si  enveia  avant  archiers, 

Turcoples  e  arbalastiers, 

Por  berdeier  e  détenir, 

Tant  qa'il  peust  as  Turs  venir.  Foi.  76  c. 


io333  ronde  — 
1 0869  ies  ffUNi^tie  — 


io334  E.  a  e.  —  io3/i5  de  —  io3&7  ^^  — 
- 10373  verte  —  10379!!  reis  dist —  loSSi  Loret 


io35o  queo  —  io360  Lores  — 
—  iod86  en  mampa  — 10899  nn  <*. 

18. 


279 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


S80 


Endemeniers  qu'il  herdeioient, 

lo/iio  E  lor  batailles  aprismouent, 

E  tant  vindrent  que  près  d'els  furent; 
E  quant  li  Turc  les  aparçurent, 
Il  se  treslrent  a  un  condos 
D'une  montaine  pur  ados, 

lo/iiS  De  bataille  tut  coureé; 

Mais  n  erent  pas  trop  desrcé; 
E  li  reis  par  de  deus  parties 
Ot  ses  batailles  départies; 
E  cil  trestrent  e  herdeierent, 

lo/iao  Quant  les  batailles  aprismerent, 
Ausi  espès  corne  rosée; 
E  la  canane  iert  arestee; 
E  li  bons  reis  a  bone  estraine 
En  lor  bataille  prenieraine 

loâaS  Ala  ferir  si  durement 

Que  jo  vos  di  seurement 

Que  il  e  si  autre  conrei 

Les  ferirent  od  tel  desrei 

Que  onques  tant  n'en  encontrerent 

10/480  Com  a  la  terre  en  reversèrent. 
N'onques  puis  Turs  ne  retorna, 
Si  en  fuiant  ne  trestorua, 
N'oriques  puis  ni  ot  recovrier, 
Mais  tôt  autres!  com  lévrier 

10^35  Teinssent  le  lèvre  a  la  campaine, 
Tut  autresi  par  la  montaine 
Fesoient  nostre  gent  la  lur, 
E  les  meteit  a  tel  dolur 
Qu'el  s'en  fuoit  tote  espartie 

\ohko  E  descomfite  e  départie, 
E  la  carvane  esteit  leissiee  ; 
E  nostre  gent  tote  esleissiee 
Chaçoit  tozjorz  destre  e  senestre; 
Pol.  76  d.  Si  dit  (fil  qui  puis  sot  lor  estre 

io4/i5  Que  tant  en  loinz  dura  la  fuie 
Des  Turs  en  la  large  berruie 


Qu'il  chaeient  de  sei  estaint; 

E  cil  qui  esteient  ataint, 

Li  chevaler  les  abateient 
io/i5o  E  li  serjant  les  ocieient. 

La  veissiez  seles  tumer 

E  gent  laidement  atorner; 

La  veissiez  fiers  cops  de  guerre 

Ferir  al  preu  rei  d'Engletere. 
ioA55  Si  ne  quidez  pas  que  j'enpreoge 

Dire  de  li  ici  losenge; 

Car  tantes  genz  ses  biaus  cops  virent 

Que  sor  ço  arester  me  Grent. 

La  veissiez  le  rei  chacier 
10^60  Les  Turs,  el  poing  le  brant  d^acier. 

Que  cels  que  il  aconsiveit 

Issi  com  il  les  parsiweit 

Que  ja  arme  nés  défendis! 

Jusqu'enz  es  denz  nés  porfendi^l, 
io4G5  Que  tut  autresi  le  fuioient 

Cume  berbiz  qui  le  lou  voient. 

Cum  issi  li  premier  chaçouent 

Par  la  montaine  e  les  tesoient, 

E  Saraizin  jusques  a  trente 
10/170  Trestomerent  jusque  une  sente, 

Par  dreit  curuz  e  par  envie, 

Desur  Roger  de  Toenie  : 

Son  cheval  desoz  lui  ocisirent, 

Si  que  por  poi  que  il  nel  pristrent. 
10^75  Eth  vos  dreit  a  la  gent  paiane 

Un  compainon,  Juquel  del  Maine, 

Qui  erraument  fud  abatus,  ' 

E  Rogiers  qui  s'iert  combataz 

Ala  tut  a  pië  al  rescure; 
io/t8o  Lors^veissiez  noz  genz  acure,  ,  Fd.77<' 

Ferant  illoc  destre  e  senestre; 

Si  vînt  li  coens  de  LeicesLre, 

Si  vint  Gileberz  Malesmaina, 

Sei  tierc  od  sei  e  altre  al  mains  » 


io/ii3  Ci  tr.  —  10433  recourir  —  loàSg  Quele  —  ioâ56  Por  dire  —  io46i  qui!  —  10&66  Gitm— » 
loAGgjiuqua — 10/171  e  par  dreit  enuie — 10673  ch  sor  lui — 1067/1  quil — 10/176  jaques  •-«- a o48eLoMi 


381 


L*ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


283 


ioA85  E  Alixandre  Arsis  i  vint, 

E  chevaliers  ou  quinze  ou  vinl; 
Si  i  vint  de  Loingchamp  Estienes, 
Qui  par  mi  liu  des  genz  paienes 
Fis!  a  Rogier  si  grant  bunlë 

10&90  Quil  le  rota  cheval  monte. 
La  veissiez  descomfiture 
De  ceie  gent  oltre  nature; 
La  veissiez  granz  cops  d'espees, 
Piez  e  poinz  e  testes  copees, 

10&95  Porfendues  par  oilz,  par  bûches, 
Tanz  cors  morz  gisanz  cume  choches 
Que  nostre  gent  enpeecoient 
Si  que  en  som  en  trebuchoient. 
Bien  i  ferirent  Poitevin, 

loSoo  Norman t,  Engleis  e  Angevin, 
E  li  bon  reis  hardiz  et  pruz 
Le  faisoit  bien  par  en  sum  tuz. 
La  veissiez  des  Turs  tel  glaive, 
Tel  ne  vit  Tem  el  tens  nostre  aive, 

io5o5  E  furent  mort  e  si  aquis, 
Ço  fud  bien  seu  e  enquis, 
C'uns  pctiz  garz  de  povre  pris 
En  peust  tuer  set  ou  dis. 
La  veissiez  les  sumetliers 

loSio  As  serganz  et  as  chevaliers 

Venir  prisons,  e  se  rendeient, 
E  les  granz  chameilz  lor  tendeient 
Par  les  chevestres  tuz  chargiez, 
Les  muls,  les  mules,  ço  sachiez, 

io5i5  Qui  tanz  aveirs  de  granz  noblesces 
>!•  77  h.  Portouent  e  tantes  richesces. 

Or  e  argent,  pailles,  samiz. 
De  la  terre  al  seignor  Damiz, 
E  mutabez  e  baudequins 

loSso  E  ciglatons  e  osterins, 

Casingans  e  coiltes  parpaintes, 
E  bêles  vesteures  ceintes, 


Bels  pavillons  e  bêles  tentes, 
Manovrees  0  granz  ententes, 

io5a5  Bescuit,  forment,  orges,  farines, 
Letuaries  e  médecines, 
Bacins,  bucels  eeskekiers, 
E  poz  d  argent  e  chandeillers, 
Peivre  e  comin  e  çucre  e  cire, 

io53o  Tant  que  nel  savreie  redire. 
Tantes  espèces  de  maneres 
E  tantes  autres  choses  chieres 
E  tantes  bêles  armeures, 
Forz  e  legieres  e  seures, 

io535  E  tel  richece  e  tel  aveir 

Qu'il  diseient  illoc  por  veir 
Conques  el  tens  de  nule  guerre 
N'ot  tel  guaing  feit  en  la  terre. 
Quant  la  cbenaille  fud  ocise 

io5âo  E  la  riche  carvane  prise, 

Mult  aveient  feit  riche  eskec; 
Mais  mult  furent  grève  illoc 
Des  chameilz  cursiers  assembler. 
Que  toie  Tost  firent  trobler; 

105^5  Car  si  durement  s'en  fuioient. 
Quant  cil  a  cheval  les  sivoient, 
Ke  Deus  ne  fist  rien  si  ignele. 
Cerf  ne  bise,  daim  ne  gacele. 
Que  aconsivre  les  peust, 

io55o  S'un  poi  esluinë  les  eust; 

Sidisirent  cil  quis  aunerent. 
Qui  sanz  les  serjanz  les  esmerent. 
Que  quatre  mile  e  set  cent  ierent 
Les  chameilz  qu  il  i  guainerent; 

io555  E  tanz  i  ot  mules  e  mus 
E  tanz  asnes  portant  seurs 
Qu  il  nés  porent  onques  nombrer  : 
Ne  feseient  fors  encombrier; 
E  dient  bien  qu'en  celé  chace 

io56o  Que  haut  que  bas  que  en  la  place 


ifUMfWMHM  H^ 

carii,  VI,  v. 

Èuumintiioa 
drsaoiiMoxeap 
Uué»  et  dcfl  «n- 
ncmis  taie. 


Fol.  77  C. 


10/196  gisanz  manque,  cuni  —  10/197  ^^  pecoient  —  10A98  U  Mecond  en  manqué  —  10607  Gom  p.  — 
10617  p.  e —  10619  butabcz  e daubequis  —  loSai  £ calmguu e  cointes p. —  loSaa  vesiures  —  io594  egnns 
—  io53o8aueie— ^  io53i  Tances — lobZh  legîen —  loSôSQuatreiiiiiieevuic mars  esmerent —  io56oquea 


283 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


28& 


/(incrw-iKift  fîi- 
currfi,  VI,  ^i. 

Partage  tl II  bu- 
tin. 


fjpcuintellonri 
rejoint  Ricbnnl. 


Fol.  77  J. 


ItinerariMm  Bi- 
carii,  VI,  th. 

D<{9C8poir  de 
l'ann6e  qa'on 
oropéche  de  mar- 
cher ron  Ire  J^'ni- 


Ot  bien  mort  mil  Turs  a  cheval 
E  set  cenz  quel  mont  que  el  >al, 
Estre  cels  a  pié  qu'il  tuèrent, 
Qui  onques  ne  se  remuèrent. 

ior)()5       Lors  errèrent  par  telsjoniees 
Com  il  aveient  atornees, 
Tant  qu'il  vindrent  devant  Betai'e  : 
C  est  a  quatre  Huues  de  Jaffe; 
Lor  guaing  illoc  départirent, 

ior)7o  E  quant  d'iloques  s'en  partirent, 
Si  firent  en  lor  retornee 
A  Rames  loraulrejornee; 
E  Tost  repaira  d'Acre  illoques, 
Li  coens  Henris,  sesgenz  oveques, 

io:)7r)  E  vindrent  tuit  en  Tost  ariere. 
La  veissiez  joie  pleniere 
De  la  grant  merveille  qu'il  virent 
Des  bestes  qui  Tost  raempiirent. 
Li  reis  départi  les  chameilz, 

io58o  Tant  bels  ne  furent  veu  d'oilz, 
As  chevaliers  qui  l'ost  gardèrent, 
Alsi  com  a  cels  qui  errèrent; 
Ë  muls  e  mules  ensement 
Lur  départi  il  richement; 

10585  E  toz  les  ânes  as  serjanz 

Fist  il  doner,  petiz  o  granz. 
Eth  vos  l'ost  de  bestes  si  pleine 
Que  l'en  les  teneit  a  grant  paine. 
Mais  les  joefnes  chameilz  tuouent 

loôQo  E  les  chars  volentiers  manjouent, 
Car  cle  iert  blanche  et  savoree 
Quant  eie  iert  rostic  e  lardée. 

Quant  les  bestes  furent  donees 
Par  mi  Tost  e  abandonees, 

10595  Tant  que  li  plusor  s'en  plaignouent 
Por  l'orge  qu'il  encherissouent. 
Lors  recomencerent  a  dire 
Les  genz  qui  aveient  grant  ire 


Que  Jérusalem  n'aseoient, 

loOoo  Car  grant  desirier  en  avoient; 
E  n'erent  pas  asseurë 
Icil  qui  aveient  jure 
E  esguardé  que  pas  n'ireient, 
Por  lor  conseil  qu'il  rediseient 

io()o5  Que  se  la  citië  asejassent 

Q'entur  si  poi  d'ewe  trovassent 
Que  cheval  ne  bestes  beussent 
Ne  les  genz,  que  li  Turc  peussent, 
Senz  meschief  e  sanz  grant  ahan; 

100)10  Car  c'ert  entur  la  seint  Johan, 
Que  la  chalur  tote  rien  sèche 
En  la  terre,  telo  est  sa  teche; 
E  li  Saraizin  abatues 
Aveient  totes  e  fendues 

io()i5  Les  cisternes,  por  veritë, 
De  tut  environ  la  citié; 
Si  que  devant  bones  deus  lues, 
U  nos  n'avioms  pais  ne  triuuea, 
Ne  fust  sanz  grieve  eve  trove6, 

loOao  Ço  soit  l'em  de  verte  provee, 
Fors  une  mult  petite  ewette, 
Qui  curt  desuz  mont  Olivete 
En  Josaphas,  ço  est  Siloé; 
Si  ne  fud  pas  par  cels  loë 

io()â5  Q'entur  la  cilii^se  meissent, 
Ne  k'en  este  siège  i  feissent 
Quant  la  parole  fud  seue, 
Descoverte  e  aconseue, 
Qu'en  Jérusalem  pas  n'ireient 

io()3o  E  que  il  se  retornereient, 
La  veissiez  gent  tant  dolente 
Qu'il  maudiseient  celé  atente 
Ke  il  aveient  atendue 
E  que  tente  i  eurent  tendue, 

io635  Quant  Jérusalem  n'iert  assise 
Ne  ne  poeit  estre  conquise; 


Fol.  78 


io56a  quel  val  —  1067/1  ®  ^^  8^"'  —  io58i   chcuals  —  10689  ^^^  manqitê  —  10697  Loret  — 
10609  E  cil  —  io6so  vérité  —  io63o  quil  —  io633  Kil  —  io636  poeiet 


385 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


286 


VI,  TIII. 

ffieultÀ 
k«    Frao- 


e  doc  de 
{«goe  fait 
lOfcbioioo 
f  Ridiard, 
elai-a  ré- 
f  |wr  0D« 
(hanton. 


^ol.  78  6. 


Car  puis  jor  ne  rovassent  vivre 
Que  Jérusalem  fust  délivre. 
Seignor,  or  ne  vos  merveilliez 

106/10  Si  Deus  ot  eu  vain  travilliez 
Noz  pèlerins  si  com  deiines; 
Car  verlez  fud  que  nos  veimes 
Parmeintes  feiz  quant  herbergerent, 
Al  seir  quant  il  d'errer  las  ierent, 

ioC/i5  Que  11  Franceis  se  deparloueut 
Des  autres  genz  e  se  tendouent 
Tôt  par  els  a  une  partie, 
Si  que  Tost  iert  si  départie 
Que  li  uns  por  veir  sanz  mentir 

io65o  Ne  voleit  Tautre  consentir; 

Einz  dist  li  uns  :  ttTu  es  itels,^ 
E  Tautre  a  lui  :  trTu  es  iquels;^ 
Et  Henri  li  dux  de  Burgoine, 
Ki  mult  enpoira  la  besoine, 

io655  Par  surfeit  e  par  grant  desrei 
Fist  fere  une  chançon  del  rei, 
Si  que  la  chançon  fud  vilaine 
E  de  grant  vilainie  plaine, 
E  la  chançon  par  Tost  hanta. 

10660  Que  pot  li  reis  s'il  rechanta 
De  cels  qui  le  conlraliouent 
Par  fine  envie  e  ramponouent? 
E  de  gent  si  desmesuree 
N'iert  ja  bone  chançon  chantée 

io665  N'ovraine  feite  que  Deu  veie, 
Si  com  il  fist  a  Tautre  veie. 
Quant  Antioche  fud  assise 
E  nostre  gent  par  force  enz  mise , 
Dont  Ten  reconte  encor  Testorie, 

10670  De  cels  qui  Deus  dona  victorie, 
De  Buiamont  et  de  Tancré, 
Cerent  pèlerin  esmeré, 
E  de  Godefreide  Buillun, 


E  de  hauz  princes  de  grant  non, 
10075  E  des  autres  qui  lors  i  furent, 

Qui  el  Deu  sërvise  s^esmurent. 

Tant  qu'il  lor  rendi  lor  servise 

A  lur  grë  et  a  lur  devise 

E  lor  ovraiues  suzhauça 
ior)8o  Par  tantes  feiz  et  eshauça, 

E  eus  e  totes  lor  lignées; 

Si  en  sunt  encore  esbaucees. 

Dis  jorz  ou  duze,  que  ne  mente, 

Au  veir  dire^,  a  la  meie  entente, 
10680  Puis  que  la  carvane  fud  prise, 

Sujorna  l'ost  en  itel  guise 

Cum  vos  m'avez  oi  cunter; 

E  quant  a  rien  ne  pot  monter 

Por  nul  travail  qu'il  i  meissent 
10690  Que  le  sépulcre  requeissent 

Dont  a  quatre  liuues  esteient, 

E  dont  grant  doel  es  cuers  aveient. 

Si  s'en  retornerent  ariere 

Od  tel  desheit  e  od  tel  chiere 
10695  Que  suz  ciel  de  gent  si  eslite 

N'ot  plus  mate  ne  desconfite. 

Lur  ariere  guarde  establirent; 

E  si  tost  com  il  se  partirent, 

E  li  Sarazin  acururent 
10700  De  la  montaine  e  les  parsurent, 

Tant  que  un  seijant  nos  ocistrent; 

Mais  cil  qui  es  bons  chevals  sistrent 

Les  reuserent  e  chacierent. 

Puis  errèrent  e  chevalchierent 
10705  Tresque  entre  Saint  Jorge  e  Rames; 

E  icel  jor  que  nos  errâmes 

Ot  cinc  anz  senz  plus  que  la  terre 

Rot  esté  perdue  par  guerre. 

Li  Franceis  furent  a  senestre, 
10710  E  lireis  e  sa  gent  a  destre; 


Itinerariuin  Bi- 
eardi,  VI,  ix. 

Retraite  des 
chrétiens  (&  juii- 
l«>t  ii9«). 


Fol.  78 


10689  ore  —  io6/ii  nos  deimes  —  io6âd  quant  il  —  io6/iâ  quant  ils  errèrent  —  10669  ^'*  ^  — 
10661  le  manqué  —  io665  Nouertine  —  16669  encore  —  10679  Yen  répété  dmn  ïe  m$,  ->-  10676  iores 
—  10676  Qui  deu  seruirent  et  munirent  —  10681  E  il  e  t.  —  io683  que  jo  ne  —  10689  i  "^^^f^P^  ~~ 
10694  e  manpiê  -r-  10698  acurerent —  10709  si»lret  —  10707  cent  anx  —  10709  lurent 


287 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


S88 


/liiunwTuiN  Ai- 
MTtfi,  VI,  X. 

SaladJQ  réunit 
oaCet  Mt  forces. 


Fol.  78  <f. 


/(tM<r«rttaii  Bi- 
K,  VI,xi. 

Richard  de- 
mande ane  trêve 
Mos  I^obteoir. 


Ë  rendemain,  quanl  il  errèrent, 
Tôt  aulresi  se  devisèrent. 
Devant  Cbasel  Meien  revindrent, 
E  se  tendirent  e  se  tindrent, 

10715  Et  tels  i  ot  s'en  départirent 
Et  a  Jafle  s'en  revertirent 
Por  Tenui  e  por  la  poverle 
Qu  il  aveient  en  Tost  sofferte. 
Quant  Salahadin  sot  de  veir 

10730  Que  Boz  genz  nul  conseil  aveir 
Ne  porent  fors  d'aler  ariere, 
Lors  ol  joie  e  fist  bêle  chiere, 
E  fist  chau  pas  ses  briefs  escrire , 
E  prist  meint  messagier  délivre; 

10735  Si  manda  as  Turs  qui  Tamouent 
Que  li  crislien  s'en  alouent, 
E  que  tut  erent  a  descorde 
E  départi  sanz  point  d'acorde; 
E  qui  voldreit  de  son  aveir 

10780  Venist,  se  il  en  voleit  aveir, 
En  Jérusalem  a  soudées. 
Elh  vos  la  tant  genz  assemblées, 
Que  dedenz  que  dehors  la  vile , 
Ke  esmë  furent  bien  a  vint  mile, 

10735  Turs  a  cheval  e  bien  armé, 
Estre  cels  de  pié  ki  esmë 
Ne  peussent  de  legier  estre. 
Qui  tuit  saveient  bien  nostre  estre, 
E  ki  mult  bien  le  nos  mustrerent 


107/io 


Si  tost  com  noz  genz  retornerent 
Illoc  ou  noz  genz  surjornerenL 

De  jur  en  jur  s'en  revenouent 
Por  le  desheit  e  s'en  partouent, 
107^5  E  a  Jaffe  s'en  retomouent, 

Que  trop  povre  vie  menouent; 
E  quant  li  reis  les  vil  retraire 
E  qu'il  ne  poeit  a  chief  traire 


De  mener  l'ost  a  droite  voie, 

10750  E  sur  ço  plus  que  vos  diroie? 
Fors  qu'il  manda  a  Saffadin 
Qu'il  parlast  a  Salahadin, 
E  li  feist  par  tens  saveir 
Se  il  poreit  la  triune  aveir 

10755  Qu'il  lui  6ffri  as  plains  de  Rames, 
Issi  com  nos  le  vos  contâmes. 
Tant  qu'il  revenist  de  sa  terre; 
Il  l'ala  al  soldan  requere  : 
Mais  il  sot  nostre  retornee 

10760  De  la  premeraine  jornee; 

Si  ne  li  volt  solement  onquea 
Les  triuues  otrier  idonques» 
S'  Escalone  n'iert  abatue. 
Eth  vos  la  novele  esbatue 

10765  De  si  qu'au  rei  a  l'ost  ariere, 

Qui  oncn'en  fist  semblant  ne  ehiere, 
N'onques  nés  en  vell  eseoltier; 
Einz  comanda  chau  pas  monter 
Que  Templiers,  que  Hospitaliers. 

10770  Ke  autres  trois  cent  chevaliers; 
Si  comanda  qu'il  abatissent 
Le  Daron,  e  que  il  feissent 
Prendre  d'Escalone  grant  garde 
Que  il  n'en  perdist  par  mesgarde. 

10775  Cil  alerent  e  l'abatirent, 

E  puis  a  l'ost  s'en  revertirent, 
E  revint  l'ost  a  Jaffe  ariere, 
Pesante  e  od  pensive  chiere, 
E  de  Jaffe  a  Acre  erraument; 

10780  Mais  mult  remist  a  Jaffe  gent 
Seine  e  malade^  après  la  rote, 
Qui  puis  i  furent  a  grant  dote. 
Eth  vos  a  Acre  revenue 
L'ost  par  la  ou  ele  ert  venue, 

10785  Mate  e  comfuse,  un  diemaine; 
Mais  issi  veit  qui  pechié  maine. 


F<d«7 


lad 


lift). 


10717  Par,  par —  10731  del  aler  —  10789  gent  —  10763  se  retomouent —  107Û5  revenouent—  1^746 
Qui,  trop  manque  — 10768  pot —  1075Û  Si!  —  10756  corne  — 10758  E  ilaia  — 10766  Que — 10770  Kâllrat 
—  1077a  quil  —  10776  Qui!  —  10776  E  nutnque —  10779  •  Acre  man^ —  1078»  Que^ —  10788 


•  -Ji}  ..• 


S89 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


290 


1',  xn. 
iBMrebe 


)1. 79  b. 


Ri- 

VI,  DD. 

q«e  d« 
ptr  Sal*. 
ojoillet). 


Si  tost  corne  Salahadins 
E  li  sons  frères  Saffadius 
Seurent  que  nos  nos  de|)artimes 

10790  De  Jaffe,  si  com  vos  deimes, 
Ë  que  nos  iios  en  esloignames 
Od  tel  deshet  com  nos  contâmes, 
Eth  vos  Tost  semonse  e  banie 
Des  fieres  genz  de  paenie; 

10795  Ë  ot  bien  donques  li  soldans 
A  cel  termine  e  a  cel  tans 
Turs  a  cheval  plus  de  vint  mile, 
E  si  ot  Tamirail  de  Bile, 
Si  i  ot  le  filz  le  Hausasis, 

10800  £  admiralz  bien  cent  e  sis, 

E  gent  de  pié  de  la  monta ine, 
Tant  qu*el  covroit  totc  la  plaine. 
Eth  vos  lost  tote  descendue 
De  Jérusalem  et  tendue 

io8o5  Es  pleins  de  Rames  ça  aval; 
La  veissiez.meint  bel  cheval. 

Le  demeinche,  el  jur  meimes 
Que  a  Acre  nus  revenimes, 
Fud  de  Jaffe  Tost  atrovee 

10810  De  la  paene  gent  desvee, 
E  le  lunsdi  si  assaillirent 


Dehors  es  jardins  s'eneontrerent, 
E  tute  jor  les  conlresterent, 

1081 5  Si  qu  onques  cel  jor  n'aprismerent 
Del  chastel,  tant  les  herdeierent, 
Ne  Tendemain  qui  fud  marsdi. 
Ne  le  Itère  jor;  mais  le  joesdi 
Fud  la  vile  entur  asiegiee, 

10830  E  la  gent  dedenz  trop  gregiee; 
E  fist  drescier  quatre  perieres 
Salahadins  forz  e  legieres 
E  dous  mangonels  a  jetter; 


E  donc  oissiez  regreter 

io8a5  As  cristiens  dedenz  la  vile. 

Qui  esteient  plus  de  cinc  mile. 
Que  sain  que  malade  gisant, 
Qui  tut  alouent  regretant 
E  (liseient:  (rHa!  reis  d'Engletere, 

io83o  f  Que  es  tu  alez  a  Acre  quere? 
rrCristienté,  com  iés  faillie  N 
La  veissiez  gent  assaillie 
A  tel  force  e  od  tel  emprise, 
E  tant  gent  nafree  e  ocise, 

io835  E  si  hardiement  deffendre 
E  si  tost  monter  e  descendre 
Que  suz  ciel  n*ad  riens,  qui]  yeist 
Qui  trop  grant  pitië  n'en  preist. 
Les  perieres  tozjorz  jetèrent, 

108/io  E  li  mangonel  ne  finereui; 
Cil  dedenz  perieres  aveient. 
Mais  aidier  ne  s*en  saveient. 
Li  Turc  jetèrent  a  la  porte 
Devers  Jérusalem  trop  forte, 

io845  Tant  que  li  arc  de  sus  chairent, 

Dont  nostre  gent  muU  s*esperdirent , 
E  le  mur  a  destre  trencherent  : 
Deus  perches  jus  en  trebjcherent 
Le  jur  de  vendresdi  sanz  faille. 

io85o  La  veissiez  dure  bataille, 

Quant  li  Turc  en  la  vile  entrèrent: 
Achamaillë  illoques  erent; 
Mais  li  Turc,  qui  tozjorz  creissouent 
Des  conroiz  qui  de  l'ost  issouent, 

io855  Crurent  tant  que  il  les  perchicrent, 
E  que  contre  mont  les  chacierent 
Desqu'el  Toron  devant  la  tqr. 
La  veissiez  hisdps  alur 
Des  malades  qui  se  giseient 

108G0  Par  les  maisons,  qu'il  ocieient. 


Fol.  79  c. 


La  viiie  e»t 
priw  (3i  juU- 
let). 


10787  com  —  10788  E  sisfr.  —  10790  si  c.  nos  vos —  10791  en  manque —  10799  conae —  10796  donc 
—  10809  qaele  —  10807  dimeinche  —  10809  trouée  —  1081 3  sis  encontrerent  —  io836  tant  i  ot 
gent  nafrc  —  io838  Que,  grant  manque  —  io8â8  en  manque  —  io853  qui  man^e  —  io855  quil  — 
io856  qui 


<9 

nwuactu  batioraul 


391 


L'ESTOIR£  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


S9S 


Fol.  79  rf. 


I^  chAUtu  ni- 
tisle. 


Dont  il  i  ot  maint  bon  martyr. 
La  veissiez  genz  dcpartyr 
K  fuir  s'en  vers  la  marine; 
E  la  cruel  gent  sarazine 

io865  Les  maisons  pristrenl  e  peifrereut, 
E  trestoz  les  blez  en  portèrent 
E  trestoz  les  vins  cspandirent. 
Li  un  le  Thoron  assaillii*ent 
Ou  la  gent  Dampnedeu  esteient, 

10870  Qui  durement  se  defeudeient; 
E  li  autre  a  la  mer  cururent, 
As  nefs,  as  barges  ki  la  furent, 
Ou  noz  genz  voleient  vertir 
Por  cls  saiver  e  guarantir. 

10875  La  ot  meint  moK  des  dcrerains. 
La  vit  Tem  Auberi  de  Rains, 
Qui  le  chastel  deveit  guarder. 
Si  vilainement  coarder 
Qu'il  iert  entré  en  une  barge 

10880  Por  fuir  s'en  par  la  mer  large, 
Quant  li  prodome  l'escrierent 
Tant  que  ariere  le  retomerent, 
E  mistrent  a  force  el  Thoron , 
E  tant  qu'il  dist  :  (tici  muron 

1 0880  (T  Por  Deu ,  quant  autre  ne  puet  estre.  ri 
Tut  cntur  els,  dcstre  e  senestre, 
Au  pië  del  Thoron  assailleient 
Tant  Turc  que  il  ne  se  saveient 
De  la  quel  partie  défendre. 

10890  La  vcissiez  pilez  descendre 

E  chaoir  plus  menu  que  gresle; 
Pié  a  pi(5  erent  molle  pelle. 
Tote  jor  dura  l'eschermie, 
Mais  noz  genz  ne  durassent  mie 

10895  As  granz  assalz  ne  a  la  grant  charge, 
Si  Deus  n'eust  le  patriarche 
Novel  feit  feit  illoc  remaindre, 


Qui  por  mûrir  ne  se  velt  faindre 
De  cels  sauver  qui  illoc  esteient 

10900  Qui  a  la  mort  se  combateient; 
Einz  manda  a  Salahadin, 
Au  large,  au  vaillant  Saraxin, 
E  Saffadin  qu  il  l'en  preiast, 
Que  une  triuue  lor  otreiast 

10905  Seulement  desqu'a  Tendemain; 
E  il  pemeit  la  chose  en  main , 
S'il  n'aveient  veu  eini  none 
Ou  genz  d'Acre  ou  geni  d'Escalone 
Ou  del  rei  Richart  d'Engletere 

10910  Qu'il  aveient  en veië  quere, 
K'il  metreit  son  cors  en  oslage 
E  autres  genz  de  grant  parage 
A  mètre  en  fers  ou  en  liens 
Que  chescon  d'icels  cristiens 

10915  Qui  el  Thoron  se  combateient 
A  Salahadin  paereient 
Dis  besanz  d*or  deu  tensement, 
E  les  femes  tut  ensement 
Chescone  doreit  cinc  besani, 

10930  E  treis  por  les  petit  enfanz. 
Issi  com  il  le  demanda 
Et  Salahadins  comanda 
Qu'il  fust  aGé  e  tenu. 
Eth  vos  le  messagier  vena  ^ 

109^5  Eth  vos  la  triuue  graantee 
E  la  chose  issi  arestee: 
As  Turs  deus  ostages  livrèrent, 
Ki  od  le  patriarche  alerent: 
Ço  fud  Auberiz  e  Tiebauz 

10980  De  Treies,  qui  iert  preaz  e  baux. 
Un  serjant  le  conte  Henri, 
Qui  le  son  peire  aveit  nurri, 
E  d'autres  en  i  pot  avoir 
Dont  jo  ne  poi  les  nons  savoir. 


Fol.60 


10861  otwMwi^—  io864cnieie  —  10875  de  derains—  10876  aubri—  10881  licMnerenl —  10888  quil 
—  10889  l«q"eie  —  10894  iw  deiïiorMBent  —  10895  ne  ai  gr.  —  10897  ^  ^^  f«i*  numqm —  10907  wo 
manqHê  —  10908  le  êêcond  gens  numqtte  —  10917  dentensement  —  10995  grantee  —  10919  wMt  — 
10930  treis  —  10989  le  manqué 


293 


L'ESI-OIRB  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


29ii 


UT. 

qai 
il  à 
yri«, 
dpi- 
JiAi 


«A-  10935       Vos  m'oistes  dire  e  conter, 
Et  il  fait  bien  a  reconter 
Por  le  grant  bien  qui  en  avint, 
De  Tost  qui  a  Acre  revint, 
Tote  mate  e  desfestivee, 
log^o  E  de  deheit  tote  tuée, 

E  que  tuit  aler  s'en  quidouent 
E  a  lor  nefs  a  plein  aloueni , 
E  que  li  reis  Richarz  meimes, 
Si  que  a  nos  oiU  le  veimes, 

06.  109/16  Aveitja  pris  congiéal  Temple 
E  al  Hospilal  el  contemple, 
E  aveil  veu  ses  gualees, 
Qu*eles  fussent  bien  aUMraees: 
A  Tendemain  se  deveit  mètre 
10960  Por  aler  s'en,  ço  dit  la  letre, 
Par  Barut  U  e  ses  maisnees; 
E  i  avMt  ja  enveiees 
Set  gualees  qui  estormirent 
Cels  del  cbastel,  qui  s'en  fiiirent, 

1 0965  E  qui  ja  lui  ne  atendissest 
Si  pluft  des  gualees  veissent. 
Si  com  li  reb  iert  en  sa  tente, 
Le  s«ir  al  vespce,  en  tele  atente, 
Eth  YM  une  barge  abrivee 

10960  Venir  a  Acre  e  arivee; 

E  cil  qui  de  la  barge  ebsirent 
Vindrent  al  rei,  plus  n'atendirent. 
Si  lui  distrent  que  Jaffe  iert  prise, 
E  la  gent  al  Thoron  assise, 

10966  S'ele  n'ierl  par  loi  sucome. 
Que  tote  iert  morte  e  encorne. 
Si  corne  J0  vos  ai  conte; 

E  li  preuz  reis  par  sa  bontë 
Leissa  lot  son  porposement 
10970  E  dist  :  (tJoi  irai  veirement;?? 
E  fist  dereebief  Tost  somMidre. 
Mais  onques  li  Franceis  respondre 
Ne  len  voldrent,  ainz  respondirent. 


%9gh^  Au  domain  —  1 0960  jafft  —  1  <t^6è  acre 
choses  —  1 1 007  Et  qui  —  11 008  dreit  manque 


Li  envios  qui  mal  le  virent, 
10975  Que  ja  lorpié  n'i  porteroient 

E  qu'en  l'osto  lui  mes  n'iroient: 

No  firent,  o  lui  n'od  nul  orne,  Fol.  80  e. 

Ainz  murure&t,  ço  fud  la  some. 

Neporquant  cil  qui  Deu  cremoienl, 
10980  De  quel  terre  que  il  estoient, 

E  Temptier  e  Ospitalier 

E  maint  altre  bon  chevaler 

Montèrent  e  s'apareillerent, 

E  errerait  e  chevalcherent 
10986  Tôt  droit  a  Cesaire  par  terre; 

E  le  vaillanz  reis  d'EIngletere 

Ala  en  gualees  par  mer. 

Eth  les  vos  riehemeni  armer 

Si  queooques  mielzn'en  porent  estre. 
10990  La  fn  li  quess  de  Leicestre, 

Si  i  fu  Andreus  de  Chavignié, 

Si  i  fu  Rogiers  de  Saeië; 

Si  i>it  l'em  des  Ornes  Jordan, 

Qui  puis  morui  en  icel  an  ; 
1 099&  Si  i  fu  Raois  de  Mallion 

Qui  a  ia  baniere  al  lion; 

Si  i  fu  Aucoens  del  Fai , 

Qui  maint  Sarazin  eisvai; 

Si  i  furent  cil  de  PreaU, 
11000  G'erentdes  compaignoos  reans, 

E  maint  aulore  home  renomé 

Qui  ne  me  furent  pas  nomë. 

Cil  aloient  al  Deu  servise , 

E  cil  de  Genve  e  cil  de  Pise, 
11006  Qui  al  besoing  grast  Iru  itindrent. 

Oiez  cornent  choses  avindrent 

Cil  qui  par  terre  a  Jaflre  aioaent 

E  qui  droit  aler  i  quidouent 

Erent  a  Cesaire  aresté , 
iioio  R  ft'i  orent  gueires  est^ 

Quant  hom  Tor  dist  que  Saleadins       Fol.  80  </. 

Lor  faisoil  guaitier  les  chemins , 

10980  quela  t  ^il  —  1  too5  i  mmqwe  —  1  ioo(Vief 


'J9 


205 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


396 


Si  qu'il  furent  illoc  assis: 
(lo  cs(oil  le  fil z  al  Ilausasis, 

11 01 5  Qui  erl  entre  Arsur  e  Cesaire. 

Devers  la  mer  d'un  vent  contraire 
Noz  autres  genz  sunt  destorbees, 
E  H  rois  e  ces  des  gualees, 
Si  (jue  de  treis  jorz  ne  se  murent 

10020  De  soz  Chaiplias  ou  il  jurent, 
E  que  li  reis  diseit:  tr Merci, 
ffDeu!  por  quoi  me  tenez  ici? 
r  Ja  vois  je  en  vosire  seniseîw 
Mais  Dampnedeus  par  sa  franchise 

11095  Lor  cnvoia  un  vent  de  Loire, 
Qui  le  mena  o  lot  s'estoire 
Al  porl  de  JalTe  al  vendresdi 
Tart  c  par  nuit;  le  samedi 
Fust  la  triuue  a  none  faillie, 

1  io8o  E  la  gent  morte  e  malbail  lie 
E  a  mort  c  a  doel  livrée^ 
Si  Deu  ne  l'eust  délivrée 
Par  le  rei  issi  faitement 
Com  nos  vos  conterons  briefmenl. 

11035      Le  preuz  rois  e  ses  genz  menbrees 
Orent  geu  en  lor  gualees 
Tote  la  nuit  del  samedi 


S'arma  e  ses  genz  ensement. 

110^40  Or  si  orez  deu  tensement, 
Come  la  vile  estoit  tensee 
De  traison  e  porparlec, 
Que  li  Turc  orent  porpensé 
Vers  cels  qui  s'estoient  tensé 

11 0^15  Por  les  besanz  que  il  pramistrent. 
A  paier  le  matin  les  mislrenl. 
Fol.  8i  A.  E  si  paioient  ja  al  main. 


Et  li  Sarazin  toi  de  plain, 

Ensi  come  cil  les  paioient, 
iio5o  El  il  les  testes  lor  trenclroienl, 

Si  quidoient  ovrer  molt  bien  ; 

Mais  honic  soit  foi  de  chien  ! 

Ja  en  avoient  set  tuez 

E  en  une  fosse  ostrocz, 
iio55  Quant  cil  del  Thoron  s'apei'çurenl; 

Si  contèrent  cil  qui  la  furent 

Que  illoc  veissiez  dolz  ator, 

Sus  el  Thoron  devant  la  tur, 

De  la  peor  que  cil  avoient 
1  loGo  Qui  a  la  mort  jugië  estoient; 

La  veissiez  tanz  genz  plorer, 

E  melre  a  genoilz  c  orer 

Faire  confès  c  copes  batre, 

E  cil  dehors  dedenz  abatre 
11065  En  la  presse  grant  de  la  geni 

Por  morir  dererainement  : 

Quar  tote  rien,  quant  mort  la  chace» 

Quiert  un  poi  de  tens  e  d^espace. 

Ja  atendoient  lor  martire  : 
11070  Si  pouns  bien  por  vertd  dire 

Que  illoc  ot  tels  lermes  plorees 

Que  a  Deu  erent  savorees; 

Car  els  venoient  de  destresce 

De  mort  e  de  la  parfondesce 
11075  De  lur  cuer,  que  a  lui  tendoient 

Ensi  com  il  mort  atendoient,  i^mmt^^ 

Et  il  n'i  avoit  nule  atente 


|Uebiri4âin 

Fors  de  morir  a  lor  entente,  lé  ekitoicd 

fille    et    i^^ 

Eht  vos  li  Turc  qui  aperçurent  {t^m^u^] 

11080  Les  gualees  <[ui  el  port  furent: 
Le  rivage  tôt  contre  val 
Vinrent  a  pid  e  a  cheval, 


iioi5  e.  asur  e  a  ccmirc  —  1 1016  mer  uns  ven»  —  11017  ^^  "^^  —  11018  E  manqu»  —  110S7  1®^* 

—  11029  Pu  —  iioAo  Ore  —  110^1  Com  —  iio43  porpcnsce  —  110/iâ  tenace  —  iio&5  quit  pre- 
mistront  —  1 1  o46  A  lor  painc  I.  —  1 10/17  J*  *^  ^°  —  1 1069  com,  les  manque  —  1  io5a  boni  —  1  io55  dl 
manque  —  11066  dcrainement  —  11068  de  tous  e  manque  —  11070  verilc  —  11071  orent  tdes  — 
1 107a  orent  —  1 1078  elc«  —  1 1075  qua  —  1 1076  mort  manqué  —  1 1077  fors  datente  —  11078  de  lor  6. 

—  1108a  Vint 


297 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


298 


»i.  81  6.  Que  la  marine  en  fu  si  plaine 

Que  il  i  porent  a  grant  paine. 

iio85  Roeles  avoient  e  targes, 

E  traoienl  desi  qu'as  barges 
E  tresqu  as  galees  le  roi. 
La  veissiez  tant  fier  desroi 
De  cels  qui  a  cheval  estoient, 

11090  Qui  dedenz  la  mer  s'enbatoient 
E  traoient  a  estriver 
Que  il  ne  peussent  ariver, 
E  li  preus  Richare,  ço  me  semble, 
Toz  ses  veissels  atrait  ensemble 

11095  Por  parler  a  sa  compaignie. 
Lors  dist  a  sa  chevalerie  : 
trGentilz  chevaler,  que  feroms? 
(rlrom  nos  ou  ariveroms, 
rrOu  cornent  le  porom  nos  faire ?9) 

11100  Si  fu  donc  itele  Faifaire 

Qu'il  ot  d'itels  qui  respondirent 
Que  a  lor  avis  entendirent 
Que  nient  n'estoit  de  Tenprendre 
De  l'ariver  ne  del  port  prendre; 

iiio5  Car  tuit  quidouent  sanz  devise 
La  gent  del  chastel  fust  o(»6e. 
Endementers  qu'A  enqueroient 
Savoir  mon  s'il  ariveroient, 
Eth  vos  que  li  rois  d'Engletere 

11110  Vil  saillir  en  mer  de  la  terre 
Un  provoire  messe  chantant 
Qui  vint  al  roi  tôt  droit  noant, 
Quil  recoilli  en  sa  gualee. 
Cil  li  dist  :  trGentilz  rois,  alee 

1 1 1 1 5  «r  Est  la  genl  que  vos  aient  ci , 
trSe  Deus  e  vos  n'en  ait  merci.  ?> 
Pol.  81  c.  trComent,?)  dist  li  rois,  trbiaus  amis? 

trVit  en  mes  nul?  ou  sunt  il  mis??» 
«rSire,  oil  :  devant  celé  tor 


1 1 1  ao  (t  A  tendent  lor  mort  lot  en  tor.  r» 

Si  tost  com  li  rois  entendi 

Que  si  estoil,  plus  n'atendi; 

Lors  dist  :  (rDeus  nos  fisl  ça  venir 

«Por  soffrir  mort  e  soslenir; 
iiia5  ttE  quant  morir  nos  i  covient, 

(rHoniz  soit  qui  ore  n'en  vientl?) 

Lors  fist  traire  avant  ses  galees; 

Ses  jambes  totes  désarmées, 

Sailli  des  ci  qu'a  la  çainture 
1 1  i3o  En  mer  o  sa  bonc  aventure , 

E  vint  a  force  a  tere  sesche 

Secont  ou  prims,  ço  fu  sa  teche. 

Giefroi  del  Bois  e  de  Preials 

Pierre,  li  preu  e  li  reaus, 
iii35  E  tuit  li  autre  après  saillirent, 

As  Turs  vindrent,  sis  assaillirent. 

Dont  la  marine  en  esteit  plaine; 

E  li  preuz  reis  sis  cors  domaine 

Les  ocioit  0  s'arbaleste, 
1 1  i4o  E  sa  preuz  gent  hardie  e  preste 

Par  les  rivages  les  si  voient. 

Li  Turc  devant  lui  s'en  fuioient. 

Qu'il  n'i  osoieAt  aprismier; 

Et  il  mist  main  al  brant  d'acier, 
111^5  Si  lor  curut  en  corant  sore, 

E  les  hasta  si  a  celé  bore 

Qu'il  n'orent  leissir  d'els  défendre. 

Ne  ne  l'osèrent  plus  atendre 

Ne  sa  compagnie  esprovee, 
1 1 1 5o  Quis  fereit  come  gent  desvee. 

Tant  les  ferirent  e  haslerent 

Que  la  marine  délivrèrent 

Des  Turs  e  que  toz  hors  les  mistrenl ,  Fol.  81  d. 

E  donques  après  ço  si  pristrent 
111 55  Toneak  e  fuz  e  planches  larges 

E  vielz  galees  e  vielz  barges. 


1108&  imanque  —  11098  E  li  preai  rois  —  11099  nos  numquê  —  11100  itei  —  11 109  atendirent  — 
iiiiS  Est  manqué  —  iiiaS  E  man^  —  iiido  et  st  bone  —   iiiSs  ou  premiers  —  iii3d  e  numquê 
—  11187  en  ert  p.  —  11189  ouec  sari)leste  —  iiiâ8  Ne  len  o.  —  111&9  compaigoe  —  ]ii5o  com  - 
iii5i  haslirent  —  iii53  que  numquê  —  iiiSA  çonumquê 


291) 


[;estoire  de  la  guerre  sainte. 


300 


Fol.  8a  «. 


Siu  esloperent  la  marine 
EntrVU  e  la  geut  sarazine; 
E  i  mist  li  roi»  chevalers 

1 1 1  (>o  Ë  serjaaz  e  arbaleslers 

Qui  as  Sarazins  paletoient; 
E  il  braoicot  e  liuoient 
E  s'en  pari  oient  a  euviz. 
Puis  monta  ii  rois  une  viz 

1 1 105  Qui  veit  en  Tostel  as  Templiers  : 
liloc  entra  il  toi  premiers 
E  se  mist  a  force  en  la  vile, 
E  trova  bien  plus  de  treis  mile 
Sarazins  qui  tôt  eissilloient 

1 1 170  Le  chastei  e  loi  en  portoient; 
E  li  plus  hardiz  rois  del  mont, 
Ricbarz,  des  qu'il  fu  sus  a  mont, 
Fist  ses  banieres  desploier, 
E  les  fist  a  mont  eavoier 

11175  As  cristiens  tant  qu'il  les  \ iront; 
E  si  tost  corn  il  les  choisirent, 
((Saint  sépulcre U  tuit  escrierent, 
Lor  armes  pristrent,  si  s'armèrent, 
E  si  ne  demorerent  mie. 

11180  Eht  vos  Tostpai^ne  estormie 

Quant  il  virent  noï  gens  descendre  : 
La  veissez  tanz  Turs  estendre. 
Que  li  rois  a  tere  estendoit! 
Nus  a  sou  cop  ne  Tatendoit 

1 1 185  Que  sa  vie  n en  fust  alee. 
Eth  vos  nostre  gent  avalée 
Tôt  contre  val  par  mi  les  rues. 
Le  veissiez  gcoz  confundueB 
El  ocises  e  detrcnchiees; 
90  iia  furent  les  plaies  vengées 
Des  malades  que  il  troverent 
Dedenz  la  vile,  qu'il  tuèrent, 
Qui  ne  se  pooient  movoir. 


111 


La  veissiez  genz  aplovoir 
1 1 195  E  Sarazins  livrer  a  honte. 

Que  vos  feroic  jo  long  conte? 
Fors  que  tant  corn  en  aconsuirenl 
De  cels  qui  en  la  vile  furent, 
Qui  a  tens  eissir  ne  se  porent, 
iiaoo  Que  cels  errahnent  lue  orent. 
Eth  vos  la  vile  délivrée 
Et  gent  a  grant  honte  livrée. 
Li  rois  après  els  s'en  eissi. 
Que  le  jor  en  ot  feit  ensi, 

I  ijo5  E  n'avoit  lors  que  treis  chevals; 

Qu'onques  ueis  on  Roncevals 
Nus  boni  ne  joefnes  n'anciens 
Ne  Sarazins  ne  cristiens 
Ne  se  contint  a  sa  manière; 

iiaio  Car  quant  lors  virent  sa  baniere, 
Si  frémirent  destre  e  senestre. 
I>a  ne  volsist  nul  eoart  estre, 
Que  Deu  ne  fist  ne  neif  ne  pluie. 
Quant  ele  chet  tant  qu'ele  bannie, 

liai 5  Qui  chiece  plus espesement 
Que  pilet  plus  mennement 
E  quarel  illuc  ne  pleusani, 
£  que  plas  entr'els  n'en  eussenl. 
Eth  vos  la  novele  aportee 

iiaao  A  Salehacbn  e  contée 

Que  sa  gent  si  ert  assaillie; 
E  il,  la  persone  faillie, 
Qui  estoit  plus  irez  que  leus, 
Dut  estre  de  peor  fevrens; 

iiaa5  Si  n'osa  illoc  plus  atendre, 

Ainz  fist  ses  paveilkms  desiendre 
E  ses  tries  sua  es  plains  ariere; 
Ë  li  rois  e  sa  preuz  gent  fme 
Tant  les  sivirent  e  ehaeereni 

I I  a3o  E  ferirent  e  enchaucerent 


K,  VI,in. 

Fuie  de  Si- 
ItdÎD. 


Fol.  %n  h. 


iiiGo  arblosLers  —  1)169  toz  —  m??  luit  manque  —  11189  taas  manqué  —  iiiSâ  Que  bm  — . 
11189  ocioeso —  11191  qui! —  m97  com  conmirQBl  —  iiaoo  luëtMii^iM  —  1190/i  en  fiât—  11*07  Mff,. 
no  tnauqufi  —  1 1  a  1 6  Que  li  piiet  -^  11  aao  E  Mlehidioft  —  1 1  aai  n  wumque  —  1 199&  Dcwt»  feqereaa  — 
1 1937  E  manque  —  11398  preude  —  11980  enchacttrant 


301 


UESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


SOS 


Ad  arbalestierft  quis  feroient, 
Qui  lor  chevals  lor  ocioient, 
E  tant  enchaucerent  e  trestrent 
Que  deus  granz  lianes  se  retrestrent  ; 

I  ia35  E  li  rois  se  fist  sempres  tendre 

La  mi  Salahadins  atendre 
Ne  l'osa,  as  places  demaines; 
La  se  tendi  Richarz  li  maines. 
Quant  cele  jomee  fu  faite 

11 9/10  E  Tost  des  Tores  se  fu  retraite, 
L'ost  icrt  honie  e  vergondee 
Que  gent  de  pié  Font  reusee, 
Que  si  petit  d'eforz  avoient 
Contre  tanz  Turcs  com  il  estoient, 

113^5  Fors  tant  que  Deus  i  ot  main  mise, 
Que  sa  gent  ne  fnst  pas  malmise. 
Estes  Yos  que  Salehadins 
Fist  apeler  ses  Saraizins 
E  les  Turcs  de  plus  haut  estace, 

I I  s5o  Si  lor  demande  :  tr  Qui  vos  cbace ? 

ffFiSt  donc  l'ost  d'Acre  relomee 
(t  Que  si  a  ma  gent  atomee  ? 
n  Sunt  il  a  pié  ou  a  cheval 
(rCil  qui  venoient  contre  val  7  ?» 

iis55  Tant  c'un  traituesquil  savoit, 
E  qui  le  roi  veu  avoil  : 
.  89  c.  (rSire,  chevalcheure  nule 

(T  N'ont  il  od  els,  cheval  ne  mule, 
(tFors  que  ii  rois,  li  bon  vassals, 

1  it6o  (rTrova  en  Jaffe  trais  chevals  : 
ffltant  i  a  e  puet  avoir 
ffE  neient  plus  por  nul  avoir; 
irE  s'il  iert  quil  volsist  enprendre, 
«rL'on  poroit  lui  e  son  cors  prendre, 

1  is65  (T E  sanz  guaires  i  mètre  entente, 
ftQue  il  gist  tôt  sels  en  sa  tente.  7) 


Ce  fu  un  jor  d'un  samedi,  itimmrmmRi- 

Selonc  l'estoire  que  jo  di,  "^  ^^^ 

Que  la  vile  fu  reoovree  *••«•  »«»*  ■•*• 

1 1370  E  des  Sarazins  délivrée,  nêitm  ^«oi«é9. 

Que  merveilles  i  orent  fdtes 

E  qui  tozjorz  seront  retraites. 

Car  il  orent  Jaffe  reprise, 

E  la  gent  crestiene  ocise 
1 1376  Malade  qu'il  orent  Irovee; 

Si  fu  la  vérité  provee 

Qu^en  la  vile  lanz  pors  troverent, 

Que  il  ocistrent  e  tuèrent, 

Que  ço  fu  une  enfinité; 
1 1  aSo  E  (0  est  son  de  vertté 

Que  char  de  porc  il  ne  manjuent, 

E  por  ço  vdentiers  les  tuent  : 
'  Ne  heent  plos  rien  terriene, 

El  despit  de  fet  cnstiéne  ; 
iia85  Si  avoient  mis  e  mellea 

La  gent  e  les  pors  lez  a  lez; 

Mais  li  crislien  les  cors  pristrent, 

Cil  qui  por  Den  s*en  entremistrent, 

Les  eristiens  toz  entererent 
11990  E  les  Samzins  hors  jetèrent 

Qu*au  samedi  ocis  avoient 

Ovec  les  pors,  qui  tant  pnoîênt 

Qu'il  ne  pooieni  endurer. 

Elh  vos  que  lî  rois  6st  ovrer  poi.  g,  d. 

119^5  Le  diemaine  e  le  lundi 

Al  mnr  de  Jaffe  e  le  marsdi  ^ 

La  ou  le  virent  depecié, 

Tant  que  anques  Forent  redrescié, 

Come  sanz  chalz  e  sanz  mortier, 
1  i3oo  A  défendre  s'en  fust  mestier; 

Mais  Tost  iert  par  dehors  es  tentes 

Ou  pins  orent  de  granz  atentes. 


m- 

cifrJi,  VI,  xvui. 

Les  man  d« 
Jafla  sont  r^- 
rëi. 


ii93i  arbiestiers —  11 938  maimes  —  11989  icele  —  ii9ào  sert  —  119&1  iert  manqué  —  ii963  petix 

—  119/^à  il  manqnê —  11966  i  manque'-^  11966  fa  —  11967  Eth —  iisSi  Eth —  11 956  qui  mmifuê  — 
11967  ^*  ^^^^  mul  ne  mule  —  11968  cbeuiKer  nemue  —  119S6  Qui  g.  —  11968  di  d  —  1197S  prise 

—  1 1978  Quil  —  1 1 981  il  numquê,  maniouent  -^11 989  taouent  — - 1 1 986  Si  fNon^  —  1 1 988  en  moMfÊt  — 
1 1 995  dimaine  —  1 1 996  As  murs,  mecreodi  — ^  1 1 999  Com  — *  1  i3oi  M.  iost  —  1  i3o9  gftat 


303 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


M& 


lUnerarium  Ri- 
etardi,  YI,  xix. 

L«sTurespro> 
jetteol  de  sur- 
preodrc  Richard 
dans  sa  (ento. 


lUnerarium  Ri~ 
eardi,  VI,  xx. 

Henri  de 
Champagne  ar- 
rite  de  C^rée 
h  JafTa. 


Fol.  83  0. 


Li  Mamelon  Salehadin, 
Cil  de  Halape  e  li  Cordia, 

ii3o5  La  legiere  bachelerie 
De  la  paiene  gent  haie, 
A  un  parlement  s'asemblerent, 
E  distrent  tuit  que  honiz  erent 
Que  por  tant  gent  guerpi  avoient 

it3io  ^affe  corne  li  nostre  estoient, 
E  qu  il  n'avoient  nul  cheval. 
Ço  distrent  a  mont  e  a  val 
Entr  els  tant  qu'il  s'enlrefierent 
E  tant  que  illoc  se  vantèrent 

ii3i5  Qu'en  sa  tente  le  roi  prendroient 
E  que  aSakadin  le  menroient, 
E  fu  Tovre  ensi  affiee. 

Etb  vos  que  en  une  gualee 
Vint  li  cuens  Henris  de  Champaine 

11 330  De  Cesaire,  il  e  sa  compaigne. 
L'ost  ert  a  Cesaire  venue, 
E  s'iert  mal  grë  sueu  détenue 
Por  les  Sarazins  qui  guardouent 
Les  flums  o  qui  les  pas  guaitoient, 

ii3a5  Si  que  li  rois  secors  ne  aie 
N'ot  de  tote  lor  compaignie 
Fors  seul  de  son  neveu  le  conte. 
Onques  n*i  pot  avoir  par  conte, 
  trespasser  la  fort  jornee 

ii33o  Que  hom  li  avoit  atornee, 

Fors  que  tant  seulement  cinquante 
Chevalers  ou  al  plus  seisante, 
E  serjanz  e  arbalestiers 
Preuz  e  seurs  de  lor  n^stiers, 

11 335  E  gent  de  Genve  e  gent  de  Pise 
Qui  por  Deu  s'ert  illoc  promise, 
E  autre  genz  entre  deus  mile; 
Ne  illoc  puis  que  rescust  la  vile, 
Ne  pot  aveir  quinze  chevals 


i 

Sid 


ii3/io  Assemblez  entre  bons  e  mais. 
Dont  il  ot  puis  si  grant  sofraite 
Que  sa  gent  fust  perie  et  fraiie 
Se  Deu  ne  Teust  guarantie 
Des  Turs  e  de  lor  aatie. 

1  i3/î5       Ore  orez  une  grant  merveffle, 
Dont  tôt  li  mondes  s'esmerv6ille, 
Que  nostre  gent  fust  tote  prise. 
Le  mecresdi,  par  celé  emprise 
Que  cil  durent  prendre  le  n», 

ii35o  Si  Deu  n'en  eust  pris  conroi. 
La  nuit,  a  bore  de  matines 
Montèrent  les  genz  sarazines, 
Si  conreerent  lor  batailles, 
E  puis  lacierent  lor  ventailles 

1 1355  E  chevalcherent  a  la  lune. 
Iloques  fist  Dampnedeus  une 
De  ses  glorioses  bontez, 
E  bien  doit  estre  recontez 
Quant  il  fait  une  bêle  ovraine- 

ii36o  Estes  les  vos  a  val  la  plaine, 
Chevalchant  tut  sereement; 
E  Dampnedeus  nomeement 
Leva  entr'els  unes  tençons 
Des  Cordins  e  des  MamelQUS, 

11 365  Saveir  mon  li  quels  descendioienl 
A  pië  e  noz  genz  atendroient 
Qu'il  ne  peussent  revertir 
Al  chastel  por  els  guarantir.  Fol 

Chescons  disoit  :  (rVos  desceadioiz, 

11370  rr  Mes  vos.  ?)  rr  Mes  vos.^  (r  Mes  vos,  c^est 

[didis; 
rNos  devon  mielz  estre  a  ch6vd.i» 
E  vindrent  tençant  contre  vttl, 
E  tant  dura  l'estrif  illoques. 
Des  uns  et  des  autres  ovecques 

11375  Qu'il  orent  le  cler  jor  veu, 


11809  tant  de  gent  —  ii3io  com  —  Ii3i3-ii3i6  iniervertU  —  ii3i4  E  tnanquê,  stoant^nDt  «— 
ii3i8  quen  —  11 33 a  seuen —  11839  forte —  it33i  tant  man^ —  11 333  arbiastiers —  itd35,gHyM|i 
de  pise  —  1 1887  genz  bien  entre  —  1 1838  par  quoi  r.  —  1 1889  P^^^  —  1 1860  Assembler  —  i|iM|i4bQ~ 
nen  e.  —  11 345  la  gr.  —  118^7  g.  ne  fiil  t.  —  11866  tendroient 


»05 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


306 


Si  come  Deus  Tôt  porveu; 
E  li  l'ois  dormoit  en  sa  tente. 
Oiez  bêle  aventure  e  gente 
D'un  Genevois  qui  s'iert  levez 

ii38o  E  ert  a  la  berue  alez 

Tôt  droit  al  point  de  Tenjorner. 
Si  com  il  voloil  retomer, 
Si  oi  les  Turs  qui  venoient 
E  vit  les  hiaumes  qui  lusoient, 

1 1 385  Si  come  son  chief  abeissa  ; 
Onques  puis  sa  voiz  ne  cessa 
De  crier  que  noz  genz  s'armassent 
E  que  tuit  a  armes  alassent'; 
E  li  rois  del  cri  s'esveilla , 

11390  Qui  le  jor  puis  mult  tra veilla. 
De  son  lit  sailli  sus  en  piez 
E  vesti,  si  com  jo  suspiez, 
Un  bknc  hauberc  fort  e  tenant; 
Si  comanda  de  mantenant 

11395  Ses  compaignons  a  esveillier; 
'H«f«riwiiK.  Si  ne  fait  pas  a  merveillier 

CcttUu.  El-  ^^  ^®  ®^  ^®^^  suzpresture 

Ot  illoques  contrepresture 
A  els  vestir  e  a  armer; 

11^100  Car  jo  vos  puis  bien  afermer 
Qu'il  furent  si  hastë  illoques, 
Le  roi  e  assez  autre  oveques, 
Que  jambes  désarmées  nues 
fol.  83  c.  E  descovertes  fors  des  nues , 

ii6o5  E  tels  i  ot  tôt  nuz  sanz  braies, 
Qui  i  orent  assanz  e  plaies, 
Se  comba tirent  n  jornee  ; 
Sis  greva  plus  qu'autre  rien  née. 
Si  come  nostre  gent  s'armoient, 

11610  Eli  Sarazin  apresinoient. 

Eth  vos  que  li  rois  fu  montez, 
E  n'ot  0  li  d'omes  contez 


«ii*df  Richard 


dfM 


roai|w- 


M«« 


Fors  dis  a  cheval  seulement; 

Si  dit  l'estoire  finement 
11  Al 5  Que  li  quens  Henris  de  Champaigne 

Fu  a  cheval  e  sa  compaigne; 

Si  i  fu  li  quens  de  Leicestre, 

Koberz,  qui  bien  i  deveit  estre; 

E  Bertelmeu  de  Mortemer 
1  i/i9o  Fu  a  cheval,  al  men  esmer; 

Si  i  fu  de  Mallion  Raols, 

Qui  onc  ne  fu  d'armes  saols; 

Si  i  fu  de  Chavigni  Andréas, 

Qui  fort  e  preu  fu  a  estreus  ; 
ii/ij5  Si  i  fu  Girard  de  Fomival 

Oveques  le  roi  a  cheval; 

Si  i  fu  Rogiers  de  Saci , 

Qui  sist  en  un  povre  ronci; 

Si  i  fu  Guillames  de  TEstanc, 
ii/i3o  Qui  ot  un  cheval  trop  estanc; 

Si  i  fu  Hue  de  Noefvile, 

Un  ardi  serjant  e  nobile. 

Henri  le  Tyois  el  conroi 

Portoit  la  baniere  le  roi. 
1 1 635  Eth  vos  nostre  gent  conreee 

Contre  l'ost  cruel  desreee , 

E  par  batailles  eslablie, 

Chescone  a  sa  conestablie. 

Li  chevalers  sor  la  marine 
116/10  Furent  por  la  gent  sarazine 

Vers  Saint  Nicholas  sor  senestre  : 

Illoques  lor  convenoit  estre  Fol.  83  d, 

Quar  li  plus  des  Turs  se  traioient 

E  taburoient  e  braioient; 
65  E  par  devant  lor  cortillages 

Ot  mis  genz  de  plusors  lignages  : 

Laot  Pisanz  e  lîeneveis; 

Si  ne  seroit  dit  eneveis 

Ne  recontë  les  envaies 


116 


f  1 38o  beni  —  11 385  com  —  11 399  a  manqué  —  1 1 609  autres  —  1 1 6o3  d.  e  nues  —  1 1 606  v€r$  répété 
km»,  —  11608  Si  —  11609  com  —  11619  E  ma$kqu» —  1169a  onques  —  11696  Ouec  —  1 1697  sacie 
1 1698  ronde  —  1  i63o  trop  manqué  —  1 1635  conree  —  1 1636  cruele  e  desree  —  1 1660  Furen 


90 


tWrillfCIII    aATIORALI. 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


m 


>  Que  il  orent  des  geai  baies. 
Li  Turc  comencerent  a  Iraire, 
A  huer,  a  crier,  a  braire; 

La  veissiez  merveilles  dreJtes 

E  noz  bones  geni  mutt  destreiles  : 

>  A  geneilloDS  s'agenoiJlerent , 
E  larges  e  escui  drescieraat 
Devant  els,  en  lor  mains  lor  paires; 
E  )i  rois  qui  d'armes  ert  saives 

Fiat  desoi  les  taises  mucier 

>  Entrei  deus  uu  arbalestier 
E  un  home  qui  li  teudoit 
S'arbaleate,  e  il  li  rendott 
Quant  il  la  U  avoit  tendue  ; 
Par  ço  fu  l'ost  mult  défendue. 

)  Ënsi  s'estoient  aresté. 
Or  ne  doit  pas  estre  doté 
Que  cil  qui  en  tel  plaît  esloienl 
Contre  tau  Tors  coma  veoient 
N'eussent  peor  do  lor  testes  ; 

>  Si  fu  si  voir  com  vos  ci  estes 
Que  li  rois  ala  reerctunl 
Les  ebevaiers  e  prees<^nl , 

E  Jahans  de  Pceals  ovecques 
Lor  aloit  sermonaut  ituques , 
i  E  diaoîent:  nOre  i  pavra, 
irTastcome  Deus  son  cors  guarra, 
tt  Qui  se  |Hinera  d&  bien  faire, 
irQu'ore  n'i  a  mes  autre  aifaire 
T  Fon  de  nox  cors  richement  vendre 

>  n£.de  nostre  marttre  atendre, 
«Quant  Deus  te  nos  a  envoie. 
T  Or  «limes  nos  dreit  avoié, 

n  QiiaDt  il  pu  sa  boaté  meismes 

"îios  doneço  que  jios  quaimes. 

•  irCi  gisent  «M  droites  soudées,  n 


Etb  vos  les  batailles  fermées 
Ë  les  coureiz  des  Turs  venir, 
E  nosUe  geot  tozjorz  tenir 
Lor  jambes  el  sabion  ficheei, 

1 1  ^90  Totes  les  lances  esloignees, 
Ë  apresté  de  recevoir. 
Etb  vos  les  ha  tailles,  movoir 
De  U  fause  gent  sarazine 
0  tel  fraiote  e.odtel  miw 

11695  Que  ùnostre  geut  se  meussiBot, 
Que  liit  irfSjR'i-i'M.'/  les  eusawt. 
E  avoit  bien,  que  jo  n'i  famé, 
Mil  Turs  en  obescone  batajjla; 
E  quant  a  meismes  d'els  furtnt 

i  i5oo  Et  il  virent  qu'U  ne  se  muEMt, 
Res  «  res  d'els  en  sus  gueochirent; 
E  arbalestiers  desleudinEii^, 
Que  li  Turc  n'osèrent  «toadre; 
Et  il  les  faiaoieat  étendre: 

1 1 5oû  Es  cors  e  es  ohevals  feroient; 
E  les  eeehieles  reveuoîent 
E  oalre  foii  les  reprOQOisat 
E  flatisoient  e  toniowit, 
E  plusors  foii  eaà  le  firent. 

ii5io  Equant  li  rois  e  sa  gaatvinpt 
Gels  qui  tant  a  cIk^vuI  l-sIol^hI 
E  que  autrement  ne  feroioit. 
Les  fers  des  glaives  abfiissieii 
S'i  feri  cbeecons  esleissiec 

1 1  !ii5  Eut  en  mi  liu  de  la  graut  prane 
De  lamescrsanl  g^'iit  adver^, 
E  si  durement  asseiiiblerent 
Que  trestut  li  conroî  Irsnhlfvent 
Deei  que  a  la  tierce  guafde. 

iSao  Estes  vos  que  U  rois  e^ando. 
Si  vit  cheoir  illoe  sor  dsstre 


ii&5o  Quil  —  1 

—  I  i46i   que  li  - 
ttàja   prêtant  — 

—  ii%s  «es  b.  — 


'ibi  tr.  e  a  -~  11  hbU  mult  manque  —  11 A55  E  a  —  11 160  AéM  e  deua  u 
11/169  Sabl«Ble,   li  indnfu«  —  11 163  U  monjtu  —  11666  Ore  —  mA68  CMn --^ 
it'i76  com  —   iiâSs  On  —  tt488  dstwùr  —  ii&goË  (otes  —  ixJig^CNnr 

'4»S  g.  neBi.—  11*97  •ûo'S'»'  —  hSm  ■iWsrtiw»  —  11 5*5  lin  MWfM 'rnwiiA 

quft—  iiftaoElh-vM 


309 


L^ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


SIO 


N.  u  f. 


Le  preu  conte  de  Leicestre, 
Qui  dei  chevai  ert  abatuz 
Es'estoit  très  bien  combatuz, 

1 1595  Quant  li  preuz  reis  Taia  rescore. 
La  veissiez  tanz  Turs  acorre 
Droit  a  la  baniere  al  lion  ! 
Eth  vos  Raols  de  Mallion 
Que  li  Turc  en  menoient  pris; 

1  i53o  E  li  rois  son  cheval  de  pris 
Fiert  des  espérons  es  coslez 
Tant  qu'il  fu  de  lor  naains  ostez. 
En  la  presse  iert  li  rois  puissanz 
Contre  les  Turs  e  les  Persanz; 

1 1535  Onques  mes  om  fieble  ne  forz 
.\e  fist  en  un  jor  tel  efibrz  : 
Car  es  Turs  s'enbatoit  dedenz, 
E  les  fendoit  desi  quas  denz, 
E  tantes  foiz  s'i  embati 

tibiio  E  a  tanz  cops  s'en  abati 
E  tant  de  ferir  se  greva 
Que  le  cuir  de  ses  mains  creva. 
Eth  vos  un  Sarazin  poignant, 
E  des  autres  Turs  esloignant 

1  i56r>  Sor  un  destrier  corant  e  rade  : 
C'ert  li  preuz  Saffadin  d'Arcade, 
Cil  qui  fesoit  les  granz  proesces 
E  les  boutez  e  les  largesces; 
Cil  vint  poignant,  si  corn  jo  dis, 

1 1 55o  0  tôt  deus  chevals  arabis 

Qu'il  tramist  al  rei  d'Engletere; 
Si  lui  fist  proier  e  requerre 
Por  ses  proesces  qu'il  sa  voit 
E  por  hardement  qu'il  avoit 
1555  Que  par  tel  covent  i  montast, 
Si  Deu  d'illoques  l'en  jetast 
E  sain  e  sauf,  qu'il  le  veist, 
Que  aucon  gueredon  l'en  feist  : 
Puis  en  ot  il  riches  loiers; 


1  i56o  E  li  rois  les  prist  Tolenters, 
E  dist  encor  meint  autretel 
De  son  enemi  plus  mortel 
En'prendroit  il  s'il  en  venoit 
A  tel  besoing  com  il  avoit. 

1 1565  Eth  vos  la  bataille  creue  : 
Onques  tele  ne  fud  veae; 
Tote  la  terre  esteit  coverte 
Des  pilez  b  la  gent  colverte, 
Que  il  eoiliouent  a  braciees. 

11570  La  veissiez  tant  genz  blesdees 
Que  li  galiot  s'en  fuirent 
Es  gualees  dont  il  eissirent  : 
Qui  en  tel  point  fuit  mult  s  avile. 
Eth  vos  le  cri  devers  ia  vile 

11575  Que  li  Turc  a  plain  se  metoient, 
Qui  noi  genz  sozprendre  voloient 
E  par  devant  e  par  deriere; 
E  li  preuz  rois  od  sa  baniere 
I  vint  sei  tierz  de  chevaliers 


ii58o 


E  si  tost  com  il  i  entra , 
En  mi  une  voie  encontra 
Treis  Turs  de  mult  riche  bernois. 
E  il  les  feri  come  rois 

11 585  E  encontra  si  durement 
Que  il  guaigna  erâument 
Deus  chevals  e  les  Turs  ocist, 
E  les  autres  a  force  mist 
Hors  de  la  vile ,  e  passa  lor, 

1 1 590  E  fist  estoper  des  qu'en  l'or 
La  porte  par  ont  il  entroient, 
E  mist  gardes  qui  la  gardoient. 
Eth  le  Tos  tôt  droit  as  galees 
Ou  ses  genz  s'en  erent  alees 

1 1 595  Par  grant  peor  e  par  destresce  ; 
E  Richarz,  le  filz  de  proesce. 
Les  raloit  toz  encoragier. 


Itintrmrmm  Bi- 
emrii,  VI ,  xioi. 

Victoire  com- 
plète de  Richard. 

Foi.  86  d. 


11 535  orne —  11 546  carcade  —  1 15^7  le —  11 555  par  tel  iiumçiM  — 
redon  ne  len  —  ii56i  encore  —  11 563  venoient  —  11 564  auoient  > 
11573  mult  fauile  —  1 1576  Que,  nos  manque —  1 1586  Qui!  — 11589 


1 1 556  difloc  ne  len  —  1 1558  gue- 
11569  Q^  —  11570  tantes  — 
— 1 1593 1«8  —  1 1596  Ricbai 


•0. 


311 


LESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


»S 


E  refist  a  terre  nagier, 

E  les  remist  tôt  en  comune, 

11600  Si  qu'il ^  ne  remist  en  chescunc 
Des  galees  que  cinc  sanz  plus, 
E  s'en  revint  od  le  surplus 
A  Tost,  qui  n'ert  point  reposée, 
E  lors  fist  il  la  pointe  osée  : 

]i6o5  Onques  mes  tele  ne  fu  faite, 

Que  il  poinst  en  la  gent  forfaite 
Tfi\nt  en  parfont  qu  il  le  covrirent, 
Si  que  nul  de  ses  genz  nel  virent, 
Si  que  por  poi  qu'il  n'i  alerent, 

ti6io  E  qu'il  ne  se  desconreerent; 
Sis  eussoms  trestoz  perduz  : 
Mais  li  reis  n  iert  point  esperduz, 
Ainz  feri  avant  et  ariere, 
Qu'il  fesoit  ilioc  tel  chariere 

11 61 5  D'une  espee  que  il  tenoit 

Que  en  quel  liu  qu'ele  venoit, 
Fust  en  cors  ou  fust  en  cheval , 
Qu'il  detrenchoit  tôt  contre  val. 
La  fist  il  le  cop,  ço  me  semble, 

ii6ao  Del  braz  e  de  la  teste  ensemble 
D'un  admirad  armé  de  fer 
Qu'il  envoia  droit  a  enfer; 
E  par  cel  cop  que  li  Turc  virent 
Si  large  place  puis  li  firent 

1  iGa5  Qu'il  revint,  merci  Deu,  sanz  perte; 
Mais  sa  persone  iert  si  coverte. 
Son  cheval  e  ses  coverlures, 
Des  saeies  as  genz  oscures 
Qu'il  oreut  trait  a  entençon 

11680  Qu'il  resembloit  un  heriçon. 
Fol.  85  a,  Ensi  se  vint  de  la  bataille. 

Qui  dura  tote  jor  a  taille 
Del  matin  jusqu'à  l'axespree, 


Si  cruel  e  si  destempree 

11 63  5  Que  si  Deus  n'eust  suslenue 
Nostre  gent,  mar  i  fust  venue; 
Voirement  i  fu,  ço  veimes. 
Quant  onques  orne  n'i  perdîmes 
Cel  jor  qu'un  ou  deus  seulement  » 

ii64o  E  il  perdirent  eralment 

Plus  de  dis  e  cinc  cent  chevals. 
Qui  gisoient  par  mons,  par  vais, 
E  plus  de  set  cent  Turs  oveques» 
Qui  toz  gisoient  mort  illoquee; 

ii6/i5  Ne  por  lot  cel  lor  grant  desroi 
N'en  menèrent  il  pas  le  roi. 
Qui  par  devant  lor  genz  haies 
Ot  feit  ses  grauz  chevaleries^ 
Si  que  trestuit  s'en  esbahirent 

ii65o  De  ses  granz  proesces  qu'il  virent, 
E  de  tels  qui  0  lui  estoient 
Qui  desqu'a  la  mort  se  metoieot 

QuantDampnedeusparsafjnnchise 
Ot  espernië  en  itel  guise 

11 655  Le  roi  e  la  gent  cristiene 

Del  pueple  e  de  la  gent  paiene, 
E  l'ost  se  fu  ariere  traite. 
Une  parole  fu  retraite 
Que  li  soldans  Salehadins 

11660  Demanda  a  ses  Sarazins 

Par  rampone  de  lor  desroi  : 
trOu  sunt  cil  qui  ont  pris  le  roif 
crOu  est  cil  qui  le  m'en  ameineîi» 
Un  Turs  d'une  terre  lointaine 

11665  Li  dist  :  «Sire,  jol  vos  dirai , 
rr  Si  que  de  rien  n'en  mentirai, 
rrOnc  mes  tel  om  ne  fu  veux, 
trSi  preuz  ne  si  aperceui, 
trNe  qui  mielz  seit  d'armes  proYes  : 


lim 


SiO» 


M  81 


ii6o4  lores  —  11606  Quil  —  11609  Si  manqve^a^i  ni  —  11610  ne  manqué —  11619  li 
—  11 61 5  quil  —  11616  Quen  —  11617  le  iecond  (usi  manque  —  ii6a3  icel  —  ii63A  1$  teeondû 
ii6d5  nel  eusl  —  ii636  i  manque  —  ]i637deimes  —  11639  fors  unou  d.  —  116A9  mont —  it6èl»  té 
manque  —  116A6  Ne  m.  —  ij^phS  grani  manque  —  11660  Manda  —  11 663  en  manqm  — -  tgêê^ 
Onques,  ome  —  11669  ^"i  ^fM^f^q^ 


-•.-<-/ifjf^ï-}i 


313 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


3U 


<•'.      VI,    IIT. 


MaUdic 
rburd. 


11670  (tA  toz  les  besoins  iert  trovez; 
rrE  mult  nus  nus  entremeimes 
frE  assez  granz  cops  i  meismes; 
:rMais  onques  nel  poeismes  prendre, 
trCar  nus  ne  Tose  a  cop  atendre, 

1 1670  rrTant  est  hardiz  e  maniables. ?) 
Segnor,  nel  tenez  mie  a  fables 
Que  li  Turc  bien  nel  coneusent 
E  que  illoc  pris  ne  l'eussent, 
Ne  fust  Deus  e  ses  granz  visteces, 

11680  Que  il  fist  la  iantes  proesces 
àt  E  tant  soiTri  le  jor  illoques, 

E  li  autre  prodome  ovecques, 
Qu'il  chairent  en  maladie 
Près  de  la  gent  que  Deus  maudie, 

ii685  Que  del  fes  de  celé  besoigne. 
Que  des  puors  de  la  charoine 
Dont  la  vile  ert  si  corompue 
E  lor  nature  si  rompue 
Por  un  poi  que  tuit  n'i  munirent, 

1 1690  E  li  rois  e  cil  qui  i  furent. 
Illoques  ou  li  rois  estoit 
Malades,  e  lui  mesestoit, 
La  li  manda  Salehadins 
Qu'entre  lui  e  ses  Sarazins 

1 1695  L'iroient  la  ou  il  ert  prendre, 
S'il  les  osoit  illoc  atendre; 
E  li  rois  li  manda  anoire. 
Se  ço  peust  savoir  e  croire, 
Que  il  illoques  Tatendroit, 

11700  E  que  ilja  en  nul  endroit, 
Tant  com  peust  sor  piez  ester 
Ne  sor  ses  genoilz  arester, 
Ne  lui  fuireit  plein  pié  de  terre  : 
E  ensi  ert  prise  la  guerre, 
N.85c.  11705  E  Deus  savoit  bien  Taisement 


*«^.   VI,  UTI. 

SaUdio  mr- 
Baee  Richard  d« 
'«>r  l«  prvodre. 


Dont  il  parloit  si  richement. 
Lors  remanda  il  par  le  conte 
Henri  (ce  dist  Testoire  e  conte) 
A  Cesairc  por  les  Franceis, 

11710  Gels  qui  erent  venu  ançois, 

E  por  Tautre  gent  qu'il  venissent 
E  que  la  terre  sustenissent; 
Si  lor  manda  de  l'afiance, 
Si  lor  manda  la  mesestance; 

11715  Mais  onques  nel  voldrent  secure, 
Ainz  le  leisserent  tôt  encure. 
Se  il  n'eust  la  triuue  prise. 


Mais  nul  ne  l'en  deust  emprendre, 

1 1790  Car  li  Turc  le  venissent  prendre 
E  de  son  cors  li  meschaist 
E  Eschalone  il  i  perdist. 
Que  ele  fust  prise  a  droture 
E  Sur  e  Acre  en  aventure. 

11735       Li  rois  iert  a  Jaffe  en  dotance, 
A  mcschief  e  a  mesestance. 
Si  se  porpensa  qu'il  feroit, 
E  que  d'il  oc  il  s'en  iroit 
Por  la  vile  qui  iert  enferme 

11780  E  qui  n'estoit  ne  fort  ne  ferme. 
Lors  manda  le  conte  Henri, 
Qui  sa  seror  avoit  nurri, 
E  si  manda  por  les  Templiers, 
Si  manda  les'Ospitaliers, 

11735  E  lor  ramentut  son  meschicf 
Qu'il  aveit  al  cuer  e  al  chief, 
E  lor  dist  que  li  un  alassent 
A  Escalone  e  la  gardassent, 
E  li  autre  illoc  remansissent 

117^0  A  Jaffe  e  bien  guarde  en  preisent, 
E  il  a  Acre  s'en  vendroit 


lliciianl  ap- 
pelle à  son  te- 
coun  les  Fran- 
çais, qui  refasent 
de  v#>nir  h  son 
aide. 


Iti$ur»num  Ri- 
emrdiy  VI  ,xxrii. 

Richanl  rsi 
contraint  de  %i- 
jfoer  a  ne  tréte 
de  trois  ans 
(  a       septembre 


1 1677  ^  <!"®»  conoi»ent  —  1 1678  illoques  —  1 1679  granx  manque  —  1 1680  Quil  —  1 1685  Qui  del  fel  — 
1 1687  ^^  fnanque  —  1 1 689  un  tnanque  —  1 1 696  les  manque  —  1 1697  '^  9«cond  li  manque  —  1 1 698  Que  se 
—  1 1 699  Quil  —  1 1 70a  SOI  ces  genoilz  ester  —  1 1 706  bien  manque  —  1 1 707  il  manque  —  11716  lewsent  — 
11717  Sil  —  117»!  li  manque  —  11739  il  manque  —  11738  Quele  —  1 1738  i\  manque  —  1 1780  quil  nestoit 
ne  forte  —  11781  Lores  —  11788  E  manque —  11784  Si  m.  por  les  —  11787  lors  —  11760  bien  manque 


315 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


316 


E  médecine  illoc  prendroit; 
Fol.  s5  ti.  E  dit  que  il  ne  pot  el  faire. 

Que  vos  diroie  d'autre  affaire? 

1 17/15  Fors  que  Ircstut  s'en  cscondirenl, 
E  tôt  en  travers  respondirent 
Que  J£t  chastel  ne  guarderoient 
Sanz  lui,  n'en  guarde  ne  seroient, 
E  s'en  alei*ent  sanz  plus  dire. 

1 1750  Elit  vos  le  roi  en  trop  grant  ire. 

Quant  ii  rois  vit  que  tôt  li  mondes, 
Qui  n'est  guaires  liaus  ne  mondes. 
Lui  fu  toi  en  travers  failliz, 
Lors  fu  troblez  e  niaubailliz 

11755  E  durement  desconseiiliez. 

Seignora,  ne  vos  esmer\'eilHez 
S'il  fist  del  mielz  que  il  savoit 
Seionc  le  tens  que  il  avoil  : 
Car  qui  crient  honte  e  siui  henur 

1  i7r)o  Clioisist  de  deus  mais  le  menor; 
Si  velt  mielz  une  triuue  (juere 
Que  leisser  en  péril  la  terre  : 
Car  tuit  li  autre  la  leissoient, 
E  a  lor  nefs  a  plain  aloicnt. 

ii7<)5  Lors  manda  il  a  Saffadin, 
Qui  iert  frères  Salehadin, 
Qui  molt  l'amoit  por  sa  proesce, 
Qu'il  li  porcliaçast  sanz  peresco 
La  meillor  triuue  qu'il  poroil, 

1 1770  E  il  devers  lui  la  donroit. 
E  Saffadin  mult  se  pena , 
E  la  parole  tant  menu 
Que  la  triuue  fu  devisee 
De  Salehadin  e  nomee, 
Par  tel  covent  que  Eschalone, 
Qui  mult  erl  contre  sa  corone, 
Seroit  abatue  e  charoit, 


11775 


E  que  nus  ne  la  fermeroit 
Devant  treis  anz,  mais  lor  Teust 

1 1780  E  refeist  qui  plus  peust; 
E  Jaffe  seroit  refermée 
E  de  cristiens  repuplee; 
E  trcstut  l'autre  plain  pais, 
Ou  nus  n'ert  lores  estais, 

117S5  Contre  le  mont  e  la  marine, 
Seroit  en  triuue  estable  e  fine  ; 
E  qui  la  voldroit  droit  tenir 
Que  sauf  aler  e  sauf  venir 
Poroit  le  sépulcre  requere; 

1 1790  E  que  sans  treu  par  la  terre 
Iroient  les  marcheandises. 
Ensi  alerent  les  devises 
E  ensi  fu  la  triuue  escrite 
E  reportée  al  rei  e  dite; 

1 1795  E  il  qui  estoit  sanz  aie 
E  si  près  de  la  gent  haie, 
E  l'ost  ert  al  mains  a  deus  liaues, 
Prist  ensi  faitement  les  triuues; 
E  qui  autrement  en  diroit 

11800  L'estoire,  sien  menliroit. 

Quant  la  triuue  fu  aportee 
Al  rei,  e  il  Tôt  creautee. 
Quant  vit  que  il  no  pot  el  faire, 
Lors  ne  pot  son  corage  taire, 

ii8o5  Ainz  manda  a  Salehadin, 
Oiant  maint  noble  Sarazin, 
E  lui  devisa  par  devise 
Qu'il  n'a  voit  celé  triuue  prise, 
Ce  seustil  veraiement, 

11810  Tresque  a  treis  anz  seulement, 
L'un  por  aler  s'en  en  sa  terre. 
L'autre  por  aveir  gent  0  querre. 
Le  tieiT!  por  revenir  e  prendre 


FoL86i 


ÎÙÊBP    ^ 

pdilciM  cbc«i- 
lemi|Mi  «■*'• 
Ricbaid  «(  ^ 
ladÎB. 


17Û9  meBcino  —  117/13  qui!  —  117Û/1  d'  manque  —  1175a  ne  liaus  —  ^^1^1  quil  —  11758  qnil  — 
11759  aint  honte  —  1176/1  E  manque  —  11765  E  lore§  —  ^769  meiHore  —  ^^111  Abatue  86rait 
—  11779  1'  mantjne  —  11780  E  le  r.  —  1178a  Do  crisliens  e  r.  —  11788  plain  pas  —  11784  nos  — 
11787  qni  si  la  —  11789  quero  —  11790  que  manque^,  triuue  —  11793  E  si  f.  —  1179^  reporte  — 
1 1796  Que  si  —  Il 797  Que  lost  —  1  i8o3  quil  —  1 1808  nauoit  fore  celé  —  11811  s'en  manque 


317 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


318 


1. 86  b. 


•mrmmRi- 
VI.  xui. 

rbard     h 
•s    (Kp. 


rm-nmRi- 
^I,  xn. 

!«■  Freo- 
a-aller    à 

>i«fD. 


La  terre  s'il  Fosoil  atendre. 

ii8]5  E  H  soudans  lui  remanda 
Par  cels  que  il  i  comanda 
Que  par  là  loi  que  il  tenoit 
E  par  le  Deu  quil  sostenoit 
Qu'il  preiset  tant  sa  grant  proesce 

uHïio  E  son  grant  cuer  e  sa  vistesce, 
Que  se  la  terre  esteit  conquise 
A  son  vivant  eu  nule  guise, 
Que  c'ert  li  princes  quil  savoit 
De  toz  cels  qu  il  veu  avoit 

1 1825  Qu'il  mielz  volsist  qui  la  preist 
Sor  lui  a  force  e  couqueist. 
Ensi  quida  li  rois  ovrer, 
E  le  sépulcre  recovrer; 
Mais  ne  vit  pas  ne  nentendoit 

I  i83o  Iço  que  a  Toil  lui  pendoit. 

Quant  cele  triuue  fu  jurée 
De  deus  parz  e  assieuree, 
E  les  covenances  retraites, 
E  les  charties  en  furent  faites, 

1  ]835  E  H  bons  reis  s'en  fist  porter 
Por  lui  guarir  e  conforter 
A  Chayphas  sor  la  marine, 
Ou  il  prist  illoc  médecine. 
E  li  Franceis  qui  sujornoient 

11 8^0  D'aler  en  France  desiroient 

Que  en  lor  pèlerinage  iroient, 

E  la  triuue  avoient  blasmee, 

E  despite  c  mesaamee, 
1  i8/j5  e  ne  voldrent  JafTe  rescore 

Al  besoing  ne  le  roi  sucore; 

E  quant  al  roi  fu  fait  savoir 

Qu  il  voloient  conduit  avoir 

A  faire  lor  pèlerinage, 
ii85o  E  li  rois  prisi  lues  son  message. 


Si  manda  a  Salehadin 

E  a  Tadmirald  Saiïadin 

Qu'il  ne  leissassent  cristien 

Aler,  joefne  ne  ancien, 
11 855  En  Jérusalem  sanz  ses  ietres. 

S'il  voleient  qu'il  fust  ior  detres 

Ou  sanz  les  le  conte  Henri; 

E  i  furent  si  très  mari 

Del  mandement  quant  il  le  sorent 
1 1860  Que  li  plusor  a  i'ainz  qu'il  porent 

Se  chargèrent  e  s'atornerent 

E  en  France  se  retomerent. 
Quant  la  presse  fud  départie 

Des  Franceis,  la  greignor  partie, 
1 1865  De  cels  qui  le  roi  maudisoient 

E  qui  plus  destorbé  Tavoient, 

Onques  ne  s'i  pooit  fier, 

E  lores  fist  li  rois  crier 

Que  ses  genz  al  sepuiore  alassent, 
11870  Ë  que  lor  offreudes  portassent 

A  Jaffe  a  l'aide  des  murs  fere. 

E  que  vos  direie  altre  afaire  ? 

Fors  que  par  très  eonestablies, 

Si  com  els  furent  establies, 
11875  Alerent  el  sépulcre  ensemble. 

L'un  conestable,  ço  me  semble, 

Si  i  fu  Andreus  de  Chavignié, 

Si  a  peor  moine  a  Gloîgnië; 

E  l'autre  fu  Raols- Tessons, 
11880  Qui  mult  amoit  notes  e  sons; 

De  Salesbire  li  evesques. 

Qui  depuis  fu  faiz  arcevesqoes , 

Mena  la  dereraine  rote; 

Iço  sai  jo  Ires  bien  sanz  dote. 
11 885  Quant  cil  des  Chartres  saisi  furent, 

Eth  vos  que  li  pèlerin  murent , 

E  errèrent  serré  en  turbe. 


Fol.  8G  c. 


Départ  d«s 
Français  pour 
TEurope. 


/(ùierarwin  K»- 
curéif  VI,  xxu. 

Premier  con- 
voi de  pèlerins 
qui  vont  visiter 
Jënualem. 


iibib  quil,  I  manque  —  11817  quil  —  ti8ao  E  ftUMque  —  11895  miels  manque,  quil  —  11899  n' 
noii^  —  ii83o  qua  —  11 836  en  numquê —  11 835  bons  numquê  —  118/10  Dater  seo  en  —  118/1& 
metimee  —  ii85o  lues  numque  —  1 1854  oAcien  —  ii855  ses  maiifiie  —  11867  ne  w  p.  —  11870  i 
porUasenl  —  11876  eles  —  11880  noces—  1188s  puk —  M88d  dertine  —  1188Â  Go  —  11887  errent 


319 


rESTOlRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


sso 


Oiez  corne  peschié  desturbc 
Maintes  genz  qui  bien  volent  faire 

11890  En  maint  iiu  e  par  maint  affaire. 
Kol.  Si)  d.  Es  chemins  par  ou  il  erroieni, 

Es  plains  de  Rame  ou  il  passoient, 
Eth  vos  que  li  baron  parlèrent 
llloc  ensemble  e  devisèrent 

11895  Que  Salehadin  manderoient 
En  Jerusalen  qu'il  venoient 
Veoir  le  sépulcre  e  requere, 
0  les  briés  le  roi  d'Eogleterre. 
Cil  qui  portèrent  le  message 

]  1900  Erent  mult  prodome  e  mult  sage, 
Mais  lor  pechié  ou  lor  peresce 
Lor  dut  empeirer  lor  proesce. 
Li  uns  fu  de  Roches  Guillames, 
En  qui  chief  seoit  bien  li  hiaumes; 

11905  L'autre  iert  Girard  de  Fornival, 
£  Pieres  de  Preals.  A  val 
Les  plains  de  Rames  chevalcherent; 
Tant  errèrent  e  esploiterent 
Quai  Thoron  as  Chevalers  vindrent; 

11910  La  s'areslurent  e  se  tindrent 
For  Saffadin  que  il  queroient, 
E  son  conduit  aveir  voleienl; 
Sifu  verte  qu'il  se  dormirent, 
E  si  lonc  demorer  i  firent 

11915  Que  après  relevée  a bassee. 
Si  com  la  rote  errout  seree , 
E  avoicnt  passé  la  plaigne, 
E  erent  près  de  la  montaigne, 
Ensi  com  il  se  regardèrent, 

11920  Mis  sire  Andreus  c  cil  qu'i  erent, 
Si  virent  cels  qui  lors  venoient, 
Qui  message  fere  dévoient. 
Quant  il  les  virent  e  conurent, 


11891  par  manque  —  11892  mies  —  11897  ®  que»*e  —  11899  qui  manque  —  11900  prodom,  k 
mult  manque  —  11901  le  tecond  lor  manque  —  1 1 90A  li  manque  —  11 905  Laulres  —  1 1 909  al  cheuder  — • 
11910  se  manque  —  11911  quil  —  11918  vérité  —  11916  E  manque  —  11916  corne,  ert —  11917  pi*»* 

—  11930  Missires  —  11922  Qui  lor  m.  —  11936  venu  manque  —  11927  aprodioient  —  11998  àvnkù/t 

—  1 1933  qui  ne8t  —  11967  tant  manque  —  11968  et  si  —  11966  icele  ; 


Trestut  esbai  s'aresturent; 
1 1925  Si  oissiez  dire  as  hauz  homes  : 

rrHa  !  sire  Deus,  mar  venu  sûmes, 

rr  Si  Sarazin  nos  aperceivent  I 

(rVeez  la  cels  venir  qui  nos  deivent    Fd,%T. 

tr  Avant  porter  nostre  message  I 
11930  frNos  n'erroms  mie  corne  sage; 

trCar  il  apresme  la  vespree, 

rr  E  celé  gent  desatempree 

trDe  Tost  n'est  mie  départie. 

trSi  nos  aloms  celé  partie, 
11935  (tE  nos  n*i  envoioms  avant, 

(tU  nos  vendront  ja  al  devant, 

(rSi  avroms  les  testes  perdues; 

ctE  nos  genz  qui  sunt  esmeues 

ft  E  nos  sûmes  tôt  desarmé,  v 
11960  Li  messagier  furent  blasmé, 

E  neporquant  tant  les  proierenf 

Qu'el  message  les  renvoierent, 

E  durement  les  hasta  Tem. 

Cil  vindrent  vers  Jérusalem, 
11965  E  troverent  dehors  la  vile 

Des  Turs  logiez  plus  de  deus  mile. 

L'amirail  Saffadin  tant  quistrent 

Qu'il  le  troverent,  si  lui  distrent 

Que  nostre  geot  illoc  venoient 
11960  E  que  conduit  lui  requeroient, 

E  portoient  chartres  del  roi,- 

E  qu'il  en  preist  bpn  conroi. 

Mais  Saffadin  mult  les  reprist, 

E  dist  que  grant  folie  emprist 
11955  E  que  fol  conseil  lor  dona 

Qui  celé  gent  issi  mena, 

E  que  ior  vies  poi  amûient. 

Que  sanz  conduit  issi  erroieni; 

E  parlèrent  illoques  tant 


:j: 


321 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


S22 


1  r 


rnon/b- 
! .  xtlii. 

rovro- 


960  Que  il  aloit  ja  anuitant. 
Eth  vos  la  rote  illoc  venue, 
De  bon  conseil  e  d*armes  nue; 
E  quant  li  Sarazin  les  virent, 
Tel  chiere  e  tel  semblant  lor  firent 
87  h,  1 1965  Que  por  veritë  le  vos  di 
Qu  en  la  rote  n'ot  si  hardi 
Qu'il  ne  volsist  od  bêle  chiere 
Eslre  a  Sur  ou  a  Acre  ariere. 
Dejosle  un  mur  cele  nuit  jurent, 
1 1970  Si  sachiez  que  a  grant  dote  furent; 
E  Tendemain  li  Sarazin 
Vindrent  devant  Saiehadin 
E  a  ses  piez  s'agenoillerent. 
Si  lui  requistrent  e-proierent, 

1975  Si  lui  distrent  :  (T Ha  I  droit  soudans, 
fr  Ore  seroit  bien  droit  e  tens 
(rDe  vengier  nos  de  la  niaçacre 
rrQue  cist  nos  firent  devant  Acre. 
trSire,  lais  nos  vengier  noz  pères, 

980  frNoz  parenz,  noz  filz  e  noz  frères, 
fr  Que  cist  ont  mort  e  detrenchiez  ; 
ff  Or  puet  chescons  estre  vengiez,  n 
Il  respondi,  si  en  ot  droit, 
Que  a  ses  amis  en  parleroit. 

1980  Devant  le  Soudan  s'asemblerent, 
E  estroitement  en  parlèrent. 
La  furent  li  haut  Sarazin 
E  li  Mestoms  a  Saffadin; 
Si  i  fu  Bedredin  Dorderons, 

1990  Si  distrent  :  trSire,  nos  dirons 
(rÇo  qu'afiert  a  vostre  hautesce. 
ffTrop  par  sereit  ço  grant  iaidesce 
(tE  grant  blasme  a  la  loi  paiene, 
<rSe  iceste  gent  cristiene 

1990  trQui  ci  est  soz  nostre  poisance 
trE  qui  croit  en  bone  créance 


1 1 


rrEstoit  si  faitement  ocise 

(rDedenz  ço  que  la  triaue  est  prise 

(rDe  nos  e  del  roi  d'Engletere. 
laooo  (T  Cornent  tendriez  vos  mes  terre 

(rSi  vos  faisiez  tele  fraiture 

(rEn  nul  sens  por  nule  aventure?       Fol.  87  e. 

(tE  qui  nos  poroit  ja  meis  croire  ?« 

E  Salehadins  totanoire 
i3oo5  Prist  ses  serjanz  e  si  manda 

Por  Saffadin,  cui  comanda 

Que  li  cristien  guardë  fussent 

E  que  son  sauf  conduit  eussent 

E  al  sépulcre  e  as  veages 
13010  A  faire  lor  pèlerinages; 

E  assez  plus  les  henorerent, 

Tant  que  a  Acre  s'en  tomerent. 
Ensi  corn  il  s'en  retornerent, 

E  cil  de  nostre  route  errèrent. 
1301 5  Tôt  droit  el  point  de  Tenjorner, 

Li  soudans  ot  fait  atomer 

Sesgenz,  qui  les  chemins  guardoient 

Quant  li  pèlerin  trespassoient. 

Si  que  aseur  i  trespassames 
19030  E  les  montainessormontames, 

E  venimes  a  la  monjoie. 

Lors  eûmes  as  cuers  grant  joie 

De  Jérusalem  que  veismes; 

A  terre  a  genouz  nos  meimes, 
13035  Si  come  tuit  le  font  par  dete; 

Si  veimes  mont  d'Olivete, 

La  dont  mut  la  procession 

Quant  Deus  vint  a  sa  passion.- 

Puis  venimes  vers  la  cite 
i3o3o  Ou  Deus  conquist  son  heritë. 

Cil  qui  avant  chevalchë  eurent 

Le  sépulcre  seint  baissier  porent; 

Si  nos  dist  la  chevalerie 


hmtnarmm  Bi» 
eardi,  VI,  xzun. 

Second  cooToi 
de  pèleriot,  dont 
Ambrmte  bit 
pirtie. 


11960  Qui!  —  1 1963  emanqw —  11 966  lormimçttf —  11980  e  manqtie —  1198$  Eilr.  —  4 1-985  saflem- 
Meroil  —  1 1986  parieroit  —  11990  Sili  —  11999  çomoitçiM  —  ii99dlam<ni^ —  1199&  Siceste — 11996 
er. tueone  cr.  —  i90o6qu*il  —  13008  Emanée —  19013  aNumçitf,  reioroerent —  i90i3Sicoiii  —  1909A 
genoilions  —  i3095  com  —  19036  le  mont  —  19098  Que —  i9o3i  avant  maiifiM —  13089  Lef.  aina 

9f 


»»M«BUt    ■ATIOSAU. 


323 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


33à 


Qui  fu  eu  uostre  corapaignie 

i2o35  Que  celé  sainte  croiz  sanz  faille 
Qui  fu  perdue  en  la  bataille 
Lor  fist  Salehadins  mostrer 
E  baissier  la  e  aorer; 
E  nos  autres  qui  a  pië  fumes 
Fol.  87  fi.  130^0  Veimes  ço  que  nos  peumes  : 

Nos  veismes  le  monument 
Ou  le  cors  Deu  nomeement 
Fu  mis  quant  la  mort  ot  soffertc. 
La  ot  aucune  oiTrendc  offerte; 

laohb  Mais  H  saraizin  les  pernoient 

Quant  nostre  geuz  les  i  uietoienL 
E  por  ço  petit  i  offrîmes; 
Car  as  cheitifs  le  départîmes 
Que  illoc  estient  en  liens, 

iao5o  E  de  Frans  c  de  Suliens  : 

A  cels  portâmes  nostre  oiGrende, 
Qui  disoient  :  «rDeu  le  lor  rende  !>) 
Illoc  esteoient  en  servage. 
Puis  feimes  autre  veage 

iâo55  Droit  sur  le  mont  Calvarie  a  destre, 
Ou  cil  murut  qui  deigna  nestrc, 
lUoc  ou  la  croii  fti  fichée 
E  la  seinte  char  clofichee, 
Car  la  roche  se  depesça 

1J060  E  fendi  desqu  en  Golgatha. 
Gel  leu  veimes  e  i)aisames; 
E  d'iloc  si  nos  en  aiames 
En  Monte  Sion  en  Teglise, 
Que  iole  guaste  estoit  remise. 

iâo65  Un  liu  veimes  sor  senestra 
La  ou  la  mère  al  roi  celeslre 
Transi  el  ciel  a  Deu  son  père, 
Qui  de  lui  fist  sa  dolce  mère; 
Gel  liu  baisâmes  en  plorant, 

13070  Puis  nos  en  aiames  oorant 


A  la  seinte  table  venir 

Ou  Deus  velt  mangier  e  seoir. 

Gelé  baisâmes  eralmenl; 

Si  n*i  demorames  granment, 
1 9075  Gar  li  Saraizin  nos  embioient 

Noz  pèlerins  e  sis  muçoient. 

Ça  trois,  ça  quatre,  par  les  crotes; 

G'erent  noz  peors  e  nos  dotes. 

Puis  en  aiames  contre  val, 
lâoSo  Gent  a  pië  e  gent  a  cheval, 

En  Josaphas  sor  Siloë  : 

Ensi  nos  fu  dit  e  loë. 

La  veismes  la  sépulture 

Del  cors  ou  Deus  prist  nureture  : 
iao85  Gelé  baisâmes  volenters 

Od  piteos  cuers  e  entiers. 

Puis  aiames  0  mult  grant  dote 

En  icelo  meimes  crote 

Ou  Deus  estoit  quant  cil  le  pristrent 
taogo  Qui  son  precios  cors  ocistrent  : 

Gel  liu  baisâmes  sani  leissiers 

Od  pitë  e  od  desiriers, 

E  plorames  o  chaudes  lermes; 

E  bien  en  iert  e  liu  e  termes, 
i!)09r)  Car  illoques  ot  les  estables 

As  chevals  as  genz  des  diables 

Qui  les  sainz  lins  Deu  ordeoient; 

E  noz  pèlerins  nos  hastoient  : 

De  Jérusalem  nos  parlimes 
19100  E  a  Acre  nos  en  venimes. 

La  tierce  rôle,  li  evesques. 

Cil  qui  depuis  fu  arcevesques 

De  Ganterbirc  la  cite. 

Cil  ramena  porvcritë; 
i9io5  Si  fu  veirs  que  par  sa  proesce. 

Par  son  les  e  par  sa  bauteaoe, 

Li  fist  tant  Salehadins  faire 


Fol.  88  < 


,W,î 


ii«atri 

Imq. 


laoAd  la  wumqtte  —  19068  pariimos  —  ttoSa  le  manque  —  i9o55  sur  le  moii^  —  iao66  mwa  le  roi 
—  190180  h  memii  gent  tnanquê  —  iao86  Des  —  19089  quant  il  le  —  19090  Que  —  19091  Od  pîtsis 
cuers  e  —  1 909&  h  premier  e  mmtqm  —  1 9097  lui ,  ordoient  —  1 9099  nos  enpartimes  —  1  a  1 00  reoeaifliei  — 
1 9 1 09  qiii  puis  —  1 9 1  o5  sa  mmtiqm 


3S5 


CESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


326 


Denor  com  jo  vos  puis  retraire; 
Car  enconlre  lui  envoia 

19110  Ses  genz,  par  qui  il  Ten  proia 
Qu  il  fust  0  lui  a  sa  despense; 
Mais  li  vesques  ot  tel  défense 
Qu'il  respondi  as  Sarazins, 
Por  ço  qu'il  estoit  pèlerins, 

isii5  Que  son  cust  nient  n'en  prendroii 
»l.  88  //.  En  nuie  fin  n'en  nul  endroit; 

E  quant  il  son  cust  n'en  vell  prendre, 
Si  fist  mult  sa  maisnee  entendre 
A  honorer  lui  e  sa  gent, 

13190  E  lor  firent  maint  biau  présent; 
E  le  fist  mener  par  les  lius 
Ou  hanta  nostre  sire  Deus, 
Puis  le  manda  a  parlement 
Por  yeoir  son  contenement; 

19195  La  seinte  croiz  lui  fisiteoir. 
Puis  le  fist  devant  li  seoir, 
E  furent  ensemble  e  parlèrent 
Longuement  e  si  demorerent; 
E  il  comença  a  enquere 

i9i3o  Des  tesches  le  roi  d'Engletere, 
E  que  noz  cristiens  disoient 
Des  sues  que  o  lui  estoient; 
E  li  Tesques  respondi  :  «Sire, 
«De  mon  seignor  bien  vos  puis  dire 

19135  «Que  c'est  li  mieldres  chevalers 
irDel  monde  e  li  mieldre  guerriers, 
tr  E  larges  e  bien  enteschiez. 
rrGe  n'acunt  mie  nos  péchiez; 
rr  Mais  qui  avroit  voz  teches  mises 

191&0  (rOvec  les  sues  e  assises, 

ftNos  disons  bien  qu'en  tôt  le  monde , 
(rTant  comm  il  clôt  a  la  reonde, 
«rN'avroit  tels  deus  princes  trovez, 


ftSi  vaillanz  ne  si  esprovez.D 
l'àihb  Li  soudans  l'evesqueescouta. 

Si  li  dist  :  «r  Bien  sai  que  molt  a 

(T  El  rei  proesce  e  hardement; 

(rMais  il  s'embat  si  fol^nentl 

trQuel  haut  prince  que  jo  ja  fusse, 
1 3 1 5o  ft  Je  voldroie  mielz  que  jo  eusse 

^Largesce  e  sens  o  lot  mesure 

tr  Que  hardement  o  desmesure,  ri 

Quant  Salehadins  longement 

Ot  parle  ensi  faitement  Fol.  88  c 

iai55  A  levesque  par  latimiers, 

£  l'ot  escotë  volentiers, 

Lors  dist  c'un  don  li  demandast, 

Quel  qu'il  volsist  e  comandast, 

Tel  con^  il  douer  li  devroit, 
laiGo  E  ço  seust  que  il  Tavroit; 

E  l'evesque  l'en  mercia , 

E  dist  :  ((Par  ma  foi,  ici  a 

rrGrant  chose,  qui  le  set  entendre; 

(rMais,  s'il  vos  plest,  jo  voil  atendre, 
i9i65  «rE  a  Deu conseil. en  prendrai 

rr  Anuit,  e  demain  revendrai. t) 

E  li  soudans  lui  otreia. 

E  cil  el  demain  li  preia, 

Si  fu  grant  chose  qu'il  conquisl  : 
13170  Que  al  sépulcre,  qu'il  requist. 

Ou  n'avoit  point  de  Deu  servise 

Fors  de  Suliens  a  lor  guise. 

Que  deus  de  noz  prestres  latins , 

Chescon  jor,  e  seirs  e  matins, 
12175  E  deus  diacres  ensement 

A  estre  lor  soetenement, 

Ovec  les  Suliens  servisent 

E  des  offrendes  i  vesquisseot; 

E  autresi  en  Belleem 


19108  corne —  19110  par  quil  —  19119  li  euetque  —  i9ii3alii.  —  i9ii5c  nen  nan  pr.  —  11196 
linunqv» —  i9i33  euesques —  i9i3à  hieamamqiu  —  iai36  le  mieldre  gneroierf —  191Â1  que  trestos  li  — 
1916&  esparaei  —  191Â9  jafmMfiM-*—  i9i56E  (ot  e.  —  19167  li  manqw —  1 91 58  Que  qpA —  19160  qui! 
—  19169  manum^iM —  19168  E  numtfU9 —  19170  Quai  —  19171  Deumampiê —  1917^  jor  aeir  e  matin  — 
19176  lOBiement  —  19178  i  manque 


91. 


336  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

amour;  il  fut  le  premier  de  tous  les  hauts  hommes  des  terres  de  deçà  la  mer,  dont 
nous  sommes.  Puis  le  roi  d'Angleterre  lui-même  s'ébranla  pour  le  service  de  Dieu; 
il  y  mit  grande  peine  et  grande  dépense.  Nul  ne  regardait^  pour  prendre  la  croix,  A 
vendre  son  patrimoine.  Ni  les  vieux  ni  les  jeunes  ne  voulaient  celer  leur  cœur  et  re- 
noncer à  montrer  leur  courroux ,  et  à  prendre  vengeance  de  la  honte  qui  était  faite 
à  Dieu  sans  qu'il  l'eût  méritée  :  sa  terre  avait  été  ravagée,  ses  gens  avaient  été  pris 
de  si  court  qu'ils  n'avaient  pas  su  aviser.  Il  ne  faut  pas  s'émerveiller  de  la  dé- 
faite qu'ils  subirent  alors  :  c'étaient  des  preux  entre  tous  ;  mais  Dieu  voulait  qu'ils 
mourussent  et  que  d'autres  le  secourussent.  Ils  moururent  corporellement,  mais  ils 
vivent  au  ciel,  et  autant  en  font  ceux  qui  meurent  là-bas  et  qui  restent  au  service 
de  Dieu. 
V.  87.  Il  y  avait  depuis  longtemps  entre  la  France  et  la  Normandie  une  guerre  forte  et 
//.»./?•>.,  II. III.  cruelle  et  orgueilleuse  et  acharnée  et  périlleuse.  La  guerre  était  entre  le  roi  Philippe 
et  le  roi  Henri  d'Angleterre,  celui  qui  avait  la  belle  famille,  la  vaillante,  la  sage, 
l'avisée,  le  bon  père  du  jeune  roi  qui  joutait  avec  tant  d'ardeur,  le  père  de  Richard 
l'avisé,  qui  était  si  sage  et  si  subtil,  le  père  de  Joifroi  de  Bretagne,  qui  était  aossi 
d'un  si  grand  mérite,  et  le  père  de  Jean  sans  terre,  qui  lui  causa  tant  de  guerres  et  de 
troubles.  Un  roi  qui  avait  une  telle  famille,  et  qui  se  savait  si  puissant,  pouvait  bien 
mener  la  guerre  si  on  voulait  la  lui  faire;  et  s'il  avait  fait  ce  qu'ils  voulaient,  tels  qu'ils 

étaient ^^K  Ijes  deux  rois  étaient  en  discorde,  et  nul  n'avait  pu  les  accorder  jusqu'au 

jour  où  Dieu  les  rapprocha  dans  l'entrevue  qui  fut  si  heureuse.  Ce  fut  entre  Gisors  et 
Trie,  dans  une  prairie  grande  et  belle.  On  dit  là  maintes  paroles,  tant  de  folles  que 
de  sages;  l'un  n'avait  souci  que  de  la  paix,  et  l'autre  n'en  avait  cure;  il  y  avait  des 
gens  de  toute  sorte,  et  on  ne  savait  comment  la  paix  pourrait  se  faire;  mais  Dieu  voulait, 
je  le  pense,  qu'ils  se  croisassent  tous  ensemble.  On  toucha,  dans  cette  entrevue,  k  bien 
des  querelles,  vieilles  et  nouvelles;  il  y  en  avait  beaucoup  de  fort  embarrassées,  qui 
excitaient  la  fierté  et  l'orgueil ,  et  on  les  repassait  longuement.  C'était  un  jour  oh  le 
temps  était  fort  beau.  Là  vint  de  Sur  un  archevêque,  sage  et  prudhomme,  envoyé  an 
message  par  les  Syriens  qui  connaissaient  son  grand  sens;  nous  le  vîmes  se  donner 
beaucoup  de  peine  pour  mettre  les  rois  dans  la  bonne  voie.  Dieu  s'en  peina  tant,  et 
avec  lui  les  prudhommes  et  les  sages,  que  les  rois  se  croisèrent  tous  deux,  et  que  li 
ils  s'cntre-baisèrent.  Us  se  baisèrent  en  pleurant,  et  ils  adorèrent  Dieu  pour  la  grande 
joie  qu'ils  avaient  et  pour  le  besoin  qu'ils  savaient  que  Dieu  avait  d*élre  secouru.  Vous 
auriez  vu  là  les  chevaliers  courir  à  l'envi  pour  prendre  la  croix,  et  vous  n'anrîei  pas 
jugé  que  c'étaient  des  gens  au  courage  défaillant;  si  bien  qu'autour  des  arehevéqBesv- 
des  évéques  et  des  abbés  (ainsi  Dieu  puisse-t-il  m'aider  et  me  protéger!)  je  via  là  une 

''^  Lacune  de  deui  vers  au  moins. 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  337 

presse  si  grande  et  tant  de  gens  accourir  que  peu  s'en  fallait,  avec  la  chaleur  qui  était 
là  aussi  grande  qu'on  la  pourrait  demander,  qu'ils  ne  s'étouffassent. 

Sous  l'empire  de  la  joie  que  causaient  cette  entrevue  et  la  paix  et  la  croisade,  tous  V.  i55. 
allaient  prendre  la  croix,  car  nul  ne  pouvait  se  défendre  et  refuser  le  grand  pardon 
qu'on  offrait.  Mais  le  retard  apporté  au  départ  fut  bien  bl&mable,  car  le  diable  (it  si 
bien  qu'il  remit  entre  les  deux  rois  la  discorde,  qui  ne  put  être  apaisée  jusqu'au  jour 
où  l'un  d'eux  mourut.  Ce  fut  le  vieux  roi  d'Angleterre,  Henri,  qui  avait  cru  visiter  ii,it.v. 
le  saint  Sépulcre  et  répondre  à  l'appel  de  Dieu;  mais  la  mort  sut  bien  le  prévenir. 
Ambboise,  qui  fit  ce  livre,  dit  que  celui-là  est  sage  qui  accomplit  son  vœu  envers  Dieu 
son  seigneur  dès  qu'il  l'a  voué.  Après  la  mort  du  roi  leur  père ,  il  ne  restait  plus  que 
deux  frères  :  l'aîné  s'appelait  Richard,  très  renommé  comte  de  Poitiers;  le  cadet  avait 
nom  Jean  sans  terre,  il  était  encore  tout  jeune.  Richard,  l'ainé,  comme  le  veut  la 
raison,  eut  la  couronne  et  les  trésors  et  les  richesses  et  les  terres  et  les  hommages. 
Puisqu'il  s'était  croisé  le  premier,  comme  nous  vous  l'avons  dit,  il  voulait  se  donner 
du  mal  pour  Dieu.  Il  fit  donc  préparer  son  voyage.  Il  passa  en  Angleterre,  et,  très  peu 
de  temps  après,  il  se  fit  couronner  à  Londres.  Je  vis  là  distribuer  de  grands  dons,  et 
je  vis  servir  tant  de  mets  que  nul  n'en  put  savoir  le  compte;  jamais  en  ma  vie  je  ne 
vis  une  cour  tenue  plus  courtoisement.  Je  vis  de  la  riche  vaisselle  dans  la  salle  magni- 
fique ;  j'y  vis  des  tables  si  pressées  qu'on  ne  pouvait  les  nombrcr.  A  quoi  bon  vous  en 
faire  un  long  récit?  Chacun  de  vous  sait  bien  ce  qu'il  en  est,  et  quelle  grande  cour 
peut  tenir  celui  qui  est  maître  de  l'Angleterre. 

La  fête  fut  grande,  riche  et  magnifique  ;  elle  dura  pendant  trois  jours  sans  diminuer,    v.  ao5. 
Le  roi  fit  là  de  grands  dons  et  rendit  à  ses  barons  leurs  fiefs  et  leurs  héritages  ^'^  et 
accrut  leurs  domaines.  Et  quand  la  cour  se  sépara,  chacun  retourna  dans  son  pays, 
chacun  partit  pour  sa  maison;  mais  cela  ne  put  durer  longtemps,  car  le  roi  leur  avait 
envoyé  à  tous^  un  mandement  nominatif  et  leur  avait  ordonné  de  préparer  par  des  em- 
prunts, tels  qu'ils  voudraient  les  faire,  leur  voyage,  parce  qu'il  était  décidé  à  mettre 
en  mouvement  sa  flotte  et  ses  équipages  pour  être  à  temps  au  passage  et  faire  son 
pèlerinage.  Nuit  et  jour  son  cœur  était  tourné  vers  ses  preux  cpii  l'attendaient,  de  Nor- 
mandie et  d'Anjou,  de  Gascogne,  de  Poitou,  de  Berri  et  de  Bourgogne,  dont  beau- 
coup prenaient  part  à  l'expédition.  Lors  de  son  départ,  il  mit  des  archevêques  et  des 
ëvéques  dans  ses  églises  d'Angleterre  et  de  ses  autres  pays  où  il  n'y  en  avait  pas.  Gela 
fait,  il  ne  voulut  pas  attendre  l'hiver;  il  fit  faire  ses  préparatifs  de  voyage  et  charger 
ses  riches  trésors,  qu'il  savait  si  bien  employer.  11  n'avait  guère  attendu  sur  le  rivage 
cpxand  Dieu*  lui  prépara  le  temps  dont  il  avait  besoin  :  un  beau  vent  le  reporta  droit 

''^  Dans  la  théorie  féodale,  à  la  mort  du  suzerain  tous  les  contrats  de  fie&  sont  dissous.  Le  successeur  du 
su'^'^în  rentre  en  pleine  possession  de  tous  les  fieis,et  il  les  rend  ensuite,  par  une  nouvelle  investiture,  à  ceux 
qui    les  possédaient. 


92  . 


327 


L'ESTOIKE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


328 


I !!! 80  Fust  fait  coinin  en  Jérusalem, 
E  autres!  eu  Nazareht. 
Li  soldans  volt  que  il  fust  fel 
Tantcome  meintendroil  la  Icre; 
Ë  ii  bous  vesques  (ist  enquere 

i:!i>ir>  Les  provoires  e  fist  chanter; 
Si  se  pot  Tevesques  vanter 
Que  il  rendi  la  chanterie 
A  Deu  qui  lors  ne  Tavoit  mie. 

13190 

Fol.  88  (L  I'^  fait  orent  ço  qu'il  quislrent, 

A  Salehadin  congié  pristreut; 
De  Jérusalem  se  tornerent 
E  a  Acre  s'en  rclornerenL 
itinerarium  iii-  1  j  1  ().*>       Quaut  les  gcnz  fureut  revcuues , 
^.,  '    '  ""'  Totcs  les  ffrans  e  les  inenues, 

Malbenn  qui  ^        " 

miitent     les  Del  saiut  sepulcre  e  repcirees, 

Croiséfl  pendant  ^  r  .  «n 

leur  Toyogft  de  Lcs  nes  lurcut  apanllces , 

'''*®"'''  Li  pèlerin  dedenz  enti'erent 

i:v).oo  E  quaut  vent  orent  si  siglereuL 
Les  nés  furent  tôt  départies 
Ë  dcpeciees  par  parties  : 
Li  un  vindrenl  a  salveté 
Al  port  ou  il  furent  jetë, 

fisof)  Li  autre  furent  perillë, 

Ë  en  plusors  lius  eissillié; 
Si  en  mururent  autre  sor  mer, 
Si  orent  covertor  amer  : 
Amer?  mes  dolz,  que  la  dolçor 

l'Aûio  En  sentirent  al  règne  alçor; 
E  li  auquant  s'i  engrolerent, 
Si  que  onques  nen  respasserenl; 
Li  autre  orent  leissié  lor  pères, 
Lor  cosins  germains  e  lor  frères 

1331 5  Morz  ou  d'armes  ou  d'enferté. 


Dont  il  erent  en  grant  nertë  : 

Tôt  autresi  corn  li  martir 

G'on  vit  de  cest  siècle  partir 

Por  Deu  pristrent  divers  martire, 
13330  Tôt  autresi,  os  jo  bien  dire, 

Orent  cil  diverses  enjures 

E  mult  diverses  aventures 

Qui  cest  pèlerinage  enpristrent. 

Mais    meintes    genz    non    sachanz 

[distrent 
13330  Puis  plusors  feiz  par  lor  folie 

Qu'il  n'orent  rien  fait  en  Sulie, 

Quant  Jérusalem  n'ert  conquise  ;         Fd.  89  «. 

Mais  n'orent  pas  bien  l'ovre  enquise, 

Ainz  blâmèrent  ço  qu'il  ne  sorent 
i333o  E  ço  ou  onques  lor  piez  n'orent. 

Mais  nos  meimes  qui  i  fuimes. 

Qui  ce  veimes  e  soumes 

E  qui  covint  les  mais  sentir. 

Nus  n'en  devom  mie  mentir 
13335  De  ço  que  li  autre  soilrireut 

Por  amor  Deu,  quenoz  eilz  virent; 

Si  ûs  dire,  oiant  cels  qu'i  furent  « 

Que  tels  cent  mile  home  i  mururent 

Por  ce  qu'a  femme  ne  gisoient, 
133^10  Qui  a  l'amor  Deu  se  tenoient, 

Qui  en  cel  point  pas  ne  moreussent 

Si  lor  abstinences  ne  fussent; 

E  si  03  bien  dire  en  plevine. 

Que  d'emferld  que  de  famine 
i33/i3  En  ot  bien  mort  plus  de  trois  mile, 

Qu'ai  siège  d'Acre  qu'en  la  vile; 

E  li  prodome  qui  avoient 

Ijor  chapeleius  e  qui  ooient 

Lor  servise,  com  un  cvesques 


13183  quil  —  iîii83  comin  —  1218/i  cuesqucs  —  13190  //  doit  manquer  deux  ven  —  1319G  Toi — 
13197  e  manque,  reperirces  —  13301  loles —  lasoC  E  manque —  13307  "'•  lautro  —  lasog  dolcor  qua 
—  1  a  a  1 1  scngrocorent  —  1  a  a  i  s  conques  nen  ircspassorcnt  —  1  a  2 1 5  le  pitmier  ou  magique  —  1  a  a  1 6  verte  — 
iaai8  Couiulde  —  laaig  pernoicnt —  laaai  diuers —  la^aa  mn\l  manque —  iaaa3  Que  cest —  laïaSfeii 
manque  —  laa^i  n.  ueimos  —  iaa3a  Qui  ice,  sûmes  -*-  iaa3^  Nus  manque,  mie  de  co  —  laaSS  De  ço 
manque —  13336  qui — i  a a38  home man^utf —  i a 3^ a  abstinence —  laa/j/idemfermetc  —  iss^obienimuifiie 


329 


L'ESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


330 


ia*joo 


khard    ra- 
GniHaam^ 


'ol.  89  6. 


truimm  Ri' 
,  TI ,  xixf  II 
rnicr. 

ptrl  de  Ri- 
I  poor  rOc- 
l  (9  octobre 


laïioo 


U  com  uns  très  sainz  arcevesques, 

E  qui  en  tel  vie  moroient, 

Issi  corne  li  mal  corroient, 

Ci!  seront  0  Deu  a  sa  désire 

El  haut  Jérusalem  celestre; 

E  tels  genz  o  le  bien  qu'i  pristrent 

L'autre  Jérusalem  conquistrent. 

Quant  Richarz  li  rois  d'Engletero 
Ot  esté  en  la  sein  le  terre 
Tant  que  tens  fu  del  retomer, 

199 Go  Lors  fist  son  passage  atorner, 
E  li  fu  sa  nef  atornee 
Si  que  il  n'i  faillot  rien  née, 
Gent  ne  armes  ne  guarnesture. 
Lores  fisl  proesce  e  nature 

19965  E  que  prosdom  e  que  leaus; 
Car  por  Guillame  de  Preals, 
Qui  por  lui  avoit  este  pris, 
Leissa  dis  Sarazins  de  pris, 
Qui  mult  rendissent  grant  avoir, 

19970  Por  le  cors  Guillame  ravoir; 
E  par  tôt  (ist  crier  sa  solte. 
Qu'il  ni  eust  plainte  ne  tolte, 
E  fisl  tôt  aquiter  e  rendre  : 
Qui  lors  veist  al  congé  prendre 

19970  Los  genz  qui  après  lui  ploroienl 
Tendrement  e  por  lui  preoient, 
E  regretoient  ses  proesces 
E  ses  valorse  ses  iargesces, 
E  disoient  :  trHail  Sulie, 

19980  (tCom  hui  remanezsanz  aie! 

rDeusI  se  ore  en  fust  la  triuue  cn- 

[fraile, 
rrSi  come  ele  est  mainte  foiz  faite, 
(T  Qui  est  qui  nos  garantiroit, 
ffPuis  que  li  rois  s'en  partiroil?'» 

19985  Lors  veissiez  mult  gent  plorer. 
E  li  rois  sanz  plus  demorer. 


Ses   adieax  h 
lâ  Syrie. 


Qui  encore  ert  mult  desheitiez, 

Entra  en  mer  a  lor  congiez, 

E  fist  al  vent  lever  les  veilles, 
19390  E  curut  la  nuit  as  esteilles. 

Al  matin  a  l'aube  esclarcie, 

Torna  son  vis  devers  Sulie 

E  dist,  si  que  ses  genz  l'oirent 

E  que  li  autre  l'entendirent  : 
13395  f(HeI  Sulie,  a  Deu  te  cornant! 

(T  E  Dampnedeus  par  son  comant 

rtMe  doinst  encore  tant  d'espace, 

trSe  lui  plest,  que  secors  le  face  ! 

cr  Car  encore  te  cuit  secore.  y> 
i33oo  Lorscomença  sa  nef  a  corre. 

Mais  ne  savoitpas  les  nuisances,  Maiiieurt  qui 

Y  r  *    r  I  rallendent      en 

Les  granz  meschiefs  ne  les  pesances  Europe. 

Qui  devant  les  oilz  li  pendoient, 

E  les  tormenz  qui  Tatendoient 
i33o5  Par  la  traison  porpensee. 

Que  de  Sulie  fud  mandée 

En  France  al  roi  des  Hausasis,  Foi.  89  c 

Por  quoi  il  fud  jeié  et  pris 

El  conduit  Deu  et  el  veage, 
133 10  Par  quoi  Ten  prist  son  héritage 

E  ses  chastels  de  Normendie 

Par  coveilise  e  par  envie; 

Puis  fu  rainza  fin  argent, 

Dont  il  tailla  tote  sa  gent 
i33i5  E  prist  e  croiz  e  filatires, 

Calices,  veisseis  e  matires 

D'or  e  d'argent  par  les  mostiers; 

E  il  en  iert  si  grant  mestiers 

Qu'onques  n'ot  Deu  ne  saint  ne  sainte, 
13390  Dont  il  i  a  ja  maint  e  mainte, 

Qui  sanz  morir  onques  soifrist 

Plus  mal  por  lui  que  li  rois  fist 

Dedenz  la  prison  en  Ostrichc 

E  en  Alemaine  la  riche. 


i935o  très  manque —  13353  com  —  iiaôs  quil —  I9i6h  Lors  —  13970  auoir —  13373  lant  —  19378 
E  les  —  i93i5  h  premier  e  manque  —  133 16  C.  e  veisseis  de  matire  —  ia3i9  Quonques  o  deu  s.  — 
18333  lui  manque 


331 


CESTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


33S 


i33s5  De  iolice  mot  ne  savoit; 

Mais  Deus  qui  servi  ii  a  voit, 
E  son  sen  e  sa  grant  largesce, 
Sa  porveance,  sa  proesce, 

ia33o 

E  11  baron  qui  Tostagierent, 
Qui  lor  enfanz  i  envoierent, 
Tant  qu'il  chaknja  puis  sa  terre 
Al  rei  de  France  e  li  mut  guère; 
13335  E  tant  fist  puis  e  tant  ovra 
Que  tant  ou  plus  en  recovra 
Que  Tom  li  en  avoit  toloite. 
Ensi  fait  Deus  si  s  ovre  a  droite, 
Qui  que  travailt  en  son  servise, 


133/io  Que  il  li  rent  a  sa  devise. 

Si  sachent  tuil  cil  qui  sunt  ore 
E  tuit  cil  qui  seront  encore 
Que  Testoire  en  icel  point  fine, 
Qui  afiche  por  verte  fine 

13345  Que  Tan  que  la  croiz  fu  conquise 


Ot  mil  anz  e  cent  e  uitante 
E  uit,  e  Tescrit  le  créante, 
Desei  qu'en  Tencamacion, 
335o  Que  le  filz  Deu  prist  nacion, 
Qui  od  son  père  vit  e  règne, 
Et  qui  nos  toz  mete  en  son  règne. 
Atntn, 


ExpliciU 


ifOofiÊt. 


Fol.  89 1 


i9339-3o  II  doit  manquer  deux  vers  —  19337  en  manque  —  19338  ri  manque  —  i93Ao  Qoil  —  1934  loi 
manque  —  193&9  t  qui  en  s  —  i93Â3  en  tel  —  19369  la  camacion 


TRADUCTION. 


L'HISTOIRE 


DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


Celui  qui  veut  traiter  une  longue  histoire,  il  faut  qu'il  se  donne  bien  garde  de  ne  V.  i. 
pas  commencer  de  façon  à  se  surcharger  une  œuvre  qu'il  ne  puisse  achever;  il  faut 
qu'il  l'entreprenne  et  qu'il  la  fasse  de  manière  à  mener  à  bonne  fin  ce  qu'il  met  en 
train.  Et,  à  cause  de  cela ,  j'ai  commencé  brièvement,  pour  que  la  matière  ne  soit  pas  trop 
lourde.  Je  veux  aller  droit  vers  mon  sujet,  vers  une  histoire  bonne  à  raconter,  qui  ra- 
conte le  malheur  qui  nous  advint,  et  à  bon  droit,  l'autre  année,  en  la  terre  de  Syrie, 
par  notre  folie  excessive ,  que  Dieu  ne  voulut  plus  supporter  sans  noy s  en  faire  sentir 
les  conséquences.  Il  nous  les  fit  sentir  assurément,  en  Normandie  et  en  France,  et  dans 
toute  la  chrétienté;  qu'il  y  eût  eu  peu  ou  beaucoup  de  cette  folie,  il  la  fit  sentir  promp- 
tement  par  la  croix  que  l'univers  adore,  qui,  à  cette  époque,  fut  enlevée  par  les  païens 
et  portée  loin  du  pays  oii  elle  était  et  où  Dieu  daigna  nattre  et  mourir ^^^  de  l'Hô- 
pital et  du  saint  Temple,  à  cause  de  quoi  plusieurs  se  lamentèrent,  du  sépulcre  où 
Dieu  avait  été  mis,  et  dont  le  péché  nous  avait  privés;  non,  ce  n'est  pas  ainsi  qu'il 
faut  dire  :  ce  fut  par  Dieu,  qui  voulut  ramener  à  lui  son  peuple,  qu'il  avait  racheté, 
et  qui,  alors,  négh'geait  son  service.* 

A  la  suite  d'un  si  grand  malheur,  grands  et  petits  par  tout  le  monde  furent  affligés  V.  35. 
et  eurent  peine  à  reprendre  courage.  Tout  le  peuple  chrétien  en  abandonna  les  danses, 
les  chansons,  la  musique  et  les  paroles  et  toute  joie  mondaine,  tant  que  le  pape  de 
Rome,  par  qui  Dieu  a  mené  maint  homme  au  salut  (ce  fut  le  huitième  Grégoire,  comme 
on  le  trouve  dans  les  livres),  proclama,  pour  l'honneur  de  Dieu  et  la  confusion  du 
diable,  un  pardon  de  grand  profit  :  ceux  qui  iraient  combattre  les  infidèles  qui  avaient 
déshérité  le  Roi  de  vérité  devaient  être  quittes  de  tout  péché.  C'est  pour  cela  que  tant 
de  rois  et  tant  de  comtes,  et  tant  d'autres  gens  qu'on  n'en  sait  pas  le  nombre,  se 
croisèrent  pour  aller  chercher  Dieu  en  Syrie,  dans  la  terre  lointaine.  Tous  les  gens  les 
plus  renommés  du  monde  se  croisèrent  en  masse.  Richard,  le  vaillant  comte  de  Poi- 
tiers, ne  voulut  pas  faillir  au  besoin  de  Dieu  et  à  son  appel,  et  se  croisa  pour  son 

'*)  Il  manque  ici  on  morceau  dont  on  ne  peut  apprécier  Tétendue. 


336  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

amour  ;  il  fut  ie  premier  de  tous  les  hauts  hommes  des  terres  de  deçà  la  mer,  dont 
nous  sommes.  Puis  le  roi  d'Angleterre  lui-même  s'ëbranla  pour  le  service  de  Dieu; 
il  y  mit  grande  peine  et  grande  dépense.  Nul  ne  regardait^  pour  prendre  la  croix,! 
vendre  son  patrimoine.  Ni  les  vieux  ni  les  jeunes  ne  voulaient  celer  leur  cœur  et  re- 
noncer à  montrer  leur  courroux,  et  à  prendre  vengeance  de  la  honte  qui  était  faite 
à  Dieu  sans  qu'il  l'eût  méritée  :  sa  terre  avait  été  ravagée,  ses  gens  avaient  été  pris 
de  si  court  qu'ils  n'avaient  pas  su  aviser.  Il  ne  faut  pas  s'émerveiller  de  la  dé- 
faite qu'ils  subirent  alors  :  c'étaient  des  preux  entre  tous  ;  mais  Dieu  voulait  qu'ils 
mourussent  et  que  d'autres  le  secourussent.  Ils  moururent  corporellement,  mais  ils 
vivent  au  ciel,  et  autant  en  font  ceux  qui  meurent  là-bas  et  qui  restent  au  service 
de  Dieu. 
V.  87.  Il  y  avait  depuis  longtemps  entre  la  France  et  la  Normandie  one  guerre  forte  et 
//•n.f?i>.,]i,iir.  cruelle  et  orgueilleuse  et  acharnée  et  périlleuse.  La  guerre  était  entre  le  roi  Philip|pe 
etie  roi  Henri  d'Angleterre,  celui  qui  avait  la  belle  famille,  la  vaillante,  la  sa^, 
l'avisée,  le  bon  père  du  jeune  roi  qui  joutait  avec  tant  d'ardeur,  le  père  de  Ridiflid 
l'avisé,  qui  était  si  sage  et  si  subtil,  le  père  de  Joffroi  de  Bretagne,  qui  était  ami 
d'un  si  grand  mérite,  et  le  père  de  Jean  sans  terre,  qui  lui  causa  tant  de  guerres  et  <fe 
troubles.  Un  roi  qui  avait  une  telle  famille,  et  qui  se  savait  si  puissant,  paatait  him 
mener  la  guerre  si  on  voulait  la  lui  faire;  et  s'il  avait  fait  ce  qu'ils  voulaientt  tek  qaHii 

étaient ^^K  Les  deux  rois  étaient  en  discorde ,  et  nul  n'avait  pu  les  accorder  josqufatt 

jour  où  Dieu  les  rapprocha  dans  l'entrevue  qui  fut  si  heureuse.  Ce  fut  entre  Gkmê  et 
Trie,  dans  une  prairie  grande  et  belle.  On  dit  là  maintes  paroles,  tant  de  folles  que 
de  sages;  l'un  n'avait  souci  que  de  la  paix,  et  l'autre  n'en  avait  cure;  il  y  avait  des 
gens  de  toute  sotte,  et  on  ne  savait  comment  la  paix  pourrait  se  faire;  mais  Dieu  voulait, 
je  le  pense,  qu'ils  se  croisassent  tous  ensemble.  Oh  toucha,  dans  cette  entrevue,  à'Men 
des  querelles,  vieilles  et  nouvelles;  il  y  en  avait  beaucoup  de  fort  embarrassées,  <{QÎ 
excitaient  la  fierté  et  l'orgueil,  et  on  les  repassait  icMiguement.  C'était  un  joor  oë  ie 
temps  était  fort  beau.  Là  vint  de  Sur  un  archevêque,  sage  et  prudhomme,  ewojré  an 
message  par  les  Syriens  qui  connaissaient  son  grand  sens  ;  nous  le  vfanes  sa  demiBt 
beaucoup  de  peine  pour  mettre  les  rois  dans  la  bonne  voie.  Dieu  s'en  peiaa  tant,  al 
avec  lui  les  prudhommes  et  les  sages,  que  les  rois  se  croisèrent  tour  denc,  el  que  Jà 
ils  s'cntre-baisèrent.  Ils  se  baisèrent  en  pleurant,  ^  ils  adorèrent  Dieu  pour  la  gravit 
joie  qu'ils  avaient  et  pour  le  besoin  qu'ils  savaient  que  Dieu  avait  d'élre  secouru;.  Vow 
auriez  vu  là  les  ckevadi^s  courir  à  l'envi  pour  prendre  la  croix,  et  vous  n'aurîas -paa 
jugé  que  c'étaient  des  gens  au  courage  défaillant;  si  bien  qu'autear  des  amli8V^airi|<r 
des  évéques  et  des  abbés  (ainsi  Dieu  puisse-t-il  ra'atder  et  me  prot^er!)  je  vis  là 

(')  Lacune  de  deux  vers  au  moins. 


m^ 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  337 

presse  si  grande  et  tant  de  gens  accourir  que  peu  s'en  fallait,  avec  la  chaleur  qui  était 
là  aussi  grande  qu'on  la  pourrait  demander,  qu'ils  ne  s'étouffassent. 

Sous  l'empire  de  la  joie  que  causaient  cette  entrevue  et  la  paix  et  la  croisade,  tous  V.  i55. 
allaient  prendre  la  croix,  car  nul  ne  pouvait  se  défendre  et  refuser  le  g^and  pardon 
qu'on  offrait.  Mais  le  retard  apporté  au  départ  fut  bien  blâmable,  car  le  diable  fit  si 
bien  qu'il  remit  entre  les  deux  rois  la  discorde,  qui  ne  put  être  apaisée  jusqu'au  jour 
où  l'un  d'eux  mourut.  Ce  fut  le  vieux  roi  d'Angleterre,  Henri,  qui  avait  cru  visiter  ii,it-t. 
le  saint  Sépulcre  et  répondre  à  l'appel  de  Dieu  ;  mais  la  mort  sut  bien  le  prévenir. 
Ambroise,  qui  fit  ce  livre,  dit  que  celui-là  est  sage  qui  accomplit  son  vœu  envers  Dieu 
son  seigneur  dès  qu'il  l'a  voué.  Après  la  mort  du  roi  leur  père,  il  ne  restait  plus  que 
deux  frères  :  l'atné  s'appelait  Richard,  très  renommé  comte  de  Poitiers;  le  cadet  avait 
nom  Jean  sans  terre,  il  était  encore  tout  jeune.  Richard,  l'atné,  comme  le  veut  la 
raison ,  eut  la  couronne  et  les  trésors  et  les  richesses  et  les  terres  et  les  hommages. 
Puisqu'il  s'était  croisé  le  premier,  comme  nous  vous  l'avons  dit,  il  voulait  se  donner 
du  mal  pour  Dieu.  Il  fit  donc  préparer  son  voyage.  Il  passa  en  Angleterre,  et,  très  peu 
de  temps  après,  il  se  fit  couronner  à  Londres.  Je  vis  là  distribuer  de  grands  dons,  et 
je  vis  servir  tant  de  mets  que  nul  n'en  put  savoir  le  compte;  jamais  en  ma  vie  je  ne 
vis  une  cour  tenue  plus  courtoisement.  Je  vis  de  la  riche  vaisselle  dans  la  salle  magni- 
fique ;  j'y  vis  des  tables  si  pressées  qu'on  ne  pouvait  les  nombrer.  A  quoi  bon  vous  en 
faire  un  long  récit?  Chacun  de  vous  sait  bien  ce  qu'il  en  est,  et  quelle  grande  cour 
peut  tenir  celui  qui  est  raatire  de  l'Angleterre. 

La  fête  fut  grande,  riche  et  magnifique  ;  elle  dura  pendant  trois  jours  sans  diminuer.  V.  aoS. 
Le  roi  fit  là  de  grands  dons  et  rendit  à  ses  barons  leurs  fiefs  et  leurs  héritages  ^^^  et 
accrut  leurs  domaines.  Et  quand  la  cour  se  sépara,  -chacun  retourna  dans  son  pays, 
chacun  partit  pour  sa  maison;  mais  cela  ne  put  durer  longtemps,  car  le  roi  leur  avait 
envoyé  à  tous  un  mandement  nominatif  et  leur  avait  ordonné  de  préparer  par  des  em- 
prunts, tels  qu'ils  voudraient  les  faire,  leur  voyage,  parce  qu'il  était  décidé  à  mettre 
en  mouvement  sa  flotte  et  ses  équipages  pour  être  à  temps  au  passage  et  faire  son 
pèlerinage.  Nuit  et  jour  son  cœur  était  tourné  vers  ses  preux  ([ui  l'attendaient,  de  Nor- 
mandie et  d'Anjou,  de  Gascogne,  de  Poitou,  de  Rerri'et  de  Rourgogne,  dont  beau- 
coup prenaient  part  à  l'expédition.  Lors  de  son  départ,  il  mit  des  archevêques  et  des 
ëvêques  dans  ses  églises  d'An^eterre  et  de  ses  autres  pays  où  il  n'y  en  avait  pas.  Cela 
fait,  il  ne  voulut  pas  attendre  l'hiver;  il  fit  faire  ses  préparatifs  de  voyage  et  charger 
ses  riches  trésors,  qu'il  savait  si  bien  employer.  11  n'avait  guère  attendu  sur  le  rivage 
quand  Dieu  lui  prépara  le  temps  dont  il  avait  besoin  :  un  beau  vent  le  reporta  droit 

■ 

^'^  Dans  la  théorie  féodale,  à  la  mort  du  suzerain  tous  les  contrats  de  fiefs  sont  dissous.  Le  successeur  du 
•luerain  rentre  en  pleine  possession  de  tous  les  fieCs^et  il  les  rend  ensuite,  par  une  nouvelle  investiture,  à  ceux 
qui  les  possédaienl. 

39  . 


338  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

11.  VI.  en  Normandie.  Dès  qu'il  y  fut  arrivé,  on  le  reçut  à  grande  joie,  vous  pouvez  biea  le 
croire.  Il  fit  aussitôt  hâter  le  départ,  et  il  envoya  ses  gens  en  avant  à  Lion  (sur  m«r) 
pour  célébrer  la  fête  du  jour  où  Dieu  voulut  naître.  Le  roi  tint  sa  fête  à  Lion,  maison 
n'y  entendit  guère  de  chansons  de  geste;  il  fit  aussitôt  écrire  une  lettre"  qu'il  envoya  au 
roi  de  France  par  un  messager  rapide,  et,  outre  la  lettre,  le  messager  avait  ordre  3e 
dire  qu'il  était  tout  prêt  à  partir,  et,  si  je  ne  me  trompe,  ils  prirent  pour  cela  rendei* 
vous  entre  eux ,  et  se  réunirent  à  Dreux ,  à  sept  lieues  d'Evreux.  Gomme  les  deux  rois  pai^ 
laient  et  faisaient  le  plan  de  leur  voyage,  voici  venir  en  grande  hâte  un  messager  qui 
s'approcha  <lu  roi  de  France,  la  tête  basse,  et  lui  dit  que  la  reine  était  morte.  A  cause 
de  ce  grand  chagrin,  et  à  cause  d'un  autre  bien  cruel  aussi,  la  mort  du  roi  de  PouilIOf 
qui  causa  et  cause  encore  grand  deuil,  tout  le  monde  fut  déconforté,  et  il  s'en  faUot 
peu  qu'on  ne  renonçât  au  voyage  de  Syrie.  Mais,  grâce  à  Dieu,  il  n'en  fut  pas  ainsi; 
on  le  remit  seulement  jusqu'à  la  fête  de  saint  Jean,  que  le  monde  entier  célèbre. 

V.  277.  Quand  la  rose  répandait  son  doux  parfum,  vint  lejerme  où  Dieu  voulait  qne  ies 
pèlerins  se  missent  en  marche  et  que  d'autres  se  joignissent  à  eux,  et  que  tous,  avec 
ce  que  Dieu  leur  avait  confié  de  biens,  fussent  disposés  à  souffrir  pour  Dieu  et  prêts  k 
partir  à  la  Saint-Jean.  Si  bien  que,  sans  plus  de  retard,  à  l'octave  de  la  fête,  ent  lira 
à  Vézelai  l'assemblée  générale.  C'est  alors  que  le  roi  de  France  quitta  Paris  et  prit 
congé  de  saint  Denis.  Il  y  avait  bien  des  chevaliers  d'élite  qui  n'étaient  pas  encore  partis^ 
tandis  que  la  plupart  des  barons  français  étaient  déjà  en  marche.  Le  duc  de  Bourgogne 
partit  alors  avec  le  roi  pour  l'expédition ,  et  le  comte  de  Flandres  ne  tarda  guère  k  en 
faire  autant.  U  faisait  beau  voir,  alors,  les  gens  qui  accouraient  de  toutes  parts,  et  ia 
conduite  qu'on  leur  faisait,  et,  au  moment  de  la  séparation,  une  telle  douleur  et  une 
telle  détresse,  que  ceux  qui  leur  faisaient  la  conduite  sentaient  presque  leur  ceeur- 
se  briser. 

V.  3o3.  1^6  i*oi  Richard  était  à  Tours  avec  tout  son  attirail  de  guerre;  la  cité  était  si  jdeine 
ii,Tui.  de  monde  qu'on  pouvait  à  grand'peine  y  tenir.  11  envoya  promptement  à  la  mer  ton-* 
voquer  sa  flotte;  il  fit  mettre  ses  vaisseaux  en  mer  et  recommanda  qu'on  partit  sans 
retard.  On  compta  cent  sept  navires  quand  ils  furent  entrés  en  mer,  sans  parler  de  crax 
qui  s'y  mirent  ensuite,  qui  tous  se  suivirent  de  près.  Tous  passèrent  les  détroits,  les 
passages  étroits  et  difficiles,  les  périlleux  détroits  d'Afrique  où  la  merèat  et  heurte  tffûr 
jours,  si  heureusement  que  pas  un  ne  périt  ni  ne  toucha.  Et,  par  la  grâce  de  Dieu, 
ils  cinglèrent  tant  qu'ils  arrivèrent  à  Messine.  Le  roi  Richard  et  ses  barons  parttreot 
allègrement  de  Tours;  il  y  avait  là  de  bons  chevaliers  et  des  arbalétriers  renommés* 
Si  vous  aviez  vu  l'ost^^^  quand  elle  sortit  de  la  ville!  Toute  la  terre  en  frémissait;  faMipf 
les  gens  étaient  dans  le  deuil  pour  leur  seigneur  plein  de  prouesse.  Là  pleuraient  dames 


0) 


J'ai  partout  conservé  ce  vieux  mot,  que  notre  mot  armée  ne  rend  pas  tout  à  fait  exactenwiit. 


;* 


t. 


,  if 


Utr^ 


■vV;flè 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  339 

et  demoiselles,  jeunes  et  vieilles,  laides  et  belles;  le  deuil  et  la  pitié  leur  serraient  le 
cœur  pour  leurs  amis  qui  s'en  allaient  :  jamais  on  ne  vit  conduite  plus  attendrissante 
et  gens  plus  tristes  au  retour.  Là  il  y  eut  bien  des  larmes  répandues  et  bien  des  vœux 
faits  dans  les  prières.  Ceux  qui  faisaient  la  conduite  retournèrent  ù  la  ville,  et  les  pèle- 
rins suivirent  leur  route,  si  bien  qu'au  terme  qu'avaient  fixé  les  rois,  sans  un  jour  de 
retard  ou  d'avance  sur  ce  qui  avait  été  dit,  eut  lieu  à  Vézelai  l'assemblée  que  Dieu 
avait  dérobée  au  diable.  Dérobée  ?  Non  :  il  la  prit  ouvertement,  car  c'est  pour  lui  qu'elle 
avait  été  convoquée. 

A  Vézelai,  dans  la  montagne.  Dieu  hébergea  sa  compagnie,  et  il  y  avait  aussi  dans  V.  3/17. 
la  vallée  bien  des  gens  qui  y  étaient  venus  pour  lui,  et  dans  les  vignes  et  dans  les  ii^vm. 
coteaux  il  y  avait  les  fils  de  bien  des  mères.  Le  jour  était  chaud,  la  nuit  calme.  Dieu 
avait  réuni  là  la  plus  belle  jeunesse  qu'on  ait  jamais  vue.  Ceux  qui  y  étaient  avaient 
abandonné  pour  Dieu  leurs  terres  et  leurs  familles;  ils  avaient  engagé  ou  perdu  pour 
toujours  leurs  héritages;  ils  s'en  étaient  laissé  déposséder  pour  acheter  l'amour  de  Dieu, 
car  on  ne  peut  faire  un  meilleur  marché  que  d'acquérir  l'amour  du  roi  céleste. 

A  Vézelai,  où  ils  étaient,  les  deux  rois  se  jurèrent  un  serment  :  quelque  fortune  v.  365. 
qu'ils  pussent  rencontrer,  l'un  ne  devait  rien  avoir  à  craindre  de  l'autre,  et  ce  qu'ils  11,  it. 
conquerraient  ensemble,  ils  devaient  le  partager  loyalement.  Ils  prirent  encore  un 
autre  engagement  :  celui  qui  arriverait  le  premier  à  Messine,  à  quelque  moment  ou 
dans  quelque  circonstance  que  ce  fût,  devait  attendre  l'autre.  Voilà  les  conventions  qu'ils 
firent.  Us  partirent  de  Vézelai  :  les  deux  rois  chevauchaient  en  tête,  parlant  de  leur 
expédition,  et,  partout  où  ils  s'arrêtaient,  ils  se  portaient  grand  honneur.  L'ost  mar- 
chait dans  une  telle  union  qu'on  n'entendait  aucune  réclamation.  Je  vis  faire  là  aux 
gens  une  courtoisie  qu'on  ne  doit  pas  taire  :  le  long  de  la  route  que  suivait  l'ost,  vous 
auriez  vu,  ainsi  Dieu  m'aide,  des  jouvenceaux,  des  dames,  des  jeunes  filles,  avec  de 
belles  coupes  et  des  cruches  et  des  seaux  et  des  bassins,  apporter  de  l'eau  aux  pèlerins. 
Ils  venaient  droit  sur  la  route,  tenant  les  bassins  dans  leurs  mains,  et  disaient  :  c^Dieu, 
«roi  du  ciel,  d'où  viennent  tant  de  gens?  Qu'est-ce  que  cela  peut  être?  Où  est  née  une 
Rsi  belle  jeunesse?  Voyez  leur  visage  coloré  !  Comme  doivent  être  tristes  maintenant  les 
«mères,  les  parents,  les  fils,  les  frères,  les  amis^  les  alliés  de  tous  ceux  que  nous  voyons 
«venir  par  ici!?;  Us  recommandaient  l'ost  à  Dieu  et  pleuraient  après  le  passage.  Ils 
priaient  Dieu  pour  eux  doucement,  et  lui  demandaient  du  fond  du  cœur  de  les  conduire 
à  son  service  et  de  les  ramener  s'il  lui  plaisait.  Conduits  par  la  grâce  de  Dieu,  qui  leur 
fit  et  leur  fera  du  bien ,  en  grande  joie  et  liesse ,  sans  tristesse  ni  courroux ,  sans  reproche 
ni  raillerie,  ils  marchèrent  si  bien  qu'ils  arrivèrent  à  Lyon  sur  le  Rhône. 

A  Lyon,  surleRhône  à  l'eau  rapide , s'arrêta  l'ost.  Les  deux  rois  se  tenaient  là  pour  at-    v.  &f3. 
tendre  les  gens  qui  venaient  encore.  Jamais  on  ne  vit  telle  merveille  ni  un  si  grand  ébran- 
lement de  peuple.  On  comptait  bien  cent  mille  hommes,  dont  la  plupart  couchaient 


340  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

par  la  ville.  Quant  aux  rois,  ils  ne  prirent  leur  herberge^^^  ni  dans  la  ville  ni  dans  l6B 
jardins;  ils  firent  tendre  leurs  pavillons  au  delà  du  Rhône  pour  attendre  l'est,  et  ii 
fallait  bien  attendre,  car  il  venait  encore  beaucoup  d'hommes;  et  ils  les  attendirent 
tant  qu'ils  les  virent  tous  arrivés  et  assemblés.  Quand  ils  eurent  tant  attendu  qirïb 
virent  bien  certainement  que  l'ost  était  réunie  tout  entière,  ils  en  furent  très  joyeiK.  & 
firent  déplanter  leurs  tentes,  si  belles  et  si  précieuses,  tout  le  long  de  la  sablonnière, 
pour  l'ost  qui  arrivait  en  grand  nombre  derrière  eux.  Les  deux  rois  se  firent la 
duite  tant  que  leurs  chemins  s'accordèrent,  puis  chacun,  à  grande  joie,  s'^n  alla  à 
port.  Le  roi  de  France,  Philippe,  avait  déjà  traité  de  son  passage  avec  les  Génois,  qui 
sont  habiles  et  sages  en  ces  matières,  et  le  roi  d'Angleterre,  Richard,  côtoya  la  mer 
tout  du  long  et  s'en  alla  droit  à  xVIarseillc,  de  par  Dieu  qui  inspire  toutes  les  bonnes 
pensées. 

V.  /j/19.  Quand  on  sut  dans  l'ost  que  les  rois  se  mettaient  en  marche,  il  y  en  eut  qû  se 
II,  I.  levèrent  avant  le  jour,  et  les  autres  le  plus  matin  qu'ils  purent,  pour  passer  le  Rbtee; 
ceux  qui  s'étaient  levés  avant  le  jour  n'eurent  point  à  souffrir  :  ils  passèrent  le  pont 
heureusement  et  sans  encombre  ;  mais  ceux  qui  passèrent  au  matin ,  et  qui  s'entassèrent 
sur  le  pont,  ceux-là  furent  en  grand  danger,  car  une  arche  du  pont  manqua,  à  cause 
de  l'eau  qui  était  démesurément  haute  et  peu  sûre.  11  y  avait  plus  de  cent  hommes  sor 
l'arche,  qui  était  de  sapin;  c'était  une  trop  lourde  charge  :  l'arche  tomba  et  ils  tair 
butèrent.  Les  gens  se  mirent  à  crier  et  à  appeler;  dans  l'ignorance,  chacun  croyait  avoir 
perdu  tout  ce  qu'il  avait  de  plus  cher,  son  fils,  son  frère  ou  son  parent;  mais4Ken 
y  mit  la  main,  car  de  tous  ceux  qui  tombèrent  là  il  n'y  en  eut  que  deux  qui  périrent,  an 
moins  que  l'on  put  trouver,  mais  personne  n'aurait  osé  s'en  assurer,  car  eette  eanert 
si  forte  et  si  rapide  qu'il  n'y  tombe  guère  rien  qui  en  échappe.  Si  ceux-là  furent  perdas 
pour  le  monde,  ils  sont  devant  Dieu  purs  et  nets  :  ils  étaient  partis  pour  son  sernœ; 
il  aura  pitié  d'eux,  c'est  bien  juste. 

V.  681.  L'arche  du  pont  était  brisée,  et  les  gens  étaient  tout  égarés  :  ils  ne  savaient  deqnd 
côté  aller,  soit  en  amont,  soit  en  aval.  11  n'y  avait  plus  aucun  espoir  dans  ce  pont;  on  «e 
trouva  nul  ouvrier,  et  dans  le  Rhône  il  n'y  avait  ni  vaisseau  ni  barque  asses  gmnis 
et  assez  larges,  si  bien  qu'ils  ne  pouvaient  suivre  et  atteindre,  ceux  qui  étaient  déjà 
passés;  et,  ne  voyant  aucun  autre  parti  à  prendre,  ils  firent  le  mieux  qu'ik  purent: 
ils  passèrent  outre  dans  .des  barquettes  bien  étroites ,  oii  ils  eurent  beaucoup  de  gAne 
et  de  mal;  mais  ainsi  va  qui  peine  pour  Dieu. 

V.  A97.  Le  passage  dura  trçis  jours,  et  il  y  eut  grand  entassement.  Tous  alors  se  dirigèreal 
vers  le  lieu  de  leur  embarquement  :  au  plus  prochain  port,  à  Marseille,  il  alla  une 
masse  de  gens  ;  au  port  des  Vénitiens  il  alla  aussi  de  très  preux  chrétiens  ;  il  en  alla 


u) 


Campement,  logement  militaire. 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  3A1 

aussi  tant  chez  les  Génois  qu'on  ne  saurait  les  nombrer,  et  à  Bariette  et  k  Brinde  tant 
que  Ton  en  faisait  de  grands  discours.  Et  beaucoup,  aussi,  allèrent  à  Messine  et  y  res- 
tèrent jusqu'au  moment  où  les  deux  rois  y  abordèrent. 

Messine  est  une  cité  dont  les  auteurs  anciens  ont*  beaucoup  parlé  :  c'est  une  ville  V.  5f  i. 
qui  est  située  dans  une  "bonne  et  belle  position,  à  l'endroit  principal  de  la  Sicile,  sur  Hi  ». 
le  Phare,  en  face  de  Rise  dont  jadis  Agoland  s'empara  dans  son  expédition.  Toutes  les 
commodités  abondaient  à  Messine,  mais  nous  y  trouvâmes  les  gens  mauvais.  Le  roi 
s'appelait  Tancré;  il  possédait  beaucoup  d'or,  amassé  par  ses  ancêtres  qui  avaient  régné 
depuis  Robert  Gniscard.  11  y  avait  alors  à  Païenne  une  dame  qui  y  avait  longtemps 
séjourné  :  elle  avait  été  reine  de  ce  royaume,  comme  femme  du  roi  Guillaume;  mais  ce 
roi  si  preux,  si  plein  de  vertus,  était  malheureusement  mort  sans  héritier.  Cette  reine 
était  sœur  du  roi  d'Angleterre,  qui  entreprit  de  lui  faire  rendre  son  douaire;  si  bien 
que  Tancré,  qui  s'était  emparé  et  de  la  reine  et  du  douaire,  n'osa  pas  s'y  opposer. 

Vous  qui  avez  de  l'intelligence  et  de  la  mémoire,  vous  vous  rappelez  bien  comment  V.  535. 
la  flotte  merveilleuse  de  nos  énèques  ^'^  avait  passé  par  devant  l'Espagne.  Elle  était  arrivée  ii ,  m. 
à  Messine,  où  elle  attendait  le  roi  Richard  d'Angleterre  ^^^.  De  ma  vie  je  n'en  ai  vu  une 
pareille.  Il  y  avait  là  des  gens  de  toute  sorte,  des  tentes,  des  pavillons,  des  bannières, 
plantés  tout  le  long  du  rivage,  car  la  cité  leur  était  interdite.  Ils  s'étaient  tenus  près  des 
vaisseaux  jusqu'à  l'arrivée  des  rois,  car  les  bourgeois  de  la  vilie,  ramas  de  Grecs  et  de 
ribauds,  gens  issus  de  Sarrasins,  conspuaient  nos  pèlerins.  Ils  se  mettaient,  pour  nous 
insulter,  les  doigts  dans  les  yeux,  et  nous  appelaient  chiens  puants.  Chaque  jour,  ils 
nous  faisaient  des  vilenies  et  ils  nous  tuaient  des  pèlerins,  qu'ils  jetaient  dans  les  privés, 
comme  cela  fut  bien  établi. 

Seigneurs,  c'est  l'usage  et  la  coutume,  quand  un  prince  de  haut  parage,  tel  que  le  v.  559. 
roi  de  France,  qui  a  une  telle  renommée  dans  le  monde,  ou  le  roi  d'Angleterre,  qui  a  n,  un. 
un  si  grand  honneur  terrestre,  fait  son  entrée  dans  une  cité,  dans  un  pays  comme  la 
Sicile,  qu'il  doit  la  faire  comme  un  haut  seigneur,  à  cause  des  dires  de  bien  des  gens; 
car  c'est  un  bon  dicton,  suivant  moi,  que  celui  qui  dit  :  «Tel  je  te  vois,  tel  je  t'estime,  v 
Aussi,  quand  les  rois  vinrent,  bien  des  gens  y  accoururent.  Le  roi  de  France  arriva  le 
premier  à  Messine,  et  bien  des  gens  y  coururent  pour  l'aller  voir,  mais  ils  n'aperçurent 
même  pas  son  visage,  car  il  n'avait  qu'un  seul  vaisseau,  et,  pour  éviter  la  presse  et  la 
foule  qui  étaient  sur  le  rivage,  il  se  fit  débarquer  au  palais  même. 

Quand  le  roi  Richard  aborda,  il  y  eut  aussi  bien  des  gens,  tant  les  sages  que  les    V.  ûSi. 
jeunes,  qui  ne  l'avaient  jamais  vu,  qui  se  pressèrent  sur  le  rivage,  désirant  le  voira 
eause  de  sa  prouesse.  Et  il  venait  en  telle  pompe  que  toute  la  mer  était  couverte  des 

{'}  J'ai  cru  devoir  garder  ce  terme  technique,  qu'on  ne  saurait  rendre  exaetoOMtti  par  on  mot  moderne. 
^')  D'après  la  version  latine  et  ea  qni  tuit,  il  faut  «orrij^ au  vers  54 1  dn  tnte  :  Kikfn  Bkhmrt  mithdeit. 


342  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

galères  [quil  amenait],  pleines  de  braves  gens,  de  combattants  à  mine  hardie  portant 
pennons  et  bannières.  Ainsi  vint  au  rivage  le  roi  Richard»  et  ses  barons  allèrent  h  sa 
rencontre,  lui  amenant  ses  beaux  destriers,  qui  étaient  venus  avant  lui  dans  ses  dro- 
mons^^l  II  monta  à  cheval  avec  tous  ses  gens,  et  ceux  qui  virent  le  cortège  disaieut 
que  c'était  bien  là  l'entrée  d'un  roi  fait  pour  gouverner  une  grande  terre.  Mais  les 
Grecs  se  courroucèrent  et  les  Lombards  murmurèrent  de  ce  qu'il  venait  dans  leur  ville 
en  tel  apparat  et  en  telle  pompe. 
V.  6o5.  Quand  les  deux  rois  furent  débarqués,  les  Grecs  se  tinrent  en  paix,  mais  les  Lom** 
ii.ziT.  bards  querellaient  toujours  nos  pèlerins;  ils  les  menaçaient  de  détruire  leurs  tentes  et 
d'enlever  tout  ce  qu'ils  possédaient.  C'est  qu'ils  se  méfiaient  à  cause  de  leurs  femmes, 
avec  qui  les  pèlerins  parlaient;  mais  tel  le  faisait  pour  les  vexer  qui  n'aurait  jamais 
songé  à  pousser  les  choses  jusqu'au  bout.  Les  Lombards  et  les  bourgeois  avaient  tOQ- 
jours  de  la  rancune  envers  nous,  parce  que  leurs  pères  leur  avaient  dit  que  nos  an* 
cétres  les  avaient  conquis  ^^\  Aussi  ils  ne  pouvaient  nous  aimer,  et  ils  cherchaient  à 
nous  affamer. .  J^^  Ils  ne  le  firent  pas  pour  nous  être  agréables,  car  ils  firent  hausser 
leurs  tours  et  creuser  leurs  fossés.  Gela  embrouilla  beaucoup  les  affaires,  avec  les  me-r 
Il ,  xT.  naces  et  les  querelles  qui  surgissaient  de  tous  côtés.  Il  arriva  un  jour  qu'une  fenmie  qui, 
dit-on,  avait  nom  Emme,  portait  son  pain  à  vendre  par  l'ost;  un  pèlerin  vit  le  pain 
tendre  et  chaud  et  le  marchanda  :  la  femme  se  fâcha  du  prix  pour  lequel  il  voulait 
l'avoir,  si  bien  qu'elle  le  frappa  presque,  tant  elle  était  forcenée  de  colère.  Voilà  fe 
tumulte  commencé,  si  bien  que  les  bourgeois  s'en  mêlèrent,  prirent  le  pèlerin»  le  bat* 
tirent,  lui  arrachèrent  les  cheveux  et  le  traitèrent  vilainement.  La  clameur  en  vint 
jusqu'au  roi  Richard.  11  leur  demanda  de  garder  paix  et  amitié;  il  mit  paix'entre  eox 
],xif.  et  chassa  ses  gens  loin  de  là.  Mais  le  diable,  qui  naturellement  hait  la  paix  par^-dessns 
tout,  réveilla  le  lendemain  la  dispute,  qui  ne  se  termina  pas  sans  malheur.  Les  deoi  " 
rois  étaient  ensemble  à  une  entrevue,  si  je  ne  me  trompe,  avec  les  juges  de  Sicile  et 
les  principaux  de  Messine;  ils  s'entretenaient  des  moyens  d'établir  la  paix.  Préetté* 
ment  pendant  que  les  deux  rois  parlaient  de  la  paix  qu'ils  croyaient  faire,  voilà  qu'on 
leur  apporte  la  nouvelle  que  nos  gens  étaient  attaqués.  Par  deux  fois,  des  messagers 
vinrent  dire  qu'on  les  maltraitait  fort,  et  après  il  en  vint  un  troisième  qui  dit  au  roir 
«Voilà  une  mauvaise  paix,  quand  les  hommes  de  ce  pays  mettent  à  mort  les  gens  d*Att** 
ccgleterre  dans  la  cité  et  en  dehors,  v  Les  Lombards  [qui  étaient  avec  les  rois],  c'est  Ui 
vérité,  s'en  allèrent  alors,  disant  aux  rois  que  c'était  pour  apaiser  la  dispute;  mais  ils 
mentaient  :  ce  n'était  que  pour  faire  du  mal.  Jourdain  du  Pin  et  Marguarit  (à  qui  toufli 
les  maux  puissent-ils  arriver  !  ) ,  ces  deux-là  brassèrent  le  mal  et  en  furent  le  commen«« 

(^)  Drotnon,  mot  encore  admis  dans  les  dictionnaires,  (rbateau  de  transporta. 

'')  Du  temps  de  Robert  Guiscard. 

(')  Il  semble  bien  qo*iI  y  ait  ici  une  lacune  ;  la  version  latine  abrège  ce  passage. 


•■k-i:;;!iiysd 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  3&3 

cément.  Le  roi  de  France  était  là,  et  le  roi  d'Angleterre  avec  lui,  et  celui  qui  l'a  raconté 
y  était  aussi.  Le  roi  d'Angleterre  monta  à  cheval  et  alla  pour  séparer  les  combattants; 
mais,  à  son  départ,  ceux  de  la  ville  l'injurièrent  et  lui  dirent  de  grandes  vilenies.  II 
courut  s'armer  et  les  fit  assaillir  à  la  ronde  par  terre  et  par  mer,  car  il  n'y  avait  au 
monde  tel  guerrier. 

Le  bruit  et  le  tumulte  étaient  grands,  et  la  ville ^^^  était  fort  troublée.  Les  Français  V.  687. 
vinrent  chercher  leur  seigneur  chez  le  roi  d'Angleterre,  car  la  ville  était  dans  une  telle 
agitation  qu'ils  n'espéraient  plus  le  trouver.  Il  revint  avec  eux ,  et  retourna  au  palais 
oii  il  habitait.  Les  Lombards  vinrent  à  lui  et  lui  tinrent  l'étrier  gauche;  ib  lui  firent 
promesses  et  dons;  ils  lui  abandonnèrent  l'honneur  de  la  journée,  lui  demandèrent  de 
les  protéger  dans  la  ville  et  de  les  considérer  comme  siens  et  ses  sujets.  Ils  y  mirent 
peine  et  dépense,  si  bien  que  le  roi  s'arma  promptement,  et  tel  qui  mérite  bien  d'être 
cru  nous  rapporta  qu'il  aida  ceux  du  pays  plutôt  que  les  gens  du  roi  d'Angleterre. 
Voilà  le  tumulte  soulevé  et  le  bruit  grandissant  par  l'ost.  Les  Français  étaient  dans 
la  ville,  jouissant  de  toutes  leurs  aises,  et  les  Lombards  se  fiaient  à  eux,  mais  ceux 
de  l'ost  ne  s'en  donnaient  pas  garde.  Voilà  les  portes  fermées;  les  gens  de  la  ville 
s'armèrent  et  montèrent  sur  les  murs  pour  les  défendre;  mais  il  leur  en  fallut  des- 
cendre bientôt.  Ceux  qui  étaient  sortis  de  la  ville  et  qui  avaient  attaqué  la  maison 
de  monseigneur  Hugues  le  Brun  combattaient  péle-méle,  quand  le  roi  d'Angleterre  y 
vint  :  je  ne  crois  pas  qu'il  eût  vingt  hommes  avec  lui  en  ce  premier  moment.  Dès  que 
les  Lombards  le  virent,  ils  laissèrent  leurs  menaces,  tournèrent  le  dos  et  s'enfuirent. 
Et  le  preux  roi  les  poursuivit.  Ambroise  le  vit  alors,  et  il  dit  que,  quand  ils  le  virent 
arriver,  on  eût  pu  se  rappeler  des  brebis  qui  fuioqt  devant  un  loup;  comme  des  bœufs 
tirent  au  joug,  ils  tiraient  vers  la  poterne  de  la  ville  qui  est  du  côté  de  Palerme.  Il  les 
y  poussa  de  force,  et  en  abattit  je  ne  sais  combien.  L'alarme  fut  donnée  dans  l'ost, 
et  tous  montèrent  à  cheval  pour  repousser  l'attaque  des  arrogants  Lombards  et  des  Grecs 
perfides  et  pleins  de  rage.  Mais  ceux  qui  se  défendaient  étaient  des  gens  qui  avaient  pris 
maintes  villes  :  c'étaient  des  Normands,  des  Poitevins,  des  Gascons,  des  Manceaux,  des 
Angevins,  et  il  y  en  avait  d'Angleterre  plus  qu'on  ne  le  pourrait  dire.  Quand  ils  virent 
leurs  ennemis  au  haut  des  murs,  ils  les  assaillirent  hardiment.  Us  coururent  tout  autour 
de  la  cité  et  ne  s'arrêtèrent  pas  avant  d'être  dedans.  Les  autres  jetaient,  tiraient  du 
haut  des  murs,  et  leur  faisaient  grand  dommage  avec  des  arcs  et  des  arbalètes  qu'ils 
avaient  là  sous  la  main.  Ils  jetaient  cailloux  et  pierres,  et  frappaient  grands  coups  sur 
nos  gens.  Les  carreaux,  les  traits  volaient  sur  nos  pèlerins,  non  sans  leur  nuire  beau- 
coup; ils  nous  abîmèrent  trois  chevaliers  qui  étaient  entrés  par  une  porte.  L'un  fut 
Pierre  Tireproie,  qu'ils  jetèrent  mort  sur  le  chemin;  et  avec  lui,  au  même  endroit,  ils 

« 

'^'  11  faut  lire  au  texte  (v.  688)  vile  au  lieu  de  notée. 

33 


(«rtmCKIC     RâTIOlALt. 


UU  ^HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

jetèrent  mort  Mahieu  de  Sauçoi;  et  Raoul  de  Rouvroi,  c'est  la  vérité»  fut  aussi  trouvé 
mort.  On  les  plaignit  et  regretta  beaucoup  :  Dieu  leur  octroie  son  salut! 

V.  769.  Si  les  Lombards  avaient  été  plus  loyaux,  les  gens  du  roi  auraient  passé  ua  mauvais 
moment;  mais  leur  folle  conduite  leur  nuisit,  à  bon  droit,  en  nous  enflammant  contre 
eux.  Ceux  qui  défendaient  la  ville  étaient  plus  de  cinquante  mille,  sur  les  murs  et  sur 
les  tourelles,  avec  des  écus  longs  ou  ronds  :  vous  auriez  vu  là  un  dur  et  violent  assaut 
Les  galères  étaient  allées  attaquer  du  côté  du  palais  ^^^  ;  mais  le  roi  de  France  était  là 
qui  se  tenait  sur  le  rivage,  qui  fit  interdire  le  port  aux  galères  et  les  empêcha  île  le 
prendre.  Et  eux  tirèrent  tant  qu'ils  tuèrent  deux  rameurs ,  ce  qui  fut  grand  tort.  Mais  du 
côté  de  la  terre  le  roi  d'Angleterre  menait  l'assaut  ^  et' il  attaqua  si  bien  les  Lombards 
qu'il  réussit.  Vous  auriez  vu  là  ses  gens  monter,  gravir  les  montagnes  et  couper  les 
fléaux  des  portes;  il  y  eut  là  bien  des  gens  pris  et  morts.  Au  milieu  des  rues  s'élancèrent 
plusieurs  qui  s'en  repentirent,  car  les  ennemis,  des  étages  des  maisons  où  îb  se  te- 
naient, jetaient  et  lançaient,  des  traits.  Mais  ils  eurent  beau  se  défendre,  ils  furent 
pris  à  cet  assaut,  et,  quels  que  fussent  les  derniers,  le  roi  fut  un  des  premiers  qui 
osèrent  entrer  dans  la  ville.  Il  en  entra  bien  dix  mille  autres  après  lui.  Vousjataries 

entendu  là  nos  gens  pousser  de  beaux  cris ^^^  et  déconfire  et  tempêter^  blesser, 

abtmer  et  frapper  à  la  tête.  Ils  eurent  plus  tôt  fait  de  prendre  Messine  qu'un  prêtre 
de  dire  ses  matines.  Il  y  aurait  eu  là  bien  des  gens  tués  si  le  roi  n'en  avait  eo  pitié. 
Et  vous  pouvez  bien  savoir  qu'il  y  eut  de  grands  avoirs  perdus  là,  quand  la  grande 
presse  fut  entrée;  car  la  ville  fut  bieïî  vite  mise  au  pillage.  On  brûla  leurs  galères,  qui 
n'étaient  pas  pauvres  ni  mesquines;  on  y  gagna  des  femmes  belles,  sages  et  instruites. 
Je  n'ai  pas  pu  tout  savoir;  mais,  à  toct  ou  à  raison,  avant  qu'on  le  sàt  bien  dansToat, 
les  Français  avaient  déjà  pu  voir  sur  les  murs,  en  plusieurs  endroits,  nos  penoons  et 
nos  bannières,  ce  dont  le  roi  de  France  conçut  une  envie  qui  lui  durera  sa  vie  entière; 
et  c'est  là  que  prit  naissance  la  guerre  qui,  plus  tard,  fit  ravager  la  Normandie. 

V.  83 1.        Quand  le  roi  Richard  eut  pris  Messine  et  mis  ses  bannières  sur  les  tours,  le  roi  de 

11.  xrii.  France  qui,  ainsi  que  ses  gens,  était  jaloux  et  chagrin  de  ce  qu'il  les  y  avait  dressées, 
lui  fit  dire  jqu'il  fallait  que  ses  hommes  abattissent  ces  bannières  et  fissent  dresser  celles 
de  France  sur  les  murs  de  la  citév  et  il  lui  manda  qu'en  agissant  comme  il  avait  fait 
il  avait  manqué  à  son  devoir  envers  sa  suzeraineté  et  lui  avait  fait  grand  déplaisir. 
Seigneurs,  j'en  appelle  à  votre  jugement  :  lequel  avait  plus  droit  de  les  mettre  «  celui 
qui  n'avait  pas  voulu  se  mêler  de  l'assaut  de  la  ville  ou  celui  qui  avait  osé  Tentre- 
prendre?  • 

V.  869.  Le  roi  Richard  entendit  ce  message,  et  il  ne  daigna  pas  entrer  en  longue  dis- 
cussion, sur  cette  requête,  avec  l'autre  roi  qui  s'en  faisait  un  tel  tracas;  cependant  on 

(^)  Le  texte  porte  Devert  lê$  paleù  (v.  779),  mais  c*cst  une  faute;  le  latin  a  venvu  palatium. 

'')  Il  manque  un  vers.  ' 


L'HISTOIRE  DE  LÀ  GUERRE  SAINTE..  345 

I 

dît  là  bien  des  paroles  folles  et  blessantes;  mais  Ton  ne  doit  pas  écrire  ni  mettre  en  livre 
toutes  les  folies.  A  la  fin,  les  grands  elercs  et  les  hauts^ hommes  parlèrent  tant  delà 
paix  que  chacun  des  rois  eut  ses  bannières  sur  les  tours  et  sur  les  tourelles.  On  s'oc-  ii«  xv>u 
eupa  aussi  de  mander  promptement  au  roi  de  Sicile  les  nouvelles  de  la  commune  de 
la  ville  ^^^  l'injure  et  Toutrage  qu'on  avait  faits  à  eux  et  aux  leurs.  Les  messagers  du  roi 
Richard  lui  dirent,  en  son  nom  particulier^  qu'il  rëdamait  le  douaire  de  sa  sœur, 
en  sorte  que  sa  part  du  grand  trésor  [daroi  Guillaume]  lui  fût  assignée  justement, 
et  tout  ce  qui  revenait  à. la  dame^et  que  ce  serait  .droit  et  raison.  On  nonmaa  les 
messagers  y  hauts  homnles,  renommés,  de  grande  parenté,  de  grande  seigneurie  et 
de  grande  importance,  pour  aller  traiter  cette  affaire.  L'un  de  ceux  qui  en  furent 
chargés  fut  le  duc  de  Bourgogne ,  et  l'autre  Robert  de  Sableuil,  haut  homme,  preux  et 
affable.  Il  peut  y  en  avoir  eu  d'autres,  dont  je  n'ai  pu  savoir  les  noms.  Ils  partirent ii 
cheval  et  avancèrent  tant  leur  voyage  qu'en  peu  de  temps  ils  purent  conter  leur  message 
au  roi  de  Palerme. 

Le  roi  Tancré,  qui  était  très  avisé,  écouta  les  discours  des  messagers.  U  avait  connu  V.  89t. 
bien  des  aventures,  il  était  bon  clerc  en  écritures,  et  il  savait  déjà  bien  l'affairOé  II  11,  xn. 
ne  réfléchit  pas  longtemps  à  sa  réponse.  U  répondit,  sans  autre  d^ai,  aux  gens  du  roi 
d'Angleterre  que,  pour  ce  qu'il  lui  réclamait^  il  s'en  rapporterait. aux  lois  de  sa  terre, 
aux  coutumes  du  roi  Guillaume  et  aux  barons  de  atm  royaume,  et  qu'il  ferait  ce  que 
tout  le  monde  approuverait.  Quant  aux  bourgeois  de  Messme,  is'ils  avment  commis  de 
folles  incartades  et  courroucé  les  deux  rois,  on  es  ferait  une  bonne  réparation.  Quand 
les  messagers  entendirent  cela,  il  y  en  eut  plus  d'un,  parmi  ceux  qu'avait  envoyés  le 
roi  Ridbard,qui  dit  que  jamais  le  roi  n'accepterait  de.  plaider  sur  sa  réclamation  :  il 
y  eut  là-dessus  bien  des  paroles  échangées.  Quant  aux  messagers  de  France^  on  leur 
distribua  de  belles  coupes;  les  autres  prirent  patience.  Entendei  le  grand  tort,  qu'on 
rappela  alors  et  depuis ^^^,  que  fit,  dit-on,  le  roi  de  France.  Il  aurait,  sur  cette  question 
(je  ne  sais  ce  qu'il  en  espérait),  mandé  en  particulier  au  roi  Tancré  de  ne  faire  que  ce 
qui  lui  plairait  et  de  bien  défendre  son  droite  et  que  jamais,  pour  le  roi  d'Angleterre, 
il  ne  lui  ferait  la  guerre,  mais  qu'il  était  lié  à  lui  [Tancré]  par  serment.  S'il  en  fut 
ainsi,  ce  fut  une  triste  chose;  l'histoire  ne  garantit  pas  qu'il  ait  pensé  une  telle  dé- 
loyauté; mais,  quoi  qu'il  en  soit,  le  peuple  disait  tout  haut  qu'il  l'avait  mandé. 

Ceux  qui  n avaient  pas  eu  de  coupes  retournèrent  le  plus  tôt  qu'ils  purent;  ils  re-    11,  xi. 
tinrent  bien  leur  message  et  s'en  revinrent  à  Messine.  Le  roi  Richard  faisait  alors  faire 
un  ouvrage  qui  lui  plaisait  beaucoup  :  c'était  un  château,  Mategriffon ,  qui  courrouça     • 
fort  les  Grecs.  Les  messagers  vinrent  au  roi,  ils  lui  dirent  ce  qu'ils  avaient  demandé  au 
roi  Tancré  et  ce  que  Tancré  lui  faisait  dire  sur  cette  demande,  c  est-à-dire  qu'il  suivrait 

^*^  n  vaut  mieux  sans  doute  supprimer  ia  virgule  qot,  dans  le  Uite  (v.  866),  est  après  conniii*. 
(*)  Corrigez  au  texte  (v.  918)  acordeeesk  recordm. 

a3. 


U&  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

les  lois  de  sa  terre ,  d'après  la  décision  de  ses  barons.  Le  roi  Richard  répondit  sans  gudrè 
attendre  qu  il  ne  plaiderait  pas  contre  Tancré  et  qu'il  chercherait  autrement  la  satisfil»- 
tion  à  laquelle  il  avait  droit. 
V.  961.  Quand  on  sut  la  nouvelle  qu'on  n'avait  pas  établi  de  paix  ni  de  trêve,  on  commeiipi' 
à  s'attendre  à  la  guerre,  à  cause  de  l'appui  que  nos  ennemis  trouvaient  chez  le  mile 
France,  caries  astucieux  Lombards  s'étaient  alliés  avec  lui.  Voilà  que  les  proTiaioM 
nous  furent  coupées,  si  bien  qu'il  n'en  venait  plus  rien  en  l'ost,  et,  sans  l'aide  de  Diea 
et  la  flotte,  on  y  aurait  mené  une  bien  pauvre  vie;  mais  il  y  avait  dans  les  vaisseeia 
des  provisions  en  blé,  en  vin  et  en  viande.  La  ville  était  gardée  chaque  nuit,  et  foet 
aussi.  Les  deux  rois  étaient  en  discorde,  par  l'effet  de  l'envie  qui  trouble  tout.  Ce  c'était 
ni  beau  ni  honnête  :  de  hauts  honnnes  se  donnèrent  beaucoup  de  mal  pour  mettre  la 
paix  entre  eux.  Ils  chevauchaient  du  palais  à  Mategriffon,  puis  revenaient  en  arriim 
par  le  même  chemin;  mais  jamais  ils  ne  purent  en  venir  à  bout,  quelque  peine  ^'ik 

11,  XXI.    se  donnassent,  comme  le  livre  le  témoigne ^^^  Enfin  le  roi  de  Sicile,  qui  savait 

les  torLs  des  gens  de  Messine,  prit  le  fils  de  son  chancelier  et,  avec  lui,  un  chevalier 
qu'il  tenait  pour  preux  et  sûr  et  qui  était,  si  je  ne  me  trompe,  son  connétable*  Il 
l'envoya  au  roi  d'Angleterre  et  lui  manda  qu'il  ne  tenait  pas  du  tout  à  être  en  gUttrie 
avec  lui,  et  que,  s'il  voulait  accepter  de  l'argent  pour  les  réclamations  qu'il  présentait^ 
il  en  ferait  volontiers  la  paix  et  lui  donnerait,  de  son  trésor,  vingt  mille  onces  dVir, 
et  que  s'il  voulait,  sur  l'avis  de  ses  barons,  parler  d'un  mariage,  il  donnerait  à  Arthur 
de  Bretagne  une  de  ses  filles  non  mariées ,  demoiselle  jeune ,  belle  et  sage.  Pour  ese 
mariage,  il  lui  promettait  sans  fraude  vingt  mille  autres  onces  d'or;  seulement  RiiAwrd 
lui  restituerait  cet  or  si  Arthur  n'épousait  pas  l'enfant;  en  outre,  il  promettait  à  Riciiard 
de  lui  rendre  sa  sœur.  Quand  le  roi  Richard  entendit  cela,  il  lui  renvoya,  sans  {dus 
attendre,  d'autres  messagers  pour  obtenir  une  paix  ferme  et  stable.  Le  roi  fitfànrêle 
nïéssage  à  l'archevêque  de  Montréal,  à  celui  de  Rise,  homme  loyal,  à  l'évêque d'E?rei|Xf 
Jean,  qui  souffrit  tant  de  peine  et  de  dépense  :  ils  connaissaient  bien  la  questioBif 
d'autres  encore  allèrent  avec  eux.  Ils  allaient  chercher  la  paix,  ils  la  rapportèrentt  et 
ils  firent  amener  l'argent  dont  j'ai  parlé  tout  à  l'heure.  A  leur  retour,  tout  le  monde 
se  réjouit  de  la  paix;  les  chartes  furent  alors  lues  et  copiées,  la  paix  fut  jurée  et  Ja 
sécurité  rétablie.  On  regarda  et  pesa  l'argent,  au  grand  plaisir  du  roi,  qui  désirait 
beaucoup  avoir  de  quoi  dépenser  au  service  de  Dieu.  On  lui  rendit  aussi  sa  sosur,  qui 
valait  bien  d'être  vendue  cher.  Le  roi  voulut  alors  que,  sans  plus  tarder,  on  rendtt  [ant 
bourgeois]  tout  ce  que  ses  gens  avaient  pris  du  leur  :  cela  lui  valut  de  grands  éloges; 
on  le  rendit  par  confession,  et  sous  peine  d'excommunication,  d'après  le  bon  et  sagll 
conseil  de  l'archevêque  de  Rouen.  Voilà  la  ville  en  bon  état,  sans  querelle  et 


(^)  La  lacane  est  sans  doute  de  plus  d*an  vers,  comme  {^indique  le  latin;  il  est  probable  en  outre  qii^dle  Mt 
être  placée  après  le  vers  97 /î  et  que  c'est  le  vers  975  qui  devrait  être  remplaodpar  des  points. 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  347 

trouble  f  et  si  quelqu'un  osait  en  soulever,  on  le  faisait  pendre  ou  tuer.  Dans  Tost  ré- 
gnait grande  justice;  bënie  soit  l'âme  de  celui  qui  l'y  avait  mise!  Alors  on  recom- 
mença à  aller  par  les  routes;  il  nous  revint  de  bonnes  provisions  pour  les  chevaux 
et  les  hommes  :  ainsi  se  termina  l'affaire.  Les  bourgeois  se  réconcilièrent  avec  nous  et 
hébergèrent  les  pèlerins.  Les  deux  rois  reGrent  amitié;  mais  ils  devaient  se  diviser 
encore  plus  d'une  fois.  Ils  partagèrent  entre  eux  l'argent,  et  chacun  eut  ce  qui  lui 
revenait. 

Les  chevaliers  qui  avaient  été  là  pendant  tout  l'été  se  désolaient  et  se  plaignaient  V.  io5d. 
des  dépenses  qu'ils  avaient  été  obligés  de  faire.  Les  plaintes  allèrent  tant,  haut  et  bas,  n,  nm. 
qu'elles  arrivèrent  au  roi  Richard,  et  il  dit  qu'il  leur  donnerait  tant  que  tous  pour- 
raient s'en  louer.  Richard,  qui  n'était  pas  chiche  ni  avare,  leur  donna  de  si  riches 
dons,  hanaps  d'argent,  coupes  dorées  qu'on  apportait  à  pleins  girons  aux  chevaliers, 
suivant  ce  que  chacun  était,  que  grands,  moyens  et  petits  le  louèrent  de  ses  beaux 
dons;  et  il  fut  envers  eux  si  libéral  de  ses  biens  que  même  ceux  qui  étaient  à  pied 
eurent  de  lui  au  moins  cent  sous.  Et  aux  dames  déshéritées,  qui  avaient  été  chassées 
de  Syrie,  aux  demoiselles  aussi,  il  donna  de  grands  dons  à  Messine;  et  le  roi  de  France 
aussi  donna  largement  à  ses  gens.  Voilà  toute  l'ost  en  liesse  pour  tant  d'honneur  et 
de  libéralité  et  pour  1»  paix  qui  s'était  faite.  On  tint  grande  fête  le  jour  de  la  Nativité;  ii,  an. 
le  roi  Richard  fit  crier  que  tous  pouvaient  venir  et  faire  la  fête  avec  eux,  et  il  réussit 
à  emmener  le  roi  de  France  manger  chez  lui.  La  fête  fut  à  Mategriffon,  dans  la  salle 
que  le  roi  d'Angleterre  avait  construite  par  sa  puissance,  en  dépit  de  ceux  du  pay». 
J'étais  dans  la  salle,  à  ce  repas  :  je  n'y  vis  pas  une  nappe  sale  ni  un  hanap  ou  une 
écuelle  de  bois;  mais  j'y  vis  une  si  riche  vaisselle,  avec  des  ciselures  appliquée»  et  des 
images  coulées,  enrichie  de  pierres  précieuses,  qu'elle  n'avait  rien  de  mesquin,  et  j'y 
vis  si  noblement  servir  que  chacun  était  satisfait.  La  fête  fut  belle  et  honnête,  comme 
il  convenait  à  un  tel  jour,  et  je  ne  crois  pas  avoir  jamais  vu  donner  en  une  fois  tant  de 
riches  dons  que  le  roi  Richard  en  donna  là  au  roi  de  France  et  aux  siens,  en  vaisselle 
d'or  et  d'argent. 

Le  terme  de  notre  passage  arriva,  et  ceux-là  furent  avisés  qui  prirent  leurs  précau-  V.  1109. 
tiens.  Depuis  la  Notre-Dame  de  septembre,  si  je  compte  bien,  jusqu'à  la  fin  du  carême  "^  »^^ 
fut  à  Messine,  en  repos,  l'ost  qui  désirait  ardemment  le  jour  où  elle  serait  devant 
Acre  avec  ceux  qui  avaient  osé  en  entreprendre  le  siège,  et  qui  souffraient  des  maux 
plus  grands  encore  qu'on  ne  le  savait,  beaucoup  de  peines,  de  fatigues  et  d'épreuves 
pendant  cette  demi-année.  Quand  on  se  fut  assez  reposé  et  que,  grâce  à  Dieu,  le  voyage 
fut  préparé,  le  roi  de  France  et  sa  compagnie  entrèrent  en  mer  un  peu  avant  Pâques 
fleuries.  Le  roi  Richard  ne  pouvait  encore  s'embarquer,  car  il  n'avait  pas  tout  ce  qu'il 
lui  fallait,  ses  galères  et  ses  transports  pour  porter  ses  chevaux,  ses  armes  et  ses  pro- 
visions, avant  d'aller  attaquer  les  infidèles.  Il  lui  fallut  donc  attendre  et  parfaire  ses 


3&8  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

préparatifs.  Il  accompagna  le  roi  de  France  avec  des  galères,  puis,  traversant  le  Phare; 
il  vint  droit  à  Rise,  oii  il  avait  reçu  nouvelle  que  sa  mère  était  arrivée,  lui  amenant 
son  amie.  C'était  une  sage  demoiselle,  gentille  femme,  honnête  et  belle,  sans  fausseté 
ni  perfidie;  elle  s'appelait  Bérengère,  elle  était  fille  du  roi  de  Navarre,  et  celui-ci  l'avait 
remise  à  la  mère  du  roi  Richard ,  qui  prit  la  peine  de  la  lui  amener  jusque-là.  Elle  eot 
ensuite  le  nom  de  reine  ;  le  roi  l'avait  beaucoup  aimée  :  depuis  le  temps  oh  il  était 
comte  de  Poitiers,  son  désir  l'avait  désirée.  11  fit  mener  à  Messine  sa  mère,  elle  et  ses 
demoiselles;  là  il  dit  à  sa  mère,  et  elle  à  lui,  sans  restrictions,  tout  ce  qu'ils  voulurent. 
Il  garda  avec  lui  la  jeune  fille  qu'il  aimait,  et  il  renvoya  sa  mère  pour  garda*  son  paya 
qu'il  avait  quitté,  afin  que  son  honneur  n'eût  rien  à  craindre.  Avec  elle  l'archevêque  de 
Rouen,  Gautier,  qui  est  un  homme  très  sage,  eut  la  garde  de  l'Angleterre,  et  ii  éat 
beaucoup  à  y  guerroyer.  Et  alors  s'en  retoucna  aussi  avec  eux  Gilbert  de  Wascueil,  celui 
qui  [plus  tard]  laissa  prendre  Gisors.  Le  roi  ne  perdit  plus  de  temps  :  il  fit  préparer 
et  charger  ses  vaisseaux  et  ses  galères,  il  n'y  eut  plus  de  retard.  Il  fit  entrer  en  mer 
les  barons,  son  amie,  et  avec  elle  sa  sœur,  et  il  les  fit  mettre  ensemble,  avec  beaucoup 
de  chevaliers,  dans  un  grand  dromon,  pour  se  conforter  l'une  l'autre.  Il  fit  prendre 
les  devants  à  leur  dromon,  et  les  fit  cingler  vers  Forient;  mais  les  énèques  agiles  et 
rapides  ne  partirent  qu'après  que  le  roi  eut  mangé.  Alors  s'ébranla,  toute  en  rang,  là 
flotte  merveilleuse.  Ce  fut  le  mercredi  de  la  semaine  sainte  que  la  flotte  quitta  Messine 
pour  le  service  et  la  gloire  de  Dieu  :  dans  cette  semaine  où  Dieu  a  tant  souflert  pour 
nous,  il  nous  fallait  aussi  souffrir  et  les  dangers  et  les  veilles.  Mais  Messine,  où  l'on  voit 
se  presser  tant  de  navires,  peut  se  vanter  que  jamais,  à  aucun  jour  que  Dieu  fit,  ane 
si  riche  flotte  n'a  quitté  son  port. 
V.  1197.  La  flotte  se  dirigea  en  bon  ordre  vers  la  terre  de  Dieu,  si  malheureuse.  Elle  traversa 
II .  xxTn.  le  Phare ,  et  vint ,  à  la  haute  mer,  de  l'autre  côté ,  sur  le  chemin  d'Acre.  BientM  nous 
atteignîmes  les  dromons ,  mais  nous  vîmes  alors  le  vent  tomber,  si  bien  que  le  roi  voubit 
retourner.  De  gré  ou  de  force  il  nous  fallut  rester  là  la  nuit,  entre  la  Calabre  et  Mont* 
gibel.  Le  jour  du  jeudi  saint,  Celui  qui  nous  avait  enlevé  le  vent,  et  qui  peut  toutenle*^ 
ver  et  donner,  nous  le  rendit  et  nous  le  prêta  pour  toute  la  journée.  Mais  il  était  faible, 
et  la  belle  flotte  dut  s'arrêter.  Le  jour  de  l'adoration  de  la  croix,  un  vent  contraire  nous 
accosta  à  gauche  près  de  Viaircs  ^^K  La  mer  se  troubla  jusqu'au  fond;  le  vent  la  couvrait 
de  flots  énormes  et  reployés ,  et  nous  ne  faisions  que  perdre  la  route.  Nous  eûmes  grand 
peur  et  grand  malaise  en  tête,  en  cœur  et  en  bouche;  mais  toutes  ces  souffrances,  nous 
les  supportâmes  très  volontiers,  et  nous  devions  les  supporter  pour  Celui  qui,  à  pareil 
jour,  daigna  subir  la  passion  pour  nous  racheter.  Le  vent  était  fort,  et  il  nous  tourmenta 
jusqu'à  la  tombée  de  la  nuit.  Alors  nous  eûmes  un  vent  apaisé,  favorable  et  doar« 

^')  Nom  de  lieu,  sans  dout«^  sur  la  c^te  de  Calabre,  que  je  ne  puis  déterminer 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  849 

Le  roi  Richard,  dont  1q  cœur  était  toujours  prompt  aux  bonnes  actions,  en  fit  une  V.  is3B. 
signalée.  U  voulut  que  chaque  nuit  on  allumât  isur  son  vaisseau ,  dans  une  lanterne,  un 
grand  cierge  qui  jetait  une  lueur  très  claire.  U  brûlait  toute  la  nuit^pour  montrer  le 
chemin  aux  autres;  et  comme  Je  roi  avait  avec  iui  de  bons  mariniers  habiles,  et  con- 
naissant leurmétier  à  fofid^  tous  lès^  autres  se  ralliaient  au  feu  du  roi  et  ne  le  perdaient 
guère  de  vue.  £t  si  la  flotte  s'écartait,  il  l'attendait  généi^usement  II  menait  ainsi 
cette  fière  expédition  comme  une  mère  poule  «mène  aes  poussins  à  la  pftture  ^ic'était 
de  sa  part  prouesse  et  bonnatm^el.  Nous  voguâmes  ainsi  toute  la  nu^t,  sans  tristesse 
et  sans  souci  (  ?  )»  Le  Jkndemain ,  veille  de  Pâques ,  Dieu  nous  conduisit  encore  très  Uen , 
et  aussi  toute  la  nuit  et  tout  le  jour  de  la  grande  fête.  Pendant  trdis  jours,  la  flotte 
avança  à  toutes  voiles,  le  roi  tenant  la  tête.  Le  laercredi,  nous  vtnles  l'tle  de  Crète.  Le 
roi  côtoya  l'Ile  de  près;  il  y  dormit,,  ainsi  que. la. flotte;  mais  cette  nuit,  vingt-cinq  de 
nos  énèques  nous  perdirent,  au  grand  chagrin:  et  déplaisir  du  rdi.  Le  lendemtp  matin 
jeudi,  on  dressa  les  voiles,  et  on  marcha  verS'  Rhodes^  uneautre  lie  près  de 4k  Le  vent 
était  grand,  les  vagues  étaient  bau tes.  Aussi  vite  que  vole  l'hiromlelle  allait  le  «na vire, 
pliant  son  mât»  Dieu  nou&.mena  Je  long  des  côtés  de  Rhodes^,  à^grandeallure  etavec 
une  vitesse  merveilleuse ,<  montrant  bien  qu^il  prenait  pisâsir  à  l'entreprise' de  se&fiervi- 
teurs.  Nous  allâmes  très  vite  jusqu'à, la  nuit  noire.  Au  matin v  nous  aitivâmes  dans  un 
détroit;  nous  abatttmes  les  voilesiet  nous  fûmes  hors  de  peine.  Nous  noes  reposftmes 
jusqu'au  dimanche,  et  au  matin  nous  étions  à  Rhodes,  la  cit4où  Hérode  naquit.     > 

Rhodes  a  été  autrefois  une  grande  cité  ancienne,  presque  aùss& grande  que  Rome.  V.  1287. 
On  aurait  peine  à  en  savoir  au  Juste  la  vérité,  (»r  il  y  a  tant  de  maisons  détruites,  de 
murs  et  de  tours  en^  raines,  tant  d'églises  qui  subsistent  encore,Lè  cause  de  Uîmasse 
de  gens  qui  y  ont  vécu  pendant  tant  d'années  et  ;de  siède»  et  dous  tant  .de  seigneuries 
diverses,  que  nul  hommeiUe  pourrait  les  compter  sans  grande  peine ,  ni  eà  estimer  la 
grandeur  et  la  noblesse.  La  ville  est  aujourd'hui  ruinée  par  la,Ti^lles0e;<  -cependant 
il  habitait  là  des  gens  qui. nous  vendirent  des  aliments,  et  comme  le  roi  é^at  malade 
et  mal  à  son  aise,  il  nous  fallut  ' attendre  à  Rhodes,  il  fit  chercher  «et  demander  où 
étaient  allés  ses  navires  [perdus],  et  il  attendit  là  ses  galères,  qui  le  ^suivaient  lé  long 
du  rivage.  U  s'enquit  aussi  du  tyran  qui  possédait  Gypre  et  qui  arrêtait  lest  pèderinsi 

Nous  séjournâmes  à  Rhodes  dix  jours,  et  quand  la  flotte,  voiles  levées,  sortit  en  u.n^. 
rang  de  Rhodes,  c'était  le  piemieR  jour' de  mat.  Noos  vînmes  droit  au  gouflre  de 
Satalie  :  c'est  un  passage  bien  dangereuxi»  il  n'y  en  a  de  plus  dangereux  nulle»  part 
Quatre  mers  s'y  livrent  bataille  et  diacune  exdée  l'autre^  Nous  allions  entrer  dfems  ce 
gouflre  quand  nous  fûmes  assaillis  par  un  vent  qui  nous  ramena  le  soir  à  l'endroit 
par  où  nous  étions  entrés.  Le  vent,  qui  changé  souveilt,  se  fit  ensuite  plus  courtois  pour 
nous  :  il  nous  prit  par  derrière,  et  nous  poussa  si  vite  que  chacun  avait  peur,  à  cause 
du  gouffre  où  nous  nous  trouvions  et  qui  nous  remplissait  de  crainte.  Le  vaisseau  du 


350  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

roi  était  en  avant,  suivant  sa  coutume.  Le  roi  regarda  la  haute  mer,  et  vit  s'avancer 
une  bouce^^)  qui  revenait  de  Syrie.  Et  le  roi,  que  cela  intéressait,  se  fit  diriger  près 
d'elle  pour  demander  des  nouvelles  de  la  Terre  Sainte.  On  lui  dit  que  le  roi  de  France 
y  était  déjà  et  l'attendait  devant  Acre,  et  qu'il  s'occupait  chaque  jour  à  faire  des  ma- 
chines pour  prendre  la  ville.  Mais  le  roi  Richard  avait  déjà  en  tête  une  autre  entreprise. 
La  bouce  passa  outre,  et  le  roi  lutta  contre  le  vent  tant  que  Dieu  l'amena  devant  Gypre, 
près  de  la  terre  qu'il  lui  fit  conquérir.  Il  trouva  là  ses  gens,  sa  sœur,  et  aussi  son  amie, 
v.  i355.  Ecoutez,  seigneurs  :  cette  terre  de  Syrie,  avant  qu'on  pût  lui  porter  secours,  elle  a 
II,  zm.  souffert  tant  d'injures,  tant  de  grandes  mésaventures ,  tant  de  contre-temps,  tant  d'at- 
taques, tant  de  délais  et  tant  d'attentes,  tant  de  peines,  tant  de  désirs,  tant  d'assauts 
et  tant  d'embarras  !  Ce  fut  un  bien  grand  malheur  que  la  mort  de  l'empereur  d'Alle- 
magne, qui  y  allait  en  si  grand  appareil,  et  qui  mourut  si  soudainement.  Ce  fut  grand 
dommage  aussi  pour  la  Terre  Sainte  que  la  mort  du  roi  d'Angleterre,  le  bon  Henri, 
qui  était  si  sage  et  qui  avait  tant  de  richesses  qui  auraient  servi  à  soutenir  le  pays 
et  à  conserver  la  ville  de  Sur.  Ce  fut  encore  une  grande  mésaventure  pour  elle  que 
la  mort  du  bon  roi  Guillaume,  qui  l'avait  secourue  maintes  fois  :  il  y  eut  grand  deuil 
quand  il  mourut.  Le  royaume  eut  ainsi  à  souffrir  bien  des  malchances,  mais  rien  ne 
lui  avait  apporté  plus  de  mal ,  d'ennui  et  de  retard  qu  une  lie  voisine  de  la  Syrie  : 
c'était  la  riche  île  de  Gypre,  qui,  autrefois,  l'aidait  beaucoup,  et  dont  alors  rien  ne 
pouvait  plus  lui  venir,  car  il  y  régnait  un  tyran  porté  vers  tout  mal,  plus  félon  et  plus 
traître  que  Judas  ou  Ganelon.  Il  avait  délaissé  les  chrétiens,  et  était  le  bon  ami  de 
Saladin,  et  on  disait  même  que,  pour  s'allier,  ils  avaient  bu  le  sang  l'un  de  l'autre, 
et  on  le  sut  plus  tard  certainement.  Il  se  fit  ainsi  empereur,  non  vraiment,  mais  empi- 
reur^^\  car  il  s'empirait  lui-même.  Jamais,  quand  il  le  pouvait,  il  ne  cessait  de  faire 
et  de  susciter  le  mal,  et  de  poursuivre  les  chrétiens  de  Dieu.  Il  y  eut  là  trois  vais- 
seaux du  roi  Richard, pleins  de  ses  gens,  brisés  à  la  côte,  de  ceux  qui  avaient  échappé 
au  naufrage  et  qui  étaient  en  triste  étal  :  l'empereur  de  Gypre  les  engagea  d'abord  k 
rendre  leurs  armes  et  ensuite  il  les  fit  prendre  par  trahison.  Il  leur  avait  garanti  une 
sûreté  qui  dura  peu,  car  le  déloyal  les  fit  aussitôt  attaquer.  Mais  ils  se  défendirent  si 
bien  qu'ils  leur  vendirent  cher  leur  colère,  avec  trois  arcs  en  tout,  qu'ils  avaient,  et 
dont  les  Grecs  ne  savaient  rien.  Là  était  Rodier  de  Hardecourt ,  compagnon  et  fidèle 
du  roi,  qui,  monté  sur  une  jument  recrue,  leur  diminua  promptement  leurs  gens;  et 
Guillaume  du  Boisnormand,  le  bon  archer,  allait  tirant  des  flèches,  les  frappant 
devant  et  derrière  et  plus  redouté  qu'une  pierrière ^ 

{')  Le  mot  subsiste  encore  dans  l'anglais  6tijj;  il  est  à  peu  près  synonyme  de  dronMH. 
^-)  Le  jeu  de  mots  oblige  à  conserver  empireur. 

(^)  La  lacune  de  notre  manuscrit  est  comblée  dans  la  version  latine,  où  Ton  voit  que  les  trois  croisés  furent 
«recourus  par  leurs  compagnons,  qui,  les  ayant  Vus  du  rivage,  vinrent  les  dégager  et  les  nmenèrent  aox  vaiMetoi. 


Il .  xxni. 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  351 

si  bien  que,  è  la  vue  des  Grecs,  ils  s'en  allèrent  jusqu'au  dromon  qui  était  dans  le 
port  et  qui  avait  amené  la  reine.  Il  y  eut  là  grande  bataille,  où  les  prisonniers  firent  de 
belles  prouesses.  Le  roi,  qui  s'était  arrêté  au  port,  quand  il  sut  cette  perfidie  et  le  danger 
de  ses  hommes,  qu'il  vit  le  dromon  de  sa  sœur  qui  l'attendait  en  grande  crainte,  qu'il 
vit  le  rivage  tout  couvert  de  ces  misérables  Grecs,  ne  voulut  pas  chercher  de  pires  Sarra- 
sins que  ceux-là.  Il  se  fil  conduire  vers  la  terre  :  le  tyran  crut  pouvoir  la  défendre 
contre  lui ,  mais  il  n'osa  attendre  le  vaillant  roi. 

C'est  un  lundi  malin  que  Dieu  avait  préparé  l'affaire  qu'il  voulait  que  le  roi  fît  :  il  V.  1639. 
voulait  qu'il  recueillit  les  naufragés,  qu'il  délivrât  sa  sœur  et  qu'il  menât  son  amie 
ailleurs.  Toutes  deux  maudissaient  le  jour  où  elles  étaient  arrivées  là,  car  l'empereur  les 
eût  prises  s'il  avait  pu.  Quand  le  roi  voulut  s'emparer  du  port,  il  ne  manqua  pas  de 
gens  pour  l'en  empêcher,  car  l'empereur  était  lui-même  sur  le  rivage  avec  tout  ce  qu'il 
avait  pu  faire  venir  de  gens  par  argent  et  par  commandement.  Le  roi  prit  un  messa- 
ger et  l'envoya  dans  un  bateau  à  terre,  priant  courtoisement  l'empereur  de  rendre  leur 
avoir  aux  naufragés  et  de  réparer  les  torts  qu'il  avait  faits  aux  pèlerins  et  qui  avaient 
coûté  des  pleurs  à  maints  orphelins.  Celui-ci  se  moqua  du  messager  jusqu'à  en  perdre 
la  raison;  il  ne  put  pas  modérer  sa  colère,  et  dit  au  messager  :  ctTproupt,  sire!?) 
El  il  ne  voulut  jamais  donner  une  réponse  plus  honnête,  mais  se  mil  à  grogner  en 
ricanant.  Le  messager  revint  promptement  en  arrière  et  le  répéta  au  roi.  Quand  le  roi 
entendit  le  mol  honteux,  il  dit  à  ses  gens  :  «Armez-vous!  n  Ils  le  firent  aussitôt,  et  ne 
demeurèrent  pas  grand  temps.  Il  leur  fallut  entrer  armés  dans  les  chaloupes  de  leurs 
énèques.  Il  entra  là  de  bons  chevaliers  et  de  hardis  arbalétriers.  Les  Grecs  aussi  avaient 
des  arbalètes,  et  leurs  gens  étaient  tout  prêls  sur  le  rivage,  et  ils  avaient  cinq  galères 
lout  armées;  mais,  quand  ils  virent  nos  armures,  ils  se  sentirent  peu  en  sûreté. 

Dans  la  ville  de  Limeçon,  où  commença  la  bataille,  ils  n'avaient  pas  laissé  une  porte  V.  i685. 
ni  une  fenêtre,  ni  rien  qui  pût  servir  au  combat,  tonneau  ni  tonne,  écus  ni  larges,  ni 
vieilles  galères  ou  vieilles  barques,  ni  poutres,  ni  planches,  ni  degrés.  Ils  apportaient  tout 
sur  le  rivage  pour  nuire  aux  pèlerins.  Tout  armés  sur  la  rive,  plus  arrogants  que  gens 
qui  soient  au  monde ,  avec  des  pennons  et  des  bannières  d'étoffes  précieuses  et  de  riches 
couleurs,  montés  sur  de  grands  chevaux  forts  et  rapides  et  sur  de  grands  mulets  puissants 
et  beaux,  ils  se  mirent  à  nous  huer  comme  des  chiens;  mais  on  rabattit  bienlAl  leur 
orgueil.  Nous  avions  grand  désavantage;  car  nous  venions  de  la  mer,  nous  étions  en- 
tassés dans  de  petites  barques  étroites,  tout  étourdis  des  grandes  fatigues,  tout  harassés 
par  l'agitation  des  flots  et  tout  chargés  de  nos  armes,  et  nous  étions  tous  à  pied.  Eux 
étaient  dans  leur  pays;  mais  nous  savions  mieux  la  guerre.  Nos  arbalétriers  commen- 
cèrent l'attaque,  et  il  y  en  eut  qui  ne  manquèrent  pas  leur  coup.  Ils  tirèrent  d'abord  sur 
les  gens  des  galères,  qui  ne  savaient  rien  de  guerre;  ils  les  blessèrent  et  navrèrent  si 
bien  que,  de  leurs  galères,  ils  sautaient  en  mer  quatre  par  quatre,  et  l'un  culbutait 


IMrriMLKlK     ^«TlO^iLC. 


352  L'HISTOIBE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

Tautre.  Leurs  galères  furent  prises  et  mises  avec  nos  énèques.  Arckers  et  acbalétcieis 
se  mirent  à  tirer  dru,  et  ils  firent  reculer  les  Grecs.  Alors  vous  auriez  entendu  nos  ffm§ 
les  huer  comme  ils  nous  avaient  hués  avant  que  nous  eussions  bougé.  Des  deux  dMél 
on  tirait,  on  lançait,  et  nos  rameurs  avançaient  toujours,  et  partout  oit  ib  diuMl, 
carreaux  et  traits  pleuvaient  sur  eux.  Toute  la  rive  était  pleine  de  ces  gens  aawrafw^ 
Vous  auriez  vu  là  une  attaque  hardie  et  des  gens  qui  s'entendaient  à  la  guerre.  Et  quMMl 
le  roi  vil  ses  compagnons  lutter  pour  aborder,  il  sauta  de  sa  barque  en  mer,  vînt  ans 
Grecs  et  les  attaqua,  et  tous  les  autres  sautèrent  après  luL  Les  Grecs  se  défendirent, 
mais  les  nôtres  allaient  par  le  rivage,  les  frappant  et  les  vainquant.  Vous  auriez  vurU 
voler  les  carreaux,  et  les  Grecs  mourir  en  masse.  Les  nôtres  les  choquèrent  si  bifln 
qu'ils  les  repoussèrent  dans  la  ville.  Us  les  attaquaient  comme  des  lions,  feappant  $ilt 
eux  et  sur  leurs  chevaux.  Devant  la  vaillante  nation  latine  s'enfuyaient  les  Greca  eiiaB 
Arméniens.  Nos  gens  les  poursuivirent  jusque  dans  la  campagne  si  vivement  qa'ikien 
chassèrent  l'empereur,  qui  prit  la  fuite.  Le  roi  le  poursuivit  tant  qu'il  s'empara  d*nn  die» 
val  ou  d'une  jument,  je  ne  sais,  qui  avait  un  sac  attaché  derrière  la  selle  et. des  ëtimi 
de  corde.  D'un  bond  il  fut  en  selle,  et  dit  au  lâche  et  perBde  empereur  :  «L'empWBkff, 
II,  xxini.  viens  !  Joute  avec  moi  !  »  Mais  celui-ci  n'en  avait  cure.  A  la  nuit,  sans  plus  attendbe-t  la 
roi  fit  mettre  à  terre  tous  les  chevaux  qui  étaient  dans  les  énèques;  l'empereur  ne  savait 
pas  qu'il  en  eût  avec  lui.  On  promena  les  chevaux  car  ils  étaient  tout  engourdis,  étow? 
dis  et  harassés  d'être  restés  un  mois  en  mer  sans  pouvoir  se  coucher.  Sans  leur  dottiiii 
plus  de  repos ,  quoiqu'ils  y  eussent  bien  droit ,  le  roi ,  qui  poursuivait  son  enCrepett#* 
y  monta  le  lendemain.  Assez  près,  dans  un  bois  d'oliviers  le  long  de  la  route,  il  y/avait 
des  Grecs  avec  bannières  et  pennons.  Le  roi  les  en  débusqua;  il  se  mit  en  tête  le  beanafe 
d'acier,  et  les  suivit  en^  grande  allure.  Vous  auriez  vu  là  de  braves  gens.  Ceux  dedevaot 
les  mirent  en  fuite;  les  Grecs  s'enfuirent,  les  nôtres  les  poursuivirent  tant  qu'iia  vÎMit 
le  gros  de  leur  os(.  Là  ils  s'arrêtèrent.  Mais  dans  la  poursuite  les  Grecs  poussaieirt.de 
telles  huées  et  de  tels  cris  (c'est  ce  qu'ont  raconté  ceux  qui  les  ont  entendus)  que  feoH 
pereur  les  entendit  de  sa  tente,  à  plus  d'une  demi-lieue.  Il  s'était  retiré  là;  il  y  avait 
diné  et  dormait;  mais  ce  bruit  le  éveilla.  Avec  ses  gens,  il  monta  à  cheval  et  vint  sur 
le  haut  des  montagnes  pour  voir  ce  que  feraient  ses  hommes,  qui  ne  sftvaient^iipw 
lancer  des  flèches.  Us  tournaient  toujours  en  criant  autour  des  nôtres,  qui  ne  bougeaiMt 
pas.  Là  vint  au  roi  un  clerc  armé,  qui  s'appelait  Hugues  de  la  Mare,  qui  lui  dU HM 
bas  :  «Sire,  allez-vous-en  :  ils  ont  des  forces  énormes.  —  Sire  clerc,  dit  le  coi^  mttai* 
«vous  de  votre  écriture,  et  tirez  vous  de  la  mêlée,  au  nom  de  Dieu  et  de  sa  mèva.; 
«laissez-nous  la  chevalerie!  n  Celui-là  et  d'autres  le  lui  disaient  à  cause  du  nombra^ilit 
ennemis  qu'ils  voyaient,  et  il  n'y  avait  pas  près  du  roi,  à  ce  moment-là,  plus. de: quÉ» 
rante  chevaliers  ou  une  cinquantaine  au  plus;  mais  le  grand  roi  courut  sus  aux  Maor 
mis,  plus  prompt  que  la  foudre  qui  tombe,  plus  ramassé  que  l'épervier  cpii  foad^sitf 


■  « 


.  iktiH^'^mâi 


L'BISTOIRB  DE  LA  GUERRE  SAtMtE.  SSS 

l'alouette  (ceux  qui  ont  vu  cette  charge  radmirenl  beaucoup).  Il  se  jeta  au  milieu  de 
ces  méchants  Grecs,  si  bleu  qu'il  les  mit  tous  en  désordre  et  bs  aitaugéa  de  telle  sorte 
qu'ils  ne  tenaient  plus  ensemble.  Cependant  ses  gens  arrivaient,  et  dès  qu'ils  furent  en 
nombre,  ils  en  tuèrent  et  en  prirent  tant,  sans  parier  de  ceux  qui  s'enfuirent  honteu- 
sement, que  jamais  on  ne  sut  le  compte  des  morts;  ceux  qui  étaient  k  cheval  s'enfuirent 
par  monts  et  par  vaux,  et  les  piétons,  les  petites  gens  furent  tous  tués  ou  pris.  Ce  fut 
une  rude  bataille.  Vous  auriez  vu  là  tant  de  chevaux  étendus  ou  trébuchant  avec  leur 
charge,  tant  de  hauberts,  d'épées,  de  lances,  de  pennons  et  d'enseignes!  L'empereur 
vit  que  ses  gens  ne  pouvaient  tenir,  et  que  les  nôtres  croissaient  toujours.  H  s'enfuit 
dans  la  montagne  avec  ses  Grecs  et  ses  Arméniens,  nous  laissant  tout  le  pays.  Quand 
Richard  vit  qu'il  s'enfuyait  ainsi,  abandonnant  ses  gens,  il  frappa  celui  qui  portait  la 
bannière  de  l'empereur,  s'en  empara  et  ordonna  qu'on  la  gardât  bien.  Voyant  leurs 
gens  en  telle  déroute  s'enfuir  comme  un  tourbillon ,  avec  plus  d'une  plaie  en  corps  ou 
en  tête,  il  ne  les  fit  pas  poursuivre,  car  il  n'aurait  pas  pu  les  atteindre,  et  la  poursuite 
de  nos  braves  Francs  avait  [déjà]  duré  deux  lieues.  Il  s'en  revint  au  pas;  mais  les  ser- 
gents ne  lâchaient  pas  prise  :  ils  prirent  de  la  belle  et  bonne  vaisselle  d'or  et  d'argent, 
que  l'empereur  avait  laissée  dans  sa  tente,  son  harnois,  son  propre  lit,  des  étoffes  dé 
soie  et  de  pourpre,  des  chevaux  et  des  mulets  chargés  comme  pour  un  marché,  des 
hauberts,  des  heaumes,  des  épées  que  les  Grecs  avaient  jetées ,  des  bœufs,  des  vaches, 
des  porcs,  des  chèvres  agiles  et  mutines,  des  moutons,  des  brebis,  des  agneaux,  des 
juments,  de  gras  et  beaux  poulains,  des  coqs,  des  poules,  des  chapons,  de  gras  mulets 
chargés  sur  le  dos  de  bons  coussins  bien  brodés  et  de  beaux  et  précieux  vêtements,  et 
de  bons  chevaux  qui  valaient  mieux  que  les  nôtres,  qui  étaient  fatigués.  Ils  prirent 
aussi  le  drogman  de  l'empereur,  que  j'entendis  appeler  Jean,  et  tant  de  Grecs  et  tant 
d'Arméniens  qu'ils  encombraient  les  chemins,  tant  de  bons  vins  et  tant  de  victuailles 
que  personne  n'en  sait  le  compte.  Le  roi  fit  crier  un  ban,  donnent  sûreté,  pour  aller 
et  venir,  à  tous  les  gens  du  pays  qui  ne  voulaient  pas  la  guerre;  quant  à  ceux  qui  ne 
voulaient  pas  la  paix,  ils  n'auraient  de  lui  ni  paix  ni  trêve. 

Le  samedi  de  la  semaine  où  les  Grecs  avaient  tant  souffert,  il  arriva  à  Limeçôn  trois  V.  1701. 
galères  qui  revenaient  de  Cypre  :  le  roi  de  Jérusaleni  y  était,  et  on  le  regarda  beau-  n.nin. 
coup.  C'était  le  roi  Gui  de  Lusignan,  qui  avait  eu  tant  de  peine  et  de  fatigue  pour  sou- 
tenir la  Terre  Sainte.  Il  était  obligé  de  venir,  parce  que  le  roi  de  France,  ce  qui  lui 
causait  grand  chagrin,  voulait  lui  faire  tort  en  donnant  la  royauté  au  marquis  de  Mont- 
ferrât.  C'est  pour  cela  qu'il  avait  abandonné  le  pays,  et  qu'il  venait  demander  au  roi 
d'Angleterre  de  l'aider  à  maintenir  son  droit.  Le  roi  fut  très  content  d^  sa  venue  et  alla 
aussitôt  à  sa  rencontre;  et  vous  pouvez  être  sûrs  qu'il  le  reçut  de  boâ  cœur,  car  il  était 
de  grand  lignage,  et  ses  parents,  qui  étaient  là,  n'avaient  point  l'air  d'être  des  gens 
de  peu.  Le  roi  lui  fit  grande  joie  et  l'honora  de  maintes  manières,  et  lui  donna  par 


354  L^HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

grande  courtoisie,  de  son  trésor,  environ  deux  mille  marcs  et  vingt  coupes,  dont  deux 
H,  iixT.    d'or  fin;  ce  n'était  pas  là  un  don  mesquin.  Le  lendemain  au  malin,  la  demoiselle  de 
Navarre,  la  belle  au  clair  visage,  la  femme  la  plus  sage  que  l'on  pût  trouver  ou  sou- 
haiter, fut  épousée  et  couronnée  à  Limeçon.  Voilà  le  roi  en  gloire  et  en  joie  de  sa  vic- 
toire et  de  son  mariage  avec  celle  à  qui  il  avait  donné  sa  foi.  Voici  venir  ses  galères, 
qu'il  avait  tant  attendues,  si  bien  armées  et  garnies  que  nous  n'en  avons  jamais  vu  de 
telles,  et  avec  elles  les  cinq  qu'on  avait  gagnées  à  Limeçon.  Avec  les  autres,  qui 
étaient  dans  les  ports,  dont  il  tirait  maintenant  tout  ce  qu'il  voulait,  il  en  avait  bien 
quarante  d'armées,  qui  en  valaient  cinquante.  C'est  ainsi  que  plus  tard  il  prit  le  vaisseau 
*    merveilleux  où  il  y  avait  de  vaillants  guerriers  estimés  à  huit  cents,  Turcs  et  Persans 
infidèles.  Le  roi  en  eut  plus  d'entrain  encore  à  l'encontre  des  Grecs  et  des  Arméaiens 
II,  xxxTi.    maudits.  Il  fit  préparer  son  ost  et  veiller  les  gardes  par  nuit,  pour  aller  chercher Tem- 
pereur  et  le  prendre  au  cœur  de  sa  terre. 

V.  1765.  Après  cette  déconfiture,  où  les  Grecs  avaient  eu  tant  de  honte,  l'empereur  avec  sa 
grande  compagnie  était  à  Nicosie,  courroucé,  dolent  et  éperdu  d'avoir  perdu  ses 
hommes  et  d'avoir  été  repoussé.  Il  ne  pouvait  s'en  consoler;  mais  il  était  trop  hai  dans 
son  pays,  et  il  craignait  le  roi  d'Angleterre.  Il  lui  demanda  une  entrevue  pour  lui  faire 
réparation  et  lui  fit  dire  qu'il  viendrait  à  lui,  qu'il  lui  tiendrait  loyauté,  qu'il  mènerait 
avec  lui  cinq  cents  hommes  à  cheval  jusqu'en  Syrie  pour  le  service  de  Dieu,  et  qu'il 
ferait  tout  ce  que  le  roi  voudrait.  Il  ajoutait,  pour  que  le  roi  n'eût  pas  de  doute,  qu'il 
donnerait  en  gage  ses  châteaux  et  toutes  ses  riches  possessions,  et  pour  les  pertes  que 
nous  avions  faites,  il  payerait  trois  mille  cinq  cents  marcs  d'argent,  à  condition  que, 
s'il  le  soldait  loyalement,  on  lui  rendrait  sa  terre  en  récompense.  Le  roi  et  l'empereur 
convinrent  de  l'entrevue  ;  on  prit  un  terme  des  deux  parts  et  on  n'attendit  pas.  Ce  fut 
dans  un  bois  de  figuiers,  entre  le  port  et  la  route  de  Limeçon,  si  je  ne  me  trooape; 
c'est  là  qu'ils  se  rencontrèrent (^)  et  on  y  dit  des  choses  meilleures  que  celles  qui  furent 
faites. 

V.  1801.  Le  roi  appela  son  conseil  et  les  plus  sages  de  ses  gens,  et  il  dit  à  ceux  qui  l'entou- 
raient et  qui  désiraient  beaucoup  cette  paix  :  ce  Seigneurs,  vous  êtes  ma  main  droite; 
((voyez  si  cette  paix  peut  se  faire;  gardez  que  votre  honneur  y  soit  sauvé  et  n'y  soit  en 
ce  rien  compromis.  Elle  sera  faite  si  elle  vous  plaît;  si  elle  vous  déplatt,  elle  né  se  fera 
«pas.  —  Sire,  dirent-ils,  elle  nous  agrée  et  nous  la  trouvons  honorable.')  Ils  retour- 
nèrent en  arrière,  et  s'accordèrent  à  la  paix.  Aussitôt  l'empereur  prêta  serment  au  roi, 
lui  donna  toute  garantie  et  le  baisa  en  signe  de  foi.  Le  roi  revint  à  l'ost,  qui  était 
tout  près;  il  y  fut  bientôt.  Il  commanda,  sans  plus  attendre,  que  Ton  chargeât  trois 
.  riches  tentes  qu'il  avait  prises  lors  de  la  déconfiture  de  ces  méchants  Grecs  (elles  appar- 

'•^^  Cette  traduction  est  conjecturale,  le  vers  1798  est  altéré  et  incompréhensible. 


L^HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  355 

tenaient  à  l'empereur  et  étaient  de  futaine),  et  beaucoup  de  riche  vaisselle.  11  envoya 
le  tout,  courtoisement,  à  l'empereur,  qui  prit  la  vaisselle  et  fit  rendre  les  tentes,  à  la 
place  même  où  avait  eu  lieu  l'entrevue  dont  nous  vous  avons  parlé. 

Ce  soir  même  où  la  paix  fut  ainsi  arrangée,  il  y  avait  avec  l'empereur  un  chevalier  V.  i833. 
calomniateur.  11  s'appelait  Païen  de  Gaïphas;  il  était  perfide  et  plus  méchant  qu'un  ii,  »xtiii.  j^y  ^ 
chien  :  il  persuada  à  l'empereur  que  le  roi  voulait  le  faire  prendre;  mais  c'est  .un 
mensonge  qu'il  lui  fit  accroire.  L'empereur  aussitôt  monta  sur  un  cheval  rapide,  qu'ils 
appelaient  Fauvel;  il  fit  semblant  d'aller  se  promener,  et  prit  la  fuite,  laissant  là  équi- 
pages et  tentes,  comme  un  homme  qui  perd  la  tête,  et  deux  destriers  forts  et  vites.  Il 
s'en  alla  le  plus  rapidement  qu'il  put.  Le  roi  apprit  qu'il  s'était  enfui,  mais  il  ne  permit 
pas  qu'on  le  poursuivit,  car  il  ne  voulait  pas  enfreindre  la  trêve,  et  [d'ailleurs]  aucun 
cheval  n'aurait  pu  l'atteindre.  Mais,  voyant  cette  fuite,  il  ne  voulut  pas  le  tenir  quitte ,  et 
se  résolut  à  le  joindre  par  mer  ou  par  terre.  Ses  galères  s'ébranlèrent  dès  la  nuit,  et 
arrivèrent, bientôt  à  Fomagouce.  Il  y  alla  lui-même  pour  presser  l'affaire.  Il  dit  au  roi 
de  Jérusalem  de  l'accompagner  le  long  du  rivage,  et  de  suivre  l'empereur  trattre  et  par- 
jure jusqu'à  ce  qu'on  l'atteignît.  Le  roi  Gui  se  mit  en  marche;  il  vint  en  trois  jours 
à  la  cité  de  Fomagouce,  dont  les  gens  étaient  partis.  Le  roi  y  était  venu  avec  ses  ga- 
lères. Il  fit  surveiller  par  ses  galères  tous  les  ports,  pour  que  l'empereur  ne  pût  s'en 
aller  par  mer  sans  les  rencontrer,  et  elles  restèrent  là  trois  jours,  après  s'être  séparées 
des  énèques. 

Pendant  qu'on  demeurait  là,  vinrent  deux  messagers  de  France,  Dreux  de  Mello  et  V.  1879. 
l'évêque  de  Beauvais,  pour  presser  le  roi,  et  ils  le  pressèrent  avec  excès,  d'aller  promp- 
tement  à  Acre,  car  le  roi  de  France  ne  donnerait  pas  l'assaut  avant  qu'il  y  fût  venu. 
Ils  le  tourmentèrent  et  le  pressèrent  et  allèrent  jusqu'à  l'insulter,  tant  que  le  roi  se 
courrouça  et  leva  les  sourcils  en  haut.  11  y  eut  là  des  paroles  dites  qu'il  vaut  mieux  ne 
pas  écrire.  Mais  ils  avaient  beau  le  hâter,  ils  y  perdaient  leurs  paroles;  car  il  s'était  bien 
hâté  de  lui-même,  et,  ayant  commencé  avec  les  Grecs,  pour  la  moitié  de  l'argent  qui 
est  en  Russie  il  n'aurait  rien  fait  en  Syrie  avant  d'avoir  conquis  Gypre,  cette  tie  qui 
fournit  tant  de  provisions,  et  il  n'aurait  jamais  voulu  la  laisser  ^^^  avant  de  l'avoir  prise. 
Et  ceux  qui  venaient  le  presser  croyaient  qu'il  se  reposait!  Il  partit  donc  avec  son  ost 
et  marcha  droit  sur  Nicosie  ;  chacun  porta  là  ses  provisions  et  tout  ce  qu'il  lui  fallait 
pour  la  guerre.  L'empereur,  caché  près  de  là,  le  guettait.  Le  roi  faisait  Tarrière-garde, 
pour  qu'on  De  reçût  pas  de  dommage  par  derrière.  Soudain  l'empereur  sortit  de  son 
embuscade  avec  environ  sept  cents  de  ses  hommes ,  que  leur  couardise  rendait  impuis- 
sants. Ils  allèrent  lancer  des  flèches  à  l'avant-garde,  et  on  les  laissa  approcher.  L'em- 
pereur harcelait  l'armée  sur  les  flancs,  comme  un  Turcdple,  tant  qu'il  arriva  à  l'arrière- 

^'^  Peut-être  faut-il  corriger  ainsi  le  vers  igoS  :  Ne  il  ne  deignaet  pat  e'emprite. 


w  *  ' 


356  L'flI5T0IRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

garde  que  menait  Je  roi  Richard,  et  lui  lança  deux  flèches  empoisonnées.  Le  roî  fiMlit 
des  rangs,  s'élança,  et  peu  s'en  fallut  qu'il  ne  tirât  vengeance  de  ce  mauvais «mperMr;^ 
mais  celui-ci  était  monté  sur  Fanvel,  qui,  aussi  rapide  qu'un  cerf,  le  porta  droit  kmkk 
château  de  Candaire,  plein  de  deuil  et  de  dépit.  Quand  le  roi  vit  qu'il  ne  le  preodmt 
pas,  il  se  dirigea  vers  Nicosie.  Nos  gens  avaient  gagné  là  de  bons  chevaux,  et  lâalmettéit 
pris  beaucoup  de  Grecs  qui  s'étaient  trop  approchés  de  nous.  lis  suivirent  le  roi,  n'ayéftt 
plus  rien  à  craindre.  On  arriva  au  matin  à  Nicosie.  Les  bourgeois  de  la  ville  n'atten** 
dirent  pas  :  ils  venaient  de  toutes  parts  au  roi,  le  tenant  pour  leur  vrai  seigneur  et  imir 
père.  Le  roi  leur  fit  raser  la  barbe.  Quand  l'empereur  l'entendit  dire,  il  en  ent  ie| 
courroux  qu'il  en  pensa  perdre  le  sens,  et  il  maltraita  ses  gens  et  les  nôtres;  aux  stefti^ 
qui  venaient  se  rendre  à  nous,  quand  il  pouvait  les  attraper,  et  aui  nôtres  qu'il  pmth 
vait  prendre,  ne  pouvant  se  venger  autrement,  il  faisait  couper  les  pieds  ou  lespotdga, 
crever  les  yeux  ou  trancher  le  nez.  Le  roi  recevait  les  hommages  des  plus  sages  et  des 
ii,iim.  meilleurs,  qui  abandonnaient  volontiers  l'empereur,  qu'ils  haïssaient.  Il  divisa  Tost  en 
trois  parties  et  fit  assiéger  trois  châteaux ,  dont  deux  furent  pris  facilement.  L'une  ébê 
divisions  alla  à  Cherines^^^  dont  on  fut  bientôt  maitre.  Ce  fut  le  roi  de  Jérusalem  qti^ 
donna  cette  place  h  Richard.  11  conduisit  et  ramena  bien  nos  gens;  il  les  fit  armer  près 
du  château ,  l'assiégea  par  terre  et  par  mer  et  donna  vivement  l'assaut.  Ceux  du  chAteM 
n'avaient  pas  de  secours;  ils  ne  purent  tenir  et  il  leur  fallut  parlementer.  Ils  rendirent 
au  vaillant  roi  Gui  le  château,  et  aussi  la  fille  de  l'empereur;  ce  qui  mit  celuin»  en  0i 
grand  émoi  que  rien  ne  put  le  consoler  et  qu  il  n'eut  plus  ni  sens  ni  conseil.  Le  roi 
Gui  fit  dresser  sur  la  tour  les  bannières  du  roi,  mit  des  gardes  dans  le  château  et  méfia 
l'ost  à  Didemus.  > 

V.  J987.  Didemus  est  un  fort  château,  et  on  n'aurait  pu  le  prendre  par  force;  mais  ceux  q[U0 
l'empereur  y  avait  envoyés  étaient  si  troublés  des  nouvelles  qu'ils  apprenaient  qu'ils  ré^' 
sistaient  à  peine.  Cependant  ils  nous  envoyèrent  à  plusieurs  reprises  de  grandes  pierree^ 
Le  château  n'aurait  rien  eu  à  craindre  sans  la  peur  qu'avaient  ces  couards.  Le  roi  Ouf 
l'assiégea  et  y  resta  plusieurs  jours,  tant  que  l'empereur  ordonna  de  le  rendre  et  St 
descendre  de  haut  en  bas  ceux  qui  l'occupaient.  Quand  ils  se  furent  rendus,  à  ce  qtfeU 
m'a  rapporté,  le  roi  Gui  en  prit  possession.  11  ordonna  que  la  jeune  fille  fût  bien  gard^ 
dans  la  tour,  afin  qu'on  ne  pût  l'enlever.  Puis  il  ramena  son  ost  en  arrière;  mais  {MHT 
le  pays  il  trouva  une  grande  cherté. 

V.  9009.  Le  roi  Richard  était  resté  malade  à  Nicosie;  dès  qu'il  se  sentit  mieux,  il  assiégea Bu"-; 
fevent,  un  château  extrêmement  fort.  Ecoutez  l'étrange  aventure  de  ce  méprisable  éËlH' 
pereur,  que  ses  méfaits  perdaient.  11  s'était  enfermé  dans  Gandaire,  plein  de  honte  et  é» 

(0  Ce  nom  est  donné  par  le  lalin,  et  M.  Slubbs  Tidentifie  à  Ghyma.  Il  faut  donc  corriger  ainsi  le  ven  1967  : 
L'une  oêt  mala  a  ChêHneê. 


Il  .   XI.. 


'■•i^'iii 


L^HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  867 

deuil;  il  se  voyait  pris  comme  dans  un  piège.  Quand  il  sut  le  siège  de  Bufevent,  et  que 
sa  fille,  quil  aimait  plus  que  rien  au  monde,  était  prisonnière  dans  une  tour,  cela 
l'engagea  beaucoup  à  faire  la  paix  telle  qu'il  pourrait  l'obtenir,  à  quelque  dommage 
que  ce  fût.  £t  le  dommage  fut  bien  grand ,  quand  on  songe  à  tous  les  châteaux  qu'il 
avait  et  à  cette  grande  richesse  à  laquelle  il  renonçait  par  sa  lâcheté.  Mais  ce  qui  l'avait 
perdu,  c'est  que  tous  les  siens  l'avaient  abandonné.  Il  le  fallait  :  il  n'attendit  plus. 
Il  descendit  de  Candaire,  et  alla  se  rendre  au  roi  Richard,  n'espérant  plus  se  défendre. 
Avant  de  venir,  il  lui  fit  demander  d'avoir  pitié  de  lui,  lui  promettant  de  tout  mettre 
en  sa  merci,  sans  rien  garder,  ni  terre,  ni  château,  ni  maison,  le  suppliant  seulement, 
par  honneur  et  par  raison ,  de  lui  faire  la  grâce  de  ne  pas  le  mettre  en  fers  ni  en  liens  : 
et  le  roi,  pour  ne  pas  faire  crier  les  gens,  ne  le  mit  que  dans  des  chaînes  d'argent.  11  vint 
devant  le  roi,  à  genoux,  s'humiliant,  criant  merci;  le  roi  vit  qu'il  était  sincère.  Il  con- 
sidéra ses  malheurs  et  ses  pertes,  comprit  qu'il  ne  pouvait  plus  leur  nuire,  et  que  Dieu 
avait  conduit  cette  affaire.  Il  voulut  la  terminer  :  il  releva  l'empereur,  le  fit  asseoir  près 
de  lui  et  lui  fit  voir  sa  fille.  Quand  il  la  vit,  il  fut  plus  content  que  s'il  avait  tenu  Dieu 
par  les  pieds.  11  la  baisa  cent  fois  en  pleurant.  Que  vous  dirais-je  de  plus?  En  quinze  ii,  m. 
jours,  que  je  ne  mente.  Dieu  ayant  tout  mené,  le  roi  eut  Cypre  à  sa  disposition  et  au 
pouvoir  des  Francs. 

Quand  le  roi  se  fut  emparé  de  Cypre,  en  bonne  étrenne,  pour  le  service  de  Dieu,  V.  ao65. 
qu'il  eut  les  châteaux  et  les  forteresses  dont  il  avait  mis  dehors  les  sales  Grecs,  il  trouva 
les  tours  toutes  remplies  de  trésors  et  de  richesses  :  de  pots,  de  chaudières  et  de 
grandes  cuves  d'argent,  de  coupes  et  d'écuelles  d'or,  d'éperons,  de  mors,  de  selles,  de 
pierres  précieuses,  si  salutaires  contre  les  maladies,  d'étoffes  d'écarlate  et  de  soie  (je  n'en 
vois  jamais  de  pareilles),  et  de  tous  autres  objets  semblables  qui  conviennent  aux  grands 
seigneurs.  Le  roi  d'Angleterre  conquit  tout  cela  pour  l'employer  au  service  de  Dieu 
et  k  la  délivrance  de  sa  terre.  Il  envoya  l'ost  à  Limeçon ,  priant  ses  compagnons  de 
hâter  leur  départ  et  celui  de  la  flotte  sans  perdre  un  moment.  Il  chargea  le  vaUlant 
roi  Gui  de  garder  l'empereur.  Sa  fille,  qui  était  fort  belle  et  toute  jeune  fillette,  il  la 
fit  envoyer  à  la  reine  pour  qu'elle  reçut  une  bonne  instruction.  L'ost  vint  alors  droit  ii,  un. 
à  la  flotte,  se  prépara  et  se  hâta  autant  que  possible.  On  remonta  dans  les  énèques, 
et  on  fit  voile  quand  le  moment  fut  venu,  emmenant  les  reines  et  les  dromons  qui 
étaient  restés  au  port.  Le  roi  laissa  à  Cypre  des  gens  qui  s'entendaient  à  la  guerre, 
et  ceux-là  envoyèrent  des  provisions,  de  l'orge,  du  froment,  des  moutons,  des 
bœufs,  toutes  choses  dont  l'île  était  bien  garnie  et  qui  rendirent  de  grands  services  en 
Syrie. 

Voilà  qu'on  apporta  au  roi,  par  mer,  et  qu'on  lui  raconta  la  nouvelle  que  la  prise    V.  1107. 
d*Acre  était  en  train  et  que  la  ville  serait  emportée  avant  qu'il  y  pût  arriver.  «  Puisse 
c(une  telle  chose  ne  pas  advenir,  dit-il,  que  nul  la  prenne  sans  moi!»  Il  ne  voulut 


358  r/HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

|)lus  rien  attendre,  sinon  que  9es  compagnons  Teiissent  rejoint ^^^  Mais  beaucoup 

s'en  mêlèrent.  A  Fomagouce  il  entra  en  mer  et  fit  armer  ses  galères,  et  monta  lui-même 
dans  une  d'elles,  merveilleusement  belle,  grande,  forte  et  rapide.  H  n'y  a  pas  sous  le 
ciel  un  port  qui  ne  fût  épouvanté  en  voyant  approcher  des  galères  si  merveilleuses, 
armées  de  gens  si  bellic|ueux.  Voilà  en  route  les  galères,  qui  étaient  toutes  de  preoiier 
choix  :  le  roi  devant,  suivant  son  usage,  sain  et  léger  comme  une  plume.  Aussi  vite 
que  courrait  un  cerf,  il  traversa  la  mer;  il  vit  Margat,  sur  la  côte  de  la  vraie  terre 
de  Dieu,  puis  Tortose,  située  sur  une  mer  agitée.  Il  passa  rapidement  devant  Tripe, 
Infré  et  Botron,  et  ensuite  il  vit  Gibelet  et  la  tour  qui  domine  le  château. 
v.  3i/ji.  Devant  Saette,  près  de  Barut,  le  roi  aperçut  un  vaisseau  rempli  des  gens  de  Sala- 
hadin.  Saffadin  l'avait  chargé  et  rempli  des  meilleurs  Turcs  qu'il  avait  pu  trouver.  Us 
n'avaient  pu  entrer  dans  le  port  d'Acre,  et  ils  ne  faisaient  que  tourner  autour,  attendant 
une  occasion.  Mais  leur  dessein  fut  déjoué.  Le  roi  fit  pousser  rapidement  sa  galère  pour 
les  atteindre  :  quand  il  fut  près  du  vaisseau,  il  le  vit  grand,  large  et  haut.  Il  était  mAtë 
de  trois  grands  mâts,  et  on  voyait  bien  qu'il  n'avait  pas  été  construit  hâtivement.  Les 
infidèles  l'avaient  couvert  d'un  feutre  vert  d'un  côté  et  d'un  feutre  jaune  de  l'autre;  il 
était  ainsi  paré  comme  un  ouvrage  de  fée ,  et  si  rempli  de  provisions  de  toute  sorte 
qu'il  n'y  en  avait  nombre  ni  mesure;  et  quelqu'un  qui  le  savait,  qui  avait  été  h 
Barut  quand  on  avait  chargé  le  vaisseau  qui  fut  déchargé  si  honteusement,  raconta 
qu'il  y  avait  vu  porter  cent  charges  de  chameaux  de  bonnes  armes  aiguisées,  des  arcs, 
des  javelots,  des  carreaux,  des  arbalètes  à  tour,  à  roue  et  à  main,  et  huit  cents  Turcs 
d'élite,  poussés  par  les  diables,  et  des  munitions  et  provisions  qu'on  ne  pouirait 
compter;  et  du  feu  grégeois  dans  des  fioles,  dont  on  parlait  beaucoup;  et  on  avait  mis 
dans  le  vaisseau  deux  cents  serpents  noirs  et  hideux  (c'est  ce  que  raconte  l'histoire 
écrite  et  celui  qui  avait  aidé  à  les  y  mettre),  qu'ils  voulaient  laisser  courir  parmi  notre 
armée,  pour  faire  dommage  à  nos  gens.  La  galère  les  approcha  de  si  près  qu'elle  les 
touchait  presque.  Nos  rameurs  les  saluèrent,  ne  sachant  pas  qui  ils  étaient,  et  leur  de- 
mandèrent d'oi!l  ils  venaient  et  qui  était  leur  seigneur.  Ils  avaient  un  interprète  parlant 
français,  et  ils  répondirent  qu'ils  étaient  Génois ^"-^^  et  qu'ils  voulaient  aller  à  Sur.  A  ce- 
moment  se  leva  un  vent  d'Arsur,  qui  les  éloigna  de  la  galère.  Un  matelot  avait  regardé 
avec  attention  le  vaisseau  et  ceux  qui  étaient  dedans,  et  qui  auraient  bien  voulu  s'écar- 
ter. Il  dit  au  roi  :  ccSire,  écoulez-moi!  Faites-moi  tuer  ou  ])endre  si  ce  vaisseau  n'est  pas 
«un  vaisseau  turc.  ^î  Le  roi  dit  :  «  En  es-tu  sûr? —  Oui ,  sire ,  certainement.  Envoyée  tout 
«de  suite  après  eux  une  autre  galère,  et  qu'on  ne  les  salue  pas  :  vous  verrez  ce  qu'ils 
«feront  et  de  quelle  foi  ils  sont.  »  Le  roi  donna  l'ordre  :  la  galère  s'approcha  d'eux,  mais 
ne  les  salua  pas,  et  eux,  qui  ne  se  souciaient  pas  de  notre  approche,  commencèrent  à 

'•^''  Lacune  d'un  vers. 

■'    Corrigez  ainsi,  d'après  le  latin,  le  ver»  2192  :  Si  distvent  querent  Geneveis, 


L^HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  359 

tirer  avec  des  arcs  de  Damas  et  des  arbalètes.  Le  roi  et  ses  gens  étaient  togt  prêts  pour 
l'attaque,  et  quand  ils  les  virent  tirer  sur  les  nôtres,  ils  les  assaillirent  vivement.  Eux  se 
défendaient  très  bien,  et  lançaient  leurs  traits  plus  dru  que  grêle.  La  mêlée  commença 
des  deux  côtés.  Le  vaisseau  avait  peu  de  vent  pour  marcher,  et  les  nôtres  l'atteignaient 
souvent,  mais  ils  n'osaient  pas  y  monter  et  ne  pouvaient  le  réduire.  Alors  le  roi  jura  son 
serment  qu'il  ferait  pendre  les  gens  des  galères  s'ils  se  relâchaient  et  laissaient  les  Turcs 
leur  échapper  :  ils  s'élancèrent,  plongèrent  corps  et  têtes,  passèrent  par  dessous  le 
vaisseau,  et,  revenant  de  l'autre  côté,  attachèrent  des  cordes  aux  gouvernails  du  vais- 
seau des  infidèles,  pour  les  gêner,  les  contrarier  et  arrêter  le  vaisseau.  Enfin  ils  s'avan- 
cèrent et  grimpèrent  si  bien  qu'ils  se  lancèrent  dans  le  vaisseau  même.  Les  Turcs,  qui 
n'étaient  pas  gauchers,  se  jetèrent  sur  eux  pour  les  massacrer.  Nos  gens,  qui  s'enten- 
daient à  telles  affaires,  étaient  montés  de  force  sur  le  pont;  les  ennemis  leur  tran- 
chaient pieds  et  poings  et  leur  faisaient  beaucoup  de  mal;  mais  les  gens  des  galères  ^^\ 
les  poursuivirent  jusqu'au  port.  Les  Turcs,  qui  craignaient  la  mort,  se  résolurent  à  une 
rude  défense.  Ils  montaient  sur  le  pont  par  escouades  ordonnées  d'avance  :  sans  cesse  de 
nouveaux  hommes,  bien  armés  de  belles  armures;  on  se  combattait  des  deux  côtés  et 
on  s'abattait  dans  le  vaisseau.  Enfin  les  Sarrasins  firent  tant  qu'ils  chassèrent  nos  gens. 
Ceux-ci  rentrèrent  dans  les  galères  et  recommencèrent  l'assaut.  Le  roi  leur  dit  de 
heurter  le  navire  ennemi  jusqu'à  ce  qu'ils  l'eussent  crevé.  Ils  s'élancèrent,  ils  le  heur- 
tèrent si  bien  qu'ils  y  firent  plusieurs  trous,  et  par  ces  trous  le  vaisseau  coula.  Voilà 
la  bataille  terminée.  Les  Sarrasins,  perdant  cdbrage,  sautaient  en  mer  par  dizaines,  et 
chacun  en  tuait  tant  qu'il  pouvait.  Vous  auriez  vu  là  le  roi  Richard  lancer  de  fiers 
coups,  et  en  tuer  plus  d'un.  Il  en  retint  trente-cinq  qu'il  fit  garder  en  vie,  des  émirs  et 
des  ingénieurs  fort  habiles.  Les  autres.  Turcs,  Persans  et  renégats,  furent  noyés.  Si  ce 
vaisseau  était  entré  dans  le  port,  jamais  Acre  n'aurait  été  prise,  tant  il  y  eât  porté  de 
moyens  de  défense;  mais  Dieu  qui  pense  aux  siens  l'empêcha,  et  aussi  le  bon  roi  d'An* 
gleterre,  qui  était  toujours  aventureux  en  batailles.  Les  Sarrasins  postés  sur  la  mon- 
tagne avaient  vu  cette  affaire.  Ils  le  mandèrent  à  Salahadin ,  pleins  de  dépit  et  de  colère. 
Quand  Salahadin  l'apprit,  de  douleur  il  tira  trois  fois  sa  barbe,  et  dit,  comme  un 
homme  éperdu  :  c^ Dieu!  j'ai  perdu  Acre,  et  mes  gens,  dont  je  me  croyais  sûr.  Vous 
(t m'avez  donné  trop  de  malheur! 79  Dans  l'armée  des  païens,  à  ce  que  nous  contèrent 
ceux  qui  l'ont  vu ,  ils  en  firent  tel  deuil  que  les  Turcs  en  coupaient  leurs  tresses  et 
déchiraient  leurs  vêtements,  parce  qu'ils  avaient  perdu,  en  ce  vaisseau,  leurs  amis  et 
leurs  seigneurs. 

Quand  le  roi  eut  pris  ce  fort  navire,  et  vaincu  ceux  qui  le  montaient,  il  n'eut  plus    V.  9399. 
de  désir  que  pour  Acre.  11  s'y  dirigeait  de  grand  cœur,  suivi  de  ses  galères  en  bon       m,  1. 

^')  La  Gn  du  vei^  3966  manqae,  le  scribe  ayant  écrit  par  erreur  la  Gn  du  vers  suivant;  du  reste  tout  le  pas- 
sage est  altéré  et  incoinplel;  cf.  le  latin. 

s5 


nrumus  ■ârtoBâta. 


360  L^HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

ordre,  qui  s'étaient  vengées  du  vaisseau  ennemi.  Gomme  il  avançait  avec  sa  flotte,  DJeu 
lui  envoya  un  vent  du  nord.  En  bonne  disposition  ainsi  que  ses  gens,  il  passa  la  nmt 
devant  Sur.  Au  matin,  le  preux  roi,  le  cœur  de  lion,  passa  devant  Gandalion  et  GmiIt- 
Imbert.  De  là  il  vit  Acre  à  découvert,  et,  tout  autour,  la  fleur  des  gens  du  monde  «ntier^ 
qui  campaient  devant.  Il  vit  les  montagnes,  les  collines,  les  vallées  et  les  plaines  embr 
vertes  de  tentes  et  de  pavillons  et  de  gens  qui  voulaient  nuire  à  la  chrétienté,  et^i 
étaient  en  trop  grand  nombre.  Il  vit  les  tentes  de  Salahadin  et  celles  de  Saphadin  aob 
frère,  et  l'ost  des  païens,  serrant  de  bien  près  la  nôtre.  D'autre  part,  Quahadin,  lewé'^ 
néchal  des  Sarrasins,  gardait  le  rivage  et  faisait  grande  guerre  aux  chrétiens ,  leur 
donnant  souvent  et  volontiers  de  grands  assauts  et  d^  grandes  poursuites.  Lé  roi 
aperçut  et  regarda  tout,  et  considéra  tout  attentivement.  Quand  il  vint  près  damage^ 
vous  auriez  vu  le  roi  de  France,  avec  tous  ses  barons,  et  des  gens  en  grand  nondNPe, 
m,  u.  à  sa  rencontre  en  grand  désir.  Il  descendit  à  terre  :  là  vous  auriez  entendu  les  trompes 
retentir  en  l'honneur  de  Richard  le  nonpareil.  Tout  le  peuple  était  en  grande  joie  de 
son  arrivée;  mais  les  Turcs  qui  étaient  dans  Acre  furent  épouvantés  de  sa  venue  et  de 
le  voir  avec  toutes  ses  galères.  Ils  comprirent  qu'ils  ne  pourraient  plus  entrer  et  soitic, 
ce  qui  avait  fait  tant  de  tort  aux  nôtres.  Les  deux  rois  firent  route  ensemble  toojoais 
côte  à  côte.  Le  roi  Richard  vint  à  ses  tentes,  et  pensa  avec  grande  attention  au  moyen 
de  prendre  Acre  le  plus  tôt  possible. 

V.  3355.  La  nuit  était  claire  et  la  joie  grande.  Je  ne  crois  pas  qu'on  ait  jamais  vu  et  qpit'eii 
puisse  raconter  une  joie  pareille  à  celle  tju'on  fit  en  lost  de  la  venue  du  roi.  OnmOh' 
nait  les  timbres ,  les  trompettes ,  les  cors  et  d'autres  instruments.  Tout  le  monide  se 
divertissait  à  sa  manière.  On  chantait  dé  belles  chansons  et  de  beaux  airs;  par  les  rMSt 
les  échansons  portaient  du  vin  dans  de  belles  coupes  aux  grands  et  aux  petits.  Ce  ^fa 
réjouissait  tant  l'ost,  c'est  que  le  roi  avait  pris  Cypre,  d'où  ils  attendaient  un  ravkdlle^ 
ment  abondant.  Tous  étaient  pleins  d'espérance.  C'était  un  samedi  soir.  Je  ne  croisais 
que  vous  ayez  vu  nulle  part  tant  de  cierges  et  tant  de  lumières;  si  bien  qu'il  seuAUt 
aux  Turcs  de  l'armée  ennemie  que  toute  la  vallée  était  embrasée  de  feux.  Quand  ik 
surent  la  venue  du  roi,  à  qui  on  faisait  telle  fête,  ils  firent  semblant  d'en  êtteexàUê; 
au  matin  ils  emplirent  la  vallée,  nous  harcelant,  nous  lançant  des  traits,  s'élançantsar 
le  fossé,  et  tourmentant  l'ost  autant  qi/ils  le  pouvaient. 

V.  9387.  Nous  laisserons  pour  le  moment  ce  récit  (ceux  qui  resteront  auprès  de  moi  me  Ten-^ 
tendront  bien  continuer  quand  la  matière  le  voudra);  nous  ne  nous  occuperons  ph» 
des  deux  rois  et  de  leur  arrivée ,  dont  j'ai  tant  parlé  que  je  les  ai  amenés  à  Acre.  Ècmiifit 
bien  et  faites  attention.  Je  veux  interrompre  ce  sujet  et  briser  ici  mon  fil;  mais  il  tira 
renoué  et  rattaché  plus  tard.  Les  rois  ne  vinrent  pas,  en  eflet,  les  premiers  au  siègOt 
mais  les  derniers,  et  Aubroisb  veut  faire  entendre  et  savoir  à  ceux  qui  voudront  fap- 
prendre  comment  la  ville  d'Acre  avait  été  assiégée.  Il  n'en  avait  rien  vu,  et  n'ensdit 


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L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  S61 

que  ce  qu'il  en  a  lu.  Vous  allez  entendre  quelles  gens  l'assiégèrent  et  combien  leur 
entreprise  fut  hardie. 

Vous  m'avez  entendu  raconter,  et  il  est  bon  de  le  rappeler,  au  commencement  de    V.  1609. 
cette  histoire,  vous  vous  en  souvenez  peut-être,  le  grand  dommage  et  la  grande  perte 
qui  étaient  arrivés  en  Syrie  au  temps  du  roi  Gui,  qui  eut  tant  à  souffrir.  Mais  tout  le 
monde  n'a  pas  su  comment  il  avait  été  trahi  par  jalousie. 

Il  y  avait  dans  la  terre  d'outre-mer  un  roi  qui  y  avait  été  élevé.  Il  s'appelait  Amauri.  V.  9619. 
De  lui  naquit  le  roi  Baudouin  le  lépreux.  Baudouin  vécut  son  temps,  et  fut  enfin  livré  (cr.  1,  un.) 
aux  vers.  Il  avait  pour  sœurs  deux  demoiselles  belles  et  sages.  L'une  était  femme  d'un 
baron  qui  s'appelait  Hainfroi  du  Toron;  l'autre  avait  épousé  le  comte  Guillaume 
Longue-Ëpée,  seigneur  de  Jaffe  sur  la  mer,  frère  du  marquis  de  Montferrat.  Elle  eut  de 
lui  un  héritier  mâle,  qui  s'appela  Baudouin  comme  son  oncle.  Le  comte  mourut,  comme 
le  voulut  le  sort ,  et  l'enfant  vécut.  Gui  de  Lusignan  désira  la  comtesse  et  l'épousa. 
Baudouin  l'enfant  fut  roi;  mais  il  ne  le  fut  guère  :  c'est  ainsi  que  Dieu  gouverne  le 
monde.  Quand  l'enfant  fut  mort,  le  royaume  revint  de  droit  à  la  dame,  et  Gui  se  fit 
légitimement  couronner  roi,  ce  qui  fut  cause  de  bien  des  guerres. 

Entre  Salahadin,  dont  j'ai  tant  à  conter,  et  le  déloyal  comte  Raimond  [de  Tripe],  il  Y.  9^67. 
y  avait  depuis  longtemps  une  alliance  dont  tout  le  monde  parlait  en  Syrie.  Raimond  (c/.  i,t.) 
croyait  pouvoir  s'emparer  du  royaume,  à  cause  de  sa  richesse ,  et  parce  qu'il  était  comte 
de  Tripe;  mais.  Dieu  merci,  il  ne  l'eut  pas.  A  son  couronnement,  le  roi  Gui,  auquel 
Dieu  avait  accordé  cet  honneur,  convoqua  tous  ses  barons  sans  exception.  Le  comte  de 
Tripe  y  fut  aussi  mapdé;  mais  inutile  de  demander  s'il  se  moqua  de  la  convocation, 
et  s'il  fit  une  réponse  injurieuse.  Le  messager  s'en  retourna,  et  le  comte  se  mit  en  route 
et  alla  se  plaindre  à  Salahadin ,  disant  qu'il  ne  pouvait  rester  dans  sa  terre  à  cause 
de  la  haine  du  roi  Gui  à  qui  le  royaume  était  échu.  Il  lui  dit  et  il  lui  mentit  tant,  que 

la  chrétienté  s'en  ressentit [Ului  demanda],  par  l'amitié  qu'il  avait  pour  lui, 

de  l'aider  à  se  venger.  Seigneurs,  c'est  à  cette  entrevue  que  l'on  convint  de  la  trahison 
par  laquelle  la  sainte  croix  fut  perdue  et  la  chrétienté  mise  en  grand  émoi.  Le  comte 
fut  encore  mandé  à  la  cour,  et  on  le  pressa  beaucoup  d'y  venir;  mais  il  ne  voulait  pas 
y  aller,  ni  rien  tenir  du  roi  Gui.  Le  roi  le  manda  une  troisième  fois,  promettant  de  ne 
lui  faire  que  droit;  enfin  il  y  vint  à  la  malheure,  car  il  était  déjà  assuré  de  faire  grand 
mal  au  pays.  C'est  par  lui  que  commencèrent  les  désastres;  mais  il  en  mourut  honteuse- 
ment, comme  l'histoire  le  raconte. 

Vous  avez  souvent  entendu  raconter  que  quand  ce  roi  Gui  fut  couronné,  il  ne  se    V.  «689. 
reposa  pas  deux  mois;  mais  il  fit  par  toute  la  terre  de  Syrie  chercher  et  convoquer  ses    (cr.  i,  a.) 
gens  pour  qu'ils  le  vinssent  secourir,  car  Salahadin  avait  déjà  fait  entrer  ses  coureurs 
dans  le  pays;  son  armée  y  avait  pénétré  et  avait  déconfit  les  chrétiens,  cent  chevaliers 
d'élite ,  et  avait  tué  Jaquelin  de  Mailli ,  au  grand  chagrin  du  Temple.  Cette  défaite  fut  le 

95. 


362  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

commencement  des  malheurs  qui,  depuis,  ont  si  longuement  désolé  la  chrétienté.  Le 

comte  de  Tripe,  qui  avait  la  lippe  pendante,  manda  alors  au  roi  Gui  qu'il  viendraU 

à  lui  et  qu'il  lui  prêterait  secours;  il  vint  et  se  mit  d'accord  avec  lui;  mais  le  peu^e 

raconta  ensuite  que  c'était  un  faux  accord,  et  qu'il  le  trahit,  sans  l'avoir  défié-,  dans  la 

grande  bataille  où  ils  furent  tous  deux,  et  où  moururent  tant  de  braves  gens.  Use 

peut  qu'il  l'ait  fait,  il  se  peut  qu'il  ne  l'ait  pas  fait;  mais  la  plupart  assurent  quil  letiiH 

hit  dans  la  bataille,  et,  s'il  le  fil,  il  aurait  mérité  d'être  englouti  en  terre.  SalahadÎD 

avait  convoqué  ses  gens  dans  tous  ses  neuf  royaumes,  armés  d'arcs,  de  heaumes  el 

de  hauberts;  faibles  et  forts,  tous  y  vinrent  en  grand  nombre.  Il  y  avait  là  beaucoup 

d'émirs  de  nom,  beaucoup  de  nobles  hommes  renommés,  bien  préparés,  en  quitttat 

leur  pays,  à  nuire  à  la  chrétienté. 

V.  a53i.        Le  roi  Gui  et  ses  hommes,  et  avec  lui  des  Vénitiens,  ayant  réuni  toutes  ses  forces, 

(Cf.  I,  f.)    avait  envoyé  l'une  des  osts  à  Saforie  et  l'autre  au  port  de  Tabarie.  Celle  qui  descea* 

dit  à  Tabarie  y  alla  à  la  bonne  heure,  car  ceux  qui  y  perdirent  leurs  corps  y  len* 

dirent  leurs  âmes  à  Dieu.  Le  comte  de  Tripe  les  conduisait,  qui  ne  s'occupait  que  de 

les  trahir.  Nos  gens  ne  se  gardaient  pas  de  lui,  et  faisaient  tout  ce  qu'il  leur  disait» 

Il  dit  et  fit  tant  que  leur  ost  poussa  la  nôtre  jusqu'à  la  mer  de  Galilée.  Gomme  3s 

n'avaient  pas  d'autre  eau ,  le  traître  leur  fit  boire  de  celle  de  la  mer,  qui  est  d'aflleiiis 

douce  et  bonne  à  boire;  mais  quand  on  en  vint  au  combat,  et  qu'il  aurait  dû  se  com^ 

porter  le  mieux,  il  s'enfuit,  et  les  autres  restèrent  et  y  laissèrent  la  vie  du  corps.  Je  ne 

sais  pas  qui  frappa  et  qui  fut  frappé,  qui  échappa  et  qui  périt  :  je  n'étais  pas  à  la  lia» 

taille;  mais  ce  que  je  puis  vous  dire  sûrement,  c'est  que  c'est  I)ieu  qui  arrangea  tout 

cela,  car  il  avait  reconnu  qu'il  y  avait  au  monde  tant  de  péchés  et  de  vices  queUefi 

peu  de  gens,  sans  ce  moyen,  auraient  pu  venir  à  lui.  C'est  à  la  Maréchaucie,  près  de 

Tabarie,  que  le  roi  Gui  livra  bataille  et  renversa  bien  des  Sarrasins.  Mais  déjà  les 

nôtres  étaient  tous  blessés  ou  morts  et  décapités,  et  il  n'y  avait  plus  de  ressource.  Les 

ennemis  vinrent  en  foule  sur  le  roi,  tant  qu'il  fut  renversé  par  terre  et  rudement  nud-* 

traité  et  battu.  Il  avait  embrassé  la  sainte  croix,  qui,  sans  cette  étreinte,  eût  souffert  des 

outrages  quand  on  la  prit;  mais  Dieu  montra  bien  qu'il  en  avait  soin. 

V.  2679.        Quand  la  bataille  fut  terminée,  suivant  la  décision  de  Dieu ,  que  le  roi  fut  pris,  la  ci^ 

prise,  et  que  presque  tous  les  nôtres  furent  tués  (ce  qui  décida  tant  de  gens  à  se  eroi*^ 

ser  et  à  quitter  tous  les  biens  de  la  vie),  Salahadin  saisit  tout  le  pays  (ainsi  Dieu  donne 

et  enlève  sa  terre)  excepté  seulement  Sur,  Ëscalone  et  Jérusalem,  qu'il  ne  tarda  pas  à 

(Cf.  1,  Tin.)    prendre  aussi.  11  alla  assiéger  Ëscalone,  pensant  l'avoir  sans  peine;  mais  ceux  de  la 

ville  tinrent  contre  lui  avec  courage  et  obstination,  et  il  y  mourut  bien  des  Sarrasîiia 

avant  qu'il  pût  s'en  emparer.  Enfin  il  fit  amener  le  roi  devant  la  muraille  et  le  leur 

montra,  proposant  de  le  rendre  si  on  lui  ouvrait  la  ville;  le  roi  leur  fit  dire  de 

résister  et  de  ne  rien  faire  pour  lui;  mais  ils  ne  pouvaient  résister  davantagei  ^9 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  563 

leur  fallut  entrer  en  négociations.  Ils  rendirent  Escalone,  en  échange  du  roi,  et  s*en 
allèrent  avec  tout  ce  qu'ils  possédaient.  Le  roi  Gui  fut  donc  mis  en  liberté,  à  condi- 
tion, dit  le  livre,  qu'il  quitterait  le  royaume  et  s'en  irait  outre  mer.  En  effet,  il  entra 
en  mer  pour  tenir  sa  promesse,  et  alla  dans  l'île  de  Tortose,  ce  dont  ses  gens  étaient     (Cf.i,ïi.) 
fort  en  peine.  Mais  Salahadin,  qui  était  un  Sarrasin  très  sage,  savait  qu'il  était  mal- 
chanceux et  qu'il  n'était  pas,  en   guerre,  âpre  ni  terrible.  Il  ne  tenait  pas  à  le 
changer,  et  h  avoir  à  craindre  un  autre  roi.  Il  lui  fit  dire  qu'il  le  quittait  de  sa  pro- 
messe. Le  roi  revint  aussitôt  à  Tripe  sur  mer;  il  y  trouva  sa  femme,  et  le  comte 
qui  avait  été  son  ennemi,  et  qui,  dit-on,  l'avait  trahi.  Il  fit  alors  grand  accueil 
au  roi,  quelle  que  fût  sa  pensée  de  derrière;  mais  à  quoi  bon  parler  longtemps  de 
ce  mauvais  comte,  de  ce  traître,  qui  mit  la  chrétienté  en  deuil  et  rendit  tant  d'en- 
fants orphelins  ?  11  paya  cher  son  tort  et  sa  trahison  ;  car.  Dieu  merci ,  il  en  mourut 
subitement  et  vilainement.  Je  ne  parlerai  pas  non  plus  du  siège  de  Sur,  qui  fut  pé- 
nible pour  Salahadin,  où  Guillaume  de  la  Chapelle  fit.  tant  de  belles  prouesses,  où 
les  Frères  de  Tabarie,  qui  défendirent  la  ville,  se  Inontrèrent  si  loyaux  envers  le 
Roi  du  ciel;  ni  du  marquis  de  Montferrat,  qui  commença  là  par  bien  se  conduire  : 
il  venait  d'arriver  quand  le  pays  fut  conquis  et  il  fit  d'abord  bon  service  à  Dieu; 
mais  de  ce  bon  commencement  vint  une  suite  mauvaise  et  déloyale.  C'est  au  roi  Gui 
que  j'en  suis,  qui  sortait  de  captivité;  je  ne  veux  pas  le  laisser,  et  je  m'attache  à 
ce  sujet.  Le  roi  Gui  de  Jérusalem  était  revenu  à  Tripe,  au  plaisir  des  petits  et  des 
grands;  mais  il  était  pauvre  et  gén'é  comme  un  homme  qui  sort  de  prison.  Il  ne  prenait    (cr.i.m.) 
pas  plus  que  son  dA,  car  il  n'avait  rien  au  monde  à  prendre,  et  il  était  obligé  de 
dépenser.  Il  savait  qu'Acre  était  prise,  la  clef  de  sa  terre,  et  que  ses  gens  étaient 
chassés,  et  il  ne  savait  à  qui  recourir.  Il  se  plaignit  à  Dieu  de  sa  triste  situation, 
et  Dieu  y  pourvut  très  bien.  Un  matin,  la  cloche  sonnante,  le  prince  d'Antioche  fut 
à  Tripe  trouver  le  roi  Gui  et  lui  demander  de  consentir  à  aller  à  Antioche  avec  lui 
et  à  y  séjourner  jusqu'à  ce  qu'il  eût  trouvé  et  rassemblé  des  gens  et  qu'il  sût  où  il 
pourrait  attaquer  les  Turcs  et  leur  reprendre  quelque  chose.  Le  roi  s'en  alla  avec  le 
prince  dans  son  pays,  à  Antioche;  il  y  resta  quelque  temps,  versant  bien  des  larmes 
sur  la  Sainte  Terre  qu'il  avait  possédée  et  qu'il  voyait  perdue  sous  son  règne.  Puis  il 
revint  à  Tripe,  s'équipa  et  s'arrangea,  et,  avec  l'emprunt  qu'il  avait  pu  faire,  il  fit  con- 
voquer et  apprêter  tout  ce  qu'il  put  avoir  de  monde,  car  il  ne  voulait  plus  arrêter. 
Comme  il  attendait  là  et  s'occupait  de  réunir  des  gens,  voici  venir  son  frère,  Jofroi 
de  Lusignan,  réputé  pour  le  chevalier  le  plus  preux  de  son  pays  et  toujours  nourri 
dans  la  guerre.  Il  avait  d'abord  débarqué  à  Sur,  mais  il  n'y  avait  pas  trouvé  d'amis, 
car  le  marquis  et  ceux  qui  étaient  avec  lui  lui  interdirent  l'entrée  du  port.  Jofroi  partit 
donc  et  s'en  vint  à  Tripe,  où  il  trouva  le  roi  Gui ,  qui  fit  grande  joie  à  son  frère.  Quand 
le  roi  eut  rassemblé  ses  gens,  ils  s'équipèrent,  et,  suivant  le  rivage,  ils  vinrent  à  Sur. 


364  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

Il  avait  peu  de  monde  avec  lui;  il  trouva  les  portes  fermées,  et  le  marquis,  pat 
voitise  et  par  arrogance ,  lui  fit  interdire  l'entrée  :  c  était  une  mauvaise  inspiration  qui 
lui  faisait  interdire  au  roi  son  propre  domaine.  Le  roi,  voyant  qu'on  ne  ie  laissait  fu 
entrer,  dit  qu'il  ne  supporterait  pas  cet  outrage  :  il  fit  planter  sa  tente  sur  le  sable,. «t 
y  campa  en  ferme  résolution. 
Y.  3719.        L'ost  se  réunit  près  de  Sur,  et  sachez  qu'il  fut  très  pénible  au  roi  de  se  voir  interdire 
la  ville;  mais  c'est  ce  qu'avait  arrêté  d'avance  le  perfide  marquis  de  Montferrat,  le-ffis 
du  vaillant  Conrad,  qui  avait  été  pris  dans  la  grande  bataille.  Celui-là  n'aurait  pas  a§i 
ainsi,  car  c'était  un  loyal  prudhomme;  mais  le  fils  était  déloyal.  Les  gens  de  Sur  ^ 
aimaient  Dieu  et  qui  s'en  faisaient  honneur  quittèrent  la  ville  et  vinrent  trouver  jle  nei 
(Cf.  I ,  xiTi.)    dans  l'ost.  C'étaient  les  preux  Allemands  qui  y  tenaient  alors  grande  place  et  les  Frères 
de  Tabarie,  les  gens  les  plus  loyaux  de  la  Syrie,  puis  les  vaillants  Pisans  qui,  pour  le 
service  de  Dieu,  avaient  abandonné  leurs  maisons  et  leurs  terres,  et  qui  condaînreBt 
leurs  femmes  et  leurs  enfants  assiéger  les  Sarrasins  dans  Acre. 
V.  3763.        Le  roi  était  joyeux  d'avoir  son  frère.  L'histoire  véridique  dit  qu'il  s'était  reposé  quatre 
i,  xxn.      mois  avant  de  camper  sur  le  sable  du  rivage  devant  Sur,  qui  lui  appartenait  léf^&BOÊr 
ment.  Et  quand  il  eut  amené  les  gens  qu'il  avait  réunis  dans  tout  son  pays,  en  coaq[4atf 
ceux  qui  étaient  venus  avec  son  frère  et  qui  tenaient  une  grande  place ,  il  n'avait  ^e 
quatre  cents  chevaliers  et  sept  mille  piétons  à  mener  au  siège  d'Acre.  Jamais  un  aolre 
n'aurait  eu  pareille  audace,  et  c'est  prodigieux  qu'il  ait  entrepris  (si  ce  n'est  qu'il  eefiip** 
tait  sur  la  protection  de  Dieu)  d'aller  combattre  des  gens  qui  étaient  plus  de  cent  eeotie 
quatre;  mais  Dieu  voulait  amener  ce  qui  en  advint  et  la  grande  armée  qui  se  rassem* 
bla  devant  Acre.  Salahadin  fortifiait  la  ville  et  s'en  travaillait  beaucoup,  pensant  bîett 
qu'on  essayerait  de  la  lui  reprendre.  Le  roi  se  lança  dans  cette  aventure  pour  Dieu»  &k 
qui  il  se  confiait.  Il  conduisit  ce  qu'il  avait  d'armée  par  un  chemin  qu'il  connaissttlL 
Entre  Acre  et  Sur,  il  y  a  un  passage  difficile ,  qu'on  appelle  Candalion  :  le  roi  le  pïMsa 
rapidement  avec  son  armée  ;  Salahadin  ne  le  sut  pas ,  car,  s'il  l'avait  su ,  tout  ¥at  de 
Russie  n'aurait  pas  empêché  les  chrétiens  d'être  mis  en  pièces;  mais  Dieu  voulait  qu'A 
en  fût  autrement,  et  c'était  le  commencement,  qui  depuis  fut  bien  accrue  de  la  revandM 
des  chrétiens.  Voilà  l'armée  du  roi  venue  devant  Acre ,  au  nom  du  saint  sacrenleirit  qoe 
nous  adorons  :  le  roi  monta  sur  le  Toron. 
V.  3787.        Sur  le  Toron,  devant  Acre,  vinrent  les  chrétiens  qui  venaient  de  Sur,  et  sadw 
(CM  uTiT.)   pour  certain  qu'ils  y  montèrent  par  la  nuit  noire.  Ils  n'osèrent  pas  rester  dans  le  bM 
qui  est  au-dessous,  et  allèrent  s'établir  en  haut.  Au  matin,  quand  les  Turcs  sortiireitt 
d'Acre  et  les  virent,  voilà  la  ville  en  émoi  et  la  chevalerie  sur  pied.  Ils  mandèfeil 
à  Salahadin  qu'une  poignée  de  chrétiens  s'était  follement  jetée  devant  eux,  et  q«%ai 
hfttât  devenir  leur  couper  la  tête,  car  ils  n'oseraient  pas  se  défendre.  Quand  SalahadHf» 
qui  était  occupé  à  mener  vivement  le  siège  de  Beaufort,  entendit  cette  noav^e^  H 


jà, 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  S65 

s'en  réjouit  beaucoup,  il  manda  son  arrière-ban  et  fit  dire  par  ses  terres  que  tous  ceux 
qui  lui  obéissaient  vinssent  en  Syrie  au  butin.  Il  y  vint  trop  de  gens  :  que  le  Créa- 
teur les  confonde!  Si  on  avait  haché  menu  notre  armée,  il  n'y  en  aurait  pas  eu  une 
pincée  pour  chacun  d'eux.  Il  y  avait  trois  jours  que  les  nôtres  étaient  arrivés  et  se  te- 
naient en  haut  sur  le  Toron,  où  ils  restaient  en  armes  toute  la  nuit  contre  les  attaques 
des  Sarrasins,  quand  voilà  les  troupes  de  Salahadin,  Turcs,  Persans  et  Bédouins,  qui 
occupèrent  tout  le  pays.  Le  troisième  jour  de  la  semaine,  Salahadin  y  vint  lui-même, 
pensant  qu'il  aurait  bientôt  les  têtes  des  chrétiens.  Ne  vous  étonnez  pas  si  ceux  qui 
défendaient  leurs  têtes  étaient  inquiets  et  astreints  aux  veilles  et  aux  fatigues  sur  le 
Toron  où  ils  se  tenaient  :  les  Turcs  les  attaquaient  nuit  et  jour,  les  fatiguaient  tant 
qu'ils  avaient  peine  même  à  manger.  Là  Jofroi  de  Lusignan  se  donna  bien  du  mal 
pour  défendre  l'ost;  il  était  depuis  longtemps  hardi  et  preux,  mais  il  conquit  alors  un 
grand  renom.  Ils  furent  ainsi  en  péril  depuis  le  lundi  jusqu'au  vendredi.  Mais  vous 
allez  voir  comment  Dieu  protège  ceux  qu'il  veut  prendre  sous  sa  garde  :  celui  qui  se 
voue  à  son  service,  rien  ne  peut  lui  nuire.  Comme  le  roi  et  tous  les  siens  étaient  en 
telle  crainte,  qu'ils  regardaient  au  loin  en  mer  et  suppliaient  Dieu  de  leur  faire  quelque 
secours,  voici  arrivée  tout  droit  une  belle  flotte  d'énèques,  de  gens  qui  venaient  là. 
C'était  Jacques  d'Avesnes,  le  Flamand:  je  ne  crois  pas  qu'Alexandre,  Hector  ni  Achille  (Cf.  i,  mtiu.) 
aient  été  meilleurs  chevaliers  et  plus  vaillants  que  lui;  c'était  Jacques,  qui  avait  vendu, 
engagé  et  dépensé  ses  terres  et  ses  héritages  pour  mettre,  en  homme  sage,  son  cœur, 
son  corps  et  son  nme  au  service  de  Celui  qui  mourut  et  ressuscita.  Il  avait  bien  avec 
lui  quatorze  mille  hommes  d  armes  renommés.  Puis  c'était  la  flotte  de  Danemark,  et  il 
y  avait  aussi  maints  preux  châtelains  de  la  Marche  et  de  Cornouaille,  qui  avaient  de 
bons  chevaux  bruns  et  bais,  forts  et  rapides,  à  ce  qu'ont  dit  ceux  qui  le  savaient.  Quand 
ils  furent  près  d'aborder,  vous  auriez  vu  la  rage  des  Turcs.  Ils  couraient  sur  le  rivage 
et  même  entraient  dans  la  mer,  ceux  du  dehors  et  ceux  d'Acre,  et  ils  lançaient  des 
traits  en  grand  nombre.  Mais  les  nôtres  descendirent  du  Toron  et  les  combattirent 
des  deux  côtés.  Ils  les  pressèrent  vivement  ;  les  Turcs,  à  force  de  tirer,  les  repoussèrent, 
mais  néanmoins  les  autres  réussirent  à  débarquer.  Salahadin,  quand  il  vit  les  nouveaux 
arrivants,  dit  :  (^  Voilà  notre  butin  qui  augmente.  79 

Quand  le  haut  Roi  que  nous  adorons  eut  en  si  peu  de  temps  grossi  son  armée ,  qui    V.  «885. 

était  près  de  périr  et  qui  retrouva  ainsi  un  peu  de  sécurité 

ils  reprirent  courage  tous  ensemble  et  osèrent  descendre  du  Toron.  Ils  dressèrent 
des  tentes  et  des  feuillées,  et  assiégèrent  la  cité  d'Acre;  ils  se  trouvaient  ainsi  eux- 
mêmes  assiégés  et  attaqués  de  deux  côtés.  Les  Pisans 'firent  là  prouesse.  Us  se  logèrent 
sur  le  rivage  et  le  gardèrent  contre  les  Sarrasins,  afin  qu'ils  ne  pussent  prendre  ni 
endommager  les  vaisseaux  qui  aborderaient.  Un  vendredi  au  matin,  il  y  eut  du  côté  <a  i,iinn.) 
de  Montmusart  une  fière  rencontre  y  où  on  tua  des  gens  des  deux  parts.  Ceux  de  la 


366  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

ville  firent  une  sortie;  ils  ramenèrent  par  force  dans  Acre  une  grande  caravane  de 
chameaux  charges  de  provisions,  et  menèrent  à  Salahadin  le  butin  quils  y  firent.  Hi 
sortaient  d'Acre  et  y  rentraient  comme  ils  voulaient,  car  ils  avaient  la  force. 

\.  99 1 3.  Les  gens  qui  s'étaient  enfermés  dans  Acre ,  sachez-le  bien ,  n'avaient  pas  été  pris  à  m 
charrue  ni  à  la  charrette;  on  sut  depuis  qu'il  n'y  en  avait  pas  de  meilleurs  parmi  tÔQB 
les  infidèles  pour  garder  et  défendre  une  ville  ou  prendre  de  force  un  château.  Il  ne 
1,  XXIX.  se  passa  pas  plus  d'une  quinzaine  que  nous  arriva  le  comte  de  Braine,  et  avec  lui  son 
frère  André,  fils  de  bon  père  et  de  bonne  mère;  vinrent  aussi  le  sénéchal  de  Flandrai, 
et  avec  lui  plus  de  vingt  barons,  et  le  landgrave  allemand,  amenant  de  bons  chevaux^ 
d'Espagne;  l'évéque  de  Beauvais,  qui  n était  ni  vieux  ni  infirme,  et  son  frère  le  comte 
Robert,  chevalier  adroit  et  agile;  le  comte  de  Bar,  le  plus  courtois  quon  pût  trouver» 
et  beaucoup  d'autres,  preux  et  sages,  rejoignirent  l'ost  en  même  temps.  Mais  plus  Sk 
en  venait,  et  moins  les  Sarrasins  les  craignaient.  Ils  leur  livraient  sans  cesse  des  comr' 
bats  et  venaient  jusqu'à  leurs  tentes.  Ceux  de  la  ville  faisaient  des  sorties,  et  les  autres 
croissaient  toujours,  et  remplissaient  tellement  le  pays  que  nos  gens  se  regardaient 
comme  prisonniers;  mais,  néanmoins,  ils  n'abandonnèrent  pas  le  Roi  du  ciel  pour  <|itf 
ils  étaient  venus  là. 

V.  2967.  Pas  un  prêtre,  ni  un  diacre  ou  un  clerc  ne  pourrait  raconter  les  grandes  peines 
et  le  martyre  qu'endurèrent  les  chrétiens  à  la  guerre  devant  Acre,  jusqu'à  la  vèttMi 
des  deux  rois  de  France  et  d'Angleterre,  qui  en  renversèrent  les  murs,  avec  les  bravet 
gens  qui  les  accompagnaient,  aimant  Dieu  et  croyant  en  lui. 

V.  3957.  Un  vendredi  du  mois  de  septembre,  je  me  le  rappelle,  arriva  à  nos  gens  une  àwté 
et  triste  mésaventure.  Les  Sarrasins  les  attaquaient  sans  y  manquer  un  seul  jour;  ies 
chrétiens  s'armèrent  et  se  disposèrent  en  bon  ordre,  divisés  en  divers  commandeménti 
qu'on  avait  établis.  D'abord  l'Hôpital  et  le  Temple  prirent  place  sur  le  rivage,  où  ft 
y  avait  de  nombreux  ennemis  :  c'étaient  toujours  eux  qui  commençaient.  Au  milieu  db 
l'ost,  le  comte  de  Braine  et  les  siens,  le  landgrave  et  les  Allemands,  qui  formaient  un# 

grande  compagnie,  restèrent  près  de  la  mahomerie,  car  il  était  bien  juste 

Le  roi  Gui  et  les  Pisans,  et  d'autres  vaillants  hommes,  étaient  à  droite  sur  le  Torail 
pour  surveiller  les  Turcs.  Les  Sarrasins  s'approchèrent  avec  entrain.  Vous  auriez  vu  là 
de  beaux  bataillons:  les  Templiers  et  les  Hospitaliers  chargèrent,  attaquèrent  iespreir 
miers  rangs,  les  mirent  en  désordre,  les  percèrent,  les  mirent  en  fuite  et  les  poursuis 
virent.  Puis  les  autres  chrétiens  en  firent  autant,  et  les  Sarrasins  lâchèrent  pied*  Mittf 
il  y  en  avait  une  telle  masse  que  les  chrétiens  ne  savaient  de  quel  côté  aller.  Les  Turol 
ne  pouvaient  se  rallier,  lis  étaient  déjà  près  de  la  montagne,  quand  le  diable  s'en  mSm 
et  causa  la  mort  de  beaucoup  des  nôtres.  Le  cheval  d'un  Allemand  s'échappa  :  celuîtCt 
le  poursuivit,  et  ses  compagnons  aussi  coururent  après  le  cheval  sans  pouvoir  l'atteindbe* 
Le  cheval  s'enfuit  vers  la  ville ,  et  les  Sarrasins  crurent  que  nos  gens  fuyaient  en 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  367 

ils  tournèrent,  chargèrent  à  leur  tour,  et  les  arrangèrent  si  bien  que  ceux  qui  avaient 
pour  fonction  de  diriger  l'armée  étaient  assez  occupés  de  se  défendre  eux-mêmes,  car 
pour  un  des  nôtres  ils  étaient  bien  vingt-quatre,  cherchant  à  les  renverser,  et  avec  des 
masses  d*armes  et  des  massues  ils  en  tuèrent  beaucoup.  Là  fut  tué  André  de  Braine  :  i,  m. 
que  son  ftme  soit  sauvée,  car  il  ne  mourut  jamais  un  chevalier  si  vaillant  et  si  secou- 
rable  !  Le  marquis  de  Montferrat  fut  serré  de  si  près  par  les  ennemis  qu'il  y  serait 
resté  si  le  roi  Gui  ne  Teût  secouru.  Et  dans  cette  même  affaire  fut  tué  le  Maître  du 
Temple,  celui  qui  dit  cette  bonne  parole  qu'il  avait  apprise  h  bonne  école;  tous, 
couards  et  hardis,  lui  disaient,  lors  de  cette  attaque  :  c(Venez-vou»^n,  sire,  venez- 
«vous-en!  »  Il  l'aurait  pu,  s'il  l'avait  voulu  :  ^Ne  plaise  à  Dieu,  leur  répondit-il,  qu'on 
fume  revoie  jamais  ailleurs,  et  qu'on  puisse  reprocher  au  Temple  qu'on  m'ait  trouvé 
«fuyant!  j)  Et  il  ne  le  fit  pas;  il  y  mourut,  car  trop  de  Turcs  se  jetèrent  sur  lui.  Et  des 
gens  de  peu,  il  en  mourut  bien  cinq  mille,  dont  les  corps  restèrent  nus  sur  la  place. 
Quand  ceux  de  la  ville  connurent  la  défaite  des  nôtres,  ils  montèrent  sur  leurs  chevaux 
arabes,  sortirent  des  portes,  et  attaquèrent  les  nôtres  avec  une  telle  rage  qu'ils  leair 
auraient  causé  grand  dommage  sans  leur  belle  défense;  mais  les  nôtres  leur  firent  face, 
et  on  vit  là  de  beaux  coups  de  chevaliers.  Là  fit  merveille  le  roi  Gui  lui-même, 
et  Jofroi  de  Lusignan,  qui  eut  beaucoup  de  peine  ce  jour-là,  et  le  preux  Jacques 
d'Avesnes,  qui  fit  tant  d'exploits  dans  la  Terre  Sainte,  et  les  autres,  si  bien  qu'on  les 
repoussa  et  qu'on  les  fit  ren.trer  dans  la  ville. 

Ainsi  se  passa  cette  journée,  oii  la  fortune  nous  fut  si  contraire.  Les  Sarrasins  Y.  do55. 
en  reçurent  tant  d'encouragement  (que  Dieu  les  maudisse,  et  je  les  maudis!)  qu'ils 
commencèrent  à  vexer  et  harceler  les  chrétiens  beaucoup  plus  qu'ils  ne  faisaient  au- 
paravant. Quand  les  prudhommes  et  les  barons  le  virent,  ils  dirent  :  ce  Seigneurs,  i,  nu. 
«nous  ne  profitons  en  rien;  il  faut  prendre  une  résolution  qui  nous  protège  contre  ces 
«gens  du  diable  qui  nous  tourmentent  toute  la  journée,  et,  la  nuit,  nous  volent  nos 
«chevaux.  9)  Voici  la  résolution  qu'ils  prirent.  Ils  firent  faire  un  fossé  grand,  large  et 
profond,  et  le  garnirent  d'écus,  de  targes  et  de  morceaux  de  ponts  (?).  Ainsi  les  terres 
des  deux  côtés  furent  séparées.  Cependant  les  Sarrasins  les  attaquaient  toujours  et  ne 
leur  laissaient  pas  de  repos. 

Ecoutez  un  trop  grand  ennui  :  à  la  suite  de  la  tuerie  dont  j*ai  parlé,  qui  fut  si  dou-  Y.  3077. 
loureuse  pour  les  Francs,  le  lendemain  de  cette  aventure,  oii  l'élite  de  l'ost  avait  été 
déconfite  et  où  tant  de  pauvres  gens,  venus  là  pour  Dieu,  avaient  trouvé  la  mort, 
Salahadin  fit  pi^ndre  tous  les  corps  morts  et  nous  les  fit  renvoyer  en  les  jetant  dans  le 
fleuve  d'Acre.  C'était  une  laide  boucherie,  far  les  corps  descendaient  à  vau-l'eau,  tant 
qu'ils  arrivèrent  au  milieu  de  l'ost,  et  à  mesure  que  les  monceaux  de  morts  crois- 
saient, il  en  sortait  une  telle  puanteur  que  toute  l'ost  dut  s'éloigner  jusqu'à  ce  qu'on  le^ 
eût  enfouis.  Et  longtemps  après  qu'ils  avaient  été  enterrés,  on  en  fuyait  encore  l'odeur. 

s6 


nramcuB  ■atiorau. 


âeS  L*H1ST0IRE  DE  LA  G6EBRB  SAINTE. 

V.  3099.        I^^  chrétilM  trarailhneiit  au  feesë  ^i  leur  servait  de  TeHport*  Ht  m 

deçà  qMnd  id0  Sarrams  veoaieiii  les  attaqwr,  coanm  îb  le  fmsnenl  Uwa  iea  JOWK 
qu'il  fH  froid  aa  qa41  fh  cfaaad.  C'était  le  iaosë  quif  ètatl  le  dbcmp  de  bataitter  éet  geii 
de  Dieu  et  de  cet  diiens.  Les  aôtref  voutatent  le  crenier  et  les  aotrea  eswyaiedt'éa'iè 

défaire.  Vons  awiex  ru  là plus^  de  oiiiq  oeot  aâle  fliebeé  r 

qtii  ererusatent  le  fsesé  les  paasaîent  à  ceux  qvî  le  défendaienlr  Vcros  aurifli  ¥a  4et 
eétés  des  gens  hai^  et  eonrageux.  Vous  «lariec  m  les  combatlanta  loiiilleF, 
s^ouvrir  le  ventre,  et  (fer  rudes  cottps  s'échanger.  La  »uit  seule  les  séparait. 

V.  3119.  Depuis  le  eotBmeMet6»hi  du  siège  d'Acre  juscfoe  vers  laiiAte  de  la  Toussaiof ,  jtii 
9^s  et  je  Vai  entendu  dire  souvent,  il  ne  cessa  d'arriver  de  nouveaux  veDW  ^fA 
tenaient  bien  leur  place.  Alors  vifit  le  comte  de  Ferrières,  qui  tua  plus  dt  eent  Twi , 
car  il  était  si  bon  archer  qu'il  n'y  en  avait  pas  de  meilleur;  et  Gui  de  Dampiegya^  ifà^ 
possédait  maint  beau  château;  et  l'évéque  de  Vérone^  que  Ton  estimait  grandèaMM^ 
tous  ceux-là  vinrent  devant  Acre,  et  ils  devimrent  confesseurs  et  martjrrs,  carfoeatieB 
dire  quecehii  qui  fut  le  plus  à  son  aise  j  souffrit  un  martyre  assez  dur,  les  pemiit 
les  veilles  et  les  fatigues  de  nuit  et  de  jour;  ils  n'avaient  jamais  de  r^ios,  utils  u^ésniMI 
pas  m  prendre  avant  d'avoir  terminé  le  fossé  qui  causait  tant  de  eombats. 

v.  3ià3.        L'avanl^Veille  de  la  Toussaint,  il  arriva  dans  i'ost  une  mésaventure  predigieniSt^rip 

I,  xxxni.  forte  et  tré^  pénible.  Pendant  que  les  chrétiens  seuffraient  tant  de  peines^  cem  ffâ-m 
tenaient  sur  le  Toron  regardèrent  du  côté  de  Galphae  et  virent  arriver  uns  gfodi 
flotte  de  galères  qui  venaient  de  Babylone,  qui  Mutint  longtemps  Acre.  La  fliMto  iq^ 
prêchait  en  bon  ordre ,  et  la  nouvelle  s'en  répaadit  premptement  dans  Tost  PkneMi 
croyaient,  Èidis  personne  n'en  savait  rien,  que  c'étaient  des  vaisseaux  de  Piw^-da 
Gènes,  de  Venise,  de  Marseille  ou  de  Sicile  qui  venaient  aider  au  siège.  PaaÉMÇ 
qu'on  se  livrait  à  ces  sappositions ,  les  galères  approchaient ,  et  elles  approAègiWt-  d 
bien  qu'elles  entrèrent  dans  Acre,  et  en  arrivant  elles  s'emparèrent  d^une  étwm 
énèqoes  oii  il  y  avait  des  hommes  et  des  provisions  :  elle  fut  emmenée  dons  la  ifiHaï 
les  hommes  furent  tués  et  les  provisions  prises. 

v.  3175.  Écotftex  ce  que  firent  tes  Turcs,  et  leur  grande  injure  à  Dieu.  Le  jour  de  k^Ntode 
tous  les  saints  qu'il  rassembla  dans  le  ciel,  de  la  grande  fête  oh  on  pleura  Wat^^e 
larmes,  ils  pendirent  sur  les  mure  d'Acre,  par  défi,  les  corps  des  chrélmsipilSi 
avaient  pris  dans  l'énèque  et  laés.  Genx-4à  partîcipèreiit  à  bon  droit,  les  prédieaftNRS 
peuvent  bien  le  dire,  à  la  i^rande  joie  qui  dure  et  durera  sans  fin  et  qu'ont  ctnxdhMl 
on  célébrait  ce  jour-là  la  fêle.  * 

v.  3191.  Cette  flotte  dont  je  vuus  ai  psnié  garda  si  bien  le  port  et  le  cliemin  pur  S(ù  alltl^ 
daient  lés  nôtres  qu'ils  n'osèrent  plus  s'en  approcher,  en  sorte  qu'il  n'arrivailpkii^^e 
Recours  aux  défenseurs  de  Dieu.  L'hiver  s'avança  sans  qu'ib  eussent  feit  de  proiMM 
Us  avaient  terminé  le  fossé,  mais  il  fut  plus  tard  comblé  malgré  eux.  Plauésat  ait 


4, 

■j-JÊ 


L^HSTOIRB  »E  LA  GU£RRB  SAHVTB.  M9 

ittrer,  ils^onsintîâreBtdes  ch&leaiuL,  despierrières,  ckf  niango»ii^wac,^ai  dbate^  4«6 
InMes,  des  cecclmes^  ils  y  travadiaMit  -«aiiB  cesse.  Las  autnas  fortifiaî^iil  aussi  jeor 
lâlle  avec  f  lus  de  trente  oôile  ouvrieiB.  Ils  firent  des  portes^  cks  lauri^W»  de  ^u- 
veUes  et  solides  liari)aoanas«  et  ils  k  rendirent  si  forte  ^fu'elle  défiait  h  mond^  entier. 
Stfddiadin,  qui  ne  voulait  pas  Tabandooner,  y  fit  entrer  tant  de  maogQn^eaux  et  de 
pkrrièresi  ^  d«&^Bs  de  toute  sorte,  et  tant  dUiabiles  ingénieurs  4le  ses  ternes  et 
d'^aitteurs,  et  tant  de  f eu.  (prëgeois  dans  des  fioles,  -ti  tant  d'autres  maabines  de  giierre^ 
que  jamais,  on  lersut  depuîs/en^hAtoau  ni  on  cité»  il  n'y  eut  autant  de  ressoMDces  pour 
k  défense,  autant  d'armes  ni  de  j^wvisîoiis.  Ils  paisiirwt  ainsi  rbiyer  jusqiu'au  doux 
pckitempo.  Pendant  le  tcaréaie,  à  oe4fà»  raconie  Anfiaoïas,  les  AUenwinds  construisirent  i,  luoi. 
k  pnsmier  mouMn  à  vont  qui  eût  jamais  été  faU  en  Syrie  «  ^ous  les  yeux  des  eonesûs 
de  Dieu,  qui  k  regardaient  avec  ëlo^oement  «et  s'en  épouvantaient  Jbeaucoi^. 

Dans  l'ost  arriva  une  jiouvfdie  qui  fut  d'abord  heUe  et  boime,  et  devint  onauite  triste,  v.  3 s 33. 
amire  ot  efiÎBayaate  :  k  boa  empereur  d'iilemagne  •était  venu  par  lerre  en  ipcande  forças 
au  Saint  Sépulcre  pour  obtenir  la  grice  de  Dieu;  mais  il  mourut,  ipe  fiut^[rand  dom- 
mage, en  passant  iun  fleuve,  d'après  la  volonté  de  Dieu,  a  un  gué  qu'il  n'avait  ps  fait 
sasMler.  Qnead  oeux  d'Acre  surent  ces  nouvelles,  ik  m  eumnt  telle  jok  qu'ik  fis^isaknt  i.  nnr. 
des  culbutas,  aonnaiont  leurs  taboursel me  pensaient  pas  à  a«itre icèose  :  Si^^alMidin ,  qui 
avait  au  ^es  nouvelles,  les  leur  avait  mandées.  Us  monlaknt  sur  les  toupeVes  .pour 
les  dire  à  nos  gens  et  ks  kur  crittent  souvent  à  baute  voix  du  jbaut  des  murs.  Us  nous 
fiiunt  dire  par  les  renégats  :  «c  Votre  empereur  est  noyé  !  ^  Il  y  <eut  akss  en  l'ost  une 
tdk  trislesae,  une  telle  détresse  et  un  tel  décourogement,  «qu'ik  n^e  se  sonqiaknt  ^us 
de  rien 5 si «e n'est  de  k jprodiaine  arrivée  et  de  l'espoir  répandudejkvenv^ prochaine 
et  pronâsetdes  paissants  rois<  dont  nous  sommes  les  sujets  ,fdes  rok.de  France  et.d'An- 
gkftentt.  <)uaAd  ils  vinrent,  l'ost  reprit  courage. 

Un  peu  après  Pâques,  voici  arriver  k  nouvelle  que  ia  flotte  venait  de  Sur,  et  k  V.  3968. 
ioiià  etftrée  au  port.  Vous  auriez  «vu  akrs  quelque  xbose  dotsemblatde  aux  fourmis  qui  1,  uu^. 
sortent  de  itous  côtés  d'une  fourmilière  :  tout  pareils  étaient  les  Tiurcs  qui  sortaient  de 
k  lâlk,  plus  de  dix  mille  bommesarmés,  tout  couverts ,  eux  nt  leurs  galères ,  de  tapis 
etid'étofles'detsoie,  de  bougran  et  de  velours.  Us  attèrentitous  contre  ia  flotte,  que  le 
veotidu  nord  amenait  le  long  du  rivage.  Us  approcbaient.baadiment^feticeux  de  la  flotte 
ks  attendaient.  Us  se  jetèrent  les  uns  sur  les  autres.  C'était  le  marqukr,  le  seigneur  de 
Sur,  qui,  avec  cinquante  vaisseaux  bien  armés.,  bkn  équipés  fOt  ^Jbkn  $^uverts ,  .mar- 
chait contre  k  flotte  des  Huros.  Vous  auriez  vu  k  tantde  bannières,  tant  4)6  vailk^ts 
hommes,  adroits,  hardis  et  prompts!  Les  Turcs  commenoàxwt  là  tireriderkuiB  a?ba-^ 
lètes,  et  k.bataille  des  flottes  «'engagea.  Il  ne'ïalkitpAsJàdercauards.CeuXide  Qè^es 
et  de  Pîse  tfurent  assailliis'dans<kuis  ruisseaux  par: des  gonafarméS'dWrbaiM^^  Qt  de 
larges.  rUs  se  rappro^èsenide  iios^geiM,retittrèrcotrsiJi>ien(qu*ik6i!e«yt  reculer  k  floUf 

•6. 


370  L*H1ST0IRE  DE  LA  GUERRE  SAINÏR 

des  Turcs  et  emmenèrent  de  vive  force  une  galère  jasque  duns  le  port.  La  jbui  Ht 
belle.  Vous  auriez  vu  les  femmes  s'approcher,  tenant  des  couteaux  dans  lettrti  ma&M/ 
saisir  les  Turcs  par  les  tresses  et  les  tirer  de  toutes  leurs  forcer,  puis  leur  traneher  « 
tête,  qu'elles  emportaient  à  terre.  Sur  les  deux  flottes,  la  huée  ne  cessait ' pas. GhaeâM 
cédait  à  son  tour;  souvent  elles  se  rapprochaient,  elles  se  lançaient  du  feu  gcéf^mmi 
les  vaisseaux  étaient  allumés,  puis  éteints,  et,  quand  ils  se  joignaient,  se  frappaienl 
à  Tenvi  et  se  poussaient  jusqu'au  port.  Jamais  homme  ne  vit  une  telle  bataille;  mmàéè 
furent  nos  gens,  ceux  de  Tost  de  Dieu  qui  menait  le  siège,  qui  en  eurent  le  ^w  à 
souffrir.  Car  les  Turcs,  plus  nombreux  chaque  jour,  transportés  de  colère  à  cause  ds 
la  galère  que  les  nôtres  avaient  emmenée,  donnèrent  au  fossé  un  terrible  assaut  peifr^ 
dant  la  bataille  qui  se  livrait  sur  la  mer.  11  n'y  eut  pas  un  chrétien  dans  rost,*  grand 
ou  petit,  jeune  ou  vieux,  si  hardi  ou  si  renommé  qu'il  fût,  qui  neût  fort  aSedrè  là  ié 
défendre  des  Turcs;  car  ils  se  pressaient  comme  des  mouches  et  s'efforçaient  1  i^ 
i,ixxv.  mieux  mieux  de  défaire  et  de  combler  le  fossé.  Toute  la  plaine,  jusqu'au  pied  delà 
montagne,  était  couverte,  comme  un  champ  d'épis,  des  Turcs,  qui  les  attaquaient  îaM 
un  moment  de  relâche,  et  qui  se  jetaient  dans  les  fossés  en  si  grand  nombre  qa*iisVjf 
renversaient.  Il  y  avait  là  une  grande  masse  de  gens  hideux  et  noirs,  ennenûa  de.  Dîéa 
et  de  la  nature,  portant  sur  leur  tête  des  coiffures  rouges  :  Dieu  n'a  pas  fait  de  pha 
laides  bétes  ni  de  plus  cruelles.  En  voyant  les  flots  pressés  de  ces  gens  avec  leurs  léfea 
coiffées  de  rouge,  on  aurait  dit  des  cerisiers  couverts  de  fruits  mûrs,  et  il  y  avait  tai^ 
d'autres  Turcs  qu'on  les  estimait  à  cinq  cent  mille.  Ceux  de  la  ville,  bannières  en  téléj 
faisaient  des  sorties  et  attaquaient  les  chrétiens  de  l'autre  côté.  L'ost  fut  tdlèoMiBt 
harassée,  ce  jour-là  et  bien  d'autres,  que  les  chrétiens  se  demandaient  s'ils  poorràieut 
résister  à  ces  attaques  incessantes.  Les  gens  coiffés  de  rouge  avaient  un  étendard  ok  Sk 
se  ralliaient  tous  :  c'était  l'enseigne  de  Mahomet,  dont  l'image  était  en  haut,  et  au  iONM^ 
de  qui  ils  étaient  venus  combattre  la  chrétienté.  Ces  coquins  se  défendaient  avea  de 
grandes  pierres  qu'ils  apportaient.  Voiià  le  combat  que  l'ost  avait  à  livrer  du  eôté  delà 
terre.  Du  côté  de  la  mer,  la  bataille  dura  toute  la  journée;  à  la  fin ,  par  lagftie 
de  Dieu,  notre  flotte  eut  la  victoire;  car  on  y  avait  établi,  de  jour  en  jour,  desdifi* 
sions  de  barons  de  l'ost  qui  se  relayaient  dans  les  galères,  hommes  vaillants  et  Imb 
armés ,  qui  combattirent  rudement.  La  flotte  chrétienne  repoussa  de  vive  force  les  gaietés 
ennemies  en  deçà  de  la  chaîne  [qui  ferme  le  port],  et  causa  grand  dommage 
Turcs  enfermés  dans  la  ville  et  qui  étaient  alors  quarante  mille.  Depuis  ce  jonr,  il 
purent  plus  recevoir  de  secours  par  mer  ni  sortir  du  côté  de  la  terre,  et,  leurs  péail» 
sions  diminuant,  ils  souffrirent  beaucoup  de  la  disette.  ** 

V.  3395.        Le  jeudi  de  l'Ascension,  le  jour  oii  l'on  fait  la  procession  sainte  pour  raf^pdksr  ^éè 
i.xxxTi.      Dieu  monta  au  ciel,  comme  l'Évangile  le  raconte,  nos  gens  voulurent  monter . sur' ks 
murs  d^Acre  au  nom  du  Qorps  sacré  du  Seigneur.  Nous  avions  des  tours  delms  |mi 


..ir:-J 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  371 

couvertes  contre  le  feu  grégeois  des  infidèles.  II  y  en  avait  trois  grandes,  que  trois  hauts 
hommes  avaient  fait  faire  :  le  landgrave,  le  roi  Gui  et  le  marquis  avec  les  Génois  : 
tous  trois  étaient  dans  leurs  tours  quand  on  donna  l'assaut.  Les  chrétiens  attaquèrent; 
ceux  d'Acre  garnirent  les  murs.  L'attaque  fut  vigoureuse  et  la  défense  aussi.  Les  assiégés, 
qui  souffraient  de  la  disette,  se  défendaient  avec  acharnement  et  nous  faisaient  payer 
cher  leur  souffrance.  II  n'y  eut  jamais  une  défense  comme  celle  de  ces  membres  du 
diable.  Les  uns  sonnaient  du  tabour,  les  autres  se  pressaient  à  l'endroit  où  ils  étaient 
nécessaires,  et  les  Turcs  campés  sur  les  montagnes  accouraient  de  leur  c6té  en  grand 
nombre  dès  qu'ils  voyaient  nos  gens  occupés  h  l'assaut,  venaient  aux  fossés  et  sautaient 
dedans,  si  bien  que  les  chrétiens  devaient  à  la  fois  attaquer  et  se  défendre.  L'assaut 
dura  longtemps,  du  matin  au  soir;  mais  au  soir  il  fallut  le  cesser  sans  que  l'on  eût  pu 
les  forcer.  Les  Turcs  jetèrent  le  feu  grégeois  sur  les  trois  tours  et  les  embrasèrent,  si 
bien  qu'il  fallut  les  abandonner  et  qu'elles  furent  réduites  en  cendres. 

Les  chiens  d'infidèles  furent  pendant  longtemps  dans  la  ville  en  grande  disette  de  V.  3633. 
vivres;  comme  le  temps  s'écoulait,  leurs  provisions  s'épuisèrent.  Ils  furent  réduits  k  un  i,uini. 
tel  point  qu'ils  mangèrent  toutes  leurs  bétes,  cous,  têtes,  pieds  et  boyaux.  Ils  mirent 
hors  de  la  ville  des  chrétiens  qu'ils  retenaient,  les  vieux  gardant  ceux  qui  étaient 
jeunes  et  dispos  pour  travailler  aux  pierrières.  Ils  eurent  tant  de  privations,  de 
peines  et  de  soufirances  qu'on  ne  pourrait  le  raconter,  jusqu'après  la  fête  de  saint 
Jean.  Alors  le  diable  leur  envoya  trois  navires;  ils  se  brisèrent,  et  une  partie  des 
Turcs  périt;  mais  les  assiégés  recueillirent  les  vivres  qui  y  étaient.  Gela  leur  rendit 
du  courage,  et  ils  faisaient  souvent  des  sorties,  en  sorte  que  nos  gens  se  trouvaient 
enfermés  [de  deux  côtés]. 

La  fête  de  saint  Jacques  fut  une  journée  trop  pénible  pour  les  champions  de  Dieu.  Le  V.  3^57. 
diable,  qui  ne  se  repose  jamais,  fit  tant  que  l'ost  fut  très  diminuée;  je  mens  :  ce  n'est  1.  "- 
pas  le  diable  qui  le  fit;  c'est  Dieu  qui  le  permit,  parce  qu'il  voulait  recevoir  plus  de 
martyrs  dans  son  royaume  céleste.  La  plus  belle  sergenterie  ^^^  qui  fût  et  qui  soit  sortit 
de  l'ost  de  Dieu  sans  se  garder  suflQsamment.  C'étaient  des  gens  pauvres,  ayant  de 
grands  besoins  et  poussés  par  leurs  souffrances,  car  en  ost  on  n'a  pas  ses  aises.  Ils 
étaient  environ  dix  mille;  ils  sortirent  de  l'ost  tous  armés  en  rang  et  en  bataillons. 
Ils  marchèrent  tout  droit  sur  les  tentes  des  Turcs  :  c'est  1&  qu'ils  se  dirigeaient.  Quand 
les  Turcs  les  virent  approcher,  ils  n'osèrent  pas  les  attendre;  les  sergents  entrèrent 
dans  le  camp  ennemi  et  s'emparèrent  de  tout  ce  qu'ils  y  trouvèrent  de  meilleur.  Quand 
les  Turcs  les  virent  ainsi  chargés,  ils  se  jetèrent  sur  eux  et  en  eurent  bon  marché. 
Us  en  tuèrent  plus  de  sept  mille ,  qui  ne  furent  pas  secourus ,  si  ce  n'est  par  des  chevaliers 
en  petit  nombre,  qui  vinrent  à  leur  aide,  mais  ne  les  empêchèrent  pas  d'être  tués.  Là 

(^)  Ce  mot  répond  à  |>eu  près  â  iloire  moi  infontiriê,  noik  ftans  une  nuance  qu^il  a  porH  bon  dé  conserver. 


9TS  L'HISTOIAB  DK  LA  GUERRB  SAINTE. 

mourut  Torel'du  Mceiiil,  noa  maa  «voir  fait  4e  grands  «x^ilf  ;  M  le  r«gr<tlK.hMM« 
coup.  L'ost  eut  «ette  Rveatore  et  bien  d'autres. 
V.  3&g5.  L'ost  de  Dieu  etit  Mulïrirde  ses  ennemis  biea  des  astMits,  bien  <lt>iM|afM;  Oim 
souffrit  par  sa  pitié  bien  de  dwres  eveoluret.  U  mettait  s*D  pevftle  À  Téprauve,  mmmê 
il  a  fait  pour  les  saints,  «fu'il  éprouva  par  (aot  de  souSraacss,  comme  oa.ie'ftnlÉ» 
amsi  qu'on  fait  l'or  dans  k  fournsiae.  Ceux  qui  e'étaieat  donnés  Â  Dieu^afaîeal  4éjlk 
bestueo)^  souRert  là. 
V.  35a5.  Gomme  ils  étaient  dans  cette  slluation  difficile,  voici  venir  les  baron  da  Fmbnu 
I.  lu.  fers  le  mois  d'aoAt,  au  meilleur  moment  du  passage  qui  est  avant  le  teoD^  i'iûmL 
Alon  arrivèrent  le  eomte  Henri  de  Ghampegne  avec  boaaeovp  de  monde,  et  le  oiMto 
Tibaud  de  Btow ,  qui  M  vécut  pas  troieinoisdepuis,  et  le  comte  otienne,  qtti,iaÎBMH^ 
mourut  peu  «près  son  arrivée  ;  le  preux  ceaale  de  Glarmoot ,  qui  plaisait  i  Diea  lal  Ml 
monde;  le  comte  de  Cbâlons,  qui  était  un  bomaae  fort,  ^ndid  «t  hmiA.  U.anèn  Im| 
d'autres  prudbommes  que  oui  n'en  sut  le  compte. 
V.  35ai.  Devant  Acre,  pendant  que  les  preux  j  restaient  pour  leur  sebii  et  l'amour  de  fiÎM* 
I .  iLTD.  il  arriva  beaucoup  de  grandes  aventures  que  l'os  a  conservées  par  écrite  et  fao—a Bi|i 
de  miraeles,  par  l'effel  de  la  puissance  de  Dieu.  Devant  et  4emèi<e  les  pieirièBÉs^^di 
étaient  oombreuess  dans  l'tmt,  beauoeup  de  geae  allaient  -et  venaieai,  et  U  amMÏt 
souvent  des  cboees <^  l'on  tenait  pour  des  mirades  quand  elles  adftnaàeat.  U  janlt 
dans  la  ville,  l'histoire  le  raooiUe,  beaneoi^  de  pierTièi«s,-qnî  lançaient  si  bâaa  tfÊiêé 
ne  vit  jamaia  ds  tf^  coups,  U  y  en  avait  une  ei  paissante  qu'elle  netu  causait  fptàA 
draosBagc  :  elle  nous  brisait  «aos  cesse  a&%  pierrières  et  nos  cerdoias,  car  ba^iHonll 
qu'elle  lançait  volaient  comme  si  elles  eussent  eu  des  ailes  :  il  fallait  que  deux  haoïM 
se  missent,  l'écrit  le  dit,  pour  tendre  U  froode^  et  quand  la  pierre  lancée  ptr-hJiaaia 
était  twabée,  il  fallait  bie»  la  diercher  à  un  pied  en  terre.  Gotte  pierriàre ' frap^^li 
homme  par  deiriève  dans  le  dos  :  si  c'eât  été  un  arbre  on  un  pilâer  de  mathm,  dlf 
l'auTatt  coupé  par  le  milieu,  tout  die  était  tombée  droit  dessus;  «aïs  le  pi 
ne  la  sentit  mène  pas,  parce  q»e  Dieu  ne  le  voulait  pas.  VoiUi  uu  aei^Mnr'qai; 
qu'on  croie  en  lui,  et  on  miraele  qui  Impeee  la  foi!  ^.  i 

V.  35fii.  Conitna  les  jours  passaient,  il  arrivait  bien  des  i^oses.  Dans  le  paasige.'d'aMÎlA 
I,  utDi.  mai  il  advint  une  étrange  aventure  en  l'ort.  l^  sei^ent  étaàl  dsna  le  fcsaé.,, 
oe^  de  maittes  et  d'an  haubert  et  d'une  cotte  piquée  et  riefaenent  bvwléek 
de  Dieu  tohsit  ane  adiaiMe  i  tour;  ii  visa  le  sergent  par  me  menrÉrièmt'Otiie' Avril 
&ia  poitriae  :  le  trait  faussa  la  coiffe,  perça 4a  oottsv  et  paBsn.oato'la.hMlMrtQllHik 
le  sergent 'portait  *a  coo,  Dien  merci,  ane  inttre  qni  le  présam,-  caries 'flnall  aa 
de  £Hea  y  étuent  dcrita^  «t  cax  -«pâ  étaient  li  mont  que,  ^nndtb  Jwat^hiwhtjJ 
rebondit  en  arrière.  Voilà  ce  que  fait  Dieu  h  ceux  qui  le  prennent  pour  gardim  :  S| 
n'ont  rien  h  craindre. 


L'HISTOIIE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  t7t 

Gomme  les  joim  passaient»  il  arrmit  biea  des  ckcMMs.  Il  arriva  qu^on  ehovalier  V.  3583. 
un  jour  adeesé  au  fossé,  par  dehors,  pour  faire  une  affaire  dont  personne  ne  i,  xm. 
peut  se  dispenser;  Gomme  il  s'était  baissé  et  mis  en  position,  un  des  Tvrcs  qui  étaient 
aitt  avast«f0sles,  et  dont  il  ne  ae  donnait  pas  garde,  se  détadia  des  autres  en  cou- 
rant :  c'était  vilain  et  diaeourtois  de  Youloir  surprendre  le  chevalier  pendant  qûfik  était 
ainsi  occupé.  Le  Turc  était  déjà  loin  des  nens,  et  s'approchait  du  chevalier  ia  lance  en-  arrêt 
pour  le  tuer,  quand  les  nôtres  se  mirent  k  dire  :  «Fuyez,  sire,  fuyes,  fiiyei!»  Il  eut  ^ 
peîse  le  temps  de  se  relever;  cependant  il  put  le  faire,  et  n'acheva  pas  sa  besogne.  Le 
Turc  airiva  aussi  vite  (pie  son  aheval  pouvait  le  porter,  cvoyani  bien  le  renversa,  nais , 
Dieu  merci,  il  n'y  réussit  pas.  Le  chevalier  se  j^  de  cèté  :  il  prit  en  ses  mains 
deux  pierres  {écoutes  comme  Dieu  sait  bien  se  venger!)  :  comme  le  Turc  avait  fait 
tourner  son  cheval  pour  revenir  sur  lui,  le  chevalier  le  visa  bien,  et,  au  moment  où  il 
s'approchait,  il  le  frappe,  d'une  des  pierres  qa'il  tenait,  au-dessous  de  sa  coiffure,  k  la 
tempe,  et  le  Turc  tomba  mort  Le  chevalier  prit  son  cheval  et  l'emmena  par  la  bride, 
et  celui  fui  me  l'a  raconté  vit  le  cbevaUer  monter  dessus  et  s'en  aller  joscpi'à  sa  tente, 
oè  A  le  fit  garder  en  grande  joie. 

Gomme  les  jours  passaient,  il  arrivait  bien  des  choses.  Voici  une  autre  aventure  V.  3695. 
qui  mérite  bien  qu'on  en  parle.  Beaucoup  de  gens  attaquaient  les  murs  d'Acre,  cher-  i^  &. 
dmnt  à  combler  les  fossés.  Il  y  en  avait  qui  se  lassaient,  mais  d'autres^  ne  cessaient  pas 
de  réunir  des  pierres  qu'ils  y  portaient.  Les  barons  en  portaient  avec  leurs  destriers 
et  d'autres  bétes  de  somme,  et  beaucoup  de  femmes  aussi  trouvaient  leur  consda- 
tîon  k  en  porter.  Entre  les  autres,  il  y  en  avait  une  qui  y  prenait  grand  plaisir.  Un 
Sarrasin,  qui  défendait  le  mur,  vk  cette  femme  occupée  k  décharger  son  fardeau 
de  son  cou.  Gomme  elle  voulait  avancer,  il  la  visa  et  l'atteignit  :  la  femme  tomba 
à  terre  mortellement  frappée.  Aussitôt  tout  le  peuple  s'empressa  autour  d'eUe.  EHe 
se  tordait  dans  l'agonie.  Son  mari  vint  la  chercher,  mais  elle  demanda  aux  gens 
qui  étaient  là,  prudhommes  et  dames,  que,  pour  Dieu  et  pour  leurs  Ames,  ils 
se  servissent  de  son  corps  pour  combler  le  fossé  où  elle  avait  porté  des  pierres,  car 
elle  ne  voulait  pas  qu'il  fût  autrement  employé,  et  elle  s'y  faisait  porter  quand 
Dieu  reprit  son  âme.  Voilé  une  femme,  dit  l'histoire,  dont  chacun  doit  garder  le 
souvenir. 

Gomme  les  jours  passaient,  il  arrivait  bien  des  choses.  Entre  fdus  de  vingt  ave»^  V.  8661. 
tnres,  et  même  beaucoup  plus,  que  je\ne  puis  toutes  me  rappeler  ni  conter,  en  voici  d  ut. 
une  qui  arriva  dans  lost.  Un  jour  que  les  Turcs  avaient  vu  nos  gens  aller  en  fourrage, 
comme  il  le  faut  à  la  guerre,  ils  sortirent  d'Acre,  ayant  à  leur  tête  un  émir,  honmie  pois- 
sant, de  haut  parage,  preux,  hardi  etrenommé,  appelé  Beilegemin.  Les  barons  chargés 
de  la  garde  de  l'est  marchèrent  contre  les  Sarrasins.  Ge  jour-là,  l'ost  fut  en  grand 
émoi,  car  il  n'y  avait  pas  assez  de  garde  :  tant  de  gens  étaient  allés  en  fourrage  que 


374  L'HISTOIRE  DE  LA  GURRRE  SAINTE. 

Vosi  fut  en  grand  péril  par  devant  et  par  derrière.  L'assaut  fut  terrible ^^^ 

mais  nos  gens  les  repoussèrent  tous,  excepté  Témirseul,  qui  resta  exprès,  voulant  brMer 
nos  machines,  s'il  avait  pu  s'en  approcher,  car  il  l'avait  mis  dans  sa  tête.  11  tenait  dans 
sa  main  une  fiole  pleine  de  feu  grégeois,  et  ne  pensait  qu'à  brûler  nos  machines.  Mak 
un  chevalier  voulut  lui  payer  sa  peine;  il  le  frappa,  et  l'ëtendit  par  terre  :  sa  fiole  86 
répandit  sur  ses  choses  nécessaires,  si  bien  qu'il  eut  ses  génitoires  brûlées  par  le  feu  gré-^ 
geois.  Les  siens  voulurent  l'éteindre,  mais  ils  ne  purent  y  réussir. 
V.  3701.  Gomme  les  jours  passaient,  il  arrivait  bien  des  choses.  Il  arrivait  souvent  que  lés 
I,  LV1.  mécréants  qui  occupaient  Acre  contre  Dieu  venaient  sur  le  haut  des  murs  :  ils  appoiv 
talent  des  églises  les  croix  qui  y  étaient  restées,  ils  les  insultaient,  les  battaient,  cra- 
chaient dessus  en  mépris  de  la  foi  chrétienne  :  ils  ne  haïssent  rien  tant  au  monde.  Uni 
jour,  un  Turc  était  sur  le  mur;  après  avoir  beaucoup  battu  et  insulté  une  croix  dehoii 
qu'il  avait  trouvée,  il  n'en  avait  pas  encore  assez,  mais  il  voulait  la  souiller,  quand  nd 
courtois  arbalétrier  banda  son  arbalète  et  rapprocha  le  trait  de  la  noix,  voulant  payer 
suivant  son  mérite  le  Turc  qui  honnissait  la  croix.  Il  visa  bien,  et  frappa  le  Sarrasin  9iâ 
milieu  du  ventre,  lui  perçant  corps  et  boyaux.  Le  Turc  tomba  mort,  les  jambes  ea 
l'air,  ce  qui  remplit  de  rage  les  infidèles  :  Dieu  voulut  yenger  ainsi  la  .croix  qu'il  àTàit 
outragée, 
V.  3781.  Gomme  les  jours  passaient,  il  arrivait  bien  des  choses.  Voici  une  aventure  qu'AH^ 
I,  tni.  BRoisE  raconte  dans  son  écrit.  Un  jour,  un  Turc  sortit  pour  tirer  de  Tarbalèté  sur  lël 
nôtres,  et  ne  voulait  pas  s'en  aller.  Un  Gallois,  excité  par  son  obstination,  alla  dé  eoli 
c6té.  Le  Gallois  s'appelait  Marcaduc,  il  n'était  fils  ni  de  duc  ni  de  roi,  et  le  Turc  hardi, 
fort  et  puissant,  s  appelait  Graîr.  L*un  se  mit  à  tirer  sur  Fautre,  le  Gallois  sur  le  Tare,* 
le  Turc  sur  le  Gallois.  Le  Turc  demanda  au  Gallois  de  quel  pays  il  était.  Il  répondit': 
«Je  suis  de  Galles.  Tu  es  fou  d'être  descendu  ici.»  Le  Turc  lui  dit  :  «Tu  ne  tirés  paé 
«mal.  Voudrais-tu  faire  une  convention?  Je  tirerai,  et  tu  attendras  le  coup  sans  te  dé* 
«tourner,  et,  si  je  manque,  j'attendrai  le  tien  de  même,  n  II  lui  parla  et  le  pria  tant  qoe* 
le  Gallois  y  consentit.  Il  tira  sur  le  Gallois,  mais  il  fit  un  faux  mouvement,  et  le  trait 
ne  partit  pas.  Le  Gallois  lui  dit  :  «A  moi  de  tirer;  attends-moi, 9  II  répondit  :  «Non^ 
«  laisse-moi  tirer  encore  une  fois ,  et  tu  tireras  sur  moi  deux  fois  de  suite.  --^  Volontiers,» 
dit  le  Gallois.  Mais  pendant  que  le  Turc  cherchait  dans  son  carquois  un  bon  frait^  le 
Gallois,  qui  était  tout  près  et  qui  ne  voulait  pas  de  cet  arrangement,  Iftcba  sa  corde  et 
le  frappa  au  cœur.  «Tu  ne  m'as  pas  tenu  rengagement,  lui  dit-il,  et  je  ne  te  le  tiens 
«pas  non  plus,  par  saint  Denis!  » 
V.  3771.  Les  Pisans  et  les  autres  gens  de  Tost  qui  connaissaient  Les  choses  de  la  mer  cou?, 
slruisirent  un  chftteau  sur  des  galères  avec  deux  échelles  grandes  et  larges.  lis  coq?*" 


p 
^ 


(*>  Le  vers  manquant  est  le  vers  3683  et  non  le  3686. 


LHISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  375 

vrirent  tous,  leurs  vaisseaux  de  cuir,  et  en  firent  autant  de  la  tour;  ils  assiégèrent  la 
tour  des  Mouches,  et  ils  y  lancèrent  beaucoup  de  traits.  Ceux  de  la  tour  se  défendaient 
si  bien  qu'ils  se  vendaient  très  cher,  et  il  sortit  de  la  ville,  sur  des  galères,  plus  de 
deux  mille  Sarrasins  pour  aider  les  leurs.  Les  ennemis  lançaient  des  flèches  et  jetaient, 
avec  des  dards  aigus  «  de  grandes  pierres  pesantes  qui  brisaient  les  écus  et  les  lances. 
Les  gens  du  château  assaillaient,  et  les  autres  ne  se  défendaient  pas  moins  bien.  Nos 
gens  firent  maints  beaux  coups  d'arbalète  sur  les  murs  :  les  traits  pleuvaient,  et  les 
Turcs  étaient  obligés  de  se  cacher.  L'assaut  était  donné  par  des  hommes  vaillants  qui 
se  relayaient.  On  dressa  les  échelles  et  on  les  appliqua  contre  la  tour  è  grand  effort  et 
à  grande  |)eine;  car  pendant  que  les  chrétiens  les  dressaient,  les  autres,  qui  ne  lâ- 
chaient pas  pied,  leur  jetaient  sur  la  tête  de  grandes  poutres.  Us  revinrent  en  nombre, 
et  embrasèrent  le  château  en  y  jetant  du  feu  grégeois  dans  un  dernier  effort. 
Sur  la  mer,  on  avait  tué  beaucoup  de  Sarrasins;  mais  ils  réussirent  h  brûler  le  château 
avec  les  échelles  et  les  vaisseaux  qui  le  portaient.  Quand  les  Turcs  virent  leur  succès, 
ils  en  furent  pleins  de  joie,  et  ils  se  mirent  à  pousser  de  grands  cris  et  â  huer  les  défen- 
seurs de  Dieu. 

Ce  fut  un  grand  déconfort  pour  l'ost  de  Dieu;  mais  elle  trouvait  de  la  consolation  V.  3819. 
dans  larrivée  en  Syrie  de  vaillants  barons.  Parlons  d'abord  de  l'archevêque  de  Besan-  i,  ux. 
çon.  Il  fit  faire  devant  Acre  un  bélier,  pour  entamer  et  rompre  les  murs,  qui  coûta 
très  cher.  Il  était  bien  ferré,  et  protégé  si  solidement  en  haut  et  en  bas,  par  derrière 
et  par  devant,  qu'il  ne  devait  pas  craindre  une  pierrière,  car  l'archevêque  avait  voulu 
y  employer  tout  ce  que  l'on  met  de  meilleur  à  ces  sorles  de  machines.  Le  comte  Henri 
en  fit  un  autre,  bien  couvert  et  de  grand  prix,  et  les  autres  comtes  et  barons  firent 
plusieurs  autres  engins  qu'on  ne  pourrait  compter.  Mais  nous  voulons  vous  dire  ce 
qui  advint  du  premier,  de  celui  de  l'archevêque,  quand  il  se  présenta  devant  les  murs. 
Les  barons  de  l'ost  avaient  préparé  cet  assaut  après  s'être  entretenus  des  engins  qu'ils 
avaient  fait  faire.  Chacun  fit  approcher  le  sien  des  murs.  L'archevêque  fit  avancer  le 
bélier  dont  j'ai  parlé,  qui  était  construit  à  si  grands  frais  qu'il  aurait  eu  le  droit  de  ne 
rien  craindre  au  monde.  Il  était  comme  sous  une  maison  :  au  milieu,  un  grand  mât  de 
vaisseau  bien  droit,  sans  nœuds,  et  ferré  aux  deux  bouts.  Par-dessous  se  tenaient  ceux 
qui  devaient  heurter  contre  les  murs  et  qui  étaient  en  sûreté.  Les  Turcs,  nos  ennemis, 
y  entassèrent  du  bois  sec  et  y  jetèrent  le  feu  grégeois;  avec  leurs  pierrières  ils  y  lan- 
çaient des  colonnes  entières  de  marbre  et  de  liais,  et  y  jetaient  des  arbres  et  des 
poutres.  Ils  y  lancèrent,  à  seaux  et  à  bouteilles,  â  brocs  et  è  cruches,  du  soufre,  du 
goudron,  du  suif,  de  la  poix,  puis  de  grands  morceaux  de  bois  par-dessus,  et  sur  tout 
cela  le  feu  grégeois,  si  bien  que  ceux  qui  attaquaient  le  mur  sous  le  bélier  s'enfuirent 
et  l'abandonnèrenl.  Les  Turcs,  pour  attaquer  le  bélier,  se  découvraient  sur  les  murs. 
Vous  auriez  vu  là  de  beaux  coups  d'arc  et  d'arbalète,  de  grands  combats  et  des  gens 

IKPClWtRIC     nATIOtitC. 


376  L  HISTOIRE  DE  LA  GUBRfiE  SAINTE. 

blettes Mdteaéeux  <Mie\  vouK  auriez  vu ^e  bons  vassaux  courir  pour  défendre  ieàrftw 
et  pour  eniefer  tout  ce  dout  ie&  ennemis  lavaient  dhar^ré;  Voxiaïauries  v«>v(mrflmindii 
murs  bien  des  Tures  avec  leurs  beaux  JtouclieBs  peints.  Enfin ,  ils  fjetèpsnliefc  hmàÉbM 
tant  qu'ils  enfoneèrent  le  bélier  et  Inris^ent  le  toit  lerréet  toute  i'antnsfgttniilHfffiill 
recommeilcèrent  alors  à  jeter  le  feu  grégeois  4  si  bien  ^'ils  nous  ie  brAUireiibJlo«l<ri 
£sit  Lebélier  leur  frit  Tendttcher^  car  ils  perctirent  qiialreMviagts)d!eti(iBfilieiBnr>«t««i 
é»ir;  mais  ils  Houe  firent  aussi  du  mal.  Quand  on  vit  4pi?an  «ne  pèavait  tBimneiiéi 
béher  iii>r4leiodr8,<l!Àssaut  fiit  suspendu  v  et  des  Sarrasins  se  mirent  A  nouahaeri^ 

v.  3897.        A  la  fin  du  mois  d'«ioût>mourat  en  Fost  la  r^nede  Jérusdiem;  oe  fut  dmwMWg»! 

I.  xin.    car  elle  n'était  pas  encore  Agée,  et  elle  pissait  pour  une  vaillante  dame  M}ae  I)ieâ)>il 

pitîéfde  son  émel  Et  aussi  moururent  deux  ^iemoisell^stràs  beUes,  filles  do  ro^Aé# 

Ces  enfants  qui  moururent  étaient  les  héritières  légitimes  du  royaume,  et  pirlettf 

mort  le  roi  v<{ui  avait  tant  soufiert  peur  ce  royaume ,  le  perdit. 

V.  3909,  En  octobre,  après  septembre,  près  des  calendes  de  novembre,  arriva  d'Akxmidm^ 
I  "  en  grande  pompe  et  en  grand  orgueil  ^  une  autre  flotte.  Ceux  de  Tost  qui  plus  itttri 
comptèrent  les  vaisseaux  dirent  qu'il  y  en  avait  quinze.  Us  venaient  secourir  led  'Ewit 
qui  étaient  dans  Acre,  qui  avaient  supporté  tant' de  privations  et  de  veiUias.(lileneière 
la  flotte  venaient  trois  grands  dromons;  nos  galères  et:  oeux  qui  les;moftlatent  aM^ 
veillèrent  lemr  arrivée.  Qi^md  ceux  desvaisseaux  turcs  les  aperçurent,  ils^euènt  pew 
et  ils  se  troublaient;  il  n'y  eut  si  preux  ni  si  habile  qui  n'eût  bien  voulu  étremlraiil 
Il  était  d^  tard,  il  faisait  sonjire,  et  il  ventait  terriblement,  si  bien  quBfiaiittle 
chrétienne  n'osa  pas  aborder  la  païenne,  car  la  tourmente  leur  donnait  tartoéeiMai 
que  chacun  avait  assez  à  faire  à  s'occuper  de  soi^^m^me.  Gomme  les  Sarrasinaiiypre* 
Paient  toutes  voiles  dehors,  et  passaient  avec  (acuité  la  chatiw  pour aeoDaiM.ieiii 
amis,  il  leur  arriva  ^ande  honte,  sans  qu'ils  pussent  l'éviter,  et  grande  pertes 
dans  le  port  d'Acre,  sur  les  rochers.  Dieu  fit  briser  leurs  navires.  Toute  Vmi 
tienne  les  accablait  de  pierres;  les  navires  furent  mis^  en  pièces  et  la  piupairlidMj||flia 
noyés.  Alor&les  chrétiens  accounirent  en  poussant  des  cris  sur  le  rivage ^  et^SttUBBÉié 
à  tuer  ces  chiens.  Ils  prirent  une  grande  galère,  qui  était  par  force  arrivées  Ai  éeumt  ils 
y  conquirent  beaucoupde  provisions,  et  tuèrent  toute  la  dbiennaille.  Maisièe»(mriMil 
vaisseaux  franchirent  la  chatne,  et  les  Turcs  qui  les  attendaient  kravement  leur  isii£mft 
des  lances  et  aUumèrent  tant  de  lanternes  qu'ilstrâissirentà  aèorder.:  GrAceieialSM^^ 
rasins  qui  venaient  d'amver,  ils  purent  se  renouveler;  ils  mirent  dehors  eeuoDsfii 
étaient  sans  forces  et  retinrent  les  vaillants. 

V.  3961.        Le  jour  de  la  grande  lête  de  saint  Martin»  quand  d^  la  nourritore  remjhiiiil» 

1,  Lxi.    l'ost  fat  convoquée  pour  le  lendeman»,  au  nom  du  fils  de  Marie ,  pour  matdMf  we 

les  montagnes  et  combattre  les  Turcs.  On  fit  là  une*  grande  bénédictîoft«t  unesabieN- 

liiiion  générale  :  l'arehevAque  de  Gantorbéry  la  donna  aveed'^ulresérêqneftjjjèiiei 


L*HISTOIRB  DE  LA  GUBRRE  SilJVtTE.  877 

choÎBÎt  et  on  disteibua  les  chefs,  et  ceux  qui  devaient  avoir  soin  de  fosb  Noageoe  mon- 
tèrent le  matin;  on  comptait  là  bien  des  batailions.  La  plus  belle  armée  chi^enne  que 
jamais  on  ait  vue  sur  terre  s'avançait  si  étroitement  serrée  et  rangée  qu'on  aurait 
dit  des  gens  enchaînés  les.  uns  aux  autres.  Le  front  de  l'armée  étaik  grand)  et  lange  et 
capable  de  Uen  supporter  de  rudes  attaques,  et  Farrière^ndte^  Caite  de  bons  che- 
valiers, était  si  nombreuse  que  pour  en  voir  le  bout  il  aurait  fallu  aller  s'aase^r  sur 
une  hauteur;  on  n'aurait  pas  pu  jeter  une  prune  qui  ne  tombât  sur  des  gens  vêtus  de 
fer  éclatant.  Les  voilà  marchant  droit  au  Doe  ;  avant  qu'on  eâit  eu  le  temps  de  cuire 
un  poulet,  Salahadin  avait  appris  qu'il  aurait  bataille  s'il  voulait  atien^i»  le»  chrétiens. 
Mais  cette  nuit  il  fit  lever  son  camp  et  leur  abandonna  la  montagne  oii  il  était  avec  les 
siens.  Voici  venir  à  notre  ost  un  espion  qui  raconta  que  les  ennemis  avaient  aban- 
donné cette  montagne  et  s'éloignaient,  fuyant  en  grande  hâte,  lla'en  fallut  de  peu  que 
nos  gens  ne  s'élançassent;  mais  c'aurait  été  une  grande  folie  de  les  poursuivre»  car  on 
n'aurait  pas  pu  les  atteindre.  Ne  trouvant  pas  bataille,  ils  se  dirigèrent  tout  droit  vers  i,  un. 
Caîphas,  où  l'on  disait  qu'il  y  avait  des  provisions,  dont  les  assiégeants  avaient  grand 
besoin.  Les  voilà  arrivés  à  la  Recordane  :  plus  prompts  qu'un  autour  qui  poursuit  un 
canard  accoururent  lea  Turcs  pour  les  harceler.  On  les  vit  revenir,  attaquer  l'ost, 
lancer  des  flèches  en  criant  et  en  faisant  sonner  leurs  labours.  Ce  soir-là,  les  pèle- 
rins campèrent  et  att^idirent  jusqu'au  lendemain  matin.  Ils  voulaient  toujours  aller 
droit  à  C«phas;  mais  les  provisions  qu'on  leur  avait  signalées  n'y  étaient  pas  :  les  Turcs 
les  avaient  toutes  emportées  le  matin  quand  ils  étaient  partis,  et  au  joup>  quand  ils 
regardèrent,  ils  virent  à  la  ronde  tous  les  Turcs  du  monde,  à  ce  qu'il  leur  senJ>la,  qui 
avaient  assiégé  leur  ost.  La  terre  en  était  si  couverte,  en  haut,  en  baa,  à  droite,  à 
gauche,  queTost  aurait  bien  voulu  être  ailleurs^  jamais  on  n'a  vu  tant  de  gens  réunis. 
Voila  les  nôtres  promptement  armés  et  rangés  en  bataille;  mais  les  Sarrasins,  cette 
cbiennaille,  n'osèrent  pas  les  combattre,  ni  attaquer  de  si  braves  gens.  Les  pèlerins  se 
mirent  en  route  pour  retourner  là  d'où  ils  étaient  partis;  mais  ils  eurent  encore  bien 
de  la  peine  avant  d'être  revenus  à  leurs  tentes.  A  la  source  du  fleuve  qui  descend  vers 
Acre  il  y  eut  un  grand  carnage  de  chevaliers  des  deux  c6tés  avant  que  les  deux  armées 
se  séparassent.  Dans  cette  journée  de  marche,  les  gens  du  roi  d'Angleterre  firent 
l'arrière-garde  avec  le  Temple,  et  ils  eurent  bien  à  se  garder,  car  Dieu  n'a  pas  fait 
de  neige  ni  de  grésil  ni  d'averse  en  mai,  quand  il  pleut,  qui  tombe  plus  dru  que  les 
traits  ne  tombaient  sur  l'ost  avant  qu'elle  fût  partie  de  là.  Enfin  nos  gens  s'en  allèrent 
en  bon  ordre  et  s'en  retournèrent  vers  Acre.  Les  nôtres  marchaient  à  gauche  du 
fleuve  et  les  leurs  à  droite;  ils  côtoyaient  le  fleuve  des  deux  côtés  et  se  harcelaient 
toujours.  U  nous  arriva  des  gens  qui  nous  prêtèrent  secours.  Les  sergents  à  pied  qui 
accompagnaient  notre  arrière-garde,  et  qui  se  tenaient  derrière  l'ost,  marchaient  la 
tête  tournée  vers  les  Turcs;  ils  eurent  bien  à  souffrir  avant  que  l'ost  fût  en  sûreté. 

«7- 


378 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


I,  JLXUI. 


Y.  /io66.  Au  matin,  au  petit  jour,  nos  gens  s'étaient  mis  en  marche  pour  retourner  i^Awif 
au  siège;  mais  les  Turcs  s'étalent  assemblés  au  pont  du  Doc,  par  oii  ils  devaient  pâsseiw 
lis  s'apprêtaient  k  abattre  le  pont,  quand  l'ost  arriva  sur  eux;  mais  ils  avaient  si  bîeii. 
occupé  le  pont  que  les  pèlerins  ne  savaient  comment  ils  pourraient  le  passer,  tant  Sk 
y  voyaient  d'ennemis  entassés.  Alors  Jofroi  de  Lusignan,  sur  son  destrier  qui  était  fritt, 
et  avec  lui  cinq  bons  chevaliers,  les  chargèrent,  et  les  frappèrent  si  rudement  i[ii% 
en  firent  tomber  plus  de  trente  dans  le  fieuve ,  oii  ils  se  noyèrent  sous  les  yeoi  4t 
l'armée  ennemie;  ils  les  frappèrent  tant  qu'ils  passèrent  tous  de  vive  force,  et  les  ûtoei 
revinrent  au  siège  tout  joyeux  d'être  rentrés.  i- 

V.  /iogi.  On  était  à  la  fin  de  la  saison  du  passage;  il  arrivait  peu  de  renforts  aux  chrétieiiif 
car  ce  n'était  plus  le  moment  favorable^  et  cependant  il  en  arrivait  encore.  A  mesnre^pie 
la  foule  croissait,  les  vivres  diminuaient,  et  plus  le  temps  avançait,  plus  ils  décroissâimtl* 
On  n'avait  de  provisions  que  quand  il  arrivait  des  vaisseaux  ;  les  riches  n'en  manqaaic^ 
pas;  mais  les  pauvres,  qui  en  étaient  dépourvus, 4se  plaignaient  chaque  jour  de  la  dfr- 
sette  qui  les  tourmentait;  beaucoup,  ne  pouvant  pas  supporter  ces  souffrances,  vott^ 
laient  s'en  aller.  Les  vivres  arrivaient  bien  à  Sur,  mais  le  marquis  [de  Montferrat]>kt 
y  retenait  et  les  empêchait  de  venir  jusqu'à  l'ost.  Vous  allez  savoir  ce  qu'avait  fisiit  W 
perfide  marquis.  Il  essayait,  par  de  hauts  hommes  et  par  son  argent,  de  se  rendbê 
maître  du  royaume;  il  fit  tant,  il  travailla  si  bien  par  ses  machinations  qu^une  sœw 
de  la  reine  qui  venait  de  mourir,  femme  de  Hainfroi  du  Toron,  un  des  hauts  Im^' 
rons  du  pays,  fut  séparée  de  son  mari,  et  qu'il  la  prit  pour  femme,  en  promettant  qM 
ses  forces  rejoindraient  l'ost  à  Acre.  Ul'épousa  dans  sa  maison,  contre  Dieu  eteo»(ril 
droit.  L'arcbevêque  de  Cantorbéry  en  fut  très  irrité,  mais  l'évêque  de  Beauvaia  l&Ê- 
maria;  il  eut  grand  tort,  car  le  marquis  avait  déjà  deux  épouses,  deux  belles  et  jeîffilâf 
dames  :  l'une,  belle  et  noble  dame,  était  à  Gonstantinople,  l'autre  était  dans  son  pajt, 
et  il  en-prenait  une  troisième  !  C'est  pourquoi  le  bon  archevêque  et  d'autres  clercss^ 
évêques  s'opposèrent  à  ce  mariage,  l'excommunièrent,  et  ne  craignirent  pas  de  dlfl^ 
qu'il  avait  fait  un  triple  adultère,  et  que  Dieu  n'était  pas  présent  à  une  telle  unioi;i  et  à- 
de  telles  noces.  -   j.* 

Quand  le  marquis  eut  épousé  celle  qu'il  désirait  depuis  si  longtemps,  il  fit  ses  nocei 
et  ses  feslins.  11  avait  maintenant  trois  femmes  vivantes,  une  dans  son  pays,  l*autl^^ 
avec  lui,  et  encore  la  troisième  en  réserve.  D'un  tel  mariage  devait  venir  du  nialv  al 
il  en  vint  le  jour  même,  et  du  dommage;  car  quand  ceux  qui  avaient  été  aux  noetH^ 
eurent  bien  bu,  ils  allèrent  se  divertir  aux  champs,  comme  s'ils  voulaient  s'âmttrê»* 
Des  Sarrasins,  qui  étaient  en  embuscade,  se  jetèrent  sur  eux  et  les  poursuivireitti' 
A  leurs  cris,  ceux  de  l'ost  accoururent;  mais  les  Sarrasins  ne  manquèrent  pas  1^' 


V.  /il/45. 


«■$;. 


^^^  Mo!  h  mot  ff  car  ils  iaissaicut  passer  le  passao^e». 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  379 

coup;  ils  prirent  Le  Bouteiller  de  Senlis  :  nul  ne  sut  où  ils  l'emmenèrent,  s'il  mourut 
ou  ce  qu'il  devint.  Il  y  en  eut  vingt  tant  pris  que  morts  :  ceux-là  eurent  une  belle  fête 
de  noces!  Les  gens  de  Tost  furent  troublés,  et  les  hommes  sages  en  devinrent  plus 
inquiets.  Beaucoup  croyaient  encore  que  le  marquis  leur  disait  la  vérité,  et  que,  sui-  *'  ""• 
vant  sa  promesse,  il  ferait  venir  des  vivres  dans  Tost;  mais  il  s'en  alla  aussitôt,  lui, 
ses  gens  et  son  épousée,  et,  bien  qu'il  eût  des  vivres  en  abondance,  il  n'envoya  plus 
rien  dans  l'ost,  où  Ton  en  manquait  tant,  excepté  à  ceux  qui,  à  grand  tort,  avaient  fait 
son  mariage. 

Seigneurs,  sur  la  mort  d'Alexandre,  qui  causa  une  telle  rumeur,  sur  le  message  de  ^-  ^*79- 
Balan,  sur  les  aventures  de  Tristran,  sur  Paris  et  Hélène,  que  l'amour  fit  tant  souffrir, 
sur  les  prouesses  d'Arthur  de  Bretagne  et  de  ses  hardis  compagnons,  sur  Charlemagne, 
sur  Pépin,  sur  Agoland  et  sur  Guiteclin,  sur  les  vieilles  chansons  de  geste  dont  les 
jongleurs  font  si  grande  fête,  je  ne  sais  vous  dire  ni  vérité  ni  mensonge,  ni  affirmer 
ni  contredire  ce  qu'on  en  raconte ,  et  je  ne  trouve  personne  qui  puisse  me  dire  si  c'est 
vrai  ou  faux.  Mais  ce  qu'ont  vu  tant  de  gens  qui  l'ont  eux-mêmes  souffert  devant  Acre, 
les  peines  qu'ils  eurent,  les  grandes  chaleurs,  les  grands  froids,  les  maladies,  les 
tourments  de  tout  genre,  je  peux  vous  en  faire  le  conte  véridique,  et  cela  vaut  la  peine 
d'être  écouté. 

En  hiver,  au  temps  d'avent,  qui  ramenait  les  vents  et  la  pluie,  c'est  alors  que  dans  ^'  ^'*°'^' 
l'ost  d'Acre  étaient  grandes  les  plaintes  et  les  misères  des  petites  gens  et  des  moyens  '»"*>• 
pour  la  disette  qui  était  arrivée,  car  elle  croissait  de  jour  en  jour  et  ils  se  plaignaient 
sans  cesse.  Tout  alla  bien,  il  est  vrai,  jusqu'à  Noél,  mais  alors  commencèrent  la  dé- 
tresse, la  famine  et  la  misère.  A  mesure  que  le  temps  de  Noël  passait,  la  cherté  allait 
croissant.  Un  muid  de  blé  qu'un  homme  aurait  porté  sous  son  aisselle  pesait  cepen- 
dant bien  lourd,  car  il  coûtait  cent  besants  :  c'étaient  là  de  dures  nouvelles;  le  blé  et  la 
farine  étaient  chers;  le  temps  était  si  dur  qu'une  poule  valait  douze  sous  et  qu'on  ven- 
dait un  œuf  six  deniers;  mais  c'est  pour  le  pain  que  se  livrait  la  bataille  entre  ceux  qui 
en  étaient  privés.  Alors  ils  maudissaient  le  marquis,  par  la  faute  duquel  ils  étaient  si 
mal  en  point. 

Seigneurs,  je  le  dis  sérieusement,  pour  ne  pas  manquer  de  viande  on  écorcha  les    v.  Aaag. 
beaux  destriers,  et  on  les  mangea  avidement;  quand  on  en  écorchait  un,  il  y  avait  grande   !»  "^n 
presse  à  l'entour,  et  l'on  payait  encore  la  viande  cher.  Cette  gêne  dura  tout  l'hiver  :  on 
vendait  le  morceau  dix  sous;  on  vendait  un  cheval  mort  plus  cher  qu'on  n'eût  jamais 
fait  un  vivant.  La  chair  leur  en  semblait  savoureuse,  et  ils  mangeaient  même  les  en- 
trailles. Alors  ils  maudissaient  le  marquis,  par  la  faute  duquel  ils  étaient  si  mal  en  point. 

Le  temps  était  cher,  le  besoin  grand  pour  les  petites  gens  et  pour  les* riches,  et    Y.  &9â3. 
pourtant  ceux  qui  avaient  de  l'argent  pouvaient  avoir  des  provisions;  mais  même  quand       ""h 
ils  auraient  voulu  les  partager,  ils  n'osaient  pas  le  faire,  parce  que  trop  de  gens 


PS»  ^HISTOIRE  DE  LA  GUBRBB  SAHVfE; 

« 

venaient  en  demander.  Aus»  chacun  cachait  ce  qu'il  avak^etitoui  QMkU<yb«iteBAik 
marquis,  par  la  faute  duquel  ila  étaient  si  mal  en  points  .^. 

V.  &a53.        Sans  les  herbages  qu'ils  plantèrent  et  les  semenoes  qu'iU  mirent  #ii  tesre;  B»eù  tpêk 

i,Lm.    ils  se  faisaient  des  potages,  ils  n'auraient  pu  y  résister.  Vous  aurîes  ra  là dr bttn 

sergents,  de  vaillants  hommes  et  bien  nobles»  accoutumés  à  la  riohesseviqttif  pteiaéi 

par  la  faim,  dès  qu'ils  voyaient  Fherbe  pousser,  l'allaient  manger  et  pattrcu  AiâlPik 

maudissaient  le  marquis,  par  la  faute  duquel  ils  étaient  ai  mal  en  poiot. 

V.  6a65.  Il  survint  une  maladie  que  je  vais  vous  dire  :  à  cause  de  pluies  qui  se  migentàtoWNi 
I,  ixx.  ber  alors,  telles  qu'on  n'en  a  janoiais  vu^  si  grandes  que  toute  l'ost  était  no^ée  ^Mu^ 
chacun  se  prit  à  tousser  et  k  s'enrouer,  et  à  enfler  des  jambes  et  de  la  (étev  Uimi.ihAni 
rait  bien  mille  par  jour  dans  l'armée,  et,  par  l'enflure  qu'ils  avaiaut  à  U  tét6i  las-ilMrtft 
leur  tombaient  de  la  bouche.  Beaucoup  ne  pouvaient  en  guérir  paroe  qu'ils  ne^UrMn 
vaicnt  pas  d'aliments.  Alors  iU  maudissaient  le  marquis,  par  la  fauta  ducpid  ila  Mûmâ,  . 
si  mal  en  point. 

V.  6379.        Seigneurs,  le  besoin  fait  souvent  faire  des  choses  dont  on  est  blâmé  eir^ria,  Oky 

1,  utni.    avait  dans  l'ost  bien  des  gens  de  tout  pays  qui  avaient  honte  de  demander  leur  fiiird 

ils  dérobaient  le  pain  aux  boulai^ers. .  ....  ^^^  Un  jour,  pour  un  fait  de  oe  geara%*Ml 

avait  arrêté  un  homme,  et  le  boulanger  qui  l'avait  pris  lui  avait  lié  du  mieux  f^BBk 
avait  pu  les  deui  mains  derrière  le  dos  dans  sa  maison,  où  il  n'y  avait  rien  poiur  Talta* 
cher.  Les  gens  de  la  maison,  occupés  à  enfourner,  tournaient  çà  et  là>  et  ne  piraMiOl 
pas  garde  au  prisonnier.  Dieu,  qui  protège  les  siens,  rompit  les  liens  qui  alladiaiiifc 
ses  mains.  U  était  assis  sur  un  monceau  de  pains  :  pendant  que  les  fans  de  la  m^im 
son  regardaient  ailleurs,  il  en  mangea  tant  qu'il  voulut,  et  en  mit  un  goug  sou  htfthà 
caché  derrière  un  siège.  Il  ne  se  plaignait  plus ,  et,  quand  il  en  vit  le  montent,  M  iM9P«^ 
fuit  grand  train  et  vint  dire  son  aventure  à  ses  con^pagnons  qui  mouraient  iefmih 
Ils  se  partagèrent  et  mangèrent  le  pain  qu'il  leur  apportait,  et  qui  les  seutiut  itfi  Jf0fé 
mais  ce  ne  fut  pas  pour  longtemps.  Voilà  la  faim  si  déchaînée  et  la  misère  ai  ao^ni. 
qu'ils  maudissaient  le  marquis ,  par  la  faute  duquel  ils  étaient  si  mal  ea  point* 

V.  43]5.  Les  gens  de  l'ost  souflraient  bien  des  tourments;  personne  ne  pourjrailt  Yops  nr 
i,Lzm.  conter  jusqu'où  alla  la  misère  qu'ils  endurèrent  et  souffrirent  à  ce  siège  depoîa  lamr 
arrivée.  Écoutez  quel  malheur  et  quel  dommage,  quelle  perte  et  quelle  hontia,  qu'iiQBi 
homme  que  Dieu  a  fait  à  son  image  le  renie  à  force  de  souflrir!  La  disette  de  laHia 
espèce  de  nourriture  était  si  grande  dans  l'ost  que  beaucoup  de  nos  geus  is'ea  nUféiiitr 
aux  Turcs  :  ils  reniaient  la  fpi,  disant  que  jamais  il  ne  put  se  faire  que  Diau  d#iga|| 
naître  d'une  femme,  et  la  croix  et  le  baptême,  ils  reniaient  tout  ensemble» 

V.  4333.        11  y  avait  dans  l'ost  deux  compagnons,  pauvres  sergents,  qui  n'ai^aieut  à  aw  4ê^ 


I ,  LXXT. 


U)  1^  vers  6a8/i  m'est  obscur. 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  584 

qu'an  tknier  angevin  et  ne  possédaient  rien  d'autre  ni  eomme  aliment  ni  comme  avoir, 
fi  ce  n'est  leurs  armures  et  leurs  Tétements;  encore  en  tirèr«[it-ils  mauvais  parti.  Ils 
délibérèrent  comment  ils  emploieraient  le  denier,  quelle  nourriture  ils  en  achèteraient 
•pour  passer  cette  journée  ;  ils  consultaient  le  sort  par  les  poils  de  leur  fourrure  ^^)  pour 
savoir  ce  qu'ils  en  feraient.  Enfin  ils  conclurent  qu'ib  achèteraient  des  fèves.  Ik  en 
eurent  treise,  et  dans  le  nomWe  ils  en  trouvèrent  une  percée  :  pour  la  faire  chauger, 
il iaUut  que  l'un  d'eux  revint  d'une  distance  de  plus  de  sept  arpents;  encore  le  mar- 
chand ne  la  lui  cbangea-t-il  qu'à  grand'peine.  Il  revint  et  ils  mangèrent,  presque  en- 
ragés de  f«m.  Quand  il  n'y  eut  plus  de  fèves,  leur  détresse  redoubla.  Alors  ils  mau- 
dÎNaient  le  marquis,  par  la  faute  duquel  ils  étaient  si  mal  en  point. 

'On  vendait  dans  Fost  une  chose  qu'on  appelait  des  caroubes,  qui  était  douce  à  V. /î36i. 
manger  et  qu'on  avait  sans  difficulté,  une  denrée  pour  un  dénier;  cela  valait  la  peine  i,  Lmi. 
d'aller  les  chercher.  De  ces  caroubes  et  de  petites  noii  bien  des  gens  furent  soutenus; 
mais  ceux  qui  étaient  malades,  qui  buvaient  souvent  du  vin  fort,  dont  on  avait  en 
grande  abondance,  étaient  si  fatigués  par  ce  vin,  outre  qu'ils  ne  mangeaient  que  ce 
qu'ils  aimaient  le  moins,  qu'ils  mouraient  par  trois  et  par  quatre.  Ceux  qui  pouvaient 
faire  de  l'exercice  en  revenaient  :  ils  vivaient,  mais  ils  n'avment  pas  de  quoi  manger,  et 
ils  maudissaient  le  marquis,  par  la  faute  duquel  ils  étaient  si  mal  en  point. 

On  souffrit  bien  des  misères  dans  l'ost  avant  qu'elle  fût  ravitaillée;  il  nest  rien  qui  v.  hSSi, 
enrage  plus  que  la  faim,  la  disette  de  pain,  car  la  faim  tourmente  plus  tous  les  jours  i.  uxm. 
ceux  qui  n'ont  pas  de  quoi  Tassouvir.  Aussi  mangèrent41s  è  toute  force  de  la  viande 
en  carême  :  ce  fut  un  péché.  C'était  à  l'entrée  du  jeûne,  quand  tout  le  monde  doit 
jeûner.  Plus  tard,  quand  le  temps  fut  meilleur,  ils  en  firent  pénitence.  Ceux  qui  man- 
geaient ainsi  de  la  viande,  et  qui  songeaient  au  péché  qu'ils  commettaient,^  maudis- 
saient le  marquis  par  la  faute  duquel  ils  étaient  si  mal  en  point. 

Tout  l'hiver  dura  ainsi  la  grande  disette  que  souffrirent  les  gens  qui  étaient  venus  V.  6397. 
secourir  Dieu,  depuis  Noël  jusqu'au  grand  carême,  je  le  sais  exactement  et  non  par 
à  peu  près.  On  ne  savait  ce  qu'on  deviendrait,  et  dans  l'est  assemblée  autour  d'Acre  les 
gens  voulaient  à  peine  se  voir  les  uns  les  autres.  La  charité  était  si  refiroidie  et  l'avarice 
était  tellement  accrue  que  les  plus  larges  devenaient  avares,  et,  par  cette  avarice  et  ce 
manque  de  largesse,  les  gens  mouraient  de  détresse ^  et  maudissaient  le  marquis,  par 
la>  faute  duquel  ils  étaient  si  mal  en  point. 

Cette  misère  dura  tant ,  qu'on  en  murmurait  trop  fort  ;  mais  Dieu  éprouvait  son  peuple    V.  ââ  1 3. 
pour  lui  montrer  à  l'aimer  et  è  le  craindre.  L'évéque  de  Salisbury  convoqua  ses  fils    i,Lxnin. 
et  ses  fpères  en  Dieu,  et  leur  fit  un  sermon,  leur  donnant  d'ailleurs  le  bon  exemple. 
L'évéque  de  Vérone,  qui  était  bien  digne  de  son  ordre,  ne  fut  pas  paresseux  de  ser- 

'')  G'e^t  ainsi  que  je  comprends  le  vers  &3A5,  que  le  latin  ne  traduit  pas. 


382  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE: 

monner,  mais  dit  des  paroles  qui  allaient  au  cœur.  L'ëvéque  de  Fano,  en  LombardEi^ 
homme  de  sainte  vie,  prêcha  aussi  très  efficacement.  Peu  de  temps  après,  on  fit  dans 
i'ost  une  quête  pour  ceux  qui  étaient  trop  misérables;  elle  monta  à  une  grosse  soouiiés 
et  chacun  fit  ses  efforts  pour  rassasier  les  besogneux.  Vous  auriez  vu  là  les  paump 
gens  remercier  Dieu  en  mangeant  ce  que  les  riches  leur  donnaient.  Là ,  Guauqiielia 
de  Ferrières  eut  les  mains  ouvertes  et  non  avares,  comme  aussi  Robert  Troussebottqvi- 
y  mit  tout  ce  qu'il  avait,  le  comte  Henri  de  Champagne,  qui  y  fit  beaucoup  de  bien  », 
sire  Jocelin  de  Montoire,  qui  ne  doit  pas  être  oublié  dans  ce  tableau,  le  courtois comtOv 
de  Clermont,  qui  y  fut  bon  dépensier,  l'évéque  de  Salisbury,  qui  n'eut  pas  les.  maiiiff 
chiches ,  et  les  autres  qui  craignaient  Dieu  et  qui  secoururent  maintes  gens.  La  coUecHîy/ 
fut  sagement  répartie  et  livrée  aux  petites  gens  comme  aux  grands,  aux  chevaliers,  aox 
sergents  et  aux  pauvres  qu'on  voyait  en  avoir  le  plus  grand  besoin,  à  chacun  seloiitce: 
qu'il  était  et  ce  qu'il  souffrait.  Dieu  vit  que  son  peuple  tendait  au  bien  et  que  lachttsîlé. 
le  pénétrait,  et  à  cause  de  cela  il  le  regarda  des  yeux  de  sa  miséricorde.  .    <    : 

V.  /iA63.  Peut-être  avez-vous  déjà  entendu  raconter  le  miracle  que  fit  le  Roi  du  ciel,  el.tlH^. 
i,L«n.  ceux  qui  l'ont  entendu  doivent  s'en  réjouir.  Au  port  d'Acre  arriva  une  banjue^  rqw, 
n'était  pas  trop  longue  ni  large,  remplie  de  froment.  Vous  allez  voir  comment)  IMiM' 
secourut  les  chrétiens  et  changea  la  disette  en  grande  abondance.  Ce  n'est  pas  <{il0iï. 
disette  fût  si  grande  :  il  restait  beaucoup  de  provisions  dans  I'ost;  seulement  lesitthr- 
chands  les  tenaient  cachées  pour  les  vendre  plus  cher;  mais  quand  Dieu,  qui  est  cliaijli 
et  source  d'humilité,  vit  chez  les  siens  ce  mauvais  esprit,  il  ordonna  que  la  disette  et^la 
famine  prissent  fin,  et  fit  baisser  le  prix  du  froment. 

V.  /i/j83.  Ce  fut  un  samedi  avant  trois  heures  qu'arriva  la  barque  avec  les  blés;  on  ne  pida; 
pas  beaucoup  de  cette  barque  qui  était  arrivée,  excepté  ceux  qui  vendaient  le  bié  et 
qui  ne  pensaient  qu'à  leur  gain.  Le  samedi  après  midi  arriva  la  barque;  c'est  Dieo  «{tti 
l'amena.  Il  prit  le  froment  entassé  dans  les  greniers,  que  ces  gens  vendaient  cent  beoeiHSf 
et,  du  samedi  au  dimanche,  il  le  mit  de  cent  besants  à  quatre.  Voilà  un  marcbeod. 
comme  il  en  fallait  un,  pour  faire  une  baisse  si  grande  et  si  prompte!  •      ^ 

V.  /i/igS.  Ecoutez  Comment  Dieu  châtia  un  homme  qui  l'avait  mérité,  et  ce  ne  fut  pas  grwd 
I,  L»i.  dommage.  11  y  avait  dans  I'ost  un  Pisan  qui  tenait  son  blé  si  cher  qu'il  n'en  vendait. jpil 
une  mesure  si  ce  n'est  à  un  prix  trop  excessif ,  et  Dieu,  qui  connaît  tous  les  cœwaet 
qui  le  voyait  entêté  dans  son  péché,  l'en  punit  en  telle  manière  qu'un  incendie; €Plh*  ' 
brasa  sa  maison.  Tout  ce  qu'il  y  avait  entassé  sans  raison  fut  perdu  et  brAlé».saii8  ^e 
personne  pût  y  porter  secours.  .  t^^ 

V.  45 1 3.         Quand  on  vit  ainsi  agir  la  main  de  Dieu,  la  charité  s'accrut  encore.  Tous  tes  pmidr 
t,Lxxu.    hommes  se  faisaient  les  uns  aux  autres  des  libéralités.  Les  pauvres  rassasiés  rendlMAt- 
grâce  à  Dieu.  Tous  ceux  qui  avaient  mangé  de  la  viande  en  carême  se  confessèrent  rt 
en  reçurent  pénitence,  car  ils  l'avaient  fait  par  nécessité.  Chacun  d'eux  reçut  sur.  le  4o8 


*.    i-'WA 


L^HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  383 

trois  coups  d'un  bftton  assez  léger,  que  leur  donna  Tévéque  de  Salisbury,  qui  les  corrigea 
en  bon  père.  Et  à  la  Pàque  close,  après  que  Dieu  eut  ainsi  agi,  arriva  véritablement  ii,  i. 
dans  l'ost  le  roi  Philippe  de  France;  et  avec  lui  vint  le  comte  de  Flandres,  dont  la  mort 
fit  tant  de  bruit;  et  aussi  le  preux  comte  de  Saint-Pol,  à  qui  Técu  seyait  bien  au  cou  ;  et 
Guillaume  de  Gariande,  en  grande  compagnie,  Guillaume  des  Barres,  bon  chevalier, 
preux  et  dispos;  monseigneur  Droon  d'Amiens,  qui  avait  prouesse  et  vertus;  Guillaume 
de  Mello,  un  chevalier  dont  je  me  loue;  le  comte  du  Perche,  qui  mit  là  tout  ce  qu'il 
possédait,  et  avec  les  Français,  comme  je  l'ai  appris,  arriva  le  marquis.  Que  vous  di- 
rais-je  de  plus?  11  ne  resta  pas  un  haut  homme  en  France  qui  ne  vtnt  alors  au  siège 
d'Acre  plus  tôt  ou  plus  tard. 

Le  roi  de  France,  avec  l'armée  chrétienne,  fut  là  de  Pâques  jusqu'à  la  Pentecôte,  V.  /i55i. 
la  noble  fête,  et  alors  le  roi  d'Angleterre,  qui  avait  pris  Cypre,  arriva  aussi.  Je  vais  ui:u. 
maintenant  suivre  l'histoire  et  rejoindre  ma  matière  en  racontant  le  siège  d'Acre.  Am- 
BRoiSB  veut  achever  sou  conte,  fournir  complètement  sa  carrière,  renouer  et  rejoindre 
son  nœud,  dire  comment  les  deux  rois  qui  étaient  venus  à  Acre  se  comportèrent  pen- 
dant le  siège,  et  rapporter  tout  ce  qu'il  se  rappelle  de  l'histoire,  et  la  prise  d'Acre,  telle 
qu'il  la  vit  de  ses  yeux. 

Quand  ie  roi  Richard  d'Angleterre  fut  venu  dans  la  Terre  Sainte,  comme  je  vous  l'ai  V.  4569. 
dit,  il  fit  une  courtoisie,  une  prouesse  et  une  largesse  qui  méritent  bien  d'être  racon- 
tées. Le  roi  de  France  avait  promis  et  accordé  à  ses  gens  que  chacun  d'eux,  chaque 
mois,  aurait  de  son  trésor  trois  besants  d'or.  On  en  parlait  beaucoup.  Quand  le  roi 
Richard  fut  arrivé  et  qu'il  entendit  cette  grande  nouvelle,  il  fit  crier  par  l'ost  que  tout 
chevalier,  de  quelque  terre  qu'il  fût,  qui  voudrait  prendre  ses  soudées,  aurait  de  lui 
quatre  besants  d'or,  et  qu'il  le  leur  promettait  ainsi.  Et  c'étaient  les  soudées  ordinaires 
que  l'on  donne  dans  ce  pays.  Quand  on  entendit  cette  promesse,  voilà  toute  l'ost  en 
joie.  Les  petites  gens,  et  aussi  les  moyens,  qui  étaient  là  depuis  longtemps,  disaient: 
«Seigneur  Dieu,  quand  donnera-t-on  l'assaut?  Voilà  venu  le  plus  vaillant  des  rois  de 
((toute  la  chrétienté  et  le  plus  capable  d'assaillir.  Que  Dieu  fasse  sa  volonté!  99  Leur  con- 
fiance était  au  roi  Richard.  Le  roi  de  France,  qui  était  venu  depuis  Pâques  et  s'était  in,  ?. 
très  bien  comporté,  lui  fit  dire  qu'il  serait  bon  d'attaquer  et  de  faire  crier  Tassaut. 
Mais  le  roi  Richard  était  malade  :  il  avait  la  bouche  et  les  lèvres  en  mauvais  état  d'une 
maladie  maudite  de  Dieu  qu'on  appelle  léonardie.  Il  fit  savoir  au  roi  de  France  son  mal, 
ajoutant  que  sa  flotte  avec  ses  barons  n'était  pas  arrivée,  retenue  par  un  vent,  qu'on  ap- 
pelle le  vent  d'Arsur,  qui  l'arrêtait  à  Sur;  que  ses  pierrières  arrivaient;  qu'elles  seraient 
bientôt  là,  et  que,  quand  ses  gens  seraient  venus,  il  mettrait  volontiers  toute  sa  peine 
à  prendre  la  ville.  Mais  le  roi  de  France,  si  Dieu  me  protège,  ne  voulut  point  attendre 
pour  cela  et  fit  crier  l'assaut.  Au  matin  on  s'arma  de  tous  côtés,  en  grand  désir  de 
donner  l'assaut.* Vous  n'auriez  pu  compter  tous  les  gens  armés  qui  étaient  là,  tous  les 

98 


mniaciii  lATtOKALt. 


38/ii  ^HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

beaux  hauberts,  tous  les  heaumes  reluisants,  tous  les  ehevaux  aux  belles  formes  ttonlMi 
tes  couvertures  blanches,  tous  les  chevaliers  d'élite.  Jamais  nous  n'avions  tant  vuxde 
bons  chevaliers  preux,  osés,  fiers,  hardis  et  renonunés,  tant  de  pennons,  tant.déJwi^ 
nières  ouvrées  de  mille  façons.  On  distribua  les  postes  ;  on  désigna  ceux  qui  deyiieaL 
faire  la  garde  aux  fossés  pour  que  Salahadin  et  ses  gens  n'entrassent  pais  dans  Fest  par 
derrière.  Les  gens  de  Dieu  s'avancèrent  vers  les  murs  et  conimencèrent  à  lancer  Jfli 
traits  et  à  attaquer.  Quand  les  Turcs  d'Acre  virent  que  les  chrétiens  les  assailtaâiiit». 
vous  les  auriez  entendus  faire  sonner  leurs  bassins,  leurs  timbres  et  leurs  idbiMiaj 
conune  si  Dieu  y  avait  tonné.  Il  y  en  avait  parmi  eux  qui  n'avaient  pas  d'autre  oceiipftf-; 
tion.  Du  haut  du  palais,  ils  surveillaient  rost,et  étaient  chargés  de  faire  grand ImûL 
et  grande  fumée  :  c'était  pour  montrer  aux  gens  de  Salahadin  de  venir  les  aeepaiir; 
et  vous  les  auriez  vus  accourir,  essayant  de  combler  le  fossé  avec  des  fascines;  œak  as 
ne  purent  y  arriver,  car  Jofroi  de  >Lusignan,  dont  la  prouesse  était  toujours  firabAtfi^ 
vint  à  la  barrière,  qu'ils  avaient  déjà  conquise  sur  nos  gens,  et  les  repoussa  de  viYefûroe«. 
11  en  mit  plus  de  dix  en  bière  avec  une  hache  qu'il  tenait;  il  frappait  tant  de  eaaj/fip 
et  de  si  bons,  que  depuis  Roland  et  Olivier  un  chevalier  n'a  pas  mérité  dç  pareiiifls 
louanges.  La  barrière  que  les  Sarrasins  avaient  enlevée  fut  reconquise,  mais  noiiMil^ 
grande  mêlée,  grande  bataille  et  grands  cris.  Quant  à  ceux  qui  assaillaient  la  viUe^  et 
qui  avaient  déjà  rempli  les  fossés,  il  leur  fallut  reculer  en  arrière  et  prcoAii^ 
un  autre  parti  :  ce  fut  de  se  retirer  vers  leur  camp(?)  et  de  ne  plus  lancer  deiratob 
Voilà  l'assaut  arrêté;  voilà  tout  le  peuple  à  se  plaindre,  à  crier,  à  regretter  cette  artin 
vée  des  rois  qu'on  avait  tant  attendue.  Chacun  disait  devant  sa  tente  :  «Beaujsire  DièiU 
quelle  pauvre  attente  nous  avons  faite!"  Nos  gens  allèrent  se  désarmer,  au  nôttoil) 
des  huées  des  Sarrasins,  et  pendant  qu'ils  se  désarmaient  les  Sarrasins  mireofc  eftj' 
core  le  feu  aux  engins  et  aux  cercloies  du  roi  de  France.  Il  en  eut  telle  doulMr'JUf 
cœur,  on  le  sut  et  je  l'ai  entendu  dire,  qu'il  en  tomba  malade  et  ne  put  plua-nÙNDlinr 
à  cheval.  >.;  - 

V.  6698.  Voilà  où  en  était  l'ost,  triste  et  pensive  et  morne  et  abattue,  voyant  les  deux  rois  JM* 
111,  n.  lades,  qui  devaient  prendre  la  ville,  et  le  comte  de  Flandres  mort,  ce  qui  causait  giandl 
découragement.  Que  vous  dirais-je?  La  maladie  des  rois,  la  mort  du  comte,  mireat 
l'ost  en  si  grande  détresse  qu'il  n'y  avait  plus  place  pour  aucune  joie.  Heureoaeomft: 
une  flotte  d'énèques  arriva  en  ce  moment,  nous  amenant  Tévéque  d'Évreuxavec  davaStn 
lants  hommes  ses  vassaux,  et  Roger  de  Toéni  avec  beaucoup  de  chevaliers;  les.fieèiiib 
de  Gornebu ,  tous  braves ,  fils  d'un  même  père  ;  Robert  de  Neufbroc ,  le  plus  franc  hômÉi^ 
qu'on  puisse  chercher;  Jourdain  de  Homez,  connétable  de  Séez;  le  chambellap  kl0')ÏMf^ 
carville.  Déjà  avant  était  venu  le  comte  Robert  de  Leicestre.  Alors  vint  aussi  :69b^ 
Talebot,  un  des  plus  preux  de  nos  guerriers,  et  monseigneur  Raoul  Taisson^  qv11:M| 
faut  pas  oublier;  le  vicomte  de  Ghftteaudun;  Bertran  de  Verdun;.ceux  de  Tianelv 


à. 


' .  -  jsaïk 


L  HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SilNTE.  385 

chevaliers  hardis  et  courtois;  Roger  de  Hardincourt,  proche  ami  du  roi;  ceux  de 
Préaux,  aussi  des  compagnons  du  roi  d'Angleterre;  Garin,  fils  de  Gërod,  avec  belle 
compagnie;  le  seigneur  de  la  Mare  en  bel  et  riche  équipage,  et  bien  d'autres  que  je 
ne  nomme  pas,  qui  vinrent  secourir  Dieu. 

Les  deux  rois  étaient  dans  leurs  lits,  malades,  au  siège  devant  Acre;  mais  Dieu  voulait    V.  ^1736. 
les  conserver  pour  secourir  la  ville.  Le  roi  de  France  fut  guéri  assez  longtemps  avant    m,  ^n. 
l'autre.  Les  pierrières,  sans  cesser,  battaient  les  murs  nuit  et  jour.  Le  roi  de  France  en 
avait  une  appelée  Maie  Voisine;  mais  dans  Acre  était  Maie  Cousine  qui  toujours  l'en- 
dommageait, et  il  la  réparait  toujours;  et  il  la  répara  si  bien  qu'elle  brisa  le  mur  prin- 
cipal et  elle  fit  aussi  beaucoup  de  dégâts  dans  la  tour  Maudite.  La  pierrière  du  duc  de 
Bourgogne  faisait  bien  aussi  son  métier;  celle  des  bons  chevaliers  du  Temple  frappa 
maint  Turc  à  la  tête;  celle  des  Hospitaliers  faisait  des  coups  qui  plaisaient  bien  à  tous. 
On  avait  établi  une  pierrière  qu'on  appelait  la  pierrière  de  Dieu  :  pour  la  faire,  un  bon 
prêtre  avait  prêché,  réjouissant  toute  l'ost,  et  il  réunit  tant  d'argent  qu'il  abattit  plus 
de  deux  perches  tout  alentour  du  mur  qui  était  près  de  la  tour  Maudite*.  Le  comte  de 
Flandres,  quand  il  vivait,  en  avait  eu  une,  la  meilleure  qu'on  pût  trouver;  le  roi 
d'Angleterre  l'eut  après  lui,  et,  avec  celle-là,  il  en  avait  une  petite  qui  passait  pour 
très  bonne.  Toutes  deux  attaquaient  une  tour  qui  surmontait  une  porte  où  les  Turcs  se 
pressaient;  elles  la  heurtèrent  et  battirent  tant,  qu'elles  en  abattirent  la  moitié.  Le  roi 
en  avait  fait  faire  deux  neuves,  si  bien  construites  que  là  où  elles  s  avançaient  elles 
lançaient  tout  à  couvert;  et  il  avait  fait  dresser  un  beffroi  qui  inquiétait  beaucoup  les 
Turcs  :  il  était  tellement  couvert  et  garni  de  cuir,  de  bois  et  de  cordes  qu'il  ne  craignait 
rien  qu'on  y  jetât,  ni  pierres  ni  feu  grégeois.  Il  fit  faire  aussi  deux  mangonneaux ,  dont 
l'un  était  si  raide  que  la  pierre  qu'il  lançait  volait  dans  la  ville  jusqu'à  la  Boucherie. 
Ces  pierrières  lançaient  nuit  et  jour  sans  s'arrêter,  et  il  est  vrai  comme  nous  sommes  ici 
que  l'une  d'elles  tua  douze  hommes  d'une  seule  pierre ,  qui  fut  portée  et  montrée  à  Salaha- 
din.  Ces  pierres  avaient  été  apportées  dans  le  pays  par  le  roi  d'Angleterre  :  c'étaient 
des  galets  de  mer,  qu'il  avait  pris  à  Messine  pour  tuer  les  Sarrasins.  Mais  le  roi  était  ton- 
jours  dans  son  lit,  malade  et  triste.  Il  allait  voir  les  batailles  qu'on  livrait  aux  Sarrasins 
tout  près  des  fossés,  et  le  chagrin  qu'il  avait  de  ne  pouvoir  y  prendre  part  l'attristait 
plus  que  le  mal  qui  le  faisait  trembler. 

Acre  fut  rude  à  prendre,  et  il  fallut  y  dépenser  beaucoup  à  faire  tous  ces  engins,  qui  V.  6809. 
y  suffirent  à  peine;  car,  quand  nous  n'y  faisions  pas  attention,  les  Sarrasins  nous  les  111,  tiu. 
brûlaient.  Le  roi  de  France,  à  grands  frais,  avait  construit  un  chat  et  une  cercloie  ri- 
chement couverte,  ce  qui  fut  grand  dommage.  Le  roi  lui-même  était  assis  sous  la  cer- 
cloie et  lirait  souvent  avec  son  arbalète  sur  les  Turcs  qui  défendaient  les  murailles.  Un 
jour,  comme  ses  gens  surveillaient  le  chat  et  ceux  qui  y  travaillaient,  les  Sarrasins  je- 
tèrent et  amassèrent  tant  de  bois  sec  sur  le  chat  et  sur  la  cercloie  (Ambroise  le  vit  bien) 

98. 


386  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

et  après  lancèrent  avec  une  pierrière  le  feu  grégeois  si  droit,  qu'ils  détruisirent  le  chal^ 
et  la  belle  cercloie  aussi  fut  là  brûlée  et  mise  en  pièces.  Le  roi  en  fut  si  courroiuié 
qu'il  se  mit  à  maudire  tous  ceux  qui  mangeaient  son  pain  quand  ils  ne  le  vengeakiit 
pas  des  Sarrasins.  Il  fit,  cette  nuit-là,  crier  l'assaut  pour  le  lendemain.  Ce  jour  dulett* 
demain,  il  fit  merveilleusement  chaud. 

V.  hShi,  Dès  le  matin  se  mirent  en  marche  nos  braves  et  vaillants  combattants.  La  garde  des 
lu,  a.  fossés  fut  confiée  à  des  gens  qui  n'avaient  pas  peur  :  tout  alentour  à  la  ronde  c'étaient 
les  meilleurs  chevaliers  du  monde;  il  en  fut  besoin  ce  jour-là.  Salahadin  avait  dit 
qu'on  le  verrait,  et  qu'il  entrerait  le  premier  chez  nous;  il  n'y  vint  pas,  mais  les  timB 
y  vinrent  et  descendirent  à  pied  pour  attaquer  le  fossé.  On  les  y  attendit  de  pied  fermé, 
et  l'on  y  donna  de  bons  coups  d'épée  et  de  masse  d'armes.  La  bataille  fut  achamée;*eir 
les  Turcs  du  dehors  étaient  enragés  à  la  vue  de  ceux  d'Acre,  qui  les  appelaient  en  lau 
montrant  l'enseigne  de  Salahadin.  C'était  l'émir  Safadin  avec  les  siens  qui  nous  atlÉH 
quaient.  Ils  réussirent  à  combler  le  fossé,  mais  nos  gens  les  repoussèrent.  Pendant  ee 
temps,  ceux  qui  étaient  allés  à  l'assaut  attaquaient  les  murs  de  la  ville  :  que  Dieu  lenr 
en  rende  bon  salaire  ! 

t;1866.  Les  mineurs  du  roi  de  France,  qui  lui  avaient  fait  promesse,  creusèrent  tant 0000 
terre  qu'ils  trouvèrent  le  fondement  du  mur;  ils  le  soutinrent  avec  des  étançons  anx^ 
quels  ils  mirent  ensuite  le  feu,  si  bien  qu'un  grand  pan  de  mur  tomba;  mais  ce  ne  hi 
pas  sans  danger  pour  eux,  car,  avant  de  tomber,  il  s'inclina,  si  bien  que  tout  le  mondb 
eut  grand'peur.  Quant  on  vit  le  mur  céder,  les  ennemis  arrivèrent  en  grand  noàil^tJ 
Vous  auriez  vu  là  grande  presse  de  ces  maudits  païens  avec  leurs  bannières  et  leort 
enseignes;  vous  les  auriez  vus  avancer  et  nous  jeter  le  feu  grégeois;  vous  auriez  mJn 
lii,  X.  lutte  autour  des  échelles  qu'on  appliquait  aux  murs.  Là  fut  faite  une  grande  prouefiae* 
et  c'est  Auberi  Clément  qui  la  fit.  Il  avait  dit  que  ce  jour-là  il  mourrait  ou  il  entrersii 
dans  Acre ,  et  i]  n'en  mentit  pas  :  il  devint  martyr.  Il  alla  sur  le  mur  combattre  les  Toie0v 
qui  se  pressaient  pour  le  renverser,  et  il  en  vint  tant  sur  lui  qu'il  mourut  en  se  défen- 
dant; car  ceux  des  nôtres  qui  le  suivaient  et  qui  étaient  déjà  sur  l'échelle  la  cbar^ 
gèrent  tant  qu'elle  plia  et  qu'elle  se  brisa  en  morceaux  :  ils  furent  précipités  dan0  lé 
fossé,  aux'grandes  huées  des  Turcs;  beaucoup  y  moururent,  et  d'autres  purent  éttû 
retirés.  Mais  toute  Tost  fut  attristée  à  cause  d'Auberi  Clément,  et  pour  le  plaindre  et 
le  regretter  on  laissa  ce  jour-là  l'assaut. 

V.  4909.  Il  ne  s'était  pas  écoulé  beaucoup  de  temps  depuis  la  mort  d'Auberi  Clément  qoai^ 
m,  XI.  les  mineurs  pénétrèrent  sous  la  tour  Maudite  dont  je  vous  ai  parlé,  et  i'étançonnèiéntt 
elle  était  déjà  fort  ébranlée.  Les  assiégés,  de  leur  côté,  faisaient  une  contre-mkiÉv 
cherchant  à  atteindre  nos  mineurs.  Enfin  ils  se  rencontrèrent.  Us  se  donnèrent  mm** 
tuellement  trêve.  Or  il  y  avait  parmi  ceux  qui  contre-minaient  des  chrétiens,  qui  étaieni 
là  aux  fers  :  ils  parlèrent  avec  les  nôtres,  et  firent  tant  qu'ils  s'évadèrent  Quand  ieil 


'A'-^éh^ 


L*HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  387 

Turcs  de  la  ville  le  surent,  ils  en  eurent  grande  douleur.  Us  réparèrent  et  arrangèrent 
le  trou  par  où  ils  avaient  passé. 

Le  roi  Richard  était  encore  malade,  comme  je  vous  l'ai  dit;  mais  il  voulut  qu'un    V.  ^997. 
assaut  fût  donné  sous  ses  auspices.  Il  fit  approcher  des  fossés  une  cercloie  magnifique,    ni,  m. 
où  étaient  ses  arbalétriers,  qui  faisaient  bien  leur  besogne.  Lui-même,  enveloppé  dans 
une  couverture  de  soie,  il  se  fit  porter  sous  la  cercloie  pour  faire  donmiage  aux  Sarra- 
sins; et  de  sa  main,  qui  y  était  fort  habile,  il  tira  maint  coup  d'arbalète  à  la  tour  que 
ses  pierrières  attaquaient  et  d'où  les  Turcs  tiraient  de  leur  côté.  Ses  mineurs,  cependant, 
creusaient  et  étançonnaient  au  fur  et  à  mesure.  A  forée  d'être  ébranlée  par  les  mi- 
neurs et  les  pierrières,  la  tour  s'inclina  vers  le  sol.  Alors  il  fit  crier  par  son  crieur,    ni,  un. 
monté  sur  un  mur  à  côté,  qu'il  donnerait  deux  besant  d'or  à  quiconque  arracherait 
une  pierre  de  la  tour.  11  en  promit  ensuite  trois  et  quatre.  Vous  auriez  vu  là  les  ser- 
gents accourir,  mais  beaucoup  y  furent  blessés ^^^  et  il  y  en  eut  tant  de  renversés 

qu'ils  n'osaient  plus  s'approcher  ni  se  fier  à  la  protection  de  leurs  targes.  Le  mur  était 
haut  et  large;  cependant  ils  firent  si  bien  qu'ils  en  enlevèrent  plus  d'une  pierre.  Quand 
les  Turcs  virent  qu'on  enlevait  des  pierres,  ils  se  pressèrent  tant,  pour  atteindre  ceux 
qui  détruisaient  le  mur,  qu'ils  s'exposèrent  à  découvert.  Un  Turc,  qui  s'était  paré  de  la 
riche  armure  d'Auberi  Clément,  se  mit  en  avant  avec  une  grande  témérité;  mais  le  roi 
Richard  le  frappa  si  bien  en  pleine  poitrine  d'un  fort  carreau  qu'il  tomba  mort.  Les 
Turcs,  pour  réparer  le  deuil  qu'ib  en  avaient,  se  découvraient,  frappant  et  tirant  de 
grands  coups.  Jamais  ils  ne  s'étaient  si  bien  défendus;  c'est  merveille  d'y  penser.  Là 
aucune  armure  ne  servait,  quelque  forte  et  sûre  qu'elle  fût;  les  doubles  hauberts,  les 
doubles  gamboisons  n'arrêtaient  pas  plus  qu'une  simple  étoffe  les  carreaux  des  arba- 
lètes à  tour,  car  ils  étaient  de  trop  gros  calibre.  D'autre  part,  les  assiégés  creusaient 
contre  nos  mineurs,  si  bien  que  les  nôtres  furent  obligés  de  s'enfuir  et  de  renoncer;  et 
les  Sarrasins  de  les  huer  ! 

Quand  cette  tour,  qui  avait  été  si  attaquée,  fut  enfin  abattue,  et  que,  la  fumée    V.  6989. 
s'étant  dissipée,  on  vit  plusieurs  accès  libres,  alors  s'armèrent  les  écuyers  preux  et  agiles,     m,  xu. 
On  vit  là  la  bannière  du  comte  de  Leicestre  et  celle  de  monseigneur  André  de  Ghavigni; 
celle  de  monseigneur  Hugues  le  Brun  y  vint  aussi  en  belle  allure,  celle  de  Tévêque  de 
Salisbury  et  plusieurs  autres.  Il  était  l'heure  du  repas  quand  elles  vinrent  se  ranger 

devant  la  tour.  Les  preux  écuyers  donnèrent  l'assaut ^^  Quand  ceux  qui  gardaient 

les  murs  les  virent  monter,  ils  poussèrent  de  grands  cris,  et  quand  on  sut  la  chose  par 
la  ville,  elle  s'ébranla  toute,  et  les  Turcs  accoururent  en  foule.  Les  écuyers,  qui  voulaient 
entrer  dans  Acre,  avançaient  rapidement  :  bientôt  ils  se  rencontrèrent,  et  vous  les  auriez 
vus  s'attaquer,  se  frapper,  se  renverser  les  uns  les  autres.  Nos  écuyers  étaient  en  petit 

^*î  Lacune  d'un  vers. 
W  Idem, 


388  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

nombre,  et  les  Sarrasins  croissaient  toujours;  ils  leur  lançaient  ie  feu  ardent,  et  l0s 
noires,  voyant  ce  feu  approcher,  n'osèrent  l'attendre  et  redescendirent,  et,  dans  eèttè 
aventure,  il  en  mourut  je  ne  sais  combien.  Alors  les  Pisans,  gens  de  grande  proimae, 
s'armèrent  à  leur  tour  et  montèrent  en  haut  du  mur;  mais  les  Sarrasins  letnr  tinriUt 
tête.  La  bataille  entre  les  Pisâns  et  cette  chiennaillefut  ^i  fbrteet  si  acfaa^Iée*'^^i■l 
n'a  jamais  vu  si  bien  attaquer  ni  si  bien  défendre.  EnGh  les  Pîsans' furent  obiigét^ 
descendre  aussi.  Si  Ton  avait  mieux  connu  l'affaire,  Acre  aurait  été  prise  ce  joor4à; 
mais  la  plupart  des  gens  de  Tost  étaient  assis  et  prenaient  leur  vepas  :  tout  avait  ité 
fait  soudainement;  ainsi  l'assaut  en  resta  là.  .      v  .  r> 

V.  5o6t.  Il  y  avait  eu  dans  l'ost  une  assemblée  à  la  suite  de  laquelle  on  établit  entre  1#  €«4 
m,  XX.  Gui  et  le  marquis  un  accord  qu'on  avait  beaucoup  souhaité.  Le  roi  de  France  tJBMlt.  ' 
pour  le  marquis  et  le  soutenait,  et  le  roi  Richard  soutenait  le  roi  do  pays,  quiavaitM 
couronné  à  Jérusalem.  Gomme  ils  ne  s'aimaient  pas  et  qu'ils  se  disputaient  ie  ro^^iÉMf^ 
on  décida  que  le  roi  Gui  resterait  roi,  mais  qu'ils  partageraient  entre  eux  ioates  kv 
terres  et  les  rentes.  Le  marquis  aurait  immédiatement  Sur,  Barut  et  Saette,  afiù  iPétai» 
blir  une  paix  solide;  et  s'il  arrivait  que  le  roi  Gui  mourût  le  premier,  le  marqmB'afandit 
la  couronne,  et  Jofroi  de  Lusignan  aurait  Jaffe  et  Ëschalone.  [Et  s'il  arrrivail  qiié^ 
roi  Gui,  le  marquis  et  sa  femme  mourussent,  alors  le  roi  Richard ^^)]  disposerail^^ 
pays.  Mais  le  marquis,  tant  ^qu'il  vécut,  porta  envie  aux  deux  frères.  >  *   *    'i>*' 

V.  5067.  Les  Sarrasins  qui  étaient  enfermés  dans  la  cité  étaient  des  gens  de  grande  et  nm^ 
m,  XT.  veilleuse  fierté.  Si  ce  n'eût  pas  été  des  mécréants,  on  peut  dire  qu'on  n'en  aanitt  |l^' 
mais  vu  de  meilleurs.  Cependant  ils  prenaient  grande  peur  en  voyant  cette  merfe^r^ 
que  le  monde  entier  se  réunissait  pour  les  détruire,  en  voyant  leurs  murspereés,  erefëb 
et  mis  en  pièces, en  voyant  leur  nombre  diminuer  par  les  tués  et  les  blessés.  As  étaMli 
bien  encore  six  mille. dans  la  ville,  parmi  lesquels  le  Mestoc  et  Garacois;  mmêê 
n'avaient  plus  d'espérance  de  secours;  en  outre,  ils  savaient  que  toute  l'ost  était  dui#^ 
pérée  pour  la  mort  d'Auberi  Clément,  et  que  les  chrétiens  les  baissaient  profondâEtrisnt 
pour  leurs  fils,  leurs  frères,  leurs  oncles,  leurs  pères,  leurs  neveux,  leurs  cousins igfeflN 
mains  qu'ils  nous  avaient  tués.  Ils  savaient ,  à  n'en  pas  douter,  que  nos  gens  mourndiltt 
là  ou  qu'ils  les  prendraient  de  force;  il  n'y  avait  pas  d'auti*e  alternative^  Ils  avaÎMtfiA 
construire  un  mur  au  travers  de  la  ville 4  et  ils  songeaient,  j'ose  bien  l'affinnerili'Mi 
défendre  jusqu'à  l'extrémité;  mais  Dieu  les  poussa  à  prendre  unparti dont  le  réadMt 
fut  très  honorable  pour  nous  et  pour  eux  nuisible  et  mortel,  si  bien  que^  grâceè<eelié 
résolution ,.  Acre  fut  à  nous  sans  coupiérir.  -  *  i      *'\'^  • 

V.  5io5.        Les  Sarrasins  qui  étaient  dans  Acre  tinrent  conseil,  et  décidèrent  qu'ils  nou8^4l» 
manderaient  un  sauf^conduit  pour  envoyer  des  messages  à  Salahadin,  qui  leâr  ftfttt 

(^)  Ce  qui  est  enlre  crochets  est  restitué  d'après  ie  latin ,  mais  sans  une  certitude  absolue.  ' 


*  #   »  if-- 


•»%   héJs^  h^i' 


^     -^fïf 


LHISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  389 

promis  que,  s'il  les  voyait  en  trop  mauvais  état,  il  ferait  la  paix  qu'ils  indiqueraient  : 
tel  était  son  engagement  Us  demandèrent  donc  un  sauf-conduit,  et  ils  mandèrent  à 
Salahadin  qu'il  ne  perdît  pas  à  leur  égard  son  renom  de  prouesse  et  d'honneur,  et,  la 
grande  loi  que  Mahomet  avait  établie  chez  leurs  ancêtres,  qu'il  la  gardAt  d'être  abaissée 
et  détruite  par  les  chrétiens,  qu'il  pHt  une  prompte  résolution  et  qu'il  ne  songeât  è 
autre  chose  qu'à  délivrer  les  braves  gens  qu'il  avait  fait  entrer  dans  Acre  :  ils  l'avaient 
tant  gardée  pour  lui  qu'ils  en  étaient  venus  k  être  à  la  merci  de  Tépée  des  ennemis; 
ils  le  suppliaient  de  songer  à  leurs  pauvres  familles,  qu'ils  avaient  laissées  sans  res-^ 
sources  et  qu'ils  n'avaient  pas  vues  depuis  trois  ans  que  la  guerre  avait  commencé;  ils 
lui  demandaient  de  prendre  soin  des  leurs  et  de  ne  pas  les  laisser  eux-mêmes  mourir 
par  négligence,  et  ils  lui  (ysaient  sans  détour  que,  s'il  ne  tenait  pas  sa  promesse,  ils 
feraient  avec  les  chrétiens  le  meilleur  arrangement  qu'ils  pourraient. 

Salahadin  entendit  les  plaintes  de  ces  gens  qui  étaient  serrés  de  si  près;  il  connut  leur  V.  6137. 
mauvais  état,  leur  faiblesse,  leur  détresse  et  leur  découragement.  Il  leur  parla  du  mieux 
qu'il  sut,  leur  disant  qu'il  avait  eu  un  message  de  Babylone,  et  qu'il  recevrait  bientôt, 
dans  des  vaisseaux  et  des  galères,  de  nombreuses  troupes  qu'il  avait  mandées  depuis 
longtemps  pour  secourir  ses  braves  serviteurs  d*Acre,  qu'il  ne  voulait  pas  laisser  périr. 
L'amulaine  lui  avait  mandé' qu'il  viendrait  dans  la  semaine,  et  il  leur  promettait  par 
sa  foi  que,  si  le  secours  n'arrivait  pas,  il  ferait,  pour  les  sauver,  la  paix  avec  les  chré- 
tiens. Les  messagers  qui  étaient  allés  à  lui  revinrent.  Cependant,  tous  les  malheurs  arri-  m,  x^i. 
vaient  aux  assiégés  :  nos  pierrières,  qui  ne  s'arrêtaient  ni  jour  ni  nuit,  brisaient  les 
murs,  et  les  Turcs  avaient  une  telle  peur  que  dans  la  nuit,  de  crainte  de  pis,  ils  venaient 
sur  les  murs  et  se  laissaient  tomber  en  bas.  De  nouveaux  messagers  allèrent  et  revinrent, 
et  firent  entendre  k  Salahadin  qu'ils  étaient  morts  s'ils  n'avaient  paix  ou  secours. 

Salahadin  connut,  sans  doute  possible,  les  grands  maux,  les  grandes  pertes  et  les  V.  5167. 
grands  dommages  de  ses  gens.  Il  prit  conseU  de  ses  barons,  et  leur  demanda  ce  qu'il  m.  x^n. 
devait  faire  au  sujet  de  cette  requête.  Les  seigneurs  et  les  émirs,  qui  étaient  parents  et 
amis  de  ceux  qui  défendaient  Acre,  et  qui  voulaient  les  en  tirer,  lui  répondirent  ou- 
vertement qu'il  n'y  avait  qu'à  faire  une  paix ,  la  meilleure  qu'on  pût  faire,  avant  qu'il 
y  eût  de  plus  grands  malheurs.  Quand  le  Soudan  eut  compris  le  désir  de  tous  ses 
barons,  voyant  la  triste  situation  d'Acre,  qu'il  ne  pouvait  aider,  bon  gré,  mal  gré,  il  dit 
aux  messagers,  qu'il  connaissait  pour  sages  et  preux,  qu'il  consentait  k  rendre  la  ville, 
puisqu'on  ne  pouvait  plus  la  défendre;  Alors,  avant  que  les  messagers  repartissent, 
on  arrêta  les  offres  qu'ils  devraient  faire  aux  chrétiens  quand  ils  leur  parleraient. 
Les  messagers  revinrent,  n'ayant  pas  l'air  mécontent.  Bientôt  eut  lieu  l'entrevue  des 
nôtres  et  de  ceux  de  la  ville,  qui  venaient  faire  leurs  offres.  On  imposa  silence  au 
peuple. 

Les  Turcs  firent  dire  par  un  interprète  les  offres  qu'ils  faisaient.  Ils  offraient  de    V.  5199. 


390  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

rendre  la  croix  en  laquelle  les  chrétiens  ont  foi,  et  la  ville,  et  deux  mille  captifs  de  haut. 
rang,  avec  cinq  cents  de  moindre  condition,  qu'ils  gardaient  depuis  longtemps;  Sala»» 
hadin  ferait  chercher  par  toute  sa  terre  leurs  armes  et  leurs  effets.  Quand  les  Turcs  8or« 
tiraient  d'Acre,  aucun  d'eux  ne  pourrait  emporter  avec  lui  rien  autre  que  sa  cheinka. 
U  y  avait  encore  une  autre  condition  :  ils  donneraient  deux  cent  mille  besants  aux  émoL 
rois  qui  étaient  là,  et  ils  livreraient  en  otage  les  Turcs  les  plus  nobles  et  les  plus  esti*' 
mes,  que  l'on  choisirait  dans  Acre  d'après  leur  apparence  et  le  conuniin  bruit.  Nos 
gens  tinrent  conseil,  examinèrent  ces  propositions,  et  le  conseil  trouva  la  paix  aceep» 
table  et  l'accorda. 

V.  5a95.  Le  jour  où  Acre  fut  rendue,  si  je  suis  bien  informé,  il  y  avait  quatre  ans,  on  le 
111,  xn.  sut  avec  certitude,  que  les  Sarrasins  l'avaient  conquise,  et  je  me  rappelle  nettemMi 
qu'elle  fut  rendue  le  lendemain  de  la  fête  de  saint  Benoit,  malgré  la  race  maudite,^ 
que  Dieu  puisse  maudire  de  sa  bouche,  je  ne  saurais  m'empécher  de  le  souhaitor^B 
fallait  voir  alors  les  églises  qui  étaient  restées  dans  la  ville,  comme  ils  avaient  motiié 
et  effacé  les  peintures,  renversé  les  autels,  battu  les  croix  et  les  crucifix  par  mëpm' 
de  notre  foi,  pour  satisfaire  leur  mécréance,  et  fait  à  la  place  leurs  mahomeries!  Maia> 
tout  cela  ils  le  payèrent  ensuite. 

V.  59&5.  A  cette  époque,  si  je  ne  me  trompe,  comme  Acre  venait  d'être  livrée  et  que  hâ 
m,  zif.  Turcs  devaient  nous  rendre  la  croix,  la  nouvelle  se  répandit  par  toute  Tost  cpe  le  iw 
de  France,  dont  le  peuple  espérait  tant,  voulait  retourner  en  France  et  faisait  ses  pré^l 
paratifs.  Eh!  Dieu  clément,  quel  retour!  Ce  fut  une  bien  mauvaise  pensée,  à  celui  (fà- 
devait  diriger  tant  de  gens,  de  vouloir  s'en  revenir.  Il  s'en  retournait  à  cause  de  ta 
maladie  :  quoi  qu'on  en  dit  d'ailleurs,  c'est  ce  qu'il  disait;  mais  il  n'y  a  aucune  autonlif 
d'après  laquelle  la  maladie  soit  une  dispense  suffisante  de  faire  le  service  du  Roi  soinre^ 
rain  qui  dirige  tous  les  rois.  Je  ne  dis  pas  qu'il  n'y  ait  été,  et  qu'il  n'ait  dépensé  or  et 
argent,  fer  et  bois,  étainet  plomb,  et  secouru  bien  des  hommes,  comme  le  plus  hautToi 
chrétien  qu'on  sache  en  terre.  Mais  c'est  pour  cela  qu'il  aurait  dA  rester  et  faire,  saimdé^ 
faillance,  tout  son  possible  dans  cette  pauvre  terre  sans  secours,  qui  a  été  si  éprouvée. 

V.  6979.  La  nouvelle  se  répandit  par  l'ost,  toute  sûre  et  toute  claire,  que  le  roi  s'en  retour** 
nait,  et  il  s'y  préparait  chaque  jour.  Voilà  les  barons  de  France  pleins  de  trouble  et 
de  colère,  en  voyant  le  chef  dont  ils  étaient  membres  si  décidé  que  leurs  pleure^ 
leurs  plaintes  ne  pouvaient  le  faire  consentir  à  rester.  Et  quand,  malgré  tous  lems^ 
efforts,  ils  virent  qu'ils  n'y  pouvaient  rien,  je  vous  assure  qu'ils  le  blâmaient;  et  pw; 
s'en  fallait,  tant  ils  étaient  mécontents  de  sa  direction,  qu'ils  ne  reniassent  leur  roi* 
et  leur  seigneur.  J 

V.  6289.  Le  roi  de  France  était  sur  son  départ,  et  ne  voulait  se  laisser  persuader  par  pereoBMH 
d'attendre  davantage  pour  s'en  retourner  en  France.  Et,  à  son  exemple,  s'en  retqlir^ 
nèrent  beaucoup  de  barons  et  d'autres  gens.  Il  laissa  comme  échange  k  sa  place  le. 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  391 

duc  de  Bourgogne,  avec  les  gens  de  son  pays.  li  fil  demander  au  roi  Richard  de  lui 
prêter  deux  galères  :  les  gens  de  Richard  allèrent  au  port  et  lui  en  firent  avoir  deux 
belles,  vîtes  et  bien  garnies;  le  roi  d'Angleterre  les  abandonna  libéralement,  et  il  en 
eut  mauvaise  récompense. 

Le  roi  Richard,  qui  restait  en  Syrie  pour  secourir  Dieu,  se  méfiait  du  roi  de  France,  v.  53o5. 
car  la  méfiance  avait  régné  entre  leurs  pères,  qui  s'étaient  souvent  fait  du  mal.  11  lui  iiu  nu. 
demanda  de  lui  donner  sûreté  et  de  lui  jurer  sur  des  reliques  qu'il  n'attaquerait  pas 
sa  terre  et  ne  lui  nuirait  pas  tant  qu'il  serait  dans  son  pèlerinage,  et  que,  une  fois  qu'il 
serait  revenu,  le  roi  de  France  ne  lui  ferait  ni  tort  ni  guerre  sans  l'avoir  fait  prévenir 
par  message  quarante  jours  d'avance.  Le  roi  en  fit  le  serment,  et  donna  comme  cau- 
tions de  bauls  hommes  dont  on  se  souvient  encore,  le  duc  de  Bourgogne,  le  comte 
Henri  et  d'autres  gens,  cinq  ou  davantage;  mais  je  ne  sais  pas  nommer  les  autres. 

Le  roi  de  France  prit  congé,  et  je  peux  bien  vous  dire  une  chose,  c'est  qu'à  son  dé-  V.  ôSag. 
part  il  reçut  plus  de  malédictions  que  de  bénédictions.  Lui  et  le  marquis  s'en  allèrent  iii,xxin. 
par  mer  à  Sur,  emmenant  avec  eux  leur  part  des  prisonniers  sarrasins  qui  avaient  été 
partagés,  entre  autres  Caracois  :  le  roi  espérait  bien  en  tirer  cent  mille  besants,  dont  il 
pensait  pouvoir  entretenir  ses  gens  jusqu'à  Pâques.  Mais  les  otages  furent  victimes  de 
l'abandon  des  leurs,  et  la  plupart  livrés  à  une  mort  douloureuse,  si  bien  qu'on  n'en 
eut  pas  une  maille  ni  rien  qui  la  vaille.  Les  Français  n'eurent  que  la  moitié  du  butin 
qu'on  avait  trouvé  à  Acre  ;  ils  se  plaignirent  souvent  de  n'avoir  pas  eu  d'autre  payement,  et 
il  y  eut  là  de  grandes  querelles.  Plus  tard ,  le  roi  d'Angleterre,  que  le  duc  de  Bourgogne 
en  avait  requis,  prêta  au  duc,  sur  leurs  otages,  cinq  mille  marcs  de  son  argent  pour  la 
solde  de  leurs  hommes,  leur  faisant  ainsi  grand  avantage;  mais  cela  fut  longtemps  après. 

Le  roi  Richard  vit  bien  que  toute  la  peine  et  toute  la  dépense  le  regardaient,  puisque    V.  5358. 
le  roi  de  France  était  parti  sans  vouloir  rester.  Il  fit  alors  tirer  de  son  trésor  grande    iv,  i. 
foison  d'or  et  d'argent,  qu'il  donna  généreusement  aux  Français  pour  les  réconforter, 
parce  qu'ils  étaient  pleins  de  découragement,  et  à  d'autres  gens  de  plusieurs  nations, 
qui  purent  ainsi  retirer  ce  qu'ils  avaient  dû  mettre  en  gage. 

Le  roi  de  France  partit,  et  le  roi  Richard,  qui  n'oubliait  pas  Dieu,  prit  ses  dispo-  V.  5369. 
sitions.  Il  fil  convoquer,  par  ban,  toute  l'ost;  mais  il  resta  encore  là  une  quinzaine, 
puis  une  huitaine  après  le  terme  fixé,  car  Salahadin  ne  voulut  pas  nous  tenir  l'engage- 
ment qu'il  avait  pris,  ou  cela  ne  plut  pas  à  Dieu,  quoi  qu'on  en  dise.  C'est  ce  qui  fit 
attendre  l'ost  si  longtemps.  Pendant  ce  temps,  le  roi  fit  charger  ses  mangonneaux  et  ses 
pierrières,  de  façon  à  être  prêt  à  partir,  car  déjà  l'été  se  passait,  et  c'est  pour  cela  qu'il 
préparait  tout.  Il  fit  refaire  les  murs  d'Acre,  autant  et  plus  qu'il  en  avait  fait  abattre; 
lui-même,  pour  se  divertir,  il  allait  voiries  ouvriers  qui  y  travaillaient,  car  il  pensait 
toujours  à  recouvrer  le  patrimoine  de  Dieu,  et  il  lui  déplaisait  de  tant  se  reposer,  et 
il  l'aurait  bien  recouvré  sans  les  machinations  de  l'envie. 


392  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

V.  5393.  Le  terme  arriva  des  engagemenls  et  des  serments  que  les  Sarrasîas  avaient  faits 
IV,  n.  Francs.  Les  chrétiens  ne  savaient  pas  qne  les  autres  les  faisaient  attendre  poiir  rien, 
demandant  toujours  des  termes  et  des  répits  nouveaux  pour  «ehercher  la  minte  «tléBl 
Nos  gens  en  demandaient  sans  cesse  des  nouvelles,  et  quand  elle, viendrait;  maia'Daeo 
ne  voulait  pas  garantir  ni  protéger  ceux  en  échange  desquels  on  devait  la  rendre;»L*iui 
disait  :  ccElle  est  venue!  ?)  L'autre  disait  :  ce  Un  tel,  qui  a  été  dans  l'ost  des  SarratÎMi 
«Ta  vue.  7)  Mais  on  reconnut  enfin  que  ce  n'étaient  que  mensonges.  Salahadin  kÔMi 
périr  les  otages  sans  les  secourir ;« car  il  pensait  faire,  au  moyen  de  la  croix,  une  ^ak 
plus  importante.  '         '••* 

V.  5âi3.  Pendant  tous  ces  répits,  les  chrétiens  envoyèrent  des  messages  à  Sur  aq  marquis, 
TV, m.  lui  demandant  de  venir  rendre  les  otages  et  recevoir  la  part  qui  revenait  au  retdè 
France,  c'est-à-dire  la  moitié  de  ce  qui  était  promis.  L'évéque  de  Salisbury,  le  comté 
Robert,  et  l'un  des  frères  dé  Préaux,  bons  chevaliers,  le  preux  et  loyal  Pierre,  forent 
les  trois  qui  portèrent  le  message.  L'enragé  marquis  leur  répondit  qu'il  n'en  feritt 
rien,  car  il  n'osait  pas  aller  dans  l'ost  à  cause  du  roi  Richard  d'Angleterre,  qu'item- 
gnait  plus  qu'homme  du  monde;  et,  par-dessus  tout,  s'il  consentait  à  rendre  les  Tom 
qu'il  gardait,  il  voulait  que  la  croix  fût  partagée  et  qu'il  en  eût  sa  part;  et  al<n^-il 
les  rendrait  sans  plus  attendre.  Les  messagers  entendirent  les  paroles  entêtées  de  T^Aii^ 
minable  marquis;  sachez  qu'ils  l'en  estimèrent  moins.  Ils  firent  tout  ce  qu'ils  pttMH 
pour  l'adoucir,  et  lui  dirent  qu'un  d'eux  resterait  en  otage,  et  qu'ainsi  il  poim«yt 
venir  en  toute  sûreté  devant  le  roi  ;  mais  il  jura  par  son  serment  qu'il  n'y  porterait  fêi^ 
les  pi^ds.  Us  s'en  revinrent  à  Acre  sans  prendre  congé,  et  racontèrent  tout  su- Ml 
sans  rien  omettre.  Le  roi  en  eut  honte  et  dépit.  11  manda  le  duc  de  Bourgogne,'  DiMÊk 
d'Amiens,  qui  était  si  preux  et  estimé,  et  Robert  de  Quinci;  et  quand  ils  furent  vMus, 
le  roi  leur  exposa  la  déraison  et  l'arrogance  du  marquis  et  le  prétexte  qu'il  dooMft 
pour  ne  pas  venir  et  pour  garder  les  otages  :  il  voulait  avoir  sa  part  du  royaume 'SMI 
porter  écu  ni  heaume,  et  il  avait  si  bien  coupé  les  vivres  qu'il  n'en  passait  pas  Me 
denrée  par  Sur  qui  ne  fût  arrêtée  et  prise.  «C'est  une  folie,  dit  le  roi;  sirè  duc,  îlj 
ce  faut  aller.  Si  nous  entrons  dans  la  voie  de  la  folie,  nous  ne  ferons  rien  de  bon.»  Alors 
le  duc  de  Bourgogne  partit  avec  Droon  d'Amiens  et  le  preux,  le  sage  Robert  de  Quiiei; 
Ils  allèrent  trouver  le  marquis  à  Sur,  et  le  sommèrent  de  par  Dieu  et  de  par' le 'Pli 
d'Angleterre  de  venir  reconquérir  et  regagner  la  Syrie,  puisqu'il  en  réclamait  M  ^pul. 
Ils  lui  parlèrent  en  hommes  sages,  et  il  répondit  follement  qu'il  ne  mettrait  ^«aiia 
pieds  dans  l'ost,  et  qu'il  garderait  sa  cité,  qui  ne  craignait  homme  vivant.  Ils  diiqpo^. 
tèrent  longtemps,  mais  à  la  fin  les  trois  messagers ,  ces  hauts  hommes,  firent  tant  qii% 
emmenèrent  les  otages  dans  l'ost  d'Acre,  où  étaient  les  autres.  :tî 

V.  5^87.        Ainsi  arrivèrent  les  otages  qui  avaient  été  retenus  à  Sur.  Cependant  depuis  ^ojaib 
IV,  If.   jours,  et  même  plus,  était  passé  le  terme  des  engagements  que  les  Sarrasins  ftfiieÉl 


L'HISTOIRE  DE  LA  GJJËRRÇ  SAIQITE.  ^93 

promis  de  tenir  à  la  chrétienté.  Le  soudan  y  avait  failli;  il  se  conduisit  comme  un 
homme  déloyal  et  méprisable  en  ne  rachetant  ni  ne  délivrant  les  siens,  qu'il-  livra  à  la 
mort;  il  perdit  alors  sa  renommée,  qui  avait  été  si  haute,  car  il  n'y  avait  pas  eu  une 
cour  au  monde  où  on  ne  la  célébrât;  mais  Dieu  dépose  son  ennemi  «  après  l'avoir  toléré 
iin  temps,  tandis  qu'il  maintient  et  élève  son  ami  et  dirige  ses  affaires.  Pour  Sal^ha- 
din.  Dieu  ne  devait  plus  l'élever  ni  le  soutenir,  car  tout  ce  qu'il  avait  fait,  toutes  ses 
conquêtes  sur  les  chrétiens  ne  lui  avaient  réussi  que  parce  que  Dieu  se  servait  de  lui 
et  voulait,  par  son  moyen,  recouvrer  et  ramener  dans  la  bonne  voie  son  peuple.,  qui 
était  dévoyé. 

Quand  le  roi  Richard  sut  véritablement  et  comprit  sans  doute  possible  que  Salahadin  V.55i3. 
ne  faisait  que  l'amuser,  il  sentit  un  grand  déplaisir  de  n'avoir  pas  déjà  mis  l'ost  en 
mouvement.  Quand  il  connut  bien  la  chose,  et  vit  que  Salahadin  ne  lui  tiendrait  rien, 
et  n'aurait  pas  égard  au  salut  de  ceux  qui  lui  avaient  défendu  Acre,  il  assembla  en 
conseil  les  hauts  hommes,  qui  délibérèrent,  et  l'on  décida  qu'on  tuerait  la  plupart  des 
Sarrasins,  et  qu'on  garderait  ceux  qui  étaient  de  haute  naissance  pour  racheter  de  nos 
otages.  Le  roi  Richard,  qui  avait  tué  tant  de  Turcs  dans  le  pays,  ne  voulut  pas  s'en 
rompre  davantage  la  tête:  pour  abattre  l'orgueil  des  Turcs,  pour  abaisser  leur  loi  et 
pour  venger  la  chrétienté,  il  en  fit  mener  hors  de  la  ville,  chargés  de  liens,  deux  mille 
sept  cents,  qui  furent  tous  mis  à  mort.  Ainsi  furent  vengés  leurs  coups  et  leurs  traits 
d'arbalète;  grâces  en  soient  rendues  au  Créateur! 

Voilà  l'ost  convoquée  par  les  crieurs  à  l'heure  oii  le  soleil  se  couche.  [Il  fut  crié  V.  ssâ.'i. 
partout  qu'ils  se  mettraient  en  marche^^^],  qu'ils  chevaucheraient  au  moment  voulu  iv,  t. 
et  qu'en  invoquant  le  nom  de  Dieu  ils  passeraient  le  fleuve  d'Acre  pour  aller  droit  à 
Escalone  et  conquérir  le  rivage  de  la  mer.  Ils  chargèrent  des  approvisionnements,  du 
biscuit,  de  la  farine,  des  vins  et  des  viandes;  on  avait  ordonné  que  chacun  portât  des 
vivres  pour  dix  jours;  les  mariniers  devaient  venir  avec  leurs  bateaux  chargés  et  suivre 
l'ost  le  long  de  la  côte,  et  les  énèques  aussi  devaient  suivre  promptement,  années, 
appareillées,  chargées  d'hommes  et  de  vivres.  Le  plan  était  d'avancer  ainsi  en  deux 
corps  séparés,  l'un  marchant  par  mer,  l'autre  par  terre  ;  car  on  ne  pourra  jamais  re- 
conquérir autrement  la  Syrie  maintenant  que  les  Turcs  s'en  sont  emparés. 

L'ost  était  restée  devant  Acre  deux  hivers  et  tout  un  été,  presque  jusqu'à  la  mi-    Y.  5567. 
ao&t,  à  grande  peine  et  à  grande  dépense,  quand  le  roi  fit  l'exécution  de  ces  Turcs,  qui    iv,  n. 
avaient  bien  mérité  la  mort  par  tout  le  mal  qu'ils  avaient  fait  à  Dieu  et  à  ses  pèlerins, 
dont  il  était  résulté  tant  d'orphelins,  tant  de  filles  sans  appui,  tant  de  veuves,  tant 
d'héritages  perdus,  tant  de  hauts  lignages  abaissés,  tant  d'évéchés  et  tant  d'églises 
privés  de  leurs  pasteurs.  Ce  qu'il  mourut  là  de  princes  et  de  comtes,  un  bon  clerc  en  a 

^'    Resliluë  d'aprèfl  le  latin. 

«9- 


39&  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

écrit  le  comple,  de  tous  ceux  qui  moururent  dans  l'ost  et  qui  avaient  quelque  renon, 
sans  paiier  des  moyens  et  des  petits;  car  s'il  avait  voulu  les  y  mettre  tous,  iin'easenit 
jamais  venu  à  bout,  II  lui  aurait  fallu  trop  de  peine  et  trop  d'écriture.  Dans  le  confie 
qu'il  écrivit  de  sa  main,  il  trouva  et  dit  qu'il  mourut  dans  l'ost  six  arcbevé<pM, 
douze  évéques  et  le  patriarche,  sans  compter  les  prêtres  et  les  dercs,  dont  persôoDe.iH 
pourrait  dire  le  nombre,  li  y  mourut  quarante  comtes,  que  le  clerc  nota  eiactemoit, 
et  cinq  cents  hauts  seigneurs  terriens  qui  étaient  allés  là  requérir  Dieu.  Que  Oieui» 
absolve,  e(  veuille  bien  les  accueillir  dans  son  royaume!  Pour  tous  ceux  qui  moarurMit 
là  et  pour  tous  ceux  qui  y  allèrent,  pour  les  gens  de  haut  rang  et  pour  les  petites  geu 
qui  soutinrent  l'ost  de  Dieu,  pour  tous  ensemble,  nous  devons  prier  du  fond  ducosar 
que  Dieu  les  accueille  entre  ses  amis  dans  la  gloire  céleste,  oii  il  sera  merveilleui  d'An 
reçu,  comme  îl  le  leur  a  promis  pour  leur  bien  et  pour  te  nAtre  :  que  chacun  en  dite 
un  Pater  noiûr. 

Quand  fut  mise  à  mort  la  cbiennaille  qui  s'était  enfermée  dans  Acre  et  nous  y  anal 
donné  tant  de  mal,  le  roi  Richard  fit  porter  et  dresser  ses  tentes  hors  des  fossés,  poar 
attendre  i'ost  prête  à  se  mettre  en  mouvement.  Tout  autour  de  lui,  dans  des  loges, 
il  établit  des  sergents  à  pied,  à  cause  des  perfides  Sarrasins,  qui  venaient  en  gronde  u>* 
pétuosité  et  à  chaque  instant  nous  assaillaient  arec  des  cris  quand  les  nAU^s  s'y  aUm- 
daient  le  moins.  Le  roi,  accoutumé  à  ces  alertes,  sautait  le  premier  sur  ses  anaes, 
piquait  droit  ïur  les  ennemis  et  faisait  de  grandes  prouesses. 

11  arriva  un  jour  que  les  Turcs  repoussèrent  les  ndlres  et  commencèrent  la  Biâée. 
Nos  gens  s'armèrent,  le  roi  et  ceux  qui  étaient  auprès  de  lui,  et  avec  eux  un  comtrde. 
Hongrie  et  une  grande  bande  de  Hongrois.  Ils  sortirent  contre  les  Turcs,  et  il  y  en  Mt 
qui  firent  merveille;  mais  ils  poursuivirent  trop  longtemps  et  ils  en  eurent  mauvaise 
aventure.  Le  comte  de  Hongrie,  qui  était  un  des  grands  seigneurs  de  l'ost,  fut  pm, 
et  un  chevalier  de  Poitou,  nommé  Huguelot,  qui  était  maréchal  du  roi,  fut  emmené 
par  les  Turcs.  Le  roi,  voulant  délivrer  Huguelot,  s'élonca  h  corps  perdu;  maïs  il  fat 
emporté  trop  loin  ;  car  les  Turcs  ont  un  avantage  par  lequel  ils  nous  nuisent  beaationp  : 
les  chrétiens  ont  de  lourdes  armures,  et  les  Sarrasins  n'ont  d'autres  armes  qu'oaus, 
une  masse,  une  épée  ou  un  javelot  acéré  et  un  léger  couteau;  et  quand  on  les  peaf 
suit,  ils  ont  des  chevaux  qui  n'ont  pas  de  pareils  au  monde,  qui  semblent  volero 
des  hirondelles.  On  a  beau  poursuivre  le  Turc,  on  ne  peut  l'atteindre,  et  il  rei 
à  la  mouche  venimeuse  et  insupportable  :  poursuivez-le,  il  prendra  la  fuite; 
il  vous  poursuivra.  Ainsi  celte  race  odieuse  mettait  le' roi  en  grande  gène.  Il  les  ^af 
gcail,  et  ils  s'enfuyaient;  il  revenait,  et  ils  le  poursuivaient.  Souvent  ils  y  avaient  ili>. 
la  perte;  mais  d'autres  fois  ils  avaient  le  dessus.  j 

Le  roi  Richard  était  donc  dans  sa  tente,  attendant  l'ost;  mais- les  gens  étaient  p^ 
resseux  k  sortir  de  la  ville,  et  le  nombre  de  ceux  qui  avaient  passé  les  fosa^  ne  s'ae* 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  395 

croissait  guère  ;  pourtant  la  ville  d'Acre  ëlait  si  pleine  de  gens  qu'ils  pouvaient  à  peine 
y  tenir  :  tant  dans  la  ville  que  dehors,  il  y  avait  bien  trois  cent  mille  hommes.  On 
s'en  allait  à  regret,  car  la  ville  ëtait  pleine  de  délices,  de  bons  vins  et  de  demoiselles, 
dont  plusieurs  étaient  fort  belles.  On  s'adonnait  au  vin  et  aux  femmes,  et  on  se  livrait 

0 

à  toutes  les  folies.  Il  y  avait  dans  la  ville  tant  de  désordre,  tant  de  péché  et  tant  de 
luxure ,  que  les  prudhommes  avaient  honte  de  ce  que  faisaient  les  autres. 

L'ost  était  convoquée,  il  fallut  partir.  Comme  une  chandelle  abritée  s'éteint  si  on  v.  5687. 
l'expose  à  un  fort  vent,  ainsi  force  fut  bien  que  la  folie  répandue  dans  l'ost  s'éteignit 
d'abord,  car  toutes  les  femmes  restèrent  dans  la  ville  d'Acre,  excepté  les  bonnes  vieilles 
pèlerines,  les  ouvrières,  les  lavandières  qui  leur  lavaient  le  linge  et  la  tête,  et  qui  pour 
ôler  les  puces  valaient  des  singe^.  Voilà,  un  beau  matin,  l'ost  armée  et  bien  rangée. 
Pour  qu'il  n'y  eût  pas  de  surprise ,  le  roi  resta  à  l'arrière-garde.  Ce  premier  jour,  on 
fit  une  petite  marche.  Dès  que  les  gens  maudits  eurent  vu  l'ost  se  mettre  en  route, 
vous  les  auriez  vus  descendre  des  montagnes  par  vingt  ou  trente;  car  ils  étaient  enragés 
du  massacre  qu'ils  avaient  vu  faire  de  leurs  parents,  étendus  morts  sous  leurs  yeux; 
aussi  suivaient-ils  l'ost  en  la  harcelant  tant  qu'ils  pouvaient;  mais,  grâce  à  Dieu,  ils 
ne  nous  firent  pas  de  mal.  Nos  gens  partirent  et  passèrent  le  fleuve  d'Acre;  là  ils  dres- 
sèrent leurs  tentes  et  leurs  pavillons,  el  attendirent  que  tous  ceux  qui  devaient  sortir 
d'Acre  fussent  arrivés  :  il  était  si  difiicile  de  les  en  tirer  qu'on  n'avait  pas  pu  les  faire 
sortir  tous  ensemble. 

L'ost  des  chrétiens  passa  le  fleuve  un  vendredi;  le  lendemain  c'était  une  fête  ¥.5721. 
où  personne  ne  fit  œuvre  de  ses  mains,  la  fête  de  l'apôtre  saint  Barthélemi.  Le  lundi  iv,  z. 
d'après,  il  y  avait  juste  deux  ans  qu'avait  commencé  le  siège  d'Acre,  enfin  possédée  par 
les  chrétiens.  Le  dimanche,  au  nom  de  Dieu,  l'ost  se  mit  en  marche  de  grand  matin; 
les  chefs  montèrent  et  ordonnèrent  les  corps  d'armée.  Vous  auriez  vu  là  grande  cheva- 
lerie, la  plus  belle  jeunesse,  la  plus  vaillante,  la  plus  choisie  qu'on  ait  vue  avant  ni 
après,  tant  de  gens  au  courage  assuré,  tant  de  belles  armures,  tant  de  sergents  preux 
et  hardis  et  renommés  pour  leur  prouesse,  tant  de  lances  reluisantes  et  belles,  tant  de 
pennons,  tant  de  bannières  richement  ouvrées,  tant  de  beaux  heaumes,  tant  de  beaux 
hauberts!  En  cinq  royaumes  on  n'en  trouverait  pas  de  tels.  C'était,  à  la  voir  en  marche, 
une  armée  à  inspirer  la  terreur.  Le  roi  Richard,  accompagné  de  gens  qui  ne  connais- 
saient pas  la  peur,  faisait  ravant-garde;au  centre,  à  l'étendard,  étaient  les  Normands, 
qui  en  eurent  mainte  fois  la  garde.  Le  duc  et  les  Français,  la  fière  nation,  étaient  à 
l'arrière-garde;  mais  ils  avancèrent  si  lentement  qu'il  faillit  en  arriver  malheur. 

L'ost  marchait  le  long  du  rivage;  les  cruels  Sarrasins  étaient  à  gauche  sur  les    v.  5759. 
dunes  et  voyaient  très  bien  notre  marche.  11  s'était  levé  un  brouillard  très  gênant  pour 
l'ost;  la  file  s'était  éclaircie  et  presque   interrompue  à  l'endroit  où  marchaient  les 
charretiers  qui  portaient  les  vivres.  Les  Sarrasins  descendirent,  se  jetèrent  droit  sur 


396  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

ies  charretiers,  tuèrent  hommes  et  chevaux,  prirent  beaucoup  de  provi^ioûsVi^retit 
en  désordre  ceux  qui  menaient  le  convoi  et  les  poussèrent  jusqu'à  la  n^r.  Ils  les  y  pour- 
suivirent, et  là  ils  coupèrent  le  poing  à  un  sergent  qui  (Rappelait  Evrard,  à  ée  qaVm 
m'a  raconté,  et  était  homme  de  l'évéque  de  Salidbury.  Evrard  ne  se  déconceHa  fmi  : 
quand  sa  main  droite  fut  coupée,  il  prit  son  épée  de  la  main  gauche,  les  attendit  éé 
pied  ferme  et  se  défendit  contre  eux  tous.  Voilà  toute  Tost  en  émoi,  tandis;  que  le  iHli 
Richard  n'en  savait  rien  encore.  L'arrière-garde  était  arrêtée,  pleine  de  ttt>uble  0t  de 
désordre.  Alors  Jean,  fils  de  Lucas,  courut  vers  le  roi  lui  dire  les^  nouvelles;  le  itâ^vint 
en  toute  hâte  avec  les  compagnons  auxquels  il  se  fiait;  il  revint  de  l'avant-garde  éà  il 
était,  et  se  jeta  au  milieu  des  Turcs  près  de  la  colline.  Il  tomba  sur  eux  cofàiM  la 
foudre  :  je  ne  sais  combien  il  en  tua  avant  même  qu'ils  l'eussent  reconnu;  s'il  avait  sa 
la  chose  un  peu  plus  tôt,  il  leur  aurait  fait  grand  dommage.  Il  y  eut  là  un  Frai^(iD^, 
le  preux  Guillaume  des  Barres,  qui  renversa  bien  des  Turcs  par  terre;  il  se  condoiml 
si  bien  ce  jour-là  que  le  roi  lui  pardonna  une  rancune  qu'il  avait  contré  lui,  et  né^tAi 
sut  plus  aucun  mauvais  gré.  Ils  repoussèrent  les  Turcs  vers  la  mrontague  et  en  taftreot 
je  ne  sais  combien.  Salahadin,  avec  de  grandes  forces,  était  tout  près;  mais  quarid  3 
vit  ses  gens  reculer,  il  s'arrêta  et  ne  fit  rien.  L'ost,  qui  avait  été  mise  en  désordMêt 
reprit  ses  rangs  et  sa  marche,  tant  qu'ils  trouvèrent  un  fleuve  et  des  citeriies ^t^t 
on  fit  l'essaii  Ils  dressèrent  là  tentes  et  pavillons,  dans  un  grand  espace  oii  Salahadin 
avait  passé  la  nuit,  et  oii  l'on  -voyait  bien  qu'une  merveilleuse  armée  s'était  arrAé^. 

V.  58a3.  En  cette  première  journée  de  marche ,  telle  fut  l'étrenne  de  l'ost  que  les  Turcs  flrmt 
IV,  XI.  sur  eux  du  butin  ^^\  Ce  sont  là  les  aventures  de  la  guerre  ;  Dieu  le  voulut  pour  lettf  salM, 
pour  que  l'ost  avançât  sans  négligence ,  plus  serrée  et  mieux  en  ordre  qu'elle  n'était 
quand  elle  fut  attaquée.  Depuis  lors,  on  y  fit  grande  attention,  et  on  la  dirigea  #irec 
plus  de  prudence.  Mais  les  difficultés  grandissaient;  car  Salahadin  et  la  chiénbéffle 
infidèle  s'en  allaient  déjà  de  l'autre  côté  de  la  montagne,  aux  défilés  oh  ils  savalëàt 
que  nos  gens  devaient  passer.  Ils  avaient  pris  leurs  mesures  de  telle  sorte  q[ae  f&Ét 
devait  être  tuée  ou  prise,  ou  tout  au  moins  mise  en  grande  déroute.  Nos  gens  parâriftt 
du  fleuve;  mais  ils  firent  ce  jour-là  une  petite  marche.  Us  allèrent  camper  sous  Gàl^âiks 
pour  attendre  les  petites  gens,  qui  n'étaient  pas  encore  venus.  ''*'• 

v.  58^7-  Sous  Caïphas,  le  long  du  rivage,  campait  l'ost  vaillante  et  fière,  divisée  en  dènx 
parties,  entre  la  tour  et  la  mer.  Ils  restèrent  là  deux  jours  à  s'occuper  des  é^i^ 
ments  et  des  approvisionnements.  On  jeta  ce  qui  ne  servait  à  rien,  on  garda  ee'ijtii 
semblait  bon;  car  les  gens  de  pied,  les  petites  gens,  s'étaient  tellement  chargée  ée'pNh 
visions  et  d'armes,  et  étaient  venus  avec  tant  de  peine,  qu'il  fallut  en  laisser  beàaéoilp 
là,  qui  moururent  de  chaud  et  de  soif. 

0)  On  peut  lire,  au  vers  58â5,  tM  lor  guaaignwrent. 


:^?^^éA 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  397 

Quand  i'ost  de  Dieu  se  fut  reposée  et  eut  pris  ses  arrangements  sous  Caiphas,  ils  V.  586 1 
en  partirent  un  mardi  et  établirent  leurs  divisions.  Le  Temple  faisait  l'avant-gardc,  iv,  m. 
THApital  Tarrière-garde.  A  voir  les  divers  corps  d'armée,  on  prenait  de  lost  une 
haute  idée,  et  Tost  était  mieux  conduite  qu  elle  n'avait  été  la  première  fois.  A  cause 
du  repos  qu'ils  avaient  eu,  ils  firent  ce  jour-là  une  grande  journée;  mais  sur  le  rivage 
ils  trouvèrent  de  hautes  herbes  et  de  grandes  épines  qui  gênaient  les  piétons  et  les 
frappaient  en  plein  visage.  Toute, la  terre  était  déserte.  Vous  auriez  vu  là  de  belles 
chasses  données  au  gibier  qu'on  trouvait  en  notasse  sur  le  rivage,  qui  se  levait  entre 
leurs  pieds  et  qu'on  prenait  en  abondance. 

Le  roi  vint  au  château  de  Capharnaûm,  qu'avaient  abattu  nos  ennemis.  Il  descendit,  V.  5883. 
et  dîna  en  attendant  l'ost.  Ceux  qui  voulurent  dînèrent,  et,  après  diner,  continuèrent 
jusqu'au  Casai  des  Défilés,  qui  n'est  pas  large  mais  petit:  arrivés  là,  ils  descendirent 
et  dressèrent  leurs  tentes.  Tous  les  soirs,  quand  l'ost  campait,  avant  qu'elle  fût  cou- 
chée, il  y  avait  un  homme  qui  criait,  et  toute  l'ost  y  prenait  plaisir,  car  sa  voix  s'en- 
tendait partout;  il  criait  :  c^ Saint  sépulcre ,  aidez-nous!»  et  tous  criaient  après  lui,  et 
tous  tendaient  leurs  mains  au  ciel  et  pleuraient ,  et  lui  il  recommençait  et  criait  trois 
fois;  et  tous  en  étaient  fort  récréés. 

Pendant  le  jeur,  l'ost  était  tranquille;  mais  quand  la  nuit  était  obscure,  ils  avaient  V.  5905. 
fort  affaire  avec  les  vers  piquants  et  les  tarentules,  qui  les  tourmentaient  fort;  les  pèlerins  iv,  xm. 
qui  en  étaient  piqués  enflaient  aussitôt.  Les  hauts  hommes  leur  donnaient  de  la  thé- 
riaque  qu'ils  avaient  et  qui  les  guérissait  promptement;  cependant  les  tarentules  les 
inconunodaient  fort.  Enfm  des  gens  sages  donnèrent  un  bon  avis  :  quand  ces  vermines 
venaient  et  qu'on  les  voyait,  on  faisait  dans  l'ost  un  grand  bruit,  j'en  prends  Am- 
BRoiSE  à  témoin;  on  frappait  les  heaumes  et  les  chapeaux  de  fer,  les  barils,  les  selles, 
les  panneaux,  les  écus,  les  targes,  les  bassins,  les  chaudières  et  les  poêles.  On  faisait 
un  tel  tapage  et  un  tel  fracas  que  les  vermines  s'enfuyaient  en  entendant  ce  bruit,  et 
quand  on  en  eut  pris  l'habitude,  les  vermines  se  retirèrent. 

Au  Casai,  où  l'ost  s'était  arrêtée,  elle  se  mit  en  mesure  et  en  défense  contre  les  cruels  V.  5931. 
ennemis  qui  depuis  l'attaquèrent  souvent.  On  avait  là  un  large  espace;  il  fallut  y  rester 
deux  jours  pour  attendre  les  vivres  ;  enfin  arrivèrent  les  vaisseaux ,  barques  et  galères,  qui 
suivaient  l'ost  le  long  du  rivage  et  apportaient  les  provisions.  On  était  revenu  au  Casai;  iv,  u?. 
le  roi,  qui  avait  couché  au  Merle,  avait  tout  arrangé  pour  la  marche.  Il  avait  décidé 
qu'il  ferait  ce  jour-là  l'avant-garde,  de  sorte  qu'on  n'eût  rien  à  craindre  par  devant,  et 
que  les  Templiers  feraient  l'arrière-garde  et  seraient  attentifs,  car  les  Sarrasins  étaient 
près  de  l'ost,  et  ils  la  harcelèrent  tout  le  jour.  Le  roi  d'Angleterre  chargea  ce  jour-là, 
et  y  conquit  grande  renommée;  sans  la  mollesse  de  quelques-uns,  il  eût  fait  de  grandes 
choses.  Le  roi  et  les  siens  poursuivirent  l'ennemi;  mais  d'autres  se  montrèrent  paresseux , 
et  le  soir  en  furent  blâmés  à  bon  droit,  car,  s'ils  avaient  suivi  le  roi,  on  eût  vu  un  beau 


398  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

fait  d'armes.  Toutefois  il  repoussa  les  Turcs,  et  Tost  marcha  sur  le  sable,  doucement  et& 
petite  allure,  car  il  faisait  une  chaleur  excessive,  et  l'étape,  ce  jour-ià,  n'était  pas  coiurlef 
mais  grande  et  pénible.  La  chaleur  les  accablait  tellement  qu'il  en  mourait  beaucoup^ 
qu'on  enterrait  aussitôt;  et  ceux  qui  ne  pouvaient  avancer,  dont  il  y  avait  souvrat 
beaucoup,  ceux  qui  étaient  lassés,  épuisés,  découragés  et  malades,  le  roi,  en  chef 
compatissant,  les  faisait  porter  dans  les  galères  et  dans  les  barques  jusqu'à  l'étape. 
(^elte  journée  fut  pénible.  Les  fourriers  allèrent  jusqu'à  la  cité  de  Gésaire  :  les  ennemb 
y  avaient  été;  ils  avaient  fait  grand  mal  dans  la  ville  et  l'avaient  détruite;  mais  à  l'ar-» 
rivée  des  nôtres  ils  s'enfuirent;  nos  gens  y  descendirent  et  dressèrent  leurs  tentes  an 
delà  d'un  fleuve  qu'ils  y  trouvèrent.  C'est  un  fleuve  qu'on  appelle  encore  aujourdlmi 
le  fleuve  des  Crocodiles  :  deux  pèlerins  s'y  baignèrent  et  les  crocodiles  les  mangèrent* 

V.  0993.  Césaire  est  une  ville  avec  une  grande  enceinte,  oh  Dieu  a  fait  de  nombreux  miradea^ 
car  il  séjourna  beaucoup  sur  ce  rivage  avec  ses  chers  compagnons.  C'est  là  que  le  roi 
ordonna  à  ses  énèques  de  le  rejoindre.  Il  fit  faire  une  proclamation  à  Acre  pour  &ire 
venir  les  retardataires,  leur  enjoignant  au  nom  de  Dieu  de  se  mettre  dans  les  éoèqueé 
et  de  venir  dans  l'ost,  et  il  en  vint  beaucoup  avant  que  l'ost  fût  partie.  La  belle  flotté 
arriva  un  soir  à  Césaire;  elle  se  joignit  aux  barques  qui,  chaque  jour,  accompagnaieDt 
l'ost  le  long  du  rivage,  et  qui  lui  fournissaient  des  vivres  en  sufiisance, malgré  lacbiear 
naille  sarrasine. 

V.  6011.  Un  matin,  à  l'heure  de  tierce,  comme  Ambroisb  l'a  su  exactement,  l'ost  fut  année 
et  se  mit  en  marche,  très  bien  garnie  et  rangée.  Il  était  décidé  qu'elle  ferait  une  petite 
journée,  à  cause  des  Sarrasins,  qui  se  jetaient  sur  les  nôtres  dès  qu'ils  bougeaienb 
Ce  jour-là,  ils  nous  poursuivirent  tout  le  temps;  mais  ils  y  perdirent  un  émir  si  fe«* 
nommé  pour  son  grand  courage  et  aussi  pour  sa  grande  force  que  personne,  disait-on, 
n'aurait  pu  le  renverser,  et  que  personne  n'osait  l'attaquer  ;  car  il  avait  une  si  grosse 
lance  qu'il  n'y  en  avait  pas  en  France  deux  plus  grosses.  C'était  Aîas  Estoï,  je  l'entràdis 
nommer  de  ce  nom.  Les  Turcs  en  menèrent  tel  deuil  qu'ils  coupèrent  la  queue  de  lems 
chevaux.  Ils  auraient  bien  voulu  emporter  son  corps,  si  les  chrétiens  le  leur  avaient 
laissé.  Les  nôtres  avancèrent  tant  qu'ils  arrivèrent  sur  la  rivière  Morte,  que  les  perfides 
Sarrasins  avaient  recouverte;  mais  les  nôtres  la  découvrirent,  en  burent,  et  campèrent 
là  deux  nuits. 
V.  Co38.  Après  deux  jours  de  repos,  l'ost  quitta  la  rivière;  elle  marchait  doucement,  sans  se 
"*  i"^-  presser,  dans  un  pays  pauvre  et  ravagé.  Ce  jour-là  on  alla  par  la  montagne,  car ^ 
rivage  était  si  sauvage  et  si  obstrué  qu'on  n'aurait  pu  y  passer.  L'ost  était  plus  senée 
qu'elle  ne  le  fut  en  aucune  autre  occasion.  L'arrière-garde  était  confiée  aux  Templiâi^ 
qui,  au  soir,  se  frappèrent  la  poitrine,  car  ils  perdirent  tant  de  chevaux  qu'ils  en  étaiefert 
tout  découragés.  Le  comte  de  Saint-Pôl,  aussi,  perdit  là  beaucoup  de  chevaux,  lausM 
eut  beaucoup  à  souffrir  des  Turcs  qui  le  harcelaient^  Il  montra  tant  de  courage  et  se 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  399 

mit  tciiemcnt  en  avant  que  toute  l'ost  lui  donna  de  grandes  louanges.  Ce  jour-là  le 
roi  d'Angleterre,  qui  allait  voir  les  Turcs  de  près,  fut  navré  au  côté  d'un  javelot  par  un 
Turc  qu'il  avait  attaqué;  mais  la  blessure  n'était  pas  grave  et  ne  l'empêcha  pas  de  leur 
courir  sus.  On  pouvait  voir  là  voler  les  dards,  tuant  ou  blessant  les  chevaux  :  il  y  en 
avait  une  telle  pluie  qu'on  n'aurait  pas  trouvé  tout  autour  de  la  place  occupée  par 
l'ost  quatre  pieds  de  terre  vide,  et  ce  tourment  qu'endurait  l'ost  dura  toute  la  journée 
jusqu'au  soir,  oik  les  Turcs  se  retirèrent  dans  leurs  campements.  Nos  gens  campèrent 
près  de  la  Rivière  Salée  et  s'y  logèrent.  Vous  auriez  vu  là  un  grand  concours  autour  des 
chevaux  les  plus  gras  qui  avaient  été  tués  le  jour  :  les  sergents  en  achetaient  la  viande; 
ils  la  payaient  très  cher,  et  encore  on  se  battait  pour  en  avoir.  Quand  le  roi  l'apprit, 
il  Ri  crier  un  ban,  annonçant  que  celui  qui  donnerait  son  cheval  mort  aux  sergents, 
iLiui  en  rendrait  un  vivant  en  échange.  Alors  ils  les  eurent  en  abondance  :  ils  les 
prirent,  les  écorchèrent  et  en  mangèrent  de  bons  morceaux  au  lard. 

Ils  se  reposèrent  là  deux  jours,  et  au  troisième,  à  l'heure  de  tierce,  ils  se  mirent  en  ^-  ^<>9»- 
marche,  rangés  en  bataille.  On  leur  avait  dit  que  les  mécréants,  la  noire  chiennaille,  iv,  xn. 
étaient  dans  la  forêt  d'Arsur,  et  qu'ils  voulaient  ce  jour-là  l'allumer  et  faire  un  si  grand 
feu  que  l'ost  en  serait  rôtie;  mais  elle  suivit  son  chemin  à  travers  la  forêt,  et  je  ne 
crois  pas  qu'on  voie  ou  qu'on  ait  jamais  vu  une  plus  belle  marche  que  celle-là.  Ils  ne 
rencontrèrent  rien  qui  les  arrêtât,  et  avancèrent  sans  encombre.  Ils  passèrent  la  mon- 
tagne d'Arsur  et  toute  la  forêt,  et  vinrent  dans  la  plaine  ouverte.  Ils  campèrent  sur  la 
rivière  de  Rochetaillée  en  dépit  des  circoncis,  qui  étaient  venus  là  en  si  grand  nombre, 
au  dire  de  tel  qui  les  avait  bien  vus,  examinés  et  comptés  à  son  estimation,  qu'ils  pou- 
vaient être  trois  cent'miile,  ou  il  s'en  fallait  de  peu.  Et  nos  chrétiens,  à  ce  qu'on  esti- 
mait, n'étaient  pa?  plus  de  cent  mille.  L'ost  de  Dieu  coucha  sur  la  rivière  de  Roche- 
taillée;  elle  y  campa  un  jeudi  et  se  reposa  le  vendredi. 

Le  samedi  au  matin,  chacun  s'apprêta  de  son  mieux  pour  défendre  sa  vie,  car  on    V.  6ia6. 
leur  avait  donné  à  entendre  qu'ils  ne  pourraient  pas  avancer  sans  livrer  bataille  aux    iv,  im. 
ennemis,  qui  s'approchaient  de  tous  côtés  et  rangeaient  leurs  corps  d'armée.  C'est  pour- 
quoi l'ost  chrétienne  prit  ses  dispositions  contre  les  païens,  si  bien  que  dans  l'arrange- 
ment des  corps  d'armée  il  n'y  eut  rien  à  reprendre.  Richard,  le  preux  roi  d'Angleterre, 
qui  connaissait  mieux  que  personne  toutes  les  choses  de  la  guerre,  ordonna  à  sa  guise 
qui  devait  aller  devant  et  derrière.  On  (it  douze  corps  d'armée  bien  distribués,  composés 
des  meilleures  gens  qu'on  eût  pu  trouver  sous  le  ciel ,  tous  résolus  dans  leur  cœur  à  bien 
servir  Dieu.  Le  Temple  faisait  l'avant-garde,  et  l'Hôpital  l'arrière-garde;  après  le  Temple 
venaient  les  Bretons  et  les  Angefins  réunis;  ensuite,  comme  je  m'en  suis  assuré,  venaient 
les  Poitevins  et  le  roi  Gui;  puis  chevauchaient  les  Normands  et  les  Anglais,  portant  - 
le  dragon,  et  THôpital,  chargé  de  l'arrière-garde,  marchait  en  dernier.  L'arrière- 
garde  était,  ce  jour-là,  garnie  de  hauts  barons;  ils  étaient  rangés  en  bon  ordre,  bien 

3o 


&00  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

» 

distribues,  et  s'avançaient  si  serrés  qu'une  pomme  qu'on  aurait  jetëe  n'aurait  pu  toHH 

ber  que  sur  un  homme  ou  un  cheval.  Cette  arrière-garde  allait  de  l'ost  des  SarrasÛM 

jusque  tout  près  de  la  mer.  Vous  auriez  vu  là  bien  des  bannières  et  bien  des  gen»^ 

bonne  mine.  Là  étaient  le  comte  de  Leicestre,  qui  n'aurait  pas  voulu  être  aiileur»,  4i 

Huon  de  Gournai  avec  ses  gens  bien  renommés;  Guillaume  de  Borriz,  qui  était  Al 

pays;  Gauquelin  de  Ferrières,  avec  des  gens  de  toutes  sortes;  Roger  dé  Toéni,  wet 

beaucoup  de  chevaliers;  le  preux  Jacques  d'Avesnes,  que  Dieu  reçut  ce  jour-là  dttDÎ 

son  royaume^,  le  comte  Robert  de  Dreux,  avec  ses  gens  en  grand  nombre;  Tévécpie  db 

Beauvais,  qui  s'était  joint  à  son  frère;  le  seigneur  des  Barres,  le  seigneur  de  Garlattéd 

y  étaient  en  grande  compagnie  ;  Guillaume  et  Droon  de  Mello  n'en  avaient  pas  mofliéi. 

Les  lignages  marchaient  ensemble  et  se  retrouvaient,  et  ainsi  l'ost  était  si  bien  oftli 

qu'on  aurait  eu  peine  à  la  disjoindre.  Le  comte  Henri  de  Champagne  gardait  P^ûil 

du  côté  de  la  montagne  ;  il  faisait  fonctions  de  garde-côte ,  et  chevauchait  tout  le  tein|Nl 

le  long  des  rangs.  Les  sergents  à  pied  étaient  derrière  l'ost  et  fermaient  la  mardiè; 

les  munitions,  les  provisions,  les  charrettes,  les  sommiers,  les  harnais,  tout  cela  était 

en  bas  sur  le  rivage,  de  façon  à  être  moins  exposé.  •  *• 

V.  6âoi.        Ainsi  l'on  marchait  avec  conGance,  l'armée  et  les  approvisionnements,  douoémml^ 

IV, xvia.    à  petite  allure.  Le  duc  de  Bourgogne,  avec  le  roi  et  des  gens  hardis  et  preux,  elM^ 

vauchait  par  devant,  par  derrière,  à  droite  et  à  gauche,  pour  diriger  l'ost  et  voû"  Iw 

Turcs  et  leurs  positions.  Ils  eurent  beaucoup  de  peine;  car,  une  heure  avant  tierce,  wn* 

vèrent  plus  de  deux  mille  Turcs  tirant  de  l'arc,  qui  enveloppèrent  IW.  Apris  eux  vittt 

un  peuple  noir,  ceux  qu'on  appelle  les  Noirets,  et  les  Sarrasins  de  la  berruie^^  hidbvx 

et  plus  noirs  que  de  la  suie,  gens  extrêmement  agiles  et  prompts ,  allant  à  pied,  perturt 

des  arcs  et  de  légers  boucliers.  Ils  tourmentaient  l'ost  sans  lui  laisser  an  moment  de 

repos.  Vous  auriez  vu  dans  la  campagne  des  Turcs  en  si  grand  nombre,  tant  de  pM^ 

nons,  tant  d'enseignes,  tant  de  bannières,  tant  de  bataillons  si  bien  rangeai  PItia  de 

trente  mille  Turcs  vinrent  ainsi  en  bel  équipement  se  jeter  à  toute  bride  sur  Peet^ 

montés  sur  des  chevaux  prompts  comme  la  foudre  et  soulevant  des  tourbillons  de  pont* 

sière;  devant  les  émirs  s'avançaient  ceux  qui  tenaient  les  trompettes;  d'autres  portaneÉt 

des  timbres  et  des  taboulés,  et  n'avaient  d'autre  fonction  que  de  firapper  sur  lenn  lit 

bours  et  de  pousser  des  cris  et  des  huées  :  on  n'aurait  pas  entendu  Dien  tonner.,  tant 

il  y  avait  de  tabours  qui  retentissaient.  Cette  chiennaille  attaqua  l'ost  et  la  pîreiM 

vivement.  A  deux  lieues  tout  alentour,  vous  n'auriez  pas  trouvé  plein  mon  giron  de 

terre  vide  ni  de  place  oii  il  y  eût  autre  chose  que  cQjtte  race  maudite.  Dii  c6té  de  le  ^ 

mer  et  du  côté  de  la  terre  ils  les  attaquaient  de  si  près,  avec  tant  de  forée  et  tfmf^ 

portement,  qu'ils  leur  faisaient  grand  donmiage,  d'abord  en  tuant  leurs  chevaQX»doM 


(*)  Ce  mot  topique  à  dû  être  consenré;  voir  au  Glossaire. 


•»•  • 


L*HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  AOl 

beaucoup  lombaietit  niorls.  Ce  jour-là  firent  grand  service  à  l'ost  les  bons  arbalétriers 
et  les  bons  sergents  qui  tiraient  de  l'arc  et  qui  se  tenaient  par  derrière.  Nos  gens  se 
crurent  enfoncés,  car  ils  étaient  si  vivement  pressés  qu'ils  n'espéraient  plus  s'en  tirer 
sains  et  saufs,  et  sachez  que  les  couards  jetaient  leurs  arcs  et  leurs  flèches  et  se  réfu- 
giaient dans  Tost;  et  les  vaillants  qui  restaient  et  qui  protégeaient  Tost  par  derrière 
avaient  une  telle  presse  aux  talons  qu'ils  marchèrent  ce  jour-là  à  reculons  plus  qu'au- 
trement. Il  n'y  avait  dans  l'ost  aucun  homme  si  hardi  qui  n'eût  voulu  pour  beaucoup 
avoir  fini  son  pèlerinage;  et  il  ne  faut  pas  s'en  étonner,  tant  l'ost  était  serrée  de  près 
à  droite  et  à  gauche.  Jamais  on  n'a  vu  d'ennemis  si  acharnés  ni  une  ost  mise  à  une 
telle  épreuve.  Vous  auriez  vu  là  les  chevaliers  qui  avaient  perdu  leurs  chevaux  tirer  de 
Tare  à  pied  avec  les  sergents,  et  je  puis  vous  raconter  (beaucoup  savent  bien  si  je 
mens)  que  jamais  pluie,  neige  ou  grêle,  au  cœur  de  l'hiver,  ne  tomba  plus  dru  que 
ne  faisaient  là  leurs  carreaux»  dont  ils  nous  tuaient  nos  chevaux  :  on  aurait  pu  les  ra- 
masser et  les  recueillir  à  brassées,  comme  on  ramasse  le  chaume  dans  les  champs,  tant 
étaient  nombreux  ceux  qui  tiraient  sur  nous.  Ils  se  jetèrent  avec  tant  d'ardeur  sur  les 
bagages  qu'ils  les  mirent  presque  en  désordre.  Les  Hospitaliers  mandèrent  au  roi  que 
les  ennemis  leur  donnaient  trop  de  peine,  et  qu'ils  ne  pourraient  plus  y  tenir  à  moins 
de  les  charger.  Le  roi  répondit  qu  ils  se  continssent  et  qu'ils  supportassent  cette  épreuve; 
et,  bon  gré  mal  gré,  ils  la  supportèrent,  et  péniblement  continuèrent  leur  chemin. 

Il  faisait  très  chaud  en  ce  jour,  comme  Dieu  le  voulait;  la  chaleur  était  grande,  et  V.  63o3. 
l'ennemi,  qui  nous  poussait  par  derrière,  était  acharné;  et  je  dois  vous  dire  qu'il  n'y  a 
pas  au  monde  de  gens  si  hardis,  s'ils  avaient  vu  le  nombre  et  la  presse  des  païens,  le 
grand  élan  et  l'emportement  où  le  diable  les  poussait,  qui  n'eussent  eu  quelque  crainte 
en  voyant  notre  situation  difficile,  s'ils  n'avaient  pas  connu  leurs  coutumes.  Car  de 
même  que  les  forgerons  frappent  sur  leur  enclume  à  longs  intervalles,  ainsi  leurs  gens 
frappaient  par  accès  sur  l'arrière-garde,  que  conduisaient  ce  jour-là  les  chefs  les  plus 
preux .  .  .^^K  Ils  ne  faisaient  pas  attention  à  eux  comme  ils  l'auraient  dû ,  et  les  nôtres  leur 
faisaient  grand  mal,  les  ramenant  à  coups  de  masse  d'armes.  Vous  auriez  vu  là  de 
grandes  places  vides  autour  de  gens  qui  auraient  pu  être  ailleurs,  mais  qui  ne  voulaient 
pas  admettre  que,  pour  les  Turcs,  ils  abandonnassent  leur  poste  ou  se  détournassent 
d'un  pas.  Ils  firent  en  effet  tout  autrement  :  ils  combattirent  avec  courage;  les  Turcs  se 
lançaient  dans  nos  rangs  avec  fureur;  il  ne  faut  pas  s'en  étonner,  car  de  tout  ce  qu'il  y 
a  de  meilleur  en  paiennie,  depuis  Damas  jusqu'en  Perse,  depuis  la  mer  jusqu'en 
Orient,  il  n'était  pas  resté  de  gens  hardis,  renommés  et  vaillants  que  Salahadin  n'eût 
recherchés,  pris  à  sa  solde,  amenés  et  retenus  par  prière  ou  autrement;  car  il  pensait 
bien  détruire  alors  le  peuple  d3  Dieu.  Mais  à  eux  tous  ils  n'auraient  pu  y  suffire,  car 

(*^  n  y  a  ici  une  lacune,  lans  doute  de  quelques  vers,  que  le  laiio  n*iide  |mi8  à  combler. 

3û. 


•  ♦    -• 


402  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

la  fleur  de  la  chevalerie,  le  bon  grain  de  la  jeunesse  militaire,  tout  ce  qui  éavatt le 
mieux  la  guerre  s'élait  levé  dans  toute  la  chrétienté  pour  combattre  les  paiefis  :  i^éiait 
Télile  des  preux,  et  celui  qui  l'aurait  vaincue  aurait  bien  pu  dire  que,  dans  le  moiidev 
rien  ne  pouvait  lui  résister. 
V.  6359.  La  chaleur  et  la  poussière  étaient  grandes;  le  peuple  du  diable  était  fier» 
IV.  IIS.  Tost  de  Dieu  était  pleine  de  valeur  et  se  défendait  bien.  Les  Turcs  étaient  là  amon^ 
celés,  plus  serrés  qu'une  haie;  les  chrétiens  avançaient  dans  leur  route,  et  les  autres  Jefl 
poussaient  dans  le  dos;  mais  ils  ne  purent  leur  faire  grand  mal.  Les  Turcs,,  leegem 
du  diable,  enrageaient.  Ils  nous  nommaient  cdes  gens  de  fer?),  parce  que  nous avione^îles 
armures  qui  garantissaient  nos  gens,  en  sorte  qu'ils  craignaient  moins  leurs  altik|p^ii 
Les  Turcs  mettaient  leurs  arcs  sur  leur  dos  et  nous  attaquaient  avec  leurs  masses*  fly^W^ 
avait  plus  de  vingt  mille  qui  forgeaient  ainsi  sur  les  Hospitaliers,  quand  l'un  de  c^Ufeî 
s'écria  :  c( Saint  Georges,  nous  laisserez-vous  détruire  ainsi  ?  La  chrétienté  deyràît  p6ûr. 
ce  de  honte  quand  il  n'y  a  personne  qui  ose  attaquer  cette  chiennaille  !  n  C'était  le  matee 
de  THôpital,  frère  Garnier  de  Napes;  il  vint  au  roi  au  galop  de  son  cheval  et  loi 'dit* t 
ce  Sire,  on  nous  fait  trop  de  tort  et  de  honte;  nous  perdons  tous  nos  chevaux»  )»  Le  f>H 
lui  dit  :  ((Patience,  maître.  On  ne  peut  pas  être  partout.?)  H  revint  aux  sieiiB>  eiles 
Turcs  nous  poussaient  toujours  par  derrière,  si  bien  que  les  princes  et  les  eomlee^m 
étaient  tout  honteux  et  disaient  :  ((Allons,  chargeons  !  On  nous  prendra  powr>^de9 
((lâches.  Jamais  on  n'a  vu  une  telle  honte;  jamais,  par  les  mécréants,  notre  armée  0*a 
<!(  encouru  un  tel  blâme,  et  si  nous  tardons  à  nous  défendre,  nous  pourrons  bien  attedApè 
((trop.  79  Dieu!  quelle  perle,  quel  malheur  et  quel  deuil  ce  fut  alors  !  Tant  de  Saimpai 
y  auraient  péri,  si  nos  péchés  n'avaient  fait  manquer  la  charge  qu'on  avait projeMpl. 
On  arrangeait  cette  charge,  à  laquelle  tout  le  monde  s'accordait;  ils  avaient  déjà  pris 
toutes  leurs  mesures,  qui  auraient  été  bonnes  si  on  les  avait  bien  gardées.  Il  étnteoil*' 
venu  qu'avant  la  charge  on  placerait  en  trois  endroits  six  trompettes  qui  sonaêraifii^ 
au  moment  où  Ton  devrait  se  retourner  vers  les  Turcs,  deux  devant  Tost,  deux  dar-. 
rière  et  deux  au  milieu.  Si  on  l'avait  fait  ainsi,  les  Turcs  n'auraient  pas  échappé,  liftui 
tout  fut  perdu  par  la  faute  de  deux  hommes  qui  ne  purent  se  retenir  de  charger.  Ifeise. 
lancèrent  en  avant  et  tuèrent  chacun  un  Turc  :  l'un  des  deux  était  un  cheYidier.^ie 
maréchal  de  THôpital;  l'autre  était  Baudouin  le  Caron,  qui  était  hardi  comme  uh^Umî* 
compagnon  du  roi  d'Angleterre  qui  l'avait  amené.  Ces  deux-là  commencèrent  Tatt^pe 
au  nom  du  Tout-Puissant  en  criant  à  haute  voix  :  ((Saint  Georges  !  y>  Les  gens  de  Di^t 
retournèrent  leurs  chevaux  contre  l'ennemi.  L'Hôpital,  qui  avait  beaucoup  sotSact, 
chargea  en  bon  ordre;  le  comte  de  Champagne,  avec  ses  braves  compagnons, îJaeoiies 
d'Avesnes,  avec  son  lignage,  chargèrent  aussi.  Le  comte  Robert  de  Dreux  eliFAréfiie 
de  Beauvais  chargèrent  ensemble.  Du  côté  d&  la  mer,  à  gauche,  chargea  le  comte  de 
Leicestre  avec  toute  Tarrière-garde,  pu  il  n'y  avait  pas  de  couards.  Ensuite  ehargàreat 


L*HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  à03 

les  Angevins,  les  Poitevins,  les  Bretons,  les  Manceaux  et  tous  les  autres  corps  d*amiée. 
Et  pour  vous  dire  la  vérité,  les  braves  gens  qui  firent  cette  charge  attaquèrent  les  Turcs 
avec  une  telle  vigueur  que  chacun  atteignit  le  sien,  lui  mil  sa  lance  dans  le  corps  et 
lui  fit  vider  la  selle.  Les  Turcs  furent  étonnés;  car  les  nôtres  tombèrent  sur  eux  comme 
la  foudre,  en  faisant  voler  une  grande  poussière,  et  tous  ceux  qui  étaient  descendus^  à 
pied  et  qui,  avec  leurs  arcs,  nous  avaient  fait  tant  de  mal,  ceux-là  eurent  les  têtes 
coupées.  Dès  que  les  chevaliers  les  avaient  renversés,  les  sergents  les  tuaient.  Quand 
le  roi  vit  que  l'ost  avait  rompu  ses  rangs  et  attaqué  les  ennemis,  sans  plus  attendre  il 
donna  de  Téperon  à  son  cheval  et  le  lança  à  toute  vitesse  pour  secourir  les  premiers 
combattants.  Plus  rapide  qu'un  carreau  d'arbalète,  entouré  de  ses  vaillants  compagnons, 
il  alla  attaquer  sur  la  droite  un  corps  ennemi  si  rudement  qu'ils  furent  tout  déconcertés 
et  que  nos  chevaliers  leur  firent  vider  les  selles  :  vous  les  auriez  vus  étendus  à  terre, 
pressés  comme  des  épis  en  javelle;  le  vaillant  roi  d'Angleterre  les  poursuivit.  Il  fit,  en  ce 
jour,  de  telles  prouesses  qu'autour  de  lui,  des  deux  côtés,  devant  et  derrière,  il  y  avait 
un  grand  chemin  rempli  de  Sarrasins  morts,  et  que  les  autres  s'écartaient,  et  lalile 
des  morts  durait  près  d'une  demi-lieue.  Les  Sarrasins  tombaient  de  cheval  l'un  après 
l'autre,  et  la  poussière  volait  si  épaisse  qu'elle  nous  nuisait  beaucoup,  car  quand  nos 
gens  sortaient  de  la  grande  presse,  à  cause  de  cette  poussière,  ils  ne  se  reconnaissaient 
pas,  ce  qui  doublait  leur  peine.  Cependant  ils  frappaient  h  droite  et  à  gauche.  Les 
Turcs  n'étaient  pas  à  leur  aise.  On  voyait  là  donner  de  beaux  coups,  des  gens  sanglants 
quitter  le  champ  de  bataille,  des  bannières  et  des  pennons  tomber.  Vous  auriez  pu 
ramasser  là  tant  de  bonnes  épées  tranchantes,  de  javelots  acérés,  d'arcs,  de  carquois, 
de  masses  d'armes,  de  carreaux,  de  dards,  de  flèches!  On  en  aurait  chargé  plus  de 
vingt  charrettes.  On  voyait  les  corps  des  Turcs,  avec  leur  tête  barbue,  couchés  serrés 
comme  des  gerbes.  Ceux  qui  étaient  restés  se  défendaient  bien;  d'autres,  qui  avaient 
été  renversés  et  avaient  perdu  leurs  chevaux,  se  cachaient  dans  les  buissons  ou  mon- 
taient sur  les  arbres.  On  allait  les  en  tirer,  et  on  les  entendait  crier  quand  on  les  tuait. 
Il  y  eu  eut  qui  laissèrent  là  leurs  chevaux,  s'enfuirent  vers  la  mer  et  sautèrent  en  bas 
des  falaises  de  plus  de  dix  toises  de  haut.  Ils  furent  là  bien  repoussés  :  à  plus  de 
deux  lieues  vous  n'auriez  vu  que  des  fugitifs,  de  ceux  qui,  auparavant,  étaient  si  fiers; 
car  toute  l'armée  s'était  retournée  contre  eux.  Ceux  qui  gardaient  l'étendard  —  c'étaient 
des  Normands,  gens  sûrs  entre  tous  — ne  se  retournèrent,  vers  l'ennemi  que  très  len- 
tement, en  sorte  qu'il  aurait. fallu  que  tout  allât  bien  mal  avant  qu'on  eût  pu  leur 
causer  un  sérieux  dommage. 

Les  guerriers  de  Dieu,  après  avoir  chargé,  s'arrêtèrent,  et  dès  qu'ils  se  furent    V.  6539. 
arrêtés,  les  Sarrasins  reprirent  courage.  Il  en  arriva  plus  de  vingt  mille,  la  masse 
au  poing,  pour  secourir  ceux  qui  avaient  été  renversés.  Les  nôtres,  qui  revenaient 
vers  l'ost,  furent  là  maltraités  :  les  Sarrasins  leur  lançaient  des  flèches  et  les  frappaient 


/i06  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

de  leurs  masses  d'armes,  cassant  les  téies  et  les  bras,  et  les  inclinant  sur  les  ac^QSt 
Nos  chevaliers  revenaient  à  eux  quand  ils  avaient  repris  haleine,  et,  reGommeD(attl 
h  charger,  se  jetaient  dans  les  rangs  ennemis  et  les  rompaient  comme  des  réseaux^: 
Vous  auriez  vu  là  tourner  les  selles  des  Turcs,  et  eux-mêmes  s'enfuir  et  s'éioigii€r« 
Mais  les  nôtres  étaient  tellement  pressés  qu'ils  ne  pouvaient  plus  avancer,  et  ai  toA 
ne  s'était  pas  arrêté,  ii  y  aurait  eu  un  désastre.  Là  était  l'émir  Déquedin,  UQ  des  pa- 
rents de  Salahadin,  qui  avait  peintes  sur  sa  bannière  d'étranges  insignes  :  sa  ban- 
nière portait  des  braies  ;  telles  étaient  ses  insignes.  C'était  le  Tare  qui  haïssait  le  pim 
la  chrétienté;  il  avait  en  sa  compagnie  plus  de  sept  cents  Turcs  d'élite,  de  la  :ganlb 
particulière  de  Salahadin ,  gens  difficiles  à  vaincre.  Chaque  escadron  avait  une  Imh^ 
nière  jaune  avec  un  pennon  de  couleur  différente.  Ils  avançaient  d'un  tel  élan  et  ëiteè 
une  telle  ardeur,  et  en  faisant  un  tel  bruit  pour  charger  les  chrétiens  qui  revenajeat 
vers  l'étendard,  qu'il  n'y  avait  si  preux  ni  si  habile  qui  n'eût  fort  à  faire.  Nos  gens  «M* 
tinrent  l'effort,  et  il  y  eut  là  de  beaux  combats;  mais  on  se  sépara,  et  les  nMrea  reviiH 
rerfl  droit  à  l'ost  :  les  Sarrasins  les  serraient  de  si  près  qu'il  y  en  eut  peu  qui  osèreal 
retourner  sur  eux  ^^^  et  que  tous  sentaient  leur  corps  tremUer  des  coups  qu'ils  reeevaieirt 
sur  les  heaumes.  Le  preux  Guillaume  des  Barres  6t  là  une  charge  que  tous  louèratnL 
Il  s'élança  avec  les  siens  entre  les  nôtres  et  les  enpemis  qui  les  preasaient,  et  il  k^ 
frappa  si  rudement  qu'il  renversa  je  ne  sais  combien  de  Turcs,  qui  ne  nous  firent 
plus  jamais  la  guerre.  Du  côté  de  la  montagne,  Richard,  le  roi  d'Angleterre,  aveo  m$ 
hardis  compagnons,  monté  sur  son  Fauvel  de  Cypre,  le  meilleur  cheval  qu'on  fât 
voir,  chargea  de  son  côté  l'ennemi,  et  fit  tant  de  prouesses  que  c'était  merveille  de  wîr 
comment  lui  et  les  siens  attaquaient  les  Turcs.  Ils  les  repoussèrent  et  les  retiarest-ft 
bien  que  nos  gens  rejoignirent  l'étendard  et  se  remirent  en  ordre.  Ils  reprirent  leur 
chemin  et  chevauchèrent  jusqu'à  Arsur,  où  ils  descendirent  et  dressèrent  leurs  tentes, jcar 
il  était  bien  l'heure  de  se  reposer.  Ceux  qui ,  le  soir,  voulurent  faire  du  biitin  nareot 
sur  le  champ  de  bataille  et  en  firent  tant  qu'ils  voulurent;  ceux  qui  y  allèrent  racoéfi^ 
tèront  que  dans  cette  bataille  il  mourut  trente*deux  puissants  barons  ou  émirs,  dmÉ 
ils  vinrent  plus  tard  reprendre  les  corps,  et  sept  cents  Turcs,  sans  compter  eeiut  <|ili 
étaient  blessés  et  qui  tombaient  morts  dans  la  campagne.  Et  nous  ne  perdîmes  fia 
la  dixième  partie  de  ce  nombre ,  ni  même  le  dixième  du  dixième. 
v.  663i.  Dieu!  quel  grand  malheur  et  quelle  perte  nous  eûmes  ce  jour^là,  quand  les  Sàrra^ 
IV,».  sins  revinrent  sur  nous!  Dans  ce  mouvement,  ils  séparèrent  des  nôtres  et tenierttiàcMit 
un  vaillant  homme  :  ce  fut  le  preux  Jacques  d'Avesnes;  Dieu  puisse4-il  en  fisira  tm 
saint  dans  son  royaume!  Ce  malheur  nous  arriva  par  son  cheval,  qui  tomba.;  mais  il. 
se  défendit  si  bien  que,  après  la  bataille,  ceux  qu'on  envoya  chercher  son  corps  ételMfai 

^)  La  traduction  de  ce  passage  obseur  est  dooaée  d'après  le  latin. 


L^HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  ^05 

au  milieu  de  celte  chiennailie,  nous  dirent  qu'ils  avaient  bien  trouve  autour  de  ce  corps 
quinze  Turcs  mis  en  pièces,  dont  il  s'était  vengé.  Il  y  mourut  avec  trois  de  ses  parents, 
et  ils  ne  furent  pas  secourus  par  d'autres ,  dont  on  parla  beaucoup,  un  des  barons 
français,  disait-on,  le  comte  de  Dreux  et  les  siens  :  tant  de  gens  en  dirent  alors  du 
mal  que  l'histoire  ne  peut  le  démentir. 

L'ost  était  campée  devant  Arsur,  ayant  fait  grand  mal  aux  païens,  et  elle  les  aurait  V.  ()65ç). 
tout  à  fait  déconfits  si  l'on  avait  eu  une  meilleure  ordonnance.  La  nouvelle  se  répandit  de 
ceux  des  nôtres  qui  étaient  perdus,  non  pas  perdus,  mais  trouvés,  car  ils  avaient  com- 
battu pour  Dieu,  et  étaient  morts  dans  le  combat  :  c'est  Jacques  d'Avesnes  et  les  siens. 
L'ost  de  Dieu  en  fut  toute  pensive,  et  si  troublée  et  si  déconcertée  que,  depuis  Adam, 
on  n'a  jamais  vu  tant  de  plaintes  et  tant  de  regrets  pour  la  mort  Jun  seul  bommc;  et 
il  méritait  bien  d'être  plaint  !  Il  servait  Dieu  sans  jamais  faillir.  Il  avait  déjà  choisi  en 
paradis  sa  place  à  côté  de  l'apôtre  saint  Jacques,  qu'il  regardait  comme  son  patron 
et  le  nôtre ,  Jacques  d'Avesnes  le  martyr, -qui  n'avait  pas  daigné  fuir  devant  les  Turcs. 

L'ost  était  campée  devant  Arsur,  sur  la  grande  rivière.  Ils  se  reposèrent  toute  la  nuit,  v.  6C83. 
car  ils  s'étaient  grandement  fatigués  à  donner  et  à  recevoir  des  coups,  et  ils  n'en  bou- 
gèrent pas  jusqu'au  troisième  jour,  qu'ils  se  retrouvèrent  en  bon  état.  La  bataille  avait 
été  un  samedi,  et  le  dimanche  était  la  fête  de  la  glorieuse  Mère  de  Dieu,  l'histoire  nous 
l'apprend,  celle  qu'on  célèbre  en  septembre.  -Alors  s'armèrent  les  chevaliers  de  l'Hô- 
pital et  du  Temple.  Us  emmenèrent  de  braves  Turcoples,  et  beaucoup  d'autres  gens  y 
allèrent  avec  eux.  Ils  vinrent  au  champ  où  gisaient  ceux  qui  avaient  été  tués  dans  la 
bataille;  ils  cherchèrent  par  tout  le  champ  et  ne  burent  ni  ne  mangèrent  tant  qu'ils 
eurent  trouvé  le  corps  du  vaillant  chevalier  Jacques  d'Avesnes.  Enfin  ils  le  trouvèrent, 
mais  il  fallut  d'abord  lui  laver  le  visage,  ou  on  ne  l'aurait  jamais  reconnu,  tant  il  avait 
reçu  de  coups  mortels  en  so  défendant  de  pied  ferme  contre  les  Sarrasins.  Ils  recou- 
vrirent le  corps,  le  chargèrent  et  s'en  revinrent  à  Arsur.  Vous  auriez  vu  là  une  grande 
foule  de  gens  et  de  chevaliers  qui  allèrent  à  la  rencontre  du  corps,  menant  tel  deuil 
qu'il  aurait  été  impossible  de  les  voir  sans  en  éprouver  grand'pitié.  L'un  regrettait  sa 
prouesse,  l'autre  racontait  sa  libéralité.  Quand  on  le  mit  en  terre,  le  roi  Richard  et  le 
roi  Gui  y  furent,  dans  l'église  de  Notre  Dame  :  puisse-t-elle  prier  son  doux  fils  pour 
l'âme  dont  le  corps  fut  logé  là  !  Après  la  messe,  les  clercs  en  grand  recueillement  firent 

à  leur  guise  ce  qui  restait  à  faire ^^^  et  les  hauts  hommes  prirent  le  corps  entre 

leurs  bras  et  l'enterrèrent.  Ne  me  demandez  pas  s'ils  y  pleurèrent. 

Laissons  cette  affaire  et  n'en  parlons  plus  pour  le  moment  :  nous  ne  l'abandon-    v.  673.5. 
nous  pas,  car  elle  ne  nous  écarte  pas  de  notre  sujet;  mais  présentement  nous  reviens 
drons  en  arrière  et  nous  parlerons  des  ennemis  qui  nous  avaient  attaqués. 

^'^  Lacune  d\tn  ver». 


^06  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

V.  67^3.  Cette  race  mécréaDte  avait  été  repoussée,  comme  je  vous  Tai  raconté  auparavant, 
IV.  xu.  [et  ils  n'avaient  pas  accompii^^^]  ce  dont  ils  s'étaient  vantés  au  Soudan  dans  leùrarror 
gance  :  car  ils  lui  avaient  dit  que,  sans  aucun  doute  et  sans  vanterie,  la  chrëtirâté 
serait  cette  fois-là  vaincue  et  morte;  mais  les  choses  allaient  bien  autrement.  Si  vous 
aviez  vu  la  fuite  de  ces  Turcs  par  la  montagne  !  Ceux  qui  là  virent  nous^  racontèi'»! 
que,  quand  nos  gens  heurtèrent  les  leurs,  ils  les  repoussèrent  si  rudement  «  eux  el  leur 
bagage,  que  dans  la  fuite  tant  de  chameaux  y  tombaient  morts,  tant  de  chevaux,  tant 
de  mules  et  de  mulets,  par  centaines  et  par  milliers,  et  ils  perdaient  tant  de  monde,^ 
que,  s'ils  avaient  été  mieux  poursuivis  et  serrés  de  plus  près,  tout  le  pays  aurait  été 
gagné  et  peuplé  de  chrétiens. 

V.  6769.  Quand  l'ost  des  Turcs  se  fut  retirée  après  cette  journée  et  que  Salahadin,  qui  étéit 
IV,  xxn.  dans  la  montagne,  sut  la  chose,  quand  il  vit  la  déconBture  de  ce  qu'il  avait  de  meillcfor 
et  de  plus  choisi,  il  se  prit,  tout  plein  de  dépit  et  de  courroux,  à  dire  à  ses  émtri  : 
«Eh  bien!  où  donc  sont  mes  gens,  ces  vantards,  ces  enragés?  Les  chrétiens  chevauchent 
(c maintenant  par  la  Syrie  à  leur  plaisir  sans  que  personne  les  arrête,  et  moi,  je  ne 
^  sais  où  aller.  Où  sont  maintenant  ces  grandes  menaces  î  Où  sont  ces  coups  d'épée'  el 
«de  masse  d'armes  qu'ils  se  vantaient  de  faire  quand  ils  seraient  aux  prises?  Oh  aoni 
«  les  beaux  commencements  des  grandes  expéditions  et  des  grandes  batailles  ?  Où  sont 
«  ces  grandes  déconfitures  qu'on  trouve  dans  les  livres  et  qu'on  nous  raconte  tottô  lèa 
«jours  que  nos  ancêtres  avaient  accoutumé  de  faire  des  chrétiens  ?  Voilà  qui  va  tùîÀ 
«Nous  sonmies  le  rebut  du  monde  en  guerre  et  en  bataille;  nous  ne  valons  lied  âm 
«regard  de  ceux  qui  ont  été  et  qui  ont  beaucoup  valu. n 

V.  6799.  Les  émirs  des  Sarrasins  entendirent  Salahadin  les  blâmer  ainsi;  aucun  ne  leva  ièf 
yeux,  excepté  un,  Sangui  d'Alep,  qui  se  redressa  sur  son  cheval  et  dit  :  «  Soudan  ,'ett* 
«tendez-moi.  Vous  nous  avez  vilainement  insultés  et  trop  blftmés;  mais  pourquoi  neM 
«méprisez-vous  si  vous  ne  savez  pas  la  cause  de  ce  qui  est  arrivé?  Vous  ne  suivez  paa4a 
«  raison.  Ce  n'est  pas  pour  n'avoir  pas  bien  combattu ,  pour  n'avoir  pas  attaqué  biiili» 
«ment,  tiré  et  lancé  contre  les  Francs  avec  l'acier  et  le  fer,  ni  pour  n'avoir  pu  endfli^ 
«leurs  grands  coups;  mais  rien  ne  peut  durer  contre  eux,  car  ils  ont  de  telles armitflkll 
«dont  ils  sont  couverts,  si  fortes,  si  solides,  si  sûres,  que  nous  ne  pouvons  leur  faire  ée 
«mal  plus  qu'à  une  pierre;  et  quand  on  a  affaire  à  de  tels  ennemis, comment  peutniÂi 
«s'en  tirer?  Mais  ce  qui  est  plus  merveilleux  encore,  c'est  un  Franc  qui  est  avec  ielDr, 
«  qui  tue  et  massacre  nos  gens.  Nous  n'avons  jamais  vu  son  pareil.  Il  est  toojdim  de^ 
«vaut  les  autres;  on  le  trouve  toujours  prêt  en  tous  les  besoins.  C'est  lui  qui  fait  parmi 
«les  nôtres  un  si  grand  carnage.  On  l'appelle  Melec  Richard,  et  c'est  un  Mehe  eotùmb- 
«celui-là  qui  doit  posséder  des  royaumes,  conquérir  l'argent  et  le  distribuer.»  • 


{» 


Suppléé  d'après  le  latin. 


■.*■■ 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  407 

Dans  cette  colère  où  était  Salahadin,  il  appela  Sâfadin,  son  frère,  et  lui  dit  :  c(  Je  veux  V.  6835. 
cr  qu'on  voie  quelle  confiance  j'ai  en  mes  gens.  Montez  à  cheval  et  allez  sans  hésiter  me 
«(faire  détruire  les  murs  d'Escalone;  ce  n'est  plus  la  peine  de  combattre.  Abattez  et  brisez 
«comme  du  bois  la  cité  de  Gadres,  mais  conservez  le  Daron,  que  mes  gens  puissent 
«venir  par  là.  Abattez-moi  la  Galatie,  pour  que  les  Francs  n'y  prennent  pas  un  point 
«d'appui;  faites  abattre  le  Figuier,  pour  qu'ils  ne  puissent  pas  s'y  rallier;  abattez-moi  la 
«  Blanche- Garde,  pour  que  nous  n'ayons  rien  à  craindre  de  ce  câté-là.  Abattez  complète- 
ce  ment  Jaife,  le  Casai  des  Plains,  le  Casai  Moyen;  abattez-moi  Saint-Georges,  Rames, 
«la  grande  ville  que  nous  avons  conquise,  Beaùmont,  sur  le  haut  de  la  montagne,  le 
«Toron,  Châtel-Ernaud,  et  Beauvoir,  et  Mirabel.  Abattez  aussi ,  je  le  veux,  les  chftteaux 
«de  la  montagne;  qu'il  ne  reste  rien,  ni  chftteau,  ni  casai,  ni  cité,  qui  ne  soit  détruit, 
«excepté  le  Crac  et  Jérusalem.  Je  le  veux  :  qu'on  le  fasse  ainsi  !  79  Salahadin  donna  cet 
ordre;  son  frère  demanda  congé,  ayant  entendu  son  désir;  mais  un  Turc  qui  s'appe- 
lait Caisac,  Sarrasin  puissant  et  renommé,  parla  hautement,  et  dit  à  Salahadin  :  «Sire,  iv,  mit. 
«personne  ne  doit  en  croire  sa  colère  et  son  dépit  comme  vous  le  faites.  Envoyez  vos 
«espions  et  vos  gardes  dans  les  plaines  de  Rames,  sur  les  collines,  et  que  les  espions 
«reviennent  ici  quand  ils  sauront  de  quel  cAté  l'ost  des  chrétiens  se  dirigera.  Ils  pour- 
«  raient  bien  prendre  tel  chemin  où  Ton  pourrait  leur  faire  du  mal.  Par  Mahomet  que 
«nous  adorons,  avant  de  blâmer  les  gens,  il  faut  regarder  au  temps  et  à  la  raison.  Vous 
«ne  devez  pas  nous  mésestimer  :  ce  sont  les  aventures  de  la  guerre,  où  l'on  a  souvent  de 
«grandes  déconvenues,  et  je  ne  crains  pas  de  dire  que,  si  j'ai  de  bons  compagnons, 
«je  pense  tenir  les  Francs  de  si  court  qu'ils  regretteront  d'être  venus  dans  ce  pays.  Jt 
Alors  on  choisit  trente  émirs,  grands  seigneurs  de  hautparage,  dont  chacun  avait  bien 
avec  lui  cinq  cents  Turcs  d'élite;  Salahadin  les  fit  partir  et  descendre  sur  la  rivière 
d'Arsur;  ils  y  vinrent,  guettant  le  moment  où  les  chrétiens  se  remettraient  en  marche. 

L'ost  de  Dieu,  qui  avait  livré  bataille  et  qui  avait  un  peu  abattu  l'arrogance  des  v.  690:1. 
Sarrasins,  partit  d'Arsur  le  troisième  jour  en  bon  ordre,  traversant  la  terre  si  éprouvée 
où  ils  chevauchaient  pour  venger  la  honte  de  Dieu.  Ce  jour-là,  les  Templiers  étaient 
à  l'arrière-garde  et  la  veillaient,  car  le  vilain  dit  que  qui  est  sur  ses  gardes  n'est  pas 
pris  au  dépourvu;  mais,  cette  fois-là,  leur  précaution  fut  inutile,  car  de  tout  le  jour 
les  Turcs  ne  se  firent  pas  voir,  et  ils  ne  se  montrèrent  qu'à  la  rivière  où  nos  gens 
couchèrent.  Là,  ils  pensèrent  leur  faire  grand  mal,  mais  sans  réussie  à  rien  :  ils  tirè- 
rent et  attaquèrent,  et  cependant,  ils  finirent  par  s'en  aller.  Nos  gens  campèrent  sur 
la  rivière  d'Arsur.  Au  matin,  les  petites  gens,  qu'on  avait  peine  à  retenir,  partirent  avec 
les  fourriers  et  furent  bientôt  à  Jaffe.  Jaffe  est  sur  la  mer;  mais  les  cruels  Sarrasins 
l'avaient  déjà  tellement  abattue  et  détruite  que  l'ost  n'aurait  pu  y  habiter  :  elle  campa 
à  gauche,  dans  une  belle  oliveraie.  A  quoi  bon  retarder  mon  récit?  Il  se  passa  trois 
semaines  entières  avant  que  l'ost  fût  venue  d'Acre  là  :  ainsi  étaient  allées  les  choses. 

3i 


UirBIIIBtIB    BATieilALt. 


l 


&0S  L'HISTOIRE  DB  U  GUERRE  SAINTE. 

Devant  JalTe.  dans  roliveraîe,  dans  les  bcauï  jardïos,  IW  <le  Dieu  planta  MS 

bannières <".  Là  étaient  les  granda  pâturages;  là  il  y  avait  tant  de  raisins,  de 

figues,  de  grenades,  d'amandes  en  grande  abondance,  dont  les  arbres  étaient  coafwtt 
et  dont  on  prenait  à  volonté,  que  l'ost  en  fut  grandement  rafraîchie.  Voici  vmir  W 
port  la  flotte;  le»  navires  allaient  et  venaient  de  Jaffe  à  Acre  et  revenaient  leur  app*»' 
tant  des  vivres,  ce  qui  déplauait  fort  à  reoneml.  Salahadin ,  qui  n'osait  plus  combaUn, 
faisait  renverser  les  murs  et  les  tours  d'Escalone.  Un  jour,  vers  midi,  la  aomdle 
arriva  dans  l'ost  par  de  pauvres  gens  qui  s'étaient  enfuis  la  nuit,  qu'Esealone  tMrt 
entière  était  creusée  et  minée'^'  par-dèstous,  puis  étançonnée.  Les  uns  croyaienlt  cM 
nouvelles  véritables;  les  autres  n'y  voyaient  qu'un  mensonge,  un  jeu  et  une  révarie^ 
ne  croyant  pas  que  Salahadin,  pour  aucun  embarras,  eât  jamais  {lensé  Ji  âne  Mfie 
défaillance  et  à  une  tdle  perte;  si  bien  que  le  roi  Richard  envoya  s'en  informer,  étm 
une  forte  galère,  Jofroi  de  Lusignan,  qui  souffrit  beaucoup  pour  Dieu,  GuilUnuM  <la 
l'Étang,  preux  et  loyal  chevalier,  et  d'autres  gens  avec  eui.  Us  s'arrêtèrent  ilerantlà 
ville,  tant  qu'ilt  surent  certainement  que  vraiment  on  l'abattait.  Ils  revinrent  «!'!•  ' 
dirent,  et  les  barons  tinrent  conseil  pour  savoir  ce  qu'Us  feraient  «t  s'ils  irainnt  •■ 
secours  de  la  ville. 

Le  conseil  s'assembla  devant  Jafi'e,  hors  de  la  ville.  On  dit  U  des  paroloa  tm  MM 
divers,  carcbaque  homme  a  sa  manière  de  voir  et  tous  ne  sont  pas  du  même  ige  :  Tva 
voudrait  faire  telle  chose  oh  l'autre  trouverait  trop  à  blAmer.  U  n'attrail  paa  (alla 
qu'ils  fussent  en  désaccord;  il  aurait  fallu  que  tout  le  monde  fâl  du  méou  avia.  htt 
uns  déclaraient '')  qu'ils  iraient  tout  droit  à  Jérusalem,  et  les  autres  auraient  vont*,  Il 
c'était  possible,  sauver  Esoalone  dee  Turcs,  car  c'aurait  été  une  benne  plaça  liarifc. 
Les  nos  reprocb»ent  aux  autres  leur  opinion,  et  tous  étaient  ia  puiasants  aeignewià 
Alors  le  roi  d'Angleterre,  qui  avait  |»ratiqué  la  guerre  d^wis  son  enbwe,  dit  au  ^lUf 
[de  Boorgogne]  et  aux  Français  :  «Seigneurs,  je  vois  que  nous  différons  de  senttawMî 
R cela  peut  flovs  faire  ^nd  tort.  Les  Turcs  foat  détruire  Ëmalone;  ils  n'aeent  pasHM 
«livrer  bataille.  Allons  secourir  la  ville;  il  cne  semble  que  cela  est  h*a  k  {aire,  et  tfit- 
«tout  Icrnoode  devrait  y  courir.»  Que  vous  dirai-jeî  Les  Français,  dant^ueaapÂn. 
repentâfCnt  définis,  répondimot  qa'il  niait  mieux  s^umer  à  Jtffe  et  la  i>â|wnr,  «I 
que  de  le  était  le  plus  court  chemin  psur  faire  leur  pèlerinage.  Us  donaèraot  im  Imw 
mauvais  coosei]  en  ressaut  d'aller  &  Eacelone ,  car,  s'ile  avaient  alors  diélirré  «MtB  wHmt 
h  teire  Umt  «ntière  aairait  6kt  reooiM|aisa.  Mail  ils  parlèrent  tant,  ^'fl«  te  ééûàmM 
r^arfrialTe. 

La  dwse  ainsi  convenue,  voilé  IW  arrdtée  à  Jaffe.  On  leva  une  p^nse  taUle  pMff 

''l  Lacune  dSin  ven. 

™  Il  n»ni|ue  U  un  mot,  qui  devait  élre  i  peu  pr^  syaonyme  âea  dtsut  lutrM. 

'"  Le  letow  iiwtwit,  wtmhuée  dtm  le  Iwtai  rtmoimtia  maawcril,  e«t  4ontoWt  f.  4.  «wto. 


L*HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


Ii09 


refaire  cette  forteresse;  on  redressa  les  fossés,  on  releva  les  murs  tout  autour.  Voilà 
Tost  h  loisir  dans  la  ville,  et  de  jour  en  jour  y  grandirent  le  pédié,  le  désordre  et  la 
luxure;  car  les  femmes  revinrent  [d'Acre]  dans  l'ost  et  s*y  conduisirent  vilainement. 
Elles  arrivaient  dans  les  navires  et  les  barques.  Ah!  miséricorde!  quelles  mauvaise» 
armes  pour  reconquérir  l'héritage  de  Dieu!  Quelle  faute  commirent  ceux  qui  retom- 
bèrent dans  le  péché,  et  par  leurs  excès  perdirent  leur  pèlerinage! 

Ce  fut  vers  la  fm  de  septembre,  et  Jaffe,  si  je  ne  me  trompe,  était  déjà  quelque  peu 
refaite,  quand  on  fit  sortir  l'ost  des  jardins.  Les  princes  et  les  ducs  dressèrent  leurs 
tentes  tout  autoui*  de  Saint-Âbacuc;  mais  l'ost  était  bien  diminuée  de  ee  qu'elle 
était  au  commencement,  car  beaucoup  s  en  retournaient  à  Acre  et  restaient  Le  dans  le» 
tavernes.  Quand  le  roi  sut  la  paresse  et  l'indolence  des  pèlerins,  il  fit  dire  à  Acre^ 
par  le  roi  de  Jérusalem,  que  tous  les  pèlerins  eussent  à  venir  k  l'ost  et  à  tenir  leur 
engagement  envers  Dieu.  Mais  ils  ne  firent  pas  grand  compte  du  roi  Gui,  tant  que 
le  roi  Richard  lui-oième,  cpii  se  donna  pour  cela  grand  mal,  revint  à  Acre  et  prêcha 
tant,  qu'il  en  rameiu  beaucoup  de  gens.  U  fit  amener  h  Jaffe  les  reines  et  leurs  sui- 
vantes; pour  faire  venir  tous  ces  gens  il  (ailot  que  l'ost  restât  là  près  de  deux  mois  ou 
SIX  semaines,  ce  que  nous  payâmes  cher  plus  tard. 

Quand  le  roi  eut  tiré  les  gens  d'Acre  et  les  eut  amenés  à  fost,  elle  en  fut  bien  (or^- 
Itfiée  et  devint  plus  nenibreuse  qu'elle  n'avait  jamais  été.  Mais  écoutez  en  quelle 
épreuve  fut  l'ost  es  ce  moment-là ,  comme  le  vit  celui  qui  fait  l'histoire.  EUe  aurMt 
dû  être  perdue  tout  entière;  car  quand  une  ost  perd  son  chef  dans  une  terre  loin- 
taine et  étrangère  comme  est  la  Syrie ,  elle  se  déconcerte  et  se  défait.  Je  le  dis  paur  le 
roi  d'Angleterre,  qui  était  allé  à  la  rencontre  des  Sarrasins ^^\  eepérant  les  surprendre, 
mats  la  chose  faillit  mal  tourner.  Le  roi  avait  avec  lut  trop  peu  ée  monde;  il  s  en- 
dormit par  aventure,  et  les  ennemis  de  nature,  les  Sarrasins,  qui  ee  tenaient  sur  leurs 
gardes,  étaient  près  et  l'approchèrent  ai  irien  qu'il  fut  à  peine  éveillé  à  temps.  Seigneurs , 
ne  vous  étonnez  pas  s'il  se  leva  en  grande  hâte;  car  un  homme  aenl  que  tant  ^le  gens 
pressent  n'est  pas  rassuré;  nais  Dieu  lui  donna  la  grâce  de  pouvoir  monter  à  cheval;  ses 
gens  mwitèrent  aussi,  ceux  qu'il  av4Mt,  maïs  il  y  en  avait  trop  peu.  Quand  les  Turcs 
les  rirent  monter,  ils  s'enfuirent,  poursuivis  par  le  roi  jusqu'à  leur  embuscade.  €eux 
qnt  étaient  cachés  s'éUncèrent  impéUieusefnent  et  voulurent  saisir  le  roi  par  le  «orps, 
sur  son  cheval  Fauveau,  (|u'il  montaitce  jour-là^,  mais  il  mit  la  mninàsonépée;  les  Turcs 
se  pressaient  tout  autour  de  lui,  chacun  voulait  porter  la  main  sur  lui,  mais  nul  n'osait 
attendre  son  coup.  Peut-être  cependant  l'anraient-ils  pris  cette  foîs^là  s'ils  l'avaient 
connu,  quand  un  chevalier  preux  et  loyal  des  siens,  <ruillaume  de  PréanXy'se  mit  à 
dire  :  c? Sarrasins,  je  suis  Meleclj)  Melec,  c'est  roi.  Les  Turcs  le  saisirent  aussitôt  et 

<*^  Au  vers  7098 ,  SaUàadim,  kçon  du  maouMiit,  doit  élnt  corrigé  nw  «n  Salt/hmhn ,  mait  «n  le$  Sm^atmM , 
diaprés  le  vers  suivant  et  le  iaiin. 

Si. 


V.  7o5i. 

IV,  xxvn. 


V.  7079. 
IV,  xxTni. 


MO  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

remmenèrent  dans  leur  ost.  Là  fut  tué  Renier  de  Maron,  qui  avait  un  cœur  vailtantfrt 
son  neveu,  appelé  Gautier,  qui,  lui  aussi,  avait  un  cœur  preux  et  loyal;  Alain  elLuetti 

de  l'Étable  y  furent  tués,  cest  la  vérité.  Quand  la  nouvelle  fut  connue ^^^ 

contents  et  joyeux,  dit  le  livre.  On  ne  put  poursuivre  les  Turcs ^  car  ils  s*en  eUaienl 
grand  train,  emmenant  Guillaume  prisonnier.  Ils  croyaient  enmiener  le  roi;  mais  Diêfl 
ne  le  voulut  pas  et  le  préserva.  Les  Turcs,  qui  croyaient  emmener  le  roi,  étaient  é^ 
sur  la  hauteur  :  nos  gens  revinrent  à  Tost,  mais  le  roi  et  toute  Tost  étaient  en  grand 
souci  de  Guillaume.  i 

V.  71/17.  Quand  Dieu,  dans  sa  bonté,  eut  ainsi  épargné  le  roi,  le  chef  de  l'ost,  plusieaiii^ 
qui  connaissaient  son  courage,  et  qui  avaient  peur  pour  lui,  se  prirent  à  lui  dirt: 
«cSire,  pour  Dieu,  ne  faites  pas  ainsi;  ce  n^est  pas  votre  affaire  d'entreprendre  de  tdkt 
((expéditions  :  pensez  à  vous  et  aux  chrétiens.  Vous  ne  manquez  pas  de  braves  geoftc 
((n'allez  pas  seul  en  ces  occasions.  Quand  vous  voudrez  faire  du  mal  aux  Turcs,  meoei 
((avec  vous  une  compagnie  suffisante;  car  de  vous  dépend  notre  vie,  ou  notre  mort 
((s'il  vous  arrivait -malheur.  Si  le  chef  tombe,  les  membres  ne  peuvent  exister  seub^ 
((mais  bientôt  ils  périssent  eux-mêmes,  et  une  mauvaise  aventure  est  vite  arrivée.  «Plot 
d'un  prudhomme  mit  grand  peine  à  lui  donner  de  bons  avis;  mais  lui,  quand,  il  coiH 
naissait  un  combat,  et  on  pouvait  lui  en  cacher  bien  peu,  il  se  jetait  toujours  sur  ks 
Turcs,  et  il  s'en  tirait  si  bien  qu'il  y  en  avait  toujours  de  morts  ou  de  pris,  et  que 
l'honneur  était  à  lui.  Et  Dieu  le  tirait  toujours  des  plus  grands  dangers  où  le  inettaieat 
les  ennemis. 

V.  7177.  Quand  l'ost  se  fut  bien  équipée,  non  sans  grande  peine,  on  la  convoqua,  et  Tail 
IV,  xxn.  proclama  au  nom  de  Dieu  qu'elle  irait  au  Casai  des  Plains  et  qu*on  en  relèYerait  bi 
murs  pour  mieux  protéger  la  tête  de  l'ost.  Le  roi  ordonna  qu'il  restât  à  Jaffe  des  gsm  ' 
pour  s'occuper  de  fortifier  la  ville  et  pour  garder  le  port,  si  bien  que  personne  ne  pét 
s'en  aller  excepté  les  marchands  qui  fournissaient  les  provisions.  Uévéque  d^Evreox^ifl 
comte  de  Chalon  et  Huon  Ribole  furent  ceux  qui  restèrent  pour  cela  et  qui  firent  Um 
les  travaux.  L'ost  monta  et  se  mit  en  route.  Jamais  on  n'en  a  vu  une  plus  belle  ni 
mieux  équipée;  mais  ils  firent  une  petite  journée.  Ils  descendirent  et  dressèrent  lean 
tentes  entre  les  deux  casais.  Je  sais,  par  plusieurs  indices,  que  ce  fut  la  veille  de  It 
Toussaint  que  nous  campâmes  là.  L'ost  des  Turcs  était  à  Rames,  et  de  Ik  ilsBOVii 
firent  de  grandes  attaques  el  de  grandes  poursuites. 

V.  7S07.  Notre  ost  resta  bien  quinze  bons  jours  ou  plus  entre  le  Casai  des  Plains  et  le  Ga* 
sal  Moyen  que  les  ennemis  avaient  abattus.  Le  roi  fit  refaire  le  Moyen  plus  fort  qu'il 
n'était  avant,  et  les  Templiers  se  chargèrent  de  l'autre.  Les  Turcs  nous  tourmentaient 

(')  11  y  a  ici,  comme. le  montre  le  latin,  une  lacune  de  quelques  vers  :  on  racontait  Tanxiété  des  Groitésl 
la  première  nouvelle  de  Tévènement,  puis  leur  marche  è  la  rencontre  de  Richard,  qu^ib  ramèneiit  teontonlt 
etjoyeuxT).  • 


1  •  ■.  i«(i> 


I.*HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  411 

beaucoup.  Un  jour  il  en  vint  bien  mille  à  cheval  nous  attaquer.  Voilà  Tost  en  agita- 
tion comme  une  fourmilière  qu'on  dérange.  Le  roi  et  les  autres  montèrent  à  cheval  et 
se  hAtèrent  tant  qu'ils  purent.  Les  Turcs  prirent  la  Fuite  ^  que  le  diable  les  conduise  ! 
car  leurs  chevaux  allaient  si  vite,  dans  toutes  les  directions,  que  le  roi  eut  beau  les 
poursuivre,  il  ne  put  les  atteindre.  Et  en  les  poursuivant  ainsi,  sans  les  avoir  atteints, 
il  vit  à  découvert  Rames  et  Tost  des  ennemis,  et  il  revint  au  camp  avec  ses  hardis 
compagnons. 

Le  sixième  jour  après  la  grande  fête  de  la  Toussaint  que  chacun  célèbre,  les  écuyers  v.  7333. 
sortirent  du  camp  pour  aller  chercher  du  fourrage.  Les  vaillants  Templiers  étaient  iv,  m. 
chargés,  ce  jour-là,  de  les  garder.  Les  fourriers  se  répandirent  par  la  contrée,  ayant 
besoin  de  bonne  herbe  qui  souvent  leur  fut  vendue  cher,  car  souvent  ils  la  payèrent 
[de  leur  sang^*^].  Les  Templiers  gardaient  les  fourriers.  Au  moment  où  ils  s'y  atten- 
daient le  moins,  voilà  quatre  escadrons  de  Sarrasins  qui  tombent  sur  eux  bride  abat- 
tue. Ils  étaient  bien  quatre  cents,  tous  à  cheval,  bien  armés;  ils  vinrent  du  côté  de 
Bombrac  droit  sur  les  Templiers,  ils  les  attaquèrent  et  ils  les  enfermèrent,  car  il  n'y  a 
pas  au  monde  de  gens  qui  aient  des  mouvements  plus  prompts.  Ils  étaient  arrivés  de 
plusieurs  côtés,  et  les  serraient  de  près.  Quand  les  Templiers  les  virent  si  près  d'eux, 
ils  descendirent  de  cheval  et  firent  une  belle  vaillantise  :  ils  tournèrent  leurs  visages 
contre  les  ennemis;  chacun  avait  le  dos  appuyé  contre  son  frère,  comme  s'ils  eussent 
tous  été  les  fils  d*un  même  père.  Les  Sarrasins  les  attaquèrent  si  vivement  qu'ils  en 
étendirent  trois  morts.  Là  vous  auriez  vu  donner  de  grands  coups,  et  l'acier  des  armes 
jeter  dû  feu,  et  vous  auriez  entendu  les  heaumes  résonner  sous. les  coups.  Bien  atla^ 
que,  bien  défendu.  Les  Turcs  avaient  cru  les  surprendre,  et  ils  pensaient  les  prendre 
à  la  main,  tant  ils  les  tenaient  étroitement  enfermés,  quand  arrivèrent  en  toute  hâte 
de  nos  gens  sortis  du  camp.  On  dit,  et  c'est  la  vérité,  qu'André  de  Ghavigni,  avec 
quatorze  chevaliers,  fut  le  premier  qui  secourut  alors  les  Templiers;  il  se  jeta  sur  les 
Turcs  avec  grande  force,  et  lui  et  ses  compagnons  se  conduisirent  là  vaillamment.  Ce 
fut  un  beau  combat,  mais  le  roi  ne  le  perdit  pas.  Il  était  ce  jour-là  occupé  à  faire  re- 
faire le  Casai  Moyen  ;  il  y  avait  mandé  deux  comtes  qui  méritent  d'être  nommés  dans 
tous  les  bons  récits,  celui  de  Saint-Pol  et  celui  de  Leicestre,  et,  avec  eux,  le  roi  y  avait 
mandé  Guillaume  de  Caïeu,  qui  ce  jour-là  tint  bien  sa  place,  et  Oton  de  Trasignies  : 
c'étaient  des  gens  de  haut  parage.  Voici  venir  le  bruit  et  les  cris  que  poussaient  les 
fourriers.  Le  roi  dit  ou  fit  dire  aux  comtes  d'aller  secourir  les  Templiers,  pendant 
que  lui-même  irait  prendre  ses  armes  et  y  courrait  aussitôt  qu'il  pourrait.  Ils  partirent 
sans  perdre  un  moment,  et,  comme  ils  approchaient  de  l'endroit  du  combat,  voici  bien 
quatre  mille  Turcs,  sortant  d'une  embuscade  près  d'une  rivière,  qui  se  séparent  en  deux 

<»  Suppléé  diaprés  le  latin. 


IV,  XXII. 


/il2  THISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

corps  :  les  uns  allèrent  sur  les  Templiers,  les  autres  se  tou!     r      te     e         /ni 
valent.  €eux-ci  se  ourent  eo  bon  ordre  et  se  rapprochèrent  pendMt 

f|ue  les  Turcs  s'arançaient  contre  eux.*  Le  comte  de  Saint-Pol  pnipc_  le  i  vifllaat 
oorote  de  Lekestre  un  jeu  parti  téméraire  et  fou  :  «Ou  bien,  lui  ditnl,  vous  atlA* 
c(C|uerez  les  Tunes  par  la  droiie  et  je  me  chargerai  de  yous  protéger,  ou  bien  je  bs 
t(  attaquerai  et  vous  me  garantirez  où  que  j  aille  et  quoi  que  je  fasse,  v  Le  comte  de  Leir 
eestre  accepta  le  jeu  parti  :  accompagné  des  siens,  il  se  lança  au  plus  épais  dm  em^ 
mis,  et  il  les  at(a<|ua  avec  une  telle  vigueur  que  sa  prouesse  fut  louëe  et  qu'il  dégagea , 
non  sans  grande  peine,  deui  chevaliers.  Le  combat  était  dans  son  plein  quaid  amva 
le  roi  Richard.  Il  vit  nos  gens  tout  entourés  par  les  païens  :  il  n*avait  avec  lai  ^oe  fftm 
de  monde,  mais  des  hommes  vaillants  et  eh  sis;  plusieurs  se  romnt  &  lui  dif#: 
«  Vraiment,  sire,  vous  risquez  une  grande  tav  are;  vons  ne  réussirea  jpas  k  tirer (iê 
«tiè  nos  gens,  et  il  vaut  mieux  qu'ils  succo  seuls  que  si  vous  périssûa  avec  au. 

«  Retournez  4onc  ;  car,  s'il  vous  arrivait  ,  la  chrétienté  serait  perdue.  »  Le  MÎ 

changea  <le  couleur  et  dit  :  «Je  les  y  ai       01       je  les  ai  priés  d*y  aller  :  a*ik  f  WM' 
tarent  sans  moi,  que  jamais  on  ne  m*appe      roi!  »  (1  donna  à  son  cheval  les  éperons  # 
lui  lâcha  le  frein;  plus  prompt  cpi*un  épervier,  il  se  jeta  tout  au  milieu  des 
et  ti  perça  leurs  rangs  avec  une  tdle  impétuosité  que  si  b  taudre  était  tambéa 
lieu  d'eux  elle  n*y  aurait  pas  fait  pins  de  ravages.  Il  les  poussait,  les  renversait, 
naît  sur  ses  pas  pour  les  rattraper,  tranchant  les  têtes  et  les  bras.  Us  fuyaâant 
au  bétail.  Beaucoup  ne  pureni  1  enfuir  et  furent  pris  ou  tués.  L^  nlIreslBs 
seront  si  longtemps  qu  il  fut  l'heure  de  revenir  au  camp.  Ainsi  se  passa  cette  j 
V.  7867.        Cependant  qu'ils  étaient  occupés  A  relever  les  murs  des  deux  casak^  le  nsi  lit  ^|M 
l'ost  était  pleine  d'entrain  et  prête  k  combattre  les  maudits  Sarrasins.  Alors  û  mffUà 
ses  messagers,  hauts  hommes  et  sages;  il  les  envoya  à  Salahadin  ei  k  iinn  friirfi  *1afadin , 
leur  faisant  <ies  demandes  nobles  et  grandes  k  merveille.  Il  leur  demandait  la 
de  Syrie  tont  entier,  de  bout  en  bout,  et  tout  ce  qui  en  dépendait  dki  iemfê 
lépreux,  et  le  tribut  de  Babylone  comme  celui-ci  l'avait  eu^  car  il  rédamait ÉMrit  ealâ 
par  conquête  et  par  naissance.  Les  messagers  trouvèrent  le  soudan  et  fifonl  jbian  iàÊt 
message.  11  répondit  qu'il  n'en  ferait  rien  et  que  le  roi  lui  demandait  teap;  il.  lai  El 
thre  par  aon  frère  Safadin,  Sarrasin  très  sage,  qu'il  lui  laisserait  sans  eonlesialian 
toute  la  terre  de  Syrie,  depuis  le  Jourdain  jusqu'à  la  mer,  sans  y  rien  rédanÎMtt  auttl'i 
condition  q[u'Escalone  ne  serait  relevée  ni  par  les  chrétiens  ni  par  les  SaoramMu  KaJA 
ce  qu'il  lui  manda  par  Safadin;  mais  le  roi  ne  faisait  pas  attention  tpjmvmfmttim 
ennemis  ne  voulaient  q*je  gagner  du  temps  «et  l'oconper  pendant  qu'ils  afaaAnant  èi 
châteaux;  ainsi  ils  le  trompaient  :  que  leur  ruse  soit  mauditel  Safadin  satni  iMni 
décevoir  que  le  roi  reçut  ses  présents.  On  vit  aller  et  venir  les  messagers  qui  les  po 
taient,  ce  qui  fit  naître  de  grands  blâmes  contre  lui  et  de  mauvaises  paralfli;  mnm  eV 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  &13 

que  Safadin  lui  avait  fait  croire  qu'il  voulait  sérieusement  la  paix,  et  le  roi,  si  on  lui 
avait  offert  une  paix  honorable,  l'aurait  acceptée  sans  tarder,  pour  lé  bien  de  notre  foi, 
et  parce  que  le  roi  de  France  était  parti,  dont  il  se  méfiait,  sachant  qu'il  ne  l'aimait 
pas.  Les  messagers  allèrent  et  vinrent  et  amusèrent  ainsi  le  roi,  tant  qu'il  comprit  la 
BMinœuvre  des  faux  et  déloyaux  Sarrasins.  Ce  fut  à  propos  du  Crac  de  Montréal  :  le 
roi  voulait  qu'ils  l'abattissent  et  que  ce  fût  une  des  conditions  de  la  paix;  et  parce 
qu'ils  ne  voulurent  pas  le  faire ,  les  pourpariers  prirent  fin. 

Quand  on  ne  paria  plus  de  paix,  voici  qu'à  droite  et  i  gauche  les  Turcs  revinrent  V.  "^k^g. 
faire  dans  l'ost  de  grandes  attaques,  car  ils  ne  cherchaient  qu'à  nous  faire  du  mal; 
et  le  roi  les  combattait  et  montrait  par  sa  conduite,  k  ceux  qui  l'avaient  blâmé  à  pro^ 
pos  des  présents  qu'il  avait  reçus  des  Turcs,  combien  il  était  loyal  envers  Dieu  et  ont- 
vers  la  chrétienté.  Il  les  combattit  souvent  et  il  leur  coupa  bien  des  têtes,  qu'il  montra 
dans  Tost,  et  les  présents  qu'il  avait  reçus  ne  nous  firent  jamais  aucun  tort.  Il  eût  dé- 
livré b  Terre  Sainte  s'il  n'en  eût  été  empêché  par  ceux  qui  trop  souvent  pillaient  sa 
bourse. 

Quand  les  casais  eurent  été  relevés,  fortifiés  et  armés,  et  que  le  roi  y  eut  mis  bonne  V.  ^hh-j. 
garde,  l'ost  fut  convoquée  et  prévenue  au  coucher  du  soleil.  Le  lendemain,  on  monta  iv,  uzu. 
à  cheval,  et  l'ost,  sagement  disposée,  chevaucha  droit  sur  Rames.  Dès  que  nous  fAmea 
en  marche  et  que  Salahadin  sut  qu'il  lui  (allait  quitter  Rames,  parce  qu'il  n'osait  livrer 
bataille,  il  fit  abattre  toute  la  ville,  et,  prenant  le  preo^ier  la  fuite,  s'en  alla  droit  au 
Toron  des  Chevaliers,  ne  sf  fiant  qu'à  la  montagne.  L'ost  avança  dans  la  plaine.  En 
deux  jours,  sur  les  beaux  chevaux  bi^n  repus,  elle  arriva  entre  Saint-Georges  et  Rames. 
lÀ  on  campa  pour  attendre  les  vivres  et  ceux  qui  manquaient.  lÀ  bous  subîmes  de 
nouveau  de  grandes  attaques  des  ennemis,  et  de  grandes  pluies  qui  tombèrent  nous 
nuisirent  et  nous  retardèrent  beaucoup.  Ces  pluies  nous  obligèrent  à  nous  loger  dans 
Sainl^Georges  et  dans  Rames.  Nous  nous  y  installâmes,  ot  nous  restâmes  bien  là  six 
semaines  en  grande  géoe  et  incommodité. 

Pendant  que  nous  séjournions  là,  il  y  eut  un  beau  oembat  qu'on  ne  doit  pas  ou*  V.  7679. 
blier,  près  de  Saint-Georges,  sur  la  gauche,  entre  le  preux  comte  de  Leîceeire  et  les  iv,  uun. 
Turcs  qui  étaient  là  et  qui  souvent  s'approchaient  de  l'ost  et  l'attaquaient.  Le  comte, 
avec  petiie  compagnie,  sortit  pour  les  chasser,  le  heaume  d'acier  sur  sa  tête.  Par 
devant  allaient  trois  chevaliers  qui  s'avancèrent  follement  et  se  jetèrent  au  milieu  des 
Turcs.  Tons  les  trois  y  seraient  resAés  sans  le  comte,  qui,  ne  voulant  pas  les  laisser 
périr,  poussa  son  cheval  après  eux,  au  milieu  de  plus  de  cent  Turcs,  et  il  fit  si  bien 
qu'il  les  força  de  passer  une  rivière.  Maia  il  avait  poussé  avec  trop  d'ardeur,  car  il 
arriva  bien  quatre  cents  Turcs,  portant  des  dards  et  des  arcs,  qui  se  mirent  entre  lui 
et  l'ost  et  voulurent  le  prendre.  Déjà  ils  nous  avaient  renversé  et  vilainement  battu 
Garin  le  Fils  Gerout.  Vous  auriez  vu  de  beaux  faits  d'armes,  là  où  tomba  Garin.  Le 


kii  L-HlSTOiRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE, 

comte  y  fut  le  plus  malheureux,  car  ils  ie  renversèrent  auprès  de  Garin  et  l'aceaUireiib 
de  coups.  Ils  renversèrent  aussi  de  chevai  Droon  de  FooteoU  et  Robert  Keel.  I!  y  en  anôt 
tant,  de  Turcs,  de  Persans  et  de  renégats,  autour  du  comte,  noyé  au  milieu  (feu, 
qu'ils  avaient  à  peine  pu  l'abattre.  Vous  aurieE  vu  là  de  beaux  combats.  Henri  1«  F3l 
Nicole  fut  avec  le  comte  à  une  dure  épreuve,  et  aussi  Robert  de  Neufbroc  :  jantaû  <a 
n'a  vu  un  homme  plus  doux  qu'il  n'était;  il  avait  une  haute  taille,  et  tant  de  proaetw 
et  de  coeur  qu'il  se  jeta  dans  la  grande  presse  des  païens  et  donna  son  cheviâ  tm 
comte,  se  gardant  et  le  gardant  de  déshonneur.  Dans  la  compagnie  du  comte -ëtùent 
encore  Raoul  de  Sainte-Marie,  Ernaud  du  Bois,  qui  ne  lui  fut  pas  inutile,  Henri  M. 
Guillaume  de  Mailloc,  qui  reçurent  des  coups  avec  lui,  et  Saoul  du  Breuil.  On  n'a  jte< 
mais  vu,  je  le  crois,  une  plus  belle  vaillantise  que  celle  de  tous  ces  chevatiers,  rftmmi 
ils  se  tenaient  ensemble  contre  tant  de  Turcs  qu'il  y  avait  là  ;  car  aucun  d'etu  ne  voyift 
comment  il  pourrait  s'en  tirer,  et  11  est  vrai,  le  livre  le  dit,  que  le  comte  et  ses  cobh 
pagnons  s'étaient  tant  battus  et  avaient  reçu  tant.de  coups,  qu'ils  ne  pouvaient  fdns 
se  défendre  et  que  les  Turcs  les  avaient  presque  tués.  Ils  les  emmenaient,  couchés  mr 
le  cou  de  leurs  destriers,  droit  vers  le  Toron,  quand  de  l'ost,  près  de  laquelle  ikfiH- 
saient,  s'élança  à  toute  vitesse  une  troupe  de  nos  gens.  Là  étaient  André  de  Chavif^ 
Henri  de  Graie,  Pierre  de  Préaui,  le  bon  chevalier,  et  beaucoup  d'autres  hommes  A 
renom  qu'on  ne  m'a  pas  nommés.  Chacun  d'eux,  quand  il  airiva,  jeta  son  Tore  pH* 
terre.  Le  Turc  que  Pierre  frappa  «t  qui  perdit  là  corps  et  âme  était  si  démesurément 
fort  qu'il  donna  grand'peine  à  Pierre,  et  quelque  effort  qu'il  y  mit,  lui  et  tous  eeoc 
qui  étaient  avec  lui,  ils  ne  purent  l'amener  vivant,  et  ib  eurent  grand'peine  à  le  tott. 
Ecoutez,  seigneurs,  une  étrange  joute;  if  faut  être  vaillant  pour  jouter  comme  ie  fil 
monseigneur  André.  Il  rencontra  un  émir  et  lui  mit  sa  lance  dans  le  corps,  à  biea  <]m 
le  fer  en  ressortit;  mais  l'émir  s'était  jeté  sur  lui,  tenant  si  droit  sa  pique  que  le  Ar 
était  entré  dans  le  bras"'  d'André  et  le  lui  avait  brisé.  Voilà  l'aventure  qu'il  eut  :  Tinu 
tomba  mort.  Vous  auriez  vu  là  de  beaux  faits  d'armes,  bien  des  piques  et  des  lanoB* 
brandies.  Les  premiers  auraient  été  maltraités  si  les  autres  n'étaient  arrivés  i  lesr  ' 
secours.  Il  fallait  voir  la  résistance  du  vaillant  comte  de  Leicestre  :  il  frappait  à  dcHto 
et  à  gauche,  et  il  eut  deux  chevaux  tués  sous  lui;  des  gens  qui  y  étaient  nous  redÊreat 
qu'ils  n'avaient  jamais  vu  plus  grande  vaillance  en  homme  de  son  âge,  ni  un  combd 
mieux  livré  avec  aussi  peu  de  pertes  que  ce  jour-là,  au  secours  qu'on  lui  fit;  ttt  Ji 
en  arriva  tant  des  nôtres  pour  aider  lui  el  les  siens  qu'aucun  n'y  périt.  Ils  forent  iê^ 

livrés  et  sains  et  saufs '^\  et  ils  mirent  les  Turcs  en  Jésonfa^  • 

et  les  poursuivirent  tant  qu'enfm.  lassés,  ils  les  abandonnèrent  et  revinrent  à  laUff 
tentes.  ...■    ■ 

f)   Il  faut  lire  ft  au  lieu  de  «  bu  vpn  757g.  ' 

'•■  Lacune  d'un  yen.  ■'.'"' 


L  HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  M5 

Salahadln  sut  et  il  vit  bien  que  nos  gens  se  préparaient  et  s'appareillaient  chaque    V.  7605. 
jour  pour  aller  vers  la  ville  sainte.  Quand  on  le  lui  eut  bien  rapporté  et  qu'il  sut  à    iv.  mif. 
deux  lieues  notre  ost,  qui  ne  cessait  de  combattre  la  sienne,  il  fit  abattre  quatre  ou 
cinq  tours  et  tourelles  du  Toron»  et  s'en  alla,  à  ce  qu'on  nous  raconta,  fuyant  droit 
à  Jérusalem.  Les  Turcs  nous  laissèrent  la  plaine  et  occupèrent  la  montagne. 

Quand  l'ost  des  Turcs  se  fut  retirée  et  que  la  nôtre  se  fut  rapprochée,  on  fit  crier 
par  l'ost  et  on  ordonna  qu'on  irait  au  pied  de  la  montagne,  et  que  là  on  camperait  v.  7619. 
et  op  ferait  venir  les  vivres.  C'est  ce  que  l'on  fit.  On  monta  à  cheval  et  on  s'avança 
en  bon  ordre.  Voilà  l'ost  devant  Bettenuble.  11  faisait  alors  un  temps  froid  et  couvert; 
il  y  eut  de  grandes  pluies  et  de  grandes  tempêtes,  qui  nous  firent  perdre  beaucoup 
de  nos  bétes;  car  il  plut  là  avec  tant  d'excès  qu'on  ne  saurait  le  calculer.  La  pluie 
et  le  grésil  nous  battaient  et  renversaient  nos  tentes.  Nous  perdîmes  là,  à  la  Noël, 
avant  et  depuis,  bien  des  chevaux;  bien  des  biscuits  y  furent  gâtés  par  l'eau  qui  les 
trempait;  les  viandes  de  porc  salé  y  pourrissaient  par  les  orages;  les  hauberts  se 
couvraient  d'une  rouille  qu'on  put  à  peine  enlever;  les  vêtements  s'y  perdaient,  et 
bien  des  gens  étaient  malades  par  manque  de  nourriture;  mais  leurs  cœurs  étaient 
joyeux  à  cause  de  l'espérance  qu'ils  avaient  d'aller  au  Saint  Sépulcre.  Ils  désiraient 
tant  Jérusalem  qu'ils  avaient  tous  apporté  leurs  vivres  pour  le  siège.  Le  camp  se  rem- 
plissait de  gens  qui  arrivaient  en  grande  joie,  désirant  bien  faire.  Ceux  qui  étaient 
malades  à  Jaffe  et  ailleurs  se  faisaient  mettre  dans  des  litières  et  porter  en  grand 
nombre  au  camp ,  l'âme  résolue  et  confiante.  Mais  les  ennemis  venaient  sur  les  che- 
mins, où  on  les  portait  en  les  encourageant;  ils  les  épiaient,  se  jetaient  sur  eux  et 
les  tuaient  :  ceux-là  étaient  de  vrais  martyrs,  qui  quittaient  ce  monde  en  si  bonne 
foi  et  dans  la  ferme  espérance  qu'ils  avaient  tous,  sages  et  fous,  d'accomplir  leur 
pèlerinage. 

Dans  le  camp  régnait  la  joie  la  plus  complète;  on  roulait  les  hauberts,  et  les  gens 
agitaient  la  tête  en  disant  :  ce  Dieu,  aidez-nous!  Dame  sainte  Vierge  Marie,  aidez-nous!  V.  707;). 
«Dieu,  laissez^nous  vous  adorer  et  vous  remercier,  et  voir  votre  sépulcre!  i>  Il  n'y  avait 
personne  de  fuché ,  de  sombre  et  de  triste  ;  on  ne  voyait  partout  que  liesse  et  réjouis- 
sance. Tous  disaient  :  ccDieu,  nous  voilà  enfin  au  bon  chemin!  C'est  votre  grâce  qui 
«nous  dirige.  "  Mais  il  y  en  avait  qui- ne  faisaient  guère  attention  à  ces  discours,  et  qui 
voulaient  retarder  le  voyage;  c'étaient  les  sages  Templiers,  les  preux  Hospitaliers  et  les 
Poulains,  les  gens  du  pays.  Ceux-là  disaient  au  roi  d'Angleterre  que  véritablement,  sui- 
vant leur  avis,  si  on  assiégeait  présentement  Jérusalem,  pendant  que  nous  serions  au 
siège,  Salahadin  nous  attaquerait,  et  les  Turcs  occupe^aient  la  route  entre  la  mer  et 
la  montagne,  et  nous  serions  dans  une  situation  fâcheuse  s'ils  nous  empêchaient  de 
nous  ravitailler,  et  si  même  ils  n'y  réussissaient  pas,  et  qu'ils  ne  pussent  nous  faire 
de  mal,  et  que  la  cité  fût  prise,  ce  serait  encore  une  entreprise  fort  périlleuse,  si  elle 

3t 


IV,   \lir. 


V 


tartiMKUi  lATieiiAie. 


Vjaltt®' î     . .  .  attire»  »"  alievoAï®       "^       rt^il  et     r    ^^^^^  y\  «  eo 

V'»""';   ,tti  ie*^"    ;..  -8»  t,  X»»'^"'     ;  "•  ••  *"*' r.  ««* 
M.tteV»  "»     „^l  .ot  «'"„«.  Ite  **»    „  „0l»e°''  °,  todo»«  f""' Llo 

^  •»«^^«'  Jus  Ve^^^'^",  Lv  ne  s  eu  ^^^;  ,,aVcni  su  ^!^,^,  cru^\««r 


L^HISTOIRE  DB  LA  GUERRE  SAINTE.  617 

aussi  vrai  que  vous  êtes  ici,  si  on  avait  su  le  mauvais  état  de  leurs  personnes  et  de 
leurs  subsistances, ^'^  qu'on  aurait  tué  les  Turcs  et  pris  la  ville. 

Cest  k  la  fête  de  saint  Hilaire  que  Tost  eut  cette  affliction  et  ce  chagrin  de  retour-  v.  7811. 
ner.  Chacun  aurait  voulu  être  mort,  et  maudissait  ie  jour  de  sa  naissance,  puisqu'il  v,  u. 
lui  fallait  revenir  sur  ses  pas.  L'ost  était  toute  déconcertée;  elle  avait  aussi  trop  de 
fatigue  et  de  peine.  Ils  ne  savaient  comment  faire  pour  remporter  les  vivres  qu'ils 
avaient  apportés;  toutes  leurs  bêtes  de  somme  étaient  affaiblies  par  le  grand  froid  et 
la  pluie,  et  atteintes  de  fièvre.  Quand  on  les  chargeait  de  provisions  et  qu'elles  mar- 
chaient dans  la  fange,  elles  tombaient  par  terre  sur  leurs  genoux,  et  les  hommes  se 
maudissaient  et  se  donnaient  au  diable.  Seigneurs,  croyez-le  bien,  on  n'a  jamais  vu 
une  aussi  belle  armée  dans  un  aussi  triste  état;  et  dans  les  petites  gens,  il  y  avait  bien 
des  malades  que  leur  mal  retenait  et  qu'on  aurait  laissés  là  sans  le  roi  d'Angleterre,  qui 
les  fit  partout  chercher,  tant  qu'on  les  amena  tous.  Enfin  tout  le  monde  partit  en 
ordre,  et,  le  jour  de  ce  retour,  nous  arrivâmes  à  Rames. 

A  Rames  était  l'ost,  découragée  conune  je  viens  de  le  dire,  et  à  cause  de  ce  dé-  V.  78 'i3. 
couragement  elle  se  dispersa.  Beaucoup  de  Français,  pleins  de  dépit,  s'en  allèrent  d'un  v.  m. 
côté  ou  de  l'autre  :  les  uns  allèrent  à  Jaffe  et  y  restèrent  quelque  temps;  les  autres 
revinrent  à  Acre,  où  la  vie  n'était  pas  chère;  d'autres  allèrent  à  Sur,  près  du  marquis, 
qui  les  en  avait  beaucoup  priés;  d'autres,  de  dépit  et  de  honte ,  allèrent  droit  au  Casai 
des  Plains  avec  le  duc  de  Bourgogne,  et  y  restèrent  huit  jours  entiers.  Le  roi,  avec 
ce  qui  restait  de  l'ost  tout  affligée,  son  neveu  le  comte  Henri  de  Champagne  et  les 
leurs ,  s'en  allèrent  droit  à  Ibelin  ;  mais  ils  trouvèrent  de  si  mauvais  chemins  et  au  soir 
un  si  mauvais  (jtte,  qu'ils  étaient  de  fort  méchante  humeur. 

L'ost  coucha  h  Ibelin,  morne  et  pensive,  et,  au  matin,  avant  le  lever  du  soleil,  V.  7869. 
partirent  ceux  qui  allaient  en  avant  pour  occuper  les  places.  On  enleva  les  tentes,  et 
l'ost  chevaucha  tout  armée;  mais  jamais  un  homme  vivant  ne  vpus  racontera  une 
journée  pire  que  celle-là  :  la  précédente  n'était  rien  à  côté.  Ils  y  perdirent  leurs  vivres, 
à  cause  des  bêtes  de  somme  qui  tombaient;  ainsi  le  voulait  Dieu,  qui  les  éprouva,  et 
qui  leur  montra  clairement  qu'il  faut  souffrir  pour  lui  si  on  veut  être  en  joie  avec  lui. 
In  peu  après  midi  ils  arrivèrent  à  Escalone.  Ils  la  trouvèrent  renversée  et  détruite, 
et  durent  monter  sur  les  décombres  pour  y  entrer,  et  ils  ne  le  firent  qu'à  grand' peine, 
en  sorte  que,  avec  la  dure  journée  qu'ils  avaient  eue,  il  n'y  en  avait  pas  un  qui  n'eût 
besoin  et  désir  de  repos.  Mais,  par  U  suite,  ils  en  eurent  tant  qu'ils  voulurent. 

Fiscalone  est  située  sur  la  mer  de  Grèce,  c'est  ainsi  que  je  l'ai  entendu  appeler,    v.  7897. 
et  jamais,  à  mon  avis,  je  n'ai  vu  une  cité  mieux  placée,  car  le  pays  touVautour  est  ex-    v,  i*. 
relient,  si  elle  avait  un  bon  port  ou  une  entrée;  mais  la  mer  est  là  si  violente  et  si 

'^)  Lacune  d^au  rnoiiK  deux  vers,  dont  le  sens  est  à  peu  près  :  «il  est  certain,  avec  peu  de  peine  et  de  dé- 
pense   - 

3:1. 


AÏS  ^HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

périlleuse  que  nul  vaisseau  n*y  peut  durer,  et  à  cause  de  cela  il  fallut  que  nos  geoi 
souffrissent  beaucoup,  carde  huit  jours  aucun  vaisseau  ne  put  y  aborder,  à  cause  de  le 
tempête,  pour  leur  apporter  des  vivres,  et  ils  n'eurent  à  manger  que  ce  qu'ils  avaient 
avec  eux.  Par  terre,  hommes  ni  bêtes  n'osaient  bouger  et  s'approcher  d'eux  à  cause  des 
Sarrasins.  Enfin, par  un  beau  temps,  il  leur  vint  des  provisions  de  Jaffe;  mais  bientAt 
recommença  en  mer  une  tempête  si  furieuse  que  les  vivres  enchérirentà  l'excès;  car  les 
barques  et  les  galères  qui  étaient  allées  en  chercher  avaient  été  brisées,  et  la  plaptrt 
des  gens  qui  les  montaient  noyés,  et  là  furent  brisées  aussi  toutes  nos  belles  énèques. 
Le  roi  les  (it  plus  tard  dépecer  pour  en  faire  faire  de  longs  vaisseaux,  dans  lesquels  il 
pensait  s'embarquer;  mais  il  ne  put  mettre  ce  projet  à  exécution. 

V.  7933.  Salahadin  sut  par  ses  espions  qite  nos  gens  étaient  revenus  sur  le  bord  de  la  mer; 
V,  V.  alors  il  dit  à  ses  Sarrasins  de  s'en  aller  dans  leur  contrée  et  de  s'y  reposer  jusqu'à  mUt 
oii  il  serait  temps  de  reprendre  les  combats.  Ils  ne  se  firent  pas  prier,  et  s'en  allèrent 
volontiers,  après  être  restés  quatre  ans  tout  pleins  en  Syrie,  k  grand'peine,  avoir  soufiiM 
du  chaud  en  été  et  en  hiver  du  froid,  ce  qui  ne  convient  pas  à  leur  nature,  et  ce 
qui  en  avait  fait  périr  beaucoup.  Vous  auriez  entendu  là  les  plaintes  de  tant  de  Turcs., 
d'émirs,  de  hauts  hommes,  de  Cordins  et  de  Persans,  de  gens  de  pays  lointains,  ^ 
avaient  été  si  souvent  en  tant  de  guerres  sans  éprouver  de  revers.  En  se  séparant*  ih 
se  rappelaient  leur  grand  dommage  et  leurs  grandes  pertes;  chacun  pleurait  ceui  des 
siens  qu'il  avait  perdus  en  Syrie.  Jamais  on  n'en  voulut  et  on  ne  fit  de  reproches  i  pei^ 
sonne  autant  que  les  Sarrasins  à  Salahadin  pour  les  Turcs  qu'il  avait  abandonnés  aantf 
essayer  de  les  délivrer  devant  Acre,  où  il  en  périt  tant.  Enfin  toutes  leurs  osts  ses^pt* 
rèrent,  excepté  les  sujets  directs  du  soudan,  ceux  qui  étaient  de  son  domaine  propft; 

V.  7967.  On  é.tait  près  de  la  Chandeleur,  au  moment  où  de  notre  ost  et  de  la  leur  se  së{Mi« 
V.  n.  rèrent  ainsi  beaucoup  de  gens,  allant  de  divers  côtés.  Le  roi  manda  aux  Français,  qui 
étaient  partis  les  premiers,  qu'ils  vinssent  à  Ëscalone,  qu'ils  se  réunissent  aux «utreê  et 
qu'on  délibérât  et  qu'on  pourvût  en  commun  pour  savoir  de  quel  côté  on  se  dii%eralt 
et  ce  qu'on  ferait;  car  il  valait  mieux  marcher  ensemble  que  vivre  en  discorde  elen 
péché.  Us  firent  dire  qu'ils  viendraient  et  qu'ils  resteraient  avec  lui  seulement  }iiai{a*i 
Pâques,  étant  bien  entendu  que,  si  alors  ils  voulaient  s'en  aller  et  qu'ils  l'eussent  dé- 
cidé, il  leur  donnerait  congé  et  les  ferait  conduire  en  toute  sûreté  par  terre  àj&creoi 
à  Sur.  Le  roi  le  leur  accorda  et  consentit  aux  demandes  de  chacun.  Voilà  IW  revenu 
ensemble  et  la  joie  bien  augmentée. 

^'  799^-        Quand  i'ost  fut  ainsi  de  nouveau  réunie  à  Ëscalone  et  bien  d'accord  (ce  qui  ne  du 
pas  longtemps),  elle  fit  là  son  séjour.  Ils  décidèrent  qu'ils  s'occuperaient  k  fortifier 
cité;  mais  les  barons  qui  séjoumTiient  là  depuis  qu'ils  étaient  revenus  étaient  sipntivr 
et  la  pauvreté  de  beaucoup  d'entre  eux  était  si  apparente,  qu'on  ne  pouvait  la  voir  1 
grand  pitié.  Cependant  tous  se  mirent  à  l'œuvre.  Ils  déblayèrent  les  fondations  d 


UHISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  &19 

porte;  tous  y  travaillaient  si  bien  qu'ils  s'émerveillaient  eux-mêmes  de  la  besogne  qu'ils 
faisaient.  Les  bons  chevaliers,  les  écuyers,  les  sergents  se  passaient  les  pierres  de  main 
en  main;  tous  travaillaient  sans  relâche,  et  il  y  venait  tant  de  clercs  et  de  laïques  qu'en 
peu  de  temps  ils  avancèrent  beaucoup  l'ouvrage.  Plus  tard,  pour  le  continuer,  on  en- 
voya chercher  des  maçons;  il  fallut  beaucoup  de  temps  pour  terminer. 

Il  y  avait  eu  à  Escàlone,  mais  elles  étaient  toutes  détruites,  cinquante-trois  tours  V.  8o93. 
belles  et  fortes,  sans  compter  les  petites  tourelles.  Cinq  étaient  nommées  d'après  ceux 
qui  les  avaient  bâties  :  écoutez  ceux  qui  les  bâtirent,  à  ce  que  nous  contèrent  des 
gens  qui  en  savaient  la  vérité.  Dans  la.  plus  vieille  antiquité  régnait  un  homme  appelé 
Cham,  puissant  et  renommé;  il  était  fils  de  Noé,  celui  qui  fit  l'arche  par  laquelle  tout 
fut  sauvé.  Ce  Cham  engendra  (qui  le  retiendra  pourra  le  redire)  trente-deux  fils,  qui 
régnèrent  après  lui ,  et  qui  fondèrent  Escàlone.  Ces  fils  envoyèrent  par  les  terres  qu'ils 
gouvernaient,  par  les  cités  et  les  bourgs,  chercher  de  l'aide  pour  construire  les  tours. 
On  dit  que  les  demoiselles  bâtirent  la  tour  des  Pucelles;  les  chevaliers  d'alors  bâtirent 
la  tour  des  Ecus;  on  éleva  la  tour  du  Sang  avec  les  amendes  des  délits  et  des  crimes; 
les  émirs  établirent  la  tour  des  Emirs;  les  Bédouins  firent  la  leur,  forte,  riche  et  im- 
portante. Voilà  les  noms  que  portaient  ces  ^inq  tours  et  ce  qu'en  savaient  ceux  qui 
nous  les  dirent.  Les  autres  gens,  chacun  selon  leur  état,  bâtirent  les  autres  ouvrages. 

Quand  les  maçons  furent  venus,  on  les  engagea  pour  l'ouvrage.  Le  roi  s'y  mit  le  v.  8or)9. 
premier  avec  grande  générosité,  et  les  hauts  hommes  l'imitèrent.  Chacun  en  prit  la 
charge  qui  lui  convenait.  Là  oii  les  autres  n'arrivaient  pas  et  où  les  barons  ne  faisaient 
rien,  le  roi  faisait  travailler,  commençait  et  terminait;  et  quand  les  barons  se  relâ- 
chaient et  ne  pouvaient  suffire,  le  roi  leur  faisait  porter  des  secours  pour  les  encou- 
rager. Il  y  mit  et  il  y  dépensa  tant,  à  ce  que  l'on  sut  bien,  que  la  dépense  des  trois 
quarts  de  la  ville  fut  payée  par  lui.  C'est  par  le  roi  qu'elle  fut  refaite,  et  c'est  par  lui 

que  plus  tard  elle  fut  détruite ^^^  par  les  Français,  qui  manquèrent  à  leur 

devoir,  quand,  avec  ses  braves  compagnons,  il  s'élança  en  mer  à  Jaffe  de  sa  galère;  là 
sa  prouesse  se  montra ,  comme  nous  le  ferons  voir  en  temps  et  lieu ,  et  nous  ferons  si 

bien  qu'au  moins  suivant  nos  souvenirs  l'histoire  n'en  mentira  pas  d'un  mot ; 

ainsi  Dieu  me  donne  sa  gloire! 

Ecoutez  une  étrange  aventure,  qui  mérite  bien  d'être  écrite;  c'est  sans  doute  un  vrai    V.  8089. 
miracle.'  Saladin  envoyait  à  Babylone,  escorté  par  ses  gens,  un  convoi  de  mille  chré-    v,  vu. 
tiens  captifs,  Francs  et  Syriens.  Ils  étaient  déjà  au  Daron;  mais  Dieu,  qui  ressuscita 
Lazare,  les  secourut;  écoutez  de  quelle  manière.  Une  fois,  après  midi,  le  roi  Richard 
avec  ses  hardis  compagnons  étaient  sortis  d'Escalone  et  étaient  allés  voir  le  Daron, 
qu'il  prit  depuis  |)ar  siège,  car  tant  qu'il  n'était  pas  pris  les  Sarrasins  qui  apportaient 

''^  M  y  a  certainement  ici  une  lacune  assez  considérable.  Le  latÎD  omet  ce  passage. 


^Û0  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

les  vivres  de  Babylone  à  Jérusalem  y  trouvaient  un  asile  sûr  oà  ils  ne  craignaient  jmk 
cune  attaque.  Par  là  passaient  ces  malheureux  que  l'on  menait  à  la  honte  et  à  la  woêU. 
Que  vous  dirais-je  ?  Quand  le  roi  approcha  avec  sa  vaillante  troupe  et  que  les  Tnrii^ 
virent  sa  bannière,  ils  s'étonnèrent  et  eurent  peur.  Beaucoup  se  réfugièrent  dans  le 
château,  et  ils  n'osèrent  pas  retenir  les  prisonniers  en  voyant  le  roi  arriver.  Ces  pauvret 
gens,  restés  dehors,  se  mirent  dans  une  église.  Le  roi  vint,  il  les  délivra,  et  il  mil  à 
mort  tous  les  Turcs  auxquels  il  put  couper  la  retraite.  Il  gagna  là  maint  bon  cheval,  et 
outre  les  Turcs  qui  furent  tués  il  en  prit  vingt  vivants.  Si  Dieu  de  sa  main  ne  ravtit 
pas  amené  là,  lui  et  les  siens,  le  lendemain  les  prisonniers  auraient  été  conduits  k 
Babylone  et  seraient  morts  en  captivité. 

V.  8137.  Après  cette  journée  où  Dieu  délivra  les  siens  qui  étaient  condamnés  à  mort,  et  e& 
y,  Tiii.  il  donna  au  roi  Richard  le  pouvoir  de  saint  Léonard  en  lui  faisant  briser  les  liens  diit 
prisonniers,  ce  dont  on  rendit  bien  grâce  à  Dieu,  le  roi  manda  au  marquis  de  venir  i 
Escalone  pour  tenir  sa  place  dans  l'ost,  comme  il  l'en  avait  déjà  prié  plusieurs  fois,  et  de 
mériter  la  part  du  royaume  qui  lui  avait  été  attribuée,  suivant  l'engagement  et  le  s«P- 
ment  qu'il  avait  prêtés  devant  le  roi  de  France.  Voilà  ce  qu'il  lui  manda;  le  marqm 
lui  fit  répondre  qu'il  ne  mettrait  pas  le  pied  dans  l'ost  jusqu'à  ce  qu'ils  eussent  parlé 
ensemble.  C'est  ce  qu'ils  firent  plus  tard,  au  Casai  Imbert,  si  je  ne  me  trompe. 

V.  8167.  Pendant  que  nos  gens  séjournaient  à  Escalone,  rangés  chacun  dans  son  ordret  etreii 
V,  11.  relevaient  les  fortifications,  il  se  dit  des  paroles  mauvaises  entre  le  roi  et  le  diio  de 
Bourgogne,  ce  qui  empira  beaucoup  les  affaires.  Les  Français  réclamaient  au  duc  Imt 
solde  et  l'en  pressaient,  et  il  n'avait  pas  de  quoi  la  leur  payer.  Il  alla  donc  troaver  le 
roi  d'Angleterre  et  lui  demanda  s'il  pourrait  lui  prêter  encore  plus  d'argent  qu'il  â^ 
avait  prêté  aui^  Français  en  été  sur  leur  part  du  butin  d'Acre.  Mais  le  roi  ne  vouhrl 
plus  faire  de  prêt,  et  pour  cette  raison  et  pour  d'autres  se  dirent  beaucoup  de  pandep 
qui  ne  sont  pas  écrites  ici,  si  bien  que  le  duc  s'en  alla  par  dépit  avec  une  part|e  de^ 
V,  X.  Français.  lis  arrivèrent  droit  à  Acre;  là  ils  trouvèrent  les  Génois  et  ceux,  de  PiieveÉ 
train  de  se  battre;  car  les  Pisans  se  tenaient  loyalement  au  roi  Gui,  et  les  Gé&oîtit 
ralliaient  au  marquis ,  ayant  plus  de  confiance  en  lui  parce  qu'il  était  dans  le  semiMl 
du  roi  de  France.  Voilà  à  Acre  grand  désordre,  et  la  ville  en  mauvais  point.  Partout  dte 
gens  tués,  partout  du  bruit  et  des  cris.  Les  Français,  le  duc  et  ceux  qui  étaient. li* 
prirent  aussi  les  armes.  Quand  ceux  de  Pise  virent  cela,  ils  se  défendirent  hafdinMîll 
et  firent  grande  honte  au  duc  de  Bourgogne,  car  ils  tuèrent  son  cheval  soiis  lui  et  lé 
mirent,  malgré  lui,  à  pied.  Puis  ils  coururent  fermer  les  portes,  ne  voulant  pas  e(M 
fermer  avec  eux  des  gens  qui  auraient  fait  courir  grand  danger  à  la.  ville;  car  les  (Bdf 
nois  avaient  envoyé  un  message  au  marquis  pour  lui  dire  qu'ils  lui  rendraient,  la  tJWir 
Il  y  arriva  avec  ses  galères  et  ses  hommes  d'armes,  pensant  surprendre  la  ville;  mais 
les  Pisans  se  mirent,  con^me  des  gens  braves  et  hardis,  aux  mangonneau;ic  etauxpier* 


LHISTOIRfi  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  ASi 

rières.  On  combattit  ainsi  pendant  trois  jours,  tant  que  les  Pisans  envoyèrent  en  hAte 
chercher  le  roi  d'Angleterre.  Celui-ci  était  déjà  venu  par  terre  à  Gésaire,  voulant, 
comme  je  m'en  suis  informé,  aller  parier  au  marquis;  les  messagers  le  rencontrèrent  : 
il  poursuivit  sa  route  et  vint  à  Acre  dans  la  nuit  noire,  et  quand  le  marquis  sut  que  le 
roi  était  arrivé,  rien  ne  put  le  retenir  là  :  il  s'en  alla  promptement  à  Sur,  car  alors 
soufflait  le  vent  d'Arsur^'^.  Le  duc  de  Bourgogne  y  était  dëjà  avec  ses  Français.  Quand 
roi  sut  cela,  à  Acre,  où  il  avait  passé  la  nuit,  il  monta  à  cheval  dès  le  lendemain 
matin  et  prit  l'affaire  en  main,  de  telle  façon  qu'il  apaisa  les  deux  partis  et  réconcilia 
les  Génois  avec  les  Pisans,  songeant  que  s'il  ne  rétablissait  pas  la  paix  il  pourrait  en 
venir  de  grands  maux. 

Quand  ceux  de  Gènes  et  ceux  de  Pise,  qui  avaient  été  si  longtemps  en  guerre^  v.  8'j35. 
furent  ainsi  mis  d'accord,  le  roi  d'Angleterre  (it  dire  au  marquis  qu'il  serait  bon  qu'ils  \\  u. 
se  rencontrassent  au  Casai  Imbert  et  parlassent  ensemble,  pour  voir  s'ils  pourraient  ar- 
river à  se  mettre  aussi  d'accord.  Ils  y  vinrent  et  se  réunirent  et  parlèrent  longtemps 
ensemble;  mais  cela  ne  mena  à  rien,  car  le  marquis  manqua  aussitôt  de  parole  au  roi 
sur  ce  qu'il  lui  avait  dit,  tant  à  cause  du  duc  de  Bourgogne  que  de  ses  autres  compa- 
gnons, qui  le  détournèrent  de  la  pai$ ,  si  bien  qu'ils  l'empêchèrent  complètement ^\ 

Et  quand  le  roi  sut  cela,  on  lui  conseilla,  par  jugement  équitable,  que,  puisque  le 
marquis  ne  se  souciait  pas  de  mériter  sa  part  du  royaume  ni  de  servir  Dieu,  il  fallait 
s'en  prendre  à  ses  rentes  ei  ne  pas  les  lui  payer.  Et  de  là  vint  la  grande  discorde  entre  le 
roi,  les  barons  de  France  et  le  marquis,  lequel  attira  à  lui  les  Français  comme  il  le  fai- 
sait d^à  auparavant,  et  troubla  si  bien  tout  le  pays  que  le  roi  d'Angleterre,  pendant 
près  des  trois  quarts  du  carême,  s'il  m'en  souvient  bien ,  n'osa  pas  quitter  Acre. 

Deux  jours  avant  PAques  fleuries,  des  bacheliers  de  i'ost  partirent  de  Jaffe  et  allé-  v.  8271. 
rmt  droit  à  MirabeK  Ils  eurent  la  chance  de  trouver  une  belle  proie,  qu'ils  emmenèrent  v,  m. 
tout  entière,  tuant  trente  Sarrasins,  et  en  prenant  cinquante  tout  vifs,  avec  lesquels 
ils  s'en  revinrent  à  Jaiïe.  Us  gardèrent  la  moitié  de  la  proie,  dont  ils  savaient  à  peine 
la  valeur,  et  l'autre  moitié  fut  pour  le  comte  de  Leicestre.  La  part  des  sergents  fut 
vendue,  à  ce  que  j'appris,  pour  plus  de  quatorze  cents  besants  sarrasins  forts  et  de  bon 
poids.  Le  samedi  suivant,  tous  ceux  qui  avaient  des  chevaux  sortirent  aussi  d'Esca^ 
lone  en  bon  ordre,  pour  une  proie  qu'on  leur  avait  signalée.  Ils  réussirent  bien  cette 
fois  :  ceux  qui  y  furent  racontèrent  qu'ib  poussèrent  jusqu'en  Egypte,  quatre  lieue^ 
outre  le  Darcm;  ils  prirent  des  chevaux  et  des  juments,  sept  cents  têtes  de  bétail  gros 
et  petit,  vingt  Anes  et  trente  chameaux;  et  ils  prirent,  à  ce  que  je  sais,  plus  de  cent 

(*)  Le  vers  8949  est  évidemment  corrompu  (le  itlin  ne  U  traduit  pas).  Nous  le  restituons  ici  diaprés  d'autres 
passages  (voir  Amur  à  la  Table)  :  Que  adonc  fu  li  venz  d'Anwr. 

^')  La  lacune  doit  sans  doute  être  placée  après  le  vers  St53,  «i  eomprvndre  plufieura  vers  ;  00  y  rtoonUitque 
le  marquis  se  relira  à  Sur  auprès  de  sa  femme,  renonçant  à  la  guerre  (voir  le  latin). 


/ 


/i22  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

quatre-vingts  mécréants,  hommes,  femmes  et  enfants.  Ils  revinrent  pleins  de  joie  tout 
droit  à  Escalone. 

V.  83o5.  Vous  avez  entendu  ce  que  je  vous  ai  raconté  de  la  discorde  qui  régnait  entre  les 
V.  xni.  barons.  Le  duc  et  le  marquis  mandèrent  de  Sur  à  tous  les  Français  qui  étaient  dans 
lost  à  Escalone  de  venir  aussitôt  à  Sur  auprès  du  marquis  et  de  se  tenir  tous  à  loi; 
si  bien  qu'ils  s'engagèrent  tous  envers  lui,  à  cause  de  l'hommage  qu'il  avait  prétié  IM 
roi  de  France.  Et  ainsi  on  connut  bien  et  on  vit  clairement  toute  l'affaire,  toute  lauMh 
nœuvre,  toute  la  perfidie  et  la  haine  mortelle  de  ce  félon  marquis,  et  le  serment  qu^ 
avait  échangé  avec  le  roi  de  France  quand  celui-ci  était  parti.  C'est  k  cause  de  cek 
que  les  Français  se  séparèrent  alors  du  roi  d'Angleterre,  qui  ne  cherchait  que  le  bÎM 
du  pays,  comme  vous  me  l'entendrez  raconter  si  vous  voulez  me  prêter  un  p^tt  d'at- 
tention. ■         t-î 

V.  8837.  Le  mardi  de  la  semaine  sainte ,  où  les  gens  font  pénitence,  le  roi  revint  k  l'est ^^^  triatt 
V,  HT.  et  pensif,  et  le  mercredi  les  barons  de  France  se  présentèrent  à  lui,  lui  demandidtt 
de  leur  donner  une  escorte,  comme  il  l'avait  promis.  Il  y  consentit  aussitôt;  il  iaiff 
donna  pour  les  escorter  de  ses  hommes,  Poitevins,  Angevins  et  Mancedui,  et  de  Wa 
barons  de  Normandie.  Lui-même  il  les  accompagna  en  pleurant,  et,  quand  il  a'al'rAH^ 
il  les  pria  de  rester  avec  lui  à  ses  frais,  et  de  ne  pas  se*séparer  des  autres;  maîa  Hk 
ne  consentirent  jamais  à  rester.  Et,  quand  il  vit  qu'il  n'bbtenait  rien  et  qu'ils  n'^dM^ 
talent  pas  sa  prière,  il  revint  à  Escalone,  et  manda  aussitôt  à  Acre,  sans  perdi^-nk 
moment,  à  ses  lieutenants  qu'ils  empêchassent  les  Français  de  s'y  arrêter.  •    •  t 

V.  8353.  Ce  fut  le  jeudi  saint  que  le  péché  nous  enleva  ainsi  les  barons  de  France.  Voilà  faat 
v,  XT.  fort  troublée,  découragée  et  morne,  et  bien  réduite,  ayant  perdu  plus  de  neptcmtn 
chevaliers  prisés  d'armes,  preux  et  forts ^  qui  n  avaient  plus  osé  y  rester.  Que  (te  geoa 
vous  auriez  vus  pleurer  sur  ces  discordes!  Quand  les  Sarrasins  lapprirent,  saches ^c^ 
s  en  réjouirent  fort;  et  des  témoins  ont  raconté  que  Salahadin  fit  aussitôt  faire  ses  lettiii 
et  envoya  dire  à  tous  les  émirs  des  pays  qu'il  avait  conquis  de  revenir  en  Syrie, €t'^[Ab 
les  Francs  ne  s'en  empareraient  pas,  car  il  régnait  entre  eux  de  telles  discordes,  CmaMm^ 
il  l'avait  appris,  que  par  son  sens  et  sa  richesse,  il  pensait  ravoir  Sur  et  Acre.  CeuxHH 
obéirent  à  ses  ordres,  mais  ils  vinrent  a^ez  mollement.  Cependant  il  en  rassemlàa 
pour  que,  à  mon  avis,  il  y  en  eût  trop. 

V.  838 1.         Le  samedi  de  Pâques,  m'a  dit  celui  d'après  lequel  je  le  raconte,  le  sultan 

v.  xTi.    était ^^^  à  Jérusalem  eu  Saint  Sépulcre.  11  y  avait  là  bien  des  pauTres  "chréliéiit 

liés  et  enchaînés,  des  Latins  et  des  Syriens,  qui  pleuraient  tendrement  et  demandaiiNtt 
à  Dieu  d'avoir  pitié  de  la  chrétienté  tombée  en  détresse.  Commç  ils  versaient  ainsi  Iran 
prières  et  leurs  douces  larmes,  voici  venir  le  feu  du  ciel,  tout  ainsi  qu'il  a  accoutuiné 

(^)  Il  faut  corriger  le  vers  8399  ainsi  :  Revint  li  nii  a  l'ost  an«r$, 

f*J  Lacune  d'un  vers,  *.       .* 


L^HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  &23 

de  venir,  dans  la  lampe  :  avec  la  rapidité  que  met  le  regard  de  l'homme  à  monter,  tous, 
jeunes  et  vieux,  Sarrasins  et  chrétiens,  virent  que  la  lampe  s'était  allumée  comme  elle 
en  avait  l'habitude.  A  la  vue  d'un  tel  miracle,  voilà  tout  le  peuple  ému.  Les  Sarrasins 
s'émerveillaient;  ils  disaient  et  ils  croyaient  que  c'était  par  enchantement  qu'elle  s'allu- 
mait ainsi.  Salahadin  voulut  en  savoir  le  vrai;  il  ordonna  qu'on  éteignit  la  lampe ,  et  ses 
gens  l'éteignirent  aussitôt;  mais  ils  ne  réussirent  pas  dans  leur  projet  [et  ne  purent 
emp<^cher'^^]  que  la  lampe  ne  se  rallumât.  Il  ordonna  qu'on  l'éteigntt  de  nouveau,  et 
Dieu  voulut,  à  l'honneur  de  son  nom  et  de  sa  ville,  rendre  sensible  la  vérité,  et  la 
ralluma  une  troisième  fois.  Quand  Salahadin  vit  la  foi  des  chrétiens  et  leur  confiance, 
il  dit  à  ses  Turcs  que  certainement  il  ne  garderait  pas  longtemps  la  ville,  ou  qu'il 
mourrait  bientôt;  et,  autant  que  je  le  sais,  il  ne  vécut  depuis  ce  jour  que  jusqu'au  ca- 
rême suivant. 

A  Pâques,  la  belle  fête,  le  roi  tint  une  cour  grande  et  plénière  pour  réconforter    v.  b/ijr). 
les  gens  de  l'ost.  11  fit  porter  et  tendre  ses  pavillons  hors  d'Escalone,  [et  chacun  put    v,  xtu. 
y  pénétrer  et^^^]  prendre  la  nourriture  qu'il  voulut.  La  cour  ne  dura  qu'un  jour,  et  le    v,  xtiu. 
lendemain,  sans  plus  de  repos,  le  roi  fit  recommencer  le  travail  des  murailles  et  re- 
prendre les  ouvrages  que  les  Français  avaient  abandonnés  quand  ils  étaient  partis.  Il 
Ht  continuer  et  faire  à  ses  frais  tout  ce  qu'il  y  avait  encore  à  achever.  Vous  m'avez  en-    v,  xx. 
tendu  raconter  tout  à  l'heure,  ceux  à  qui  il  a  plu  de  m'écouter,  l'escorte  fait.e  par  ses 
barons  de  Poitou,  de  Normandie,  d'Anjou  et  du  Maine  :  ayant  accompagné  les  Fran- 
çais jusqu'à  Acre,  ils  s'en  revinrent.  Écoutez  maintenant  comment  les  Français  se 
conduisirent  à  Sur,  où  ils  allèrent,  pendant  le  temps  qu'ils  y  restèrent,  quel  proiit 
vint  de  leur  séjour,  ce  qu'ils  y  allèrent  faire,  quelles  expéditions,  quelles  peines  et 
quelles  misères  ils  y  souffrirent  pour  Dieu.  Ceux  qui  les  y  virent  racontèrent  qu'ils  pas- 
saient les  nuits  à  danser  et  portaient  sur  leurs  têtes  des  couronnes  et  des  guirlandes 
de  fleurs.  Ils  s'asseyaient  devant  les  tonnes  de  vin  et  buvaient  jusqu'à  matines;  puis 
ils  revenaient  par  les  maisons  des  filles  de  joie,  en  brisant  les  portes,  en  disant  de 
folles  paroles,  et  en  jurant  tant  qu'ils  pouvaient.  Tel  était  leur  gouvernement.  Je  ne 
dis  pas  que  tous  fissent  et  dissent  de  telles  vilenies ,  car  les  gens  de  bien  qui  étaient 
là  et  qui  y  restaient  malgré  eux,  qui  regrettaient  la  discorde  que  Dieu  n'avait  pas  voulu 
apaiser,  ceux-là  en  étaient  fort  indignés;  mais  les  mauvaises  gens  étaient  très  aises  du 
désaccord  qu'il  y  avait  entre  les  deux  rois. 

Quand  le  vaillant  roi  Chariemagne,  qui  conquit  tant  de  royaumes,  alla  guerroyer    V.  ^^'179. 
en  Espagne,  oii  il  mena  les  braves  compagnons  qui  furent  vendus  au  roi  Marsile  par 
Ganelon,  grande  perte  pour  la  France;  quand  il  fat  en  Saxe,  où  il  fit  tant  de  prouesses, 

^^'  Lacune  d^un  vers,  suppléée  (l*après  le  sens. 

t')  11  manque  sans  doute  quatre  vers  entre  8433  et  8/i3i&;  nous  n^en  suppléons  que  Tei^seDliel,  diaprés  k 
latin. 

33 


V,  x»i. 


mrMWKMB  ■«riesitc 


&U  L'HISTOIRE  DB  LA  GUERRE  SiINT& 

vainquit  (luîteclin  et  eitermiDa  les  Saxons  à  l'aide  de  maiotB  vaillants  hommes;  qoaad 
il  meoa  son  armée  à  Rome,  après  qu'Agoland,  avec  tous  ses  païens,  liit  arrivé  par  tam 
à  Rise,  dans  la  riche  terre  de  Galabre;  et  à  l'autre  eipëdition  d'oulre-meft  quand  h 
Syrie  fut  reconquise  et  Antioche  assiégée,  dans  les  grandes  gueires  et  les  bataillas  li- 
vrées aux  Turcs  et  aux  mécréants  dont  on  tua  et  vainquit  tant,  alors  il  n'y  avait  pu 
d'intrigue  ni  de  querelle:  on  ne  se  demandait  pas  qui  était  Normand  ou  Français,  Pw- 
tevin  ou  Breton,  Boui^uignon  ou  Manceau,  Anglais  ou  Flamand; il  n'y  avait  poîot  dt 
médisances;  on  ne  s'insultait  pas  l'un  l'autre;  aussi  tous  r^nportaient  de  l'boDDSur*  fli 
tous,  de  quelque  couleur  qu'ils  fussent,  étaient  appelés  Francs.  Si,  parleurs  pécbéi, 
la  désunion  se  mettait  entre  eux,  les  princes  les  réconciliaient,  et,  comme  les  priotiM 
étaient  tous  d'accord,  les  discordes  duraient  peu.  Ceux  de  notre  temps  auraient  à(k  hàn 
de  même,  et  se  conduire  de  façon  à  donner  le  bon  exemple,  au  lieu  de  se  décfainr 
sans  cesse  l'un  l'autre. 

Après  Pâques,  au  moment  du  grand  passage,  arriva  au  roi  Richard  un  message  <fû 
.  déconforta  beaucoup  l'ost.  C'était  le  prieur  de  Hereford,  un  prieuré  en  Angleterre,  ipô. 
était  venu  trouver  le  roi  en  Syrie.  Il  lui  apporta  des  nouvelles  qui  n'étaient  ni  bettat 
ni  bonnes,  et  des  lettres  écrites  et  scellées  en  grande  nécessité  qui  disaient  qu'on  avûl 
fait  partir  des  châteaux  les  gouverneurs  qu'il  avait  établis  en  Angleterre,  et  qu'il  y  avsft 
eu  à  cette  occasion  des  gens  tués  dans  le  pays,  et  cela  le  prieur  l'avait  vu  lui-^oioMk 
La  lettre  disait  encore  que  son  frère  avait  fait  chasser  d'Angleterre  son  cfaaoceliw  «I 
qu'il  ne  restait  au  roi,  ni  en  palais  ni  en  trésor,  sauf  dans  les  élises,  rien  que  SM 
frère  n'eût  fait  saisir;  et  que,  ne  redoutant  rien  dans  sa  malice,  il  arait  fait  tant  d'en- 
nuis et  de  vilenies  au  chancelier,  bien  qu'il  fAt  mattre  et  seigneur,  pr^re  et  évéqoe, 
qu'il  s'était  enfui  en  Normandie.  Et  il  y  avait  encore  pis,  car  il  voulait  trahir  k 
roi  pendant  qu'il  était  en  son  pèlerinage,  et  recevoir  les  serments  de  ses  barons  $lttr- 
gleterre,  [et  il  avait  tenté  de  s'emparer  des  rentes  du  roi'"]  qui  venaient  k.  l'échiquer. 
(t£t  à  cause  de  cela,  sire,  dit  le  prieur,  je  vous  supplie  de  revenir  dans  votre  terra  tf  de 
-  «vous  venger  de  ceux  qui  vous  ont  fait  tant  de  tort,  ou  ils  feront  encore  pis,  et  tow 
R  n'entrerez  pas  sans  livrer  bataille  dans  votre  royaume,  qu'ils  pillent,  i  Seigneurs,  M 
vous  émerveillez  pas  si  le  roi ,  qui  s'était  donné  tant  de  peine  pour  Dieu  dans  UM 
terre  lointaine  et  y  avait  tant  souffert,  Fut  troublé  dans  son  cœur;  car  la  crainte  de 
perdre  son  rang  trouble  et  déconcerte  tout  homme  d'honneur.  La  nouvelle  w  répea^  : 
je  ne  crois  pas  qu'on  ait  jamais  vu  nulle  part  des  gens  plus  tristes  et  plus  abattus 
pour  le  départ  d'un  homme;  car  si  le  roi  était  parti,  ils  auraient  été  en  trop  maumie 
situation,  tous  dispersés  et  en  désaccord;  jamais  on  n'aurait  pu  accorder  ceux  de  Siir 
et  ceux  d'Escalone.  Le  lendemain ,  vers  midi ,  le  roi  assembla  ses  barons  et  dit  devant  eoi 

<"  La  iMune  est  taoA  doule  de  deui  verg;  le  latin  permet  de  la  combler.  ,  H 


L  HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  AS5 

tous  qu'il  avait  reçu  des  nouvelles  d'Angleterre;  qu'on  voulait  lui  enlever  son  royaume; 
qu'on  avait  dépose  le  chancelier  établi  par  lui  qui  le  lui  gardait  et  gouvernait >  et  qu'il 
était  obligé  d'y  aller.  Il  ajouta  que,  s'il  arrivait  qu'il  fât  obligé  de  partir,  il  laisserait 
en  Syrie  trois  cents  chevaliers  d'élite  et  deux  mille  sergents  preux  et  vaillants,  le  tout 
à  ses  frais.  Enfin  il  dit  qu'il  désirait  savoir,  et  qu'il  les  priait  de  répondre  là  dessus,  qui 
voudrait  s'en  venir  avec  lui.  Il  leur  laissa  le  choix  ou  de  partir  ou  de  rester,  car  il  ne 
voulait  contraindre  personne. 

Les  hauts  hommes  qui  étaient  là  réunis  délibérèrent  sur  la  question  que  le  roi  V.  gfîor. 
leur  soumettait.  Ils  étaient  tous  en  peine  de  savoir  ce  qu'ils  devaient  dire  et  faire.  Enfin, 
considérant  qu'il  n'y  avait  pas  dans  le  royaume  de  chef  suprême,  mais  qu'il  était  par- 
tagé entre  deux;  que  le  roi  Gui  ne  pouvait  venir  à  bout  d'occuper  sa  part  et  que  le 
marquis,  quelque  assurance  qu'on  lui  donnât,  ne  voulait  pas  revenir  dans  l'ost  et 
restait  avec  les  Français,  si  bien  que  tout  était  en  discorde;  ayant  pensé  à  tout  cela, 
ils  revinrent  trouver  le  roi  et  lui  dirent,  sans  rien  celer,  que,  s'il  n'établissait  pas  dans 
le  royaume  un  chef  qui  s'entendit  à  la  guerre  et  auquel  tous,  de  quelque  côté  qu'ils 
vinssent,  se  ralliassent,  ils  s'en  iraient  tous  avec  lui  et  abandonneraient  le  pays.  Et  le 
roi,  pensant  partir  aussitôt,  leur  demanda  sur-le-champ  duquel  des  rois,  du  roi  Gui  ou 
du  marquis,  ils  voulaient,  et  duquel  ils  ne  voulaient  pas.  Tous  ceux  auxquels  il  avait 
adressé  cette  demande  s'agenouillèrent  devant  lui,  grands,  moyens  et  petits,  et  le  sup- 
plièrent d'établir  pour  roi  le  marquis,  car  c'était  le  plus  capable  et  le  plus  utile  au 
royaume.  Quand  le  roi  vit  qu'ils  le  voulaient  tous  et  que  personne  ne  s'y  opposait,  il 
blâma  plus  d  un  qui  était  là  et  qui  lui  avait  dit  du  mal  du  marquis.  Tout  le  monde  fai-  v.  \Mr. 
sant  la  même  demande,  il  s'y  accorda,  et  il  voulut  bien  que  de  hauts  hommes  allassent 
le  chercher  pour  le  ramener  joyeusement,  qu'il  revînt  avec  les  Français  et  que  tout  le 
monde  fût  d'accord. 

Cette  élection  ne  fut  pas  une  petite  affaire.  Tous,  les  fous  et  les  sages,  la  voulurent.  \ .  8H/17. 
Les  messagers  se  disposèrent  à  partir;  le  premier  était  le  comte  Henri  de  Champagne,  . 
avec  lui  monseigneur  Oton  de  Trasignies  (c'étaient  des  gens  de  haut  lignage),  et  aussi 
Guillaume  de  Caieu.  Ils  s'armèrent  et  allèrent  porter  leur  message  au  marquis,  et  le 
réconforter  par  de  bonnes  nouvelles,  faites  pour  plaire  à  lui  et  aux  Français  qui  étaient 
à  Sur.  Ils  montèrent  à  cheval  et  partirent,  et  vous  allez  entendre  comment  les  choses 
se  passèrent  quand  ils  arrivèrent. 

C'est  une  vérité  certaine  que,  quand  les  barons  de  France  furent  allés  rejoindre  le  \.  8605. 
marquis,  le  roi  Richard  le  fit  requérir  plusieurs  fois,  comme  nous  Favons  vu  et  comme 
nous  l'avons  dit,  de  venir  à  Tost  avec  les  autres,  pour  aider  à  reconquérir  la  sainte 
terre;  et  il  n'y  voulut  jamais  venir,  méritant  ainsi  qu'il  lui  arrivât  malheur.  Écoatez  ce 
qu'il  avait  dans  l'idée  et  le  tort  qu'il  voulait  faire  à  Dieu  :  contrairement  à  l'honneur 
de  la  couronne  royale  et  à  l'ost  d'Escalone,  il  avait  fait  et  juré  la  paix  avec  Salahadin , 

33. 


k  ; 


436  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  .SAINTE. 

lui  promettant  d'aller  le  trouver  et  de  tenir  de  lui  la  moitié  de  Jérusalem.  U  avMt 
déjà  avancé  cette  vilaine  affaire,  comme  on  le  sut  :  il  devait  avoir  Barat,  Saette  et  le 
pays  environnant,  et  avec  cela  la  moitié  du  royaume.  Salafaadin  était  d'accord  pourfàire 
cette  paix;  mais  l'émir  Safadin  ne  voulut  jamais  y  consentir.  On  nous  raconta  plas  tard 
qu'il  dit  au  soudan  son  frère  :  ccSire,  ne  plaise  à  Dieu  que  vous  fassiez  jamais  une  paix 
«avec  les  chrétiens,  quelque  proposition  que  vous  receviez,  en  dehors  du  roi  d'Angle- 
t(  terre,  qui  est  le  meilleur  de  tous  les  chrétiens.  Je  ne  vous  le  conseille  pas,  et  je  n'y 
((Consens  pas. ?)  Ainsi  l'affaire  en  resta  là;  mais  on  s'informa  et  on  le  sut  partout,  car 
Etienne  de  Tournehan  se  trouvait  à  Jérusalem  en  message  auprès  du  soudan  quaod 
vinrent  les  messagers  du  marquis,  dont  on  a  bien  retenu  les  noms  :  c'étaient  Balian 
d'Ibelin,  plus  félon  qu'un  diable,  et  Renaud  de  Saette;  ils  venaient  chercher  et  sollir 
citer  cette  paix  sale  et  honteuse;  ils  auraient  mérité  quon  lâchât  sur  eux  des  chiens. 

V.  8715.  Les  messagers  du  roi  Richard,  dont  nous  avons  parlé  et  que  nous  vtmes  partir  pour 
V,  xxr.  leur  message,  suivirent  la  route  qu'ils  s'étaient  tracée  et  arrivèrent  prompteihent  à 
Sur.  Ils  descendirent  de  cheval,  allèrent  droit  au  marquis  pour  lui  dire^^^  ce  qu'ik  lui 
voulaient.  Ils  le  saluèrent  courtoisement,  et  lui  et  ceux  qui  étaient  avec  lui  les  sa- 
luèrent avec  des  éclats  de  rire.  Alors  le  comte  Henri  prit  la  parole  et  dit  de  bonne  yo* 
lonté  :  c( Seigneur  marquis,  le  roi  et  l'ost  chrétienne  d'Ëscalone  vous  ont  décerna  la 
^  couronne  et  le  royaume  de  Syrie.  Venez  avec  votre  armée  et  conquérez  bravemeot 
«(votre  royaume.''  L'histoire  dit  qu'il  eut  telle  joie  dans  son  cœur  que  devant  toutleiB 
barons,  levant  ses  deux  mains  vers  le  ciel,  il  dit  ces  paroles,  dont  le  souvenir  attiirta 
plus  tard  beaucoup  de  gens  :  <(  Beau  sire  Dieu  qui  m'as  fait  [et  m  as  mis  Pâme  dans  lé 
t( corps (^)],  toi  qui  es  roi  véritable  et  bon,  comme  tu  sais,  Seigneur,  que  je  suis  digne 
((de  bien  gouverner  ton  royaume,  fais  que  je  m'en  voie  couronné;  et  si  tu  ne  me  sais 
((pas  tel.  Seigneur,  n'y  consens  jamais.  » 

V.  87^17.  La  nouvelle  fut  connue  et  se  répandit  par  la  ville  que  le  marquis  serait  roi  et  que 
toute  l'ost  le  demandait.  Voilà  une  joie  merveilleuse,  tous  les  gens  en  liesse  et  en  grande 
presse  de  se  préparer,  eux  et  leurs  bagages,  d'emprunter  de  l'or  et  de  l'argeût  poor 
leurs  dépenses,  chacun  se  pourvoyant  de  son  mieux.  De  tous  côtés,  on  voyait  saiwles 
armures,  revernir  les  heaumes  et  les  chapeaux  de  fer;  les  écuyers  fourbissaient  letbeUes 
épées  et  roulaient  les  hauberts;  les  chevaliers  et  les  sergents  prenaient  déjà  des.poaae 
de  combat  pour  frapper  sur  les  ennemis.  Il  y  avait  là  des  gens  de  haute  valeur,  si  Kea, 
qui  les  connaissait  mieux  que  nous,  leur  avait  donné  son  secours.  Enfin  tout  le  monde 
était  en  joie.  Il  est  bon  et  juste  qu'on  apprenne  et  qu'on  sache  qu'on  ne  devrait  jamak^ 
trop  se  réjouir  d'une  joie  ni  trop  se  douloir  d'un  deuil.  Tous  étaient  en  bon  voidoîr  et^ 
Y,  ixTi.    en  bonne  disposition;  le  comte  Henri  et  les  barons  qui  avaient  fait  le  message- étaient 

<^)  Au  Yen  879a  il  faut  sans  doute  dire  au  lieu  dédirent, 
<*)  Suppléé  d'après  le  latiu. 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE,  427 

ailés  emprunter  de  Targeni  à  Acre,  où  ils  se  préparaient  et  se  disposaient  déjà  à  aller 
rejoindre  l'osl,  et  voici  en  toute  vérité  l'aventure  qui  arriva  à  Sur.  Le  marquis  avait 
dîné  chez  Tévêque  de  Beauvais,  en  grande  aise  et  en  grande  joie;  il  avait  pris  congé 
de  lui  et  s'en  revenait.  D  était  arrivé  devant  le  change  :  écoutez  comme  en  un  moment 
la  joie  se  tourne  en  tristesse.  Comme  il  s'avançait  gaiement,  deux  garçons  court  vêtus 
et  sans  manteau,  qui  portaient  chacun  un  couteau,  s'en  vinrent  en  courant  droit  sur 
lui  et  le  frappèrent  en  plein  corps,  si  bien  qu'il  tomba.  De  ces  deux  meurtriers,  qui 
étaient  des  hommes  du  Hausasis,  l'un  fut  aussitôt  tué;  l'autre  s'enfuit  dans  une  église, 
mais  cela  ne  lui  servit  de  rien  :  on  l'en  arracha  et  on  le  tratna  par  la  ville  jusqu'à  ce 
qu'il  fût  mort.  Mais  avant  qu'il  mourût  ceux  qui  étaient  là  lui  demandèrent  pourquoi 
ils  avaient  fait  cela,  ce  que  le  marquis  leur  avait  fait  et  qui  les  avait  envoyés.  Il  dit,  le 
traître,  et  on  le  sut  depuis  sûrement,  que  pour  faire  le  coup  ils  avaient  longtemps  ha- 
bité près  du  marquis  (mais  ils  avaient  été  empêchés  de  le  tuer  jusqu'à  ce  jour  qui  fit 
couler  tant  de  larmes)  et  qu'ils  avaient  été  envoyés  par  le  Vieux  de  Mouse,qui  haïssait 
le  marquis.  Or  il  fait  tuer  tous  ceux  qui  encourent  sa  haine,  de  la  manière  que  vous 
allez  entendre,  si  vous  voulez  bien  écouter. 

Le  Vieux  de  Mouse  a  cette  coutume,  et  elle  se  transmet  d'hoir  en  hoir,  qu'il  fait  V.bHio- 
élever  dans  son  palais  beaucoup  d'enfants  jusqu'à  ce  qu'ils  aient  de  la  raison,  de  l'in- 
struction et  de  l'éducation.  Ils  apprennent  à  se  conduire  et  vivent  avec  de  nobles  et 
sages  gens,  tant  qu'ils  savent  les  langages  de  tous  les  pays  du  monde.  Et  ils  ont  une 
foi  si  sombre  et  si  cruelle  que,  d'après  les  leçons  qu'ils  ont  reçues,  quand  le  Vieux 
de  Mouse  les  fait  venir  devant  lui  et  leur  ordonne,  pour  prix  de  la  rémission  de  leurs 
péchés  et  de  son  amilié,  d'aller  tuer  quelque  grand  seigneur,  ils  regardent  cela  comme 
une  bonne  œuvre.  On  leur  donne  de  grands  couteaux  beaux  el  bien  fourbis;  ils  s'en  vont, 
guettent  celui  qu'on  leur  a  désigné,  se  familiarisent^'^  avec  lui  et  entrent  à  son  service, 
ayant  la  langue  bien  affilée ,  jusqu'à  ce  qu'ils  lui  aient  donné  la  mort.  Ils  croient  ainsi  avoir 
mérité  le  paradis,  ce  qui  certainement  ne  peut  être.  Tels  étaient,  seigneurs,  les  deux 
hommes  dont  nous  vous  avons  parlé,  qui  tuèrent  ainsi  le  marquis.  Ses  gens  le  prirent 
tout  doucement  entre  leurs  bras,  le  relevèrent  de  la  place  où  il  avait  été  blessé  et  l'em- 
portèrent chez  lui.  Tout  le  peuple  y  accourut,  menant  grand  deuil.  Il  vécut  encore  un 
peu,  puis  mourut.  Mais  auparavant  il  avait  pu  se  confesser,  et  dire  en  secret  à  la  mar- 
quise sa  femme,  dont  il  voyait  les  yeux  mouillés  de  larmes,  qu'elle  pensât  à  bien 
garder  Sur,  el  qu'elle  ne  rendit  la  ville  qu'au  roi  d'Angleterre  en  personne  ou  au  roi 
légitime  du  pays.  Le  voilà  mort;  on  l'enterra,  et  le  deuil  fut  grand  des  clercs  et  des 
laïques.  On  l'enterra  à  l'Hôpital;  là  recommença  un  deuil  si  grand  qu'on  n'en  avait 
jamais  vu  de  plus  grand;  mais  Dieu  l'avait  voulu  ainsi.  Voilà  la  nouvelle  répandue; 

^'J  Mol  supplôi*. 


/i28  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

voilà  la  grande  joie  détruite,  après  avoir  si  peu  duré,  dans  ce  pays  qui  lui  avait  doimé 
sa  foi  et  qu'il  abandonnait  sitôt.  Voilà  une  terre  toute  troublée,  et  si  pleine  de  deoiilet 
de  chagrin  que  personne  ne  saurait  le  raconter. 

¥.8870.  Ecoutez  comment  le  diable  travaille,  et  comment  son  travail  réussit  et  multiplie 
V,  ixTif.  pour  le  mal,  et  comment  alors  il  le  multiplia  et  l'étendit  tout  au  long,  au  moyen  d'une 
parole  qui  fut  dite  par  de  maudits  envieux,  qui  auraient  mérité  d*étre  chassés,  qui 
haïssaient  le  preux  roi  Richard  et  dénigraient  toutes  ses  actions.  Ceux-là  dirent  que  le 
roi  Richard  avait  recherché  et  machiné  à  prix  d'argent  la  mort  du  marquis,  et  ils  firent 
dire  au  roi  de  France  qu'il  pouvait  avoir  grand'peur,  et  qu'il  se  gardât  bien  des  Hao* 
sasis,  car  ils  avaient  tué  le  marquis,  et  le  roi  d'Angleterre  en  avait  envoyé  quatre  en 
France,  le  doux  pays,  pour  le  tuer,  lui.  Dieu  !  que  c'est  une  chose  horrible  à  dire,  et 
quelle  vilaine  action  firent  ceux  qui  envoyèrent  ce  message,  à  cause  duquel  tant^^  à» 
gens  furent  plus  tard  malheureux  et  tourmentés!  Car  c'est  à  cause  de  cette  méchanceté 
que,  par  la  suite,  le  roi  Richard  fut  fait  prisonnier  par  trahison,  et  à  cause  de  Tenvie 
excitée  par  les  prouesses  qu'il  avait  faites  en  Syrie. 

V.  8909.  Quand  le  marquis  fut  enterré,  qu'on  eut  mené  le  deuil  et  qu'on  lui  eut  rendu  les 
V,  xiTui.  derniers  devoirs,  les  barons  français  se  trouvaient  dans  leurs  (entes,  hors  de  la  ville;  ik 
étaient  plus  de  dix  mille,  tant  grands  que  petits.  Les  principaux  délibérèrent  ensemble 
et  firent  dire  à  la  marquise  qu'elle  leur  rendit  la  ville  sans  contestation,  et  qo'ib  ht 
prendraient  en  garde  pour  le  roi  de  France.  Elle  répondit  sans  hésiter  que  qoaadt  le 
roi  de  France  reviendrait,  elle  la  lui  rendrait  très  volontiers,  si  auparavant  il  n'y  ftvini 
pas  un  autre  seigneur  élu  dans  le  pays.  Ils  s'en  courroucèrent,  et,  pendant  qu'ils  se  dit* 
putaicnt  ainsi  avec  elle  et  cherchaient  à  s'emparer  de  Sur,  le  bon  comte  Henri  vint 
dans  la  ville  et  descendit  de  cheval.  Et  celui  de  qui  je  tiens  la  chose  dit  qoe,^ 
qu'on  le  vit,  on  n'attendit  pas  d'autre  terme  et  on  l'élut  roi,  comme  Dieu  l'avait  déeiéé. 
Les  gens  vinrent  à  lui  et  le  prirent  et  lui  demandèrent  instamment  de  reeevcôr  la 
seigneurie  et  le  royaume  de  Syrie,  et  d'épouser  la  marquise,  qui  était  restée  veuve  it 
héritière  du  royaume.  Il  répondit  aussitôt,  sans  demander  plus  de  temps,  que,  piiiM|m 
Dieu  l'avait  appelé  et  qu'ils  l'avaient  choisi  pourgouverner  le  pays,  il  voulait  avoir  T^ip-* 
probation  de  son  oncle  le  roi  d'Angleterre,  et  il  lui  envoya  demander  sa  volontéat  Ém 
sentiment  sur  l'élection  faite  par  les  barons. 

V.  8951.  Ce  fut  en  mai,  quand  les  fleurs  et  les  feuilles  se  renouvellent,  que  le  roi  RidittNl 
V.  XXIX.  reçut  la  nouvelle  de  ce  qui  était  arrivé  au  marquis,  comme  nous  l'avoue  racMiC. 
Le  roi  était  alors  dans  les  plaines  de  Rames,  occupé  dans  la  berruie  à  poorsaivre  4hi 
Sarrasins  qui  fuyaient  devant  lui,  comme  devant  celui  qu'ils  craignaient  par^eeM» 
tout,  car,  depuis  la  création,  jamais  un  homme  n'a  fait  telle  guerre  aux  Turcs  et  tf^ 
a  tué  tant  à  lui  seul;  bien  souvent,  après  des  courses  faites  contre  eux,  il  rapportait  a 
l'ost  des  têtes  de  Sarrasins,  dix,  douze,  vingt  ou  trente,  comme  si  c'eût  été  do-gibm, 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  429 

et  causait  ainsi  beaucoup  de  chagrin  aux  infidèles.  D'autres  fois,  quand  il  le  voulait, 
il  en  ramenait  de  vivants.  Bref  jamais,  par  un  seul  homme,  il  n'est  mort  tant  de  mé- 
créants. 

Voici  venir  les  messagers,  cherchant  le  roi.  Ils  le  trouvèrent,  le  saluèrent  de  la  part    V.  s^f.i 
du  comte,  et  lui  racontèrent  l'aventure  du  marquis  et  comment  le  peuple  lui  avait    v.  hut. 

demandé  d'être  seigneur  du  pays ^^\  car  petits  et  grands  l'avaient  élu  et  voulaient 

lui  faire  prendre  pour  femme  la  marquise;  mais  le  comte  ne  voulait  rien  faire  contre 
ta  volonté  du  roi  et  l'intérêt  de  la  chrétienté. 

Le  roi  fut  longtemps  pensif  en  apprenant  ces  nouvelles,  la  grande  mésaventure  et  la  v.  89H7. 
triste  mort  du  marquis;  mais  il  eut  une  grande  joie  de  voir  que  le  peuple  désirait  si 
ardemment  faire  a  son  neveu  un  tel  honneur.  Il  répondit  aux  messagers  :  ce  Seigneurs  ser- 
«agents,  je  désire  beaucoup  qu'il  soit  roi,  s'il  platt  à  Dieu,  quand  la  terre  sera  conquise; 
te  mais  qu'il  n'épouse  pas  la  marquise,  cette  femme  que  le  marquis  enleva  à  son  époux 
Q légitime  et  mit  dans  son  lit  contre  Dieu  et  contre  la  raison.  Après  une  telle  conduite, 
^s'il  m'en  croit,  il  ne  l'épousera  jamais;  mais  qu'il  prenne  la  seigneurie  [et  le  rovaume 
te  de  Syrie  (^)],  et  je  lui  donne  Acre  en  toute  propriété,  avec  les  rentes  du  port,  et  Sur 
«et  Jaffe  et  l'autorité  sur  tout  le  pays  conquis;  je  consens  ce  qu'il  garde  tout.  Dites-lui 
;c  qu'il  vienne  à  l'ost  et  qu'il  amène  avec  lui  les  Français  le  plus  tôt  qu'il  pourra;  car  je 
«veux  enlever  le  Daron  aux  Turcs,  s'ils  osent  m'y  attendre. 79  Les  messagers  retinrent  v,  nu. 
ce  que  le  roi  leur  avait  dit  et,  ayant  pris  congé,  partirent  sans  plus  de  délai.  Ils  re- 
vinrent à  Sur  auprès  du  comte,  et  lui  redirent  ce  dont  le  roi  les  avait  chargés.  Que  vous 
dirai-je  ?  La  joie  fut  grande  à  Sur  pour  le  comte  quand  les  messagers  furent  revenus. 
Vous  auriez  vu  là  le  grand  empressement  autour  de  lui  des  hauts  hommes  qui  y  étaient, 
lui  demandant  tous  de  prendre  la  marquise  pour  femme.  Malgré  ce  qu'ils  lui  disaient, 
il  n'osait  le  faire  contre  l'avis  du  roi  d'Angleterre;  mais  c'était  elle  qui  était  l'héritière 
du  royaume  et  le  comte  la  convoitait  fort.  On  mena  si  bien  la  chose  que  la  marquise 
en  personne,  quoiqu'on  l'en  eât  beaucoup  dissuadée,  alla  remettre  au  comte  les  clefs  de 
la  ville.  Les  Français  ne  perdent  pas  un  moment  :  ils  envoient  chercher  le  prêtre,  et  ils 
lui  font  épouser  la  dame^  et,  par  mon  ame,  j'en  aurais  fait  autant,  car  elle  était  trop 
belle  et  gente;  aussi  je  crois,  si  Dieu  me  protège,  que  le  comte  fut  bien  vite  disposé  à 
l'épouser.  Voilà  les  noces  et  une  joie  telle  que  je  ne  crois  pas  que  dans  toute  ma  vie  j'en 
voie  ou  en  entende  de  pareille;  voilà  une  affaire  réglée  sans  envie,  sans  dispute  et  sans 
fraude;  voilà  le  pays  en  bon  état  et  en  bonne  espérance  avec  le  comte  de  Champagne, 
qui  était  neveu  du  roi  de  France  et  du  preux  roi  d'Angleterre.  Le  comte  envoya  dans 
tout  le  pays,  à  Acre,  à  Jaiïe  et  ailleurs,  prendre  possession  des  châteaux  et  des  tours, 


''^  Lacune  d'un  vers  peu  imporUnl. 
^**  Vew  supplia. 


A30  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

el  se  foire  prêter  hommage.  Puis  il  fit  convoquer  son  ost,  et  tous  les  barons  fureat 

invités  à  aller  prendre  le  Daron.' 

Quand  le  comte  eut  fait  ses  noces  et  rëunî  tous  ses  gens,  il  voulut,  sur  l'avis  de  SM 
barons  et  des  Français  de  son  lignage,  mener  tous  ses  gens  à  Acre  pours'y  barnscher, 
s'y  équiper  et  acbeter  des  provisions  pour  les  hommes  et  les  chevaux  avant  d'aller  ren 
Escalone.  Il  laissa  à  Sur  de  bonnes  gardes,  chargées  de  veiller  sur  la  cité  et  sur  iepti^ 
pour  que  les  ennemis  n'y  entrassent  pas.  Le  comte  emmena  avec  lui  sa  fomme,  plu 
blanche  qu'une  perle.  L'oït  partie  de  Sur,  la  nouvelle  se  répandit  à  Acre  que  le  comt* 
arrivait.  Chacun  était  si  heureux  de  l'avoir  pour  roi  qu'on  calmait  à  grand'peine  la 
joie  qu'ils  menaient  nuit  et  jour.  Aussi  vous  auriez  vu  là  une  belle  réception,  Ira  pnK 
cessions  réunies,  les  rues  tendues  de  courtines,  aux  fenêtres  et  devant  les  maisons  1m 
encensoirs  pleins  d'encens.  Tous  les  gens  de  la  ville,  près  de  soixante  mille  ou  plos', 
sortirent  d'Acre  tout  armés  et  allèrent  à  sa  rencontre  jusqu'à  ce  qu'ib  l'eussent  rai 
montrant  ainsi  qu'ils  se  donnaient  à  lui  et  qu'ils  te  tenaient  pour  leur  seigneur l^i^ 
tinie.  Les  clercs  le  menèrent  à  l'église,  lui  apportèrent  tes  reliques  et  lui  firent  baiser 
la  sainte  croix,  et  il  remit  son  oiïrande  avec  beaucoup  de  gens.  Ils  l'escortèrent  JM- 
qu'au  palais,  ou  ils  le  logèrent.  Le  comte  eut  là  un  gîte  magnifique  :  je  voudni9  m 
avoir  toujours  un  pareil.  '  - 

Quand  le  comte  fut  en  possession  de  Sur,  d'Acre,  de  JalTe  et  d'Arsur,  le  roi  Oui  éb 
trouva  sans  royaume,  après  avoir  reçu  tant -de  coups  et  avoir  tant  souffert  pour  fao- 
quérir.  Il  su  voit  maintenant  tout  dépourvu,  après  avoir  essuyé  tant  d'injures  et  deii 
grandes  infortunes,  et  cela  non  pas  seulement  pour  ses  péchés,  car  aucun  roi  n'etttde 
meilleures  qualités.  It  n'avait  qu'un  défaut,  c'était  de  ne  pas  connaître  le  mal,  ce  4{aê 
l'on  appelle  simplicité.  C'était  lui  qui  avait  vaillamment  assi^  la  cité  d'Acre  après  i]iie 
les  Sarrasins  l'eurent  prise.  Avant  le  moment  dont  je  vous  parle,  les  Templiers  avaient 
acheté  l'tle  de  Cypre  au  roi  Richard,  qui  l'avait  conquise;  mais,  depuis,  ce  marché  Mt 
défait,  et  plus  tard  le  roi  Gui  en  fut  fait  empereur  et  seigneur,  ce  qui  lui  fut  ua  gnnd 
adoucissement. 

A  l'époque  o£i  le  marquis  fut  assassiné  à  Sur,  et  depuis  et  avant,  comme  notU'W 
vtnies  plusieurs  fois,  venaient  au  roi  d'Angleterre  des  messagers  qui  le  tourmentaîégl 
fort,  car  les  uns  l'inquiétaient  et  les  autres  le  rassuraient.  L'un  lui  disait  de  revaur* 
l'autre  de  rester  au  service  de  Dieu;  chacun  parlait  à  sa  façon.  L'un  lui  disait  que  SM 
royaume  était  tranquille  et  sans  guerre;  l'autre  lui  affirmait  qu'il  était  complètenHH 
troublé,  si  bien  que,  ce  que  lui  disaient  les  uns,  les  autres  le  contredisaient.  U  M 
faut  donc  pas  s'étonner  s'il  ne  savait  quel  parti  prendre  et  s'il  était  en  grande  înquiéUiiéi 
à  cause  du  retour  du  roi  de  France,  car  on  dit  communément  que  nqai  a  maovaîi 
voisin  a  mauvais  matin». 

Pendant  que  les  Français,  dont  je  vous  ai  parlé  tout  à  l'heure,  étaient  k  Acre, 


V.  XXXIX, 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE*  Â31 

s'équipaient  et  se  harnachaient  pour  la  guerre  et  pour  aller  au  siège  du  Daron,  ainsi 
que  le  comte  Henri,  le  roi,  qui  ne  voulait  pas  tant  attendre,  sortit  d'Escalone,  au  nom 
de  Dieu.  H  fit  charger  ses  pierrières  et  les  fit  mener  au  Daron  par  mer;  il  fit  armer  ses 
hommes  et  prit  des  sergents  à  sa  solde,  qu'il  donnait  richement.  Il  fit  mettre  dans  tous 
les  châteaux  des  environs  des  gens  auxquels  il  recommanda  de  les  surveiller  et  de 
veiller  la  nuit  pour  empêcher  les  caravanes  de  passer  et  les  Turcs  de  se  retirer  au 
Daron,  comme  ils  en  avaient  Thabitude,  ce  qui  leur  avait  permis  de  nous  faire  beau- 
coup de  mal.  Le  vaillant  roi  Richard  monta  à  cheval  et,  accompagné  seulement  des 
{jens  de  sa  propre  terre,  il  arriva  au  Daron  un  dimanche.  Une  fois  là,  lui  et  les  siens, 
ils  se  trouvèrent  en  si  petit  nombre  qu'ils  ne  savaient  comment  s'y  prendre  pour  l'at- 
taque, car,  s'ils  s'étaient  répandus  tout  autour  et  que  les  Turcs  eussent  fait  une  sortie, 
ou  que  leur  camp  eût  été  attaqué,  ils  n'auraient  pas  pu  résister  et  auraient  été  certaine* 

ment  défaits.  Aussi  se  portèrent-ils  tous  d'un  côté ^'^ 

et  ils  (les  Turcs)  firent  tant  en  harcelant  les  nôtres  qu'ils  entrèrent  tous  dans  le  chft<- 
teau,  mirent  leurs  défenses  en  état  avec  beaucoup  de  peine  et  de  soin  et  barrèrent  soli- 
dement la  porte ,  dans  laquelle  ils  avaient  grande  confiance. 

Quand  les  Turcs  eurent  fermé  leur  porte  et  furent  établis  dans  le  chAteau ,  voici  venir  v.  9196. 
nos  pierrières,  descendues  des  navires^^^.  On  les  débarqua  par  morceaux,  et  le  preux 
roi  d'Angleterre  en  personne,  lui  et  ses  compagnons,  portèrent  sur  leurs  épaules, 
nous  le  vîmes,  les  bois  des  pierrières,  tous  à  pied,  le  visage  couvert  de  sueur,  près 
d'une  lieue  par  le  sable,  chargés  comme  chevaux  ou  juments.  Enfin  voilà  les  pier- 
rières dressées  et  remises  aux  connétables.  L^e  roi  en  commandait  une,  qui  donna 
l'assaut  à  la  grande  tour;  les  Normands,  gens  courageux,  avaient  la  leur  pour  eux,  et 
les  Poitevins,  tous  ensemble,  en  avaient  une.  Toutes  les  trois  lançaient  des  pierres 
contre  le  château;  les  Turcs  en  prirent  grand'peur,  bien  qu'ils  dussent  se  fier  à  la 
force  du  château  et  à  l'abondance  de  leurs  provisions.  Mais  le  roi  faisait  attaquer  nuit 
et  jour  sans  arrêter,  et  il  leur  donnait  tant  de  peine  qu'ils  ne  savaient  plus  où  ils  en 
étaient.  11  y  avait  dans  le  Daron  dix-sept  que  tours  que  tourelles,  belles  et  fortes;  il  y 
avait  une  grande  tour  qui  dominait  les  autres  et  qui  était  plus  solide.  Tout  autour,  il  y 
avait  un  fossé  profond,  qui  d'un  côté  était  pavé,  tandis  que  de  l'autre  c'était  le  roc 
vif;  mais  la  peur  troublait  les  Turcs,  qui  voyaient  qu'ils  ne  pouvaient  fuir.  Le  roi 
Richard  fit  creuser  sous  terre  très  subtilement,  si  bien  qu'on  arriva  jusqu'au  pavé  et 
que,  par  force,  on  le  brisa.  Ensuite  ils  creusèrent  le  mur(^\  jetant  derrière  eux  la, 
terre.  Les  pierrières  lançaient  toujours  contre  les  Turcs;  elles  leur  brisèrent  un  man- 

^*)  La  lacune,  d'après  le  latin,  doit  être  d'au  moÎDS  dnq  vera;  le  poète  y  racontait  la  sortie  des  Turcs,  qui, 
après  une  escarmouche,  rentrent  dans  le  chAteau. 
(''  Il  faut  interveKir  les  vers  9197  et  9198. 
^^  Le  mur  est  ajouté  dans  le  texte  d'après  le  latia. 

U 


433  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

gooaeau  qu'ils  avaient  dresse  sur  la  mattresse  tour,  ce  qui  les  découragea  beaoeoup. 
Voilà  un  château  attaqué  de  bien  des  manières.  Les  Turcs  se  défendaient  aux  créoêMn 
et  aux  meurtrières  et  frappaient  nos  gens  au  visage,  car  leurs  dards  pleuvaient 4ni;  . 
mais  dès  qu'ils  bougeaient,  nos  arbalétriers,  qui  les  guettaient  à  découvert,  lirnoof 
sur  eux(^),  et  ils  en  frappaient  et  blessaient  tant  qu'ils  osaient  à  peine  se  remo^et  qiilb 
n'étaient  pas  è  leur  aise.  Bientôt  la  porte  fut  fendue  et  brâlée  par  le  feu  et  abattue  f&t 
la  grande  pierrière  du  roi.  Alors  ils  furent  vigoureusement  attaqués,  mis  en  désoféi^ 
et  mal  en  point,  car  on  leur  donnait  tant  de  peine  nuit  et  jour  qu*ils  en  perdaient  bMM 
le  courage. 
Y.  9363.  Le  roi  Richard  et  les  siens  assiégeaient  ainsi  le  Daron;  pendant  trois  jours,  nuit  fBft 
jour  sans  arrêter,  ils  continuèrent  l'attaque.  Le  quatrième  jour,  qui  était  un  vendredKv 
les  Turcs  virent  qu'ils  ne  pouvaient  plus  résister  ni  endurer  les  grands  assautu  fpà  les 
décourageaient,  que  beaucoup  de  blessés  gisaient  par  le  château,  qu'on  les  Mtaqnil  , 
sur  terre  et  par  dessous  terre,  et  que  le  roi  était  sur  le  point  de  les  prendre.  Akwiy. 
sans  attendre  davantage,  ils  songèrent  k  leur  salut,  et  firent  dire  au  roi  Ridiàrd,  par 
trois  Sarrasins,  qu'ils  se  rendraient  à  telles  conditions  qu'ils  s'en  iraient  la  vie  amft 
avec  leurs  femmes  et  leurs  gens.  Le  roi  leur  dit  de  se  taire,  et  de  se  défendre  i^iIb  (10a- 
valent.  Les  voilà  rentrés  dans  le  château.  A  ce  moment,  la  grande  pierrière  att^gpîtel 
heurta  une  tourelle,  ce  qui  empira  beaucoup  leur  affaire,  si  bien  qu'elle  tomba  aôr^  b 
maîtresse  tour  :  Dieu  le  voulut  et  cela  arriva  ainsi;  die  était  toute  rainée  par  deton»» 
et  leurs  gens  s'étaient  caifuis.  Noe  gens  s'élancèrent  de  tons  cMés,  s'armèrent,  etlèi 
attaquèrent;  et  les  Turcs  se  retirèrent  tous  ensemble,  ou  peu  s'en  faut,  dia»  la 
tresse  tour.  Mais  ils  firent  là  une  grande  malice  :  ils  coupèrent  les  jarrets  dé 
chevaux  pour  que  les  chrétiens  ne  pussent  les.  prendre  et  ^en  servir.  Les  nètras 
tèrent  dans  le  château,  et  voici  ceux  qui  y  entrèrent  d'abord  :  le  premier  fut  Segnn 
Barré,  et  on  écuyer  appelé  Espiard  n'était  pas  loin  de  Seguin;  le  troistème  (ml  Kem 
le  Gascon,  et  il  dut  y  en  avoir  d'autres  dont  je  n'ai  pas  pu  savoir  tea  non».  Pas  y 
entrèrent  les  bannières  de  toutes  sortes  :  la  première  fut  celle  d'Etienne  de  hoÊ^gàmmfi 
qui  n'était  pas  entière,  mais  était  dépecée  fortement;  après  celle-là  y  fut  dteaaéa  mit 
du  comte  de  Leicestre;  sur  le  mur  à  droite  fut  mise  celle  d'André  de  QMvigni,  #^  i 
côté  d'elle,  fut  plantée  celle  de  monseigoeur  Raimond,  fils  du  Prince;  ceux  dbOèMt 
et  de  Pise  en  avaient  aussi  de  plusieurs  sortes.  On  dressait  nos  banmàrei  for  lii 
.murs  et  <mi  jetait  bas  les  leurs;  vous  auriex  vu  là  égoi^er  les  Turcs  M  les  t2ÊrÊm9»é$ 
haut  des  remparto,  les  attraper  et  les  retenir,  les  frapper  et  ies  tuer,  si  bien  qaA^ 

(')  Gepi8aage(v.  9a5o«9sSt)e8taltM;  on  ae  voit  pas  à  (|m  as  vtpp«rtCAk  leamott:  Uffêêmëêmm 
cela  doit  s'appliquer  aux  Turcs  (car  il  s'agit  sans  doute  des  largos  à  Vtbri  daaquelief  \m 
la  muraille),  mais  ne  va  pas  avec  le  contexte. 

^*)  11  faut  lire  au  vers  9391  qu'en  au  lieu  de  que. 


lî'âiia/. 


L^HISTOIRE  DB  LA  GUBRRE  SAINTE.  A88 

le  château,  c*est  la  vérité,  on  en  trouva  soixante  de  morts  :  c'étaient  ceux  qui  avaient 
manqué  la  grande  tour,  qui  n'avaient  pas  pu  s'y  réfugier  à  temps. 

Les  Sarrasins  étaient  dans  la  maîtresse  tour;  ils  regardaient  autour  d'eux.  Ils  virent  V.  9335. 
leur  château  pris,  leurs  compagnons  saisis  et  tués,  et  ils  virent  qu'on  disposait  déjà 
et  qu'on  apprêtait  les  targes  contre  la  tour,  pour  entamer  la  muraille  par  dessous 
pendant  qu'eux  étaient  au-dessus ,  et  que  l'émir  qui  devait  les  secourir,  Sar- 
rasin très  renommé  qui  s'appelait  Gaîsac,  les  laissait  à  l'abandon.  Quand  ils  virent 
clairement  qu'ils  ne  seraient  pas  secourus,  ils  se  rendirent  au  roi  Richard  le  vaillant, 
sans  condition,  comme  captifs  et  esclaves,  pris,  vaincus  et  abattus.  Il  y  avait  bien  là 
quarante  chrétiens,  retenus  et  liés,  qui  eurent  [ainsi]  la  vie  sauvée  et  garantie.  Le  roi 
fit  garder  et  surveiller  ces  Turcs  dans  la  tour  toute  la  nuit  du  vendredi,  et  le  samedi 
matin,  veille  de  Pentecôte,  la  haute  fête,  il  les  fit  tous  descendre  du  château  et,  sans 
plus  attendre,  il  les  arrangea  de  telle  sorte  qu'il  leur  fit  lier  les  mains  derrière  le  dos 
si  étroitement  qu'ils  en  poussaient  de  grands  cris.  Ainsi  fut  pris  le  Daron,  au  grand 
honneur  de  ceux  qui  le  prirent,  qui  auraient  été  bien  fâchés  et  courroucés  s'ils  ne 
l'avaient  pas  pris  avant  l'arrivée  des  Français. 

Voici  venir  éperonnant ,  avec  le  comte  Henri ,  les  Français ,  qui  croyaient  bien  y  arriver  V.  937/i. 
à  temps;  mais  ils  venaient  trop  tard.  Le  roi  alla  avec  les  siens  à  la  rencontre  du  v,  ^l. 
comte  son  neveu.  Que  vous  dirai-je?  Ils  se  firent  grande,  fête,  et  le  roi,  en  présence 
de  tous,  donna  le  Daron  au  comte  et  l'étrenna  de  sa  conquête.  Nous  nous  reposâmes 
là  le  jour  delà  Pentecôte;  le  lundi,  nous  nous  dirigeâmes  versËscalone,  et,  en  passant 
par  Gadres,  nous  arrivâmes  droit  à  Furbie.  Le  roi  et  les  »ens  y  passèrent  la  nuit,  et 
les  autres  poussèrent  jusqu'à  Escalone,  où  les  Français  menèrent  grande  fête. 

Un  peu  après,  à  Furbie,  vint  au  roi  d'Angleterre  un  espion  qui  était  allé  épier  les  v.  9395. 
Sarrasins  du  côté  du  Figuier.  Il  dit  qu'il  savait  certainement  qu'il  y  en  avait,  au  v.  lu. 
Figuier,  mille  ou  plus,  avec  Caïsac,  qui  mettaient  le  château  en  état  de  défense  contre 
les  chrétiens.  Sans  plus  attendre,  le  preux  roi  monta  à  cheval  avec  tous  les  siens.  Us 
couchèrent  cette  nuit-là  à  la  Cannaie  des  Etourneaux.  Le  lendemain,  par  une  belle 
matinée,  ils  partirent  au  soleil  levant  et  arrivèrent  jusque  devant  le  Figuier,  que  les 
Turcs  devaient  défendre  contre  eux;  mais  ils  ne  le  défendirent  pas  :  on  n'y  trouva  que 
deux  Turcs,  qu'on  emmena;  les  autres,  avant  de  partir,  avaient  abattu  et  fendu  les 
portes  avec  le  feu  grégeois  et  étaient  partis  au  plus  vite,  abandonnant  le  château,  en 
apprenant  l'arrivée  des  chrétiens;  car  ils  s'étaient  rappelé  le  Daron,  dont  ils  avaient 
eu  des  nouvelles  :  ils  savaient  qu'il  était  pris  et  que  leurs  gens  étaient  perdus.  C'est 
pourquoi  ils  abandonnèrent  le  château,  et  nos  geùs,  arrivés  devant,  le  trouvèrent 
sans  garde.  Us  montèrent  sur  les  collines  avoisinantes  pour  voir  s'ils  trouveraient 
quelques  Turcs  à  attaquer;  mais  comme  ils  n'en  trouvèrent  pas,  ils  rentrèrent  au 
gtte  et  revinrent  tout  droit  à  la  Cannaie  des  Etourneaux. 

36. 


iU  UHISTOLBE  DE  LA  GUERRE  SAlNtÊ. 

V.  9^i33.  L'ost  campait  à  la  Gannaie,  si  je  suis  bien  informé,  après  être  reveHufe  du  Figoiert 
V,  iLii.  Là)  dit  celui  qui  raconte  l'histoire,  vint  au  roi  un  messager,  habitant  de  Bon  pays: 
c'était  un  clerc,  Jean  d'AIençon.  U  dit  au  roi  que  toute  l'Angleterre  était  ea  discorde^ 
en  trouble  et  en  guerre,  à  cause  de  ses  barons  et  de  son  frère,  qui  ne  voulait^  quoique 
lui  dit  la  reine  sa  mère,  faire  que  sa  volonté,  et  que  les  affaires  prenaient  imeai 
mauvaise  tournure,  grâce  au  roi  de  France  qui  envoyait  en  Angleterre  des  mefl8fl^[Bif 
au  frère  de  Richard  pour  ie  détourner  de  la  bonne  voie  et  l'allier  avec  lui ,  qu'il  osaitjHOtt 
affirmer  que,  s'il  ne  s'en  revenait  pas  promptement,  sa  terre  serait* bient6t  enlevée :& 
ceux  à  qui  il  l'avait  confiée;  et  c'est  bien  ce  qu'il  trouva  quand  il  revint  :  encore  woir 
jourd'hui,  on  voit  les  maux  qui  en  sont  provenus,  particulièrement  dans  la  Normaiidie« 
qui  en  a  été  appauvrie  et  ravagée.  Quand  le  roi  entendit  ces  nouvelles,  qui  n'étaieiit 
ni  belles  ni  bonnes,  il  fut  pensif,  morne  et  abattu,  et  il  se  dit  à  lui-même  :  «Si  .ta ne 
te  retournes  pas  maintenant,  vraiment,  tu  as  perdu  ta  terre.  79  Le  voil^  tout  éperda  dent 
ses  pensées.  Enfin,  il  dit  résolument  qu'il  allait  partir  pour  tout  de  bon.  Quand  née 
gens  l'entendirent,  sachez  qu'ils  ne  s'en  réjouirent  pas.  Les  uns,  dans  l'ost,  savueat 
ces  nouvelles;  les  autres  ne  tes  connaissaient  pas.  L'un  disait  :  «11  s'en  ira.»L'Mlxe 
disait  :  «Il  ne  le  fera  pas. 99  Ses  ennemis  le  souhaitaient  beaucoup,  mais  ses  amis  lie  le 
voulaient  pas,  car  son  honneur  aurait  été  fort  abaissé  s'il  avait  quitté  la  terre  aatrei^ 
ment  qu'il  ne  le  devait,  et  s!il  ne  lui  avait  plus  fait  de  bien. 

V.  9681.  Pendant  qu'ils  étaient  là,  tous  les  barons  s'assemblèrent.  Français,  Normands^ 
V,  xLiii.  Poitevins,  Anglais,  Angevins  et  Manceaux.  Ils  délibérèrent  sur  ce  qu'ils  devaient  fttit* 
Enfin  ils  dirent  tous  que,  quoi  que  fit  le  roi  Richard,  01^  qu'il  allât  et  quoi  qa'U  dll| 
ils  iraient  tous  ensemble  i  Jérusalem.  Je  ne  sais  qui  s'échappa  du  conseil,  vint  ani 
gens  de  l'est  et  leur  raconta  que,  dans  cette  délibération,  les  hauts  honmies  etlea 
comtes  avaient  tous  dit  qu'on  assiégerait  Jérusalem.  Voilà  dans  l'ost  une  grande  joie 
chez  les  grands  et  chez  les  petits,  une  telle  espérance,  une  telle  allégresse,  m  lèl 
allégement  et  une  telle  gloire  qu'il  n'y  avait  personne,  grand  ou  petit,  jeune  oil  vieWt 
qui  ne  menât  une  joie  désordonnée,  excepté  seulement  le  roi.  Il  ne  se  réjouit  pbifll} 
au  contraire,  il  se  coucha  tout  affligé  des  nouvelles  qu'il  avait  apprises.  Quaiit  au 
gelis  de  l'ost,  ils  étaient  tellement  en  liesse  qu'ils  se  mirent  à  danser  et  ne  se.tMt 
chèrent  qu'après  minuit.  .    î^;^  » 

V.  9509.  En  juin,  quand  le  soleil  à  son  lever  détruit  la  rosée,  quand  tout  se  réjouit  dttiaj^ 
V,  iLiT.  monde,  l'ost,  quittant  la  Cannaie,  se  mit  en  marche  et  descendit  par  les  plainee.vefa 
Ibelin  de  l'Hôpital,  à  côté  d'Hébron ,  qui  esl  près  de  la  vallée  où  naquit  Mainte  Anne^ia 
mère  de  la  vierge  sainte  qui  fut  mère  et  servante  de  Dieu.  Là  je  vis  l'ost  toiii.  ei| 
liesse  pour  l'engagement  qu'on  avait  pris  d'aller  vers  Jérusalem  et  de  l'assiéger;  flnM 
bien  des  gens,  pauvres  et  riches,  la  désiraient  ardemment  qui  n'y  entrèrent  japMW^ 
Ecoutez  ce  qui  leur  arriva  là,  un  étrange  martyre  et  une  dure  persécution «Jlvini.dÉÉI 


u 


■» 


'1 


1 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  A35 

IW  des  moucheroDS,  ce  que  nous  appelons  des  cineeneUes,  qui  étaient  petits  et  menus 
comme  des  étincelles.  Ils  étaient  dans  le  pays,  et  quand  ils  rencontrèrent  Tost  (ainsi 
m'aide  saint  Gélerin),  ils  mordaient  les  pèlerins  aux  mains,  au  cou,  à  la  face,  au  front 
et  h  la  gorge,  si  bien  qu'il  n'y  avait  pas  un  espace  de  la  largeur  de  la  main  oh  il  n'y 
eât  partout  de  petites  bosses  causées  par  la  morsure  de  ces  moucherons.  Chacun, 
vieillard  ou  jeune  homme,  ressemblait  à  un  lépreux,  et  il  leur  fallut  se  faire  des 
masques  pour  couvrir  leur  cou  et  leur  visage.  Ils  souffrirent  là  cette  peine;  mais  ils  se 
réconfortaient  toujours  par  la  pensée  de  ce  qu'ils  avaient  entrepris  et  par  l'espérance 
qu'ils  avaient  sûrement.  Le  roi  était  toujours  triste  et  pensif  des  nouvelles  dont  je  vous 
ai  parlé.  Il  pensait  toujours  dans  sa  tente,  et  ne  faisait  autre  chose. 

Un  jour  que  le  roi  était  assis  dans  sa  tente,  pensif  et  silencieux,  il  vit  passer  devant  v.  95r»:{. 
l'entrée  un  chapelain  de  son  pays.  C'était  Guillaume  de  Poitiers,  qui  aurait  bien  voulu  v,  xu 
parler  au  roi  s'il  avait  osé  lui  adresser  la  parole.  Mais  il  n'osait  rien  lui  dire,  car  il 
n'en  trouvait  ni  le  lieu  ni  l'occasion.  Le  chapelain  pleurait  à  chaudes  larmes  et  était 
en  grande  douleur;  mais  il  n'osait  pas  dire  au  roi  ce  que  les  gens  de  l'ost  disaient  de 
lui  et  ce  dont  on  le  blâmait  :  c'était  qu'à  cause  des  nouvelles  d'Angleterre  il  voulait 
laisser  la  Terre  Sainte  pauvre,  sans  secours  et  sans  appui,  avant  de  l'avoir  remise  en 
bon  état.  Le  roi  appela  le  prêtre  et  lui  dit  :  «Par  la  foi  que  vous  me  devez,  dites-moi 
«la  vérité.  D'où  vous  vient  ce  chagrin  dont  je  vous  ai  vu  pleurer?  Dites-le-moi  sans 
«retard.??  Et  le  prêtre,  sans  attendre,  lui  répondit  doucement,  tout  en  pleurant  ;  «Sire, 
«je  ne  vous  le  dirai  pas  avant  que  vous  m'ayez  assuré  que  vous  ne  m'en  saurez  pas 
«mauvais  gré.??  Et  le  roi  l'en  assura  par  sa  parole,  et  lui  jura  que  jamais  il  ne  lui  en 
voudrait  d'aucune  façon  et  à  aucun  égard.  Alors  il  lui  dit  :  «Sire,  on  vous  blâme* 
«et  par  toute  l'ost  court  le  bruit  de  votre  retour.  Puisse  ne  jamais  venir  le  jour  où  vous, 
«exécuteriez  un  tel  dessein  !  Puisse-l-on  n'avoir  jamais  à  vous  le  reprocher  ni  près  ni 
«loin,  ni  ici  ni  ailleurs  !  Roi,  souviens-toi  des  grands  honneurs  que  Dieu  t'a  faits  si  sou- 
«  vent  et  qu'on  racontera  toujours;  car  jamais  un  roi  de  ce  temps  ne  souffrit  moins  de 
«dommage  que  toi.  Roi,  rappelle-toi  ce  que  l'on  raconte,  quand  tu  étais  comte  de  Poi- 
«  tiers,  que  tu  n'as  pas  eu  un  voisin  si  puissant,  si  renommé  ou  si  habile,  quand  il  t'a  fait 
«la  guerre,  que  tu  n'aies  vaincu.  Souviens-toi  des  grandes  discordes  et  des  bandes  de 
«  Brabançons  que  tu  déconfis  si  souvent  avec  peu  de  gens  et  de  ressources.  Souviens-toi 
«de  cette  belle  aventure  de  Hautefort,  que  tu  délivras  quand  le  comte  de  Saint-Gilles 
«l'avait  assiégé,  et  tu  le  défis  et  le  repoussas  honteusement.  Souviens-toi  de  tonj*oyaume 
'^que  lu  acquis  en  paix  et  sans  obstacle,  ce  qui  n'était  arrivé  à  personne  [avant  toi],  et 
«sans  avoir  besoin  de  revêtir  tes  armes.  Souviens-toi  de  tes  grands  combats,  de  tous  les 
«gens  que  tu  as  vaincus,  de  Messine  que  tu  as  prise,  des  grandes  prouesses  que  tu  (is 
«quand  tu  domptas  les  Grecs,  qui  avaient  pensé  te  prendre  en  bataille,  au  lieu  que  Dieu 
«te  délivra  et  les  couvrit  de  honte.  Rappelle-loi  l'exploit  de  la  prise  de  Cypre,  où  Dieu 


436  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

"te  montra  sa  libéralité,  quand  tu  fis  en  tguinze  jours  cette  conquête,  que  peisftuia 
«n'osait  entreprendre,  parce  que  Dieu  t'en  donna  la  force,  et  de  l'emperear  qne-ta 
R  mis  en  prison.  Roi .  prends  garde  au  pi^e  oà  tu  vas  tomber.  Souviens-toi  de  ce  grind 
•T  navire  qui  serait  entré  dans  Acre  si  Dieu  ne  te  l'avait  pas  fait  rencontrer,  que  tes  gaUm 
«prirent  avec  huit  cents  hommes  armés,  quand  lu  noyas  les  seipents  qu'il  porUiL 
K Rappelle-toi  combien  de  fois  Dieu  t'a  aidé  et  t'aide;  souviens-toi  d'Acre  et  dn  li^o 
«  oîi  lu  vins  à  temps  pour  prendre  la  vilte,  où  Dieu  te  ât  dépenser  tant  que  la  v^  ht 
^rendue.  Bon  roi,  n'as-tu  donc  pas  compris  pourcjuoi  la  maladie  qui  régnait  pondMt 
nie  siège,  la  léonardie,  t'a  épargné,  tandis  que  les  autres  princes  en  mouraient  «api 
«que  les  médecins  pussent  les  secourir?  Roi,  aie  bonne  mémoire,  et  protàge  c^to  lene 
«dont  Dieti  t'a  fait  le  gardien,  car  il  l'a  remise  tout  entière  à  toi  quand  l'aiilre  roîVea 
«est  allé.  Souviens-toi  des  chrétiens  que  tu  as  délivrés  au  Daron,  que  lea  Twiji 
((emmenaient  et  qui  s'en  allaient  en  captivité,  quand  Dieu  t'y  fil  venir  it  point  Roi,  tp 
((devrais  bien  songer  sans  cesse  à  toutes  les  bontés  que  Dieu  t'a  montrées,  et  qai  (éalt 
K  fait  monter  si  haut  que  tu  ne  crains  roi  ni  prince.  Roi ,  souviens-toi  du  Daron  qw  tn 
«pris  en  quatre  jours  :  il  ne  t'en  fallut  pas  plus.  Souvien»-loi  du  grand  danger  okM 
«mirent  les  ennemis  quand  tu  t'endormis  pour  tes  péchés,  et  comment  Dieu  t'es  t|nu 
«Nous  voilà  tous  livrés  à  la  mort.  Tous,  grands  .et  petits,  tous  ceux  qui  aîmeal  inHi 
«honneur  disent  que  vous  étiez  le  père  et  le  frère  de  la  chrétienté,  et  que  à  ww'k' 
«laissez  maintenant  sans  secours,  elle  est  morte  et  trahie.»  '  - 

Le  clerc  avait  terminé  son  discours  et  fait  ainsi  au  roi  une  leçon  et  un  sramMHle 
roi  ne  lui  avait  tlit  mot,  et  ceux  qui  étaient  assis  dans  la  tente  n'ouvrirent  pas  aoofihf 
la  bouche;  mais  le  roi  réfléchit  à  ce  qu'il  avait  entendu  et  le  jour  se  Gt  dam  »tm9h 
prit.  Le  lendemain,  voici  revenir  l'ost,  h  l'heure  de  none,  devant  les  portes*  d'BseiJwi. 
(ihacun  croyait,  les  barons  et  toute  l'ost,  que  le  roi  allait  faire  ses  pr^aratifi»  et  ^flR 
retourner;  mais  il  avait  changé  d'idée,  car  il  avait  été  averti  par  Dieu  d'abordvîft 
ensuite  par  le  prêtre,  qui  lui  fit  voir  la  vérité  sur  sa  situation.  Si  bien  (i  qurâ  itoa 
vous  en  dire  plus  long?)  qu'il  dit  à  son  neveu  le  comte,  au  duc  de  fiou^gne  edin 
barons  que,  pour  aucune  autre  affaire,  pour  aucun  message  ou  poUr  aucune  MHr 
velte,  pour  aucune  querelle  terrienne,  il  ne  s'en  irait,  et  qu'il  n'abandonnerait  [Mtf le 
pays  avant  Pâques.  Il  demanda  Philippe,  son  crieur,  celui  qui  faisait  ses  baas,  e^  tt^fil 
crier  par  Escalone,  au  nom  du  Tout-Puissant,  que  le  roi  disait  déâdéoieiit  et-aflb' 
mail  en  personne  qu'il  resterait  jusqu'à  Pâques  dans  le  pays  sans  en  paTtîr,st  qtM-M*' 
Re  tinssent  prêts,  avec  les  biens  qu'ils  tenaient  de  Dieu,  pour  (Jler  i  J^nwdM-«t 
l'assiéger.  ,,:,. 

<')  Le  oral  bannu,  »ii  vcra  9699,  eal  évidemment  dénué  de  sens.  Le  Utin  dili  i 
la  bonne  lefoo  etl-elle  baiilei;  ce  rool,  qui  ngaifie  frenceinle  eilérieilren,  ne  k  Irotite  pM 


^HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  437 

Quand  les  gens  entendirent  ce  cri,  ils  en  furent  réjouis  comme  Toiseau  l'est  du  jour.    \ .  97.^  1 . 

Tous  se  préparèrent  aussitôt; chacun  de  son  côté  s'adressait  h    v.  ilv» 

Dieifen  haut  dans  le  ciel  et  disait:  «Dieu,  nous  pouvons  bien  vous  adorer,  vous  re- 
«mercier  et  vous  rendre  grâce!  Enfin,  nous  verrons  votre  ville,  que  les  Turcs  ont  trop 
ft longtemps  possédée;  nous  bénissons  maintenant  notre  attente,  notre  séjour,  les  soucis 
«que  chacun  de  nous  a  supportés  et  la  peine  qu'il  a  soufferte.  »  Vous  auriez  vu  là  des 
gens  pressés  et  heureux  de  s'équiper;  et  les  petites  gens  étaient  si  entrain  que  chacun 
portait  ses  vivres  à  son  cou  et  disait  avec  vérité  qu'il  en  portait  assez  pour  un  mois, 
tant  ils  désiraient  mettre  à  fin  leur  entreprise.  Que  vous  dirais-je  ?  Celui  qui  sert  Dieu , 
rien  ne  lui  coûte. 

Ce  fut  après  les  fêtes  de  la  Pentecôte,  le  samedi,  si  je  ne  me  trompe,  que  l'ost  fut  v.  iyjiib. 
réunie,  comme  je  l'ai  dit,  et  tirée  d'Escalone,  d'où  l'on  n'eut  pas  de  peine  à  la  faire  sortir,  v,  >tu.i( 
car  tout  ce  qu'on  faisait  agréait  et  plaisait  à  chacun.  L'ost  se  mit  en  roule  le  matin, 
et  je  ne  crois  pas  qu'on  en  ait  jamais  vu  une  plus  vaillante  ni  mieux  équipée.  Ce  jour-là 
ils  avancèrent  peu ,  à  cause  de  la  chaleur.  On  vit  là  des  gens  de  haut  rang  faire  œuvre 
d'humilité,  d'honneur,  de  charité  et  de  courtoisie;  car  ceux  qui  avaient  des  chevaux 
ou  d'autres  bétes  de  somme  y  faisaient  monter  les  pauvres  pèlerins  et  allaient  à  pied 
après  eux ,  hauts  hommes  et  bacheliers.  Que  de  belles  et  riches  bannières  vous  auriez 
vues  là  flotter  au  vent,  et  que  de  beaux  pennonceaux!  Que  de  fils  de  bonnes  mères,  que 
de  parents,  frères  et  neveux!  Que  de  gens  armés  jusqu'aux  poings^  que  de  bons  hau- 
berts et  de  bonnes  cottes,  que  de  lances  et  d'épieux,  que  d'épées  étincelantes,  que  de 
beaux  sergents  de  bonne  mine  !  On  n'en  vit  jamais  autant  du  temps  de  nos  aïeux.  On 
voyait  là  cheminer  tant  de  gens,  tant  de  chevaux  de  toute  robe,  tant  de  mules  et  de 
mulets,  tant  de  chevaliers  preux  et  sftrs  qu'à  mon  avis  ils  auraient  pu  attendre  quarante 
fois  autant  de  Turcs.  Ils  chevauchèrent  et  avancèrent  si  bien  qu'ils  passèrent  uu(' 
rivière  d'eau  douce  et  que  devant  la  Blanche  Garde,  sous  la  protection  de  Dieu,  l'ost 
campa  cette  première  nuit.  Le  dimanche  moururent  dans  l'ost  un  bon  chevalier  et 
un  preux  sergent,  dans  l'espace  de  moins  de  deux  arpents,  de  deux  morsures  de  ser- 
pents: Dieu  reçoive  leurs  âmes,  car  ils  moururent  en  voyageant  pour  lui! 

Nous  restâmes  là  deux  jours;  le  troisième  nous  en  partîmes,  et  l'ost  s'avança  à  rangs  y.  ^-ç^;. 
serrés,  remplissant  les  chemins  de  gens  aimés  de  fer,  et  arriva  sans  encombre  et  sans  ren- 
contrer personne  droit  au  Toron  des  Chevaliers.  Nous  y  couchâmes  one  nuit,  et  le  len- 
demain nous  ne  partîmes  qu'après  avoir  mangé  :  alors  le  roi  délogea  avec  ses  gens,  prit  les 
devants  en  personne,  et  bientôt  planta  sa  tente  à  quelque  distance  du  Châtel-Ërnaud . 
à  droite  sur  la  hauteur.  Le  lendemain  y  arrivèrent  les  Français  et  les  autres,  et  on 
avança  jusqu'à  Betlenubic.  Le  temps  était  beau  et  clair.  L'ost  se  reposa,  là  d'où  elle 
était  venue  en  hiver,  pour  attendre  le  comte  Henri,  et  je  vous  dirai  pourquoi  :  le  roi 
l'avait  envoyé  à  Acre  aux  gens  insoumis  qui  ne  voulaient  pas  venir  dans  l'oât,  et,  à 


V.    ILIZ 


/i38  L^HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

cause  de  celle  affaire,  il  nous  fallul  resler  là  un  mois  ou  plus,  près  du  pied  de  la  mon- 
tagne par  oh  passaient  les  pèlerins  quand  ils  voulaient  s'en  revenir  de  la  sainte  cité 
que  nous  avions  perdue.  Pendant  le  temps  que  nous  restâmes  dans  cette  vallée/il 
arriva  plusieurs  aventures  fâcheuses  que  nous  voyions  se  passer,  mais  nous  étions 
obliges  de  nous  contenir.  Un  jour  il  arriva  qu'un  espion,  de  ceux  qu'on  envoie  pour 
s'informer,  descendit  de  la  monjoie^^^  au  roi,  et  je  l'en  vis  revenir  la  figure  joyeuse.  Il 
dit  qu'il  était  sûr  qu'il  y  avait  des  Sarrasins  dans  la  montagne,  qui  surveillaient  et 
gardaient  les  chemins  à  cause  de  l'ost.  Le  preux  roi  monta  avant  le  jour,  et  celui  qui 
nous  le  raconta  était  avec  lui.  Il  alla  chercher  les  Turcs,  à  leur  dam,  jusqu'à  lafon-* 
taine  d'Emmaûs.  Il  les  surprit  au  lever  du  jour,  et  il  en  tua  vingt;  il  prit  le  crieur  de 
Salahadin,  celui  qui  faisait  ses  bans  :  ce  fut  le  seul  qu'il  épargna.  Il  y  gagna  trois  cha- 
meaux, de  beaux  Turcomans  et  de  belles  mules  bien  chargées  de  riches  vêtements  M 
portant,  dans  des  sacs,  des  épices  et  de  l'aloès.  Il  poursuivit  les  Sarrasins  à  travers  les 
montagnes  et,  dans  une  vallée,  il  en  atteignit  un  qu'il  renversa  mort  de  son  chevd: 
quand  il  eut  tué  ce  mécréant,  il  vit  en  plein  Jérusalem.  On  nous  raconta  qu'ils  eurent 
une  telle  peur  à  Jérusalem  que,  si  le  roi  avait  eu  l'ost  avec  lui  et  qu'on  l'eût  fue^ 
Jérusalem  aurait  été  délivrée  et  serait  revenue  au  pouvoir  des  chrétiens;  car  tous  les 
Sarrasins,  croyant  que  l'ost  arrivait,  sortirent  de  la  ville  et  s'enfuirent,  et  on  afiit 
beau  les  menacer  et  les  contraindre,  il  n'y  en  avait  pas  qui  osassent  rester  dans  I4  viUa 
et  la  défendre.  Salahadin  avait  déjà  commandé  qu'on  lui  apprêtât  son  meilleur  chevdt^ 
car  il  n'osait  plus  rester  là,  quand  il  sut  par  un  espion  que  la  grande  ost  n'artimi 
pas,  car* ce  n'était  pas  le  plaisir  de  Dieu  qu'elle  fût,  pour  celte  fois,  si  bien  adressée» 
V,  9885.  Ce  jour  même  (on  le  sut  certainement)  que  le  roi  avait  fait  son  expédition,*  al 
qu'il  avait  mis  leurs  gens  en  désordre,  deux  cents  Turcs  descendirent  de  la  montagw 
dans  la  plaine  vers  les  tentes  des  Français;  ils  attaquèrent  le  camp  avant  que  penoDÎM 
eût  bougé,  et  déjà  avant  ils  nous  avaient  tué  près  du  camp,  c'était  grand'hoate* 4mk 
sergents  qui  étaient  allés  fourrager.  Les  Français  accoururent,  les  Templiers  «1  les 
Hospitaliers,  aux  cris  des  sergents,  mais  trop  tard.  Les  Turcs  tinrent  bon  contfa  eu^ 
appuyés  à  la  montagne,  car  ils  ne  se  risquent  pas  dans  la  plaine;  mais  ils  se  raUi^mt 
si  bien  qu'ils  jetèrent  mort  un  chevalier,  ce  dont  les  Français  furent  graD^knSent 
blâmés.  Prouesse  vaut  mieux  qu'or  ni  baume,  et  une  grande  prouesse  fut  faite  là  par 
un  chevalier  de  l'Hôpital,  et  un  beau  fait  d'armes,  s'il  n'avait  manqué  aux r^;les  dk' son 
ordre;  mais  son  courage  l'emporta.  Il  s'appelait  Robert  de  Bruges;  il  était  vénn  en 
toute  hâte  aux  cris,  et  il  avait  déjà  dépassé  l'étendard  et  s'était  éloigné  de  ses  fiArër 
(^)  et  qu'ils  ne  se  séparassent  pas  dé  Fosf 

(0  Voyei  au  Glossaire  Texplicatioa  de  ce  mot 

^')  La  lacune  contenait  visiblement  l^indication  de  la  défense  qui  avait  été  faite  aux  Hospîtaltiri  fÊt  k  Mal 
de  combattre  isolément. 


V.  ti. 


LHISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  &39 

Mais  il  fut  si  emporte  par  son  ardeur  qu'il  se  sépara  des  autres.  Sur  un  cheval  d'une 
merveilleuse  vigueur,  qu'il  avait,  il  se  lança  droit  sur  un  Turc  qu'il  avait  choisi,  le 
voyant  fier  et  richement  armé.  Il  arriva  d'un  si  grand  élan,  tenant  en  main  une  forte 
lance,  qu'il  lui  perça  son  casingan  jaune,  et  lui  en  mit  une  aune  dans  le  corps;  il  eut 
cette  belle  aventure.  Le  Turc  tomba  mort;  mais  son  corps  ne  fut  pas  abandonné.  Là* 
dessus  arriva  en  toute  hftte  le  Mattre  de  l'Hôpital,  Garnier,  le  chevalier  courtois.  Il 
dit  au  frère  :  «(Descendez  de  cheval,  frère,  et  apprenez  comment  vous  devez  observer 
«(votre  ordre.  ^  Il  lui  fallut  venir  à  pied  jusqu'à  la  tente  de  l'Hôpital,  et  il  resta  là  à 
attendre  son  sort.  Enfin,  de  hauts  hommes  supplièrent  le  Mattre;  et,  s'agenouillant 
devant  lui, lui  demandèrent  un  don,  qui  était  de  pardonner  au  frère  son  infraction  à 
la  règle,  à  cause  de  la  prouesse  qu'il  avait  faite,  tant  qu'il  en  eut  pitié  :  «Mais,  dit-il, 
«(qu'il  ne  s'en  avise  plus!» 

^^^Up  mardi ,  si  je  ne  me  trompe,  devait  venir  en  l'ost  notre  caravane  bien  bar-    v.  9967. 

nachée  et  toute  chargée  de  vivres,  et  ce  jour-là,  à  ce  qu'on  nous  raconta,  devait  la  ^.  «•"• 
conduire  monseigneur  Ferri  de  Vienne  :  il  remplissait  cette  charge  en  place  du  comte 
Henri,  qui  devait  conduire  l'arrière^arde ,  et  qui  avait  été  envoyé  à  Acre.  Monseigneur 
Ferri  avait  prié  Baudouin  le  Garon  et  Glarembaud  de  Montchablon  de  protéger  la  cara- 
vane ce  jour-là  à  sa  place,  pour  que  les  gens  ne  fissent  pas  de  folies;  mais  ils  en  firent, 
et  il  y  en  eut  qui  le  payèrent.  Là  étaient  Manessier  de  Lille,  qui  avait  un  cheval  gris 
pommelé,  Richard  et  Tierri  d'Orques,  qui  remplaçaient  Ferri,  Philippe  et  les  compa- 
gnons de  Baudouin  le  Garon,  Oton  et  plusieurs  écuyers,  qui  furent  avec  eux  au  moment 
du  combat  :  ils  étaient  leurs  parents  et  leurs  amis,  et  le  leur  montrèrent  au  moment  du 
danger.  Geux  de  la  grande  bande,  qui  ne  craignaient  rien,  marchaient  à  l'aise,  comme 
des  gens  qui  n'ont  pas  de  fardeau.  Geux  qui  venaient  derrière  étaient  chargés,  et  tandis 
que  ceux  de  devant  allaient  grand  train,  les  autres,  en  gens  preux  et  sages,  les  suivaient 
tout  bellement.  Voilà  que  d'une  embuscade  sortirent  les  Turcs  à  cheval,  qui  se  lancè- 
rent à  toute  bride,  à  qui  mieux  mieux,  sur  ceux  de  l'arrière-garde;  montés  sur  des  che- 
vaux rapides,  ils  se  jetèrent  si  vivement  au  milieu  du  convoi  qu'ils  le  rompirent.  Là, 
Baudouin  le  Caron  fut  renversé  de  cheval ,  mais  il  avait  un  cœur  vaillant  :  il  mit  la 
main  à  sa  bonne  épée,  que  les  Turcs  sentirent  souvent  et  redoutèrent  ce  jour-là.  Dans 
cet  engagement,  ils  abattirent  Richard  d'Orques,  puis  Tierri;  Baudouin  se  défendit 
si  bien  que  les  siens  le  remirent  sur  un  cheval  pris  à  l'ennemi.  Vous  auriez  vu  là  de 
rudes  assauts,  des  coups  bien  portés  et  bien  évités,  des  épées  flamboyantes,  des  faits 
d'armes  intrépides,  plus  d'une  belle  et  dangereuse  rencontre,  et  bien  des  chevaux  à  la 
selle  vide.  Les  Turcs  se  lançaient  sur  les  nôtres,  qui  se  défendaient  du  mieux  qu'ils 


^'^  Il  manque  ici  quelques  vers  (voyez  le  Utin)  racontant  la  fin  du  combat  où  le  comte  du  Perche  joua  un 
rôle  peu  brillant  et  où  Tarrivée  de  Tévéqued?  Saliibury  empêcha  ff€uia  une  défaite. 

35 


fi&O  L'HISTOIHE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

pouvaient.  Quand  les  Turcs  en  abattaient  un,  ics  autres  se  faisaienl  jour  au  miiiea  dé  . 
la  presse  et  le  remettaient  à  cheval  :  îis  s'entr'aidaient  comme  de  braves  geiU'  Uai»  h 
partie  n'était  pas  ëgale,  car  les  nfttres  étaient  comme  noyés  au  milieu  d'eai;  aussi  M 
ne  peut  nier  que  plusieurs  comtes  n'aient  été  renversés  et  qu'ils  n'aient  beaucoup  vont* 
fert,  car  les  dards  des  Turcs  volaient  et  faisaient  grand  mal  aux  chevaus.  Un  de  cm 
coups  fît  de  nouveau  perdre  son  cheval  èi  Baudouin  ;  il  fit  descendre  un  sien  sci^etft 
qui  ii'était  vaillamment  défendu;  Baudouin  monta  sur  le  cheval,  et  il  raconta  bài* 
môme  que,  bien  peu  de  temps  après,  il  vit  couper  ta  tête  à  celui  qui  le  lui  avait  prMt 
Ils  étaient  U  ainsi  retenus.  LÀ  (iit  pris  Philippe,  le  compagnon  de  Baudouin,  tpi 
gagna  grande  estime  de  la  part  de  tous  ceux  qui  y  étaient.  Ils  emmenèrent  auffit ,  net 
Philippe,  un  brave  sergent  qu'ils  prirent  de  force,  et  ils  tuèrent  le  frère  de  Richard* 
La  bataille  élaît  terrible.  Ils  étaient  là  en  champ  clos,  Baudouin  et  aes  compagnoni 
Clarembaud  de  Montchablon  les  avait  abandonnés  et  s'était  enfui  bri{le  abattue  d^ 
qu'il  avait  vu  venir  les  Turcs.  Baudouin  luttait  toujours;  il  fut  de  nouveau  renreni, 
et  il  reçut  tant  de  coups  de  masse  qu'il  en  fut  presque  tué;  le  sang  lui  sortait  pari», 
nei  et  par  la  bouche;  son  épée  était  tout  émoussée*,  ébréchée  et  brisée;  alors,  éloTHll 
la  voit,  il  cria  au  preux  Manessier  de  Lille,  qui  était  habitué  h  vaincre  les  Tara  i 
aManessier,  m'abandonnerez-vous?»  .Monseigneur  Manessier  n'hésita  pas  :  il  alla  i  n 
rescousse.  Il  accourut  là  tant  de  Turcs  qu'ils  renversèrent  Manessier  du  dievaJ;  ik  k 
battirent  et  le  blessèrent  tant  qu'ils  lui  coupèrent  le  gros  os  de  la  jambe  jusqa'iiv 
moelle.  Baudouin  et  lui  avec  étaient  perdus  au  milieu  de  cette  presse,  quand  Dûn 
leur  envoya  le  preux  comte  de  Leicesfre,  qui  n'avait  [)as  su  è  tempe  leur  affaire.  Ia' 
comte,  arrivant  la  lance  en  arrêt,  frappa  un  Turc  si  durement  que  le  Sarrana  ndbalk 
par-dessus  le  cou  de  son  cheval,  et  Ançon,  compagnon  d'Etienne  de  Longcbamp,  W 
trancha  la  télé,  qui  vola  à  (erre.  Monseigneur  Etienne  se  conduisit  vaillamment  i^i*  al 
plus  tard.  Quand  la  nouvelle  de  ce  combat  fut  connue,  nos  f;ens  grossireot  tant  ^a^  ' 
les  Turcs,  voyant  leur  nombre  s'accroître,  s'enfuirent  vers  ta  montagne,  excepttf'MU 
qu'on  put  atteindre.  On  plaça  doucement  sur  les  chevaux  nos  blessés  «|ui  fpuient  Iti 
el  on  ics  ramena  dans  l'ost.  Ainsi  alla  cette  aventure,  qui  mérite  bien  d'être  écrite. 

Trois  jours  avant  la  Saint-Jean,  pendant  que  l'ost  était  en  repos,  on  lui  i^p«fftt 
une  nouvelle  qui  lui  fut  une  grande  consolation.  Un  saint  abbé  l'apporta  et  consola  tMt 
le  peuple.  C'était  l'abbé  de  Saint-ËUe,  qui  ne  vivait  que  de  pain  et  de  raves;  il  a«aîl 
une  grande  barbe  qu'il  avait  laissée  croître;  il  ressemblait  bien  à  un  saint  honuBc.  Udil 
au  roi  qu'il  savait  un  lieu,  qu'il  gardait  depuis  longtemps,  oh  était  cachée  une  ersil 
dont  Dieu  lui  avait  confié  la  protection.  Il  y  avait  dedans  un  morceau  de  la  eùMi 
croix,  qu'on  avait  dépecée  en  plusieurs  parties;  et  ce  bon  chrétien,  qui  n'était  pas  trop 
vieux ,  l'avait  tout  seul  mise  et  cachée  là  jusqu'à  ce  que  In  terre  fât  reconquise.  Il  anïl 
payé  cher  son  courage,  carSalahadin  la  lui  avait  plusieurs  fois  demandée;  asûrdiU 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  4At 

avait  su  le  tromper;  cependant,  il  l'avait  tourmente  à  cause  de  cela  et  l'avait  fait  lier 
étroitement;  mais,  quelque  mal  quon  lui  fît,  rien  ne  put  le  décider  h  la  rendre  ni 
à  dire  où  elle  était  :  il  soutint  qu'il  l'avait  perdue  lors  de  la  prise  de  Jérusalem. 
Quand  le  roi  se  fut  bien  enquis  de  cette  affaire»  il  fit  monter  le  saint  abbé  dont  je 
vous  parle ,  il  monta  lui-même  avec  ses  barons  et  beaucoup  de  bacheliers  :  ils  se  mirent 
en  route  bien  rangés  et  suivirent  l'abbé ^^^  jusqu'à  l'endroit  dont,  je  vous  ai  parlé,  oii 
cette  croix  était  cachée.  Ce  jour-ià,  elle  fut  bien  exaltée,  car  tant  de  gens  allaient  la 
baiser  qu'on  ne  pouvait  les  calmer.  On  l'apporta  dans  l'ost»  qui  en  fut  toute  réconfor- 
tée, et  on  pleura  bien  des  larmes  en  l'adoranL 

Il  y  avait  déjà  quelque  temps  que  cette  croix  avait  été  exaltée  et  avait  répandu  dans  v.  10137. 
l'ost  une  grande  joie;  alors  les  pauvres  gens  de  i'ost  commencèrent  à  parler,  disant  :  vi.  i. 
tcDieu!  beau  doux  sire,  que  faisons-nous?  que  fera-t-on?  Irons-nous  à  Jérusalem?» 
Bref,  ils  se  plaignirent  tant  que  le  roi  et  les  hauts  homnaes  le  surent  et  en  parlèrent 
ensemble,  et  délibérerai  de  plusieurs  façons  pour  savoir  ce  qu'ils  déciderai^it  et  s'ils 
iraient  à  Jérusalem.  Les  Français  requirent  le  roi  plusieurs  fois  et  lui  dirent,  au  moins 
plusieurs  d'entre  eux ,  qu'ils  seraient  d'avis  d'assiéger  la  ville  sainte.  Le  roi  dit  :  k  Ce  n'est 
91  pas  possible.  Jamais  je  ne  serai  le  chef  d'une  expédition  dont  je  serais  blâmé  ensuite, 
91  et  peu  m'importe  si  on  me  le  reproche  maintenant.  Sachez  bien  que  n'importe  où  aille 
«  notre  ost»  Salahadin  connaît  notre  marche  et  les  forces  que  nous  avons.  Nous  sommes 
«loin  de  la  mer,  et  si  lui,  avec  ses  Sarrasins,  descendait  dans  les  plaines  de  Rames  et 
«nous  coupait  de  nos  vivres,  si  bien  que  nous  ne  pussionaplu»  nous  en  procurer,  ce  ne 
«serait  pas  une  bonne  affaire  pour  ceux  qui  seraient  au  siège;  je  crois  qu'ils  en  seraient 
«victimes.  Puis  l'enceinte  de  la  cité,  à  ce  qu'on  m'a  dit  d'une  manière  certaiae,  est  si 

«grande  de  tous  côtés  qu'il  faudrait  y  avoir  tajit  de  genfi ^^^ 

«  que  nous  ne  pourrions  secourir  l'ôst  si  elle  était  attaquée  par  les  Turcs  :  elle  serait 
«défaite  et  perdue.  Et  si  je  menais  l'ost,  et  que  j'assiégeasse  Jérusalem  dans  ces  condi- 
«tiens,  et  qu'il  arrivât  une  aventure  fâcheuse  pour  elle,  j'en  serais  toujours  blâmé, 
'^ mésestimé  et  honni.  Et  je  sais  bien,  sans  en  douter,  qu'il  y  a  des  gens,  ici  et  en 
((France,  qui  ont  voulu,  qui  voudraient  et  qui  désireraient  beaucoup  que  je  fisse  une 
«action  de  ce  genre,  qui  me  déshonorerait  partout.  Puis  nous,  gens  de  pays  lointains, 
«nous  ^^)  ne  connaissons  pas  les  routes,  les  chemins,  les.  .  .  .  ^^\  ni  les  mauvais  pas, 
«ni  les  défilés ^^  qui  nous  permettrait  de  les 

(0   Lates,  au  vers  10197,  ^^'  *"  ^^  ^®  I'aub9. 
(*)  Lacune  d'un  vers. 

^^)  Il  faut  sans  doute  Nat  au  vers  10199  au  lieu  de  Qui 

^^^  Le  root  lanroiz,  sans  doute  altéré,  est  pour  nous  iniDtdligiUe.  li  n^est  pas  rendu  dans  le  latin. 
^*^  11  manque  au  moins  deux  vers.  Le  sens  est  :  «Nous  ne  pouvons  rien  faire  de  sérieux  sans  cette  connais- 
sance, n  Le  latin  dit  :  Qaibuê  cogmiU  tutiui  ]n'oc§d§nmm  et  cautiuê,  fMAisMM  of^tû  gatêdtrmtmê  êmBpêuîhmê, 

35. 


nui  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

«vaincre;  mais  il  faut  nous  conduire  par  l'avis  de  ceux  qui  sont  du  pays  et  qui  veolàlt 
(«recouvrer  leurs  fiefs,  et  par  le  conseil  des  Templiers,  d'accord  avec  les  HospitalitflÉi 
(COU  de  ceux  qui  ont  été  d'autres  fois  dans  le  pays,  qui  l'ont  connu  et  qui  le  connaifMirat 
R  encore.  Je  voudrais  qu'on  s'en  rapportât  à  eux  pour  décider  ce  qu'il  faut  faire,  fil  W 
(( entreprendra  le  siège,  ou  si  on  essayera  de  prendre  Babylone,  ou  si  on  ira  à  Bamt  otf 
(cà  Damas.  Ainsi  nous  nous  mettrons  tous  d'accord,  tandis  que  jamais  gens  ne  fof^t 

VI ,  II.    (c  plus  en  désaccord.  r> ^^K  Enfin  on  décida  que  quatre  ou  cinq  Tcn^ 

pliers  et  autant  d'Hospitaliers  seraient  chargés,  avec  des  chevaliers  de  Syrie  et  autairf 
de  barons  de  France,  de  rétablir  la  concorde,  si  bien  qu'ils  étaient  en  tout  vingt  Où 
décida  qu'on  s'en  rapporterait  h  leur  serment  et  à  leur  loyauté,  et  qu'on  acceptei^ît  e$ 
qu'ils  auraient  décidé.  Après  avoir  délibéré,  ils  dirent  que  ce  qu'on  pouvait  faire  m 
plus  utile  pour  le  pays  était  de  conquérir  Babylone.  Quand  les  Français  t'appriret^ ^ 
ils  manquèrent  à  l'engagement  et  dirent  qu'ils  iraient  au  siège  et  qu'ils  n'iraient  pii 
ailleurs.  Quand  le  roi  apprit  ce  dissentiment,  que  Dieu  ne  voulait  pas  apajser,  et  ^fi^ 
sut  que  c'était  à  cause  des  Français,  il  dit  que,  si  les  Français  l'avaient  cru,  ils  9&ewM 
partis  pour  Babylone.  «Voyez,  dit-il,  ma  flotte  est  toute  prête  à  Acre,  où  je  l'ai  ttlifi 
(cen  état  de  porter  leur  équipement  et  tout  ce  dont  ils  ont  besoin,  le  biscuit  <tf  It 
cr farine.  L'ost  serait  allée  le  long  du  rivage,  et  j'aurais  mené  à  mes  frais,  d^iei  jiM(^ 
(^ là,  sept  cents  chevaliers  et  deux  mille  sergents.  Et,  en  outre ^ ils  peuvent  être  sAra^pHl 
((jamais  mon  argent  n'aurait  fait  défaut  à  aucun  prudhomme.  Puisqu'ils  ne  Teillettt 
(cpas  le  faire,  je  suis  tout  prêt  à  aller  au  siège;  seulement,  par  saint  Lambert  étf 
(i Liège,  qu'ils  sachent  que  je  ne  les  conduirai  pas  :  je  ne  ferai  que  les  accompagMr.f 
Il  ordonna  aussitôt  que  tous  ses  gens  s'assemblassent  dans  la  tente  de  THApHal^^et 
que  là  ils  décidassent  quel  secours  ils  donneraient  pour  le  siège,  si  on  allait  à  JéntiHl^ 
lem.  Ils  vinrent  là  et  s'assirent,  et  firent  de  riches  promesses  :  tel  offrit  largement  <^ 
avait  bien  peu  dans  ses  coffres;  mais,  s'ils  avaient  attaqué  la  ville  à  ce  monieiitv4i 
auraient  fait  une  entreprise  trop  folle,  après  que  ceux  qui  avaient  juré  de  leur  *éiNf 
la  vérité  le  leur  avaient  en  bonne  foi  déconseillé. 
V.  10367.  Pendant  qu'ils  étaient  ainsi  occupés  à  promettre  ce  qu'ils  devaient  donner  pour  id 
VI,  m  siège,  voici  que  Bernard  l'espion  revint  de  Babylone  avec  deux  autres  Barbaifsi 
comme  lui,  habillés  en  Sarrasins.  Ils  ne  servaient  pas  à  autre  chose  qu*à  épier  '^Mt 
ennemie,  et  je  peux  bien  vous  dire  que  jamais  je  n'ai  vu  de  gens  qui  resseinblaflfiiskf 
plus  à  des  Sarrasins  et  qui  parlassent  mieux  sarrasinois.  Chacun  d'eux,  lors  de  leur 
départ ,  avait  eu  du  roi  Richard  trois  cents  marcs  d'argent.  Ils  dirent  au  roi  qu'ii  i6 
hâtât  de  monter  a  cheval  avec  ses  gens,  et  qu'ils  le  mèneraient  jusqu'aux  caravailei 
qui  venaient,  bien  chargées,  du  côté  de  Babylone  et  qu'ils  avaient  épiées.  Dèàque  lef9t 


(0 


Lacune  dans  doute  de  quatre  vers ,  oà  l^on  disait  que  le  discôul^  de  Ridiard  fit  de  Teffet  wt  les  feittti 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  &&3 

^entendit,  il  s'en  réjouit  dans  son  cœur,  et  fit  dire  au  duc  de  Bourgogne  de  se  joindre 
à  lui  pour  cette  affaire  et  d'amener  avec  lui  les  Français.  H  le  fit;  mais  auparavant  ils 
dirent  qu'ils  voulaient  avoir  le  tiers  du  butin,  et  le  roi  le  leur  accorda.  Alors  ils  mon- 
tèrent à  cheval  et  lui  aussi.  On  comptait  là  cinq  cents  chevaliers  bien  armés  et  mille 
sergents  preux  et  agiles,  que  le  roi  menait  à  ses  dépens;  et  lui,  de  sa  personne,  mar- 
chait le  premier.  Ce  fut  un  dimanche  au  soir  ;  ils  marchèrent  toute  la  nuit  à  la  lune  et 
ne  s'arrêtèrent  que  bien  peu  jusqu'à  ce  qu'ils  arrivassent  à  la  Galatie.  Là  cette  troupe 
hardie,  toute  prête  au  combat,  se  reposa.  Ils  envoyèrent  chercher  des  vivres  ù  Esca- 
lone,  et  restèrent  là  jusqu'au  retour  de  leurs  écuyers.  Dès  que  le  roi  et  ceux  qui 
étaient  avec  lui  s'étaient  mis  en  marche,  un  espion  était  allé  à  Jérusalem  raconter  à 
Salahadin  qu'il  avait  vu  le  roi  monter  à  cheval  pour  aller  s'emparer  de  ses  caravanes. 
Salahadin  aussitôt  prit  cinq  cents  Turcs  d'élite,  les  meilleurs  qu'il  eAt,  et  les  envoya, 
armés  d'arcs  et  de  dards,  aux  caravanes.  Et  quand  ils  furent  réunis  à  ceux  qui  escor- 
taient les  caravanes,  on  les  estima  à  deux  mille  à  cheval,  sans  compter  ceux  qui 
allaient  à  pied. 

Voici  venir  un  espion  droit  à  la  Galatie,  qui  pressa  le  roi  de  venir  vite  sans  déranger  V.  loSag. 
l'ost,  lui  disant  qu'à  la  citerne  ronde,  tout  autour,  était  arrivée  une  caravane,  et  que,  ^*  *^ 
si  on  pouvait  l'arrêter,  on  y  ferait  un  beau  gain.  L'espion  était  un  homme  du  .pays, 
le  roi  ne  se  fia  pas  en  lui,  mais  envoya  aussitôt  un  Bédouin  et  deux  sergents,  Tur- 
copies  preux  et  avisés,  pour  épier  et  s'enquérir;  il  fit  entourer  de  linge  la  tête  des  Tur- 
coples,  à  la  façon  du  Bédouin  et  des  autres  Sarrasins.  Us  partirent  dans  la  nuit,  mon- 
tèrent et  descendirent  les  collines,  si  bien  que,  sur  une  colline,  ils  virent  je  ne  sais 
combien  de  Sarrasins  qui  faisaient  le  guet.  Le  Bédouin,  accompagné  de  l'espion,  s'ap- 
procha d'eux  pas  à  pas  et  dit  à  ses  deux  compagnons  de  se  taire,  pour  qu'on  ne  les  re- 
connât  pas,  ce  qui  trompa  les  Turcs.  Ceux-ci  demandèrent  aux  nôtres  d'où  ils  venaient; 
le  Bédouin  entra  en  conversation  et  dit  qu'ils  venaient  du  côté  d'Escalone,  où  ils  avaient 
fait  du  butin.  L'un  des  Turcs  se  prit  à  dire  :  tiVous  venez  plutôt  pour  nous  faire  du 
t^mal.  Tu  es  avec  le  roi  d'Angleterre.»  Le  Bédouin  dit  :  «(Vous  mentez.»  Il  poursuivit 
son  chemin  et  s'approcha  des  caravanes.  Les  Turcs,  avec  leurs  arcs  et  leurs  dards,  les 
suivirent  quelque  temps;  enfin  ils  en  furent  ennuyés  et  les  laissèrent,  croyant  qu'ils 
étaient  des  leurs.  Le  Bédouin  s'en  revint  quand  il  eut  su  la  vérité  et  se  fut  assuré  que  la 
caravane  était  venue,  ce  qu'on  trouva  fort  avisé.  Il  revint  au  roi  et  lui  dit  qu'il  savait 
certainement  qu'il  pouvait  prendre  la  caravane.  Le  roi,  au  nom  de  saint  Georges,  fit 
donner  l'orge  aux  chevaux,  et  nos  gens  mangèrent  eux-mêmes,  puis  montèrent  à  cheval 
et  marchèrent  toute  la  nuit,  tant  qu'ils  arrivèrent  à  l*endroit  où  la  caravane  et  les  Turcs 
couchaient.  Là,  ils  s'arrêtèrent.  On  était  en  été,  il  faisait  beau  temps.  Le  roi  et  tous 
s'armèrent  et  prirent  leur  ordre  de  bataille.  Les  Français  faisaient  l'arrière-garde, 
le  roi  était  à  l'avant-garde.  Il  fit  crier  par  toute  l'ost  que  ceux  qui  se  souciaient  de 


AM  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTR 

l'honneur  ne  devaient  pas  penser  au  butin,  mais  songer  toujours  à  dëconfirq  çt  k  i^ere^ 
les  Turcs,  et  à  frapper  de  leurs  épëes  d acier.  Pendant  qu'ils  étaient  occupés  à  ptrendn^ 
ces  dispositions,  voici  venir  au  roi,  bride  abattue,  un  aulr^  espion  qui  lui  dit  qw4è} 
avant  le  jour  la  caravane  s'était  préparée,  et  qu'ils  étaieut  sur  leurs  gardes.  Quand  iei^ 
le  sut,  il  envoya  en  avant  des  archers,  des  arbalétriers  et  des  Turcoples^pQwbdroiliir 
les  Turcs  et  les  occuper  jusqu'à  ce  qu'il  pât  Venir.  En  effet,  pendant  qu'ils  les  barcefeiemlt 
le  gros  des  nôtres  s'approcha ,  et  arriva  ^nfm  tout  près  d'eu)(.  QuaQ()  lesTurca  les  vireott 
ils  se  retirèrent  vers  le  pied  d'une  montagne  pour  s'y  adosser.  lU  étaient  tout  prête  au 
combat,  quoiqu'ils  n  eussent  pas  beaucoup  d'ardeur.  Le  roi  avait  divisé  sa  troupe  W 
deux  corps.  Au  moment  où  il  arriva,  nos  archers  les  harcelaient  Qt  leur  lançaieut  4f9 
flèches,  aussi  dru  que  la  pluie.  La  caravane  était  arrêtée.  Le  roi,  en  hoxkW  étt&9Mh 
se  jeta  si  rudement  sur  leurs  premiers  rangs,  et  lui  et  les  autres  iQ$  attaquèrtAit  ii 
vivement  qu  ils  n'en  rencontrèrent  pas  qu'ils  ne  jetassent  par  terre.  Âucuu  Ture'||*e|l 
échappa,  si  ce  n'est  en  fuyant,  et  ils  ne  se  remirent  pas  de  ce  premier  ctioc.  Tout 
comme  les  lévriers  chassent  le  lièvre  dans  la  plaine,  ainsi,  par  la  montague,  U[0&g(Wi 
chassaient  les  leurs  et  les  mettaient  en  telle  déroute  qu'ils  s'enfuyaient  tout  déconfite  6t 
dispersés,  laissant  là  la  caravane;  et  nos  gens  les  poursuivaient  toujours,  à  droite  tt  ^ 
gauche ,  et  ceux  qui  virent  l'affaire  dirent  que  la  fuite  des  Turcs  dans  la  vaste  berruie  fut 
poussée  si  loin  qu'ils  tombaient  morts  de  soif;  et  ceux  que  les  cbevaliera  atteigoaiwl» 
ils  les  renversaient,  et  les  sergents  les  tqaienL  Vous  auriez  vu  le  des  gens  mal  arraug^^ 
des  selles  qui  tournaient,  et  de  beaux  coups  donnés  par  le  preux  roi  d' Angleterre.. Ne 
croyez  pas  que  je  vous  dise  sur  son  compte  des  flatteries  :  tant  de  geus  vireui  a0ft  fK* 
ploits  qu'ils  m'ont  obligé  de  m'y  arrêter.  Vous  auriez  vu  le  roi,  l'épée  d'acier  au  peÎBgt 
poursuivre  si  rudement  les  Turcs  que  ceux  qu'il  atteignait,  il  n*y  avait  pas  d'muwe 
qui  les  garantit  d'être  pourfendus  jusqu'aux  dents;  aussi  le  fuyaient-ils  couuoQ  4ei 
brebis  qui  voient  le  loup.  Pendant  que  les  premiers  chassaient  ainsi  les  Turts  pw 
la  montagne  et  les  mettaient  en  grande  peine,  une  trentair^  de  Sarrtsinft^  pleîm4a 
rage  et  de  dépit,  arrivèrent  par  un  sentier  détourné  sur  Roger  de  Toéui,  tuèreoA  aw 
cheval  sous  lui,  et  peu  s  en  fallut  qu'ils  ne  le  prissent.  Un  compa£[Upn  appdié  iu<|Mi 
du  Maine  attaqua  les  païens,  mais  il  fut  aussitôt  renversé,  et  Roger,  bien  qu'il  e^t  99 
déjà  beaucoup  à  faire,  alla  à  pied  à  sa  rescousse.  Nos  gens  accoururent  de  drcûtftal 
de  gauche.  Il  y  vint  le  comte  de  Leicestre,  et,  avec  lui,  Gilbert  Malesmains  avec  deu> 
compagnons  ou  au  moins  un,  Alexandre  Arsis,  et  quinze  ou  vingt  chevaliers*  U  y 
vint  aussi  Etienne  de  Longchamp,  qui,  tout  au  milieu  des  païens,  Cutsi  sec<|uraUel 
Rbger  qu'il  le  remit  à  cheval.  Là  vous  auriez  vu  la  déconfiture  de  ces  gens  diéuatUI^ 
vous  auriez  vu  donner  de  grands  coups  d'épée,  abattre  des  pieds  et  des  poings,  petu^ 
fendre  par  l'œil,  par  la  bouche,  ou  couper  des  têtes,  et  tant  de  corps  murta,  gilMlt 
comme  des  souches ,  qu'ils  gênaient  nos  gens  et  les  faisaient  trébucher.  Poiteviui^,  Voi^ 


'  % 


-{Mt-A, 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  4&5 

mands ,  Anglais  et  Angevins  y  frappèrent  de  boue  coups ,  et  le  bon  roi ,  preux  et  hardi , 
faisait  plus  que  tous  les  autres.  Il  y  eut  un  tel  massacre  de  Turcs  que  nos  aïeux 
n'ont  rien  vu  de  pareil.  Ils  étaient  tellement  abattus ,  comme  on  le  vit  clairement,  que 
le  moindre  petit  garçon  aurait  pu  en  tuer  huit  ou  dix.  Les  gens  qui  menaient  la  cara- 
vane venaient  se  rendre  prisonniers  aux  sergents  et  aux  chevaliers,  et  leur  amenaient 
par  la  bride  les  grands  chameaux  tout  chargés,  et  les  mulets  et  les  mules  qui  portaient 
des  biens  si  précieux  et  tant  de  richesses  :  of,  argent,  étoffes  de  soie  et  de  velours 
du  pays  de  Damis,  des  mustabets,  des  étoffes  de  Bagdad,  des  ciglatons,  des  étoffes  de 
pourpre,  des  casingans^^^  des  courles-pointefl,  de  beaux  vêtements  élégants  «  de  beaux 
pavillons  et  de  belles  tentes  parfaitement  travaillées,  du  biscuit,  du  froment,  des  fa^ 
rines,  des  orges,  des  électuaires  et  des  médecines,  des  bassins,  des  outres,  des  échi- 
quiers, des  pots  et  des  chandeliers  d'argent,  du  poivre,  du  cumin,  du  sucre,  de  la  cire 
en  quantité  incalculable,  des  épices  de  tout  genre,  et  tant  d'autres  choses  précieuses, 
et  tant  de  belles  armures,  fortes,  légères  et  sûres,  enfin,  une  telle  richesse,  qu'ils  di- 
saient que  véritablement,  dans  aucune  guerre,  on  n'avait  fait  dans  le  pays  un  si  grand 
butin. 

Quand  la  chiennaille  fut  mise  à  mort  et  la  riche  caravane  prise,  on  avait  fait  beau  V.  10539. 
butin;  mais  on  eut  beaucoup  d'embarras  pour  rassembler  les  chameaux  de  course,  qui  ^^  "- 
donnèrent  grande  peine  à  lost,  car  ils  s'enfuyaient  si  fort,  quand  les  gens  à  cheval 
les  poursuivaient,  qu'il  n'y  a  rien  d'assez  rapide,  cerf  ou  biche,  daim  ou  gazelle,  qui 
eât  pu  les  atteindre,  s'ils  avaient  pris  un  peu  d'avance.  Ceux  qui  enfin  les  rassem- 
blèrent estimèrent  que  les  chameaux  qu'on  avait  gagnés  là  montaient  à  quatre  mille 
sept  cents;  et  il  y  avait  tant  de  mules  et  de  mulets,  et  d'ânes  sârs  et  robustes,  qu'on 
ne  put  jamais  les  compter.  Ils  ne  faisaient  que  gêner.  On  dit  aussi  que,  dans  cette 
affaire,  il  y  eut  bien  de  tués,  tant  grands  que  petits,  dans  la  vallée  et  dans  la^mon- 
lagne,  mille  et  sept  cents  Turcs,  sans  parler  des  gens  à  pied  qui  furent  tués  sans  avoir 
bougé  de  place. 

Ils  marchèrent  ensuite, d'après  lesétapes qu'ils  s'étaient  tracées,  tant  qu'ils  arrivèrent    V.  io565. 
devant  Bétafe,  qui  est  h  quatre  lieues  de  Jaffe.  Là,  ils  partagèrent  leur  butin, et,  quand    ^**  ^ 
ils  en  partirent  pour  revenir,  ils  firent  l'étape  suivante  jusqu'à  Rames.  Là  les  rejoignit 
l'ost  qui  venait  d'Acre,  le  comte  Henri  avec  ses  gens  :  tous  se  trouvèrent  réunis.  Il  y 
eut  une  joie  et  une  admiration  générales  quand  ils  virent  ces  bêtes  qui  remplissaient 
l'ost.  Le  roi  partagea  les  chameaux,  les  plus  beaux  qu'on  pût  voir,  aussi  bien  entre 
les  chevaliers  qui  avaient  gardé  l'ost  qu'entre  ceux  qui  avaient  pris  part  à  l'expédition.  . 
Il  distribua  aussi  libéralement  les  mules  et  les  maiets,  et  il  fit  donner  aux  sergenis  tous 
les  ânes,  grands  et  petits.  Voilà  l'ost  si  remplie  de  bêtes  qu'on  avait  grand'peine  à 

(''  Sur  tous  c^  mots  d^origine orientale,  voyez  le  Glosstire. 


&&6  L  HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

les  garder.  Mais  on  tuait  les  jeunes  chameaux  et  on  en  mangeait  volootien  là  ebair; 
elle  était  blanche  et  de  bon  goAt  quand  elle  était  rôtie  et  lardée. 

V.  loSgS.  Ainsi  les  bétes  furent  distribuées  et  répandues  dans  lost,  si  bien  qu6  beaneMp 
VI.  TH.  s'en  plaignaient  à  cause  de  Torge  qu'elles  faisaient  renchérir.  Alors  on  recommença  k 
murmurer,  ceux  qui  étaient  très  mécontents  de  ne  pas  assiéger  Jérusalem,  car  ik 
n'avaient  pas  d'autre  désir,  et  ils  ne  se  tenaient  pas  tranquilles.  Mais  ceux  qui  avaient 
juré  et  qui  avaient  décidé  qu'on  n'irait  pas  leur  répétaient  leurs  raisons»  leur  diaaBt 
que ,  si  on  assiégeait  la  ville ,  on  trouverait  à  l'entonr  si  peu  d'eau  que  ni  les  bétes  in 
les  gens  ne  pourraient  boire  sans  danger  et  sans  grande  peine,  pour  peu  que  les 
Turcs  pussent  les  en  empêcher.  Car  c'était  autour  de  la  Saint*Jean,  quand  la  chalmr^ 
suivant  sa  coutume,  dessèche  tout  dans  le  pays,  et  les  Sarrasins  avaient  détruit  et  ereté 
les  citernes  tout  autour  de  la  ville,  si  bien  qu'à  moins  d'aller  à  deux  bonnes  lieaet« 
dans  un  pays  où  nous  n'avions  que  des  ennemis,  on  n'aurait  pu  facilement  trouver  de 
l'eau,  cela  fut  su  d'une  manière  certaine,  excepté  un  petit  ruisseau  qui,  du  mont  dee 
Olives,  coule  dans  la  vallée  de  Josaphat  :  c'est  Siloé;  aussi  ces  gens  ne  conseillaieal-î 
ils  pas  d'entourer  la  ville  et  de  l'assiéger  en  été.  Quand  cette  résolution  fut  révélée  et 
connue,  qu'on  sut  qu'on  n'irait  pas  à  Jérusalem  et  qu'on  reviendrait  en  arrière,  icoQt 
auriez  vu  les  gens  bien  affligés  maudire  la  longue  attente  qu'ils  avaient  &ite  et  im. 
tentes  qu'ils  avaient  dressées,  puisque  Jérusalem  ne  serait  pas  assiégée  et  ne  pOBnft 
être  conquise;  car  ils  n'auraient  pas  demandé  à  vivre  un  jour  après  avoir  dâivfé 
Jérusalem. 

V.  loGdg.  Seigneurs,  ne  vous  étonnez  pas  si  Dieu  voulait,  comme  nous  l'avons  dit,  <{iit  ki. 
VI,  Tin.  peines  de  nos  pèlerins  fussent  vaines,  car  maintes  fois  nous  le  vtmes  véritaUeiM^tt 
après  une  longue  marche,  le  soir,  quand  on  campait,  les  Français  se  séparaiesl  dee 
autres' et  dressaient  leurs  tentes  seuls  d'une  part.  Ainsi  l'ost  se  séparait;  car,  MM 
mentir,  l'un  ne  pouvait  s'accorder  avec  l'autre.  L'un  disait  :  «Tu  es  ceci;  »  l'autre  diw(li; 
((Tu  es  cela;  »  et,  ce  qui  empira  beaucoup  les  affaires,  Hugues ^^^  le  duc  de  BovrgogMr 
par  grand  tort  et  par  grande  arrogance,  fit  faire  une  chanson  sur  le  roi,  et  la  eliaoMAi 
était  vilaine  et  pleine  de  grandes  injures,  .et  elle  se  répandit  par  l'ost.  Péat^ 
blâmer  le  roi  s'il  chansonna  à  son  tour  ceux  qui ,  par  envie ,  l'attaquaient  et  lebi^MlttfOlff 
Eh  bien,  de  gens  si  outrecuidants,  on  ne  chantera  jamais  une  bonne  chaneoav  etIKapi 
ne  bénira  pas  ce  qu'ils  font ,  comme  il  le  fit  dans  l'autre  expédition  dont  on  raeoMe 
encore  l'histoire,  quand  Antioche  fut  assiégée  et  prise  de  force  par  nos  gens,  à  qpt 
.  Dieu  donna  la  victoire,  par  Boémond  et  par  Tancré,  —  c'étaient  là  des  pMerine  iné^ 
prochables ,  —  par  Godefroi  de  Bouillon  et  par  de  hauts  princes  renommés  et  les  Mirer 
qui  y  furent.  Ils  servirent  si  bien  Dieu,  qu'il  les  récompensa  de  leur  service  i  lepr  gr 


(') 


Corrigez,  dans  ie  texte  (v.  io653),  Henri  en  ffugueâ. 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  kkl 

et  suivant  leurs  désirs  :  il  rendit  leur  œuvre  glorieuse  et  féconde;  il  les  mit  haut  eux  et 
leur  lignage,  qui  en  est  encore  aujourd'hui  illustré. 

Dix  ou  douze  jours,  autant  que  je  m'en  rappelle  la  vérité,  après  la  prise  de  la  ca-  V.  io683. 
ravane,  l'ost  se  reposa  de  la  façon  que  je  vous  ai  dite;  et  quand  ils  virent  qu'ils  vi,u. 
auraient  beau  faire,  qu'ils  n'arriveraient  pas  à  aller  adorer  le  Saint  Sépulcre,  dont  ils 
n'étaient  plus  (|u'à  quatre  lieues,  ils  en  eurent  grand  deuil  au  cœur.  Ils  revinrent  en 
arrière  si  découragés  et  si  tristes  que  jamais  on  ne  vit  des  gens  d'élite  plus  abattus  et 
plus  troublés.  Ils  établirent  leur  arrière-garde;  à  peine  étaient-ils  partis,  que  les  Sarra- 
sins descendirent  de  la  montagne  et  les  attaquèrent,  si  bien  qu'ils  nous  tuèrent  un  ser- 
gent ;  mais  ceux  qui  étaient  sur  les  bons  chevaux  les  repoussèrent  et  les  poursiiivirent 
à  leur  tour.  Puis  ils  se  remirent  en  route  et  arrivèrent  entre  Saint-Georges  et  Rames. 
Le  jour  oii  nous  fîmes  ce  chemin,  il  y  avait  cinq  ans  juste  que  le  pays  avait  été  perdu 
par  la  guerre.  Les  Français  étaient  à  gauche,  le  roi  et  ses  gens  à  droite;  ils  conser- 
vèrent cet  ordre  le  lendemain.  Ils  revinrent  devant  le  Casai  Moyen;  ils  y  dressèrent 
leurs  tentes  et  y  restèrent.  Il  y  en  eut  qui  quittèrent  l'ost  et  retournèrent  à  Jaffe  à 
cause  des  peines  et  des  privations  qu'ils  avaient  souffertes  dans  l'ost. 

Quand  Salahadin  sut  que  nos  gens  n'avaient  pu  prendre  une  autre  résolution  que  celle  V.  10719. 
de  s'en  retourner,  il  eut  grande  joie  et  fit  belle  chère.  Il  fit  aussitôt  écrire  ses  lettres,  vi.  x. 
et,  par  de  rapides  messagers,  il  manda  aux  Turcs  qui  lui  étaient  dévoués  que  les 
chrétiens  s'en  allaient,  qu'ils  n'avaient  pu  s'accorder,  et  qu'ils  se  séparaient  les  uns  des 
autres,  et  que  ceux  qui  voudraient  avoir  de  son  argent  n'avaient  qu'à  venir  à  Jéru- 
salem, où  il  les  prendrait  à  sa  solde.  Il  s'assembla  donc  tant  de  gens,  hors  de  la 
ville  et  dedans,  qu'on  les  estimait  à  vingt  mille  Turcs  à  cheval  et  bien  armés,  sans 
compter  les  gens  de  pied  qu'on  aurait  eu  peine  à  nombrer,  qui  tous  savaient  bien  ce 

qui  nous  concernait  et  qui  nous  le  montrèrent  bien ^'^  aussitôt  que 

nos  gens  revinrent  là  oii  ils  s'étaient  arrêtés. 

De  jour  en  jour,  dans  leur  découragement,  ils  abandonnaient  Post  et  s'en  allaient  V.  10743. 
à  Jaffe,  car  dans  l'ost  ils  menaient  une  trop  dure  vie.  Quand  le  roi  les  vit  s'en  aller  vi.  x.. 
ainsi  et  com[)rit  qu'il  n'était  plus  maitce  de  mener  l'ost  le  droit  chemin,  que  vous 
dirai-je?  Il  manda  à  Safadin  de  parler  à  Salahadin  et  de  lui  faire*  ensuite  savoir  s'il 
pourrait  maintenant  obtenir  la  trêve  qu'on  lui  avait  offerte  dans  les  plaines  de  Rames, 
comme  nous  vous  l'avons  conté,  jusqu'à  ce  qu'il  fût  revenu  de  son  pays  [où  il  voulait 
se  rendre].  Safadin  alla  le  demander  au  Soudan;  mais  celui-ci,  dès  le  premier  jour, 
avait  su  notre  retraite,  et  il  ne  voulut  plus  accorder  de  trêve  si  Escalone  n'était  abattue. 
La  nouvelle  en  revint  dans  l'ost  au  roi,  qui  n'eil  fit  nul  semblant  et  n'écouta  même  pas 
ce  qu'on  lui  en  disait.  Il  fit  monter  à  cheval  aussitôt  des  Templiers,  des  Hospitaliers 

-')  Lacune  probablement  de  trois  vers,  qui  ne  sont  pas  représentés  dans  le  latin. 

36 


lurkiMriis   ^ATio^Ait. 


as  L*HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

trois  ceatB  autres  chevaliers  ;  il  lear  ordonna  d'abattre  ie  Daron  et  de  Caire  ^f/Mtélé 
grand  soin  d'Escalone,  pour  qu*il  n  y  arrivât  pas  de  dommage  p«r  mauvaise  garde,  ib 
allèrent  au  Daron,  Tabattirent,  pais  revinrent  à  Tost,  et  iW  revint  k  Jafie,  penshre  et 
accablée,  puis  de  Jaffe  à  Acre;  mais  il  resta  en  arrière,  à  Jaffe,  beaucoup  dliommef , 
tant  de  bien  portants  qae  de  malades,  qui  depuis  y  eurent  grand*peur.  Voilà  Vmi  n^ 
venae  k  Acre ,  par  le  même  chemin  qu'elle  avait  pris  pour  s'en  éloigner,  un  dimandie, 
abattue  et  confuse;  mais  c'est  ce  qui  arrive  à  ceux  qui  se  laissent  gouverner  par  le  pédié. 

V.  10787.  Dès  que  Salahadin  etSafadin,  son  frère,  surent  que  nous  avions  quitté  Jaffe  et  <|iie 
V!,  m.  nous  nous  étions  éloignés  tristement,  coomie  je  vous  Tai  raconté,  ils  firent  convoqMr 
et  réunir  l'ostde  leurs  fiers  psâens,  et  le  soudan  avait  bien  alors  plus^ie  vmgt  nûila 
Turcs  à  chevaL  II  avait  l'émir  de  Bile  et  le  fils  du  Hausasis,  et  bien  cent  six  émirs,  €t 
tant  de  gens  de  pied  de  la  montagne  que  cette  ost  couvrait  toute  la  plaine.  Elle  é&h 
cendii  de  Jérusalem  et  dressa  ses  tentes  en  bas  dans  les  plaines  de  Rames.  On  paanit 
voir  là  bien  de  beaux  chevaux. 

V.  10807.        Le  dimanche.  Je  jour  même  oii  nous  rentrâmes  è  Acre,  l'ost  des  païens  maniHi 
VK  lui.    campa  devant  Jaffe,  et,  le  lundi,  ils  attaquèrent;  [les  nôtres  sortirent  de  la  viHe^]  :  flt 
se  rencontrèrent  dehors,  dans  les  jardins.  Nos  gens  leur  résistèrent  toute  la  joiinMfo»ii 
bien  qae  ce  jour  là  ils  n'approchèrent  pas  du  château ,  tant  ils  furent  barcdést  ni  li 
lendemain,  qui  était  mardi,  ni  le  troisième  jour.  Mais,  le  jeudi,  la  ville  fut  êmitgkf 
ioat  k  l'entour,  et  les  gens  qui  étaient  dedans  se  trouvèrent  en  grande  peine.  SaUhidiÉ 
fit  dresser  quatre  pierrières  légères  et  fortes,  et  deux  mangonneaux  pour  TaMaque.  jUmni 
vous  auriez  entendu  ies  lamentations  des  chrétiens  restés  dans  la  ville,  qui  4taiaiikflÉi 
de  cinq  mille ,  ou  bien  portants  ou  malades  au  lit;  tous  se  lamentaient  et  diaaieftt  1  «Airl 
((  roi  d'Angleterre ,  qu'es-tu  allé  faire  k  Acre?  Chrétienté ,  comme  lu  es  ruinée!  alii 
attaqués  avec  une  telle  force  et  une  telle  vif  ^ueur,  il  y  eut  tant  de  gens  toéa  et 
ils  se  défendirent  si  hardiment,  montant  et  descendant  sans  eesse,  qu'on 
les  voir  sans  en  avoir  grand'  piiîé  :  ies  {Herriàret  et  les  mangomeaux  ne 
tirer.  Ceux  du  dedans  avaient  bien  des  pierrières  ;  mais  ib  ne  savaient  pas  if«Q 
Les  Tur^s  tirèrent  sur  la  porte  du  côté  de  Jérusalem ,  tant  que,  malgré  aa  aoMdilé^  li 
arches  d'en  haut  tombèrent,  ce  dont  les  nôtres  furent  éperdus,  et  le  mur  de 4feilé iv 
brisé  :  il  en  tomba  deux  perches.  C'était  le  jour  du  vendredL  Ce  fut  une  nnb  ÉÉtail 
quand  les  Turcs  entrèrent  dans  la  ville;  il  y  eut  une  mêlée;  mais  les  TartSt  ffddM 
croissaient  taujours  par  les  renforts  qu'ils  recevaient  de  f  ost,  devinrent  ft  mâriHn 
qu'ils  mirent  les  nôtres  en  désordre  et  les  chassèrent  jusqu'au  Toron,  devant  là  low.  Ce 
grande  horreur  k  voir  que  les  malades  qui  étaient  coochés  dans  les  maisens  et  ^qm 
Turcs  tuèrent  :  il  y  eut  là  de  bons  martyre.  Beaucoup  de  (gens,  se  eépamU  dee«ttf 


U) 


Suppléé  diaprés  ie  iatiii. 


LHISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  &A9 

s'enfuirent  vers  la  mer.  Les  cruels  Sarrasins  prirent  les  maisons  et  les  pillèrent;  ils  em- 
portèrent tous  les  blés  et  répandirent  tous  les  vins.  Les  uns  attaquèrent  le  Toron ,  où 
étaient  les  gens  de  Dieu,  qui  se  défendaient  vigoureusement;  les  autres  coururent  à  la 
mer,  aux  vaisseaux  et  aux  barques  qui  y  étaient,  où  nos  gens  voulaient  monter  pour  se 
sauver  :  beaucoup  de  ceux  qui  étaient  les  derniers  y  furent  tués.  On  vit  là  Auberi  de 
Reims,  qui  était  le  capitaine  du  château,  se  conduire  comme  un  vilain  et  an  couard  : 
il  était  déjà  entré  dans  une  barque  pour  s^enfuir  par  ia  mer,  quand  les  prudbommes 
poussèrent  de  tels  cris  qu'ils  le  firent  revenir  en  arrière  et  le  contraignirent  è  rentrer 
dans  le  Toron,  si  bien  qu'il  dit  :  «Puisqu'il  ne  peut  en  ôtre  autrement,  mourons  ici 
«(pour  Dieu! 9»  Tout  autour  d'eux,  à  droite  et  à  gauche,  au  pied  du  Toron,  il  y  avait 
tant  de  Turcs  qui  assaillaient  que  les  nôtres  ne  savaient  de  quel  c6té  se  défendre.  Les 
traits  tombaient  là  plus  dru  que  gréle;  car  ils  étaient  péle-méle  et  pied  à  pied.  Le 
combat  dura  toute  la  journée;  mais  nos  gens  n'auraient  pu  résister  aux  grands  assauts 
et  à  la  grande  presse;  heureusement  Dieu  avait  fait  rester  le  patriarche  nouvellement 
fait,  qui,  pour  rien  au  monde,  n'aurait  voulu  renoncer  à  sauver  ceux  qui  étaient  là  et 
qui  combattaient  jusqu'à  ia  mort.  Il  manda  à  Salahadin,  le  Sarrasin  libéral  et  vail- 
lant, et  il  pria  Safadin  de  lui  demander,  qu'il  leur  accordât  une  trêve  seulement  jus- 
qu'au lendemain,  et  il  s'engageait,  si  avant  le  soir  il  ne  voyait  pas  arriver  de  secours 
d'Acre  ou  d'Escalone  ou  du  roi  Richard  qu'ils  avaient  envoyé  chercher,  à  donner  en 
otage  sa  propre  personne  et  d'autres  gens  de  haut  parage  à  mettre  en  fers  ou  en  liens, 
pour  garantir  que  chacun  des  chrétiens  qui  combattaient  dans  le  Toron  payerait  à  Sa- 
lahadin, pour  être  épargné,  dix  besants  d'or,  et  qu'on  donnerait  de  même  cinq  besants 
pour  chacune  des  femmes  et  trois  pour  les  petits  enfants.  Comme  il  l'avait  demandé. 
Salahadin  commanda  que  l'engagement  fût  accepté  et  tenu.  Voilà  le  messager  revenu , 
voilà  la  trêve  accordée  et  la  chose  arrêtée  ainsi.  Ils  livrèrent  aux  Turcs  deux  otages 
qui  allèrent  avec  le  patriarche;  l'un  était  Auberi,  l'autre  Tibaud  de  Troies,  qui  était 
preux  et  hardis  :  c'était  un  sergent  du  comte  Henri  [de  Champagne] ,  qui  avait  élevé 
son  père,  et  il  peut  y  en  avoir  eu  d'autres,  dofit  je  n'ai  pu  savoir  les  noms. 

Vous  m'avez  entendu  vous  parier  et  il  est  bon  de  le  raconter,  à  cause  du  grand  bien  v.  10935. 
qui  en  advint,  de  l'ost  qui  revint  à  Acre  tout  abattue  et  découragée  et  accablée  de  cha-  vi,  m. 
grin.  Tous  pensaient  s'en  retourner  et  aller  droit  à  leurs  vaisseaux.  Le  roi  Richard  lui- 
même,  nous  le  vîmes  de  nos  yeux,  avait  déjà  pris  congé  du  Temple  et  de  l'Hôpital;  il 
avait  vu  à  ce  que  ses  galères  fussent  bien  préparées.  Il  devait  y  monter  le  lendemain , 
dit  le  livre,  pour  s'embarquer  et  aller  par  Barut  avec  ses  gens,  et  il  avait  déjà  en- 
voyé ses  galères,  qui  avaient  donné  l'assaut  à  ceux  du  château,  si  bien  qu'ils  s'étaient 
enfuis  et  qu'ils  ne  l'auraient  pas  attendu  s'ils  avaient  vu  arriver  d'autres  galères.  Un 
soir,  comme  le  roi  était  dans  sa  tente,  dans  les  dispositions  que  je  viens  de  vous  dire^ 
voici  venir  en  toute  hâte  une  barque  qui  aborda  dans  le  port.  Ceux  qui  en  sortirent 

36. 


âSO  L'HISTOIRE   DE  LA  GUERRE  SAINTE, 

vinrent  au  roi  saos  alteodre,  et  lui  dirent  que  JafTe  était  prise  et  que  les  cfarétieai 
étaient  assiégés  dans  le  Toron,  et  qu'ils  étaient  perdus,  comme  je  vous  l'ai  racoDlé, 
s'ils  n'étaient  pas  secourus  par  lui.  Le  preux  roi ,  dans  sa  générosité,  renonça  k  tout  8QB  , 
projet,  et  dit  :  «J'irai  vraiment.»  Il  fit  de  nouveau  convoquer  l'ost;  mais  les  Françak 
ne  voulurent  pas  lui  obéir:  ils  répondirent,  ces  envieux,  qui  en  eurent  grand  Uâme, 
qu'ils  n'y  mettraient  pas  les  pieds  et  qu'ils  n'iraient  plus  jamais  dans  l'ost  avec  loi;  M 
en  vérité,  ils  ne  le  firent  plus ,  ni  avec  lui  ni  avec  personne,  mais  ils  moururent  [lâen 
peu  de  temps  après}.  Cependant,  ceux  qui  craignaient  Dieu,  de  quelque  paysqo'ib 
fussent ,  Templiers,  Hospitaliers  et  beaucoup  d'autres  bons  chevaliers,  se  préparèroatt 
montèrent  à  cbeval,  et  allèrent  par  terre  droit  è  Césaire.etle  vaillant  roi  d'Angletom 
alla  par  mer  sur  ses  galères.  Il  s'arma  richement,  ainsi  que  les  siens,  si  bi^i  qa*ilf.B* 
pouvaient  ^trc  mieux.  Là  étaient  le  comte  de  Leicestre  et  André  de  Chav^ni  et  Rofor 
de  Saci;  on  y  vit  aussi  Jourdain  du  Homez,  qui  mourut  cette  année,  et  Raoul  de  Hmt 
léon,  qui  porte  un  lion  dans  sa  bannière,  Auçon  du  Faï,  qui  attaqua  maint  SarmÎBi 
les  seigneurs  de  Préaux,  qui  étaient  des  compagnons  du  roi,  et  beaucoup  d'aatnt 
hommes  renommés  dont  je  n'ai  pas  su  les  noms.  Ils  partirent  pour  le  service  de  Vitm., 
et  avec  eux  ceux  de  Gènes  cl  ceux  de  Pise,  qui  rendirent  de  grands  services  au  besoîik 
Ecoutez  comment  les  choses  se  passèrent  :  ceux  qui  allaient  par  terre  àJaffe,  eiqui 
croyaient  y  arriver  tout  droil,  s'étaient  arrêtés  à  Gésaire  et  n'y  étaient  pas  depuis  toB^ 
temps  quand  on  leur  dit  que  S^lahadin  faisait  garder  les  chemins,  si  bien  qu'Ul.M 
trouvaient  là  enfermés  :  c'était  le  fils  du  Hausasis,  qui  s'était  porté  entre  Gésùn.M  . 
Arsur.  Les  autres  gens,  qni  allaient  par  mer,  furent  entravés  par  un  vent  contnu'e, 
le  roi  et  ceux  des  galères,  si  bien  que  de  trois  jours  ils  ne  purent  bouger  de  Csiphaa 
où  ils  s'étaient  arnîtés.  Le  roi  disait  :  «Dieu,  pitié!  Pourquoi  m'arrêtez-vous  ici!  Cflit 
nen  votre  service  que  je  vais.»  Enfin  Dieu  eutpitJé  d'eux  et  leur  envoya  un  venldanml 
qui  amena  le  roi  avec  sa  flotte  au  port  de  Jaffe  dans  la  nuit  du  vendredi.  Le  samadi^i 
minuit  la  trilve  expirait.  Les  chrétiens  auraient  été  perdus  et  livrés  à  la  morl  si  DÏM 
ne  les  avait  délivrés  par  le  roi',  comme  nous  vous  le  conterons  brièvement.  ;  .. 

Le  preux  roi  et  ses  nobles  tompagnons  avaient  couché  dans  leurs  galères  la  Qott'da 
[vendredi,  et  au  matin  du]  samedi  >"  il  s'arma  cl  ses  gens  aussi.  Ecoulez  ce  qui  enétaitdc 
iaconventionquiavaittïtéfalte.comment  nos  gens  étaient  bien  garantiset  quelle  b 
les  Turcs  avaient  ourdie  contre  ceux  qui  avaient  cru  se  mettre  en  sûreté  avec  les  b 
qu'ils  avaient  promis.  Ils  les  mirent,  ce  malin-là,  en  demeure  de  payer:  iUpaysieat,'flti 
mesure  (ju'ils  paj  aient  les  Sarrasins  leur  tranchaient  la  tête.  Ils  croyaient  ainsi  bien&int  . 
mais  honnie  soit  une  telle  foi  de  chien!  Ils  en  avaient  déjà  tué  sept  et  les  avaient  ioléi 

<'>  Les  vers  1 1037.  1 1  o38  dtaienl  sana  doute  ainsi  rançus  ;   Toute  la  nail  M  venditidi,  E al  matinddm- 
rMilii  le  copiste  a  passé  le  premier  dtl  et  les  mote  compris  entre  les  deut  del.   Le  latin  ne  doiUM  pu  dW 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  A51 

dans  un  fossé,  quand  ceux  du  Toron  s'en  aperçurent.  Ceux  qui  étaient  là  ont  raconté 
qu'on  vit  alors  une  grande  pitié,  en  haut  dans  le  Toron ,  devant  la  tour  :  se  voyant  con- 
damnés à  mort,  ils  avaient  grand'peur;  ils  pleuraient,  se  mettaient  à  genoux,  priaient, 
se  confessaient  et  battaient  leur  coulpe,  et  ceux  qui  étaient  dehors  se  rejetaient  de- 
dans, au  milieu  de  la  grande  presse,  pour  mourir  le  plus  tard  possible;  car  tout  être, 
quand  il  voit  la  mort  qui  le  poursuit,  cherche  à  avoir  un  peu  de  temps  et  d'espace. 
Ils  n'attendaient  que  le  martyre,  et  nous  pouvons  bien  dire  en  vérité  qu'on  pleurait  des 
larmes  qui,  pour  Dieu,  avaient  grande  saveur,  car,  dans  la  détresse  de  la  mort,  elles 
venaient  du  plus  profond  de  leur  cœur,  qu'ils  tendaient  vers  lui  en  attendant  le  mo« 
ment  de  mourir,  et,  dans  leur  cœur,  ils  n'avaient  plus  rien  à  attendre  que  la  mort. 
Cependant  les  Turcs  aperçurent  les  galères  qui  étaient  arrivées  dans  le  port  :  à  pied  ai 
à  cheval,  ils  descendirent  au  rivage,  qui  en  fut  bientôt  si  rempli  qu'ils  y  tenaient  à 
grand'peine.  Ils  portaient  des  boucliers  et  des  targes,  et  tiraient  jusqu'aux  barques  et 
aux  galères  du  roi.  Ceux  qui  étaient  à  cheval  se  lançaient  impétueusement  jusque  dans 
la  mer  et  tiraient  sur  nos  gens  pour  les  empêcher  d'aborder.  Le  preux  Richard  lit 
mettre  tous  ses  vaisseaux  ensemble  pour  parler  aux  siens.  Il  dit  à  ses  hommes  :  rrGen- 
^tlils  chevaliers,  que  ferons-nous?  Faut-il  nous  en  aller  ou  aborder?  Et  comment 
?r pourrons-nous  le  faire?»  Il  y  en  eut  qui  répondirent  qu'à  leur  avis  c'était  chose  vaine 
d'essayer  d'aborder  ni  de  prendre  port,  car  ils  croyaient  sûrement  que  tous  les  gens 
du  château  étaient  tués;  Pendant  qu'ils  se  demandaient  ce  qu'ils  feraient,  voici  que  le 
roi  d'Angleterre  vil  sauter  en  mer,  du  rivage,  un  prêtre  qui  vint  droit  en  nageant  au 
roi  et  fut  recueilli  dans  sa  galère.  Il  lui  dit  :  (^Gentil  roi,  les  gens  qui  vous  attendent 
ï^ici  sont  perdus  si  Dieu  et  vous  n'en  avez  pitié.  —  Comment?  dit  le  roi,  bel  ami,  y 
^en  a-t-il  encore  de  vivants?  Où  sont-ils?  —  Oui,  sire;  et,  rangés  devant  cette  tour,  ils 
rrattendent  leur  mort,  w  Dès  que  le  roi  sut  ce  qui  en  était,  il  n'attendit  plus.  «Dieu, 
«dit-il .  nous  a  fait  venir  ici  pour  endurer  et  souffrir  la  mort,  et  puisqu'il  nous  y  faut 
•^  mourir,  honni  soit  qui  n'y  viendra  !  »  Il  fit  approcher  ses  galères,  et,  les  jambes  toutes 
désarmées,  il  sauta  dans  la  mer,  à  la  grâce  de  Dieu,  jusqu'à  la  ceinture.  Il  arriva  à  la 
terre  sèche  le  second  ou  le  premier  :  c'était  sa  coutume.  Jofroi  du  Bois  et  le  preux 
Pierre  de  Préaux,  compagnon  du  roi,  et  tous  les  autres  ensuite,  firent  de  même:  ils 
vinrent  aux  Turcs  dont  le  rivage  était  rempli  et  les  attaquèrent.  Le  preux  roi  lui-même 
les  tuait  avec  son  arbalète,  et  ses  gens,  hardis  et  dispos,  le  suivaient  par  le  rivage;  les 
Turcs  n'osaient  pas  l'ajïprocher  et  s'enfuyaient  devant  lui.  Il  mit  la  main  à  son  épée 
d'acier,  les  poursuivit  en  courant,  et  les  pressa  tellement  qu'ils  n'eurent  pas  le  loisir  de 
se  défendre.  Us  n'osèrent  pas  l'attendre  davantage,  lui  ni  ses  vaillants  compagnons,  qui  les 
frappaient  comme  des  fous.  Ils  les  frappèrent  et  les  poussèrent  tant  qu'ils  débarrassèrent 
le  rivage  des  Turcs  et  les  mirent  tous  dehors;  après  quoi,  ils  prirent  des  tonneaux ,  des 
pièces  de  bois,  de  grandes  planches,  de  vieilles  galères  et  de  vieilles  barques,  en  firent 


VI  .  xr. 


i&S  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE, 

un  rempart  sur  le  rivage,  «nlrc  «ui  et  lea  Sarrasins.  Le  roi  y  mil  des  chevaliers,  4m 
arbalétriers  ot  des  sergenlâ,  qui  combattaient  les  Sarrasins;  ceux-ci  criaient  «tbuaUnk, 
et  s't^loignaient  bien  malgré  eux.  Le  roi  monta  alors  par  un  escalier  tournant  qui  n  • 
dans  la  maison  des  Templiers;  il  entra  là  le  premier  dans  la  ville,  oi^  il  trouva  plus  di  - 
trois  mille  Sarrasins  occupés  à  piller  à  et  tout  emporter.  Richard ,  le  plus  bardi  roi  in 
monde,  dès  qu'il  fut  on  haut  du  mur,  lit  déployer  ses  bannières  et  les  6t  toarMr  du- 
c6té  des  chrétiens  assiégés,  tant  qu'ils  les  virent.  Aussitôt  qu'ils  les  aperçurent,  toQI 
s'écrièrent  :  «Saint  Sépulcre!»  Ils  prirent  leurs  armes  et  s'armèrent  sans  attendre. 
Quand  l'ost  païenne  vit  nos  gens  descendre  du  mur,  elle  fut  toute  troidilée.  Vtot 
auriez  vu  là  tant  de  Turcs  à  terre,  que  le  roi  y  abattait!  Aucun  n'attendait  son  coup 
qui  n'y  perdit  la  vie.Voilà  nos  gens  descendus  au  milieu  des  rues.  Vous  auri«t  ni  là 
bien  des  gens  mis  à  mal,  tués  et  taillés  en  |>ièces.  Là  furent  veogés  les  malades  qa'ik 
avaient  trouvés  dans  la  ville,  qui  ne  pouvaient  remuer,  et  qu'ils  avaient  tués.  Noa  geni  * 
arrivaient  de  toutes  parts  et  faisaient  aux  Sarrasins  grand'bonte.  Que  vousdiraï-jelToys  * 
ceux  qui  furent  atteints  dans  la  ville,  tous  ceux  qui  ne  purent  en  sortirai  temps,  foreat 
aussitôt  tués.  Voilà  la  ville  délivrée  et  les  Sarrasins  livrés  k  grand'hontc. 

Le  roi  sortit  de  la  ville  à  leur  poursuite,  après  avoir  déjà  fait  tant  d'exploit).  H 
n'avait  alors  que  trois  chevaux;  et  jamais,  même  à  Roncevaux,  aucun  hommfrjeaiM 
»u  vieux,  chrétien  ou  Sarrasin,  ne  se  comporta  comme  lui. Quand  les  Turcs  virent  st 
bannière  flotter,  ils  frémirent  de  tous  cAtés;  aucun  couard  n'aurait  voulu  âtre  Ut,  MV 
Dieu  n'a  fait  neige  ni  pluie,  quand  elles  tombent  jusqu'à  lasser,  que  les  dtrdl  et  lei 
carreaux  ne  plussent  là  plus  dru  entre  les  rangs  des  chrétiens.  La  nouvdle  fut  porlis 
à  Salahadin  que  ses  gens  étaient  ainsi  assaillis ,  et  lui ,  ce  maudit  païen ,  qui  était  (dne 
enragé  qu'un  loup,  en  eut  la  fièvre  de  peur.  Il  n'osa  plus  rester  là,  mais  Bt  détendre 
ses  tentes  et  ses  pavillons  et  les  fit  reporter  dans  les  plaines  en  arrière.  Le  roi,  avec  M» 
braves  compagnons,  les  suivit  et  les  serra  de  si  près,  avec  les  ariialétriers  qui  les  tra^ 
paient  et  leur  tuaient  leurs  chevaux,  qu'ils  reculèrent  de  deux  grandes  lieuee.  L»ni 
lit  dresser  sa  tente  à  l'endroit  même  où  Salahadin  n'avait  pas  osé  Tstleodre.  Là  caiMW 
Richard  le  l^agne. 

Après  cette  journée  et  la  retraite  des  Turcs,  leur  ost  se  sentit  honnie  et  09olbUB 
d'avoir  été  chassée  par  des  gens  de  pied  qui  étaient  en  si  petit  nombre  contre  ttat  .de 
Sarrasins  qui  étaient  là:  mais  Dieu  y  avait  mis  la  main  pour  empêcher  la  d^ùte  4n 
siens.  Salahadin  fit  appeler  ses  Sarrasins  et  ses  Turcs  du  plus  haut  rang  et  leur  dé* 
manda  :  «  Qui  vous  a  mis  en  fuite?  C'est  donc  Cost  d'Acre  qui  est  revenue  et  qoi  a  mai 
K  traité  mes  gensf  Étaient-ils  à  pied  ou  à  cheval ,  ceux  qui  se  sont  lancés  sur  vous! aSi  faiM 
qu'un  traître,  qui  le  savait,  et  qui  avait  vu  le  roi,  lui  dit:  «Sire,  ils  n'ont  pour  monM 
«  ni  cheval  ni  mule,  si  ce  n'est  trois  chevaux  que  le  vaillant  roi  a  trouTés  à  Jaffe.  Tnll. 
B  ce  qu'ils  en  ont  et  peuvent  en  avoir,  et  rien  de  plus.  Et  si  on  vonUit  reotropreube^M  ' 


L'HISTOIRB  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  iSS 

ft  pourrait  le  saisir aa  corps,  et  cela  saoe  trop  de  peine,  car  il  couche  tout  seul  dans  sa 
«  tente. » 

D'après  l'histoire  que  je  vous  récite,  ce  fut  un  samedi  que  la  ville  fut  recouvrée  et  y.  n^C;. 
délivrée  des  Sarrasins.  Ils  y  avaient  fait  des  merveilles  qui  seront  toujours  racontées,  vi,  &ni. 
à  U  reprise  de  JaiFe  :  ils  avaient  tué  les  chrétiens  malades  qu'ils  y  avaient  trouvés,  et  il 
est  certain  qu'ils  tuèrent  dans  la  ville  tous  les  porcs  qu'ils  y  trouvèrent  et  tant  que  ce 
fut  une  infinité,  car  on  sait  certainement  qu'ils  ne  mangent  pas  la  chair  des  porcs,  et 
a  cause  de  cela  ils  les  tuent  volontiers:  il  iiV  a  rien  qu'ils  haïssent  plus,  en  haine  de 
la  foi  chrétienne.  Ils  avaient  mis  côte  à  c6te,  et  mêlés,  les  chrétiens  tués  et  les  porcs; 
mais  «ceux  des  nôtres  qui  en  prirent  la  peine  pour  Diep  enterrèrent  tous  les  chrétiens 
et  jetèrent  dehors  les  Sarrasins  qu'ils  avaient  tués  avec  les  porcs,  qui  puaient  tant 
qu'on  ne  pouvait  l'endurer. 

Le  dimanche,  le  lundi  et  le  mardi,  le  roi  fit  travailler  au  mur  de  Jaife,  là  oii  on    v.  1129/1. 
vit  des  brèches,  si  bien  qu'on  le  redressa  un  peu,  autant  qu'on  le  pouvait  sans  mortier    vi,  xm. 
et  sans  chaux,  pour  se  défendre  s'il  en  était  besoin.  Mais  l'ost  était  dehors,  sous  les 
tentes ,  oii  il  semblait  plus  nécessaire  de  veiller. 

Les  Mamelons  de  Salahadin,  ceux  d'Aiep,  les  Cordins,  les  troupes  légères  des  mau-    v.  ii3u: 
dits  païens  se  réunirent  en  assemblée,  et  dirent  qu'ils  étiiient  déshonorés  d'avoir  aban-    vi,  m. 
donné  Jaffe  devant  des  ennemis  aussi  peu  nombreux  et  qui  n'avaient  pas  de  chevaux. 
Après  avoir  beaucoup  discouru ,  ils  se  lièrent  par  serment  et  se  promirent  dç  prendre 
le  roi  dans  se  lente  et  de  le  mener  i  Salahadin.  Voilà  è  quoi  ils  s'engagèrent. 

Voilà  que  le  comte  Henri  de  Champagne  vint  de  Gésaire  avec  les  siens  dans  une  y.  nSis. 
galère.  L'ost  était  venue  jusqu'à  Césaire  et  y  était  arrêtée  malgré  elle  à  cause  des  vi,». 
Sarrasins  qui  gardaient  les  fleuves  et  guettaient  lea  passages,  si  bien  que  le  roi  n'eut 
aucun  secours  d'eux  tous,  si  ce  n'est  du  comte  son  neveu.  Et  pour  résister  au  grand 
danger  qu'on  lui  préparait,  il  n'avait  en  tout  que  cinquante  chevaliers,  ou  au  plus 
soixante,  et  des  sergents,  des  arbalétriers  preux  et  habiles,  dos  Génois  et  des  Pisans 
qui  se  donnaient  là  au  service  de  Dieu ,  et  (f  autres  gens  jusqu'à  deux  mille.  Et  depuis 
la  reprise  de  la  ville,  il  ne  put  avoir  plus  de  quinze  chevaux  ramassés  [comme  on 
avait  pu] ,  de  bons  et  de  mauvais.  Ce  manque  de  chevaux  aurait  fait  périr  ses  gens  si 
Dieu  ne  les  avait  garantis  des  Turcs  et  de  leur  entreprise. 

Écoutez  un  grand  miracle  qui  mérite  qu'on  s'en  Merveille,  que  nos  gens  n'aient  v.  ii3/i5. 
pas  été  tous  pris  le  mercredi,  lors  de  cette  conjuration  faite  pour  s'emparer  du  roi,  vi,  su. 
si  Dieu  ne  l'avait  protégé.  La  nuit,  à  l'heure  de  matines  «  les  Sarrasins  montèrent  à 
cheval.  Ils  lacèrent  leurs  heaumes,  se  mirent  en  ordre  et  chevauchèrent  à  la  lune. 
Là  Dieu  fit  une  de  ces  bontés  qui  augnsentenl  sa  gloire,  et,  quand  il  fait  une  belle 
œuvre,  il  est  bon  de  la  raconter.  Les  voilà  dans  la  plaine,  chevauchant  serrés;  Dioii  luw 
même  iit  surgir  une  querelle  entre  les  Cordins  ot  les  Mamelons  pour  savoir  lesquels 


liU  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

descendraient  à  pied  et  arrêteraient  nos  gens  pour  les  empêcher  de  rentrer  dans  la  viUe 
of  d*y  trouver  un  abri.  Chacun  disait  :  çç C'est  à  vous  de  descendre.  —  Non,  cert  i 
''VOUS.  —  Non,  c'est  à  vous.  —  Non,  c'est  à  vous  par  justice;  nous  avons  plus  le  droit 
'T (l'être  à  cheval.''  Us  chevauchèrent  ainsi  en  se  querellant,  et  leur  discussion  jura-â 
longtemps  qu'ils  virent  arriver  le  jour  clair,  comme  Dieu  l'avait  arnangé.  Le  roi  donntit 
dans  sa  tente.  Ecoutez  une  belle  aventure  d'un  Génois  qui,  juste  au  point  do  joar^ 
s'était  levé  et  était  allé  dans  la  berruie.  Comme  il  voulait  revenir,  il  entendit  les  Turcà 
qui  arrivaient ,  et ,  baissant  la  tête ,  il  vit  les  heaumes  qui  reluisaient.  Aussitôt  il  cria»  sanft 
s'arrêter  un  instant,  à  nos  gens  d'aller  tous  aux  armes  et  de  s'armer.  Aux  cris,  le  roi 
s'éveilla,  qui  eut  ce  jour  beaucoup  de  fatigue.  Il  sauta  de  son  lit  sur  ses  pieds  et  endossa, 
VI.  xui.  je  le  suppose,  un  haubert  fort  et  brillant.  Il  ordonna  qu'on  éveillât  aussitôt  ses  consh 
pagnons.  Il  ne  faut  pas  s'étonner  si,  dans  une  telle  surprise ,  ils  mirent  quelque  trouble 
à  se  vêtir  et  à  s'armer.  Je  peux  bien  vous  assurer  qu'ils  furent  si  bâtés  >  le  roi  et  beau- 
coup d'autres  avec  lui,  qu'ils  durent  combattre,  ce  jour-là,  les  jambes  désarmées, 
nues  et  couvertes  par  le  ciel  seul.  Il  y  en  eut  même  qui  étaient  tout  nus,  sans  braies» 
et  qui  reçurent  des  plaies  et  des  coups,  et  c'est  ce  qui  leur  nuisit  plus  que  tout.  ; 
V.  1 1/109.  (Jomme  les  nôtres  s'armaient,  les  Sarrasins  approchaient.  Le  roi  monta  à  cheval;  il 
n'avait  pas  avec  lui  plus  de  dix  hommes  à  cheval.  L'histoire  dit  que  le  comte  Henri  de 
Champagne  était  à  cheval  en  sa  compagnie;  le  comte  Robert  de  Leicestre  y  était  aussi, 
et  c'était  justice.  Bartélemi  de  Mortemer  était  à  cheval,  si  je  suis  bien  informé»  et  Raoïd 
de  Mauléon,  qui  n'était  jamais  las  de  combattre,  et  André  de  Chavigni,  qui  était  so^ 
lide  sur  ses  étriers;  et  Girard  de  Fournival,  accompagnant  le  roi  à  cheval;  et  Robert  de 
Saci,  monté  sur  un  pauvre  bidet;  et  Guillaume  de  l'Etang,  qui  avait  un  cheval 
recru:  et  Huon  de  Neuville,  preux  et  hardi  sergent.  Henri  le  Tiois,  au  milieu  d\ 
portait  la  bannière  du  roi.  Voilà  nos  gens  mis  en  ordre  contre  l'ost  de  nos  cmek 
ennemis,  et  divisés  en  corps,  chacun  avec  son  commandement.  Les  chevaliers  étaient 
à  gauche,  vers  Saint-Nicolas,  sur  le  rivage,  pour  arrêter  les  Sarrasins.  C'est  lii  q^'â 
leur  fallait  être,  car  c'est  là  que  la  plupart  dos  Turcs  se  portaient  avec  grands  eris  et 
grand  tapage.  Par  devant  les  jardins,  on  avait  mis  des  gens  de  plusieurs  nations;  il  y 
avait  là  des  Pisans  et  des  Génois,  et  il  serait  difficile  de  vous  raconter  tous  les  assaoto 
qu'ils  eurent  à  subir.  Les  Turcs  commencèrent  à  tirer  avec  grands  cris  et  grandes  buées; 
vous  auriez  vu  là  une  chaude  affaire,  et  nos  bonnes  gens  serrés  de  près.  Ils  se  mirent 
à  genoux,  dressant  devant  eux  leurs  écus  et  leurs  targes,  tenant  leurs  lances  dans  leaif 
mains.  Le  roi ,  qui  s'entendait  à  la  guerre,  fit  cacher  sous  les  targes,  entre  deux  bommeèv 
un  arbalétrier  et  un  homme  qui  lui  bandait  son  arbalète,  et  qui  la  lui  passait  qosttd 
il  l'avait  bandée.  Par  ce  moyen ,  l'ost  put  se  défendre.  Il  ne  faut  pas  douter  que  ceiù 
qui  étaient  dans  un  tel  danger,  et  qui  voyaient  devant  eux  tant  de  Turcs,  n'eussentpewr 
pour  leur  tête;  mais,  aussi  vrai  que  vous  êtes  ici ,  le  roi  allait  au  milieu  d'eux  »  les  passAnt 


^î< 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  W5 

en  revue,  les  exhortant,  avec  lui  Jean  de  Préaux  qui  les  prêchait  aussi.  Ils  disaient  : 
«C'est  aujourd'hui  qu'on  verra  ceux  qui  s'efforceront  de  bien  faire  tant  que  Dieu  leur 
«préservera  leur  corps.  Il  n'y  a  plus  à  pensera  autre  chose  qu'à  vendre  chèrement  notre 
«vie,  et  à  attendre  le  martyre,  puisque  Dieu  nous  Ta  envoyé.  Nous  sommes  bien  dans 
(tle  bon  chemin,  puisque,  par  sa  bonté,  il  nous  envoie  ce  que  nous  sommes  venus 
«chercher.  C'est  ici  que  nous  attend  notre  vrai  salaire. 99  Une  fois  l'ordre  bien  établi 
voici  venir  la  masse  des  Turcs,  nos  gens  tenant  toujours  leurs  jambes  fichées  dans  le 
sable,  toutes  les  lances  en  arrôt,  et  prêts  à  les  recevoir.  Les  escadrons  des  Sarrasins  se 
lancèrent  avec  un  tel  élan  et  un  tel  fracas,  que,  si  nos  gens  avaient  bougé,  ils  eussent 
été  rompus.  Il  y  avait  bien,  si  je  ne  me  trompe,  mille  Turcs  dans  chaque  escadron,  et 
quand  ils  furent  près  des  nôtres  et  qu'ils  virent  qu'ils  ne  bougeaient  pas,  ils  tournè- 
rent bride  en  longeant  les  nôtres.  Alors  les  arbalétriers  tirèrent,  et  les  Turcs  n'osèrent 
pas  les  attendre,  car  ils  frappaient  leurs  corps  et  leurs  chevaux  et  les  renversaient. 
Puis  les  escadrons  revenaient,  se  rapprochaient  d'eux,  s'arrêtaient  court  et  tournaient. 
ils  le  firent  ainsi  |)lusieurs  fois.  Et  quand  le  roi  et  ses  gens  virent  que  ces  Turcs,  qui 
étaient  si  nombreux  a  cheval,  ne  feraient  pas  autrement,  chacun  s'élança,  et,  le  fer  des 
lances  abaissé,  se  précipita  au  milieu  de  la  grande  presse  des  mécréants,  et  ils  les 
attaquèrent  si  rudement  que  tous  les  bataillons  en  tremblèrent  jusqu'au  troisième 
rang.  Le  roi  regarde  à  droite  et  voit  tomber  là  le  preux  comte  de  Leicestre,  qui,  après 
s'être  très  bien  battu ,  venait  d'être  renversé  de  son  cheval  quand  le  roi  vint  à  sa  rescousse. 
Vous  auriez  vu  lu  tant  de  Turcs  se  lancer  sur  la  bannière  royale,  qui  portait  un  lion! 
Us  emmenaient  prisonnier  Raoul  de  Mauléon;  mais  le  roi  donna  des  éperons  à  son 
cheval ,  tant  qu'il  Tôta  de  leurs  mains.  Le  vaillant  roi  était  au  milieu  de  la  presse  des 
Turcs  et  des  Persans;  jamais  aucun  homme,  fort  ou  faible,  ne  fil  tant  de  prouesses  en 
un  jour.  Il  se  lançait  au  milieu  des  Turcs  et  les  fendait  jusqu'aux  dents.  Il  s'y  lança  tant 
de  fois,  leur  porta  tant  de  coups  et  se  donna  tant  de  mal,  que  la  peau  de  ses  mains  eu 
creva.  Voici  venir  un  Sarrasin  qui,  sur  un  destrier  rapide,  s'écartait  des  autres  Turcs: 
c'était  le  preux  Safadin  d'Arcade,  celui  qui  faisait  les  grandes  prouesses  et  les  grandes 
libéralités.  11  arriva  grand  train,  comme  je  vous  l'ai  dit,  avec  deux  chevaux  arabes 
qu'il  envoya  au  roi  d'Angleterre,  et  il  lui  fit  demander,  pour  ses  prouesses  qu'il 
voyait,  et  pour  son  grand  courage,  d'y  monter  à  telles  conditions  que,  si  Dieu  le 
tirait  de  là  sain  et  sauf,  il  lui  en  rendrait  quelque  récompense.  Il  en  eut  plus  tard  un 
riche  salaire.  Le  roi  les  prit  volontiers,  et  dit  que,  dans  le  grand  besoin  où  il  était,  il  en 
prendrait  encore  bien  d'autres  de  son  plus  mortel  ennemi,  s'il  lui  en  venait.  La  bataille 
grandissait  toujours;  on  n'en  a  jamais  vu  de  telle.  Toute  la  terre  était  couverte  des 
dards  des  Sarrasins;  on  les  ramassait  à  brassées.  Il  y  eut  là  tant  de  gens  blessés  que 
les  rameurs  des  galères  s'enfuirent  dans  les  galères  où  ils  étaient  venus.  Fuir  dans  un 
tel  moment,  c'est  grandement  se  déshonorer!  Voici  le  cri  du  côté  de  la  ville,  que  les 

37 


t«r«iatiui  vtziovALS. 


A56  L'HlSTOtRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

Turcs  y  arrivaient  en  masse,  voulant  surprendre  nos  gens  par  devant  et  par  derrièn. 

Le  preux  roi,  lui  troisième  de  chevaliers,  y  vint  avec  sa  bannière .."), 

et,  d^s  qu'ii  y  entra,  il  rencontra  dans  un  chemin  trois  Turcs  richement  montés.  111m 
frappa  royalement,  et  leur  donna  une  si  rudeatteinte  qu'il  le»  tua,  et  il  gagna  1&  d«ax 
chevaux.  Il  chassa  hors  de  la  ville  les  autres  Turcs,  fît  boucher,  de  haut  en  baat^ 
•  porte  par  où  ils  étaient  entrés,  et  mit  des  gardes  pour  la  garder.  Ensuite,  il  alla  dieit 
aux  galères  où  ses  geus  s'étaient  sauvés  dans  leur  angoisse  et  grande  peur;  et  lUçImd* 
le  fils  de  prouesse,  leur  rendit  à  tous  le  courage.  11  les  décida  à  revenir  à  terre  et  iw 
remit  avec  les  autres,  si  bien  qu'il  ne  resta  dans  chacune  des  galères  qae  qn^ 
hommes.  Avec  le  surplus,  il  s'en  revint  à  l'ost,  qui  n'avait  toujours  pas  de  repos.  Gftt 
alors  qu'il  fit  cette  charge  audacieuse  dont  on  n'a  jamais  vu  la  pareille.  II  se  laaga.oa 
milieu  des  mécréants  si  profondément  qu'ils  le  recouvnrent  et  que  ses  gens  ne  le  TÎnot 
plus.  Il  s'en  fallut  de  peu  qu'ils  ne  se  jetassent  après  lui  et  qu'ils  ne  rompissent  lepc* 
rangs;  ils  auraient  tous  été  perdus.  Mais  le  roi  ne  se  troublait  pas.  Il  frappait  annt.tf 
arrière ,  et  avec  l'épée  qu'il  tenait  il  se  frayait  passage  partout  où  il  la  menaÏL  QuH 
frappât  un  homme  ou  un  cheval ,  il  abattait  tout.  C'est  là  qu'il  fit,  si  je  ne  me  troai|>9> 
le  coup  du  bras  et  de  la  tSle  ensemble  d'un  émir  armé  de  fer,  qu'il  envoya  irtnt  an 
enfer.  Et,  quand  les'Turcs  virent  ce  coup,  ils  lui  firent  une  si  large  place  qu'il  rwnjit, 
Dien  merci,  sans  dommage.  Mais  sa  personne,  son  cheval  et  son  caparaçon  éltûentq 
couverts  des  flèches  que  les  ennemis  lui  avaient  lancées  à  l'cnvi,  qu'il  ressemblait  i  8ft 
hérisson.  C'est  ainsi  qu'il  revint  de  la  bataille,  qui  dura  toute  la  journée,  d^uule 
matin  jusqu'au  soir,  si  cruelle  et  si  furieuse  que,  si  Dieu  n'avait  pas  soutenu  les  nAlnii 
ils  auraient  été  perdus;  mais  il  était  avec  nous,  nous  le  vîmes  bien,  puisque  ce  joiia^ 
nous  neperdtniesqu'unou  deux  hommes,  et  ils  perdirent  plus  de  quinze  cents  chennHKi 
qu'on  Voyait  étendus  de  tous  cAtés,  et,  avec  eux,  plus  de  sept  cents  Turcs  qui  gtaaMDl 
là,  morts.  Et,  malgré  tous  leurs  efforts,  ils  n'emmenèrent  pas  le  roi,  qui  avait  fattlk« 
devant  leurs  yeux ,  ses  grandes  prouesses.  Ils  s'ébahissaient  tous  des  faits  d'armes  i{K% 
lui  voyaient  accomplir,  à  lut  et  à  d'autres  qui,  avec  lui,  s'exposaient  k  la  mort. 

Quand  Dieu ,  dans  sa  bonté ,  eut  ainsi  délivré  le  roi  et  les  chrétiens  du  peuple  pallU. 
et  que  l'ost  se  fut  retirée,  on  raconta  une  parole  du  Soudan  Salahadio.  Il  demantUi 
ses  Sarrasins,  pour  les  railler  de  leur  déconfiture  :  kOÙ  sont  ceux  qui  ont  pris  la'njir 
nOù  est  celui  qui  me  l'amène  ?n  Un  Turc  d'un  pays  lointain  lui  répondit:  «SiretjafDlli 
nie  dirai  sans  mentir  de  rien.  On  n'a  jamais  vu  un  tel  homme,  si  preux,  si  avisé  el,M 
R  éprouvé  aux  armes.  Les  siens  le  trouvaient  prêt  h  tous  leurs  besoins.  Nous  nous  MBHMi 
«donné  beaucoup  de  peine  et  nous  avons  frappé  de  grands  coups;  mais  nous  n'iiMI' 
t  jamais  pu  le  prendre,  car  personne  n'ose  attendre  son  coup,  tant  il  est  adroit  et  hardL» 

'''  Lacune  d'un  vers  hdb  imporlancc.  ,        ; 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  iil 

Seigneurs,  ne  doutez  pas  que  les  Turcs  ne  le  connussent  fort  bien  et  quiis  ne  Tcussent 
pris  là  sans  Dieu  et  sans  sa  grande  maitrise  d*arnies;  car  il  fit  tant  de  prouesses,  et  il 
y  peina  tant,  lui  et  les  autres  prudhommes,  quiU  en  tombèrent  malades,  tout  près  vi.  xxt. 
de  nos  ennemis  maudits,  tant  de  la  fatigue  de  cette  journée  que  de  la  charogne  dont  la 
viiie  était  si  infectée  et  leur  santé  si  atteinte  qu'il  s'en  fallut  peu  qu'ils  n'y  mourussent 
tous,  le  roi  et  les  autres. 

Pendant  que  le  roi  était  à  Jaffe»  malade  et  en  fâcheux  état,  Salahadin  lui  fit  dire  V.  11691. 
qu'avec  ses  Sarrasins  il  viendrait  l'y  prendre  s'il  osait  l'y  attendre.  Le  roi  lui  fit  répondre  vi ,  wn 
aussitôt  que ,  s'il  pouvait  croire  cela ,  il  l'y  attendrait,  et  que  nulle  part,  tant  qu'il  pourrait 
se  tenir  sur  ses  pieds  ou  s'arrêter  sur  ses  genoux,  il  ne  fuirait  devant  lui  un  pied  de 
terre.  Il  acceptait  ainsi  la  guerre,  et  Dieu  savait  bien  pourtant  dans  quel  état  il  était 
quand  il  parlait  si  noblement!  Alors  it  envoya,  dit  l'histoire,  le  comte  Henri  è  Césaire 
chercher  les  Français,  ceux  qui  étaient  arrivés  auparavant,  et  les  autres  gens  qui  y 
étaient,  leur  faisant  dire  de  venir  et  de  défendre  le  pays.  Il  leur  rappela  leurs  enga- 
gements et  leur  fit  savoir  le  triste  état  où  il  était.  Mais  ils  ne  voulurent  pas  le  secourir, 
et  ils  l'abandonnèrent  à  un  danger  dont  il  ne  serait  pas  sorti  s'il  n'avait  accepté  la 
trêve  :  [cette  trêve  fut  blâmée  de  plusieurs  ^^\]  mais  personne  n'aurait  dû  l'en  blâmer, 
car  les  Turcs  seraient  venus  le  prendre,  il  y  aurait  souffert  dommage  de  son  corps,  et 
Escalone  aurait  été  perdue.  Ëscalone  aurait  certainement  été  prise.  Sur  et  Acre  auraient 
été  en  grand  danger. 

Le  roi  était  à  Jaffe,  inquiet  et  malade;  il  jxensa  qu'il  s'en  irait  de  là,  à  cause  de  la  V.  11735. 
faiblesse  de  la  ville,  qui  n'offrait  pas  de  résistance.  Il  fit  venir  alors  le  comte  Henri,  le  vi,  hth. 
fils  de  sa  sœur,  les  Templiers  et  les  Hospitaliers.  Il  leur  exposa  le  mal  qu'il  avait  au 
cœur  et  à  la  tête,  et  leur  dit  qu'il  fallait  que  les  uns  allassent  à  Ëscalone  pour  la  garder, 
et  que  les  autres  restassent  là  et  gardassent  Jaffe,  et  que  lui  s'en  irait  à  Acre  pour  se 
faire  soigner.  Il  déclara  qu'il  ne  pouvait  agir  autrement.  Que  vous  dirai-je  ?  Tous  s'y 
refusèrent,  et  répondirent  tout  net  que  jamais  ils  ne  garderaient  de  places  fortes  sans 
lui  et  n'y  tiendraient  garnison,  et  ils  s'en  allèrent  sans  en  dire  plus.  Voilà  le  roi  bien 
courroucé.  Quand  il  vit  que  le  monde  entier,  qui  n'est  guère  loyal  ni  pur,  lui  faisait 
complètement  défaut,  il  fut  troublé,  déconcerté  et  dans  un  grand  embarras.  Sei- 
gneurs, ne  vous  émerveillez  pas  s'il  fit  du  mieux  qu'il  put  selon  le  temps  où  il  était; 
car  celui  qui  craint  la  honte  et  cherche  l'honneur  de  deux  maux  choisit  le  moindre.  Il 
aima  mieux  demander  une  trêve  que  laisser  la  terre  en  grand  péril,  car  les  autres 
l'abandonnaient  tous,  et  gagnaient  ouvertement  leurs  vaisseaux.  Alors  il  manda  au 
frère  de  Salahadin,  Safadin,  qui  l'aimait  beaucoup  à  cause  de  sa  prouesse,  qu'il  s'oc- 
cupât sans  retard  de  lui  obtenir  la  meilleure  trêve  qu'il  pourrait,  et  que  de  son 

''^  Vers  suppléé  d'après  le  la  lin. 

37. 


â58  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE, 

càté  il  racce|iteroit.  Safadio  s'eD  occupa  beaucoup,  et  il  conduisît  si  bien  les  choiM 
que  la  trêve  fui  déterminée  par  Salahadin  aux  conditions  suivantes  :  EscaioDe,  q«i 
lui  était  trùs  importune,  serait  rasûe,  cl  personne  no  pourrait  la  fortifier  jusqu'à  trai 
ans;  mais  alors  celui  qui  serait  le  plus  fort  l'aurait  el  la  relèverait;  Jaffe  serait  fortifia 
de  nouveau  et  repeuplée  par  lescbréliens;  toutleresle  de  la  plaine,  le  long  delà  dm^ 
tagnc  et  de  la  mer,  où  personne  n'habitait  alors,  serait  en  trêve  loyale  etsAre,  et  eau 
qui  voudraient  observer  ta  trêve  pourraient,  en  toute  sûreté,  aller  visiter  ie  Sépakre 
et  revenir;  les  marcbandiscs  parcourraient  le  pays  sans  payer  de  Iribut.  T^es  fortiBt 
les  conditions.  Ainsi  fut  écrite  la  trêve  et  reportée  au  roi,  et  lui,  qui  était  suu  i^  ' 
cours,  et  si  près  des  ennemis  que  leur  osl  n'était  pas  à  plus  de  deux  lieues,  occâp^  )■ 
trêve  dans  ces  conditions,  et  celui  qui  raconterait  l'bistoire  autrement  en  mwtùVÎL 

Quand  la  trêve  eut  élé  apportée  au  roi,  et  qu'il  l'eut  ratifiée,  voyant  qu'il  nepoor^it 
faire  autrement,  il  ne  put  taire  ce  qu'il  avait  surlecœur.  IlmandaàSBlahadiD(etiiwiiito 
Sarrasins  l'entendirent]  et  lui  fit  dire  expressément  qu'il  n'avait  pris  celle  trêve,  ea 
toute  vérité,  que  pour  trois  ans,  l'un  pour  s'en  aller  dans  son  pays,  l'autre  pour  IM- 
semblerdes  hommes,  le  troisième  pour  revenir  et  conquérir  le  pays,  s'il  osait  t'lilteii|ir«. 
Le  Soudan  lui  fit  répondre  par  ceux  qu'il  envoya  pour  cela  que,  par  sa  loi  etle  Dien 
qu'il  croyait,  il  prisait  tant  sa  prouesse,  son  grand  cœur  et  sa  vaillance,  que  n  1k 
terre  devait  être  conquise  de  son  vivant,  Ricbard  était  de  tous  les  princes  qu'il  co»t 
naissait  celui  qu'il  aimerait  le  mieux  qui  la  conquit  et  qui  la  lui  enlevât  de  force.  Le  toi 
|)6nsait  bien  faire  ce  qu'il  disait ,  et  recouvrer  le  Saint  Sépulcre  ;  mais  il  ne  voyait  tk  IW 
savait  ce  qui  lui  pendait  h  l'œil.  ■         ' 

Quand  celte  trêve  fut  jurée  et  ratifiée  des  deux  parts,  que  les  conditions  furent  1mm| 
établies  et  que  les  chartes  en  furent  faites,  le  bon  roi  se  fil  porter  à  Csïphas,  sm,  la 
bord  de  la  mer,  pour  se  guérir  et  seremellrc,  el  il  y  prit  des  remèdes.  Les  Françaû.qyî 
séjournaient  à  Acre  désiraient  retourner  en  France  ;  [toutefois  ils  déclaraient  d'abord'^ 
qu'ils  iraient  faire  leur  [lèlerinage  ;  et  cependant  il  avaient  blâmé  et  raillé  la  trAn,.il| 
avaient  refusé  de  défendre  Jaiïe  el  de  seconrir  le  roi.  Quand  le  roi  sut  qu'ils  voakà^l  ' 
avoir  un  sauf-conduit  pour  faire  leur  pèlerinage.  Il  envoya  aussilât  ses  mesugen  4 
Salahadin  el  à  Safadin,  leur  demandant  de  ne  laisser  aller  aucun  chrétien,  jeane  floi 
vieux,  à  Jérusalem,  li'il  voulait  qu'il  tînt  les  conditions  de  la  trêve,  sans  ses  lettres  {Ml 
celles  du  comte  Henri.  Quand  les  Français  connurent  ce  message,  ils  en  furent  à  flh 
chés  que  la  plupart,  dès  qu'ils  le  purenl,  préparèrent  leur  bagage  et  s'en  retournerait 
en  France.  ,  -  : 

Quand  la  plupart  des  Français  furent  partis,  ceux  qui  avaient  dit  le  plus  de  nial.4!l 
roi  cl  qui  l'avaient  le  plus  empêché,  auxquels  il  ne  pouvait  avoir  aucune  conl 

'''  Sup|ilév  il'apK'S  le  lalinj  il  niiini|iie  peiiL-étrc  trois  vers. 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  A59 

il  fit  faire  une  proclamalion  portant  que  ses  gens  pouvaient  aller  au  Sépulcre,  et  qu'ils 
devaient  porter  leurs  offrandes  à  Jaffe  pour  aidera  refaire  les  murs.  Que  vous  dirai-je? 
Ils  allèrent  au  Sépulcre  ensemble  en  trois  corps,  sous  le  commandement  de  trois  conné-  vi.  xtu. 
tables.  Le  premier  fut  André  de  Ghavigni  :  il  y  a  à  Cluni  des  moines  qui  ne  le  valent 
pas;  le  second  fui  Raoul  Tesson,  grand  ami  des  chansons  et  de  la  musique;  Tévéque 
de  Salisbury,  qui  depuis  fut  fait  archevêque,  conduisit  la  dernière  troupe.  Je  sais  tout 
cela  pertinemment.  Quand  les  chefs  furent  en  possession  des  chartes,  les  pèlerins  se 
mirent  en  marche  et  partirent  en  rangs  serrés.  Ecoutez  les  malheurs  qui  arrivent  souvent, 
et  de  bien  des  manières»  aux  gens  qui  ont  les  meilleures  intendons.  Comme,  dans  leur 
voyage,  ils  passaient  par  les  plaines  de  Rames,  les  barons  parlèrent  ensemble  et  déci- 
dèrent qu'ils  enverraient  dire  à  Salahadin  qu'ils  venaient  à  Jérusalem,  avec  les  lettres  du 
roi  d'Angleterre ,  pour  visiter  le  Sépulcre. 

Ceux  qui  portaient  ce  message  étaient  sages  et  prudhommes;  mais  toute  leur  ¥.11899. 
prouesse  faillit  mal  tourner  par  leur  négligence  ou  leur  péché.  L'un  était  Guillaume 
de  Roches,  sur  la  tâte  duquel  le  heaume  seyait  bien;  les  autres,  Girard  de  Fournival 
et  Pierre  de  Préaux.  Ils  descendirent  à  cheval  par  les  plaines  de  Rames,  et  s'avancèrent 
jusqu'au  Toron  des  Chevaliers.  Ils  s'arrêtèrent  là,  cherchant  Safadin,  dont  ils  voulaient 
avoir  le  sauf-conduit.  La  vérité  est  qu'ils  s'y  endormirent,  et  ils  y  restèrent  si  long- 
temps que,  beaucoup  après  relevée,  les  pèlerins  marchaient  en  bon  ordre,  ils  avaient 
passé  la  plaine  et  étaient  près  de  la  montagne  quand  ils  se  retournèrent,  et  virent 
venir,  seulement  alors,  monseigneur  André  et  ceux  qui  étaient  avec  lui,  ceux  qui 
devaient  faire  le  message.  Quand  ils  les  virent  el  reconnurent,  ils  s'arrêtèrent  tout 
ébahis  :  ce  Ah!  seigneur  Dieu!  dirent  les  hauts  hommes,  nous  sommes  perdus  si  les 
«ç Sarrasins  nous  aperçoivent!  Voici  venir  ceux  qui  devaient  porter  noire  message.  Nous 
trne  nous  conduisons  pas  sagement,  car  voilà  le  soir  qui  approche,  el  l'ost  des  Sar- 
(trasins  n'est  pas  licenciée.  Si  nous  allons  de  leur  côté  sans  les  avoir  fait  prévenir,  ils 
ce  nous  attaqueront,  el  nous  y  perdrons  la  vie;  car,  nous  et  nos  gens,  nous  sommes 
(t partis  tout  désarmés.»  Ils  blâmèrent  les  messagers,  et  cependant  les  prièrent  et  les 
pressèrent  fort  de  reprendre  leur  voyage.  Ceux-ci  allèrent  vers  Jérusalem;  ils  trou- 
vèrent plus  de  deux  mille  Turcs  campés  hors  de  la  ville.  Ils  cherchèrent  tant  l'émir 
Safadin  qu'ils  le  trouvèrent,  el  lui  dirent  que  nos  gens  venaient,  portant  des  chartes  du 
roi,  et  qu'ils  lui  demandaient  sauf-conduit  et  protection.  Safadin  leur  fit  de  grands  re- 
proches, et  dit  que  c'était  une  folle  entreprise,  et  que  celui-là  avait  donné  un  conseil 
insensé  qui  avait  amené  là  ces  gens,  et  qu'ils  tenaient  peu  à  la  vie,  pour  marcher 
ainsi  sans  sauf^conduit.  Ils  parlèrent  tant  ensemble  que  la  nuit  commençait  déjà.  La 
troupe  des  chrétiens  arrivait,  sans  armes  et  sans  direction.  Quand  les  Sarrasins  les 
virent,  ils  leur  firent  une  telle  mine  que  je  vous  dis  en  vérité  qu'il  n'y  avait  pas  dans 
la  troupe  un  seul  homme  si  hardi  qui  n'eût  été  heureux  de  se  retrouver  à  Acre  ou  h 


m  L'HISTOIBE  DE  LA  GUERRE  SAINTE 

Sur.  11$  passèrent  cette  nuil-Ià  près  d'un  mur,  et  sachez  qu'ils  étaient  eo  grande  crainte. 
Le  lendemain,  les  Sarrasins  vinrent  devant  Salahadin,  et  s'agenouiilant  à  ses  pieds,  ill 
lui  firent  leur  requête  et  prière,  lui  disant  :  «Ah!  sondan,  il  serait  bien  juste  «t^ 
«opportun  de  nous  venger  maintenant  du  massacre  qu'ils  ont  fait  des  nôtres  i 
«Acre.  Sire,  laisse-nous  venger  nos  pères,  nos  fib,  nos  frères  et  nos  parents  i 
ftceux-tà  ont  tués.  Chacun  de  nous  peut  maintenant  se  venger,  n  II  répondît,  c 
de  raison ,  qu'il  en  parlerait  à  ses  conseillers.  Ceui-ci  s'assemblèrent  devant  le  soqiImi 
et  examinèrent  de  près  la  chose.  Là  étaient  les  plus  hauts  des  Sarrasins,  le  MeelM 
avec'"  Safadin  et  Bédreddin  Dorderon.IIs  dirent:  s  Sire,  nous  vous  dirons  ce  quicôiH 
«vient  à  votre  grandeur.  Ce  serait  une  trop  grande  vilenie  et  an  grand  blâme  pour 
«la  loi  païenne  si  ces  chrétiens,  qui  sont  ici  en  notre  pouvoir,  et  qui  ont  plrim 
a  confiance,  étaient  tués  de  cette  manière,  pendant  qu'il  y  a  trêve  entre  nous  et  le  ni 
ffd'Angleterre;  si  vous  faisiez  une  telle  infraction,  pour  quelque  raison  que  ce  soit, 
«comment  pourriez-vous  jamais  tenir  terre,  et  qui  pourrait  jamais  se  fier  à  noBB?« 
AuBsitAt  Salahadin  prit  ses  sergents,  et  fit  dire,  par  Safadin,  qu'il  ordonnait  qne  le* 
chrétiens  fussent  protégés  et  qu'ils  eussent  un  sauf-conduit  pour  aller  et  venir  M 
Sépulcre  et  faire  leur  pèlerinage.  Et  on  les  traita  encore  plus  honorablement  jisq^i 
ce  qu'ils  reprissent  le  chemin  d'Acre. 

Comme  ceux-lè  s'en  revenaient,  ceux  de  notre  bande  arrivèrent.  C'était  juste  au  peint 
du  jour.  Le  soudan  avait  fait  placer  des  gens  qui  gardaient  les  chemins  quand  les  ptte 
rins  passaient,  si  bien  que  nous  passâmes  sûrement.  Nous  franchîmes  les  montagM^ 
et  vînmes  à  la  nion/'oïc  l^'.  Nouseâmcs  alors  grande  joie  au  cœur,  de  Jérusalem  queoMM 
voyions  :  nous  nous  agenouillâmes  h  terre,  comme  le  font  et  doivent  le  faire  tooseeui 
qui  viennent  là.  Nous  vîmes  le  mont  des  Olives,  d'o^  partit  le  cortège  qui  menait  Dien  fcn 
sa  passion;  puis  nous  allâmes  vers  la  cité  oil  Dieu  conquit  son  héritage.  Les  chevalîcn 
qui  étaient  dans  la  première  troupe  avaient  pu  baiser  le  Saint  sépulcre,  et,  quaod  Mt 
furent  avec  nous,  ils  nous  racontèrent  que  Salahadin  leur  avait  montré  et  fait  baiMT-tt 
adorer  la  sainte  croix  qui  avait  été  perdue  dans  la  bataille;  mais  nous  autres  qni  élÏMl 
à  pied  nous  vîmes  ce  que  nous  pûmes.  Nous  vîmes  surtout  le  monument  oà  fut  ani 
le  corps  de  Dieu  après  sa  mort  :  on  y  lit  quelques  oiïrandes;  mais  ce  que  nos  geOBf 
mettaient,  les  Sarrasins  le  prenaient;  aussi  nous  y  oiïrimes  peu,  et  nous  distribtilflHi 
l'argent  aux  captifs  francs  et  syriens  qui  étaient  là  attachés  et  en  servage.  Noua  leor 
portâmes  notre  offrande,  et  ils  disaient:  «Dieu  le  leur  rende!»  Noua  fîmes  entoito 
une  autre  visite  :  nous  allâmes  à  droite  sur  le  mont  du  Calvaire,  là  où  mourot  ciUI 
qui  daigna  naître  pour  nous,  lâ  oti  la  croix  fut  plantée  et  la  chair  divine  percé*  '■4» 


'>  Il  Taot  lire  o  dans  le  lotie  au  lieu  de  a. 

I  Vo*eiai]  GlosNura  l'eifdicatioa  de  ce  raa<  (cf.,  n-demu,  p.  ùSS). 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  -  461 

clous,  là  où  la  roche  se  brisa  et  se  fendit  jusqu'au  Golgotha;  nous  vîmes  ce  lieu  et 
nous  le  baisâmes.  De  là,  nous  allâmes  à  l'ëg^ise  du  mont  de  Sion,  qui  était  restée 
toute  ruinée.  Nous  vîmes,  à  gauche,  le  lieu  où  la  mère  do  roi  des  cieux  fut  portée  dans 
le  ciel  à  Dieu  son  père,  qui  avait  fait  d'elle  sa  mère  :  nous  le  baisâmes  en  pleurant.  Puis 
nous  courûmes  voir  la  sainte  table  où  Dieu  s'assit  et  mangea  :  nous  la  baisâmes  aussi; 
mais  nous  n'y  restâmes  guère,  car  les  Sarrasins  nous  volaient  nos  pèlerins,  et  les  ca- 
chaient dans  les  cavernes  par  trois  ou  par  quatre;  c'était  là  notre  grande  peur.  Nous 
descendîmes  ensuite,  les  gens  à  pied  et  ceux  à  cheval,  suivant  le  conseil  qu'on  nous 
avait  donné,  dans  la  vallée  de  Josaphat  jusqu'à  Siloé.  Là  nous  vîmes  la  sépulture  du 
corps  où  Dieu  prit  naissance  :  nous  la  baisâmes  volontiers,  le  cœur  plein  de  tendresse 
et  de  dévotion.  Puis  nous  allâmes,  toujours  très  inquiets,  dans  la  grotte  même  où  était 
Dieu  quand  il  fut  pris  pat  ceux  qui  mirent  à  mort  son  saint  corps.  Pleins  de  pitié  et  de 
désir,  nous  baisâmes  ce  lieu  et  nous  pleurâmes  à  chaudes  larmes,  et  il  y  avait  bien 
de  quoi,  car  lu  étaient  les  écuries  des  chevaux  des  serviteurs  du  diable,  qui  souillaient 
les  lieux  sanctifiés  et  menaçaient  nos  pèlerins.  Nous  partîmes  enfin  de  Jérusalem  et 
nous  revînmes  à  Acre. 

La  troisième  troupe  fut  amenée  par  l'évéque,  celui  qui  plus  tard  fut  archevêque  de  v.  laioi 
Cantorbéry,  et  il  est  vrai  qu'à  cause  de  sa  renommée,  de  son  mérite  et  de  sa  dignité,  vi,  «ht. 
Salahadin  lui  fit  faire  tout  Fhonneur  que  je  vais  vous  dire.  Il  envoya  des  gens  à  sa  ren- 
contre pour  le  prier  de  vivre  avec  lui  à  ses  frais;  mais  l'évêque  s'en  excusa  et  répondit 
aux  Sarrasins  que,  comme  il  était  pèlerin ,  il  ne  pouvait  pas  accepter  d'être  défrayé. 
Alors  Salahadin  ordonna  à  ses  gens  de  prendre  le  plus  grand  soin  de  l'honorer  lui  et  les 
siens;  il  lui  fit  maint  beau  présent  et  le  fit  conduire  par  tous  les  lieux  où  notre  seigneur 
Dieu  a  passé.  Ensuite  il  l'invita  à  une  entrevue  pour  le  connaître.  11  lui  montra  la 
sainte  croix,  puis  il  le  fit  asseoir  devant  lui.  Ils  restèrent  longtemps  ensemble  et  par- 
lèrent. Salahadin  se  mit  à  lui  faire  des  questions  sur  les  qualités  du  roi  d'Angleterre,  et 
il  lui  demanda  ce  que  les  chrétiens  disaient  de  celles  qu'il  avait  lui-même.  L'évêque 
répondit  :  rSirc,  quant  à  mon  maître,  je  peux  bien  dire  que  c'est  le  meilleur  chevalier 
t^etle  meilleur  guerrier  du  monde.  Il  est  libéral  et  rempli  de  bonnes  qualités.  Je  ne 
^  tiens  pas  compte  de  nos  péchés ,  mais  si  on  pouvait  réunir  ses  qualités  avec  les  vôtres, 
«nous  disons  bien  que  dans  le  monde  entier  on  ne  trouverait  pas  deux  princes  pareils, 
t( aussi  vaillants  et  aussi  éprouvés.  »  Le  Soudan  écouta  l'évêque  et  lui  dit  :  ^^  Je  le  sais,  le 
«roi  a  beaucoup  de  vaillance  et  de  hardiesse;  mais  il  se  lance  si  follement!  Quelque 
«haut  prince  que  je  fusse,  j'aimerais  mieux  avoir  de  la  libéralité  et  du  jugement  avec 
te  de  la  mesure,  que  de  la  hardiesse  avec  de  la  démesure.  y>  Quand  Salahadin  eut  ainsi 
parlé  longtemps  à  l'évêque  par  interprètes,  et  l'eut  écouté  avec  plaisir,  il  lui  dit  de  lui 
demander  un  don,  celui  qu'il  voudrait,  tel  qu'il  pût  le  lui  donner,  et  qu'il  sût  qu'il 
l'aurait.  L'évêque  le  remercia  et  lui  dit  :  «Par  ma  foi,  c'est  une  grande  chose,  si  on  la 


VI ,  ïxxr. 


662  •  L  HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

t(  comprend  ;  mais ,  s'il  vous  plait,  j'attendrai  :  j'en  demanderai  conseil  à  Dieu  ce  soir,  et  je 
(«reviendrai  demain,  n  Le  soudan  le  lui  permit.  Le  lendemain  il  fit  sa  demande,  et  ce  Ait 
une  grande  chose  qu'il  obtint;  il  demanda  qu'au  Saint  Sépulcre,  qu'il  avait  visité,  et  où 
Dieu  n'avait  pas  de  service,  si  ce  n'est  de  Syriens  qui  l'honoraient  à  leur  façon,  il  y  eât 
deux  de  nos  prêtres  latins  qui,  tous  les  jours,  matin  et  soir,  y  fissent  le  service  comme 
les  Syriens,  avec  deux  diacres  pour  les  aider,  et  vécussent  des  ofl'randes;  et  qu'il  en  fât 
à  Bethléem  et  à  Nazareth  comme  à  Jérusalem.  Le  soudan  voulut  qu'il  en  fût  ain^ 
tant  qu'il  posséderait  le  pays.  Le  bon  évéque  fit  chercher  aussitôt  les  prêtres  et  les  fit 
chanter  [leurs  messes].  Il  put  se  vanter  d'avoir  remis  Dieu  en  possession  des  chants 
qu'il  n'avait  plus.  [Quand  ils  eurent  visité  Jérusalem (')]  et  qu'ils  eurent  fait  ce  qu'ils 
avaient  voulu,  ils  prirent  congé  de  Salahadin,  partirent  de  Jérusalem  et  s'en  retour» 
nèrent  à  Acre. 
V.  laig^.  Quand  les  gens,  petits  et  grands,  furent  tous  revenus  du  Saint  Sépulcre,  et  que  les 
vaisseaux  furent  prêts,  les  pèlerins  y  entrèrent  et  mirent  à  la  voile  dès  qu'ils  eurent  da 
vent.  Bientôt  les  vaisseaux  furent  séparés  et  jetés  de  côté  et  d'autre.  Des  pèlerins,  les 
uns  arrivèrent  à  bon  port  où  ils  allaient,  les  autres  firent  naufrage  et  se  trouvèrent  en 
grand  péril  en  des  lieux  divers.  D'autres  moururent  sur  mer  et  eurent  une  sépulture 
amère.  Amère?  non,  douce,  car  dans  le  royaume  d'en  haut  ils  en  sentirent  la  douceur* 
Quelques-uns  y  prirent  des  maladies  dont  ils  ne  guérirent  jamais.  D'autres  avaient  laiirf 
en  Syrie  leurs  pères,  leurs  frères,  leurs  cousins  germains,  morts  dans  les  batailles  on 
de  maladie,  dont  ils  avaient  grand  deuil.  De  même  que  les  martyrs  ont  souffert  pour 
Dieu  des  martyres  divers  et  ont  ainsi  quitté  ce  monde,  de  même ,  j'ose  bien  le  dire, 
ceux  qui  entreprirent  ce  pèlerinage  eurent  des  soufl*rances  diverses  et  passèrent  par 
diverses  aventures.  Mais  beaucoup  de  gens  ignorants  ont  dit  depuis,  follement,  q[a% 
n'avaient  rien  fait  en  Syrie  puisqu'ils  n'avaient  pas  conquis  Jérusalem.  Ceux-là  n'étaiÔBl 
pas  bien  informés  :  ils  blâmaient  ce  qu'ils  ne  connaissaient  pas  et  ou  ils  n'avaient  pal 
mis  les  pieds.  Mais  nous-mêmes,  qui  y  avons  été  et  qui  avons  vu  ce  qui  se  passa,  el  qui 
avons  connu  les  maux  qu'on  eut,  nous  ne  devons  pas  mentir  sur  les  maux  que  nous 
vîmes  de  nos  yeux  soufl*rir  aux  autres  pour  l'amour  de  Dieu;  et  j'ose  dire,  en  prenant 
à  témoin  ceux  qui  y  furent,  qu'il  mourut  bien  là  cent  mille  hommes  parce  <pfili 
s'abstenaient  de  femmes  :  c'étaient  des  gens  qui  s'en  tenaient  à  l'amour  de  Diea,  et 
ils  ne  seraient  pas  morts  sans  cette  abstinence.  Et  j'ose  bien  encore  vous  garantir  qiie, 
tant  de  maladie  que  de  famine,  il  en  mourut  bien  plus  de  trois  mille  au  si^ge  d*Acre 
et  dans  Acre  même.  Et  les  prudhommes  qui  avaient  leur  chapelain,  qui  entendaient 
leur  service  [chaque  jour],  comme  un  évêque  ou  comme  un  saint  archevêque,  et  <pâ, 
atteints  par  les  maladies  qui  couraient,  mouraient  au  milieu  d'une  telle  vie,  eeQx4A 


(0 


11  rofinque  deux  vers,  auxquels  ne  répond  rien  dans  le  latio. 


L'HISTOIRE  D.E  LA  GUERRE  SAINTE.  àùi 

4 

seront  à  la  droite  de  Dieu  dans  la  Jérusalem  cëleste  :  de  telles  gens  par  leurs  bonnes 
actions  ont  conquis  l'autre  Jérusalem. 

Quand  Richard  le  roi  d'Angleterre  fut  resté  dans  la  Terre  Sainte  tant  que  le  mo-  V.  laaS;. 
ment  de  partir  fut  venu,  il  fît  préparer  son  passage  :  son  vaisseau  fut  équipé  de  telle  vi.  xxxn. 
sorte  que  rien  n'y  manquait  en  hommes,  en  armes,  en  approvisionnements.  Il  se  con- 
duisit alors  en  homme  preux,  généreux  et  loyal,  car,  pour  Guillaume  de  Préaux  qui 
avait  été  fait  prisonnier  pour  lui,  il  rendit  dix  nobles  Sarrasins  qui  auraient  rapporté 
beaucoup  d'argent;  mais  il  y  renonça  pour  ravoir  Guillaume.  11  fît  crier  partout  qu'il 
payerait  ce  qu'il  devait,  afin  qu'il  n'y  eût  ni  plaintes  ni  exactions,  et  il  fit  tout  rendre 
et  acquitter.'  Quand  il  prit  congé,  vous  auriez  vu  les  gens  le  suivre  en  pleurant  ten- 
drement, en  priant  pour  lui,  en  rappelant  sa  prouesse,  sa  valeur  et  sa  libéralité.  Ils 
disaient  :  ç^Ah!  Syrie, comme  tu  restes  maintenant  dépourvue  d'aide!  Dieu!  si  la  trêve 
î^  était  maintenant  rompue  comme  elle  l'a  été  mainte  fois ,  qui  serait  là  pour  nous  défendre , 
«une  fois  le  roi  parti?»  Là  pleuraient  beaucoup  de  gens.  Le  roi,  qui  était  encore  très 
souffrant,  ayant  pris  congé  d'eux,  entra  en  mer  sans  plus  attendre  et  fit  ouvrir  les 
voiles  au  vent.  11  vogua  pendant  la  nuit  aux  étoiles.  Au  matin,  quand  l'aube  parut,  il 
tourna  son  visage  vers  la  Syrie  et  dit,  ses  gens  l'entendirent  et  les  autres  le  comprirent  : 
r?  Ah!  Syrie,  je  te  recommande  à  Dieu,  et  puisse  Dieu  me  donner  encore,  s'il  lui  plaît, 
tt assez  de  temps  pour  que  je  te  fasse  secours!  Car  je  pense  encore  te  secourir.»  Alors 
son  vaisseau  l'emporta  au  loin;  mais  il  ne  savait  pas  les  grands  maux,  les  ennuis  et 
les  peines  qui  lui  pendaient  devant  les  yeux,  et  les  tourments  qui  l'attendaient  par  la 
trahison  préméditée  qui  fut  mandée  de  Syrie  en  France  au  roi,  au  sujet  des  Hausassis. 
Il  fut  ainsi  pris  et  jeté  en  prison,  étant  en  pèlerinage  et  sous  le  sauf-conduit  de  Dieu, 
ce  qui  permit  de  prendre  son  patrimoine  et  ses  châteaux  de  Normandie  par  convoitise 
et  par  envie.  Ensuite  il  fut  racheté  moyennant  une  rançon  d'argent  pour  laquelle  il 
lui  fallut  tailler  son  peuple  et  prendre  dans  les  églises  les  croix,  les  reliquaires,  les 
calices,  les  vases,  et  l'or  et  l'argent.  Il  en  était  en  si  grand  besoin  que,  de  tous  les  saints 
et  saintes  de  Dieu,  il  n'y  en  n  pas  un  qui,  sans  mourir,  ait  plus  souffert  pour  Dieu 
que  ne  fit  le  roi  dans  sa  prison  en  Autriche  et  dans  la  riche  Allemagne.  Mais  Dieu 
(|u  il  avait  servi  ^'^ et  son  sens,  et  sa  libé- 
ralité, sa  prouesse  et  sa  prévoyance,  et  les  barons  qui  envoyèrent  pour  lui  leurs  fils 
en  otage,  tant  qu'il  revendi(|ua  sa  terre  sur  le  roi  de  France  et  lui  fit  la  guerre,  et 
il  fit  si  bien  qu'il  recouvra  autant  ou  plus  qu'on  ne  lui  avait  enlevé.  Dieu  conduit 
toujours  si  bien  ce  qu'il  fait  qu'il  rémunère  équitablement  celui  qui  a  souffert  à  son 
service. 

Sachent  tous  ceux  qui  sont  maintenant  et  tous  ceux  qui  viendront  que  l'histoire  finit    V.  i<)3^if. 

''^  l\  parait  y  avoir  une  lacune  d'au  moins  deux  vers,  qu^on  ne  peut  combler  avec  sûreté. 

38 


t»l>CIU7.r.lC     H4TIU1£ir. 


&6&  .    L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE, 

ici,  et  assure  comme  vérité  certaine  que  l'année  où  la  croix  fut  conquise  [et  prise  çn 
les  Sarrasins'"]  il  y  avait  mille  cent  quatre-vingt-huit  ans,  ie  livre  l'aHirine,  depnis 
le  temps  de  l'incarnation,  où  prit  naissance  le  tîls  de  Dieu,  qui  vit  et  règne  avec 
son  père.  Puisse-t-il  nous  mettre  tous  dans  son  royaume!  Amen. 


'  Vers  manquant  rcslilné  par  conjecture. 


GLOSSAIRE. 


38. 


[^  Gloasnire  (|ui  suit  nn  eonlieiit  i>as  tous  les  moU  du  texte  :  on  y  a  compris  tous  ceui  qui  n'edi- 
(eiit  plus  en  français  moderne  ou  qui  se  présentent  dans  )e  texte  avec  uue  forme  ou  un  sens  MKs 
difT^reDls  de  ceux  du  français  moderne  pour  cr<!er  une  difScult<!  au  lecteur,  et  en  outre  qadqnes  oMls 
dont  il  a  pani  inti'ressant  de  noter  l'apparition  dans  un  Icxle  litttîraire  dès  le  xii"  siède. 

Les  télés  d'articles  oITrent  les  mots  sons  la  forme  qu'ils  ont  dû  avoir  dans  la  langue  de  Tanteiv 
et  qui  est  constatée  dans  l'introduction  grammaticale;  quand  cette  fonne  n'est  pas  représentée  dant 
le  manusciit,  elle  est  placfe  entre  ciocheLs.  Les  formes  du  manuscrit  sont  plac^  h  leor  onira  à- 
phabétique ,  avec  renvoi  h  la  forme  normale  (on  l'a  souvent  négligé  quand  la  forme  fautive  ocrapenil 
le  même  rang  alphabétique  que  la  forme  restituée).  Toutefois ,  sauf  un  petit  nombre  d'eieeptîonB,  on 
s'fst  contenté  d'enregistrer,  comme  articles  à  part,  l'infinitif  des  verbes  et  l'accusatif  aingnli^  des 
noms  ou  pronoms. 

Tout  substantif  est  enregistré  è  l'accusatif  singulier,  tout  adjectif  ii  l'accusatif  mascidin  ringalief, 
sans  que  ce  soit  expressément  mentionné.  La  note  pi.  seule  indique  que  le  mot  est  à  l'accuuttf  ^» 
riel,  la  noie/,  qu'il  est  eu  féminin.  La  note  s.  indique  que  le  mot  est  sujet  (ce  qui  n'impUqae pM 
toujours  qu'il  ait  la  forme  du  nominatif).  Le  singulier  est  toujours  donné  avant  le  pinrid,  le  mue»- 
lin  avant  le  féminin,  la  forme  du  régime  avant  celle  du  sujet. 

Dans  les  verbes,  l'infuiitif  est  toujours  mis  en  télc  de  l'article.  Tous  les  temps,  sauf  indication  eon- 
Iraire,  sont  b  l'indicatif;  ils  sont  ainsi  marqués  :  ^r.  — présent,  l'm^.  =  imparfait,  ^.^^ftiUt, 
/u(.  =  futur,  ntiK'.s'Condilionuel,  Les  modes  autj-es  que  l'indicatifsont  ainsi  marqués  :  tn^iér.  =âaf6- 
rntif,  tbj.  ^  subjonctif  Un  p.  seul  désigne  le  participe  passé.  Le  participe  présent  et  le  génwidïf  WPt 
égalemeiit  marqués  |>8rg'ér.=gémndif.  Les  personnes  sont  marquées  par  les  cbiffres  1,9,  3, 4,5.6. 
les  trois  derniers  chilTres  désignant  les  trois  personnes  du  pluriel. 

Dans  les  vci-bes  comme  dans  les  noms ,  une  indication  donnée  pour  une  forme  s'applique  anm  k  b 
forme  suivante,  si  celle-ci  ne  poi-te  aucune  indication  nouvelle;  quand  elle  porte  seulement  UDeiot»* 
indication,  il  faut  suppléer  l'indication  plus  générale  qui  précède.  Ainsi  >rful.  1  tarât,  k  JWtmh*^ 
signifie  que  tirai  est  la  première  personne  du  singulier,  laruais  la  première  personne  du  phuid  et 
futur  de  hier;  -rp.  remis,  f.  remise,  pi.  mnûesn' indique  que  remis  est  l'accusatif  mascidin  MlgB- 
iiei',  remise  le  féminin  singulier,  remises  le  fiiminin  pluriel  du  participe  passé  de  remaneir. 

(Juand  la  traduction  d'un  passage  cité  contient  les  noms  et  verbes  aux  mêmes  nombres,  gaantt 
fonctions,  temps,  modes  et  personnes  que  le  texte,  ou  que  ces  données  résultent  clairement  dslk 
traduction,  les  indications  ci-dessus  expliquées  sont  omises.  Ainsi  "descoieretu,  détoumèranta ,  mm 
nimpf.  6  desvoleient,  desvoloient ,  pf.  6  desi^ldivnt,  ne  pas  vouloii*,  se  refuser  b". 

Pour  plus  de  clarté ,  on  a  introduit  dans  le  Glossaire  l'usage  du  tréma  pour  distinguer  tù,  «,  m.  S, 
uê,  eu,  oâ  en  deux  syllabes  des  diphtongue.^  ni,  ei,  oi,  ie,  ue,  ou  :  pais ,  feis ,  roïUier,  eritr,  Ùr» 
seûr,  pour. 


GLOSSAIRE 


A,  à.  Avec  le,  art.  masc.  sg.,  a  se  combine  en  al, 
avec  les,  art.  pi.  m.  et  f.,  en  om;  on  (rouve  cepen- 
dant au  V.  63 a  5  a  /et  maee»;  cf.  Tobler,  Le  Ven 
fronçait,  p.  36.  —  A  contenu  dans  al  nVst  pas 
répété,  comme  on  s^y  attendrait,  v.  6i  :  Al  beeoing 
Deu  e  sa  elamor,  —  A  peut  exprimer  entre  un  sub- 
stantif et  un  autre  le  rapport  de  possession  :  H  pères 
aljœfne  rei  96,  la /este  a  toz  les  sainz  3179.  —  11 
signifie  avec  :  a  iço  U^-j^i  a  ço  7^69,  8577,  avec 
cela.  —  11  désigne  la  manière  :  agrantjoie  A/io; 
a  force  735,  i63o,  as&i,  a3oo,  3766,  etc.,  avive 
force  33o6,  6690  (ms.  éd.  a  unef),  —  Assemblent 
a  nos  3067,  en  viennent  aux  mains  avec  nous.  — 
Berbiz  fuient  a  lou  731,  fuient  devant  un  loup.  — 
Deu  vint  a  volenté  39^4,  fut  dans  la  volonté  de 
Dieu.  —  /lt?oiV  a  père  iiA5,  a  non  lîhU,  avoir 
pour  père,  pour  nom;  avoir  a chier  3^71,  aypir  en 
amitié;  se  tenir  a  liôh,  se  regarder  [à  bon  droit] 
comme  ;  quil  saveit  a  tneseûrus  9617,  qui  le  connais- 
sait pour  malchanceux.  —  A  devant  un  infinitif  au 
sens  de  «pourn  :  De  vitaille  a  l'ost  sustenir  7910. 
—  Au  V.  1998  a  est  incompréhensible  et  sans 
doute  fautif. 

Aagb.  Voir  Eagb. 

Aaisiir  :  s*ert  aaisiez  3690,  s'était  mis  à  son  aise; 
p.  aaisié,  commode  :  vent  aaisiê  1  aSa ,  vent  propice. 

Aamez.  Voir  Mbsabsmbr. 

Aatie,  ahatie,  attaque,  6087,  ii3ââ;  granz  aaties 
3876,  violentes  attaques;  par  aatie  3737,  par  pro- 
vocation, par  défi;  i65,  à  Tenvi. 

Aatirb  906,  comme  Aatie. 

[Abaissier],  sbj.  impf.  3  abeissast  6689,  baisser  (de 
prix). 

Abardoiibb  i3o^,  céder;  s'abandoner  3871,  6969,  se 
mettre  en  avant,  s'exposer  (dans  un  combat); 
10359,  s'ouvrir,  parler  avec  abandon. 


Abassbb,  devenir  bas  (au  sens  de  tardif)  :  relevée 
abusée  11915  (:  seree),  heure  avancée  de  Taprès- 
midi. 

Abatbîz  7891,  amas  de  choses  abattues. 

Abatbb  i59o,  i568,  renverser;  pf.  3  abati  hk^'j 
(  ms.  éd.  emhati) ,  faire  baisser  de  prix. 

Abbs  10093,  s.  ^abé,  abbé. 

Abbissibr.  Voir  Abaissibb. 

Abitbb,  habiter,  p.  abité  8808,  fréquenter,  converser; 
abitee  6768 ,  9869,  habilse  9066 ,  habitée;  que  nuls 
n'i  aveit  abité  9618,  ce  que  personne  n'avait  réa- 
lisé (?). 

Abrivbr  :  s'abrivoient  8996,  s'efforçaient;  p,(,abrivee 
10959,  lancée  avec  force. 

Abbochibr.  Voir  Atbocbibr. 

Absolu.  Voir  Asoldbb. 

AÇAIÏITE.  Voir  ACBIIVTB. 

[Acbi5ite],  açainte  5993,  10171,  enceinte. 

ACBHBBHB5T.  Voir  AcBSHBBHB^IT. 

AcBNER  6858 ,  appeler  par  signes. 

AcBBTBB  9196,  reconnaître  avec  certitude. 

AcESMé  9999,  pi.  acesmez  6997,  f.  acesmee  9161, 
orné,  paré. 

[Acbsvbbmbtit],  acemeement  6999,  élégamment,  en 
grande  parure. 

AcHAiso!!  ûkhh,  5456,  cause. 

AcBAHAiLLié  io859  pi.  S.,  cogagés  dans  une  mêlée, 
aux  mains. 

Achat  :  de  grant  achat  à8i6,  de  grand  prix. 

Acbatbi  369,  impf.  6  aehatoient  hiZk  (1.  Si  Vaeha- 
Uneni  eneor  chier),  acheter. 

Achbhbb  6977,  réduite  à  la  condition  de  chiens,  misé- 
rable. 

Acboisibr.  Voir  Aqobisibi. 

[Acuibiib]:  (ie/<iroi#a>  5765 ,  éclairde,  lâche. 

Acoiu  Voir  Acobil. 


L'HISTOIRE  DE  LA   GUERRE  SAINTE. 


AcniNTENENT  7A0& ,  iîaîson ,  connaiEsancc  que  l'on  fait 

AcoLEz  7550,  enlaures  dos  bras,  embrassds. 

AcDii l'Aie ^i«R  :  l'acompaigniermt  Goo-j,  ee  mirent  de 

compagnie,    k   rtunirenl  ^   ammpaignitft    17^9, 

ini9i>9  dans  )a  même  compagnie,  jointeg. 
AcoMPUB  3199,  terminer. 
AcoKDini.  Voir  Acdndvibe, 
[AconDCiHi],  acon^ire  toi5,  convoyer. 
AcoiisiTHE    170,    Igo    [acuBiivre),    1C6&,    9388, 

3ooo,  pf.   6   acoiuuirent    11197,  P-  P''   «cofuett 

55i&,  870&,  aconimg  f.  7789,  all«indrc. 
AcoKTE,  amnte   6786,   pi.   atontti   5696,    romple. 
[Acohtib],   pr.  1    aeunt    I9i36,   Taire    entrer   en 

cfflnpte. 
AfOPEB  ;  (oui  ifudel  drtit  apipee  3a56,  tant  elle  s'y 

arrAla  (y  tomba)  droit;  la  iert   la  baliûHa  ofoptt 

A856,  Il  la  bataille  ëlait  arrêtée. 
AcoBDi  110,  96g,  I1&61,  accord,  pacification. 
AcnnoEMiiiT  aSi.l,  accord,  arraDgemcnt;  a  un  aeor- 

dement  56o5,  ensemble,  d'accord, 
AcoiDii  :   t'acardtnnl  10A9,    tombèrent    d'accord; 

atorde»  918,  i.  rttordtt.Vtnt  Recobdib. 
AcoBEiT  1586,  ].  alorm'l.  Voir  ATonaan. 
AcoKEE  :  «n  ocorant  8793,  en  courant  dessus. 
AcosT»  6069,  approcher  de   câlû;    acottte   6oo5, 

arrivée  â  cftte. 
AcoTER  :  al  thatir  jm  l'aeota  A875,  au  milieu  de  sa 

chute  il  resla  suspendu  en  s'appujenl. 
AcniiHE  aiS,  acroi»  S-j^k,  emprunter;  fat  acroiri 

Aghoihe.  Voir  Achei»e. 

[Acdiil]  :  de  grant  acml  88& ,  lrè«  iccueillant. 

AcDis.  Voir  Aqvis. 

AcDHsiTiu.  Voir  AconsivEE. 

AcD-<TE.  Voir  AcoiTE. 

AcctiTiE.  Voir  AcoBiEa. 

Adicebies  1789,  i865,  pour  de  bon.  sérieusement; 

5167,  avec  certitude. 
Adhiiad,  lufiniroif,  admirald,  admirai»,  admirak,  ad- 

ffltVali.  Voir  Ahieil. 
A^aKC  7&0,  alors. 
Ados   io^iiA,  endroit  où  l'on   s'adosse;   lit  adatta 

a  tel  adot  9365,  (fig.)  les  mil   dans    une   telle 

AvossER  9365,  acculer;  t'adoner  3ioo,  358(1,  s'a- 
dosser, toumi^r  le  do<. 
[Adrecemsi],  adracaiitni  1776,  réparaljun,  redres- 


[AonECiBR],  adreicier  t33g,   sbj,   il 

]^6o,  6  adreêçattmt  ifiQ3,  p.  fl.  airtmei  go8, 
I  AgS,  dresser;  iSSg, diriger;  908, 1 A60,  réparer, 
redresser. 

[Apiut]  :  adroilt  ia33S  (éd.  a  imtt),  droite,  biM 

Adbeschiiit.  Voir  Adiigihiht. 

Adeescii*.  Voir  Admciik. 

Adiibei  166G,  endurcis  (Gg.). 

Adiiesi  ii5i6.  Voir  Ensais. 

AiEHiii  (S')  3688,  s'attacher. 

Apaise  ôSA  (masc.),  n^oirt  880,  l'affain  3o6g  (ta 

sujet,  rém.],  affaire,  entreprise;  d»  grmt  afiln 

879,  3I10S,  de  grande  conséquence. 
AriiTiEa.pC  6  a/nMrenl  A996,  arranger;  p.  ».  rftèm 

5976,  bien  appris,  lage. 
[AriiLBiEa]  :  afibloim  ^S»3,  affaiblie*. 
Afebmiu.  Voir  Afeueier. 
AriinB.  Voir  Ahitiu. 
ArEBia.pr.  3  afart -jg^^ ,  imp{.  3  ^«rrà  gji.  im, 

afenàt  5Utg,  convenir,  appartenir. 
AriRMEK  &191,  affinner. 
ArriiBi.  Voir  AriiaE. 
Aruiici  11713,  promesse,  engagement. 
Aficbibb,  pr.  3   ^he  laUi,   p[.  S   afaU   6a*&, 

p.  ajiehii  61/16  :  isSAï  affirmer;  i'o/EoIm  68ttt, 

s'affermit;  pi,  s.  afickié  6t'i6,  bien  décidét»IPB- 

firmes  dans  leur  résolution. 
AriLits  3170,  aUGIÉea. 
Afolib  i5&6,  impf.  6  t^ohùnt  758,  pf.  6  tfibnÊt 

759,  p.  pl.  a.  a/i>U9569,  détruire,  perdrai  t»M 

être  détruit,  perdu. 
Apoudee  3963,  coulée  A  fond. 
AoBiiEsii  686S,  r.  pl.  i^nicmiM*  1991,  jeté  bM, 

écroulé. 
AoHBtB,  impf.  6  agrmit  <|75à,  agréer. 
Acii,  pl.  ogiii  ^7^7<  B'S"* 
.  AooiiiT  A157,  709),  embutude. 
ADi'«inBB,  pr.  6  agitailtM  8889,  épier. 
Ahiitieb  5365,  mettre  de  bonne  bumeur,  «  kMH 

disposition. 
As»  983,  1010,1119,  1708,  9836  (AaiM),p«H( 

fatigue, 
A  BATIE.  Voir  AiTii. 
Abebkescbeb,  Voir  Aheiwcbieb.  ,' 

AbEBKESCIIIE*    9068   (oAfTTKKW),   p.    f.    ( 

71 77-    ggS*''    armer,    équiper; 


Aide  1 1871,  aide,  eoniribulion. 


GLOSSAIRE. 


469 


AiDABLB  8636,  pi.  aidabUê  3960,  capable  d^aider,  de 
rendre  service. 

AiDiEB,  imp.  aïe  5898,  sbj.  3  ait  1/19,  aider;  taint 
tepulcre  aie  6898,  saint  sépulcre,  aide-nous I 

AïB  799,  i369,  16/18,  9610,  3861,  aide,  secours; 
de  grant  aie  876^,  de  grande  valeur  militaire. 

Ame  179^,  3538,  jamais. 

AiRCBis  993,  ainzeie  5 180,  einceie  3696,  9766,  ain- 
çoii  lih2y  9016,  anceù  1907,  ançoU  9111,  avant; 
1907  mais;  ei  to$t  com  il  pora  ainçoie  9016,  le 
plus  tôt  qu'il  pourra. 

AiAçois.  Voir  Ai^cceis. 

Ai»  3/j5,  379,  585,  einz  35i,  9119,  avant;  ainz 
jor  hbZy  avant  le  jour;  cinz  icel  contefnple,  avant 
ce  temps;  i7  ne  cessa  (suppr.  la  virg.)  Ainz  les  ot 
passez  7699,  il  ne  s'arrêta  pas  avant  de  les  avoir 
lait  passer;  ainz  que  833,  i363,  9037,  67/19;  a 
Vainz  qu'il  porent  93A,  11860,  le  plus  vite  qu'ils 
purent  ;  qui  ainz  ainz  3339  >  9985  (q,  a,  anz) ,  à  qui 
arriverait  le  plus  tôt. 

Ai.nzEis.  Voir  AmcEis. 

Aîb  :  de  grant  air  3763,  d'une  grande  force;  6673, 
avec  une  grande  violence. 

Aise  63o3,  facilité,  aise;  517,  commodité «"^bien-étre; 
en  aise  ùihç^y  dans  un  lieu  favorable  (au  débar- 
quement): a  aise  710,  ayant  leurs  aises. 

Aisembut  11705,  commodité,  bien-être. 

Aisié,  s.  aisiez  3i35,  qui  est  à  l'aise. 

AiVE,  aïeul;  el  tens  noz  aivès  9776,  el  tens  nostre  aive 
io5o/i,  au  temps  de  nos  aïeux. 

Ajobkeb,  pf.  3  ajorna  1195,  faire  jour. 

Ajosteb,  pf.  3  ajosta  111,  réunir,  rassembler;  6  $*a- 
jostouent  33 17,  se  rassemblaient;  s*ajosta  97 19 f  se 
rassembla. 

Alcon.  Voir  Auco. 

Alçob.  Voir  Ai'çon. 

[Aleier]  :  s*alier  6800,  se  rallier,  s'appuyer  sur. 

ALEMA5DB,  pi.  aleinundes  69^7,  amande. 

Alee,  pi.  alees  3930,  marche  (en  parlant  de  plu- 
sieurs vaisseaux). 

Albgieb  :  p.  alegié  âoii,  allégé,  rétabli. 

Albinb  :  grant  aleitie  7378,  d'un  grand  élan. 

Alboib,  pi.  aleoirs  9338,  chemin  sur  le  haut  des 
remparts. 

Albr,  impf.  Il  alioim  1330,  cond.  3  ireit  5o,  sbj.  pr.  3 
ah  8,  aller;  lor  entrées  ereni  alees  3366, ils  avaient 
perdu  tout  moyen  d'entrer;  les  fèves  furent  alees 
6357,  furent  finies;  la  gent  est  alee  11116,  est 
perdue;  que  sa  vie  n*enfust  alee  iii85,  qu'il  ne 


perdit  la  vie.  Aler  construit  avec  un  gérondif  1 1 90 , 

9096,  6068. 
Albûrb  6969,   allure;  grant  aleûre   1976,    i585, 

5393,  5791,  vite,  grand  train; petite  fiieùr»  5965, 

à  petite  allure. 
Alibr.  Voir  Aleibb. 
Almaillb.  Voir  Admâille. 
Almb.  Voir  Ame. 
[Alob],  aloue  1695,  alouette. 
ALoi  9857,  aloès. 
Aloeb,  p.  aloé  9858,  loger,   colloquer;  s^ert  aloez 

669,  avait  fait  un  contrat  de  location. 
Aloighibb.  Voir  Esloignieb. 
ALOsé,  8.  alosez  9838,  3335,  pi.  r.  aloseï  396,  loué, 

célèbre. 
Aloub.  Voir  Alob. 
Alquânt.  Voir  Acquârt. 
Alsi.  Voir  Ausi. 
Amarteûb.  Voir  Ambntbvbib. 
Amitib  :  amatie  166,  accablée,  abattue. 
Ambbdci.  Voir  Ansdous. 
Ambbs.  Voir  Ans. 
Ambesdocs.  Voir  Ansdous. 
[Ame],  anme  1063,  3658,  aime   9861,  3909,   pi. 

aimes  956o,  3653,  âme.  La  rime  à'^alme,  ahnes 

avec  dame,  dames  (3909,  3659)  indique  la  même 

prononciation  pour  les  deux  mots. 
,  Amebdbb,  sbj.  3  ornent  9798,  pf.  6  amendèrent  6996, 

réparèrent ,  remirent  en  état  ;  si  Deus  m'ament ,  ainsi 

puisse  Dieu  m'améliorer  ! 
[Amekteteir],  p.  f.  amanteûs  55oo,  rappeler. 
Amibail  3685,  9363,  10798,  11967,  amiralt  7577, 

admirait  3891,  admirald  11 859,  admxrad  7576, 

11631;  pi.  amiralz  3671,  6860,  6563,  admirait 

9373,  3597,  6333,  6696,  7583,8699,  admirais 

6799,  s.  admirail  8o59 ,  chef  sarrasin ,  émir.  La  rime 

d'amiralz  avec  halz  (3671)  indique  pour  le  sing. 

amirail  ou  amiralt;  le  premier  est  préférable.  Le  d 

de  plusieurs  formes  est  dû  à  l'influence  d*admirari. 
Amibalt.  Voir  Amiral. 
Amo!«B8teb,  pf.  6  amonesterent  5679,  9098,  conseiller 

(gouveniè  le  datif). 
Ahob  63/  9998,  etc.,  amour  (fém.). 
Amobdbb  9910,  se  prendre  à  (comme  le  poisson  à 

l'hameçon);  gart  ne  s*iamorde  9965,  qu'il  fasse 

attention  à  ne  pas  s'y  laisser  tenter. 
Amulainb.  Voir  Mclairb  à  la  Table  des  noms  propres. 
An.  Voir  On. 
AncBis.  Voir  Aikgbis. 


470 


L'HISTOIHE  Dis  LA  GUERRE  SAINTE. 


[Anceisob],  pi.  ■.  aneitur  5ii,  Ci8,  6791,  ancêtres. 

[Anciisoiii],  anceiterit  87,  oncMom  5 1 1 7,  temps  des 
ancêtres,  aatiquiié. 

AsclLEB,  anctié  SgAA  f 

Abcisoh».  Voir  AïcuBOBiE, 

Anctscn.  Voir  Anciisan. 

AaciÉii  333A,«ieux  (d'âge). 

Anpois.  Voir  Aincsis. 

Aadrgs*(e  :  l'andegrave  3997,  s.  l'andtgrave  1973. 
l'amUgravet  3Ao5,  le  landgrave.  Cette  forme,  tin^ii 
de  l'ail.  lonl^M  où  i'I  a  élé  prise  pour  rarlîde.sc 
retrouve  dans  la  Saintt  Etiiabeih  de  Rustebeut  et 
danslefloinnnda/fflin,elne  doit  pas  être  corrigée. 

A<ii  A008,  caoïrd. 

AiDci.  Voir  Ansdois. 

AitiBS.  Voir  Emiiie. 

AiicEiin  /i335,  A3&I,  deoier  d'Anjou. 

[Aneoissm],  inipf.  6  anguitoient  A009,  \i{.  6  <in- 
guâêermt  i889,seiTor  de  près,  tourmenler. 

[Angdissos],  r.  aaguiiiuie  a&iA,  anguiiott  8993, 
lounnenlé,  plein  d'angoisse. 

AlIGVtBDS.  Voir  AsiGDlBDI. 

Arcdisos.  Voir  ANeoissos. 

AnaiiBBM.  Voir  Anooissm. 

AnHE.  VoirAïa. 

[Ans],  f.  arnica  i79<ii  tous  deux. 

Amirr.  Voir  EnEiHE. 

[Akoitiii],  pf.  3  anuita  laSo,  gér.  anuiiaHl  1  t^Go, 

AnoiE  liha,  90C9  {ma.aaeine),  provisions  de  ImitcLc. 
[Aksdous],  Bj.  ambedui  iS-j,  andui  6A'i6,  (.   ambtt' 

(ioM  ilifiS,  3953,  loua  deai. 
AiDiT  19166,  cette  nuit. 
AnuiTiBi.  Voir  AnoiTitn. 
Am.  Voir  Aim,  AicicDiHDf. 
AMeciBtit  6ii7(in9.  dd.  aBZ,giiarde),anguar<lt35Qi, 

3597,  avant-garde;  anguarde  9985,  pi.  anguardel 

6878,  g/iaS,  hauteur,  éminence. 
[Aoiu],  pr.  3  aâre  ai,  p.  f.  aûree  laiA,  adoi'er. 
Afiieb,  p.  pi.  B.  npaié  9083,  réconcilier. 
ApiBCBTim.  V[ 
ApiBEiLLEB.  Voir  Ai 
[Apiueiluer],  préparer,  mellre  en  élal  t  apardllrr 

ton  tire  18  j,  sbj.  impf,  6  apanlleuent  tir  aire  917, 

faire  ses  préparalir»  de  lojage;  aparillrr  ton  otl 

1761,  mcllrc  son  année  sur  le  pied  de  guerre. 
ApiBtlsTnB,  paraître;  n'fltil  nul  apariiiant  179&,  il 

ne  eemlilait  pas. 

APIBILLEB.    Voir  AplRBILLIEIl. 


AriBTBBiB,pr.  Goporlùnenlsi 

fMuinl  AG9,  oporlnant  399,    qui  a 

Apbudbe,   impr.  3  ^tmdoil  6&9,  ccnd. 

SodA, appartenir  féodalement,  être  sujet;  ■*< 


avec  le  marquit,  se  mettaient  daa»  aoo  parti.  . 
ApEBaiB(S')  :pr.  3  l'opcn»  A978,  songer  i(MM^^ 
ApBBcitBiB,  f.aptrçtù  ig6o,  apercevoir,  recoUMBra; 

B.  oparcBÛ  1  (668,  avisé,  intelligent. 
Apmt,  r.  aprrU  aAiA,  597^,  clair,  viiilile;  •.ifpsn 

9939,  5^70,  adroit,  habile  au  inéli«- d«s  •niMB| 

geat  apirte  5ç)0,  de  même. 
Apjcticiib  :  p.  S.  aptliàtt  5078 ,  7067,  rédoite.  Hait- 

Aplovi»  998,  çflvnaiT  5oii,  aplwMr  iiigt,  ilipt 
6(if>loi>oumit6oi7,  p.  î.apitât^l  l3,  arriitrCMim 
la  pluie.  Cf.  Esploibii. 

Apldvoib.  Voir  Aplotei». 

ApLUiiia.  Voir  Apioviia. 

Apoul.  Voir  Apoiiil.  -     •. 

[Apoucl],  apomi  gSA ,  appui. 

[Apoiehutt],  npui'nwnl  197&,  appui. 

ApoiNPel,  impr.  6  apoigtmmt  fioii,  jnquer  bot,  W- 

Apo.idbe  896,  ajouter. 

APoniEB  :  lor  dcii,  it  oih  noi  apurUiutM  653,  ib  BMB 

menaient  leurs  doigts  soui  les  jeux. 
ArosTiE.  Voir  Apostm. 
[Apdstoilb],  apottoillt  &3,  pape. 
Aposioilli.  Voir  Apostok.!. 
Aposthe  6679,  apotlh  579C.  npôlro.  La  rima  anc 

nojli's  (Q679)  établit  la  formr, 
Apbe.  Voir  AspBi. 
ApBEiDnE.  Voir  Apbieubbe. 
Aprimibe  :  aprii  de  giurri  i536,  expert  àum  fai 

A  PUES  8383  ,  d'après. 

Apresbek,  pf.  G  ajimin-ml  5711,  serrer  de  pc^~ 

[ArniEMgns],  aprutndre  hliib,  déprimer.  La  riniaanc 
enembri  (ms.  eritndre)  élaUit  la  forme  «t  h  amâ. 

ApBiSMiEn.  Voir  ApnoiSNisa. 

[ ArnoisiiiEa ] ,  api-innin-  iiiAS,  impf.  6  àprùmmiÊl 
3167,  pr.  3  aproima  8197,6  apnm^rsM 3 168, ap- 
procher. 

ApBosHiEa.  Voir  ApBoisaiiH.  1 

Apviehi.nt.  Voir  Apoibhekt. 

[Aqubisiib],  pf.  G  achoittrait  5A&0,  opaïier,  oAmT. 

Aquis    /i9i8,    Aafia,  Ù399.  A96&,  Aa78,  %tt4, 


GLOSSAIRE. 


471 


636o,638o,  A396  (acuu),  6/113,  io5o5,  o^utte 
6761,  réduit  à  une  condition  fâcheuse,  malmené. 

Aqqitbi  :  t7  aquiterent  lor  gage*  5368 ,  ils  retirèrent 
ce  qu^ils  avaient  mis  en  gage;  p.  f.  aqnitee  6768, 
9869,  délivrée.  La  rime  avec  habitée,  aux  deux 
derniers  passages,  indique  la  forme. 

AiABi  680/1;  pi.  arable  11550,  arabiz  3o39,  arabe 
(en  parlant  d'un  cheval);  680/1  cheval  arabe.  La 
lîme  du  sg.  avecf  Halabi  et  du  pi.  (1  i55o)  avec  di$ 
indique  la  forme. 

Araiso?ier  9559,  interpeller,  adresser  la  parole  à. 

Arbalcste  9171,  etc.  ( ms.  arbîoite,  arbelaêle) ,  arbalète. 

Areblaste,  arblaste.  Voir  Arba leste. 

Arc,  pi.  8.  arc  io8â5,  arche,  voûte. 

Arcbibe  656o  ,  portée  d'im  arc. 

Arcbierb  3571,  pi.  archi''re8  9^45,  meurtrière. 

Ardbir  3/i33,  3687,  3693  (ms.  ardeier  les  trois  fob), 
p.  art  3698,  38i  1 ,  pi.  f.  arses  817,  brûler. 

Are,  sec;  (fig.)  s.  ares  /i538,  svelte,  dispos. 

Aresteme5t  656,  1173,  61  o5,  arrêt,  retard. 

Arbster  ( S' ) ,  pf.  6  8*arettureni  58 1 3 ,  11910,  11936 
(:  conurent)y  s'arrêter. 

Abibre  11 58  (:  chiere)^  artères  181 3,  en  arrière. 

A  BIERES.  Voir  Arirre. 

Abiver  58o  (ms.  a  anner),  ij38,  3871,  pf.  3  aviva 
589,  i35o,  6  ariverent  33  3,  5io,  p.  pi.  s.  avivé 
6o5  (ms.  arme) y  aborder;  58o  $*ariver,  de  même; 
1 35o  faire  aborder. 

ArmeCbe  ii3i,  pi.  anneûres  i683,  57&0,  armure; 
ii3i  ensemble  d'armures,  armement. 

Arochibr,  pf.  3  arocha  3963,  attaquer  à  coups  de 
pierres,  lapider. 

Arofidb  1373,  5656,  hirondelle. 

Abosteb,  p.  f.  arostee  6099,  rôtir. 

Abotbb,  pf.  6  aroterent  7656,  101 35,  p.  f.  aroutee 
3i58,  5769,  mettre  en  troupe. 

Abooter.  Voir  Aroter. 

Ars.  Voir  Ardeir. 

As  5o5,  etc.  Voir  Le. 

[Asaillie],  assaillie  3683,  attaque. 

AsEBiR  8 1  o6(iMfeo{r  )  ,pf.  3  asist  1 973, 6anitr0nf  3608, 
p.  f.  assise  biZ y  3606;  5i3  asseoir,  situer;  1979, 
9  Û06 ,  3608,  assiéger  ;  8 1 66  par  asseoir,  par  siège. 

AsEGiER  1965,  3591  (asiegier),  pf.  6<Mt>^>rtffi<3899, 
atiegerent  ^'J'J'J,  p.  pi.  s.  asiegié  3019,  3893,  as- 
siéger. 

AsBGiR,  sbj.  impf.  6  asegissent  10366,  assiéger. 

[Asemblaille],  pi.  assimblailles  6166,  union. 

AsBMBLEB,  pr.  6  astmblenl  3067,  impf.  6  assewhlomt 


66 1 0 ,  Rbj.  impf.  3  assemblast  7316,  cond.  3  assem- 

blereit  73 16,  attaquer,  en  venir  aux  prises. 
[AsERs],  assené  8966,  10900,  approbation. 
AsBÛB  368,  asseùr  9991,  etc.,  en  sûreté;  9686  en 

certitude.  Au  v.  6 1 75  pour  àkseûr  1.  a  Sur  ne, 
[Aseûrbr],  impf.  6  asseûrouent  9i36,  pf.  3  asseûra 

i8i7,p.  f.aMeurM  1033,3887;  1099,9887,9136, 

rassurer,  tranquilliser;  1817  assurer,  rendre  sûr. 
[Asrz]  :  auez  plus  766,  sensiblement  plus;  assez 

mielz   1800,  bien  mieux;  d'assez  6769,  6806. 

7500,  de  beaucoup. 

AsiBGIER.  Voir  AsBGIBB. 

[  Asoudrb],  pf.  3  assoit  3970 ,  sbj.  pr.  3  a$soille  5599 , 
absoudre;  juesdi  absolu  1907,  8353,  jeudi  saint 
(où  Ton  donne  Tabsoute  générale). 

[Aspbb],  s.  après  9618,  âpre,  ardenL 

Assaillie.  Voir  Asailue. 

Assemblaillk.  Voir  Asemblaille. 

Assembler.  Voir  Asembleb. 

Assers.  Voir  Asexs. 

Asseoir.  Voir  Aseeir. 

Assbûr.  Voir  Aseûb. 

AssbCrbr.  Voir  Asbûbbb. 

Assez.  Voir  Asbz.  • 

AssocDBE.  Voir  Asoudre. 

[ATAiGNARTMEirr],  ateignanttnent  6697  (ms.  ateigna- 
ment),  d^une  manière  forte,  pénétrante. 

Ataindrb,  ateindre  1901,  6990,  impf.  6  ateignouênt 
1 53,  gér.  ateignanz  6 69 6 ,  m  ataignant  1 0070 ,  p.  f. 
atainte  9i53,  10616,  ateinte  io58,  1901,  9i53, 
gagner,  rejoindre;  i  ateignouênt ,  y  arrivaient;  atei- 
gnant,  pénétrant;  en  ateignant,  en  piquant  droit 
dessus;  6930 ,  profiter,  servir;  atainte  10616,  ateinte 
io58,  manifestée,  connue. 

[Atainte]  :  de  hante  attinte  9 1 53 ,  de  grande  puissance. 

Atist.  Voir  Tant. 

Ateignahtmeiit.  Voir  Ataignarthert. 

Ateirdbe.  Voir  Atiirdbe. 

Ateirte.  Voir  Atairte. 

Atempbeb  1 665 ,  modérer  ;  p.  f.  atempree  1 836 ,  réglée , 
arrangée. 

Atehdrb  :  s*atendeit  5o73,  se  préparait. 

Atbrtb,  attente  :  sanz  plus  atentes  1891,  sans  plus 
attendre  ;  en  atentes  5o56 ,  en  attendant.  Cf.  Erterte. 

[Atertbibb],  p.  f.  atencoiee  5766,  amincie,  édaircie. 

Atertoibb.  Voir  Atbr? bieb. 

Atebmirbb,  pf.  6  aterminerent  1793,  fixer  k  un  terme 
précis. 

Atocbibb,  pf.  3  atoeha  9186,  toucher. 

39 


472 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


Atob  :  pi.  aiun  3oâ,  équipements  de  gaerre;  dolz 
ator  1 1067,  spcclade  (propr*  arrangement)  doux  à 
voir;  hùdoê  alur  ]o858,  spectacle  hideux  ;  defoi't 
aiur  /igSâ,  de  forte  fabrication.  Les  rimes  avec 
tor=  turrim  (io858,  1 1067)  indiquent  la  forme. 

Atorsbr  ii3A,  irapf.  3  atomoit  6376,  pf.  3  atorna 
9^64,  a686,  C  alomermt  3oo5,  cond.  3  atorreit 
A586  (ms.  éd.  acoreit)^  gér.  atornant  6068,  p. 
atome  938,  1193,  pi.  atomez  9766,  f.  pi.  ator- 
neeê  1169,  arranger,  disposer;  s'atoi-ner  /io68, 
5976,  se  disposer. 

Atbairb  1990,  6963,8396,  s'approcher;  /i878 céder, 
s'incliner;  atreitrmt  6961,  tirèrent;  atraite  355, 
A389,  amenée. 

Atrait  365/i,  atreit  3339,  3879,  /i655,  fascines,  ce 
qu'on  jette  dans  un  fossé  pour  le  combler,  sur  une 
machine  pour  la  brûler. 

Atraper  9399,  attraper. 

Atrater  :  alravee  10809  (ms.  trouée^  éd.  atrovee)^ 
campée  (1.  a  Jaffe  pour  de  Jaffe), 

Atrocuibr  (S')  :  ne  m'atroc  A719,  ne  m'attache  (le 
ms.  porte  ne  natiîroe,  l'éd.  ne  m'abroc,  mais  atro- 
ckier  convient  mieux  pour  le  sens  qu^abrockier  et 
s*éloigne  moiiis  du  ms.). 

Atroybr.  Voir  Atrater. 

Atur.  Voir  Ator. 

AcBERG.  Voir  Hacsbbrc. 

[Aucoh],  aleçn  98A9,  quelque;  9/119,  quelqu'un. 

[  AuçoR  ]  :  le  règne  alçùr  1 9  9 1 0,  le  haut  royaume  (  le  ciel  ). 

AuGTOR  5i9  pi.  s. ,  les  tuteurs,  spécialement  les  poètes 
anciens. 

AuMAiLLB,  plur.  collectif  a/m/it7/ff  8998,  pi.  aumailîes 
9 1 06 ,  gros  bétail. 

AkCer  9699,  pf.  6  aûnerent  ^91,  p.  aâné  9706,  pi.  f. 
aûneeê  9676,  9750,  rassembler. 

Auquart  :  s.  Hauquanl  19911,  alquant  6 1 68 ,  quelques- 
uns. 

AuQUBs  9887,  5586,  7053,  un  peu,  quelque  peu. 

Aires.  Voir  Aorer. 

AdsBR  :  ë*aû»erent  5999,  s'accoutumèrent. 

Acsl  com  739,  aUi  corne  io366,  ainsi  que. 

[  Acter],  autier»  5939,  autel. 

AoTRESi  85,  3975,  19181,  aussi;  auireii  grant  cam 
1989,  aussi  grand  que;  autre$i  comm  19179,  ainsi 
que. 

AcTRETEL  9109,  8867  (pi.  s.),  Semblable;  3776 
(neutre)  toui* autant. 

Aval.  Voir  Val. 

Avaler  6900 ,  pr.  9  avale$  3768,  descendre;  en  avaUr 


686,  en  descenduit;  s'avala  s538,  dai96Q4il;  9**- 
valou:'nl  1 0 1 65 ,  descendaient.  ^ 

AîB,  qui  est  en  échec  :  prié  9  amqmâ  §  mi|f  f  gip 
9359.  Ce  mol  se  rencontre  toi^oan  npppodié  de 
mat  (voir  Godefroy),  ce  qui  ne  permet  pat  de  le 
confondre  avec  haoe.  Cf.  Atbb. 

AvBiBR,  avoiee  5869,  mettre  en  route;  «'««oie  itSBt 
se  dirigea;  ê'aveierent  638,  marchèrent  de 

Atbib  (pour  les  formes,  voir  l'Introductioii)» 
n'iavrtil  atendu  5636,  on  n^attendnit  pes)  nU 
cort  eii«  5699,  il  n'y  avait  pas  en  de  cour. 

AvBiR,  oroir  816,  986,  oMtrs  610,  avoir, 
aveir  1 656  ,  pour  de  l'argoiit. 

AvEiR.  Voir  AvBR. 

AvESEMBNT  9369,  arrivée. 

Avenir  ,  pf.  3  avint  1 9 ,  sbj.  impf.  3  avini^t  8679  ndvfidVt 
arriver;  aon  avenant  8o63,  ce  qui  loi  ninimnii. 

AvEKT  :  pi.  in  avenz  69 o3,  dans  le  temps  do  iVfprf» 

AvESTURB  :  que  l'aventure  ini  car  ut  94*369  P^  lnH^ 
fut  la  fortune;  st  rom  Vaventure  eurui 5of  4«  CUpffl 
le  voulut  le  sort;  ee  mUt  en  l'aventm^  fiti^  49!l9i 
se  livra  au  bon  plaisir  de  Dieu. 

[AvBKTOROs],  aveniurus  dj guerre  aeSe,  biStt^mt  A 
la  guerre.  * 

AvBQUEs.  Voir  Ovubc. 

AvBB,  s.  aver  io69,atetrt  6608,  L  pi.  H|MHW  Mf^t 
avare . 

Aver,  mettre  en  échec  à  :  Vo$t. . ,  ot  li|  f^nC  jipîiili 
avee,et  tote  Vemtelfail  maU  666o,r9elnrai|Jn|H||i 
un  échec  ^  la  race  païenne,  et  éà%  Tw^UffM* 
piètcment  matée  (expr.  fig.).  J^q  df  MfVfU  ^ 
par  M.  Godefroy,  écrit  haver  et  Ç|^  fj^  l|ip|pfe; 
mais  ici  la  mesure  du  vers  esldVraqordaifelilp»- 
phie  du  ms.  pour  établir  la  fon|i^  4Pff..  ÇK^  .4*4» 

Avers  7879,  au  regard  de.  Cf.  EktIM* 

Avertir  :  t'avertirent  5916,  firent. ^Itçutjep» 

AvBSPREE  1 1633,  commencement  d(f|fi  f||iféj|^ 

[  Avillibr],  pr.  3  avile  8686,  déchoir, d(|e||lif|lp4pi 
sable.  La  rime  (Marêille)  indiqoe  l|^  fbtipo* 

Avis  :  ettoit  avi$  9377,  semldait 

Aviser,  pf.  3  avisa  36 13,  3796,  6  piMUwWi^  5y6. 
garder,  apercevoir. 

Aviver,  gér.  avivant  9096,  proiMr, rendff  iflf^ 

Avoé  176,  patron,  protecteur, 

AvoEME  5988,  patronage,  sq^rémMie. 

AVOIER.  Voir  AVEIBR. 

Avoir.  Voir  Avbib. 

Avoltiri(.  Voir  ^yodtibb. 

4  A vodtirb]  ,  avoltire  6 1 6  9  9  adidUvfk 


GLOSSAIRE. 


473 


B 


[Bâcbsibb],  pi.  s.  bacheliet*  69,  9767,  jeune  homme. 
La  rime  avec  alei',  venteleTf  indique  la  forme. 

Bachblerib  35/1,  635o,  8379,  ioia6,  ii3o5,  jeu- 
nesse guerrière. 

BiCHBUKR.  Voir  Bacueler. 

Baci.x  389,  3()3,  pi.  bacin*  U6h'j,  bassin. 

Bagott,  pi.  s.  bacont  7661,  morceau  de  pore  salé. 

Bijr,  f.  boive  6670,  7790,  9330,  déconceiiée,  éba- 
hie. 

Baille,  pi.  baillei  9693  (ms.  ëd.  barons) ,  retranche- 
menl  avance,  enceinte  fortifiée. 

Bailler.  Voir  Baillier. 

Baillib  :  de  sa  baiUie  A93  9 ,  dépendant  de  lui  ;  de  grant 
iMÙllie  778,  avec  un  grand  déploiement  de  foi-ces; 
debaiilie  6673,  8593,  de  choix. 

[Baillier],  p.  baillé  ii/ifi,  livrer,  donner. 

Baillir  :  mal  bailli  4  09,  mal  en  point. 

Balce?it.  Voir  Bauce^ic. 

Ba!i  1690,  /i.383,  han ,  proclamation. 

Ba.ido!!  :  a  bandon  i35i,  1933,  de  toute  sa  force, 
sans  se  retenir. 

Bawbbe.  Voir  Baniere. 

Bahieib  6565  etc. ,  pi.  banitres  593  etc.,  baneret  566 , 
bonnière. 

Bamb  :  banie  3963,  7179,  convoquée;  ê'oil  bonis 
1 907,  son  armée  régulièrement  convoquée. 

Ba5ISseor  97 1  o(baneisor) ,  9869,  proclamateur,crielur. 

Baptistire.  Voir  Batbstire. 

Barat  83 17,  9o5i,  tromperie,  intrigue;  563o,  pi. 
s.  baraz  9833,  petit  combat,  échauflbnrée. 

Babatb  5991,  bruit,  tumulte;  636,  687,  707,  ]o38, 
81 85,  tumulte,  ccliauflburée. 

Barbari?!,  pi.  r.  barbarins  10371,  homme  de  nation 
barbare.  Oriental. 

Barbekaxe,  pi.  baibekanes  33o8,  barbacane. 

BARGAiGNiEn,  pf.  3  baifraigno  63 1,  marchander. 

Barge,  1690,  10909,  10961,  p\,  barges  687,  33oi, 
barque,  vaisseau  distinct  de  la  n^ot  de  la  gaUe. 

Bargbte  1539,  pi.  bargetes  1675,  bargeite»  693, 
i5o5,  chaloupe. 

Bargette.  Voir  Bargete. 

Bar!iage  333,  992,  1173,  333^1,  9708,  elc,  ré- 
union de  barons. 

Baro?i  9637,  pi.  barom  06j3,  s.  baron  9696,  baron, 
seigneur;  barom  de  terre  6693,  soigneurs  terriens. 


Au  V.  9699  barons  est  une  faute  et  doit  sans  doute 
être  corrigé  en  baUlst, 

Barohib  966,  3n63,  3891,  assemblage  de  baroiis. 

Barre  6669,  6667,  barrière. 

Barril.  pi.  barris  5996,  baril. 

Bas  3336,  de  basse  condition. 

Basmb  9906,  baume  (:  blasme). 

Bataille,  pi.  bataittss  5866,  division,  6brps d^armée ; 
tomer  bataills  7860,  diriger  sa  marche  (militaire). 

Bataillbros,  f.  botailUroËe  1756,  pi.  bafeilleruses 
9196  (ms.  cotnbateiUentêes)^  belliqueux. 

Bateillerus.  Voir  Bataillbros. 

Bateïz  5931,  acibn  de  battre,  tapage. 

[Batbstire],  baptistire  633 1,  bëptémc. 

Batre,  pf.  6  bâtirent  7519,  battre;  gér.  bâtant  307, 
9096,  vite,  droit. 

Bacçant.  Voir  BauceivC4 

Baucesc,  bavçant  9966,  pi.  r.  baucens  3870,  bauçann 
6761,  balcenz  9780,  blanc  et  noir  (en  pariant  d*un 
cheval). 

Baudequin,  pi.  baudeqmnt  io5i9,  étoffe  de  soie  pro- 
venant de  Bagdad. 

Baot,  s.  bauz  10930,  f.  pi.  boudes  63i8,  plein  d^en- 
train;  por  boude»,  comme  des  (gens)  bien  en  train. 

Bbivrb  3569,  boire.  Au  v.  955o  beivrs  est  une  faute. 
Voir  Sbitrb. 

Bel  :  n.  estrsbel  i3o5,  6860,  plaire;  60/1667,6736, 
pris  adverbialement,  de  belle  manière;  si  qu'en  ssm- 
blast  o  chesçtm  bêle  906  parait  signifier  :  de  façon 
que  tout  le  monde  l'approuvât,  bek  étant  pris  au 
sens  absolu  qu'il  a  parfois  (cf.  Bribp);  toutefois  cet 
emploi  semble  ici  forcé. 

Belbme.it  1670,  10983,  d^une  l^elle  manière,  cour- 
toisement; 3i55,  en  bel  ordre. 

BB^Eîçoif  3967,  pi.  beneiçfms  5339,  bénédiction. 

Be5igiie,  s.  bénignes  8761,  bon,  bienveillant. 

[Berfrei],  berfroi  6781,  tour  de  bois  servant  dans  un 
siège. 

Berproi.  Voir  Berprbi. 

Bbrroe.  Voir  Bbrrcib. 

Bbrruib  10666,  beruie  8957,  berrus  6917,  bei^e 
1  i38o,  lande,  plaine  non  cultivée  (terme  propre  à 
la  Syrie).  La  rime  B\QcJuis  (8957,  10666)  et  suie 
(6917)  indique  la  forme. 

Berce.  Voir  Bbrrdie. 

39. 


474 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


Bmdie.  Voir  Behioie. 
Bfu  753& ,  berceau. 
Besiri,    pi.   bttant    &«i8,   8385,    10915,  betanl, 

moimue  d'or  grecque. 
BiaCDiT  555o,  76.I9,  bUcuîl. 
Beboiohi  tai,  »g/i,  ^79,  3587,  3590,  nëceMilé; 

beKttu   889,   A75A,   besogne,    affaires,   serrice; 

bt*oiiut  8A55,pemea,  fatigues. 
BiMiemni,  sbj.  impf.  3  baoignatl  189g,  Iravailler, 

s'occuper  de;  pr.  3  bttoiat  3588,  faire  besoin,  âtre 

nécessaire;  ço  bmigm  &80,  il  le  faut. 
[BuoiOHOt],  («MÛnu  hU33,  besogneui. 
BuoiKE.  Voir  Besoibh. 

Bnoifii  :  a  gmnl  booing  8598,  en  grande  nëceBailé. 
BjMoiHin.  Voir  BisoieniiB. 
Besoirds.  Voir  Beboibhos. 
Biw  :  bitn*  A518,  S'i5i,  bonnes  qualités. 
BriBE,  pi.  biirtê  3i96,  cercueil. 
Bis,  f.  btM  6690,  de  couleur  Mtnbre. 
Bise  io5A8,  biche. 
BliIng  itSgS,  relujunt,  briltant. 
Bliui*  608,  pr.  6  blacmni  i5i7,  blesser  (propr' 

meurtrir). 
Boci  i336,  espèce  de  vaisseau. 
[Bocel],  pi.  bvctU  10597,  cu'l'B- 
{Bocn*],  pi.  boeettei  953g,  pelile  boss«. 
BoctTTi.  Voir  BocETt. 
[Boel],  pi.  buda  Zlilio,  boysui. 
BoiEi  9oâ6,  enlravei,  chaînes. 
Boire  (F<nl  dt)  a3o6  (:  uloire),  3a8%  (;  »(orw), 

iioill  (i  uunn),  vent  du  nord  (Borée). 
[BoLOBOiu],  pt.  bidiMgùrt  tiaSZ,  boulanger. 
Bon.  Voir  Bun. 

BoREIIEIlT.  Voir  ButRiMtlII. 

[Boouirim],  pi.  tufturuM  SgSn,  étoffe  de  Bokbara. 

[Bdrc],  pi.  buri  8o't3,  bourg. 

Bot,  pi.  boax.  3853,  bout;    a  bot   hUba.  juaqu'an 

bout,  complète oienl. 
[BoTiiLLiu],  buteiUitT  &i6t,  boulciller  (charge  ho- 

iiDriGque  de  ccur). 
BoTBi,  pf.  3  bvia  i39g,  pousser. 
[Bocge],  pi.  bHgf  9808,  petit  sac. 
Bont.  Voir  Bot. 
BRiftiLiR  673,  action  de  brasser.  Cf.  Bsicin. 


Bnici,  pi.  hraeii  655o>  lei  deux  bn*. 
BiAcin,  pi.  brtuiti*  11569,  (("omm  6199, 1 
[Bbiciee],  brasMT  ;  braça  At  16,  (nnilU;  1 

ta  hraeaiUt  673,  ourdirent  ta  nwcbinatioo. 
Buibir,  f.  braidîve  653 1,  arrogant  (propl'  t^tift  • 

pariant  d'un  cheral). 
Bail  ES  6567,  ii&o5,  braies,  calefons  de  loila.  . 
Bbhiiie  âot9.  6936,  impr.  6  bramiaM  ili&&,tntf 

(ne  se  dit  que  des  Turcs). 
Bmrt  711  a,  épée. 
Brict  889,  court;  «n  britm  5968,  en  peo  de  tanfl. 

(cf.  Bai,). 
Beiep    95i,   955,    3575,    pi.   briA    11898-,  JMfi  . 

8368,  lettre. 
B11EFMI11T  7,  brièvement. 
BaiaiEB.  Voir  BalltllB. 
BiON.  Voir  BanK. 

[BatioiLLE],  bndmitU  g&Ai,  disaenBon. 
[6HDi3in],iinpr.6bnuoifiil  3788,  pf.  3  inM«7fiCo, 

gÉr.  britant  8^65,  briser, 
Bbcii,  pi.  ironi  3870,  brun;  6ruiw  3 

d'armes  brunies. 
Becsisb.  Voir  Bacmaa. 
BucEt.  Voir  BOCEL. 
BccuE.  Voir  Buschi. 
[BoRii]  :  frons  quim*  joun  7907,  Inen 

dt  lor  boiu  358A,  de  leurs  metifinit  tmimÊ,  ' 

5o63,  ferait  son  bon  plaiiif.  La  rime  âvee.sMM 

(5o63)  ludique  la  forme. 
[Bderiueit],  ionenwnl  5A77,  ave:  bamM  îaUoliia. 
BdIl.  Voir  Boil. 
Bme  ;  butr  i  ala  a5Z-],  y  alla  sous  de  bons  eu^hw, 

pour  son  bonheur. 

BVCE.  Vob  BODBE. 

BmsiRE,   pi.  baùinei   6334,   bmiim  s3S9.    U|t>. 

trompette. 
[Boisson],  pi.  hiùunf  63ig,  pdil  bois. 
Bdiscr.  Voir  Boissor. 
BcLOKGiiR.  Voir  Boi/lNGlEa. 
BcociBiB.  Voir  fioQDiBia. 
[Bdscbi],  bucht  3857,  ^^'^<  ^"  ^«  cbtuE^ 
[  BuscHiEB  (Se)  ],  pf.  6  M  bucW*nl77Bi,  l'et&boifMn 


GLOSSAIRE. 


475 


Ça  :  fa  trèiê  ça  quatre  hSfjby  6707,  par  groupes  de 

trois  ou  de  quatre;  de  m.  ça  vint,  ça  trente  6707. 
Cake.  Voir  GnAPis. 
Cahoie.  Voir  Gbaubie. 
CAifiiiB  9907,  99^8,  995^4,  io335,  1037/i,  pi. 

carvaneê  9169,  10986,  ]o3i9,  io393,  io39G, 

10367,  caravane. 
Cape  jeû^b  6389,  commencement  du  carême. 
Gaple.  Voir  Ghaplb. 

[Gaioele],  pi.  quarobleê  6369,  caroube. 
[Gaeolb],  pi.  charolet  39,  danse  en  rond. 
Gasbl  5889,   5931,   5963,   6856,    6863,   7181, 

7908,   7909,   7790,  7731,  8i56,  etc.,  pi.  s. 

ca»eî  ']khq,   r.  caselt  7199,    7368,  casai,  petit 

chAteau. 
Gasingar  9935  (ms.  ca\san\  pi.  cojinganf  io59i  (ms. 

cahngatu)^  casingan,  cotte  de  mailles  rembourrée 

de  coton,  portée  par  les  Turcs.  Voir  la  note  de 

M.  Slubbs,  Itin.RîCy  VI,  v. 
Gâteau  3865,  goudron. 
Gelestiêlmeut  8/4 ,  d'une  manière  céleste. 
Gblestee  366,  393,  Û666,  6607.  La  rime  constante 

avec  estre  indique  la  forme. 
[Gerchieb],   pf.   3  cercha   1857,  ^  cercherent  197, 

cherclier. 
Gebcleib  6897,  cercloie  6817,  6895,  6931,  6936, 

pi.  cercleieê  39o3,  /1688,  abri  fait  avec  des  claies 

pour  protéger  les  machines  de  jet. 
Gebpoïb,  p.  f.  cerfote  6965,  9993,  entourer  en  creu- 
sant, fouir  tout  autour. 
GERioE  io336,  cercle. 
Cebt,  s.  cers    5696,  cerz  66  6 '4,  certain.  V$  et  le  z 

sont  également  attestés  par  les  rimes  clert  et  Rù- 

berz  (peut-être  au  premier  passage  pourrait-on  lire 

GcRTES  :  a  certes  S069,  sérieusement,  pour  de  bon. 

Cesses,  pf.  3  ceua  1168,  dilayer,  perdre  du  temps. 

Gestes,  pr.  3  ceite  9766,  broncher,  trébucher  (fig.). 

Ghaatie.  Voir  Guabike. 

Chace  8958,  poursuite. 

[Coacier],  pf.  3  chaça  9998,  6  chacerent  9880,  pour- 
suivre (trans.);  chaça  7110,  chacerent  t588, 
1599,  9986,  5637,  poursuivre  (inlrans.),  donner 
la  chasse. 

Gbad.  Voir  GiiACT. 


[Ghaeinb],  chaaine  9008  (chaîne),  chaane  3387, 
3935,  chaîne  fermant  le  port  d*Acre;  les  rentes  de 
la  chaaine  9008,  les  revenus  des  droits  qu^acquit- 
taient  les  navires  pour  être  admis  dans  le  port.  La 
rime  avec  demaine  (9008)  indique  la  fomoe  chaeine; 
la  rime  avec  criHiane  (3387)  ei  paiane  (3935) 
semble  indiquer  une  autre  prononciation. 

Gbabib  355o,  pr.  3  chiet  676,  pf.  3  chat  790,  p.  f. 
chaeite  1 3oo ,  chaete  8399 ,  tomber;  ol  chaeir  355o , 
dans  sa  chute;  moul  bien  l'en  chat  790,  cela  lui 
réussit  très  bien. 

[Ghaitip],  pi.  cheiiifs  36/49,  prisonnier  (  Richard  tra- 
duit ici  par  captivos), 

[Graitiveisos],  pL  cheitivisons  9653,  8i35  (ms.  chei^ 
ti/sons),  captivité  (le  pluriel  au  sens  du  singulier). 

Ghaleib  :  ne  ptiet  chaleir  9699,  on  ne  peut  se  pré- 
occuper; ne  vous  chaiUe  71 56,  ne  vous  mêlez  pas. 
n*ayeE  pas  Fidée. 

Ghalbngier,  pf.  3  chalenja  19333,  revendiquer,  re- 
prendre. 

Gbambeslesc,  s.  c^am&er/eru  671 5,  chambellan  (terme 
de  service  féodal). 

Gbame.  Voir  Gbaumb. 

Ghaveil,  pi.  chameils  9908,  6760,  chameau. 

Gbamblee,  pi.  chamelees  9169,  charge  de  chameau. 

[Ghampaigke],  champaine  6109,  campagne.  Sur  la 
rime,  voir  Plaigne. 

Gbampai?ib.  Voir  Cbampaiobe. 

Gbanceler,  pf.  6  chancelèrent  6591,  chanceler,  plier. 

GflARÇOB  10666,  pi.  chanrons  60,  9363,  chanson. 

[Graisdbilb],  chcuideille  5688,  chandelle. 

Gbakdbille.  Voir  Gbatsdeile. 

Ghase,  cane  5659,  7578,  7586,  pi.  coites  io396, 
elianes  7009,  canne,  lance  légère  des  Turcs. 

[Ghaneie],  canoie  9607,  9631,  9^33,  95i9,  lieu 
planté  de  cannes,  de  roseaui. 

Ghasgb  i398,  changement,  échange;  8785  change, 
lieu  où  se  tiennent  les  changeurs. 

Ghanterib  19187,  <^i>nl  habituel. 

Grapbl,  pi.  chapels  5993,  chapeals  8758,  chapeau 
de  fer,  sorte  de  heaume. 

[Ghaplb]  :  tenir  copie  65 1 5,  soutenir  le  combat,  la 
mêlé?. 

[  Gharche]  ,  charge  66^6, 1 0895,  faix ,  poids(de  la  lutte). 
La  rime  avec  arche  et  patriarche  indique  la  forme. 


/i76 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


[Charcuier],  pi.  6  chargèrent  9879,  charger  (au  sens 
militaire).  La  forme  est  indiquée  par  chareke, 

Charere.  Voir  Cuariere. 

Charge.  Voir  Cuarcue. 

Chargiir.  Voir  Gbarchier. 

GniRiERB  11 61 4,  charrtere  6Â87,  charere  973,  voie, 
chemin. 

[CnAROiGNs] ,  charoinê  1 1 686 ,  assemblage  de  cadavres  ; 
3655  cadavre. 

Charoli.  Voir  Cirolb. 

GuARTRE,  pi.  charlreê  1019,  ii83/i,  charte. 

CnASTEL,  pi.  chastels  Saoi,  3aoi,  36oi,  château  de 
bois  servant  aux  sièges. 

Chastblaifî  9866,  châtelain,  seigneur  d^un  cliàteau. 

Chastelet  a  1^0,  petit  cbâteau-forl. 

[Chastiibr],  choêiier  7167,  reprendre,  corriger. 

Chat  /i8i5,  68a/i,  A897,  /i83i,  pi.  chais  3ao3, 
chat,  machine  de  siège.  Cf.  Itinerarium  Rteardi 
(III,  8)  :  mêtritnientum  quoddammuriê  ascendendtM 
appUcandinn,  unde  et  illitd  catium  nommant,  eo 
quod,  more  catti  êubrependo,  muro  inhasreat  occii- 
pando. 

Chat.  Voir  Chaut. 

Chatel,  pi.  chatel*  9606,  avoir,  bien;  iaU  lor  cha- 
teli,  les  biens  saufs. 

Chaude.  Voir  Chalt. 

[Chaume],  chames  3366,  chaume,  tige  de  blé. 

Chaut,  chat  7966,  chad  586o,  5996,  chaud;  796a 
chaleur;  chau  pa$  6679,  71 95,  101 93,  d^un  pas 
pressé,  vite ,  aussitôt  ;  pris  subst.  pi.  f.  chandii  63 1 7, 
temps  pendant  lequel  le  fer  est  chaud  et  on  frappe 
dessus.  Voir  Tobler,  Vermischte  Beitrâge  znr  fran- 
zôtiichen  Gi'ammatik,  p.  i58. 

CuBiTir.  Voir  Chaitip. 

Chbitiviso».  Voir  Ghaitivbison. 

Chehaille  11 39,  3 106,  3633,  3786,  6o39,  5o3o, 
56i3,  5836,  6010,  pi.  chenaillee  6806,  cliicn- 
naille,  amas  de  chiens  (terme  de  mépris  applique 
aux  Sarrasins). 

Ghbre.  Voir  Chiere. 

Chbscon  ,  s.  cheecons  9 1 9 , 9 1 3 ,  f.  cheêcone  1 3  9  9 ,  chacun. 

Cbbvalcheûrb,  chevalchure.  Voir  Chbvauchbïrb. 

Chevalchee.  Voir  Cubtadchieb. 

Chevalerir  i9o33,  société  de  chevaliers;  2796,  en- 
semble de  chevaliei-s,  de  gens  de  guerre;  161 5, 
activité  guerrière,  guerre;  pi.  chevaleries  5698, 
6607,  11668,  prouesses. 

Chevalier,  pi.  s.  chevalier  9856,  guerrier*. 

[Chbvauchbûrb],  chevalcheûre  6388  (ms.  chevalchure)^ 


I 


)t 


11957  (^^  ™s*  ^  ^^^  I^on  altérée),  pi.  dk«Ni^- 
cheûres  7891,  monture. 

[CmEVAucBiEB],  pi.  chevalchee  9887,  chevaldumBh^, 
chevauchée ,  expédition  à  cheval. 

CabVeitaigiib.  Voir  GiiE?vrAnii. 

Gbbvblbb,  pf.  6  ehevelermU  630,  tmebev  let 
veux  à. 

Cueventairb.  Voir  Chbvbtaiiie. 

[  GHBVBtAiif b]  ,  chevêntaims  7087  (fém.  d'api^ès  1» 
chetmtaigne  8608,  pi.  s.  ehcteUâm  776s» 
taine,  chef.  La  rime  avec  Tifains^  hmUM9f  ^tgtu 
laisse  U  forme  incertaine. 

[Chiche],  s.  chinchet  1099  (:  i-ichêsy^  einefae* 

Chief  :  a/  chiefde  Sicile  5]  6 ,  à  niK^  des  citrémiiél  et 
la  Sicile;  al  chief  de  Caifha»  3i5o^  da  «M  dte 
Gaïphas;  al  chief  del  Jlam  6089,  i  la  noûrob-ém 
fleuve  ;  de  chief  en  chief  *j^'jH,  d'un  biMt  à  FiiÉre; 
venir  a  chief  ^0^6,  9668,  venir  à  bout;  jNWHftv 
mal  chief  7606,  mal  finir;  en  nul  cki^  8§fl« 
d'aucune  façon. 

G  hier  :  mult  trova  la  terrs  ehi:r3  9008,  ii  Uoam4ÊBâ 
le  pays  une  grande  cherté;  adv.  ekier  ft^39^ 

Chiere  3579,  5876,  pi.  chiereê  A971,  9*oè,  9si6«' 
face,  visage;  Lvsr  la  chiere  680»,  lever  k  téle;^Wf9 
bile  chiere  9697,  faire  bonne  mine;  0  Ugehifr^B^é^^ 
joyeusement;  yhirj  laide  chiere  5i9&,  avoir 
mine  renfrognée;  od  peneive  éhierê  83do,  Vm 
cieux;  od  Lon?s  cJieret  9778,  de  bonne  aHaBi  éf 
hardies  cliier  s  590,  à  la  mine  hardie. 

Cbibrté  i8a8,  amitié,  tendresse;  899^  dierl^. 

GnixcuB.  Voir  Chichb. 

Choche.  Voir  Çocue, 

Cnois,  choix  :  a  chois  5o89,  à  même. 

Choisir,  pf.  6  choisirent  768,  apercevoir. 

Cho>changr.  Voir  Cosichangb.  •    » 

Chose  :fnd  chose  sms  9916,  on  sut;  chamn98  5Mè, 
chose  quelconque. 

GnosBR,  pr.  3  chose  6a8o,  réprimander,  bièaier* 

Ci  :  ci  ad  maie  pès  669 ,  voilà  une  mauvaise  pwb  QL 
Desci. 

CiGL4T0!v,  pi.  ciglatons  io590,  étofiede  prix  dt  §Êf 
brique  grecque. 

[Ciscenble]  :   muschetes  que  nu§  eipskmë 
9539,  cousin,  moustique. 

CiRGB  1937,  pi.  cirges  937b,  cierge. 

Clavbr  i856,  impf.  3  clamât  5676,  pf.  3> 
6378,  p.  f.  clamée  1169,  crier;  11&9  êffêtt; 
i856  clamer  quite,  déclarer  c[iiiUe;  bk^  té- 
clam  er. 


V-v 


..v^'iiA^H^- 


GLOSSAIRE. 


477 


Gui  :  cd  la  eUrt façon  1738,  au  visage  brillant,  ra- 
dieux. 

Clbbc  :  s.  hont  elert  de$  ttcripiwre»  89A ,  sachant  bien 
lire  et  écrire. 

Ci.BBGié,  s.  clergiez  67*8  (avec  le  verbe  au  plur.), 
réunion  de  clercs. 

[CioncBiia],  p.  f.  clofichee  iflo58,  attacher  avec  des 
dous,  crucifier. 

GtoBi,  pr.  3  dot  iQiAa,  enfermer;  donnent  6196, 
fermaient  (la  marche  de)  Tannée;  a  clois  PenieooiU 
97&8 ,  à  la  (In  de  la  semaine  de  la  P^itec^te. 

Ço  53,  etc.,  cela;  ço  davant  dariere  6637,  ce  devant 
derrière. 

CoÂJiDBR  10878,  gér.  coai'dant  38o3,  se  conduire  en 
couard,  avoir  peur. 

GoABDisB  1918,  lâcheté,  couardise. 

CoAiT,  f.  coarde  1996,  lâche,  couard. 

GoG,  pi.  coê  i683  (rimant  avec  da$)^  cjo<i, 

CocATBn,  pi.  qnoquatrtz  6999,  s.  cocairii  6990, 
crocodile. 

[Çocbb],  pi.  choche$  10696,  souche. 

CoBiis.  Voir  GouTTB. 

Coi.  Voir  Qcbi. 

GoiPB  3567,  coiphe  3573,  vêtement  rembourré  qui 
couvrait,  sou«  le  heaume  et  le  haubert,  la  tête  et  les 
épaules. 

GoiLLBiTE  /i/i3  9,  6651,  collecte. 

GoiLUB  363a,  6289,  ramasser;  eoiUtretU  une  taiUe 
7o36 ,  perçurent  une  contribution. 

GoaTB  6937,  pi.  coiltes  loSai,  coitêi  i685,  couver- 
ture; coHtes  parpointeê,  couvertures  piquées. 

[Goilvbbt],  colvert  79 3o,  culvert  9863,  pi.  s.  colvert 
a  160,  r.  coherz  3^io>j,  f.  colverts  iâ3^,  euherte 
ai 58,  terme  de  mépris;  proprement  homme  de 
condition  intermédiaire  entre  Tesclave  et  Thomme 
libre. 

[Goilvbbtaille],  cuvsrtaillj  6i3o,  ramas  de  gens  mé- 
prisables. 

Coi.\TB  6583,  avisé,  adroit;  f.  pi.  eointee  1686, 
io5aa,  élégantes. 

Ck)rrB.  Voir  Coiltb. 

[Goitier],  pf.  3  ciita  1939,  pousser,  presser. 

GoLEB  :  $8  cola  3635,  s'écoula,  s^enfuit. 

CoLOMBB,  columpn^  3554,  colembâi  386o,  colonne. 

CoLP.  Voir  GoLP. 

GoLTBL.  Voir  GoUTKL. 

GoLUMP5B.  Voir  Colombe. 

COLVBBT.   Voir  CoiLVERT. 

CoM  46,  etc.,  comm  i453,  iai8o,  cum  lao,  etc., 


corne  18a,  etc.,  cume  i^3û  etc.,  comme;  sicom 46, 
etc. ,  comme  ;  corne  dl  gui  738 ,  comme  il  est  na- 
turel â  des  gens  qui;  cum  en  e$té  ]o386,  comm? 
il  est  naturel  en  été;  corne  eanz  chalz  11999,  ^^^' 
bien  qu'on  peut  le  faire  sans  chaux. 

GoMANDBB  4oi  :  a  /Kjii  te  conuuU  19995,  je  te  re- 
coHimande  à  Dieo;  a  diabUe  $s  eotnandouent  7899 , 
demandaient  aux  diables  de  les  emporter. 

GollA^T  19396,  commandement. 

GoMBATBE  :  le  combatant  1978,  le  belliqueux. 

GoHB5çuLLB  676,  3997,  pi.  f.  comentailleê  6787,  ini- 
tiative ,c  on  mencemenL 

[Gohb!icibb]  :  sbj.  pr.  3  coffMiul  3,  commencer;  alco- 
msncer  7a3,  au  commencement. 

GoHB?iT  :  cornent  que  933,  quoique. 

GoHPANOR.  Voir  GoKPAiioir. 

GOMPBSSIOB.   Voir  GOKFBSSIOH. 
GOMPORT.   Voir  CoifPOBT. 

GoMiN  io5a9,  cumin. 

Comm.  Voir  Gom. 

GoiiovBiB,  p.  f.  comeûi  9796,  ébranler. 

[Compaicrb],  compaine  9974,  eompainiâ  a840,  com- 
pagnie. La  rime  avec  Ahuuiigns  (9976)  indique 
la  forme. 

GoMPAiGNiB  4739,  compainie  5634,  compagnie. 

GoMPAïQiiOK  :  s.  compainz  h  roi  i4i6,  6699,  pi.  r. 
cotnpm'gnons  reiah  6730,  compagnon  du  roi,  titre 
que  Richard  d'Angleterre  avait  accordé  â  quelques 
chevaliers  d'élite  attichés  â  sa  personne. 

GoMPAiNB,  compainie.  Voir  Gompaioke. 

CoiiPAi?(iB.  Voir  C0HP41GMB. 

GoMPARBB,  pf.  3  cwnpjra  a 63 3,  6  comparèrent  7943, 
p.  s.  comp.rjz  38S9,  payer,  expier;  tant  ad  eeté 
compare!  5979,  elh  a  coûté  si  cher;  impf.  6  ii  h 
compcroieut  5667,  p.  comparé  Feùeeent  770,  pay^^r 
lei  frais  de  Ta  (Taire,  y  avoir  le  dessous. 

GovpAssBR  5096,  établir,  arranger. 

GOMPERER.  Voir  COVPAREB. 

CoMPissiER  3718,  salir  d'urine. 

CoMPLiHDBB  7968,  impf.  3  ne  complainoit  4io3,  ^u> 

plaindre. 
GoMRLAiRTB  49o6,  lameutatloo. 

COMQOBBBB.  VoiP  GoRQUERBB. 
GOMQUBSTBB.  Voir  Go?(QOBSTBR. 

Coiiu5,  pi.  8.  tôt  eomuH  790,  tous  ensemble. 
GoHuiiB  61 5,  864,  commune,  réunion  de  bour^aois; 

en  eomuns  11599,  ensemble,  en  bloc. 
GoMDRBiiBXT  934 1,  d'ftccord,  unanimement. 
GovTSBsiB.  Voir  Cokvbmbr. 


A78 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


CoNBATRB.  Voir  CoMBATRB. 

Go!(CHANGE  :  ctUiu!  avrtl  et  mai  en  conchange  3563,  au 
moment  du  passage  d'avril  à  mai  ;  en  cel  chanchange 
5295,  en  celtn  occurrence. 

Co5ciLB  5595,  6990,  7763,  concilie  5195,  réunion 
politique,  assemblée.  Le  mot  est  fém.  6990,  masc 
ailleurs.  La  rime  avec  vile  (5i95,  6990)  indique 
la  forme. 

CoNDos  ]o/ii3,  pente,  condos. 

GoxDUiBB  7988,  sbj.  impf.  3  conduisiet  t86â ,  escorter. 

Go!iDciT  7987,  escorte;  5107,  5ii3,  118^8»  11913* 
sauf-conduit;  el  conduit  Deu  19309,  ^^  ^^  ^^^~ 
conduit  (qui  aurait  dû  le  rendre  inviolable)  de 
Dieu. 

CoxESTABLi  981,  s.  conettûbles  11876,  pl«  coneetablet 
9*io8,  ordonnateur,  directeur;  981,  maître  d^b6- 
tel;  à'jik  conestable  de  Sez  :  voir  Sebz  a  la  Table 
des  noms  propres. 

GoKBSTABLiB  11&38,  pL  conestobliêM  3965,  338a, 
11873,  section ,  division. 

[Goupanon],  covrfanon  9919,  étendard  servant  de 
ligne  de  ralliement. 

GoNfàs  :  (ee)  faire  coifèe  iio63,  se  confesser. 

[Gonfbssion],  comfetsion  9597,  épreuve  (terme  em- 
prunté au  langage  de  Tbagiographie). 

GoRroNDBB  :  Deu  le$  confonde  9811,  que  Dieu  les 
perde  I 

[Gonfobt],  comforl  1989,  reconfort,  encouragement. 

(iONFORTER,  conforter  38,  consoler. 

CoHCiÉ,  congé;  pi.  $anz  congiez  blkli6\  a  ton  congié 
8789 ,  a  /or  congiez  19988,  ayant  pris  congé  de  lui , 
d'eux. 

GoFIISATtCBS.  Voir  GONOISSANCE. 

[Gokoissancb],  pheoniêancei  i6Aâ ,  marque  distinctive 
que  les  chevaliers  portaient  sur  le  heaume  ou  Tar- 
mure. 

Go:<iQi?ERRB,  gér.  comquerani  i5â/i,  vaincre,  battre. 

GoKQUEST  7386 ,  938/i ,  conquête. 

GoRQUBSTER,  pf.  6  conquesterent  9910,  p.  f.  comqueilee 
9199,  conquérir. 

GoNRBER,  pf.  3  conreia  ]63o,  Ao3i,  6  conreerent 
996 A,  p.  conreé  9706,  3A37,  /io53,  f.  conreee 
5700  (conree),  arranger,  ordonner;  se  c,  s 7 06, 
996/i ,  s'ordonner;  ie  c,  de  bataille  âo3i ,  se  mettre 
en  ordre  de  bataille;  «t  conreé  3637,  en  tel  état; 
tels  let  conreia  i63o,  les  arrangea  de  telle  façon. 

Go^REi  o3()  etc.,  pi.  conreiz  9066  etc.,  arrange- 
ment; conreiz  9966,  9986,  3676,  7967,  divisions 
de  combat;  gent  conrei  9989,  belle  ordonnance; 


conrei  de  bataUle  1910,  équipement  d^ 

prendre  eonrei  53o,  869,   ii35o,  8*arraqgar  de. 

façon ,  prendre  soin. 
GoifsEiL  :  par  conseil  1609,  pour  le  conseiller;  àéfr* 

conseil  hgi^  autre  expédient. 
GoNSBfLUBR  (Se)  77,  se  tirer  d^aiïaire^ 
GoRSBRTiR  :  pf.  3  consenti  3 à 6/1 ,  permettre;  li  «M  m 

voleit  Vautre  consentir  1  o65o ,  Tan  ne  Yooittil  pes 

faire  de  concessions  à  Tautre. 
GoNTB  9&/17  etc.,  s.  euens  59,  178,  995,  s63Sil&, 

quens  963o  etc.,  coens  9971  etc.,  pi.  s.  cesUé  §3, 

comte. 
GoNTE  56,  compte;  de  quel  conte  9818,  dans  ^pwBei 

conditions. 
GoifTBMPLB  :  en  cel  contemple  3o9i,  36i8,  §#46, 

7937,  en  ce  temps;  einz  celcontenqtïegiig^  MMÎt 

ce  temps;  el  contemple  que  91179  dantletenqitoè* 
GoRTMEiiBirr   8896,   19196,  contenance,   manièw 

d'être. 
GoRTERiR,  pf.  6  se  contindrent  6566,  84So,-  |k*  a. 

s'estait  contenuz  66o9 ,  se  comporter. 
GoRTBRZ  905 1,  discussion,  querelle. 
GoNTBR ,  p.  pi.  contez  11619,  compter. 
[Gortrailb],  contraiUe  6938,  dépit,  contranélé.  ter 

la  rime,  voir  Pailb.  C'est  une  autre  forme  deCiV- 

TRAIRB. 

Gortraille.  Voir  Gortrailb. 

GoRTRAiRB  1936,  7819,  dépit,  contrariété;  et 

TRAILE. 

GoHTRALiiBR  :   impf.  6  contrtdiouent  10661, 

contrarier. 
Goi^TRB  :  contre  val  565  (éd.  contreval),  etc*,  en  hÊÊt 

contre  /if  6801,  au  lit. 
GoNTRBDiRB  :  pf.  6  contredistrent  6i39,  s'oppo— '  é;. 

GOKTRBPRBSTURB.  Voir  CoRTRBPaBSORB. 

[Go?iTREPRESDRB],  confnprtfsture  iiSgS,  presae* 
GoRTRBQUERRB ,  p.  contrsquis  88 1  o ,  f.  caiUretpdaê  9ol6t 

requérir. 
GoRTRBscRivRE ,  p.  f.  pi.  contrescrites  loio,  eoféen* 
GoRTRESTER,  pf.  6  contrcslerent  10816,  résbterè*' 

GONTREVAL.  Voir  GORTRE. 

GoHVBBR.  Voir  GonVBIBR. 

GoRVBi  999,  335,  accompagnement. 

GoRVKiBR  3oi,  Il 35,  eonveoienl  6395,  accompi||HWV 

faire  la  conduite  à. 
GoRVBiEOB,  pi.  s.  339,  celui  qui  BCCOUïpÊgaB»  - 
[  GoNVEBSBR  ] ,  comverser  6958,  séjourner. 
Convenir.  Voir  Goverir. 
Cor  VIVE,  pi.  convives  6167,  festin. 


./ 


GLOSSAIRE. 


479 


Copi.  Voir  Coupe. 

[Coi],  pi.  conu  9860,  cor. 

0011018735,  cœur,  âme;3a/i  (<^«rffg<?),  1791,8969, 
dispositions;  6998  (curage) ^  caractère. 

CoRiiLLB  3736,  entrailles. 

CoBAJOs,  pi.  f.  corajose$  3ii6,  coregêus  7161,  coura- 
geux. 

CoRDBLB  i56o,  corde. 

CoRBciBR  :  pf.  3  Me  corera  1891,  p.  s.  ccreciei  19C7, 
pi.  coreciez  907,  f.  pi.  corecien  836,  courroucer, 
Olcher. 

CoRBB  /laAo,  entrailles. 

CoREGBus.  Voir  CoRuos. 

CoRîJ.  Voir  Cor. 

CoROMPRB,  p.  r.  cfyrompue  1 1G87,  infecter. 

CoR05B  â/Ï9  9,  tonsure  cléricale. 

CoBPORBLMBNT  83,  corporelleuient. 

CoBRB ,  cuire  9 1 83 ,  courir  ;  einsi  Vavenlun  eunU  9436 , 
ainsi  le  voulut  le  sort  ;  coranz  1 1 3o ,  rapides. 

Cors,  personne  :  le  con  le  rei  9009,  le  roi;  «û  con 
7816, lui-même;  en  appositioDi'/tw cors 836 0, lui- 
même,  ele  $iê  cor»  9086 ,  elle-même,  /t  rete  $iê  cor$ 
Aemaine  1 1 1 38 ,  le  roi  on  propre  personne;  en  con- 
struction dépendante  :  /i  reit  dieeii,  son  cort  nome€- 
ft^^f^i  9716,  le  roi  s'engageait  nominativement;  lui 
et  ion  cor»  1 1 966 ,  lui-même. 

Cors  :  a  cor»  98/17,  lot  a  cur»  5o86,  clairement,  sûre- 
ment; tôt  le  dreit  cort  9860,  tout  droit. 

[Cobsibr]  :  chamelz  curtiert  io563,  chameaux  de 
course ,  rapides. 

Cort  863o,  curt  an  ,  8635,  cour,  assemblée  tenue 
par  un  roi,  fête;  curt  9676,  cour  royale  en  fonc- 
tion judiciaire. 

Cort,  court  :  tenir  curt  9678,  presser:  cort  7966, 
adverbialement* 

[CoRTBis],  aimable,  gracieux;  plu»  curteis  change 
1898,  changement  plus  agréable. 

CoRTEiSBiiBNT  i658,  polimout,  courtoisement. 

[Cortbisie],  cortoi»ie  383,  chose  aimable,  courtoise. 

CoRTiLLiCB  :  cortillage»  i  ]665,  jardins,  potagers. 

COBTOISIB.  Voir  CoRTEISIE. 

CosT  19  110,  13117,  cu»t  709,  1010,  dépense;  a 
»on  cust  8091,  à  SCS  frais;  de  grant  co»t  8897,  de 
trop  grant  co»t  6816,  ayant  coûté  très  cher;  od 
grant  cu»t  7896,  chèrement  (fig.). 

CosTB  6196  (ms.  éd.  encoste  pour  en  co<f«),  cote,  ri- 
vage. 

CosTBiER,  pf.  3  co»teia  666,  gér.  co»teiant  1976,  cô- 
toyer; lejlum  cosleierent  6057,  suivirent  lo  cours 


du  fleuve;  coeteiant  1991,  suivant  (Tarmée)  sur  les 
flancs. 

CosTBB,^ coûter;  la  haute  feete  qui  tant  cotte  6556, 
9869,  si  précieuse,  si  sainte;  t7  li  cotta  9790,  il 
lui  fut  pénible. 

CosTiERB  9188,  5867,  côte,  rivage. 

CosTiL,  pi.  cottiz  85 1,  cotaau. 

[Costumier]  :  quin  (ms.  éd.  9111)  iert  cuêtumer»  5695 , 
qui  en  avait  Thabilude. 

Coup,  pi.  coU  756,  coup. 

[Coupe]:  co/>et  batre  1  io63,  9e  frapper  la  poitiîne  en 
s'avouant  coupable. 

Coûte  L,  pi.  col  tel»  83io,  couteau. 

CovEiTiBR,  impf.  6  coveitouent  6876,  convoiter;  la 
coveita»is  coveitier»  1 159,  son  désir  la  convoita. 

CovBiTisE  9711,  convoitise. 

CovBiTOS  1095,  désireux. 

CovEifARCB  1788,  9619,  5999,  5377,  ^^90«  pl*  ^^' 
renonce»  5898,  convention,  pacte. 

CoTRRAFiT  9619,  3769,  pi.  covenanz  5691,  engage- 
ment, promesse;  ]9ar  covenant  6171,  suivant  son 
engagement. 

CovERiR ,  pr.  3  covient  9 ,  impf.  3  conveneit  695,1710, 
pf.  8  covtn(  716,1188,1906, sbj.  impf.  8  conveniet 
8590,  falloir;  les  en  mitt  en  convenir  8598,  leur 
laissa  la  décision,  le  choix. 

CoTBRT  :  tontir  covent  7066 ,  tenir  parole;  par  tel  codent 
61 98,  à  condition. 

CovBRTOR  19908,  couverture  (fig*)* 

CovERTURB,  pi.  corerftiret  663o,  1 1696,  couverture  de 
cheval ,  housse. 

Craaictbr.  Voir  Crbarter. 

Cras.  Voir  Gras. 

Crbarcb  9908,  croyance,  foi. 

Crbanter,  pr.  3  créante  198)68,  certifier;  creantee 
11809,  craantee  7081,  ratifiée. 

Créature  5865,  nule  crealura  59 10,  rien  au  monde. 

Crbistbb  pf.  3  crut  910,  9789,  p.  f.  creiM  708, 
9886,  9886,  accroître  (trans.). 

Cresmé,  pi.  s.  1758,  baptisé,  oint  du  saint  chrême. 

CRBSTé,  crête  :  Veve  creetee  616,  Teau  rapide,  dan- 
gereuse. 

[Crestiibii],  eriêtien  pasa.,  f.  ûrittiane  69,989  3,  chrétien; 

Cri  :  pcr  cri  de  gent  9 06 5,  de  crainte  des  cris,  des 
protestations  des  gens. 

Crirb  6670,  cris;  7998,  9791,  cri  public,  procla- 
mation. 

[Cribmbrb],  criendre  383o,  8869,  6616;  impf.  3 
crewteit  563o ,  cremoit  1776,  ôcremaent  99S8  «  p.  s. 

60 


mVKIKtttl    ■ATlOaâlt. 


m 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


crmui  I A  3  « ,  craindre.  Les  (bnnet  lulrcs  que  l'in- 
finîlifindiqueot  pour  celui-ci  «rûmira;  la  rime  avec 
Bpritmbn  Ità  1 6  e«t  en  fiirear  de  la  même  forme. 

CiitKBH.  Voir  Cbiinbbe. 

Ch[ëi  5379,  convoquer  ptr  cri  public;  p.  t.  eriie 
799^1  crier  une  proclaoïalion. 

ClISTIÀN,  critliên.  Voir  CiUTiiiii. 

Cmillmmt.  Voir  Ciolukekt. 

OioiHHEiT  56,  croisade. 

[Ckdluhhit], pi.  crotflmiwHii&oS, agitation, secoane. 

('loLLBi  In  tMU*  7676,  secouer  li  tète. 

CiOT>,  pi.  erolei  19077,  g^olle,  carême. 

r.MiL,f.  a8ge,crud. 

Çnc»  10599,  >uiTe. 

Cdifh.  Voir  Coiiti. 

[CDiD»i],pr.  icuri7i9,  i356,  986&,imp(.3f¥i<i(il 
(67,  io36 ,  9765 , 6  quidoiimt  983o ,  qmdtitat  690 , 
pf.  3  qaida  iâ37,  «Ï5),  s835,39ii,  6  gmdtrmt 
3oo3,  3i5g,  croire,  a'ima^ner. 

CniBi  :  (Gg.)  mu  «Khaufa  pur  «U  «air*  779,  nou» 
■nia»  pour  leur  perle. 


il  que  Ton  M 


Cditieb.  Voir  Coitier. 

CuiiRE  G39â ,  6373,  eni 

Cdiih  637A,  earquoi». 

{CciiiEiEi],  p. f. euknim  3363, mer, 

CoitBoiEi.  Voir  CuiTiiiiB. 

CuLTiEt.  Voir  C011.THT. 

Cuu.  Voir  Coa. 

Cvm.  Voir  Co>. 

CoiADC.  Voir  Conioi. 

Cdriilli  6795,  balayurw,  rebnL 

Cou  1 1 7, 1 1 6,  )768,pensée 

Cdkie.  Voir  CoiiE. 

Cuis.  Voir  Cois. 

CuESiM.  Voir  CotSIER.   - 

Cdkt.  Voir  CoM. 

Cdit.  Voir  Co*T. 

CuiTEIg,  Voir  COETH». 

Can.  Voir  Cotr. 

ClETDMIk  Voir  CotTDItlK. 
Cdtebt.  Voir  COILTIST. 

GnvEETtiuE.  Voir  Cihiteitiium. 


DiaiGi  660,  769,  etc.,  s,  Zaii  damagt,  dom- 
nwfje;  metir  tn  ilamegt  368o,  nalraeoer,  endoin- 

[DlNlSEEiasE],  damajerau  35Ao,  qui  fait  dn  mal, 

dooinugeabl*. 
Dabueiehe.  Voir  DimoEattsE. 
[DiHittEL],  iij.  damîult  9^91,  damoiMU  9SI1,  jeune 

homme,  garçon, 
[DiHUSILl],  pi.  ianaitU$  567g,  iamaUtht   «AaS, 

jeune  Glle,  demoiadle. 
DiUiaiL.  Voir  Dimeuil. 
DiiHiiEui.  Voir  DiMEiacLE. 
DianiBEo,  9.  Dampnedmu  1^98,   le  seigneur  Dieu, 

DiMOMEL.  Voir  D*aEIBEL. 
DlNOKBLB.  Voir  Dl>EI»II.I. 

DiapiiEDiD.  Voir  D<ih:<edeu. 

DuiaiH:  a  gnuti  dangùr  hSbtt ,  en  faisuit  de  grandes 
àitSa^tèaiionzdangiir  (i36â,  6088,  tans  rencon- 
trer d'obslacle,  de  difllcuUé;  atn  m  daagûr  de 
)6io,  ifinr  à  rcdouler. 

Di*T,  pi.  dan  3787,  dard. 

DE,de4  9&,49,etC,  par;  tâi,A6i,t9gâ,  9010, ele., 
i  CMwde;  AA,  )93oG,  etc.,  au  Eujel  de;  >o8i, 


pour;j>reit  li*  a56,  a83,  UmtfffétpoBrt ]■*■■*'> 

9i8o,  M  préoccuper  de;  lam'r  it  fMm  titttt 

avoir  reipérienee  de  la  guerre  ;  *•  mmmm*  4r  gtmrt 

916,  parlir  «1  guent<;  i(  fat  taU  étmt  ^dgWa 

fiCA] ,  il  se  défendit  ai  bien;  jirMil*  iSSg.fiarf. 

lier  avec;  «rrol  d»  irei  rf«  mM  i>9i,amtp«'^ 

vent  pour  le  faire  marcher  ;  d(  fo  ^  tt  «i,/iH»t  Ul, 

par  sa  maoîtrc  d'agir.  —  Sur  l'iwMn^  tta  it* 

ciprimant  la  poaaesaion,  detant  on  non  i»  ftt» 

sonne ,  voir  Tlntroduction.  —  LocntioBC  t  êi  ^ut 

acoil,  d'tmctmrit,  d»  grtnt  haUUê,  itjt,  Jk  kftt, 

d*  nient,  dt  gra»t  ovroûw,  à»  prmm,  ii  frtttii 

(ol,  is  veir,  vnr  ces  mot*.  —  Da  «mfi^tfM 

p/iu  i388,  etc.  —  0(  i»6A,  oerr.  Â)a.    -  '- 

Debâtm  ta  tetU  5533,  k  dotmer  do  Mud,  N.MM 

la  Ulc.  ■  T.-    . 

Deioist:».  Voir  DisEDitTia*.  ' 

Deebisier,  p.  f.  (UrtnM  68A&,  détruira,  brJMr.- 

Deç*  6A  (éd.  df  fa),  de  dtça  787,  igoS,  daMtW- 

ci;  787  d'occident,  ptr  <^po>tlioa  1  la  Sjrih 
Decieiei.  Vmr  DEaciilEi. 
DiCLia  :  mitt  a  decfi'n  8&88,  ruina  dana  iMTfdi- 

DKOLn,  p.  iteM  9570, 


GLOSSAIRE. 


481 


Dioufz  :  ceU  dêdenz  9601,  cil  dedenz  9876,  ceux  de 
riotérieiir. 

Dbdoim  :  §e  deduiant  iHk6,  se  promcnaat  pour  son 
plaisir. 

DiPiiLLiR  9965,  impf.  6  defatllouent  9969,  d63o 
{^ff-)j  pf*  3  défailli  3768,  cond.  6  defailUreient 
8960,  p.  s.  defailliz  5698,  manquer;  9905,  p^srdre 
courage,  lâcher  pied;  te  defmllir  363o,  manquer 
(à  une  habilude);  5698,  manquer  (à  ses  engage- 
ments); il  Ven  dfiffaillereient  8960,  ils  lui  en  fe- 
raient défaut,  ils  ne  les  lui  serviraient  plus  (ses 
revenus). 

DepALTE.  Voir  Depaute. 

I  Depaute],  deajaule  38i5,  échec;  tant  défaite  i^^k^ 
sans  faute. 

Dépendre  539,  refuser. 

Depeusable,  s.  6362,  pi.  s.  36i5,  capable  de  dé- 
fense, résistant. 

DiPBRSB  9979,  dejfeme  0991,  matériaux  de  défense; 
defen$e  19119,  manière  de  défendre,  excuse. 

Deppaillib.  Voir  Dbpaillir. 

Dbppbksb.  Voir  Defe?ise. 

Depire,  desjire  965q,  pr.  6  deJUenl  716/1,  sbj.  pr.  3 
detfiêe  1808,  manquer,  défaillir. 

Dbpubleb.  Voir  Desfuoleb. 

Dboarocuier  3939,  se  briser;  degarocha  39Ûi,biisa 
(trans.). 

Debbit.  Voir  Deshait. 

Debbt.  Voir  Dbshait. 

Deignier,  pf.  3  deigna  85o ,  sbj.  impf.  3  deignatt  61 4 , 
1903,  consentir  à. 

Dejo8TE  i58o,  9o55,  9  566  (éd.  de  joête)^  près  de. 

Delaiemekt  55 16,  délai,  retard. 

Delaier,  p.  f.  delaiee  i38o,  relarder  (trans.). 

DftLicios,  delicioie  5G78,  délicieusement  abondant. 

Délit  /i8o9,  plaisir. 

Delitier,  impf.  6  te  delilouent  5689,  se  donner  du 
plaisir. 

Deuvre  903,  1079'!,  s.  deliwet  9607,  75/i3,  pi.  s. 
deUtre  6960,  délivré,  quilt'»;  a59,  1079/i,  agile, 
prompt. 

DEUfRBMENT  9:Jo/j,  promptemeut. 

Délivrer  (Se),  pr.  3  te  délivre  179,  s*acquitter. 

[Dblurer]  :  le  fondement  delurerent  d'une  porte  8010 
(Richard  traduit  :  portât  tmtjont  altiut  fundamenta 
ronfodiendo  perquirente»  j  u»qne  ad  iptiut  macei'iei 
toliditatem  dejccei'unt  directam  lapidum  congeriem; 
il  doit  manquer  quMqiie  chose  dans  le  français). 

Dewa^ieis  37'i3,  inconlinenl. 


Demain  :  el  demain  667,  1953,  1677,  8997,  le  len- 
demain. 
Dbmbi3ighb    10807,    faute   d'impression    pour   Dib- 

MElIfCHB. 

Dbmeinb  1673,  etc.,  liBJiuitiM  701,  etc.,  1673,  1895, 
6573,  7965,  propre;  as  pUcet  demaùuê  11937,  à 
la  propre  place  ;  tit  cort  detname  1 1 1 38 ,  en  propre 
personne,  aSsû,  A/191,  lui-même;  m  demaine 
3o65,  9007,  en  propre  ;  «mon  imiuiMM  701,  971  A, 
en  sa  possession;  de  ton  demaine  7966,  9807,  de 
son  domaine  propre. 

Dbmenbr,  pf.  6  démenèrent  6âo,  traiter;  p.  pi.  s.  dé- 
mené 1570,  promener,  dégourdir. 

Dbmbkter,  impf.  6  te  dementownt  io55,  98/18,  sV- 
fliger,  se  plaindre. 

[  Dbmbrtibrrs]  ,  demêtttét^  56 1 3 ,  tandis. 

[Dbmbntibrs],  dementêrt  i639,  tandis. 

Dbvbsler.  Voir  Dbsmbslbr. 

Dembtrb  (Se)  3919,  renoncer. 

Demorancb  1879,  5991,  séjour,  attente. 

[Demorbe],  demuree  3591,  séjour. 

Dbmorer  9576,  pr.  6  demuerent  86,  pf.  3  detnora 
996,  gér.  demurant  9060,  attendre,  tarder;  86, 
rester  (au  service  de  Dieu,  y  mourir). 

Demorbe.  Voir  Demobbe. 

Dbmobbr.  Voir  Demorer. 

Denier,  pi.  denert  /i993,  denier,  monnaie  d'argent, 
douzième  partie  du  sou. 

Dbnree  958,  6365,  ce  qu'on  a  pour  un  denier; 
6099,  6176,  pi.  denreet  1066,  provisions  de 
bouche;  a  chieret  denreet  6081,  à  très  haot  prix. 

Départir  6588 ,  séparation. 

Départir  3oo,  679,  pf.  6  départirent  3i  17,  p.  f.  de- 
partie  911,  879,  6191,  pi.  departiet  916  (ms. 
partiet)^  1966,  séparer;  départir  la  mellee  679, 
séparer  les  combattants;  al  départir  3oo,  an  mo- 
ment de  la  séparation;  3i  18  se  séparer  (intrans.); 
879,  916,  attribuer  comme  part,  donner;  te  dé- 
partir granz  coût  3117,  se  distribuer  de  grands 
coups. 

Dbpbcrier.  Voir  Dbfbcibb. 

Depecisr,  depecJtier  3896,  impf.  3  depeçoit  356 1, 
depatçoit  h^k^y  pf.  3  dêpetça  6750,  19059,  6  de- 
pêiciereiU  8959,  depetehierent  365o,  p.  f.  depecie 
6836,  mettre  en  morceaux,  déchirer;  te  detpera 
19059,  ^  brisa. 

Dbpbrmib,  pf.  6  deperdirent  i965,  perdre,  perdre 
de  vue. 

Dbpbschibr.  Voir  Dbfbcirr. 

60. 


hSi 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


Dbpbscieb.  Voir  Depecibr. 

Dbpobt  33o8,  divertissement;  a  gi'ont  déport  ^/io,  en 
grand  plaisir;  toz  1$$  detpcrz  1763,  tonte  la  jouis- 
sance. 

Déporter  (Se),  impf.  3  te  déportai  3638,6  sedepor- 
teient  710,  pf.  3  te  depwta  3636,  se  divertir, 
prendre  plaisir. 

Déposer,  pr.  3  detpose  55o],  p.  detpote  8585,  dépo- 
ser (de  son  rang);  p.  pi.  dépotez  3o,  dépouiller, 
chasser. 

Depreibr,  sbj.  pr.  3  deprii  6796,  prier. 

Dbrbraih  aSgg  (ms.  ibratn),  pi.  dereraint  801 ,  10875 
(ms.  deraine),  dernier. 

DBRBRAiNBMERt  1 1066  (ms.  derainement)  ^  en  dernier. 

Derierb  :  en  deriere  8618,  par  derrière,  en  secret; 
qw  que  il  pentatt  en  deriere  3698,  quelle  que  fût 
son  arrière-pensée  :  en  deriere  778/i  parait  opposé 
à  arrière,  comme  marquant  plus  nettement  la  re- 
traite, la  reculade. 

Des  5a 9,  depuis.  Cf.  Dbsci. 

Dbsabkgier  5535,  déraciner  (fig*). 

Dbsalbibr,  pr.  3  detalie  7090,  p.  f.  deealtêè  6190, 
débander,  désunir. 

Dbsarebr,  p.  pi.  s.  detareé  3638,  en  désarroi. 

Dtskstu^LMyip.Ldetatemblee  7998,  désunir,  séparer. 

Desatemprer  :  celé  gent  detaiempree  1193a,  ces  gens 
mal  dressés,  indociles,  sauvages. 

Dbsaûsbr  :  la  gent  de  bien  detaÛMee  6763,  la  race  qui 
n*a  pas  Tusage,  la  pratique  du  bien. 

Desbarbter,  pf.  a  detharetat  9613,  défaire  (à  la 
guerre). 

Dbsbauchier  ,  p.  f.  detbauehiee  9888 ,  mettre  en  dés- 
ordre. 

[  Drsboistirr]  :  p.  pi.  s.  dethottU  1 5o8 ,  dehoittié  1 57  a , 
éclopés,  détraqués  (en  pariant  de  chevaux). 

[Desboscdier],  pf.  6  dethucherenX  7119,  sortir  d'une 
embuscade. 

Dbschargibr  i566  (ms.  charger) ^  débarquer. 

Deschater  36 1,  déposséder  (prov.  detcaptar), 

Desciievaugbier,  detchevalchier  669/i,  pf.  detchevau- 
cherent  9990,  renverser  de  cheval. 

[Dbsci]  i93o  (de  ti),  1980  (de  et),  99/16  {de  si), 
2936  (de  ci),  3399  (de  II),  3369  (deti),  6919 
(de  si),  6606  (de  ci),  7o58  (de  it),  9805  {de  ti), 
10966  (det  ci),  depuis  ici  jusque;  dans  Tespace  : 
detci  qu'ai  port,  qu'at  porz,  qu'ai  Far,  qu'ai  pié 
de  la  montaine ,  qu'a  Ypre;  ou  dans  le  temps  :  detci 
qu'ai  teir,  qu'a  la  nuit,  qu'a  la  Nativité,  qu'aprèt 
mangier;  par  exception ,  la  limite  est  placée  en  ar- 


rière :  de  ti  que  de  iert  comenci»e  70S7.  —  Gel  ad* 
verbe,  composé  de  iet  et  et,  pourrait  8*éenfé  en 
deux  mots,  et  c*est  ce  qui  a  été  fidt  daas  le  ti9ile« 
mais  les  variations  graphiques  entre  de  «1,  4i=ieat 
det  ci  montrent  que  les  deux  éléments  ëtaienl  éini* 
tement  liés. 

[Disgiribr],  impf.  6  deàrouent  9996,  déchirer. 

DxscLOBB,  pf.  6  detclottrent  3885,  ouvrir  de  foreSt 

[Descombrbi]  :  qu'il  n'eûtt  grant  a  dê9eimbrmr  tA0 
(  :  nombrer)  ;  le  sens  de  ce  vere  est  obscur,  j*ai  eam- 
pris:  «sans  quMl  àùi  prendre  beaucoap  de  peiae»; 
mais  il  faudrait  sans  doute  remplacer 
par  encombrer  et  changer  tout  le  vers. 

Dbscombribr.  Voir  Dbscomrmr. 

Descompire.  Voir  Dbsconpirb. 

Descompiturb.  Voir  Dbscokpitdri. 

Dbscomport.  Voir  Dbsgoiiport. 

Descokpirb  807,  pf.  6  detconfirent  985,  p.  f. 
9699,  déconfire,  défaire  (àlaguerre);pf.  6 
confirent  9988,  sbj.  impf.  6  m  deteoi^eùtmtté^k^ 
(ms.  detconfittent),  lAcher  pied,  plier. 

Desco>piturs  i893,(/efcom/?(tira  1766,  aSoS, 
fiture,  défaite. 

Desconport  967  (detcomfort),  95o9,  pL' 
6698,  déconfort,  affliction. 

Dbscouporter,  impf.  6  detconfortouenl  9id3,  p» 
confortée  37,  décourager,  affiger.  *    . 

[  Desconrebr]  :  pf.  3  detcunreia  1 699 ,  inilendéaaitol\ 
6  te  detconreierent  11610,  quitièreot  lenm  ramM^ 
mirent  en  désordre.  -.''■'■ 

Drscoxrbibr.  Voir  Dbsconrbbr. 

DEScoxsBiLLié,  f.  detconteiUm  7817,  pL  iaacoMiiHîilÉ 
5 198,  sans  direction,  désorienté.  >y 

Descordarcr  8961,  discorde,  désaccord.  'v 

Dbsgordb  109,  discoru'e;  a  deêcordê  965  «  en  diUB»* 
cord.  • .  1 

Descordbe  917,  535o,  83o5,  8363,  iÛMriiaMflî 
discorde,  désaccord.  .  -^ 

Desgorder,  pr.  3  detcordê  966,  p.  dêêCordé  9ê%§\ 
brouiller,  mettre  en  discorde;  deteotitnHt  té|0| 
furent  en  désaccord. 

Desgorder,  impf.  6  deteordoient  aaiS^  pf.  3 
3768,  lâcher  la  corde  (de  Tare),  déooehflfv  lil 

Dbscotenub  35,  malheur. 

Dbsgovrir  :  p.  f.  detcoverte bû'jS ,  révélée;* 
93i3,  à  découvert. 

Dbscrbistrb,  pf.  3  detcreut  6096,  gér. 

6097,  décroître;  ({^fcretiai6i8,  dàCtfdiinMev 
décrue.  *  *l 


♦•■ 


r* 


.  -k-  .-^màim 


GLOSSAIRE. 


A83 


Dbscicchiib,  pf.  3  dêtcrvcha  10071,  renverser,  jeter 
à  bas;  voir  Deicrunquier  dans  Godefroy. 

Dbsdbigiiier,  pf.  3  m  dnieigna  639,  se  fâcher,  s'in- 
digner. 

DssDUGROB  8926 ,  courroux,  dépit. 

DisDinB  6658,  impf.  6  de$ài$eiênt  91Â/1,  contre- 
dire. 

Dbsbbtb.  Voir  Dbssbbte. 

Dbsbbvib.  Voir  Dbssbbvib. 

DBSPiinB  la  tençon  669,  apaiser  la  querelle;  dnfaire 
1  o4o,  imp.  5  desfailes  aaoo,  mettre  à  mort;  p.  s. 
deB/aii  9930,  accablé  par  Tâgc. 

Despiutb.  Voir  Dcpautb. 

DBSPBnivé.  Voir  Dbsfbstu^. 

DBSPBSTcé,  f.  deêfestivee  10939  (corr.  deêfnluee),  cha- 
griné, désappointé;  voir  Godefroy. 

Dbspicbibb  a 33,  dépiquer,  lever  (en  parlant  de 
tentes). 

DupiBB.  Voir  Depire. 

[Dbspcblbr]:  p.  defublié  8790,  déban*asaé  de  son 
manteau. 

Desgdabrir  :  denguamie  âioa,  dépourvue. 

[Dbshait],  desheit  5iâo,  dethiit  78/15,  dehet  3â58, 
6  s  06 ,  dehei  7813,  découragement ,  tristesse. 

Dbshaitieb  5366,  s'attrister;  dethaite  1810,  déplaît; 
19987,  P*  <^^<^^t<>^  3o8o,  pi.  (isfAmltex  5975,  f. 
dêêKaitiee  3936,  desheitiee  971,  7785,  78^3,  deS" 
heitiê  6906,  découragé,  attristé. 

Dbsheit.  Voir  Dbshet. 

Dbsbeites.  Voir  Dessaietes. 

Dessbitieb.  Voir  Deshaitier. 

Deshbt.  Voir  Deshait. 

DBSiRi?(CE  3  336,  désir. 

Dbsirier  1 3099  (ms.  éd.  dêMirùrs)^  denrer  586,  s.  de- 
ftrterj  93oi,  19099,  pi.  desirert  966,  i359,  dé- 
sir. 

DBSJonDRE  9918 ,  séparer;  w  detfointiêêent  9916,  se 
séparassent. 

[Dbslbial],  s.  desliaus  9798,  déloyal. 

[DssLEié],  p.  s.  deiliez  8806,  pi.  f.  dêiloeeê  S'joh^ 
sans  loi,  scélérat. 

Deslial.  Voir  Dkslbial. 

DESLié.  Voir  Dksleik. 

Deslok.  Voir  Desleié. 

Dbsloeb,  pf.  6  deêhereni  10966,  déconseiller. 

Dbslooibb  9806,  lever  le  camp,  déloger. 

Dbsmesleb,  p.  f.  detneaJee  1 66 ,  dênnelke  668 ,  arranger, 
pacifier  (une  querelle). 

De8mbscre(A)  669,  161 1,  ^)0i3,  i3i53,  avec  excès. 


DBSMBSDBi,  f.  deêmêMureê  io663,  présomptueux,  qui 
manque  de  modération. 

[Dbs^obib],  pf.  6  de$nurirent  7666,  dépérir  par 
manque  de  nourriture. 

De8?idbir.  Voir  Dbskobib. 

Dbspbrdeb  1096,  «669,  /1810,  etc.,  pf.  3  dnpmdi 
9  858,  dépenser. 

Dbspbksb  :  a  $a  deipenêê  19 m,  à  ses  frais;  3999, 
3619,  9918,  provisions  de  bouche;  pwre  et  de 
grant  de$pen$e  3669,  pauvre  et  coûtant  très  cher  à 
nourrir. 

Dbspibb,  p.  f.  detptte  11866,  traiter  avec  mépris. 

Dbspit  :  el  de$pit  al  diable  68,  e/  de$pit  defei  crietiane 
3711,  en  haine  du  diable,  de  la  religion  chré- 
tienne. 

Dbspobt.  Voir  Dbpobt. 

Dbsposbb.  Voir  Déposes. 

Desqub  3191,8996,  ii659,  jusque. 

DisBAisoN  5655,  9009,  tort 

Dbsrbbbhbiit  6980  (ms.  deereement),  avec  impétuosité , 
furieusement. 

Dbsebbb  :  §e  deereerent  7699  (ms.  se  deerengierent) ^ 
sortirent  des  rangs;  deereee  5o3i  (ms.  dstree)^ 
acharnée,  furieuse;  ehierté  Hant  deerees  65o6 
(ms.  detree)^  cherté  si  excessive,  si  déraison- 
nable. 

Dbsrei  663],  action  de  rompre  les  rangs,  désordre; 
a  dserei  ^6hh^  avec  impétuosité;  1886  avec  trop 
d*ardeur;  a  teldnroi  96,  avec  tant  de  fougue. 

Dbsbbxgibb,  pf.  3  deerenga  1997,  sortir  des  rangs. 

Desboi.  Voir  Desrbi. 

[DesboIllieb],  pf.  6  detroiHeremt  7666,  se  dérouiller. 

[  Desboter  ] ,  p.  f.  dtiroutee  5  8 1 6 ,  faire  sortir  de  Tordre 
régulier. 

Dessaietes  :  cil  traùi  a  lui  doue  taietee  entuchieet  en 
dee  heites  1996,  la  veûsitz  en  deesaietet  plu$  de  einc 
Cjntmih  eaietee  3109.  On  a  évideipment  dans  les 
deux  passages  le  même  mot,  qui  doit  être  :  en  det- 
saietti;  mais  le  sens  n^en  est  pas  clair:  sans  doute, 
nen  un  moment,  aussitôt??.  Le  mot  se  retrouve 
seulement,  à  ma  connaissance,  dans  le  Roman  de$ 
Franceis  d*André  de  Coutances,  où  il  a  le  même 
sens  :  En  deeeeîu  (éd.  ^luietestet)  t'fftormt  (  Jubi- 
nal,  Nowo.  Ree,,  II,  6). 

[Desserte],  pi.  detertee  6866,  ce  qu*OQ  mérite;  en 
deêertee  1 790 ,  en  récompense. 

Desservir  8957,  sbj.  impf.  3  deserviêl  8167,  mériter, 
gagner. 

[Dessor],  i20tffr9693,  8170,  sur. 


&84 


L'HISTOIRE  DE  ILA  GUERRE  SAINTE. 


[Dessus],  detttt  5i5,  sur;  que  ne  Valttêêe»  en  de$u$ 

960a ,  que  lu  ne  le  surmontasses;  el  deeua  9976,  à 

même. 
Destairdre.  Voir  Desteindre. 
[Desteihdre],  pr.  3  destaint  6689,  sVHeindre. 
Destbhpbbr  :  destempree  11 636,  déréglée,  acharnée; 

destempi'ot  7639,  se  gâtail  par  Thumidité. 
Destihdri,  impf.  G  dtîtLndoient  9si8,  pf.  6  deelen- 

dirent  ii5o9,  lâcher  la  détente,  ûrer \  dettendre 

3999,  lever  ies  tentes. 
Destireb,  p.  f.  deëtince  lA^c,  a 58 o,  fixer  d'avance 

(en  pariant  de  Dieu). 
Destobber  9935,  pr.  3  deeturbe  1 1 888,  p.  f.  deetorbes 

i38o,  gêner,  noire  à;  impf.  6  dettot-bouent  7/1/15, 

ip,  î.  dettorbee  566 1,  7661,  entraver,  arrêter. 
Destobbieb,  pi.  djttorbiert  1367,  trouble,  entrave. 
Destorkbt,  petit  détour  :  le$  dtfstomsz  7761,  par  des 

chemins  détournés.  On  pourrait  aussi  regarder  4ii's- 

lomez  comme  le  pi.  de  deitomé<,  en  sous-ent.  ehe- 

mm;  mais  je  ne  connais  que  le  fém.  deêtomee  (sous- 

ent.  voie)  qu'un  emploie  de  cette  manière. 
Destobreb,  p.  f,  dstiomee  93,  enlever,  dérober. 
Dbstbaiiidbe,  Voir  Destbbihdbb. 
Dbstbe  :  deetre  et  tenettre  65oi,  à  droite  et  à  gaudie; 

a  deetre  9979 1  à  droite. 
[Destbege],  dettreece  3oo,  3358,  6383,  pi.  deêtretcee 

3  3 1 9 ,  ffêne ,  souffrance. 
Dbstbbiiidbb  3698,  deetraindre  6972 ,  forcer,  réduire; 

pr.  6  deetreinent  6106  «  5969,  presser,  tourmenter. 
Distbbit,  f.  deetreitJ  663o,  tourmenté,  malheureux. 
Dbstbeit,  destreiz  3i5,  317,  détroit;  en  une  deêtreit 

1989,  dans  un  lieu  resserré,  un  défilé;  position 

difficile,  gêne  :   Ven  miit  en  deêtreit  101 13,  le 

tourmenta  à  cause  de  cela. 
DESTBEnrE  :  en  destreites  696 ,  à  la  gêne. 
Destbbsce.  Voir  Dbstrbge. 
Destbieb,  pi.  dettriere  3633,  cheval  de  guerre. 
DisTBOissiEB,  p.  pi.  deetroiêiiez  7755,  abattre? 
Dbstubbeb.  Voir  Dbstorbeb. 
Desob.  Voir  Dbssob. 
Desvb.  Voir  Dissus. 
Dbsveieb,  p.  s.  dêiveiez  55i  i ,  f.  deevoiee  689 ,  égarer; 

dsevoiee  6738,  perdue;  detvoiant  1990,  perdant  le 

chemin;  deêvoierent  8a5i,  détournèrent. 
Desver  9879,  perdre  la  raison,  enrager;  p.  f.  denee 
635,  pi.  desveeê  3798,  furieux,  enragé;  lapaiene 

gent  detvee  1 08 1 0 ,  les  païens  insensés;  $e  deevouent 

6857,  enrageaient. 
Desvoier.  Voir  Desvbibb. 


769» 


tf» 


^ 


DEsrox.BiR,  impf.  6  dmwoUieiU  86i8 ,  dnvoiêimi  %k^k 
pf.  6  deMvoldrmU  8638 ,  ne  pas  vouloir,  ie  rcifum  ^ 

Dbtb  :  par  dêle  1  sot 5 ,  Buivaiit  le  devoir.  ,, < 

Dbtekib,  p.  f.  détenue  6to8,  arrêter,  retenir;  in|(l  6 
se  détenaient  hZ iS ^  reaiêieni,  ;.,.' 

Dbtob,  s.  detrm  ii856,  débiteur. 

Detobtbb  :  impf.  3  se  detortoit  3668,  se  lordaîtè 

Dbtbencbibb  9939,  ^^^à,  6  detren^êreimU  fi^f^fw 
pi.  s.  detrenchié  5539,  tuer  (prc^*  coii|Mir  4| 
morceaux). 

Detbbs.  Voir  Dbtob. 

Dbtriêb,  impf.  6  detri&snt  7A01, 
iarder. 

DETRiés  1559,  derrière. 

Dbvaxtbb,  pi.  devmnteeê  ioé6,  de  <{iioîteiiiplirle|^ 
ron,  le  devant  d^une  robe. 

Dbvbib,  devoir.  Ce  verbe  s'emploîe  dma^es 

variés,  se  ramenant  à  peu  près  à  ceux  de  «élpe  Joilit 
naturel,  probaUe»  :  cil  durent  e$êr8  malèeiiBi\k6§k 
ccux-li  furent  bien  près  d'être  perdae;  HMWi.lpr 
folie  lor  dut  nuire  771,  mais  il  était  juste  ^pM 
folie  tournât  contre  eux;  ja  ne  Mê  m# 
9119,  qu'il  ne  sdl  jamais  dit  que  edi  mmtttÊi'i 
qu'il  durent  laiêeier  en  l*oet  eurre  ti83»  lp% 
avaient  l'intention  de  laisser  courir  dans  fatti^t 
quant  il  durent  ariver  9871,  et  quand  fkt 
sur  le  point  d'aborder;  quê  e^  dnui 
défendre  5 606,  qu'U  fàt  dit  qu'^  tiifii^pril 
c?ux;  ^((1  mult  dut  Voet  avmr  grêeaê  §7.Mti4||ii 
faillit  faire  grand  tort  k  l'ost  Dans  mmk  %m§^.i 
deut  poindre  d*a*99z  7500,  le  sens  ett  anet 
elle  à  rendre;  c'est  à  peu  près:  «M  s'avençi 
plus  qu'il  n'aurait  dû". 

Dbvbrs  736,  9903,  etc.,  du  oàté  de. 

Deviner,  impf.  6  devinoient  3i65,  faire  4ee 
tures. 

Devise  606,  opinion,  plan  :  «put  aUrmU  Jat 
1 1799 ,  telle  fut  la  base  des  négociatione; 
tiez  oïr  reter  let  une  a»  autreê  Ur  defdeei  'jCifi&g^ 
uns  reprochaient  aux  autres  leur  opiniesf  mm 
parlouent  par  deviseê  91 38,  ils  parinent 
vaut  leurs  idées;  car  tout  quidaaeni 
iiio5,  car  tous  croyaient  sûremeut  (piO|li^ 
penser  qu'il  y  eut  là  une  question  doateilM,4*l|fh 
nion);  ior  V angevin  fui  la  dmtê  «n  qutl 
viande  en  eeroit  achatee  636i,  la  <pieilioa 
savoir  comment,  avec  ce  deaier«  on 
la  nourritui-e;  a  ta  devise  isoo«  lySe^àMH  jlfétt 
à  son  goût;  la  plus  sage  fèm  m  Mat  j^l^Al 


^iii^a&^jÀ 


GLOSSAIRE. 


485 


femme  la  plus  sage  qu^on  pût  imaginer;  lui  devtêa 
par  devûe  1 1 807,  lui  expliqua  clairement. 

DifisiHBRT  798^,  arrangement. 

DifisiR,  p.  pi.  8.  devisé  9g65,  f.  deviseet  1966,  pf.  6 
M  dêwiêeretU  1 07 1 9 ,  diviser;  3  deviia  36i  6 ,  6  de- 
viêereiU  384 1,  avoir  en  intention,  projeter;  devi- 
êoitemt  hr  eire  369,  378,  formaient  le  plan  de 
leur  voyage;  lui  devisa  par  devise  1 1807,  Itii  expli- 
qua clairement. 

DiAiLi  3o66,  etc.,  le  diable  (empl.  sans  artide);  pi. 
8.  diafde  36/19,  les  diables. 

DiisAniB  11995  (ms.  dimaine)^  dâtkneinge  6699 
(ms.  dimeinge)^  diémeinehe  10807  (^*  demeindte, 
ms.  ditHeincke)^  dimanciie.  La  forme  du  commen- 
cement du  mot  est  attestée  par  la  mesure,  mais  il 
n'y  a  pas  de  rime  qui  en  détermine  la  fin. 

DiORit.  Voir  Disais. 

DiGRiTé  8568,  rang,  dignité. 

DlMiiRCHi,  dimeinge.  Voir  DiéHAiiiB. 

Diti  pris  subst.  :  pur  lor  dires  567,  pour  leurs  dis- 
cours. 

DiscoiDiB.  Voir  Discordes. 

DttHi  6699,  dixième  partie. 

[DiSHBs],  digner  5888,  pf.  3  digna  5886,  6  di- 
gnerent  6887,  p.  digne  1599,  prendre  le  premier 
repas. 

Dit  :  l'em  en  diseit  granz  diz  5 08,  on  en  faisait  beau- 
coup de  discours. 

DiTOt  :  pi.  s.  /•  ditor  tant  en  saveient  8o56,  c'est  ce 
qu'en  savaient  ceux  qui  en  parlaient. 

DivBis,  f.  diverse  3369,  divers. 

DoBLit  :  qui  la  dobla  1318,  qui  la  fit  se  gonfler  (la 
mer). 

DocTiiRB  9099,  instruction. 

DoBL.  Voir  DoBL. 

DoL.  Voir  DiBL. 

DoLiiB,  doleit  1713,  souffrir;  impf.  6  S9  doleient 
6106,  de  mémo. 

Dou.  Voir  Docz. 

Do?i.  Voir  Donc 

Do?(C  34o,  3751,  alors;  don  n*as  tu  9668,  n'as-iu 
donc  pas? 

DoPB.  Voir  Di'NE. 

DoKBR,  pr.  3  done  189,  donner;  t't  dorra  9390, 
conviendra. 

DoivT  396,  i336,  9189,  5069,  9575,  d'où.. 

DoRBB.  Voir  Durer. 

DoMn  (Sb),  pf.  6  se  dormirent  11913,  dormir. 

Dotahcb,  doute  :  en  dotanee  1786,  en  doute;  sanz 


dotance  17,  i36i,  9789,  sans  aucun  doute,  silro- 
mont. 

Dots  1969,  3865,  crainte. 

Doter  (Se),  impf.  6  ne  dotaient  3365,  pf.  6  se  dou- 
tèrent 6 11 , avoir  peur. 

DouTBB.  Voir  DOTEK. 

DoGB  :  Francs  la  dnlee  terre  8897,  le  doux  pays  do 
France;  dolz  ator  11057,  voir  Atob. 

DoTos  iSig,  i390,  dotose  3935,  qui  cause  de  la 
peur,  redoutable. 

Dbasor  61 56,  enseigne  des  Normands,  en  forme  de 
dragon  (regium  vexillum  dans  Ricbard). 

Drap,  étoffe  :  pi.  chiers  dras  1 698 ,  e  dras  de  seie  e 
dras  en  graine  1676,  dra9  d'eseharlete  e  de  snj 
9077. 

Dreit,  direct,  droit  :  s.  dreiz  heire  3906,  héritier  lé- 
gitime; un  dreit  pilet  3765,  un  trait  bon,  conve- 
nable ;  merveilles  dreites  1 1 6  53 ,  des  choses  vraiment 
merveilleuses;  subst.  pi.  ses  dreiz  9689,  ce  i  quoi 
il  avait  droit;  a  dreit  879,  suivant  le  droit;  adv. 
dreit  391,  droit;  dreit  de  eoruz  7858,  par  la  suite 
immédiate  de  leur  dépit;  toC  droit  619.  Sur  droite 
19338  voir  Adreit. 

Dbbitori,  19,  873,  8955,  justice;  a  droture  1 1793. 
sans  manquer,  certainement. 

Dbbitvbibr  ,  f.  dreituriere  9768 ,  dreitttrere  9 1 33 ,  légi- 
time, qui  appartient  légitimement. 

Drbturb.  Voir  Drbititrb. 

Droit.  Voir  Drett. 

Dromout  1177,  pi.  dromonz  596,  1179*  i90i,  ba- 
teau de  transport. 

Drotcrb.  Voir  Dreitore. 

Drue  1160,  amie,  bien-aiméc. 

Drugemafi  1689,  drogman,  truchement. 

Duel,  doel  3o9,  s.  dois  970,  deuil,  douleur. 

DuiRB,  enseigner  :  duife  de  bataille  635 1,  experte  à  la 
guerre;  se  dttire  9863,  s'habituer,  se  faire  une  loi 
de. 

DuKB,  dones  5761,  dunes  7730,  dune,  monticule  de 
sable.  La  forme  est  attestée  par  la  rime  avec  brtme» 
(7790). 

Dures  :  eûst  poi  de  durée  9888,  aurait  pu  résister 
peu  de  temps. 

DcBBMEirr  778,  1973,  9968,  9766,  fortement,  ri- 
goureusement. 

Dubbb  :  fut.  3  dorra  8t8,  cond.  3  daroit  85i6,  6  lio- 
rotMfil  3366,  p.  s.  iert  durez  1666,  dorer;  durer 
a  els  6816,  leur  résister;  la  durer  9970,  résister 
(cf.  it  la  durare,  la  pris  absoi*). 


Ase 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


E 


-.-.<*! 


.i 


Ë  5,  7,  19,  tg,  3^1,  97,  36,  /io,  etc.;  et  18,  19, 
96,  Ao,  etc.,  et  (la  forme  e  est  la  plus  fréquente 
de  beaucoup,  sans  qu'il  y  ait  d'ailleurs  de  raison 
visible  pour  ie  choix  de  e  ou  et)  :  dû  e  dii  9 s 66, 
dix  par  dix;  e  bkik,  loAio,  commence  la  propo- 
sition principale  apr^  une  phrase  incidente;  voir 
Dicz,  Irad.  fr.,  III,  3 17-  —  Et  ne  se  fond  en 
erme,  enn  195. 

Eagb  699/1 ,  pi.  aagei  36o ,  âge; par  tanz  aage$  1 996 , 
pendant  de  si  longues  périodes  de  temps. 

ECRIËB.  Voir  ESCBIKB. 

Epporz.  Voir  Esporz. 

EpPBBim.  Voir  Esfbbbb» 

Ebt.  Voir  Es. 

EiRCBis.  Voir  AiRCBis. 

EiRBiSS,  fl56,  969,  1199,  iiSâ,  9/1^5,  etc.,  oire 
917,  378,  chemin,  voyage;  atoimer  ion  tire  ii3â, 
9^65,  faire  ses  préparatiCs  de  voyage;  Deu9  oi  lor 
être  atome  1193,  Dieu  avait  tout  préparé  pour 
leur  expédition;  ^'tre  wr  son  être  6989,  8696, 
âtre  sur  son  départ;  en  lor  eirff  aprochierent  888, 
.  ils  furent  rapprochés  du  terme  de  leur  voyage;  bon 
eire  8991,  bon  tr^in.  Voir  Ebbibk. 

EiB  598,  9Û33,  héritier,  pi. s.  dreiz  heire  3906,  hé- 
ritiers légitimes  (il  s'agit  de  femmes);  au  fém.  eir 
8960;  peut-être  de  même  oir  89^5,  mais  ce  pas- 
sage  semble  altéré. 

EiRER.  Voir  Ebbbr. 

Eissi.  Voir  Issi. 

[Eissil]  :  tome  a  eesil  1/106,  naufragés. 

EissiLLiBB,  impf.  6  eiiêilloient  1 1 169,  dévaster,  piller; 
p.  pi.  s.  eiuillié  19906,  maltraités. 

E18SIB,  pr.  6  iȐent  39 7/1,  impf.  3  isBeit  397,  6  it- 
ioient  9911,  pf.  3  eisti  i3i6,  9/191,  6  isiirent 
9900,  gér.  eiêsant  1796,  sortir;  s'en  eiêtir  397, 
9905,  de  même. 

[Eissub],  pi.  issues  1119,  sortie. 

El.  Voir  Lb. 

El  1908,  6095,  autre  chose. 

ËLHE.  Voir  Huche.  , 

Eh.  Voir  Ok. 

Embatre,  pf.  3  embati  73$,  Ùetnbatirent  15^7,3386, 
pousser  de  force;  embatre  681 9,  au  sens  de  s* em- 
batre; s*emhatre  3986,  6696,  pr.  3  s'embat 
19168,  pf.  6  s'enbatirent  796,  p.  pi.  s.  s*wfent 


embatu  9799,  se  lancer,  arriver  k  TimproviBle.  An 
y.  6/197  embati  est  une  faute  pour  abàti»  '  ?   ' 

ËHBbBB  366,  368,  pr.  6  embknt  3o68,  p.  t.êmèim 
S006,  dérober,  prendre  en  secret;  s'embkr  9&flD« 
se  dérober,  partir  furtivement.    . 

[Embordbîjbb],  enbordeûre  3886,  bordure,  eomkn^i 
ment.  i 

Embbacibb,  enbracier  71 13,  saisir  dans  ses  bcas;  |i*£l 
ênbraaiee  9676,  entourer  de  ses  bras;  pour 
çant  6916,  il  faut  embraiant. 

Embbiibb,  gér.  embraiant  6916,  attaquer, 

[  Embcschbvbiit  ] ,    enbuschement   7111, 

1916,  embuscade,  cachette,  ■  r'! 

ËMPAirr.  Voir  Erpart.  :\] 

EmrtKri.  Voir  ËRPsaTét  ^hl 

Emfes.  Voir  EiFART,  t;»; 

Emplb.  Voir  Enple.  -rui 

Empairdbb.  Voir  Empbindbe.  ».'.1 

Empabbhtk,  s.  enparentez  1793,  apparenté.  •  *fi\ 

[Empbecbibr],  enpeêcoient  10697  (ms«  «n  pmmnÊljf^] 
entraver,  embarrasser.  ^ 

Empbirdrb  309,  empaindre  91  Si,  pousser. 

Ehpeireor,  empeireûr  1396,  empireor,  mot  fof^é-pMf 
Tautcur  pour  faire  un  jeu  de  mots.  :.  . 

Ehpbirieb,  pf.  3  en^eira  696,  gAter,  eiiipiref$>f^?Ck 
empeiriec  6769,  endommager;  cofid.  3  mnpértftk 
53i6,  faire  tort  à;  set  meîsmes  en^iirêt  j397ylt 
se  nuisait  à  Igi-méme,  ji  ij 

Empebcier,  p.  enpercié  6967,  percer,  enfoncer*  <  i 

Empreigrier,  pr.  3  empraine  6,  concevoir  (|n»|iif4ii< 
gros  de);  impf.  6  empreignouent  ftiHft  (In  iimajlf 
ce  verbe  ici  est  obscur).  .  <î 

ËMPRERDiB  868,  enprendre  1116,  abj.  pr.3  emfttilKt 
5 ,  pf.  6  enpristrent  9608 ,  p.  f.  enpri99  7a  t»  i|#9« 
entreprendre,  commencer.  .'    'I 

Empressibb,  impf.  3  empressait ^Zati ,  presser, 
près;  pf.  6  empressèrent  7963  (:  lais$êrmi$  : 
rent);  s'enpressisr  9553  (ibeissier)^  s^oocoper  iVit 
ardeur.  ,.  .   ^.i? 

Empri8e,i366,  1903  (lire  :  net/  fis  dêigmuiPffm$i^ét(i 
prise) ,  entreprise  ;  par  corn  faite  enpriiê  tàoS^dhfll 
queUçs  conditions;  a  ieele  emprise  7809*  àÔklMl 
d'armes;  hardie  emprise  ]535,  fait  d*aivaesj|9ltt[ 
JoU  emprise  9719,  5666,  témérité;  iNp^Veipii 
5i6,  en  exécutant  son  dessein;  éê;pimt^2Êi$f$9$ 


i  «  11'  Ttiriîfat 


GLOSSAIRE. 


487 


9978,  5os6,  très  cnlreprenanl;  genz  de  tt  granz 

impriiêê  7006,  hommes  si  entreprenants. 
Empromtib.  Voir  Empronteb. 
Emproxt  9688,  enpront  ai 8,  877/1,  emprunt. 
Emprortbr,  tmprovïter  8754,  emprunter. 
Ew.  Voir  Ok. 
Er  avec  porter ,  mmer,  etc.,  est  toujours  séparable. 

Cf.  Si. 
E5,  en  :  muHtn  en  un  cheval  i8â3,  monta  sur  un 

cheval. 
E.^BATRE.  Voir  Embitre. 
E.1B0BDBLRE.  Voir  Embordeûrb. 

E^iBBACIBR.  Voir  EU1BRICIER. 

E.iBccHEVE^T.  Voir  Embuscheme^t. 
Erbuschembxt.  Voir  Ehbuschemert. 
Ercairagio!!  193/19,  incarnation. 
Ercersieb  ,  pi.  encniien  9087,  pot  où  brûle  de  Fencens. 
Ekcbbchieb  :  gér.  encerchanz  io3â9,  habiles  à  s'in- 
former, pénétrants. 

ExCHACIEB.  Voir  ERCiiilClER. 

Erchalz.  Voir  Ekciuoz. 

EXCHASCIBB.  Voir  ËXCUAUCIER. 

Ercuaucieb,  impf.  3' enchasçoit  63o6,  6  enchaçouent 
<)366,  6399,  pf.  3  enchaça  9546,  6  enehaueerent 
6019,  736/i,  ii93o  (ms.  enckacerent)^  11 933, 
enchacierent  9  346  (au  v.  9 a 45  enchacerent  par  er- 
reur da^s  le  ms.),  etichacerent  i553,  1687,  3683, 
/il 58,  5699,  6991,  poursuivre.  Le  ms.  donne 
plus  souvent  enchacier,  mais  le  sens  appelle  plutôt 
partout  enchaucier,  comme  le  montre  notamment 
le  V.  1  i93o. 

E5CHACZ  16C6,  9  33o,  enchah  3io3,  7906,  pour- 
suite. 

E?iCHBRiR,  impf.  G  encheriisouent  10596,  faire  en- 
chérir. 

Krcli.^  :  teite  encline  965,  tétc  baissée. 

Ë5CLIIIER,  imp(,  6  euclinoient  655 1,  faire  baisser,  cou- 
cher. 

Ekcohbatre.  Voir  Kscombatre. 

ETtcoHBRiER,  pi.  encombri.i'M  i36o,  enconbrisrt  9801, 
embarras,  diilicuUé. 

[ Er GOMBROS ] ,  encumhrote»  it)5,  embarrassé,  dillicul- 
tueux. 

Erico.*«bribr.  Voir  Eiocombrier. 

E^ico.'iTRB  5i5  (ms.  encotte)^  en  face  de;  9  336, 
9337,  93/io,  ù  la  rencontre. 

Ercortre  iooo5,  rencontre  (en  bataille),  fém.; 
qu'enconire  n'i  eiitt  1876,  sijns  tnmver  quelqu^un 
en  face  de  luL 


EifcoHTREB  i394,  rcncoutrer. 

E5C0BE.  Voir  OxcoRE. 

Ercobe.  Voir  Ekcobbb. 

EncoBRB  5âio,  7338,  7/196,  encore  5t48,  7895, 
encinre  21 84,  encurj  796],  pr.  6  eneurent  7699, 
pf.  6  encorurenl  B996,  534 1,  sbj.  pr.  5  eiteurgùz 
7339,  sbj.  impf.  3  eneoreust  5o59,  p.  f.  enecrae 
10966,  souffrir  un  dommage,  proprement  à  la 
suite  d'une  faute,  comme  les  otages  que  Salahadin 
laisse  eticorre  534 1,  54 10,  7961;  puis  en  général 
être  victime,  périr  9996,  3o90,  5i48,  7338, 
7339,  7496,  7599;  la  geni  iert  morte  e  encorne 
1 0966 ,  eenz  plue  encore  7595 ,  sans  souffrir  de  plus 
grandes  pertes;  a  la  noêtre  gent  faire  encurre 
91 84,  pour  faire  du  mal  à  nos  gens.  Au  v.  5o59 
le  même  verbe  a  un  tout  autre  sens  :  e  ei  le  tenê 
»i  encoreutt,  s'il  arrivait  dans  la  suite  du  temps. 

E?icoBTiNEB,  p.  f.  pi.  encortineet  9086,  tapisser. 

Ekgostb  1969,  près  de  (6194  1.  en  coete), 

Ercuhbros.  Voir  Ehcohbros. 

E?(cuBB.  Voir  Ejicorri. 

Encubre.  Voir  Ercobre. 

Encoseob,  eneuteùr  i836,  dénonciateur. 

Erccseb,  p.  f.  encueee  4019,  signaler,  annoncer. 

Endriiaik  :  Vendifnain  593o,  le  lendemain. 

Endihantibbbs.  Voir  Endriibbtimbs. 

Erdbhrrtbrs.  Voir  Erdembntibrs. 

Erdbmbiitib^bs  b3']g,endemnntiere$  6938,  cependant, 
dans  rintervalle. 

Erdbmbhtibbs,  endementerê  3t65,  3764,  64o9, 
8995,  etc.,  pendant,  tandis. 

Erditeb,  p.  endité  7610,  8901,  indiquer,  faire  savoir. 
La  forme  est  attestée  les  deux  fois  par  la  rime  avec 
cité, 

Erdbbit  9995,  54o9,  justement;  n  endreit  6737,  ici 
(précisément  ici);  endreit  oel  afaire  374,  sur  ces 
entrefaites  ;  endreit  eU  5 1  ^  5 ,  à  leur  égard  ;  endreit 
elt  9879,  de  leur  côté. 

ENDREIT  :  m  nul  endreit  1887,  en  aucune  façon. 

[Eseirr],  enneirj  703  (ms.  en  neire)^  aneire  955, 
i4o9,  1719,  i849,  4o3o,  8695,  9039,  anoire 
io34o,  11697,  i*oo4,  promptemcnt,  aussitôt. 
Eneire  est  composé,  de  en  et  eire;  l'intimité  de  la 
soudure  est  montrée  par  les  formes  enneire  aneire. 

Exbkb.  Voir  Esnbkb. 

EifBRHi,  f.  enermie  5877,  ^f^^^^^f^  6o45  (ms.  kemue), 
désert,  dévasté. 

Eresbb.  Voir  Esrbbb. 

Errveis  5o6,  ii448,  mainteoant,  cette  fois. 

ht 


ntritiBCiuB  sirieiriit. 


â88 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


Enfant,  s.  emfea  2^35,.  9 A 89,  enfant;  fëm.  enfant 
ggfi^emfttnt  1000. 

Enfer,  f.  enferme  11799,  faible,  noti  fortifié. 

[Enfebgibb],  p.  f.  enfiergiee  8978,  aliacher  ensemble 
par  des  fers,  river. 

Enfermitb  9076,  pi.  enfermetez  &900,  maladie. 

fRFiBTK  1 99 1 5 ,  emferté  6607,  139/4^,  maladie. 

Enfibrgibb.  Voir  Enfebgibb. 

EiiFuriTé  11977*  inGnitë. 

[Evflb],  em^  /i973,  enflure. 

Ebfoîb,  pf.  3  eifei  3096,  6  erfairent  8097,  enfouir, 
enterrer. 

Enfondrbb,  pf.  6  enfondrerent  9969 ,  3886 ,  sbj.  impf. 
6efi/btu2nu«n(996o,  enfoncer,  défoncer,  briser. 

[Enfobcibb],  impf.  6  enforçouent  39 o5,  pf.  6  enfor- 
eerent  8909,  fortiGer;  impf.  3  enforçot  9768,  ren- 
forcer. 

Enfbauidbb,  p.  f.  efifraUe  996^1  enfreindre. 

Enfuir.  Voir  ënfoîr. 

[Engbigneor],  pi.  engineore  a 978,  engineùn  39i5, 
constructeur  de  machines  de  guerre,  ingénieur. 

[Engeignos],  enginuê  97,  avisé,  habile. 

Engin  /1116,  sage  conseil;  s.  9685  ruse  (du  diable); 
engins  i3/i5,  9976,  machines  de  siège. 

Engin EOR.  Voir  Engbignbob. 

Enginelr.  Voir  Enobionbob. 

Enginvs.  Voir  Engeignos. 

[Engordi],  pi.  s.  engurdi  1671  (ms.  dêigurdi)^  en- 
gourdi. 

Engraine,  pi.  engrainea  1698,  étoffe  teinte  en  rouge? 

Engregier,  impf.  3  engrejot  5833,  devenir  plus  diffi- 
cile. 

EngbIs,  f.  engrestê  1698,  9386,  8018,  6889, 
5668,  5899,  acharné,  hostile. 

Etegrbsseb,  pf.  3  engreiêa  62/11,  6  engrenserent  5711, 
(jér.  engreêtant  3o59,  presser,  serrer  de  près. 

Engrotbr  (S*) ,  pf.  6  t'engroterent  19911,  tomber  ma- 
lade. 

E?sGL'RDi.  Voir  Engordi. 

Enhaitier  :  p.  f.  enhaitiee  7786,  en  train,  bien  dis- 
posée. 

Knhcbhi.  Voir  Enermi. 

Enjornbr  :  a  Vanjomer  âo]5,  6i95,  a  Vanjomant 
lioù']^  au  point  du  jour. 

Enjure  1867,  pi.  enjures  i855,  ^1200,  19991,  souf- 
france, tribulation. 

Enn.  Voir  Et. 

Enneire.  Voir  Enbirb. 

Eknoble  9816,  nuageux^  sombre. 


[Enoios],  f.  enuiose  3936,  pi.  enuioêm  1096*  dét» 

agréable;  ^tittfses  85^,  blessantes. 
Enorer.  Voir  Onorbr. 
Enpainarb.  Voir  ëmpaindbb. 

SnPARBNTÉ.  Voir  ElIPARBRTé. 

Enpercibr.  Voir  Empercibb. 

Enprainibr.  Voir  EMPtaiGNin. 

Enprendrb.  Voir  Empbbndrb. 

Enprbssieb.  Voir  Empressibr. 

Enprisb.  Voir  Emprise. 

Enpront.  Voir  Empront. 

Enqubbe.  Voir  Enqubrrb. 

Enqcbrrb  1810,  enquere  1806,  i339,  pf.  $■ 

1810,    rechercher,   s'enquérir  de;   fo  fmà^- 

enqitùe  5237,  c'est  une  chose  dont  oo  tfk 
Enragibr  :  enraga  del  mmi  1951,  perdit  la  liiiiKi  tjf 

enragier  1  &6& ,  devenir  enragé. 
ENiAisNié,  p.  f.   enreisniee  88&9,  disert  «  kdM»'! 

parler;  pi.  enraianeet  1809,  de  bon 
Enrbisnié.  Voir  Enraisni^. 
Enribvbb,  enrievret  1680,  mutin,  indocfle. 
Enrievreté  5/187,  indocilité,  rébdUon. 
Enroeb,  impf.  Zenroot  6970,  s'enroaer. 
Ensaih.  Voir  Ensbing. 

[  Ersbignibb]  :  etueigneeM  890 ,  bien  élevéot,  il 
[Ensbing],  pi.  entaimz  7901,  indice,  manigm    - 
Ersement  1675,  1171,  s59/i,  179s,  sST&t  t«97« 

85i3,  38i9,  6788,  h^bt,  etc.,  de 

iement. 
Enskrbr.  Voir  Ensbbbbb. 
Enserrer,   p.  f.  enteree  9196,  enfermer; 

9017,  s'enferma. 
Ensi  1120A,  ainsi.  >  > 

Ensivbhbnt  965o,  suite.  .*- 

Ensitre  169,  fut.  8  ensivra  5669 ,  suivre,  pomÉhm» 
Ensorqdetot  543 1,  surtout. 
Entalent^,  s.  eiUaîentez  10866,  f.  enUtUmUÊ-^êÊli^ 

en  disposition,  désireux. 
Entasseïz  6868,  entassement,  amas.  •.    .  ? 

Entassbr,  pf.  6  entoêêêrent  3o5li,  refooier  —  **-*   ' 
Entegdié  :  s.  bien  entechiei  597 ,  967e,  doué  éê- 

qualités;  nùeh  entediiez  9119,  doué  de 

qualités;  pi.  r.  malemenf  entheehkz  956e «  dei 

vais  naturel.  '* 

Entbis  8790,  action  de  tendre  (une  aibalèle^-  .-  :  • 
Entençon  :  a  ent^ifon  11699,  exprès.        *  ,r 

Entbndbb  936,  3Ai8,  6585,  impf.  3  mrsiiAitiiét? 

9699,  pf.  6  entendirent  iiios,  lee^A,  eÉrf»3 

entendreit  /i6i8,  6  entendraient  S7669  ^.é^ték- 


.-£!^u4iÙ»* 


GLOSSAIRE. 


489 


Â3o,  f.  entendue  BaaC,  entendre  a  a36,  iShh, 
9692,  9766,  3hi3,  entendre  de  A6 1 8,  élre  occupé 
à,  s'occuper  de;  n'etmetU  auet  a  entendre  6585, 
nVussent  fort  à  faire  (de  quoi  8'occup?p);  1110a, 
avoir  une  opinion  sur,  enlendrc  (une  affaire);  al 
r/iien  «ntom^re  5  a /i  5 ,  97  83 ,  autant  que  je  Tentends ,  à 
mon  avis;  /li3o ,  5a  a6 ,  comprendre  ;  ««  ^n$  VeHreni 
et  II  autr3  V entendirent  1939/1,  les  siens  Tenten- 
flironl  et  les  antres  comprirent  bien  ce  qu'il  disait. 

Ekteiitb  :  t  ot  mi»  i'entente  ao63,  s'y  fut  appliqué; 
mitt  grani  entente*  a3ia,  s^appliqua  beaucoup; 
en  bone  entente  3718,  en  bonne  intention;  ïa  eretU 
lor  ententes  3/178,  c'était  là  le  but  qu'ib  se  propo- 
Haienl;  a  lor  entente»  a3i9,  tant  quiis  pouvaient; 
entente»  i357,  ii3oa  (ms.  éd.  atenie»)^  soucis, 
diflicultés  :  livrer  entente»  3939,  56i5,  donner  du 
souci;  mnlt  eurent  entente  6037,  ^^*  eurent  bien 
de  la  p:*éoccupation  ;  a  la  meie  entente  1596,  dans 
mon  opinion;  perdre  »es  entente»  i8/t8,  perdre 
Tentendoment. 

E^TERiMMBKT  8oOa,  pleinement,  sans  conteste. 

EsTCSTBR  808,  frapper  sur  la  léle. 

ExTHRCQiK.  Voir  Ertechik, 

ExTiBR  :  cner  entier  7i3o,  s.  cuertentier»  iao86,  cœur 
lovai,  ferme. 

ENTiEnEMSivT  fî59/i,  formemenl, 

Ejitor.  Voir  Ton. 

EsTORXEE  :  en  l'eniornee  G069,  à  ta  ronde. 

[E-TTOscHi],  enlusche  5()6o,  venin. 

[Ektosgoier],  p.  f.  pi.  entuchiee»  1936,  empoiip 
sonner. 

E'iTBABATBE  (S'),  impf.  G  «*«n(ra6ofoten(  3 ^54  «  33^8 , 
se  rciTverspr  inutuellementp 

E^Tl\coBSlVRs  (S'),  pf.  6  »*entracon»ivirent  3i4,  s'al- 
tr^indrc  muluellcmonl. 

EimiAFiBB  :  pf.  6  »*entrafierent  375,  »*entrefiirent 
1  i3i3,  s'engagèrent  mutuellement. 

E!<{TRAÎDiER  (S'),  impf.  6  »*entraïdo lient  tooia,  s'entr- 
aider. 

[EjrTRAiiER(S')],  iinpf.  6 »*etitreamouefUbobi ,  s^aimer. 

Emtrassaieb.  Voir  K^TREss\IBR. 

[E?iTBATAi!«iDRE  (S')]  :  ïm^{.  G  s'entrûteignoient  33jo, 
s'atteignaient  l'un  l'autre. 

Ettbe  :  entre  bon»  e  mah  t  i3^o,  tant  bons  que  ihau- 
vais. 

Kbtriambb.  Voir  Ertr\mer. 

Ebtrebaisibr  (S'),  |)f.  G  »*eulrcbai»ierent  i38,  se 
baiser  réciproquemont. 

E^lTBECHEVALCaiER.   Voir  E^iTRECHEVAUCIIIER. 


[  Entreciib?adghibr]  ,  entrechevalchier  8 1 97,  intercepter 
eu  se  mettant  à  cheval  sur  le  passage  de. 

E.'«iTREC01l?0IEB.   Voir  EMRECOflVBIBB. 
E>TRECO?IEISTBB.  Voir  E?iTREC050ISTRB. 

[Entreco^oistie(S')],  impf.  6  f'enfrwiOlitftJfetenf  6/^98 , 

se  reconnaître. 
Ertreco?itrer  (S'),  pf.  6  t'enireeontrerent  6917,  se 

rencontrer. 
[Ektrbcobveibr  (S')],  pf.  6  t'entreeonvoierent  437, 

i'entrecomvoiei-ent  33^9,  se  faire  mutuellement  la 

conduite. 
[ E^TBBcosTEiBR  (S')]:  »* entreûottoterent  335o,se  tin- 
rent compagnie  de  prt's. 
Entredoner  :    t'entredcnerent    ^91 8,    se    donnèrent 

mutuellement. 
Entbbdotbb  (S*),  pf.  g  »'entredoterent  53o9,  se  méfier 

l'un  de  l'autre. 
E?(TREE,  pi.  entrée»  33^7,  entrée,  faculté  d*enlrcr; 

entrée  ai 35,  entrée  de  port. 
ExTOEFAiRB,  impf.  6  »*entrefa»oient  378,  pf.  6  t'en- 

trefirent  83a  1,  se  faire  mntuellement. 
Ebtrbfbbir  (S'),  impf»  6  i'entreferoient  339 1,  se  fra|>- 

per  réciproquement. 
EivTREnÊR.  Voir  ErtrapiM. 
E?(TRBGRBVBR   (S'),   pf.  6  i'entregveverent  53io,   se 

faire  réciproquement  du  mal. 
EirrRBnBRDBiBB  (S'),  pf.  6  9'entreherdeierent  âo58,  se 

harceler  réciproquement. 
Ektrbjurbb  :   t'entrejnreretU    366,  jurèrent   l'un    à 

fautre. 
Entrblancier  :  »*entrelanronent  33 19,   se  lançaient 

nuitucllement. 
Ektrimbtrb  (S*)  i33,  8&6,  976,  186a,  pf.  3  t'en- 

trmu»t  1 858 ,  6  »*entrerm»trent  3118,  impër.  5  vo» 

entremetez  1 6 1 3 ,  s'occuper,  se  mêler. 
E.'«trepbe5dre  85i8,  empiéter,  attaquer;  entreprendre 

a  898a,  usurper  sur;  p.  entrepri»  811a,  9338, 

en  mauvais  état. 
E?iTREpRBsuRB,  pi.   eiitrepreture»  8o5o,   usurpation, 

abus. 

E?iTRERAMP05ER.  Voir  ElfTBBBAHPOSBBR. 

[E5TBBHIMPO8RBR  (S')],  impf.  6  »*entreramponoueni 

8507,  se  renvoyer  des  railleries. 
Entrbrom>rb  3396,  interrompre. 
[EtiTRBssAiBR   (S*)]  :  »*entnu»aierent  8309,  8*éprou- 

vèrent  mutuellement  (en  se  battant). 
Ertrbtbhib  :  t'entreteno tient  80 1  & ,  se  faisaient  passer. 
ExTucHiBB.  Voir  Entoscbirr. 
E5TUSCBB.  Voir  Ertoschr. 

Al. 


i90 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


Ektur.  Voir  Tor. 

E!<VAÎB  800,  3oa6,  593/i,  clc,  tttaque,  charge; par 
(>nvaïe  3 18a,  par  défi. 

Ektaïr,  pf.  3  envat  789,  «nltaqucr. 

ESTERS  7795,  auprès  de,  en  comparaison  do. 

Enterskr  a 95 7,  tomber  à  la  renverse. 

Entiz  :  a  enviz  1 1 1 63 ,  à  contre-cœur. 

E>z  750,  9J97,  dedans;  enz  s^ajoule  à  en  pmir  le 
renforcer  3089,  36i5,  6790. 

Eraoibr.  Voir  EsRiciEi. 

Eralmknt.  Voir  Erradme5t« 

Eraument.  Voir  Erradmknt. 

Ermift  :  gent  hermine  16604  gens  d* Arménie;  Vermine 
i559  (sous-ent.  gent),  de  raéme.r 

Erracmert  9690,  erralment  1  ^73,  i557,  38i  1,  erau- 
ment  89&1,  eralment  i8i5,  3690,  36/i6,  5911, 
591 6,  promptement,  aussitôt. 

Errer  i336,  5767,  err^  3]0f  impf.  3  étroit  s3o5, 
errot  385,  i85o,  9991,  0759,  eirol  38i,  pf.  3 
nra  1967,  h  errâmes  1979,  6  errèrent  669,  88S, 
rirerent  34p,  gér.  errant  607,  cheminer,  voyager; 
eireee  ioâ3,  parcourues;  tôt  errant  77 tt,  936/i< 
aussi  loi. 

[Es],  eth  voi  a63,  636,  65A<  707^  etc.<  etht  vas 
0785,  eht  vos  iShHi  9669,  3997,  9930,  voici 4 
voilà;  estes  vos  7i3«  68614  7786,  10969,  ^^ 
même;  eth  la  vos  3371,  la  voilà;  eth  les  vos  3a8t, 
6007,  6701,  este  les  vos  3677,  les  voilà;  eth  vos 
Passait  remaindve  à6'j']i  voilà  que  Tatlaque  s^arréte  ; 
eth  vos  saillir  73o3,  voilà  que  sortent;  eth  vos  Sa- 
razins  a  huer  6686,  voilà  les  Sarrasins  qui  se 
mettent  à  crier. 

Es  :  en  es  le  pas  6790  (ms.  isnelpas),  ignelepas  9779 , 
anssitèl  (m.  à  m.  dans  le  moment,  le  pas  mén>e). 

EsART.  Voir  ESSART. 

lilSBAHIR.  Voir  ESBAÏR. 

EsB\ÏR,  pf.  6  esbatrent  6679,  être  étonne,  intimidé; 
K^enbafrent  11669,  ^®  même;  esbate  6788,  éton- 
née, déconcertée. 

I  Esrakeier],  esbaniër  61 55,  se  diverlir;  pr.  3  s'esba- 
noie  961 1,  de  même. 

EsBANIÊR.  Voir  ESBAREIBR. 

EsBVKoiER.  Voir  Esbarbibi. 

EsBATRE,   p.   f.  esbatue  10766,   répandre;  s*esbatre 

6376,  prendre  ses  ébaU,  se  divertir. 
EsBAiJDiR  :  p.  s.  esbaudiz  1769,  p).  s.  esbandi  3067, 
.enhardi,  en  train;  s*esbaudirent  9889,  se  mirent 
en  train,  s'enhardirent. 
EsBORLBR  3 1 1 6 ,  perdre  ses  boyaux. 


EscHAEiR,  impf.  3  escheiet  9668,  p.  «tdbatrà  t6&i, 
échoir,  revenir  par  bërilage;  p.  n.  es^êiêt  734s, 
advenu;  sifaitement  lui  esehai  758i,  voilé  ce  tpi 
lui  arriva. 

[Eschabitb],  pi.  escheeites  1377,  r^^o*nt  bon  (ironi- 
quement; propr*  ee  qui  revieni  ptr  h^tafpe). 

EscHAROB  :  en  Feëckange  saint  Léonard  8iAo«  i  h 
pbice,  conrnre  substitut  de  saint  Léonard. 

EscHiNGiRB  6087,  donner  en  remplaoement 

EscHAPim  ;  eêchapa  a  un  AUman  9997,  n^ëehappa  des 
mains  d'un  Allemand. 

EscRAR  6999,  Bscham  6f9,  millene;  <feifc«r  i&63, 
5669,  indignation,  dépit;  d^esêiar\h^%^  de  d^t. 

EscRARiR,  p.  s.  eschariz  679 ,  attribue,  doonë^e»  par- 
tage; estiiarie  maisnee  7095,  suite  restreinle;  ^Ml 
eschariê  7688,  petite  troupe. 

EsGRARfLETB  9077,  fine  étoffe  de  iaine. 

EscBARU.  Voir  ESCUAR. 

EscHARNiR,  railler,  bafouer  :  qui  est  gsuarmz  mt  fmH 
eslre  eschamiz  A916,  proverbe  :  quand  ont  pris 
toutes  ses  précautions,  on  ne  risque  rien. 

EscHARS,  s.  eschars  1 739  «  f.  pi.  esckarsea  8i8,cinditf 
mesquin.  ■ 

[Eschaugaitier],  esehelgaitier  tS^hf  9168,  tmlsd . 
gaitiee  966 ,  garder  par  des  postes,  des  senliMHab 

[  EsGHEc  ] ,  esfrec  1  o56 1  «  butii?^ 

EscREEiTB.  Voir  Eschabitb. 

EscHEKiBR  :  eshékkrs  1 0597,  échiquier;  «BcMMrSS&lTf 
réchiquicr  royal ,  le  fisc  du  roi  d^Angleierre. 

ESCRBLGIITIBB.  Voîr  ËSCRAOGAITIER. 

EscHBRMiB  10893,  combat. 

EscBiBLE  3976 ,  pi.  eschieles  3676,  8776  «  oorps  d'ar- 
mée, division  de  combat.  • 

Ëscniu  i  f.  eschive  566,  interdite,  înabordaUe;  m.  t» 
esquift  3658,  chétif,  misérable. 

EscBiTBR  579,  esquiver;  ewhivez  fS^o^  abendoBiéi; 
eschivoient  3196,  évitaient,  n'osaient  n^tnjpiproéà» 
.de^  eschivier  3938,  se  dérober. 

EsGHOLB.  A'oir  Escolb. 

EscHOPiRr  Voir  Escopir* 

EsciÊnf  :  mien  escient  981,  6690,  97^9 «  «ulMilfM 
je  sache. 

EscLAiRiER  :  si  f  ad  sa  pen$ee  esdarie  9689*  la  hnrière 
se  fit  dans  son  esprit  ^  la  joie  fiid  mmU  sschiww 
7996 ,  la  joie  fut  augmentée  (rendue  pins  brîllanle). 

EscLARDRB ,  s.  esclandre  6 1 80 ,  esclandre  65da ,  brajl« 
sujet  de  paroles. 

EscLARciR  :  a  l'aube  esclarcie  19991,  en  pk^  ma- 
tinée. 


GLOSSAIRE. 


â9l 


EscuaiBB.  Voir  Esclaibibb. 

EscLATB,  pi.  etclavet  qSSi,  esclave. 

Esclbucbibb,  pi.  s.  eêclenchier  aa^o,  gaiicber. 

EscoBB,  pf.  6  etcoerent  6o3o,  mutiler  en  coupant  la 
queue. 

EscoLB  :  Unir  a  eicole  9689,  sermonner;  qui  lui  vint 
de  la  preuz  e»chole  3o3^ ,  qu^il  avait  apprise  à  bomie 
école;  a  dure  etchole  yôaa,  à  une  rude  épreuve; 
d'autre»  etchole»  32 18,  d^autres  sortes ;/yar  e»chole» 
8 169,  chacun  à  son  rang,  à  son  ordre. 

EscoLEB,  pf.  3  e»cola  3â36,  se  consumer,  manquer. 

EscoHBATBE,  împf.  6  »'e»combatoient  730  (ms.  «fm- 
combatoient) y  pf.  6  »'e»combatirent  8776  (ras.  éd. 
»*eneombatirent) y  se  battre.  Le  verbe  »*e»eomhatre  est 
attesté  (voir  Godefroy);  au  contraire,  t'enamhatre 
est  plus  que  douteux  :  dans  les  trois  exemples 
donnés  par  M.  Godefroy,  il  faut  lire  s'en  combatre. 

EscoMEifGiBB,  pf.  C  e»comengierent  Jiiho,  excommu* 
nier. 

EscoRDiBB  :  »'en  encondirent  117/15,  sVn  excusèrent, 
s'y  refusèrent. 

EscoKSE  .^)688,  cachette,  nbri. 

EscopiB,  impf.  6  e»chopoient  8710,  cracher  sur,  con- 
spuer. 

EscoBDEMB.iT  i!io3 ,  56o6,  du  fond  du  cœur. 

EscoBBE,  sbj.  impf.  6  eicu»»e  768/4,  agiter,  secouer; 
slij.  impf.  6  €»coû»»ent  7009,  p.  f.  e»co»»e  7097, 
enlever  des  mains  d'un  autre,  délivrer. 

EscBiBB,  impf.  6  encnouent  5693 ,  pf. G  écrièrent  38i  6, 
huer,  crier  contre. 

EscBirroBE.  A'oir  Eschitube 

EscBiBB.  Voir  EscnivRK. 

[EscarroBE],  etcripinre  3596,  8090,  10088,  écri- 
ture, écrit;  enz  en  encripture»  O790,  dans  les  livres; 
en  i'escripture  ^'^Zh ,  dans  son  écrit  (Ambroise  dé- 
signe ainsi  son  propre  poème). 

EscBivBE  856 ,  eicrire  361,  écrire  ;  la  forme  est  attestée 
par  la  riinc. 

EsccBBB.  Voir  Escorre. 

Esro.'iDBE  99G3,  clioc. 

EspoBciEB  (S'),  impf.  3  n*e»forrot  976/1,  pf. 6  »*e»for- 
cierent  9  3  55,  se  donner  de  la  peine  «  s'efforcer. 

EsPOBX  :  par  etfort  1988»  par  force;  par  nul  e»forz 
/i3  38,  quelque  effort  qu'on  fit;  par  e^forz  3391, 
de  toutes  leurs  forces;  a  efforz  8063 ,  a  grant  effort 
1 85o  4  de  toute  sa  force  ;  od  grant  efforz  9595 ,  avec 
de  grandes  forces;  a  ton  enforz  de  Sarrazin»  58io, 
avec  ses  forces  (ses  troupes  nombreuses)  de  Sar- 
rasins. 


[Espbbëb],  p.  f.  effreiet  6788,  troubler,  déconcerter. 
EsPBBi  :  en  effroi  ^789,  troublés;  ad  etfrei  9981,  en 

tumulte. 
EsGBOiGXiBR  :  e»groinee  ioo5t,  ébréchée. 

ESGBOINEB.  Voir  EsGBOlG^ilEB. 
ESGIIIBD.  Voir  ESGUABT. 

EsQUiBDBB,  pr.  3  e»guarde  i335,  pf.  3  e»guarda 
9  33i,  C  enguarderent  393 1,  regarder;  p.  f.  e»guar- 
dee  559 /i  4  pf.  6  e»guarderent  5599,  résoudre  après 
délibération. 

ËsGOABBB  :  eiguaree  6971,  dénuée  de  secours,  mal- 
heureuse. 

[Esguabt],  par  e*guard  /i659,  avec  un  juste  égard 
aux  conditions  de  chacun;  a  Ve»guard  de  9&G, 
d'après  le  jugement  de; /aire  Ve»guard  i09o5, 
prendre  la  décision. 

Eshaiicibb  55o6«  pr.  3  e»kauee  55oâ,  élever,  faire 
prospérer;  e»haucie  A 6 06,  accrue,  montée. 

EsjABBTBBf  pf.  6  e»jareterent  93oo,  mutiler  (un 
cheval  )  en  coupant  les  jarrets. 

EsioîB  (S*),  impf.  6  »*e»jomeient  7686  (ms.  sm'crr- 
seront),  pf.  3  »'e»joî  98oii,  se  réjouir. 

EsEEc.  Voir  EscBEc. 

ESBBKIEB.  Voir  ESCHEKIBB. 

[Esl%I8SIBb],  p.  pi.  s.  e»lei»»ié  7/193,  f.  e»lei»»iee 
1967,  3998,  lancé,  de  plein  élan;  pf.  6  »^enlai»»e' 
reni  9 96 1,  se  lancer;  pf.  3  »*e»leiua  a  7697,  6  sVs- 
lei»»ereM  a  3/»85,  se  jeter  sur,  si  lancer  contre. 

Eslabgir:  »'e»largiceit  65i5,  se  montrait  libéral,  fai- 
sait des  générosités. 

EsLEBciEB  :  p.  s.  e»leeciez  95o3,  pi.  s»  e»letcié  8/176, 
réjoui. 

EsLEiciBB.  Voir  Eslebcibb. 

EsLEissiBB.  Voir  Eslaissieb« 

Eslibb,  p.  esleû  989,  9198,  9173,  f.  e»hte  80, 
6779,  choisir;  shj.  impf.  3  »*e»leti»ent  980,  se 
choisir^ 

EsuTB  :  a  e»lite  aBoo^  d'élite;  del  mieh  de  Vo»t  tôt 
a  etlite  3o83,  de  ce  qu'il  y  avait  de  meilleur  (du 
meilleur  choix)  de  l'armée. 

EsLoioxiBB,  p.  f.  etloignie  3697,  laisser  loin,  s'éloi- 
gner de. 

ESLOIGRIBB.  Voir  EsLORGIBB. 

[Eslongibr]  :  esloignie  3598,  allongée,  baissée   (sa 

lança). 
Esmaibb  :  p.  pi.  8.  etmaié  ât6G,  O'i&i,  f*   esmaiee 

9960,  abattu,   découragé;   impf.   6   »*e»maioHent 

9969,  se  décourageaient. 
EsMB  :  al  mien  etme  1111,  8967^  à  mon  avis,  d*après 


rm 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


mon  calcul;  par  atne  UUoa ,  par  calcul,  par  appré- 
ciation. 

EsMEn,  pr.  3  esme  Saaô,  impf.  3  esmot  3359,  P*  P^*  ^* 
esmé  619,1757,  apprécier,  calculer;  p.  amé  993 1 , 
vLser. 

EsMEBé  :  or  esmeré  5âO,  or  raflinc,  pur;  pi.  s.  enneré 
10673,  purifie,  parfait. 

EsMovBiB  5Gi8,  p.  s.estneûz  217A,  pi.  s.  e$msû  3399, 
f.  etmeûe  A 18,  3795,  55i9,  ébranler,  mettre  en 
iiiouvement;  harate  esmene  707,  tumulte  soulevé, 
pf.  3  9*esmut  3aA,  G  »*eêmurent  /i79t  1859,  9955, 
56oa ,  sbj.  impf.  6  s'eimeûseiU  979,  p.  f.  s^iert  es- 
mmti  3/16,  se  mettre  en  marche,  s'ébranler. 

KsMVETB  :  par  t'ennuele  6393,  par  l'impulsion  qu'il 
donna. 

[Esrekk],  etieskj  3i8^,  pi.  eneket  536,  1 181,  1/175, 
1878,  9097,  985i,  3170,  A703,  5557,  7997, 
enequet  196/i,  t599,  navire  de  transport,  plus 
large  et  plus  lent  de  marche  que  le  dromon. 

Espace  5936,  intervalle,  arrêt. 

EspAiRGRE  9063,  espargne  96 69,  action  d'cpar[rncr, 
grôce. 

[Espaibgnieb],  p.  espctTiîé  1160/1,  épargner. 

EsPAKDBE,  p.  f.  e»pandtte  6663,  répandre;  la  grant 
i-itiere  etpandue  6684,  la  grande  rivière  large;  tê 
ftttt  espandue  7716,  se  serait  dispersée. 

ESPABG!«E.  Voir  ESPAIRGNE. 

EsPABTiB,  pf.  6  s'espartirent  7850,  p.  f.  espfirlie 
10/139,  disperser. 

Espèces  9857,  io53i,  épiccs. 

EsPEiB  569,  attente,  opinion. 

[Espeissb],  etpoiae  6309,  épaisseur. 

EsPEBDRE,  p.  f.  esperdue  8873 ,  perdre;  wtperdre  8567, 
perdre  la  possession  de  soi-même,  être  éperdu  ;  p.  s. 
e$perduz,  f.  esperdue,  éperdu;  s*esperdirent  6o59, 
furent  éperdus;  eh  enperdre  3839,  se  conduire 
comme  des  gens  éperdus,  s'alToler;  experdre  795 A 
(ms.  espndrcy  éd.  etprendr^),  de  même. 

EsPEBER  *  tel  Vespeir  570,  je  m'attends  à  te  voir  tel. 

ESPEBKIBB.  Voir  ËSPAinCNIBR. 

Espàs  636/i,  épais;  pi.  s.  etpès  3348,  dru;  la  pro- 
messe quija  iert  espesse  3363 ,  la  promesse  qui  avait 
déjà  pris  de  la  consistance. 

EsPESEMBNT.   Voir  EsPESSEMkMT. 

EsPESSEMENT  3876,  6385,  espesement  }533,  dru. 
EspiB  3995,  pi.  espies  6877,  6880,  espion.  Le  mot 
est  féminin;  il,  au  v.  6881,  s'accorde  avec  l'idée. 
EsPiiER  :  expiée  8391,  dénoncée  par  des  espions. 
EspiNRi  587/i ,  fourré  d'épines. 


EspiBiTEL  3395,  spirituel,  cciesic. 

EspLEiT  801/1,  ouvrage  accompli. 

[Esplbitieb],    pf.  6   espleteretU  8019,  mploiÈmmd 

11908,  ^.esploitié  8686,  f.  uj^mtiêe  goS^t  w» 

comphr  par  son  travail. 
Esplbtbb.  Voir  Esplbitub. 
EspLoiTiBB.  Voir  Esplbitub. 

EsPLOvsiR  5706 ,  tomber  comme  k  pluie.  Cf.  Aploi luu 
EspoBiiTER ,  pf.  6  s'espoenUreni  a3àh  (ms.  mpontmwt) , 

333a  (ms.  eaponteraU),  p.  f.  espoeiUe*  9196  (aw. 

espontee)^  épouvanter. 
EspoissR.  Voir  Espeissb. 
EspoKDRB,  sbj.  pr.  3  esponge  A 193,  expliquer. 
EsposAiLLBs  kl  US  y  noces,  épousailles. 
EsposE  :  femme  esposê  596,  épouse. 
EspBBNDBB  :  esprise  de  Ulibg^  bien  en  train  dei  £§- 

prendre  795A  doit  se  corriger  en  e$perdr9  {ffi^ 

corr.  prendre  en  perdre), 
EsPRBssiBR  (S'),  pf.  6  s'espresserent  6993  (en  lîne 

avec  plaisiierent)^  se  presser  avec  force.  CL  8k^ 

PRBSSIER. 

EspRovE.  Voir  Esprubve. 

EspBovBR  U'jà ,  vérifier. 

[Espbubvb],  ^«p/-ore  3/199,  708/i,  épreuve. 

[Espucibr],  espacer  5698,  dter  les  puces. 

EsQuis.  Voir  EJschid.' 

EsRAGiBn,  pf.  6  eragerent  /i356,  devenir  fou. 

EssAii$B  :  essaier  al  rei  8166,  essayer  auprès  du. rai | 

chastel  essaie  a  prendre  99^9,  château  qu'on  •  m^ 

sayé  de  prendre. 
Ess AMPLE  h  II '2  0,  fém.,  exemple. 
[Essart],  place  défrichée  dans  un  bois;  (6g.)  dm!m^ 

fait  esart  683 1,  il  renverse  beaucoup  des  aftatk 
EssiL.  Voir  EissiL. 

EssoiGNB  5960,  empêchement  valable,  excuse  léfats, 
EsTABLE  :  pi.  estahles  19095,  écuries. 
EsTABLE  5o58,  11786,  solide,  durable;  989, 

stant,  ferme. 
EsTABUE  900,  965,  constitution,  coutume; 

33/19,  séries  i^glées  d'avance. 

ESTAGB.  Voir  ESTBACB. 

EsTAGE,  8.  estage  5390,  repos,  arrêt. 

EsTAGiER,  s.  estagiers  9^38,  habitant. 

EsTAïp,  s.  estais  771/ii  1178a,  fixe  à  demeura. 

EsTAiM  5365,  étain. 

EsTAL  :  a  estai  bjSd ,  de  pied  ferme  ;  Unir  e$tal  1878 « 
/i853,  7^88,  100/i/î  {ras,  éd,  ntor) y  rembf  éÊÊd 
3oA/i ,  A85/i ,  résister,  tenir  bon  ;  gvrpir  ssAsI  63t9« 
muer  estai  i535,  lâcher  pied;  ^iit  ai  ^tmI  ssltl 


^.i  -  f* 


GLOSSAIRE. 


h93 


l'en  teneient  1 906,  qui  Ten  preesaicnt  beaucoup  (la    ' 
traduction  est  inexacte,  voir  aux  Atld.  et  Corr.). 
EsTARC  ii/i3o,  fatigué,  recru. 

ESTARGBÏIBR.  Voir  EsTANÇONEa. 

EsTARçoR,  pi.  eitançoM  6871,  étançon. 

EsTAKÇoifCR,  impf.  6  eitaneenoient  Â9A&,  pf.  6  atau- 
çonerent  ^1871,  p.  f.  e$tanç(mê9  ^9^5,  69C6,  élan- 
çonner. 

EsTARDARD  5753,  ctc. ,  étcudard  royal,  servant  de 
signe  de  ralliement.  Cf.  Dragor. 

EsTATi,  état;  bone  estate  1087,  teleetlate  Ii6g3^dreite 
e«(afe666Q,  semblent  attester  le  féminin,  malveis 
estate  688,  8186  le  masculin;  mais,  le  mot  com- 
mençant par  une  voyelle,  ni  Tune  ni  Tautre  gra- 
phie n'est  probante;  toutefois  le  mot  est  sans 
doute  masculin. 

Este.  Voir  Es. 

Estei5dre  586o ,  mourir;  atêez  en  i ettomrà  6970 ,  il  en 
mourait  beaucoup;  t'esteignouent  ibh^  s'écrasaient. 

Estbrcelb,  pi.  estenceks  903 1,  étincelle. 

Ester DBB,  pf.  3  i'ettendi  /iû3i,  monta. 

Ester  1 1701,  p.  esté  157  A,  se  tenir  debout;  (rig.)pi'tf 
en  ettant  835o,  sans  perdre  un  instant;  etturenî 
66a6 ,  8&5a  ,  furent;  bien  lor  ettut  As  1 1 ,  cela  leur 
réussit;  lor  eêteiUt  malement  8069,  cela  eût  mal 
tourné  pour  eux;  impf.  3  e'eeto't  782,  pf.  6  ê'et- 
turent  606,  i'estercnt  81/19,  se  tenir. 

Estitb,  pi.  ettives  a 860,  chalumeau. 

Estoble  336^1 ,  6391,  champ  de  blé  moissonné. 

Estoire  3o8,  536,  6o3,  ii85,  1187,  1196, 1197, 
i3i3,  ia/i5,  19^7,  iâ58,  196a,  i3i6,  1896, 
93o5,  3i59,  3i6i,  8911,  8939,  eetorie  909/i, 
985i,  2865,  8970,  3981  (rimant  avec  hoire), 
8919,  ^1703,  10985,  pi.  estoriee  8398,  flotte. 

Estoire.  Voir  Estorie. 

EtrroivER,  p.  f.  extonee  Ugih,  /i9â6,  6960,  ébranler. 

Estoper  1 1590,  pf.  6  entoperent  11157,  boucher. 

Estordir,  pi.  s.  estordi  i5o7,  1579,  étourdir. 

EsTOREMEM,  pi.  e«/ore»ien2  555i ,  approvisionnement. 

EsTORER  8198,  s'approvisionner. 

Estorie.  Voir  Estoirh. 

Estorie  1,  999,  3536,  6658,  9/186,  10669,  ^totre 
10,  9i8t,  3659,  hhhtx  (rimant  avec  MtmJtoire)^ 
&565  (limant  avec  m^inoir^) ,  11968,  ifi8&8,  pi. 
ettoircn  ^6,  histoire. 

Estor  6786,  s.  ettorz  16/11,  combat.  —  Pour  «tor 
io/i/i,  il  faut  corriger  entai, 

EsTORMiE  5878 ,  attaque. 

Estormir,  pf.  6  eêtarmirenl  9899,  10968,  p.  pi.  s. 


estormi  1 600 ,  f.  eetmtme  6976 ,  attaquer  en  sursaut  ; 
eêturmie  691,  8677,  6785,7917,  agitée,  soulevée; 
s'esturmi  787,  s'ébranla  pour  le  combat. 
Estortre,  pf.  ù  etlontrent  ]/io3,  p.  f.  eetorte  /176, 
échapper.. 

ESTOTEIBR.  Voir  ESTOUTKIER. 
EsTOTtB.  Voir  ESTOUTIB. 

[  Estocteier]  ,  p.  pi.  eetotoiez  6806 ,  traiter  de  sot ,  ra- 
valer; p.  pi.  s.  eitnteté  1990,  abrutb,  abattus. 

[Estoutie],  estolie  8/195,  insolence. 

EsTovBiR,  pr.  3  cituet  9176,  7/168,  impf.  3  eetuveit 
9898 ,  ^769 ,  pf.  3  ettout  1 976 ,  9606 ,  ettttt  9o83 , 
5871,  falloir  ;  />ar  e»toveir  8796 ,  pai'  ettovair  6969  , 
par  nécessité;  (subst.)  ettoveù^  1 128,  eetovoir  990, 
ce  qu'il  faut,  le  nécessaire. 

EsTBACB,  de  maU  estrace  69Û6,  de  race  mauvaise;  de 
plue  haute  eetraee  (  il  faut  sans  doute  corriger  ainsi  : 
haut  eitace)  1 19/19,  ^^  P^'^^  haute  naissance. 

ESTBAIRB.  Voir  ESTREIRB. 

EsTRAiRB,  p.  f.  eetraile  856,  tirer;  entraite  65 1,  issue. 

EsTRAROEMBRT  8981,  étonnamment,  beaucoup. 

EsTDB,  pr.  3  eet  lo,  /i6,  66,  etc.,  k  sûmes  66, 
8966,  etc.,  impf.  3  ert  76,  117,  t90,  etc.,  tert 
i5i,  i85,  399,  etc.,  esteit  78,  80,  91,  etc.,  6 
ercnt  1 09 ,  etc. ,  ierent  990 ,  etc. ,  esleient  1 08 ,  etc. , 
pf.  3 /tt  9 9 ,  etc.  ,/«d  93 ,  etc. ,  6/ure/tt 89 ,  83 , etc. , 
cond.  3  sereit  69,  etc.,  sbj.  pr.  8  seit  7706. 
7707,  etc. ,  être;  (subst.)  Peslre  6769 ,  la  situation  ; 
lor  estre  9980,  leur  situation;  de  plus  fart  eslre 
9996,  d*une  situation  plus  forte. 

EsTRE  3i8,  6698,  8i3o,  hors,  outre. 

[EsTRBaBR],  pr.  3  es&esce k3%h ^  se  réduit, se  raréfie. 

EsTRBB,  pL  estrees  10199,  route. 

[Estibirb],  ce  qui  commence,  inaugure  :  Ui  estraine 
58  9/1 ,  a  bone  estraine  2066 , 1 06  98 ,  iia  mole  estraine 
9686. 

EsTREfT,  pi.  fs/retr  3i6,  étroit;  (adv.)  9,  étroitement. 

Estrerrr,  pf.  3  estrena  9886,  élrcnner,  régaler  (au 
début  d'une  nou\elle  situation). 

Estrss  9088,  rour  de  maison. 

Estrbscibr.  Voir  Estrbcibb. 

[EsTRiBo],  pi.  estriuM  1660,  estrtus  11696  (:  An- 
drsitf),  étriers. 

EsTRir,  pi.  estri/s  85oo,  10916,  querelle. 

ESTSID.  Voir  ESTRIBU. 

EsTRivBB  1687,  impf.  6  estriwment  607,  5o59,  estri- 
voignt  8996,  pf.  3  estrwa  689,  1869,  se  disputer  ; 
estriver  1 1 09 1 ,  s'opposer. 

EsTROBB  6076,  trouer;  eslroez  ]io56,  I.  «sfMr. 


hn 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


KSTBOSEBIIKNT.  VoiP  EsTHOSSBÊlIINT. 

[  Estro88eêmr5t]  ,  dlroieément  9^67,  97 1 3 ,  avec  assu- 
rance, décidément. 
[  EsTUKB  ]  1  p*  pi*  ettuez  1 1 0  5  ^  (  nis.  éd.  Mli'oez  ) ,  cacher. 

KSTURDI.  Voir  ESTORDI. 

EsTEDTBB  5576,  réduite  à  Tétai  de  veuve. 
KsvEiLLiER  (S*)  :  9*etveUe  6a 8 4  (rimant  avec  graisle) 

parait  être  une  faute. 
[EsviGonBR  (S')]:  i'esviçura  de  169,  s'efforça  ayec 

succès  de. 


EsviGUREB.  Voir  EsTI00tlR« 
Eth,  «rfc/.  Voir  Es. 

EiJR  367,  7106,  foKuDe;  mal  eùr  isgà,  mêutnie 

■  chance;  a  mal  eùr  i/i83,  k  la  maie  heore.;  A 

maint  eûr  367,  par  une  chance  ou  par  une  airtri. 

EUTARGBILLE.   VoÛ*  Euf  AIIOILLI. 

[Edvaiioillb],  etÊvangeiUê  3898,  fém.,  évangile. 
Evi  390,  etc.,  etoe  ^76,  a5/i8,  3091,  eau. 
Ewb.  Voir  Eté. 
[EwBTi],  ewette  loGai,  petit  cours  d^eau. 


Façon  :  od  la  clere façon  1738,  à  la  figure  brillante. 

Fade,  aiïadi  :  f.  pi.  boche  et  lèvres  fades  6606. 

Faillarcb  :  sanz  faiUance  11 33,  a6ii,  sans  faute. 

Faille,  manque  :  sanz  faille  931,  10^6,  3619,  sans 
ïauie;  faire  faille  A 176,  faire  défaut,  manquer; 
avoir  faille  i!iaa6,  être  privé,  manquer;  dont  out 
meiniê  faille  &006,  dont  on  manquait  souvent. 

Faillie  &60,  a65a,  manquer;  estre  f  aillant  60,  être 
en  défaut;  sijofail  37.^3,  si  je  manque  mon  coup; 
faillir  de  covenant  8a/j8,  manquer  à  son  engage- 
ment; ip,  failli  i5Ga,  f.  faillie  iiaaa,  indigne, 
méprisable. 

Faindrb.  Voir  Feindre. 

Faire, pr.  3 ySn't 3 1 , G/o/i(  85,pf.  3/<<  17,  h'jy  ia8,6 
firent  1 637,  sbj.  impf.  dfetst  16,1 07,  p.  f./ai/e  35 , 
faire;  bien  le  firent  1697,  se  comportèrent  bien; 
ainsi  faite  35,  si  faite  86oa,  telle  ;/atre  a  retraire 
3i,  a  creire  706,  lAio,  356o,  a  escolter  Aaoa,  a 
plemdre  7667,  mériter  d'être  l'apporté,  cru,  écouté, 
plaint;  faire  a  meroeillier  3837,  mériter  qu'on  s'en 
émerveille. 

[FAis],y^«  36^1,  faix;  (fig.)  11 685,  fatigue. 

[Faisrier]  enchanter,  ensorceler  :  qui  coard'se  aveit 
feisnee  1918,  que  la  couardise  avait  [comme]  en- 
chantée. 

FiLiiEMEmyfeitement,  n'est  jamais  employé  seul  :  sifai- 
tentent  376,  758a,  issi  faitement  7995,  ensi faite- 
ment  11798,  iai5/!i,  ainsi,  de  cette  façon. 

Faiture  3867,  fabrication;  7035,  stature;  faitures 
i^6a9,  formes,  figures. 

Falbisb,  ip],faleites  659  5,  falaise. 

Fane  9588,  renommée. 

Faos  7^0,  Ç.fause  ii&3,  perfide,  faux. 

Fauvel,  favel  66o5,  cheval  de  couleur  fauve.  Voir 
aux  Noms  propi-es. 


Favel.  Voir  Fauvel. 

[Fnhtcz] ^fiehlesee  5iâo,  faiblesse» 

Febleibr  1  oooA ,  faiblir. 

Feb  :  ovre  dêfee  a  1 6a ,  travail  do  fée, 

[Fbible],  s,fiebles  laia,  pLfiebles  aSaG,  fulibt 

[Feie], /oie  A8a8,  fois. 

Feieb  336A,  foiee  5870,  SoUB^fiéè  SaSA,  pL 
i993i  Sg6h^  fiées  8708,  fois. 

Feindre  3io ^faindre  5370,  10898  (rimant  anree  f»» 
maindre);  se  feindre  10898,  se  soustraire  à  Tilkii- 
gation,  manquer  (à  un  devoir);  êonzfmmin  310*  r 
5970,  sans  défaillance;  ^\. feignant  4&i3, 
seux,  manquant  d'empressement. 

Feisnbr.  Voir  Faisnibb. 

Feitbment.  Voir  Faitembht. 

Fel.  Voir  Felok. 

Felenessb.  Voir  Félon. 

Félon  1387, s./e/  <838,/i^ii«  a6i8  (rimeavee 
reus)\  (ém,  felenesse  90,  a 386,  ^^^^  .  mi  1  imm, 
cruel;  1387,  pei-fide,  traître;  9618,  açbafiié  (|All* 
tôt  dans  un  sens  favorable). 

Fendre,  gér,  fendant  3383,  fendre. 

Fen ESTRE  1&87,  fenêtre. 

FERé.  Voir  Ferb£. 

FeREÛBE.   Voir  FEBBEÏiBE. 

Ferir,  impf.  Q  feraient  756 ,ytiiotMiii  9876,  pCillJirî 

390,  frapper;  330,  heurter  (inlr.);  m  firéÊtà 

387/i,  se  jetaient;  ferani  8978,  9984,  Oi  Mi 

(  proprement  frappant  [  le  cheval  ]  )•  x 

Fermer  7186,  impf.  6  fermouent  81 58,  loftifisr; 

fermées  1 1^86,  établies,  rangées. 
Fermeté,  pi. /ermet»  3067,  forteresse.  ' 

Ferrant,  pl./<?rranz  9780,  de  coidedr  de  tet,      t 
[Ferre]  :  gentferee  9800,  gens  couverls  de  imtétiM 
grant  Uuuesferea  65a8,  s.  d.  deux  gnndti  iHlii|i 


itumâ 


GLOSSAIRE. 


&95 


de  chemin  ferré  :  on  appelait  proprement  chemini 
ferrét  les  routes  empierrées  avec  les  scories  des 
mines  de  fer,  comme  Tétaient  très  souvent  les 
voies  romaines;  puis yèrre  devint  une  épithète  ba- 
nale de  chemin. 

[Fbbrsûbb],  f.  fereûre  3885,  {jarniture  de  fer. 

Fbrbo5,  pi.  s,ferron  6817,  forgeron. 

Fbbvbstu,  î.fervestue  3986,  vêtu  de  fer. 

Fbs.  Voir  Fus. 

FesTEiBB  9&6,  célébrer  une  fête. 

Fecs.  Voir  Feloîi. 

Fbutrb  9157,  a  160,  tapis  de  feutre. 

[FBVB08],/ecreii«  iiaaA,  ûcvreux. 

Fi  :  défi  81 3,  sûrement,  en  toute  confiance. 

FiA?(CB  A 599,  confiance;  6109,  5iia,  pi.  fianeei 
539a,  assurance,  engagement. 

[Piancibb],  p.  (.fiancée  9520,  promettre,  garantir. 

FicRiBB,  pf.  3  ficha  69^/1,  p.  f.  pi.  fichiees  5 û 5,  fi- 
cher, enfoncer;  p.  pi.  s.  fichié6gà^j  plantés;  bien 
fickié  en  Deu  iervir  Gi65,  bien  affermis  dans  la 
résolution  de  servir  Dieu;  pf.  6  ie  fichèrent  8167, 
s^inlroduirc  vivement,  pénétrer. 

FiB,  pi. /ef  69/16,  figue. 

FiBBLBscE.  Voir  Feblbge. 

FiBE.  Voir  Feieb. 

Fié,  phfiez  209,  10197,  fief. 

FifM,  fier  a68,  pénible,  cruel;  Lfiere  ao5,  noble; 
9903,  sérieuse,  meurtrière. 

FiiB  :  i7  i*ertfiéz  17/1^4,  il  s'était  fiancé. 

FiBRBMENT  a593,  8788,  avec  courage,  bravement. 

[Figcbbeib],  ^igu^oie  1795,  plantation  de  figuiers. 

Fil,  fils;  s,  filz  de  mère  a356,  homme;  r.  al  fih  $a 
mère  370/1 ,  à  son  frère;  s.  le  fih  de  proece  1 J  696 , 
le  preux  par  excellence  (Richard). 

FiLATiBB,  pLfilatiree  iâ3i5,  reliquaire. 

Fui,  s.  fine  5/io8  (rime),  conclusion;  me(r«jin  5983, 
conclure  la  paix;  fin  de  paii  5o58,  la  meilleur  fin 
5i36,  conclusion  de  paix. 

Fis,  Cm;  fine  reriez  8779,  vérité  pure,  sans  alliage 
d'erreur. 

FiNBMBïiT  878/1,  en  loulc  vérité. 

Fihbb,  p.  (.  finee  3679,  terminer  (trans.);  impf.  3 
finot  1898,  pf.  6  finerent  8198,  cesser  (iutr.); 
impf.  6  finouent  1668,  pf.  6  finerent  760,  179/i, 
s'arrêter  (inlr.). 

[Fliibl],  pi. /rflirti/»  798,  fléau  d'une  porte,  barre 
qui  la  tient  fermée. 

FuMBBiBB  10008,  tlamboyer  (au  fig.), 

[FuoB],y2aàr  8098,  odeur. 


FiàTiR  58o9 ,  756a ,  tomber  à  plat;  impf.  6  flatUoient 

1  i5o8,  faire  reculer,  rejeter  à  plat. 
Flâëb.  Voir  Flaor. 
[Flor] ,  fleur  :  (fig.)  laflur  de  chevalerie  6369  ;  laftur 

de  la  gent  del  monde  9818. 
Flobib.  Voir  Pasqub  aux  Noms  propres. 
Flcm  8089,  /io56,  6067,  fleuve. 
Fldminiire  8a43,  6o85,  7808,  fleuve. 
Flor.  Voir  Flou. 

[FoIor],  pi.  Sn/uëùr  8870,  fouisseur,  mineur. 
FoiB.  Voir  Fbib. 
FoïB.  Voir  Feiee. 
FoiBB.  Voir  Fbibe. 

[FoiLDRB],/o^r0  GiSi,  foudre  169/i,  fém.,  foudre. 
[  FoîR  ],/t<tr  9989,  impf.  6fuioient  6968,  fouir,  creuser. 
Fol.  Voir  Fcbil. 
Fol,  fou;  lee  folee  meechinea  8666,  les  filles  de  joie. 

FOLPRE.  Voir  FODDRB. 

[Yole] ^ fuie  678, foule. 

[FoLOR ],/o/ur  ioa63,  folie. 

[Fovde],  funde  3566,  3568,  fronde,  cuiller  dans  la- 
quelle on  mettait  k  pierre  que  lançait  la  pierrière. 

FoKDRB,  p,  f.  fundue  5986,  détruire;  fundre  a59i, 
se  perdre,  s'abimcr;  gér.  fondant  1636,  fondre 
comme  la  foudre. 

FoRAGB  :  en  forage  8679,  7985,  en  fourrage,  pour 
fourrager. 

FoRPAiRB  6891,  pf.  6foffirent  5718,  p,  forfait  8557, 
faire  du  mal,  du  dégât;  p.  f,  forfaite  76,  5579, 
mériter  par  sa  conduite  mauvaise  (un  mal,  un  châ- 
timent). 

[ Forfait], /oi/«ï  36i9 ,  8558,  mauvaise  action,  tort. 

[Forfaiture],  ^\,  forfeturet  8069,  crime,  action  illé- 
gale. 

FoRPBiT.  Voir  Forfait. 

FORPBTCRB.  Voir  FORFAITCRI. 

Forge  :  (fig.)  estre  a  forge  6877,  frapper  à  grands 
coups. 

FORIBR.  Voir  FORRIBB. 

Forment,  s,  forment  9io5,  froment. 

Forment.  Voir  Fortmbnt. 

FoRMi,  pi. /onnû  8978,  fourmi. 

FoRMiiBR,  pr.  dformie  7918,  fourmiller. 

FoRMiLUBRB  8978,  79 18,  fourmîliére. 

[FoRRAUijf/onieiM  35o9,  fournaise. 

[FoRRBisi],   impf.   6  fomeouent   6999,   enfourner 

(intr.). 
FoRXBiSE.  Voir  Forhaisb. 
FoRRBSTUBR  969 ,  foumiture,  approviBÎonnements. 


â96 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


PoHBiBR,  pi.  g.  7939,  pK  formé  79 A5,  fourrageur. 

FoBs  670,  sauf;  1990,  91&8,  /i383,  sinon;  396o, 
si  ce  n^esl;  U  n'i  aveit  fon  de  paie  faire  6178,  il 
n'y  aTail  autre  chose  à  faire  que  de  faire  la  paix. 

FORSAN.  Voir  FOBSBH. 

F0B6CLOBB,  pf.  SfifrêcloetreiU  6635 ,  séparer  des  siens. 

FoBSGLOsB,  p\,  for$clo$e$  3&55,  sortie. 

[FoBSBN],/oiniafi  5978,  fureur,  déraison. 

FoBT  5718,  difficile. 

[  FoBTMBRT ] ,  forment  36 1 3 ,  fortement 

[Fossbob],  pi.  s,fo$ieur  3i  1 1,  fouissenr,  homme  qui 

creuse  un  fossé. 
F088BÛB.  Voir  FossBOB. 

FOUDRB.  Voir  FOILDBB. 

Fbaibdbb,  p.  î.frailê  11 3^9,  détruire. 

Fbaibtb.  Voir  Fbientb. 

Fbaitubb  19001,  infraction  (  à  la  foi  jurée). 

Fbabgeis  9191,  français.  Voir  aux  Noms  propres. 

Fbanchbmbiit  i9/i5,  53o/i,  avec  bonté,  libéralement. 

Fbarchisb  7167,  11653,  bonté,  libéralité;  8180, 

noblesse  de  cœur,  sentiments  élevés. 
Fbbibobb,  pi.  freiduree  A 199,  froid,  froidure. 
Fbbis  âo8o,  &658,  frais,  dispos,  non  lassé. 
Fbbit,  froid  îfreide  noivele  6990,  nouvdle  triste,  qui 

glace. 


Fbbmib,  pr.  6fremiê$eiU  3s8,  tressaillir,  être  ébitaié. 
Fbbob  i&39,yMr  1980,  trouble,  frayeur. 
Fbbûb.  Voir  Fbbob. 

Fbbrb,  pi.  s,  frère  96/11, 1735,  frère. 
[FRiBirrB],/ramrtf  6579,  tihgà,  hnodi  de 

en  marche. 
Fbiqcieb,  pr.  3  fri^  3 18,  battre,  Ii8arttr(ii 
[FnBiL],/o/5590,  feuillet. 
Fobb  633 ,  prix,  marché  :  a  eelfuer  3767,  à 

ditions. 
FuBBBB, /titre  3669,  fourrage. 
Fubùb.  Voir  Fobob. 

Fdib  7991,  fuite  ;  8958 ,  troupe  do  fuyards. 
Fdîr.  Voir  Foîa. 
FuiBB.  Voir  FnBBiB. 
FuiTir,  î.fuitive  6599,  fuyard. 
FuLB.  Voir  Fou. 
Fbrdb.  Voir  Fohdb. 
FuNDRB.  Voir  Fordbb. 
PosT  1093,  3715,  bois;  1A91,  ptèœ  de  bab;  |Ljf^ 

3866,  Ii78&(rime),>tte  38o9,386e, 

bois. 
FcsTAiNB  1896,  étoffe  de  coton. 
FosM.  Voir  FcsT. 
Fdb.  Voir  FusT. 


Gabbb,  p.  gobé  1019,  se  jouer  de  (Irans.). 

Gacble  io568,  gazelle. 

GAiGifOR.  Voir  Gdaigror. 

Gairbs.  Voir  Goaibbs. 

Gal.  Voir  Jal. 

Galbb  1  hgo,  etc.  ,gualee  9 1 85 ,  etc. ,  ^Lgaleee  590,  etc.  ^ 

gualeei  783,  etc.,  gualîeei  9193,   3i66,  galiei 

93o3 ,  gualiei  779 ,  galère.  La  forme  en  m  est  seule 

attestée  par  les  rimes. 
Galie.  Voir  Galbb. 
Galiot,  s.  galioz  9196,  pi.  galioz  786,  i5i5,  9997, 

s.  galiot  3187,  rameur  de  galères. 
Gabçon,  s.  uni  peiizgarz  io5o7,  un  petit  garçon. 
Gabçoraillb  55 1,  ramas  de  gens  de  rien. 
Gabison.  Voir  Goarison. 
Garlardescbb  :  garlandeechee  8/160,  guirlandes. 

GaBDB.  Voir  GCTABDE* 

Gabdbr.  Voir  Guarder. 

GaRRISTOBB.  Voir  GuARIIBStURB. 

Gabe.  Vdir  Gabçor. 


Gast.  Voir  GuAST. 

Gastbb.  Voir  Goastbb. 

Gaudor  %  e  tant  trùtur  e  eenz  gauâon  I95e, 
aigni6cr  <r  contrariété ,  obstade  i>. 

Gatelb.  Voir  Javblb. 

[  Gbioros  ] ,  ginui  98 ,  apiritud ,  afiaë. 

Gelirb  1968,  ^999)  pi.  ifvtinéf  i6834  poide. 

Gbhhb  9076 ,  pierre  prédeufe. 

Gbreillohs.  Voir  Gbiioillors. 

Gbritairbs  3698 ,  partiea  génitales. 

[Geroillors]  :  a  geneilUnu  1  iâ55,  à  genoitl. 

Gert  :  s.  gent  36,  58  (rime),  76,  399,  ele.« 
9907,  pi.  getu  5o,  genz  SgA,  etc^; 
d'hommes,  gens;  geiU  au  sg.  gooveraevii 
au  plur.  58,  /116,  i3of ,  9765,  «987, 4t67|fteil 
toujours  féminin  au  singulier;  fémima  an pltfb  yf4, 
79&,  1/18/1, 1809, 1871,  9366,  f4i7,Soti<il« 
genz  pour  geiU),  etc.,  tantee  gêna  loi5  (âlBi^lMt 
genz  39^ ,  d«  est  soofr^ntenda); fMS •  WMmÊàtÊÉk 
ce  cas  le  sens  dVhommean  :  fh»  de  éiÊ$.,miÊÊfjfiili 


GLOSSAIRE. 


&97 


armê$$  8977,  toi  H  plui  de»  genz  tmref  Sgkh  ;  de 
ce  sens  eftt  venu  l*einploi  de  genz  avec  des  adjectifs  ^ 
masculins,  qu'on  trouve  déjà  :  gène  mon  990&; 
an  v.  65oA  il  faut  s.  d.  lire  genz  iangknz  pour 
gent  êonglent, 
GuT  9989,  s.  genz  7339,  noble,  élégant* 
GiKTiL,  f.  s.  4 1 34,  gentil,  de  bonne  naissance. 
GiiPiR.  Voir  GoBRPiR. 

GstlIlB.  Voir  GCIRRIEB. 

GisiR,  jetir  1674,  impf.  3  gùoit  A90,  6  gieoient, 
19989,  pf.  ^jut  9000,  sbj.  pr.  3  gise  1807,  P*  £^^ 
9010,  être  couché ,  se  coudicr  ;  geeir  afeme  1 9989 , 
avoir  commerce  charnellement  avec  des  femmes. 

Geste  :  chançom  de  geste  A 189,  chansons  d'un  carac- 
tère historique;  chanter  de  gette  95o,  chanter  des 
chansons  de  ce  genre. 

Giriis.  Voir  Jiteîs. 

Gbter.  Voir  Jeter. 

Geûreb.  Voir  jEû^ieR. 

Gibet  3oii,  bâton. 

Gis.  Voir  Jot. 

GiEC.  Voir  Jeu. 

GiLB.  Voir  GuiLE. 

GiBCs.  Voir  Geioros. 

GiBOK  6aUii,  giron. 

GiBTB  :  a  giête  9680,  à  Tendroit  où  Ton  couche. 

Giu.  Voir  Jeu. 

GuivE  8954,  57/i/i,  7676,  7585,  9775,  11457, 
ii5i3,  grande  lance;  fém.  7575,  9775,  masc 
576/1,7585;  38io,  io5o8,  massacre,  destruction; 
a  glaive  de  faim  mureient  4  8  06,  mouraient  de  fa- 
mine (au  sens  6gurc ,  glaive  est  toujours  masculin). 

GoBBLn  8710,  gnome,  mauvais  esprit. 

GoFBE  i3i8,  1893,  i38i,  le  tTgouffre»  de  Satalie 
(voir  Sartalee  à  la  Table  des  noms  propres). 

GoLosER  :  pf.  8  golo$a  2687,  P*  ^'  8^1^^  4iA6,  dé- 
sirer avidement. 

[Gote],  gule  3855,  7618,  goutte  (renforcement  de 
la  négation). 

GovERKEL,  pi.  govemeU  9988,  gouvernail. 

[GoTBRHER],giiremer  85 16,  diriger,  gouverner. 

Graanter  :  impf.  3  graanlot  5187,  pf.  3  graanta 
10997,  accorder,  assurer;  impf.  6  graantouent 
9546,  pf.  G  graanterent  5934,  ratîGer. 

[Gbaciieb],  gracier  45 18,  graziér  6 436,  remercier, 
rendre  gréces  h. 

Gbaestbb.  Voir  Graanter. 

Gbaeb,  pf.  3  graa  1 791 ,  accorder,  trouver  bon;  pr.  3 
grée  1811,  agréer,  sembler  bon. 


[  Gbàiohob ] ,  s.  groMiirs  7 1 7  4 ,  greirulrs  1 09  93 ,  grttn- 
dret  177,  f.  greignar  54is,  greinur  i59,  6i44, 
greinor  6078 ,  8633 ,  plus  grand  ;  trop  greignon  que 
il  ne  êoveient  1118,  bien  plus  grandes  qu'ils  ne 
savaient. 

Gbâuidu.  Voir  GaAiaRoa. 

Gbah  :  H  grain»  de  la  bachekrie  635o,  Télite  de  la 
jeunesse  guerrière. 

Gbainb  1674,  teinture  rouge. 

Gbaisle  6983,  grêle. 

[  G  BAISSE  ]  :  de  greinor  gre»»e  6078 ,  qui  étaient  les  plus 
gras. 

Gbardismb  8809 ,  très  grand. 

Gbardob  1999,  grandeur. 

Gbahmbrt.  Voir  Gbabtmbrt. 

Gbart,  grand;  f.  s.  gnuU  36;  grant  1998,  beau- 
coup; grant  ten»  8098,  beaucoup  de  temps. 

Gbartmebt  996,  1474,  8989, granitMfU  1076, gran- 
dement. 

Gbas  1689,  era»  i684,  gras. 

Gaé  :  mal  gré  »tien  8196,  quelque  mauvais  gré  qiï'il 
en  eût,  malgré  lui. 

Gbbcbis.  Voir  Gbszbis. 

Gbbgibb  :  p.  gregié  9896,  f.  gregiee  1879,  4o65,  en- 
dommager, faire  souffrir  :  t7  n'aveit  en  el»  qve  gre- 
gier  7868,  ils  étaient  affligés  de  toutes  façons. 

Gbbig?iob.  Voir  Gbaigkob. 

Gbeuidbb.  Voir  Gbaiobob. 

Gbbuiob,  greinur.  Voir  Gbaighob. 

Gbbhbtb  :  pome»  grenete»  6967,  grenades. 

Gbbsillb  4o47,  7685,  grésil. 

Gresse.  Voir  Graissb. 

Gresieis.  Voir  Grezbis. 

Gretembrt  53a  1,  dommage. 

Grever  3,  61 3,  pr.  3  grieve  95io,  impf.  6  grevoient 
9819,  grevoueni  9944,  sbj.  impf.  6  greva»»ent 
9900,  p.  grevS  454 ,  endommager,  faire  tort  à;  mi 
grever  3,  se  faire  du  tort,  se  surmener. 

Gbeseis,  f.  grezesche  i434,  gre»ze»eKe  1698,  grec; 
feu  greiei»  9177,  8917,  34o9,  8699,  8691, 
8699,  8807,  3858,  386>  4884,  9416,  feu 
greeei»  33]  8,  4786,  6899,  feu  grégeois.  Voir  aux 
Noms  propres. 

Gbibp,  f.  ^00^4505,  lourd. 

Grief  3576,  dommage,  mal. 

GaiEriBiiT  8 ,  péniblement. 

Gbibvb  10619,  difficulté,  peine. 

Gbifaui  :  gent  grifaigne  i65o,  grecque  (avec  une 
nuance  de  mépris). 

49. 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


GuFomULi  5â(|,  9613,  ramas  de  Grecs  {terme  mé- 

priuDt).  Voir  am  Noms  propres. 
Grisli  9f)66,  de  coulear  grtse  (en  parlant  d'uo  ehc- 

[Giociïs]  :  pf.  6  grocerent  60a ,  grogner,  murmurer. 

(Gboissor],  f.  pi.  gi-aùfun  6oa6,  plus  gros. 

Cjnoisnjii.  Voir  Gloiason. 

Gkonpiii  t&68,  gronder,  grogner. 

[GoiAieiiiBii].  pi.  guaignenet  6g&5,  pitursge. 

[Geiusb],  gaaïng  aSio,  liulïn. 

GoiiaKiMi.  Voir  Goiiianinii. 

[GuAiojioii],  gaignon  i838,  dogue. 

Gi'Ainc.  Voir  GviMKD. 

[GuAinss],  gairti  ahSg  (rime  avec  o/ntm),  guères. 

GuAiTz,  pi.  guaila  1763,  6S76  (rime  avec^ilM), 
7151  {de  même),  sentinelle,  ^clfûreur;  fera. 

GiriiTiH,  pf.  6  gueUrenl  6901,  faire  le  guel;  p.  f. 
guitttte  g53,  garder;  gueitier  3980,  impf.  3  gwà- 
li)l  1911,  épier;  ^u<u'fi>r  9 ,  faire  altcnlion. 

Gdilh,  gaatlti.  Voir  Gun. 

Gdamdi  :  l'mant  garde  1919,  l'avanl-gurde;  la  riire 
garde  1993,  lajjvaidt  riere  1  91 3  ,  la  guardt  aritre 
5756,  l'arrière-garde ;  la  litrce  gaarde  ]i5l9,  la 
Iroinème  ligne;  ■'(■  étirent  tout* guaid»  Aotô,  îts 
eurent  (ouïes  raisoiis  de  se  tenir  sur  leurs  gardes; 
ti  ehaiteti  n'tâil  point  de  guardt  1995,  le  cbjleau 
n'aurait  rien  eu  à  craindre. 

GoianicoaTi  6193,  fem., corps  de  troupe  qui  prol%e 
les  flancs  d'une  armée  en  marche.  Cf.  GpitDË. 

GiAapiH,  sbj.  pr.  3  gard^gh^,  prendre  garde ,  împf. 
Ggardoutnt  38^7,  pf.  fi ^nonfomit 3 i5o,  regarder. 

GuARin,  p.  f.  guarie  aôUt ,  protéger,  sauver. 


[GiAaisoK],  gtaiion  5817, protection,  nlut. 
GniaRKSTDM  ai63,    &iog,  B3A6,  6197,   loapj, 

11963,  gamùtur*  961,  appnniwHUtenieal,  nmâ- 

lion  complète. 
GuARMR,  p.  r.  pi.  gtiamùt  17&7,  garnir,  qipnnwiw- 

ncr;  gaanù  d«  hatmll»  S^63 ,  prêta  pour  le  ataltÊti 

guamit  a  for  Um  taùtitr  sSig,  tout  j»^Mrét  à 

renoDcerè  leur  terra;  pf.  3  u  guariùnKt  6glJ, 

p.  s.  guamix  69 1 3 ,  SB  préparer,  se  prëeulîOBMn 
Cmn,  f.  gtuuta  9A60 ,  1 106A ,  gatU  6oAa ,  àénM, 

désert. 
Goism,  p.  t.  gttailM  jb,  gatte»  83o,  rmga;  ét- 

laster;  (i.  guaiteet  1991,  miner;  fpàatttr  aoMt 

impf.  6  ffuailatwnl  1896,  perdre,  ga^aller. 
Gui  3943,  gué. 
GuiiTiin.  Voir  GoiiTtca. 
Gdmcb»  6S5S ,  pf.  6  gua>c}>innt  7806,  1  t&O»,  rf^ 

impf.  6  ganiclteïuenl  S33a,  se  déloamer. 
GnanEDan  8833,  11 558,  récompmw. 
GuBHtDOKEB,  p.  [.  pi.  gVLtndetutt  &3o3,  titataftaÊtr. 
Gciaiiia  :  pf.  G  guenùarent  5895,  mot  aHM  Mt 

rcali  lue. 
GuHPiB,  pr.  6  gerpÙMitt  G399,  împf.  S  ffitWfUmi 

i6bh,f{.3gaerpii-jih,6gtteTpin*ta'}St,ijM, 

cond.  3  guerpireit  9610,  abandomier. 
Gdehhui,  gvrrier  686  (gemier),  gmrrim  laiH 

{gaeroiert),  gaerrier,  combattant. 
GoKiEB.  Voir  GnAitial. 
[GujLi],  ^'ie  997,  tromperie. 
Gdis*  ;  Bn  nuis  gui»  17&0,  CD  aneuM  bçotu 
Gem.  Voir  GoTï. 
GvTiaaiB.  Voir  Gotirfib. 


Hun.  Voir  Aaix> 

HtaiTta.  Voir  Aaitin. 

HtcaiEK.  Voir  Uascuiie. 

Hiïa  :  la  gmt  haie  3817,  etc.,  les  Sarrasins;  haeil  la 

jonut  1/1A5,  maudissait  le  jour. 
[Hait],  joie,  entrain;  pi.   ai  gram  heà  878IÏ,  en 

grande  allégress". 
Haitiik,  réjouir  :  il  haitiec  H  ta  gtm  haiti»  1807,  lui 

et  se»  gens  remplis  d'allégresse. 
Halt.  Voir  HiDT. 

HiNAP  1093,  pi.  honiu  to63,  coupe. 
Hi>TEa  119a,  pr.  3  hantent  88s5,  impf.  6  hûMoumt 

lf]']li,  hanter  (intr.),  renir  fréquemment;  pT.  3 


haaia  1 0639 ,  se  répandre  (en  parlant  d'OM  dÉO- 

aon);  impf.  6  haaloiunt  568) ,banler(liua.),«Mir 

un  fréquent  commerce  avec 
Hahmiiiiit  6oiti  7585,  igtA7,  iai6«,  flMngii 

hardiesse  ;  aAoS ,  pi.  kardtmtnt  iH"},  actÏM  W- 

die,  prouesse. 
Habniscbib.  Voir  Htaniscnitai 

HtscHiE.  Voir  UlSCBlU. 

[Mascbikb],  ^cUm  7178,  effut,  pône;  JmÀm 

8â56,  tribulations,  mîab«a. 
UtsTM  9i5,pr.  3  Wla&385,pf.6liw(fP8atiiU, 

p.  t.  hotlM  76,  presser;  A<u(m  ai&fi,  fnlst  Jt 

hite;  en  WtanI  3o8,  i  la  bil«. 


GLOSSAIRE. 


/i99 


Hastip  5 1  a  t ,  prompt. 

Hadbibc.  Voir  HAusBBnc. 

Haucibr  6aa,  p.  f.  kauciee  3a53,  élever,  hausser. 

[Hausbibc],  haubere  (rime)  8667,  aubère  367/1, 
haubert  i6/!i3,  1677,  haubercs  6981  (rime  avec 
pert)^  haubert,  vêtement  de  mailles  de  fer  couvrant 
la  poitrine  et  le  cou.  Au  v.  3567  la  mesure  atteste 
Y  h  de  hausberc;  il  vaudra  donc  mieux  lire  au 
V.  357a  Si  qu^oltre  le  haubere  pasia. 

Haut,  au  6g.,  de  haut  rang;  H  haut  clere  et  li  haut 
home  867,  haut  homes  3a63,  haït  ne  ba»  333â. 
absolument  que  haut  que  bas  io56o,  grands  et 
petits;  li  haut  8916,  les  hauts  barons;  le  rei  hait 
39/^6,  Dieu;  la  vigilie  haute  ia53,  la  vigile  sainte, 
respectable;  de  haute  ateinte  ai 5^,  de  grand  prix, 
de  grande  puissance.  Haut,  en  parlant  du  temps, 
qui  se  rapproche  de  midi.  Voir  Tibbcb. 

Hautbcb,  hautesce  8/1  a,  5ii5,  pi.  hautesees  a 080, 
haut  rang;  hautece  588,  éclat  digne  d*un  haut 
rang,  magniGccnce. 

Hautbmbrt  6870,  haut,  à  haute  voix;.  1 365,  avec 
magnificence;  luiutement  enparentez  I7a3,  ayant 
des  parents  de  haut  rang. 

Hautesce.  Voir  Hautece. 

Heib.  Voir  Ein. 

HiiTBs.  Voir  Dessaietes. 

Heu.  Voir  Hait. 

Hblme.  Voir  Hiacme. 

Hb.^ob,  henorer.  Voir  0!«or,  Ohobbb. 

HE5CIUS.  Voir  E.>oios. 

He5ub.  Voir  Onob. 

Hëbbbbgeob,  pi.  s.  herbergeor  6980,  6997,  fourrier, 
homme  charge  de  préparer  les  logements  militaires. 

Hbbbebgieb ,  pf.  3  herberga  3/!i8 ,  6  herbergierent  1  o/i8 , 
p.  herbergié  ûai,  loger,  héberger. 

Herdbieb  10607,  impf.  6  herdeioient  a383;  pf.  6  her^ 
dei:rent  9189;  gér.  herdeiant  19a a,  escarmoucher 
(inlr.);  pf.  6  hcrdeiereut  595a,  harceler  (Irans.). 

Hbbe,  mine;  pi.  Jieres  6780,  (mauvaise)  mine. 

Hbbitb,  hérétique;  (par  extension)  les  gens  hérites 
5o ,  les  infidèles. 


HEBiTé  laoSo,  masc,  héritage. 

Hermine.  Voir  Ervik. 

Hebneis  3o4,  1673,  577a,  Il 583,  hemès  18^7, 
harnachement  de  guerre,  armure. 

Hbrnès.  Voir  Hbrneis. 

Hebkbschier  9738,  harnescher  8753,  avec  se  non 
exprimé,  s^armer;  impf.  6  se  hemésehouent  916/1, 
s'armaient. 

Hiilme.  Voir  Hiaumb. 

Hiauve  9106  (rime  avec  rea/me),  Viaume  3908  (rime 
avec  reaume),  hialme  6/160  (rime avec realme)^  l'elms 
i684,  pi.  hiaumes  7636  (rime  avec  Guillaumes)^ 
8656  (rime  avec  Willames)^  1190/i  (rime  avec 
Guillames)f  hialmes  a5a/i  (rime  avec  r«ium?«), 
helmss  1677,  0767  (rime  avec  reaulmes)^  heaume, 
casque.  Les  vv.  i684  et  8908  prouvent  que  le 
poète  connaissait  la  forme  sans  h,  venue  du  Midi; 
les  vv.  5A6o  et  9106  prouvent  qu'il  connaissait 
déjà  la  diérèse  de  hiaume  en  hi-^ume;  les  autres 
vers  attestent  la  forme  hiaume, 

Hisdos  io858,  isdos  6a  18,  f.  hisduse  33/19,  l^i^icux. 
qui  inspire  Thorreur. 

HisDus.  Voir  Hisdos. 

Hobelbb,  impf.  6  hobeloient  a38/i,  houspiller,  escar- 
moucher. 

HoBEB,  pf.  6  hoberent  9189,  remuer,  se  pousser. 

HoBEBBL  i6a5,  hobereau,  sorte  de  faucon. 

HoRiB  :  honiz  soit  iiia6,  honte  à. 

HoNOB.  Voir  Okob. 

HonoBEBi  Voir  Onobbb. 

[Hortage],  ontage  9896,  honte,  déshonneur. 

HoBB.  Voir  Obb. 

HoBs,  ors  ao68,  hors,  dehors. 

HucDiEB,  pf.  6  huchijrcnt  /166,  appeler  en  criant. 

HuKi  33i6,  clameur. 

Huer  8o5,  i6a6,  pf.  6  huèrent  169a,  crier  très  fort: 
pf.  6  huèrent  1601,  p.  hué  i5a7,  huer  (trans.). 

Huis.  Voir  Uis. 

Humilier.  Voir  Umilieb. 

HuBTBB,  hurla  3a o,  heurter  (intr.);  hurterent  i5/i8, 
heurter  violemment  (trans.),  renverser. 


I 


Iaumb.  Voir  HiiiMÉ. 
IcB.  Voir  Iço. 

IcEL  a 67,  etc.,  f.  icele  ia65,  3^78,  etc.;  ce,  cette 
(en  pariant  de  ce  qui  est  plus  éloigné )• 


îpo  6,  369,  etc.,  iee  an  a,  die.,  ce,  cela  (neutre). 
Idorqois  1076a,  alors. 
I021BL.  Voir  IsHBL. 
IohbUpas.  Voir  Es. 


500 


L'HISTOIIIE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


lui.  Voir  IsLi. 

Illig.  Voir  Ilvic. 

lixicoau.  Voir  Ildeqois. 

Illooa.  Voir  Ildec. 

IlloiIDN.  Voir  Iluiquis. 

Iloc.  Voir  Iluk. 

Iiocqni».  Voir  iLotquu. 

luH)DEB.  Voir  Ildequis. 

Ilmc  663r>,  iloc  Ai5,  i5o,  17981  ilhe  137,  illwe 

1579.  u- 

[Iloiouu],  ifioffuei  675  (rime  avec  oveqau),  tfof un 
i38,  355,  63&,ilM!jttt  116&,  iflogun  76&(rima 
a>ec  aMqutt),  looa  (rime  arec  ovtquei),  1877 
[rime  avec  tmkrt),  sSSa  (de  même),  3i6g  (de 
mime},  U, 

IviSl  Uiaa  (:  damage),  pi.  ymagaiet  5l38,  ymaget 
1096,  image,  figura  sculptée. 

Iqdil,  e.  iqutU  io653,  opposé  ù  ittl. 

lu,  colère:  erein  l'tn  68721,  eo  croire  »a  coière. 

Urli,  pi.  iretei  388i,  piice  non  identifiée  de  Tar- 
mure  des  Turcs. 

liii£  ts66,  etf.,  1.  rmre  176g,  tourroucé. 


[Inos],  f.  iruM  635,  «n  cdire. 

Iiiif .  Voir  Iiii. 

Ibds.  Voir  Imm. 

lsLiii7o,  l'Ibiae*,  i38i,  ll«(>MtII*i38i,aril 

le  mol  est  fëm.  1370)- 
laiiu.  1B&3,  pi.  ù>m1i  ihgq,  igMb  i8ig,  «788. 

9988,  f.  pL  tmrb*  ll8*,  1680,  1^,  niffU^ 

Voir  Es. 
IiiiiLiKiST  ibh,  iA6g,  i885,  9800,  3iS6,iq{dtF 

ment,  promptemenl. 
Issi  186,  593,  655, «Ml  790,  aiiaL 
Issu.  VmtEimii. 

IsSDI.  Voir  EiHC*. 

Inht  363,  ii36i,lBat 

Im  aoaS,  >.  ilvlt  59g,  io65i.  tel. 

hnt,  yuH«  1&17  (yn),  9*06  (:  Kwm),  fL  i 

SggG  (:  liium), 
Iin.yMT  39i3(rii 

3197,  liiier. 
Itihh.  Voir  Ite*. 
[hiiMSi]  :U  Uni 
Iwi.  Voir  ItiDi. 


il  3993,  etc.,  déjà. 

[Jii.],  f\.  gam  de  m»r  S799,  galet. 

JiLiT,  pl.jabî  337^,  {^alel. 

JinsLite  85oG,  bavardage  nuisible,  criaillerie. 

Jabsi,  pl.jarbei  65iA,  gerbe. 

JiBDiiiiiiiE  ôgAa ,  ensemble  de  jardins. 

[JiTELi],  pi.  ;arf/ei  6183,  javelle. 

Jes».  Voir  Gu». 

JtaoDE.  Voir  Icsqut. 

[Jetiïi],  f.  gelâice  iog6,  fondu  su  moule. 

JiTEt,  jeter;  impf.  6  jetaient  761,  getaieul  7g7,  gér. 
jettailÉi  3537,  tirer,  lancer  (intr.);  geUte  1073, 
chassées ,  bannies. 

Jniausi  353g,  qui  lance,  qui  tire. 

[Jeu],  \e.w\  gin  foTti  375o,  gini  porli  7313,  propo- 
silion  comprenant  deut  alternatives,  dont  celui  à 
qui  on  la  fsit  peut  choisir  l'uue  ou  l'autre;  lifail 
trop  mal  li  giui  parttz  8^76,  la  silualiun  aurait  été 
tris  rdcheuse;  mat  giit  parti  i5o3,  mauvaise  situa- 
tion, danger. 

JiHi-E.  Voir  CiPE  jeBbe. 

JiGnir,  pr.  3  geùne  A3go,  jeûner. 

JoiKT.  Voir  Joia. 


Jomi.  Voir  JDEr:ii. 

JOFKI.   Voir  iutTKB. 

[JooLEoa],  pi.  itjugleûr  hago, 

de  chansons  de  gMte.  .     . 

Joirdue  :  p.  s.  Joint  lâaS,  joint  735i,  rHMaf.ll 

prêt  i  fondre  sur  son  ennemi  (comme  nu  {««• 

sur  sa  proie). 
[JoIe],  jouir;;Minl  7i3B,beureui,  jojeivh        ,    li 
Jour,  f.joUce  5S&,  do  bonne  hnmeor,  Mgar. 
Job,  ;i>ni,  jour:  biUj'or  laii,  3378,ll63«^Mt>ÉI> 

3067,  tout  le  jour. 
Joi*.  Voir  Job. 
JoBBEt  3A5S,.  Idche,  combat  d'une  jottrqéB;.ll|iL^a^ 

nêtî  8717,  journée   île  aureb«;  jm»»!  Â-lknO 

&ofi3 ,  chpmiD  qu'on  pBrcoDrt  N  On  jfiiir. 
JosTE.  Voir  Dejosti. 

[ioett],  jtule  7571,  joui)?,  combat  de  prêt. 
Jdrteiee  635!i,  7939,  guerroyer. 
[Jo9TEB],jiui«r7579,  pf.  3/Hsta7&73,joaUr(at*- 

battre  de  près  à  la  lance.  '  .    ^'  I    ' 

Jou  731  (rime  aveclMi),  joug.  

Jou,  ge,ji,gii  533o,  je. 
JoiisTi,  pi.  jovenlei  3 


GLOSSAIRE. 


501 


[JoEnii],  joejne  96,  333/1,  joJnB  9090,  (4.  jotfnM 

180,  3&63«  6i39,  jeune. 
J018DI  3395,  jeudi. 

JOOUIÛB.  Voir  JOOLIOR. 

JuBiR  :  jurte  887a,  liée  par  serment. 
Jds  837, 199Â,  fio3à,en  bas;  fiu«(/ttf  1067,  6097, 
6^88,  en  haut  et  en  bas. 


JcsQiii,  jeiqu9  s 84 0,  jusque. 

Jdstb.  Voir  Joste. 

Jdstbb.  Voir  Josteb. 

JusTisB  1061,  justice;  65i,  835i,  8699,  juge. 

JUSTISER.  Voir  JUSTISIBB. 

[Jostisibb],  pf.  6  jttftiffrent  8069,  gouverner  (propr* 
juger). 


K\  Voir  Que. 

Kalbhdbs  3910,  calendes. 

Kab.  Voir  Kbb. 


Kbb  5^9 ,  etc.,  kar  1198,  etc.,  car. 
Kebrel,  pi.  hemeaU  9365,  créneau. 
Kl.  Voir  Que. 


La  :  (2ff  2a  73A,  de  ce  côté-là. 
Labor,  pi.  lahort  /i6/ï8,  travail. 
Labobbb,  impf.  6  lahoroueni  39o/i,  travailler. 
Lai,  pi.  s.  (ot  8018,  laïque. 

[Laidece],  laidesce  6393,  7060,  11999,  action  vi- 
laine, houleuse. 
Laioemert  660,  3669,  d'une  vilaine  façon. 
Laidb?(gbb.  Voir  Laidergier. 
[Laidergieb],  p.  f.  laidengee  1198,  373o,  traiter 

d'une  façon  vilaioc,  outrager. 
Laideb-,  pf.  6  îaiderent  76 1 3 ,  p.  f.  laitUe  6939 ,  mettre 

en  piteux  état,  abîmer. 
Laidesce.  Voir  Laidece. 
Laidib  808,  impf.  6  laidisteient  76/13,  p.  kudi  7606, 

pi.  ïaidiz  357'!,  endommager,  maltraiter;  impt  6 

laidiiêouent  555,  insulter. 
Laidube  1766,  3577,  3596,  8990,  bonté,  ontn^; 

5683,  infamie,  action  honteuses. 
Laieb,  impér.  3  lai  3761,  fut.  1  larai  63o7,  h  lar- 

rom  9387,  laisser. 
Laïs  6596,  là  en  bas. 
Laissier  :  tanz  leissier  13091  (ms.  éd.  (etuiera),  sans 

perdre  un  niomonl. 
Lait,  f.  laide  9909,  3960,  triste,  fâcheux. 
[Larcieb],  pf.  6  lancèrent  i599,  lancer  des  traits, 

tirer;  te  lancèrent  3338,  pénétrèrent  violemment. 
La5Boi,  pi.  lanroiz  10193,  mot  sans  doute  altéré. 
LABoé,  pi.  lardez  6090,  filet,  morceau  de  viande 

coupé  sur  le  dos  d'un  animal  de  boucherie  et  propre 

à  être  piqué  de  lard. 
LiBGE,  s.  largee  6/108,  libéral. 


[Labobcb],  largeic€  6/109,  ^S?^*  etc.,  libéralité. 

Laboesce.  Voir  Labgece. 

[Laschece],  îaêcketeê  691/1,  6679,  découragement; 
7069,  mollesse,  inertie. 

Lascbesce.  Voir  Laschece. 

Laschieb,  impf.  6  b$  laechoient  9997,  **  laêchouent 
8069,  se  relâcher,  faiblir. 

Lasseb,  pf.  6  louèrent  6087,  fatiguer,  harasser. 

Latimieb  5199,  latimer  franceit  ^tgi^  pL  latwMrt 
131 55,  interprète. 

Latih,  pi.  latine  8388,  19173,  latin,  de  religion  ca- 
tliolique  latine;  la  gent  latine  i55i,  les  îiStins  par 
opposition  aux  Grecs,  Arméniens  et  Syriens. 

[Lavardebb],  pi.  ktvendere»  5696,  lavandière,  blan- 
chisseuse. 

Latejidube.  Voir  Lavabdibbb. 

Le,  pron.  :  nel  3i,  no  5637,  nu  7387,  9676,  ne  le;  $il 
639,  1060,  si  le;  ne»  30Q,  ne  les,  ne  le;  ^i7  36, 
qui  lo;  de  veer  le  583,  587,  prendre  le  1766, 
trahir  le»  3569,  ravoir  la  3766;  le»  »on  frère  339  3, 
ceux  de  son  frère;  la  le  conte  9317,  celle  du 
comte;  del  lur  ]o33,  du  leur;  a»  lur  866,  aux 
leurs;  pa»m  lor  1 1689,  leor  passa  devant;  la  pris 
absolumoit  :  la  durer  970,  résister. 

Le,  art.  :  al  68,  etc.,  an;  del  37,  etc.,  du;  a» 
985,  etc.,  aux;  de»  96,  etc.,  des;  el  95,  etc., 
dans  le;  es  66,  etc.,  dans  les. 

Lé  3071,  pi.  f.  Im»  3776 ,  large;  f.  U»  ne  large  6668. 

Leal.  Voir  LiiAu 

[Leece],  l9e»ee  609,  6709,  8788,  liesse,  jme. 

Lebscb.  Voir  Lnci. 


502 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE- 


Lbgier,  léger;  de  îegier  1966,  fkbgd^  97^9 1  facile- 
ment, 

Lbial,  pi.  8.  îeaî  769,  loyal. 

[LeiA^iCB],  îtance  6868,  allégeance,  engagement. 

[Leiiument],  liaument  370,  loyalement. 

[Lbiâutï^],  liauié  1778,  loyauté. 

[Lkibb],  Uër  io366,  lier  :  si  com  il  lie  7878,  autant 
qu^il  embrasse. 

Lbissier.  Voir  Laissibr. 

LBoninDiB  /i6o8,  9660  (ms.  len  naudie)^  maladie  des 
croisés  à  Acre,  que  le  Iraductciir  latin  appelle  ar- 
naldia. 

Lebmb  968a,  839/i,  larme. 

Letre  975,  a  181,  35/16,  5588,  5589, 10950,  écrit, 
document  écrit. 

Letuarie  to596,  électuaire. 

Lec,  8.  leut  iiaa3,  loup. 

Le?er,  p.  8.  levez  957/1,  f.  levée  636,  émouvoir,  sou- 
lever; impf.  6  levaient  636,  pf.  3  leva  11 363, 
s'élever. 

Lez,  côté;  lez  a  lez  119S6,  côte  à  côte. 

Lia^ce.  Voir  Leiance. 

Liaument.  Voir  Lbiaument. 

LiKvii.  Voir  LBiAmé. 

Lié,  s.  liez  ao57,  pi.  s.  lié  /î3a,  lotSi  /1090,  joyeux. 

[LiEis],  liaii  386 1,  pierre  de  liais. 

Lier.  Voir  Lbibr. 

[Lieu],  liu  9751,  pi.  liu*  9106,  place,  rang. 

[Ligece],  pi.  ligescet  18/i,  possession  lige. 

L1018.  Voir  LiEis. 

Lion  :  baniere  al  lion  1  i5a7,  bannière  portant  Timage 
d'un  lion. 

LiPE,  lippe,  grosse  lèvre  :  a  qui  toz  jorz pend&it  la  lipe 
95o8,  qui  faisait  toujours  la  moue,  qui  était  tou- 
jours de  mauvaise  humeur. 

LiD.  Voir  Lied. 


LinuEi597,  6699,  9906  (rime  avec ytttie),i4.iNraft 

6598,  8999,  8995  (rime  avec  tifu«t),  itiM»  i665, 

7611  (rime  avec  triuues)^  luet  10617  (de  même)* 

lieue;  mi  Uuue  1597,  ™^^  demie  (ms.  dtmi)  Mmu 

6/193. 
Livre,  s.  livre 'jiSb  (rime),  maÎB  Uvreê  s6o8  (rime), 

75Û4  (rime),  livre,  source  écrite  consultée  pir 

Ambroise. 
Livrer  :  livroient  ententes  9989,  donnaient  de  foeeii* 

pation. 
LoER,  louer;  $e  loer  1 060,  se  louer,  se  féliciter;  pr.  1 

lo  8701,  cond.  6  loereient  7766,  approQver,  eoii> 

seiller. 
LooiER  5690,  pf.  6  iê  logierent  9891,  9896,  cmifar^ 

s'installer,  propr^  s'établir  sous  des  loges  on  ct- 

banes  de  branches. 
LoiER,  luér  369/1,  pi.  loiers  1 1699,  '>**<^'  B899«  lé» 

compense,  salaire. 
Loi5Z,  loin;  en  loînz  ioâ/i5,  au  loin. 
Long  io65,  selon. 
Long,  s.  Iom  35 18,  de  haute  taille. 
LoROEMENT  ùkU^,  3^95,  5637,  longtemps. 
LoR.  Voir  Le. 

LoREs  36,  79,  38o,  etc.,  lore  188,  etc.,  don» 
Los  6666,  louange,  gloire;  al  loê  99a,  d'iftéi  b 

conseil;  a  Icr  los  7770,  d'après  leur  oonaeâ. 
LosENGE  106 56,  flatterie;  7603,  tromperie. 
[ LosENGiER ] ,  f.  losengere  1 1 63  ^  menteur, 
Lue.  Voir  Lidce. 
LuËR.  Voir  LoiER.  * 
Lues  1 1  85o  ,  aussitôt. 
LuiER.  Voir  L01ER. 
[Luisrrne],  Interne  i938,  lueur. 
LuMiKAiRE  9375 ,  éclairage;  (fig.)  9698 ,  enl 
LuR.  Voir  Le. 

LCSERNE.  Voir  LciSERIIE. 


M 


Maaille  5363 ,  la  plus  petite  pièce  de  monnaie,  demi- 
denier. 

Maçacre  6790,  boucherie;  3090,  6060,  11977» 
massacre;  la  m.  6790,  1 19771  mais  lait  m.  3090. 

Macs  6855,  565 1,  3oii  (rime  avec  place)^  pi. 
mace»  6395  (rime  avec  p/ocef),  6009  (de  même), 
6569  (rime  avec  traces) ,  masse  d'armes. 

Madle.  Voir  Masle. 

Madré,  s.  madré»  6866,  sorte  de  bois. 


Maer.  Voir  MsiEif. 

Mahaignier  6955,  pr.  3  mahainê  6896  (ri 

compaine)^  estropier. 
Maromirii  9975,  5^63,  mosquée. 
Maien.  Voir  Msiir. 
Mair  :  prendre  en  main  3689 ,  entreprendre; 

main  5999,  avoir  à  sa  disposition,  être  lér  ébk 
Maix  7871,  malin. 
MaÏn.  Voir  Mbieh. 


■  • 


GLOSSAIRE. 


503 


Maixore.  Voir  Maxbir. 

Maixe,  grand;  épithèlc  de  renipereur  Gharlce  trans- 
portée par  assimilation  à  d'autres  héros  :  Richarz 

li  maines  1 1338. 
Mai?is.  Voir  Meins. 
Maint.  Voir  Mener. 
Mai!itB5AM  aGuiî,  meintenant  670,0  ce  momcnt-ià, 

aussitôt. 
[Maiktesir),  meintenir  J717,  défendre,  maintenir. 
Mais  :  ne.  .  .  mets  176,  no  plus  (au  sens  lemporei); 

ne...    mais   671!,  pas   plus;   ineit  3656,^0  mets 

1 867,  onc  tneis  1 1  C()7,  jamais. 
MiisMEE,  maisnce  9*3,  meùniee  io3,  pi.  meisnees  358, 

famille;  maisnce  1917,  •-Î97I1  66 17,  pi.  maisnees 

1801,  ineisnees  i^ioa,  familiers,  maison,  entou- 
rage intimo. 
[Maistre],  meslre  8G08,  principal,  en  chef;  si  mestre 

3995,  si  hj)bHe,  si  fort;  f.  tur  meslre  9aa5,  tour 

principale. 
Mal,  f.  maie  GG-j,  mauvais;  maie  A809,  diiïicile. 
MvL  :  par  mal  817G,  dans  de  mauvaise^  dispositions, 

en  mauvais  lernu^s.  i]ï.  Mar. 
Malage  6G09,  maiadio. 
Malaîços.  Voir  Malkïmi>. 
Malbaillir.  \  oir  Maldvillir. 
Maleeit  9oa7,  oj.'Jîî,  njandil. 
[Maleïço:^],  mulai\on  533 1,  malédiction. 
Malement  9^8,  •îoG-.î,  'i33G,  inauvaisoment. 
Maleb  :  a  champ  malv  ioo38,  propr*  dans  un  champ 

clos   et  awc    des    conditions   de   bataille   réglées 

comme  pour  un  combat  judiciaire. 
Malmetre.  Voir  Maimktrk. 
Maltalem.  Voir  Mautalb.m. 
Maltais.  Voir  M  vivais. 
Malvkis.  Voir  Mauvais. 
Ma.^iacb  G95,  menace. 
I  Ma>acier],  manaster  7.»6  ,  impf.  G  maM^ouent  608, 

menacer. 
[Ma.naideJ  :  pov  Ml  nu'isuade  3 '198  (lime  avec  laide); 

pout-ôlre  faut-il  lire  pu-  sa  manaide,  par  sa  raisé- 

licorde. 
Ma.^a^itib  :  pi.  maiianticH  ao'jo.,  richesse. 
Ma^a>tise  a 0-29,  riciioss-'. 
Ma>ascer.  Voir  Ma>u:ieu. 
Mandement  9/1G1,  convocation. 
Ma.nder  :  p.  mandé  r^'ia'i,  livrei,  remettre. 
Ma>ecier.  Voir  Ma.nujikr. 
Ma?ieir,  mnindrc  2799,  impf.  3  maneit  i38.^,  6  wia- 

ueient  i3oi,  pf.  3  mitt  /1/17/1,  8963,  6  mestrent 


9975 ,  mistrenl  167/1,  demeurer,  habiter  ;  pris  subfit. 

fnanair  9i3,  hahitaiion,  demeure. 
Manière.  Voir  Manière. 
Majigibr,  pr.  6  manjuent  iia8i,  manger. 
Mango.nel,   pi.    mnnoonels   6787,  mangonvAt'  8202, 

3a  1 3,  mangonneau. 
Makiablb,  s.  maniables  11G75,  agile,  adroit  dans  ses 

mouvements. 
Manier  :  f.  pi.  genz  manières  8396,   gens  t^roits, 

exercés. 
Manière  :  en  manere  6398,  dans  cet  état;  de  mnlt 

grant  manere  8990,^  très  riche,  très  beau;  de  ma- 
nières i589,  de  plusors  manières  SaC,  de  diverses 

sortes. 
Manovrer,  p.  f.  pi.  manovrees  io5a6,  travailler  à  la 

main. 
Mar,  malf  à  la  malheure;  mar  i  Just  venue  11686, 

cette  expédition  aurait  causé  sa  perte;   mar  venu 

sûmes  1 1937,  nous  sommes  perdus  pour  éti-e  venus 

ici;  mal  le  virent  10976,  ceJa  leur  nuisit. 
Marc,  pi.  mars  1781,  1788,  marc,  poids  d'argent. 
Marcubandisb,  pi.  tnarcheandises  1 1791,  marchandise. 
Marcrbant  6675,  marchand. 
Marciiib   :   grant   marchié  6871,  pi.  bons   marchiez 

3686,  achat  à  bas  prix,  bon  marché. 
Marguier  366a,  s'avancer,  faire  un  pas;  impf.  6  mar^ 

chouent  7836,  fouler  aux  pieds,  marcher  sur. 
Marchis  9  63a,  etc.,  marquis. 
Mabeschal,  s.  maresclmuê  5668,  mareschals  66a6, 

maréchal,  propr*  chargé  de  la  cavalerie. 
Marescuaucie.  Voir  aux  Noms  propres. 
Mari.  Voir  Marri. 
Marine   1796,    2897,    9698,    9878,   9897,   9967, 

boitl  de  la  mer. 
[Marri],  pi.  s.  tnari  9878,  fâché. 
Martire   7892,  fém.   9950,   tribulation,  souffrance 
[Maslb]  :  madle  9688,  mâle. 
Mastbr,  p.  f.  mastee  ai 55,  mater. 
Mat,  pi.  maz  9359,  propr'  mat  (aux  échecs);  de  là 

f.  mate  6696,  7789,  abattu,  découragé. 
Mater,  pf.  9  matas  9698,  vaincce,  dompter. 

M  AT  BRI  E.   Voir  M  ATI  RE. 

Matinbt  6067,  P^*''!^  ^^1  jour* 

Matirb  8,  9896,  965t  (rime  avec  desfire),  matirie 
9656,  matêrieg^  6558,  sujet  d*un  récit,  matière; 
pi.  maitres  19816  (rime  ^\ec  filatires),  matières 
précieuses;  de  plutors  matire»  5oo9  (rime  avec 
Salesbires),  de  diverses  conditions  (en  pariant  de 
personnes). 

63 

larRiHKaïc  SATieiALt. 


504 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


!^Ugbiiu.ir  :  p.  s.  maubailHz  1 176/1,  f.  malbailUe 
10178*  iio3p,  en  mauvais  état,  mal  arranf^c. 

[Maumetre],  p.  r.  tnalmise  iia66,  maltrailcr. 

[Mautalem],  maUaîent  i/ii9,  colère,  mauvaise  hu- 
meur. 

[Mauvais],  f.  maîvaise  2i5o  (rime  avec  atte),  mal- 
veiête  laaa  (rime  avec  tneiaiae),  malveites  5i8 
(rime  avec  aises) ,  mauvais. 

[Mbibn],  maien  1067,  maian  ^SgS  (rimo  avec  Van 
=  r«i),  mam  8633,  moyen. 

M1ÏME8.  Voir  Mbïsiii. 

Mbiks  ,  mains  3â  a ,  moins  ;  au  v.  1018/1,  lire  mesaamez 
pour  mems  aamez. 

MEiitTENANT.  Voir  Maihtenant. 

Meiktenib.  Voir  Maintetiir. 

Meis.  Voir  Mais. 

Mbishaoe.  Voir  Makaidb. 

Mbi8i«eb.  Voir  Maisnibe. 

Mbiskibe.  Voir  Mais?iibb. 

Meïsme,  meïsmes  88^7  (rime  avec  deïmes),  tnetmes 
3oa],  précisément,  justement;  a  meùme  6809 
(rime  avec  paienisnij),  à  porlée;  a  metsmss  d'els 
1 1/199,  à  porlée  d^eux;  a  meùnes  le  liu  io383,  à 
portée,  à  proximité  du  lieu. 

Mblbg  683a,  713/1,  mot  arabe,  roi. 

Mbllb.  Voir  Mbslb. 

Mellbb.  Voir  Mbsleb. 

[Membre],  pi.  menbres  9199,  pièces;  pi.  s.  li  menbi^ 
al  diable  3/ii6,  les  membres  du  diable  (c'est-à- 
dire  les  Ssirnimns). 

Membrebment  9886,  par  mémoire. 

[Membrer]  :  pr.  3  me  menbiv  3967,  je  me  souviens; 
tnenbvee  iio35,  renommée. 

Me?idi,  f.  mendie  9660,  pauvre,  mendiant. 

Mendrf.s.  Voir  Menor. 

Mbnbb,  sbj.  pr.  3  maint  6,  mener.  Cf.  Mbrrbr. 

[Menor],  s.  mendres  179,  pi.  s.  tnenur  1067,  p'"* 
pctiL 

Me^ii;,  pi.  mefi'uza656,  petit;  gent  menue  9739,  genz 
menues  a366,  gens  de  pelile  condition. 

Mbnur.  Voir  Mbkor. 

[Meolb],  thoole  ioo63,  moelle. 

Merc  3568,  marque,  signe. 

Mercub  /i5^^,  borne. 

Merci  â8o,  miséricorde,  grâce;  la  merci  Deu  97/1, 
3a  1,  338o,  ii6a5,  la  merci  de  Deu  3fi4o,  Us 
Qranz  merdz  al  crealor  5  SA  a,  (par)  la  grâce  de 
Dieu;  en  sa  merci  ao39 ,  à  sa  discrétion. 

Mercier  7680,  remercier. 


Merir  369/i ,  p.  s.  meri  3738 ,  p.  f.  merie  S976,  IN9M9 

récompenser. 
Mibbbb,  pf.  3  merra  9018,  p.  8.  mêrrÊii  8968»  pL 

8910,  seulement  dans  la  locution  merrmr  l§  imfit 

merrer  son  daeil,  qui  veut  dire  :  86  UvreràlM 

deuil.  Au  v.  8866  lire  merrerenl  pour 
Mbrvbillb  3 1 46 ,  3 1  /i5 ,  chose  surprenante; 

veille  5oa  ,  une  foule  énorme;  la  merwmttê  im 

enekes  537,   ^^  merveilleuse  flotte  des  ésèfMi; 

merveilles  oi  qui  6978,  celui-là  entend  des  ûmm 

merveilleuses  qui  ;  merveilles  grant  a  1  aa ,  mfiUgéUtf 

chah  /i8/io,  merveilleusement  grand,  ^ud, 
Mbrteillier  :  me  merveil  6373,  je  m*én[ierveiUi;jUl 

a  merveillier  3837,  est  de  nature  à  éoierYettv. 
Merveillos,  f.  merveillose  5o68,  étrange  «  ei 

naire;  f.  pi.  meiveilluses  aia3,  admirdbiBê. 
[Mbrtbii.i<08Bmeiit],  mep9eillusement  3oAt«  d*«n» 

nière  étonnante. 
Mervi^illcs.  Voir  Merveillos. 
Merveilldsbmert.  Voir  Mbrvbillosemiht. 
Mbs  66  a,  51190,  messager. 
Mes.  Voir  Mais. 

[Mbsaaisié],  f.  pi.  mesaaisees  7835,  mal  à  i'aifle» 
Mbsaamer.  Voir  Mesaesmbr. 
[Mesaesmbr],  mesaamer  6888,  p.  pi.  wietàaame  Mo^ 

f?tetii«  aamez  1.  mesaamez  1018/1,  C  memawsti  fWi>. 

mesamee)  xiShh,  blâmer,  apprécier  d^QM  tÊ0B 

méprisante. 
Mksaisb  1117,   1331,  3Û1Û,  3&38,  43ia,  flWt. 

souffrance. 
Mesahbr.  Voir  Mbsxsmer. 

Mesaverir  867/i ,  pf.  3  »nesavml  1373,  arriver  ntilMHC» 
Mésaventure  i356,  a5o/i,  3959,  malheari. 
Meschaeir,  meschaier  5 16a,   pr.  3  meêdml.  ^tjblb 

pf.  3  meschaî  hS^h,  6638,  sbj.  impf.  3 

11731,  tomber  mal,  réussir  mal;  gér.  L  pk 

clieanz  1378,  malheureux. 
[Meschabite],  pi.  mescheeites  1378,  maoYaîaa 

turc,  malheur. 
Mbscheangb  64o3,  malheur. 
Mbsciieeite.  Voir  Mbscdaeite. 
Mescbibf  2oa5,  3037,  3667,  11735,  pL 

3o5o ,  malheur,  méchef;  pi.  a  meechih  Z^i^ 

son  malheur;  a  me>c^t?/*648,  à  grand'peîwu 
Mbschinb  30o/i,  pi.  meschines  1073,  iiSA,.  JA^^d 

jeune  fille.  ..: 

Mescontbr,  pf.  6  mesconterent  5H 8,  compter 
Mbsgr barge  53^3,  infidélité,  impiété. 
MEscRKiaB,  pr.  6  mescrotent  3917,  ne  paa 


GLOSSAIRE. 


50S 


fuser  de  croire  ;  gent  mescreùe  6069 ,  infidèles,  mé- 
créant5. 

M18DIBI,  pf.  6  metdiiti'ent  689,  dire  des  injures. 

Mbsbl,  me«e/«  a^asi,  qB/is,  inenaut  7880,  lépreux. 

MiscRRER  5758,  s'égarer,  faire  fausse  route. 

MisEsam ,  meêetma  6118,  mal  compler,  mal  eslimer  ; 
metame  101 58  (rime  avec  blâme) ^  mésestimer,  blâ- 
mer. 

MesEsTANCB  AAi3,  6533,  situation  fâcheuse,  souf- 
france. 

Mbsestbe,  impf.  3  mesesteit  idoA,  û/t58,  7809, 
1 169a  mal  aller,  ôtrc  en  mauvaise  situation. 

[.NfESEtROs],  nieseûru^  ^617,   malchanceux. 

Mesfaire  8C7G,  impf.  3  mesfeteit  86 a,  méfairc,  faire 
tort. 

Mbsguardb  5i3a,  570a,  mauvaise  garde. 

Mbslek  i63,  667,  tnellee  680,  brouille,  querelle; 
meilee  /i669,  10018,  mêlée;  melteeê  608a,  rixes. 

[Mbslb  pesle],  melle  pelle  10893  (rime  avec  grêile), 
péle-méie. 

Mespartir  :  mespartie  1001 3,  mal  partagée,  inégale. 

Mbsprbrdbe  856a,  pf.  6  mexpristrent  786,  p.  metprû 
958,  mal  agir,  avoir  un  fort. 

Mespriso5  i/ia8,  1660,  a636,  a66o,  5898,  tort, 
action  fautive. 

Message  139,  pi.  inettages  89a,  messager. 

Mbstikr  besoin; /u(^  mult  grans  tneitert  USà'jy  on 
5t*  trouva  en  grande  peine;  aveir  mestier  6979, 
être  utile,  s^en  fust  mestier  ii3oo,  s*il  en  était 
besoin. 

Mbstraire  3768,  mai  tirer,  manquer  son  coup. 

Mestre.  Voir  Maistre. 

Mrtre,  mettre;  1676,  se  mellrc;  de*qa*a  la  mêrt 
ne  metoient  i  iCGa,  s'aventuraient  jusqu^â  la  mort. 

Meîr,  pi.  meurs  3357,  mûr. 

Ml,  demi  :  mi  Hutte  1597,  demi-lieue;  qui  est  au 
milieu  :  en  mi  997a,  6618,  par  mi  795,  1199, 
au  milieu  do;  par  mi  lor  aie  799,  au  moyen  de 
l«»ur  aide,  avec  leur  nide. 

Mie,  propr*  mielte  :  i7  wVn  quittèrent  trover  mie  699, 
ils  pensai»  nt  ne  pas  trouver  miette  de  lui,  c'eet-à- 
dire  ne  pas  le  trouver;  t7  n*en  volaient  garder  mie 
3678,  ils  ne  voulaient  pas  la  garder;  par  extension 
nel  fud  mie  376,  ne  Vavoit  mie  19189,  etc.;  nom 
mie  O061,  nullement. 

MiELz.  Voir  MiEiz. 

[MiEii]:  le  mich  3o83,  le  meilleur. 

Mise  :  eslre  en  la  mino  7086,  courir  grand  risque, 
<^tre  en  très  mauvaise  situation. 


MmcBB.  Voir  Mihcibr. 

[MnciBRJ,  p.  f.  mineee  9818,  baeher  en  menus  mor- 
ceaux. 

MiRBOR,  pi.  8.  mineur  6867,  "nn^^c. 

Miracle  8091,  fém.,  miracle. 

Mire,  pi.  s.  mirée  9659,  médecin. 

Mise  5a  16,  condition;  miee  d'avoir  6978,  mise  dW- 
gent. 

MoiLLER.  Voir  Moillier. 

[Moillier],  moiller  3699,  8859  (rime  avec  fnmV/t^, 
mouiller),  épouse. 

MoLLER  8769  (pour  te  moller),  prendre  une  attitude 
de  combat,  s'exercer  les  membres. 

Mon,  explétif:  saveir  mon  6987,  7766,  7977»  8261, 
11 108. 

Monde,  mondée  11759,  pi.  s.  munde  678,  pur. 

Monde,  s.  monde  677,  686,  monde. 

MoNJOiE  9887,  émincnce;  19091,  spéc'  éminence 
d*où  Ton  aperçoit  Jérusalem. 

Mont  356,  85 16  (rime),  11171  (rime),  s.  monz  99, 
monde. 

Mont,  mont  :  a  mont  1893  (éd.  amont) ^  en  haut;  a 
mont  et  a  va/  1 181 9 ,  en  hant  et  en  bas.' 

Montée  8897,  ascension;  6998,  accès  en  mentant. 

Monter  Û3i8,  10688,  pf.  8  monta  8966,  servir  à, 
compter  pour;  que  monte  909,  k  qnoi  cela  s*élève. 

MooLE.  Voir  Meole. 

Mobdrii,  impf.  6  mordrieeoMnt  556,  assassiner. 

MoRiR,  pr.  6  moerent  85,  mourir;  mort  9081,  95oi, 
fait  mourir. 

MoRTELMENT  8645,  mortellement.  4 

MosGHETE,  pi.  muichêtet  9599,  petite  mouché. 

MosTBB.  Voir  Mobtibr. 

Mostibr,  pi.  moeien  1998,  église. 

MosTRBE  4659,  démonstration,  signe  ostensible. 

Mostbbr,  cond.  8  mostereit  ii85o,  montrer. 

Mot  :  mot  ne  savoit  i568,  il  ne  savait  root. 

MoTON.  Voir  Mouton. 

[Moût],  mult  /i3<),  etc.,  beaucoup. 

[Modt],  f.  pi.  multee  579,  mutée  1889,  nombreux. 

[MocTon],  pi.  motone  1681,  bélier;  maton  3895, 
8884,  mwtan  8846,  8853,  8869,  8879,  8878, 
s.  motone  8889,  muione  8894,  bélier,  nMchine  de 
siège. 

MoTBiB  984,  movoir  919,  997,  1197,  pf.  8  mut  65, 
287,  998,  996,  1669,  i486,  6  imirviif  1181, 
11 84,  9788,  p.  fiitftî  990,  999,  mettre  en  mou- 
vement; movant  ii8b,  agiles,  remaantee;  en  eon 
movoir  981,  en  se  mettant  en  marche. 

48. 


506 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


MuciER  379/i,  11A59,  p.  r.  muciee  10107,  cacher. 
MucRË,    propr^   moisi,   qui  sent  rhumidlté;  (Hg.) 

7680,  8386,  triste,  découragé. 
MuËR,  pf.  6  muèrent  i5o3,  changer;  mtter estai  i5a5, 

changer  de  place,  perdre  sa  position  de  bataille. 
MuBTE  161,  5 3 9/1,  départ,  expédition. 
Mui,  s.  mutï  ^317,  muid. 
MuL.  Voir  MoR. 

Mule  11968,  pi.  mules  9781,  mule. 
MuLST,  pi.  mulet  1686,  mulet. 


MoLT.  Voir  MouT. 

Mu.NDE.  Voir  Moude. 

Mur,  pi.  muls  1676,  9781  (rime  avec  Murt), 

io555  (de  même),  mulet. 
Mus.  Voir  Mur. 
MusBB  :  pf.  6  miuerent  hûg^^  58ia,  perte  •!• 

temps,  muser. 
Mustabet,  pi.  mutabez  10619,  élofTc  de  soie  bra^iée» 
Mot.  Voir  Moût. 
MuTOJ).  Voir  Mouton. 


N 


Nacion  12860,  naissance. 

Nafrbr,  navrer  8876,  pf.  6  nafrerent  161 7,  pi.  s.  na- 
frez  6061,  blesser. 

Nage  :  a  nage  6976,  en  nageant. 

[NageorJ,  pi.  s.  nageur  1680,  rameur. 

Nageur.  Voir  Nagbob. 

Nagieb  i6/i6,  11698,  transporter  en  bateau. 

Naier.  Voir  Niibr. 

Naïf,  naïve  9339,  natif,  naturel. 

Naistse  t  furent  nées  896,  naquirent. 

Nature  11688,  qualité  naturelle;  1360,  1936A,  no- 
blesse naturelle;  li  enemi  de  nature  7098,  la  gent 
oltre  nature  1 0A99 ,  les  gens  dénaturés,  les  infidèles. 

Natie,  masc.  aao,  Cém.  809,  689,  969,  flotte,  en- 
semble de  navires. 

Navire  3o86,  comme  Navie. 

Navrer.  Voir  Naprer. 

Ne.  Voir  Non. 

Ne  :  n'  î>.o/i/i,  mais  ne  il  non  éiidé  3o/i6  (ms.  m7), 
ni;  ne  que  976/i,  et  que;  ne  gaires  gros  hoshy  et 
qui  n^était  pas  fort  gros. 

Nécessaire  :  ses  choses  necensaires  8697,  ^^^  parties 
honteuses. 

Nep  677,  s.  niej  i833,  pi.  ncs  3i  J,  ^187,  667,  na- 
vire. 

Neier,  impf.  3  naiot  A 9 69,  pf.  6  naiereni  A 086,  p.  s. 
noiez  8366,  se  noyer,  noyer;  (iig.)  p.  pi.  s.  noté 
7618,  10016,  perdu  (dans  une  foule). 

[Neibr],  p.  neutre  noie  100161  nier. 

Neif  7808,  1  i2i3,  net^ /jo47,  neige. 

Neir,  f.  neire  3790,  noir. 

Nbïs  11306,  nis  1069,  n836,  A 3/17,  même. 

Nen.  Voir  No«. 

Neporquant  868,  1801,  1997,  9883,  39/16,  8879, 
36o8,  ^09^,  11961,  néanmoins,  nonol)stant. 


Nerté  ,  noirceur  ;  (  (ig.  )  1 3  3 1 6 ,  tristesse. 

Nés.  Voir  Le. 

Nesun,  f.  nesnne  7900*  aucim,  nul.  Cf.  Ntî9. 

Net,  f.  nette  6068,  net,  complet. 

NsfiL,  s.  neùls  6038,  nul.  Cf.  Nul. 

Neule  6768,  brouillard. 

Neveu.  Voin  Nevo. 

[Nevo],  neveu  9879,  s.  niés  906a,  9066 ,  pl« 
9773,  neveu. 

Ni^u.  Voir  Nevo. 

NiEF.  Voir  Nef. 

Nient,  disyllab.,  rien  :  quil  serveit  de  nient  36 «  l|ll.Jll 
le  servait  pas;  nus  par  nient  greinur  dtmtmJÊ  tSt, 
il  serait  oiseux  d'en  demander  uoe  j^us  grmthp 
pur  nient  le  demandez  3660,  ne  demtndfli  fÊÊ\ 
nient  Ju  de.  .  .  envers  7793,  nient fud  de,  »  m 
7878,  on  ne  peut  comparer. . .  à. 

Niis.  Voir  Nevo. 

Nis.  Voir  Neïs. 

NoAxz.  Voir  Noauz.' 

NoAus.  Voir  Noauz. 

[Noauz],  noalt  6180,  noaus  7636,  pm.  .^ 

NoBiLE  1 1683  (rime  avec  n'/e),  de  noble  fannlfey 

NoER,  gér.  noant  11119,  nager. 

NoiER.  Voir  Neier. 

NoiER.  Voir  Neier. 

Noise  103,  687  {noise  au  v.  688  est  fautif), 
1698,  noise,  querelle  tumultueuse.  > 

NoisiER  /i66i,  faire  du  bruit. 

Noiz  873 1,  noix  de  Farbalèle,  Tendroitaik  ealtfiiUe 
la  corde  tendue  et  011  pose  le  carreau. 

Nom.  Voir  Non.  '        ■    •  '/ 

Nom.  Voir  Non.  .'* 

NoMBRER  8666,  compter.  U 

Nomebhent  9716,  11869,  isoàt,  oomkuitiywMDi 


GLOSSAIRE. 


507 


NoMiB  :  p.  pi.  nomez  9637,  de  renom,  célèbre. 

Non,  nom  :  par  nom  a  16,  nominativement;  li  non  Deu 
3577,  les  noms  de  Dieu  écrits  sur  un  parchemin 
comme  talisman. 

NoH,  non;  non  fesoient  9^73,  n^étaient  pas  dans  le 
même  cas;  nom  mie  60^1,  nullement;  dans  la  po- 
sition atone  devant  une  voyelle,  nen  3333,  3391, 
5i66  (8969  lire  ne  pour  nen)^  et  n*  très  souvent; 
devant  une  consonne  ne, 

NoKB  /i/i83,  6960,  après-midi. 

NoRPOABLE,  pi.  nonpoablet  3969  (éd.  non  poablei)^ 
impotent,  inûrme. 

NoHSAVANT  i5i6  (éd.  non  savant)y  ignorant. 

NoRRiR,  p.  nnrri  9619,  s.  norriz  3696,  élever. 


NosTRB,  f.  pi.  lei  noz  1963,  les  nôtres. 

Non,  pi.  notes  1 1880,  musique. 

Nou.  Voir  Le. 

Noc,  n«tt6569,pl.tio2i:^385i  (rime  avec 6otiz),  nœud. 

NoTBLB  6/j6o,  chose  cilraordinaire. 

Na  :  nue  1 1969,  dépourvue. 

Noble  7630,  nuageux,  couvert. 

Nue  :  pi.  nues  ii/jo4,  nue,  nuage. 

NoisABLB  5 109,  nuisible. 

Nuisance  1/188,  1 9 3oi,  dommage. 

NoiTiBB  93o8,   nuitie  6685,  nuitée  9789,  nuitée, 

durée  de  la  nuit. 
Nul,  s.  nue  68,  nuU  78,  nul.  Cf.  Nkîl. 

NURBIB.  Voir  NORBIR. 


0 


0  i5i,  989,  3oâ,  etc.,  od  3o4,  38i,  avec;  od  tôt 

5556,  9660,  avec. 
OcciBR.  Voir  OCIRE. 
OccisiOK.  Voir  Ocision. 
Oceillb,  pi.  oceillei  3865  (rime  avec  aeillet),  sorte  de 

vase.  Cf.  Orcelle. 
OciRB,  pr.  6  ocient  664,  pf.  6  Oicistrent  i63/i,  p.  f. 

occiee  811,  tuer. 
OciSB  5571,  5709,  tuerie. 
[Ocision],  occition  8078,  tuorie. 
Od.  Voir  0. 
Obs.  Voir  Ues. 
OiB.  Voir  EiR. 

OïR,  fut.  5  orez  9 8 'm,  entendre. 
O1RE.  Voir  EiRE. 

Oleir,  impf.  3  oleit  977,  sentir,  exhaler  une  odeur. 
OuvERBiE  1579,  C935,  plantation  d'oliviers. 
Oltbage.  Voir  Outrage. 
Oltrer.  Voir  Outrer. 
Om.  Voir  On. 
On  :  Vom  660,  /Vm  ;ioo,  3i9,  384,   1706  (rime 

avec  Jeru*nlem)j  Van  A 5 9^1  (rime  avec  maian  = 

meien)^  on.  C'est  proprement  le  nominatif  de  orne, 
Oxc.  Voir  O'^ouEs. 
0?scoR   4 16   (ms.  oncore)j  uncoi'  990  (ms.  uncore), 

encor  lîîgS  (ras.  encore)^  encore  A 96,  encore. 
OscoRE.  Voir  Ojicor. 
[Ondeier],  impf.  6  ondeoient  3355,  se  presser  comme 

des  flots. 
Ofjor  1078,  onwr  90/49,  /lonor  1798,  henor  56/i,  he- 

nur  1068,  s.  onors  1 160,  henort  1807,  pi.  henor$ 


379,  honneur.  Le  mot  est  toujours  féminin  :  tant 
henur  1068  équivaut  à  tant  d'onor, 

[Onorer],  p.  f.  honorée  1819,  henoi\e  3099,  7/11 4, 
enoree  1 9 1 3 ,  honorer. 

Onqubs,  onc  3359,  jamais;  onquee  orne  n'i  p^rdimen 
1 1638,  nous  n*y  perdîmes  pas  un  seul  homme. 

Ot£  :  par  ont  3 193,  4077,  6755,  1 1591,  par  où. 

Oxtagr.  Voir  Hontagb. 

Ob  11590  (rime  avec  lor)^  bord. 

Obainz  1016,  pi-écédemment ,  tout  à  Thcure. 

Obcelb,  pi.  orceles  388,  cruche.  Cf.  Oceille. 

Obdebr.  Voir  Ordeibr. 

[Oroiibr],  impf.  6  ordeoient  19097,  ^'^''' 

Obdeneb,  impf.  6  ordenouent  10898,  ordonner 
(trans.);  pf.  6  ordenerent  8971,  prendre  des  me- 
sures, d(%  arrangements. 

Ordorb  7089,  ordure,  impureté  (morale). 

Obb  ,  heure  :  en  poi  d*ure  9 1 ,  en  peu  de  temps  ;  en 
ti  poi  d'ore  9886,  en  si  peu  de  temps;  uule  hore 
33/16,  à  aucun  moment;  tôle  hure  5693,  conti- 
nuellement; tele  hore  iert.  .  .  e  tele  hore  5667-68 . 
il  y  avait  des  moments. . .  et  d'autres  moments. 

Obbb,  gér.  ùrarU  889/1,  prier;  p.  f.  pi.  orei>n  338, 
prononcer  (en  parlant  de  vœux). 

OarBiré.  Voir  Orphertk. 

ORPPHBirré.  Voir  OBPHB.iTé. 

OaiBLBTé,  5/i38,  horreur. 

OBPHBifiif,  pi.  orphenÎM  1/169  ,  orphelin. 

Orpbbiitb  :  orjphenté 9689 ,  orphelinage ;  orf'ente  8899 . 
orphentêz  95o6,  au  flg.  deuil,  désolation. 

Obs.  Voir  Hobb. 


508 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


Out,  f.  orde  8711,  f.  pt.  arJ«t  aaSA,  sale,  impur, 

Okub  :  reipre  oicur  3937,  soir  obscur;  ereanct  «temv 
f)939,  cropnc?  ciroDée,  contraire  à  )b  lumière,  i 
la  vérilë;  ta  geM  oietirt  73*9,  lu  gtni  otcurtt  . 
11G98,  cl  Diânie  H  ntir  otcur  6095,  les)  infi- 
dèles. 

Osé  3837,  3336,  audadeux;  l«»geiubra<res,  hardis, 
\agmt  o»«  6039.   ■ 

OsT,  iéta.  Z101,  39^'!,  3.  Potl  38i,  385,  Ai3,â3t, 
787,  96i,  aigS,  l'M  1907;  mais  ton  otl  1761, 
dff  jTanlotl9769  (8399  I.  lirtii  a  l'ott),  pi. oib 
1589,  3535,  armée,  campée  O'j  en  marche. 

OsTiOE  :  tn  mUtgtt  5âA3,  en  olajje. 

Osiiciin,  pf.  6  ottagieitnt  i333i,  fuiirntr  des  olagcs 
pour  quelqu'un. 

OsTE  10103,  bàlc,  chargé  de  la  gaiclc. 

OsTti.  G90,  719,  habitaEîon  provisoire;  mitl prmàrt 
6617,  se  loger. 

Obteiii,  pL  ntttrvu  loSao,  riche  c-lolTe  orientale. 

Osioa,  pi.  (ulari  &008,  uulour. 


Otkiih,  pr.  3  olritr  1763,  iUrtim  37&S,  ■)]). 

olmi  766,  Mcorder,  donner. 
Otiiu.  Voir  Otrdjb. 

Ou,  ob  :  5903,  5A5«,  «  76,  u  71 1,  M  qui. 
Ou,  u  36o,  ou  !  u  ^pm  m  ot  mi  jflmtlé  »Û 

jr  en  eât  ou  peu  ou  beaucoup. 
[Odtmgi],  oUrage  739,  &178,  6iig,  «cte 

[OuTkta],  impf.  3  oltreit  ^3i■],  lemMor,  *ailK 

Otic.  Voir  Ovuic. 

OvicoBi^.  Voir  OvuK. 

OiiqDis.  Voir  Oinic. 

OiniiD}!!  996,  1363.  3o53,  ii8t,  aggl,  < 

100,  fém..  Œuvre,  alTairc. 
OiaAiNE.  Voir  Ovaueni. 
Oina.  Voir  Uirii. 
OiiEH,  pf.  3  otra  ti-jo,  irtTtillef,  agir;  ««nr 

5966 ,  accomplir  des  prouewes. 
[OiDic],oiiKii75,i>MfUM  676,1001,1166) 

avêquti  763,  osecquti  3759,  avac 


f* 


PajII:i.  Voir  Piiu. 

pAimiSBE.  Voir  Paimismi. 

Paili,  pt.  patitt  5996,  poéie. 

Paib,  Voir  Pu  EU. 

Paisib.  Voir  Piiixii. 

PtEsiai  6A78:  te  conleilc  empêche  de  reconnaftre 
ici  une  rorme  de  peeitre,  â  pied;  paiilia  est  sans 
doute  un  synonyme  de  paimi,  formé  par  une  ûn- 
gulière  sobslilulion  de  stiOiie. 

Paunii.  Voir  Pmhie. 

[Paiih],  pi.  paent  ak,  9993,  (. paaine  93a&,  païen, 
dit  par  eiteimion  des  musulmans. 

[Paimis],  piumïe  aihè,  896S,  paianù  iSaâ,  do- 
maine des  païens,  des  muaulmans. 

[PumsHi],  paimutne  58io,  ensemble  des  païens, 
des  infidèles. 

Piiii,payer;»l8n«Iapai^9o8t,  élait  content;  iroo. 
Ittpaioient  6^93,  les  frappaient;  cU/urmldenucei 
paie  A 165,  ils  reçurent  un  beau  souvenir  de  noces, 
allusion  ironique  à  l'usage  de  K  donoer  aoi  nous 
dcB  souflleU  de-ilinés  è  graver  dans  l'esprit  des  té- 
moins du  mariage  le  souvenir  de  l'ëvèneraenl  au- 
quel ils  assistaient 

Puu  ^937,  paiik  to5i7,  riche  étoETe  de  soie. 

Paihi.  Voir  PitHS. 


■  :  ptitt  1  h^  d«t  Si 


pALicai  >i9g,  la  haute  mer.  '  '' 

Palais  970,  paleû  58o,  69a,  779  (I.  (t^poarfet 

p.),  palais. 
Paisîib,  impr.  6  pahltma  ii)6i,  litnr  ia  paMl 

combats,  cstarmoucber. 
PlLlE.  VoirPicHE. 
Paml,  pt.  pantU  5g3&,  coussio  [dacé  bom  11  «Il 

du  chetal. 
PAOE.pror  ti99,paùr3i37, ^Dùr  laai,  Bysè.fMir 

1996,  pi.  pwr»  i33a,  peur.  i    '■ 

Pas  ^90,  Ii35,  etc.,  par;  cJuieo»  par  ni  StiIi'AÉ» 

cun  de  son  cAté:  loi  par  «b  giii,  i  «n  teéH 

par  enlrt  lor  pitt  588t,  entre  leun  p»di|  ftrét 

deut  parliet  ioii7,  en  deux  parties;  par  Im^fUm 

MochiMt  8A6'I,  en  passant  par  diei  ka  Hirii 

joie;  par  138,  160,  A809,  pris 

servnnt  i  renforcer  l'adjectif. 
PiRAQi  3671,  etc.,  famille  ooMe. 
PiKÇONisR  3i85,  participant, 
Piaco.TTEi  456d,  achever  de  conter.  '* 

Pardon  A 7,  159,  indulgence  accorda  parkf^ii 
pAnBuaAiLi3i87,  étemel. 
PiRiic,  ibj.  pr.  3  prv  6838,  pudtav,  m  ténMéli 


GLOSSAIRE. 


509 


PARB.vrAGB  877,  parenté,  famille. 

Parescibb.  Voir  Pbrecier. 

[Parpo^idbcb],  parfondefce  1 1076,  profondenr. 

Parfondbscb.  Voir  Parfondbcb. 

Parfort  387 1 ,  f.  parfonde  1217,  profond  ;  en  par/ont 
11607,  profondément;  adv.  parfont  6a3,  35/19,  . 
profondément. 

Parformr  /i56i,  acbevcr,  fournir  jusqu^au  bout. 

Parlancb  569,  345o,  6653,  discours  qu*on  tient 
sar  une  chose. 

Pablembht  119,  133,  i55,  367,  65o,  1776,  179I1 
1793,  5o6i,  conférence,  rendez-vous  pris  pour 
discuter  une  affaiixï. 

Parolb  ;  parole  faire  3638,  parler. 

Parpaikdre.  Voir  pARPOnORE. 

pARPoiiiDRB,  piquera  Vaiguille  :  coile» parpointêê  168 5, 
eoiltet  parpaintet  1  oSs  1 ,  couvertures  piquées. 

Parfoirt  3568,  3573,  pi. parpoins 97 7 3, <ioifef/>flr- 
poinz  6981,  vêtement  piqué  qu^on  portait  par- 
dessus le  haubert. 

Parsivrb,  pf.  C)  parturent  10700,  poursuivre. 

[Parsomb]  :  a  la  pernome  5/i83,  à  la  fin  du  compte. 

Pabt,  part  ;  quel  part  6  83 ,  299 1 ,  de  quel  côté  ;  de  che»- 
conepart  390^ ,  de  tous  côtés;  de  part  le  conte  8976, 
de  la  part  du  comte;  de  part  Deu  /i83,  au  nom  do 
Dieu;  de  part  Deu  et  de  part  le  rei  d^Englelere 
5472,  de  la  part  de  Dieu  et  du  roi  d'Angleterre. 

Partie  :  d'autre  partie  9325,  d'autre  part;  de  deu9 
partie»  389^,  de  deux  côtés;  celé  partie  3738,  de 
ce  côté;  a  ta  partie  /i  1 22 ,  pour  lui. 

Partir  5562,  pf.  6  partirent  io5i,  û3o9,  cond.  6 
partireient  370,  partager;  mult  i  ot  parole»  partie» 
91 3,  il  y  eut  beaucoup  de  paroles  échangées; 
p.  pi.  s.  parti  i5o/i,  séparés;  pf.  6  »e  partirent 
668,  partirent  910,  cond.  6  parliroient  8198, 
partir  (intr.);  al  partir  680,  au  moment  de  la  sé- 
paration, du  départ. 

Pas,  pas  :  son  petit  pat  1667,  lentement;  iSao, 
passage  en  mer;  2771,  5837,  P^^^ffc  dans  les 
montagnes. 

Paschb.  Voir  Pasqub  aux  Noms  propres. 

Passage  32^i2,  passage;  2986,  ^091,  spécialement 
traversée  de  la  mer  d'Occident  en  Orient  par  les 
croisés;  33o7,  ^1098,  moment  favorable  à  cette 
traversée;  336o,  arrivag?  des  croisés  par  mer. 

Passbmert  /197,  passage. 

Passbb  :  t'en  posta  1 89 ,  passa. 

[Paomb],  paume  de  la  main  :  flatir  a»  palmes  58o9, 
toml>er  à  plat  sur  les  mains. 


Paumieb  9835,  pèlerin  qui  a  fait  son  voyage  et  rap* 
porte  des  palmes  de  Jéricho. 

Padtombr  3373,  coquin;  tant  estait  li  tins  pau- 
toner»  /!i3  36,  tant  ce  temps-U  était  méchant, 
mauvais. 

Paveillor,  pi.  paveillons  63a,  tente  ronde. 

Paviment  9334,  pavement. 

Pbcribr,  pf.  3  pjcheia  6900,  p.  t  pecheiee  làoi, 
peçùiee  48 1,  briser,  metiro  en  pièces. 

Pecheier.  Voir  Peceieb. 

PBCRié  :  çofu  péchiez  698,  ce  fut  un  malheur. 

Pbçoieb.  Voir  Pecbibb. 

[Pbirb]  :  ert  en  paine  de  3699,  s'efforçait  de;  a 
paineM  38,  36o3,  à  grand'peine. 

[Pbior],  ptor  7876,  pire. 

Peis,  ce  qui  pèse,  ce  qui  contrarie  :  for  le  pois  1 090 , 
malgré;  sor  lor  pei»  9081,  »or  lorpoi»  8^179,  mal- 
gré eux. 

Pbise.  Voir  Paistrb. 

Pbitaillb,  pi.  peitaUles  386^,  sorte  de  vase. 

Peu  3865,  poix. 

Pblbrih  390,  etc.,  pèlerin;  spécialement  croisé. 
.Pblbbikagb  703^1,  peregrinage  6979,  7o5o,  pèleri- 
nage, croisade. 

Pbleri.nb  5696,  pèlerine. 

Pblfrer,  pf.  6  pelfrerent  10860,  p.  f.  pelfree  816, 
piller. 

Pelicb,  fourrure  :  a  hr  pelisces  enqueroucnt  â365, 
peut-être  :  ils  consultaient  le  sort  en  arrachant  des 
poils  de  leurs  vêtements  de  fourrure. 

Pelisce.  Voir  Pelicb. 

Pelle.  Voir  Peslb. 

Perdre,  pendre;  pendes  8759  et  pendrai  3'jbh  sont 
peut-être  altérés;  iço  que  a  Voil  lui  pendait  1  i83o, 
ce  qui  allait  lui  arriver;  qui  devant  le»  oilz  H  pen- 
daient i33o3,  qui  allaient  lui  arriver,  qui  étaient 
imminents. 

Peher  :  se  pener  968,  1086,  11A7,  9367,  95/is, 
3oio,  sVflbrcer,  se  donner  de  la  peine. 

Petute^cier  '.furent  pmitenciê  6391,  ils  reçurent  une 
pénitence.  11  faut  ajouter  puis  avant  furent,  peni- 
lencié  ne  devant  sans  doute  compter  que  pour 
quatre  syllabes. 

P EnoyctL,  pcnoncels  599,  895,  4635,  etc.,  petit  dra- 
peau atiadié  au  liaut  de  la  lance. 

Pbhos,  doidourenx  :  la  semaine  penose  1186,  la  se- 
maine penuae  8328,  la  semaine  sainte. 

Pbrsb,  pi. />efifM  9193,  pentéc. 

Persî  84 13,  pensée. 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


PdBKB,  peitser;  petuer  d 


c  préoccuper  de. 


Piivs.  Voir  Pmm. 

PiOMEB,   p\.  ptoniari  3754,  CDmb.ittaiils  k  fieà;  la 

gmtpeoniere  5875,  les  hommes  à  pipJ. 
PïOD.  Voir  PiOi. 

P«R,  égal;  non per  iS^o,  non  pareil. 
PiinciiE,  pi.  pircAei  A766,  loHAS,  mesure  de  ton- 

PcncHisn.  Voir  Pinticn. 

Percier,  percer;  insini  perchieet  fiA3S,  iudIds  targe- 
(jemont  ouvertes,  prodigues. 

PenoM  7953  (ms.  dd.  prendre);  absoliiroent  :  qu'A  n'i 
pa-dûsent  191^,  qu'il*  n'y  éprouvassenl  du  dom- 
mage. 

PEnii,s.  j)fiTe97,  per«  93,  101,  pin-M  gg  ,  père. 

[Pbbicï],  pireicf  ûgSii,  paresse,  mollesse, 

[PïMCisa],  pr.  6piimrùrent  âgâS.scmonlrermou, 


peu 


lergjquc 


re  5677,  r 


Pkbiços,  f.jwTïfoie  600 

éuergie. 
Periçomimt  5671,  perefuietnml  7067,  mollement. 

PeniÇDSIHKNT.   Voir  pEBEfOSEMtlIT. 
PEniCXIMCE.  Voir  PlLEtllMCS. 

Pekesce.  Voir  Peeece. 

Phe»ço9.  Voir  Pereço». 

PEMin»  3&5i,  6753,  A759.  /1760,  pemVre  6830, 
pei-ierre  383o,  piirîert  3bo«,  pi,  pmWe»  3537, 
35Ax,  aeiS,  6966,  6157,  pererei  39i3,  'i7A3, 
Agli./iùiweaSSôg,  piriem  3AAâ,  pierrière,  m«~ 
■  rlitne  à  laucer  des  pierres. 

PsRiHRE.  Voir  Periehk. 

pERiLLiEE,  pf.  6  pet-illti-eitt  677,  (Ire  victime  d'ml  acei- 
denl;  p.  pi.  s.  pei-illtz  lAïs,  s.  periltié  iaao5, 
naufragés. 

Pbhde.  Voir  Pbee. 

PEnHttHE.   Voir  PEtllEIlE. 

Peus  ^983,  bleu  fonce,  riolel. 
Peeseciicjo!!  Q^iG,  Inforluns. 
PiHsoMi.  Voir  PARSoiie. 

pEisoni  :  gîte  pertotie  eipeidue  itstii),  comme  un 
liomme  bors  de  lui. 

pEsincE  71,  83A,  chagrin,  ennui.< 

1'es£ii,  p.  psié  loaS;  sbj.  impf.  3  petiut  i9o5 ,  p.  paé 
ioai.êlredéiagréabic,déplaire;([ér.9.peianii6ii, 
rude,  pénible;  f.  peiaiu  3935.  pénible,  fâcheuse. 

[PcsLEiiEsi.ij.p'f'c  tnnie  3 3U0,  péle-méle,  embarras. 
Cf.  Mule  PE8LE. 


Petit  i563,  peu. 

Petitit,  r.  pi.petitni«t  i5vG,  gô3ci,  poËÛI 

PeC'ii.  Voir  Pion. 

PicuiEK,  pi.  pichitn  388,  pol,  crue 

Pi£,  pied;  plein  pié  parfi ni  35^9,  ù  la  profoa 
d'un  bon  pied;  fus  tau  pié  n'ti 
qu'il  ne  raeltrait  pas  les  pieds;  (lig.)  fiii  n 
83So,sur-le-chomp. 

PiEçi.  Voir  PiKl. 

Pièce  :  iina pUu  7859,  8'i.')-j,  un  e^Mïc  de  l( 
pMf'o  s837(éd.pifra),  fiôy»,  5ii6,  &9o6,i 
il  y  a  un  certain  tempi.  ilepuit  un  CMlain  Lt 

PlEEE.  Voir  PïRI. 

PiEHEEB.  Voir  PiaillE. 
PlERlEHI.  Voil-  PuiBHi. 

PiLET,   3765,  6061,  [J.  pxlti.  •^\^i.  3793,  60I 

6067,  8.  pliai  757,  t53i,  Iruil  d'irc 
PmciiB  38i&,  pincée. 
Pioi.  Voir  Peioi. 
PiEiERE.  Voir  Pemeee. 
PiTEos  11086,  ]Jein  d'atleiidria^emenl. 
[PiTos],  pr'luj  335,  digne  de  pitié,  alleudrisunl. 
P1TB8.  Voir  P1TO8. 
Pit,  poilHne  :  lt  grot  del  pi:  '1971,  la  poitrine  U  4a3 

elle  est  le  pl)is  large. 
PuibiEiiCond.  3  ptaidertit  gi3,  ptaideroil  (f^i),i 

devaatdes  juges,  plaider. 
PuiE.  Voir  Pleie.  .    .  ' 

Puigkh  11917  (rime  avec  laanUagtit),  fUm$  ^^.^^^ 

(nme  avec  champaiiw,  champaigitt) ,  pUiiW. 
Pliih,  plan,  G85fi.  8956,  pûmt  6876,  pUiiM.,  -' 
Puifl-  Voir  Plew. 
Plixbe.  Voir  l'LiloaE.  ■* 


En.  Voi 


Pi-itsiEn.  Voir  Pliissiie. 

'liisii  ;  (On  plaàir  1 1 55 ,  ce  qui  lui  plnl. 

pLAissEiz] ,  pleueit  636A ,  cUlure  de 

[Plussiee],  plaiiier  3a35.  pbiwrM 

3o3i,  donipler,  accabler,  ruiner. 
'Li|T,pfei(  85a,discussiDni  apkiCMii 

parlementer. 
Pleve   5333,  caulioD;  pi.  *.  pttgt  53i7, 


ri97«.l 


[P. 


I19-  pli- 


pLEin  ;  a  plein  i65i,  a  plain  1A97, 

fait,  sans  reslriclioD. 
Plein.  Voir  P1.111. 

PlBISIER.  Voir  PLilMIE*. 


i57&, t 


ilj^^ 


GLOSSAIRE. 


511 


Plut.  Voir  Plaît. 

PiMKUM^  pkmen  ao6,  1737,  a^^i^  plmierei  9079, 
7Bft7,  complet 

Puni  «o,  199a,  s3so,  3989,  ^^79,  6879,  abon- 
dance, foison;  aplenté  1897,  1939,  a  fprant plenté 
9789,  en  abondance,  en  grande  abondance. 

Pusails.  Voir  PLiissBiz. 

pLifuiB,  plêvineê  371,  engagement,  convention;  en 
piktimê  10976,  10963,  en  le  garantissant. 

pLtna,  garantir;  pUfoiz  6109,  engagé. 

Plus  :  UpUu  991,  /i 90  (avec  verbe  au  sg.),  la  plupart. 

Plumrs  696,  plusieurs. 

Pocis.  Voir  Pocciif. 

PociRiBaB.  Voir  PovaiiiBBE. 

PoiiB,  pouvoir;  puet  cel  entre  6663,  peuU-étre;  ipoeit 
5676,  t  poeient  3o6,  t  porent  11086,  y  tenait,  y 
tenaient,  y  tinrent 

PoiSTB  1088,  puissance. 

Poi  90,  91,  190,  etc.,  peu;  676,  rarement;  a  pot 
3oi,  por  pot  i56,  par  un  poi  979,  peu  s'en  faut; 
pot  despente  36i9,  poi  genz  6699,  peu  de  provi- 
sions, peu  de  gens. 

Poi ,  petit  :  un  poi  espace  6666,  un  petit  espace. 

PoiGRBon  6539,  poigneûr  9088,  sg.  s.  poignerei 
7558,  combattant. 

Poig!ie€b.  Voir  Poigheor. 

PoiH.  Voir  Poing. 

PoiRDBB,  impf.  6  poigneieni  6910,  gér.  i^\,  poignant 
5908,  piquer;  broder,  tracer  au  point  :  (6g.)  doit 
estre  point  en  Vettoire  6666,  doit  figurer  dans  le 
récit;  charger,  proprement  piquer  son  cheval  :  pr.  6 
poignomes  6396,  impf.  6  poignoient  6000,  pf.  3 
pointt  1937,  6  poinstrent  1983 ,  3oo5,  sbj.  impf.  6 
poinsissent  66 13;  inf.  pris  subst  api'ès  lor  poindre 
656 0,  après  leur  charge;  parjumir  ton  poindre 
656i,  achever  sa  charge,  aller  jusqu*au  bout  de 
Télan  imprimé  au  cheval,  au  fig.  terminer  ce  qu^on 
a  commencé. 

[Poi5g]  :  plainpoin  9798,  une  poignée. 

Point  :  en  quel  point  373,  à  quel  moment;  tin  point 
n*i  ot  de  665o,  il  n'y  avait  pas  un  seul  point,  c'est- 
à-dire  il  n'y  avait  pas  du  tout  de;  de  même  n'i 
ateit  point  de  retcotte  9571,  il  n'y  avait  pas  de  se- 
cours possible. 

Pointe  1636,  6608,  6610,  charge  à  cheval;  (a  pomi^ 
otee  11606,  Il  charge  audacieuse. 

Pois.  Voir  Peis. 

PoLAiN,  pi.  polaint  1689,  poulain. 

[  Popler]  ,  sbj.  impf.  6  publasent  7709 ,  peupler,  remplir. 


PoB,  pour;  568,  587,  à  cause  de;  por  ço  que  666, 
i3o3,  9653,  etc.,  parce  que;  por  vérité  iS^o^  en 
vérité  ;  porgent  baudet  63 1 8 ,  comme  des  gens  pleins 
d'entrain;  pat  por  pat  io353,  pas  à  pas;  enveier 
por  9060,  envoyer  chercher. 

PoBcuACiBB,  porchacer  1399,  P^*  ^  porehaça  663, 
9565,  tâcher  de  faire,  travailler  à;  p.  f.  pi.  por- 
chacieet  9676,  se  procurer;  cond.  3  te  porckace- 
voit  950,  se  pourvoir,  s'arranger. 

PoREE  6955,  hachis  de  légumes. 

[Porforcibr],  purforcerent  39 10,  rendre  extrême- 
ment fort. 

PoBGUABDBB,  ^.  porguardé  6678,  garder  d'avance. 

PoBJBTBR ,  pr.  3  te  poijele  8688 ,  s'étendre. 

PoBOFPBiB,  p.  f.  pi.  porojertet  6780,  présenter;  te 
porojre  de  bataille  6389,  se  présente  pour  le 
combat. 

POBOQCBS.  Voir  POBOBQOBS. 

PoBPABLBB  :  porparlee  9676,  purparlee  9799,  conve- 
nue ,  arrangée  d'avance  ;  com  la  vile  etteit de 

trtuton  porparlee  11069,  comme  il  y  avait  une  con- 
vention faite  pour  trahir  la  ville. 

PoBPENSBBMBHT  3686,  cxprès,  à  dessein. 

PoBPERSBR,  p.  porpentê  iio63,  f.  porpentee  i93o5, 
méditer,  combiner  d'avance. 

PoBPOsEMENT  10969,  dessein ,  propos. 

PoBPBBNDBE  9899,  p.  pOTprit  6075,  f.  porprite  9963, 
6096,  occuper. 

PoBSEBiR,  p.  pi.  f.  portite  5730,  posséder. 

Porter  :  vent  portant  939,  vent  bien  portant  I939, 
vent  favorable,  qui  pousse. 

PoRTRAiRB,  p.  portrait  6565,  f,portraite  3370,  tracer 
(à  l'aiguille),  dessiner. 

[PoRUEQURs],  poroquet  3669  (rime  avec  ilioquet  =  il- 
luequet)  :  la  vjneit  poroquet,  venait  la  chercher. 
Cf.  PoB. 

PoBVBANCB  19398,  prévoyance,  habileté. 

PoBVEEiB,  pf.  3  porvit  9339,  p.  porveù  9559,  ar- 
ranger iï avance  ;  porveûe  6016,  pourvue,  mise  en 
bon  étal  ;  pf.  3  te  porvit  1110,  9686 ,  se  pourvoir, 
prendre  ses  précautions. 

Posa  :  une  pote  55o9,  un  certain  temps;  gramt  pote 
896,  5357,  longtemps. 

Poser  :  te  poter  3 160,  s'arrêter. 

PoûB.  Voir  Paor. 

[Podcir],  p].  pocint  1969,  poussins. 

[Pouciiiibbb]  :  geline  pociniere  t  969,  poule  qui  a  des 
poussins. 

Poi'TRBL  75 1 3 ,  jeune  cheval. 

66 

mrMttKMC  ««ftoviu. 


512 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


PoTKBTB  8oo5 ,  pauvreté. 

Pbambssb  3a6i,  promesse. 

Prambtrb,  impf.  6  prometeient  10367,  pf.  6  premi- 
trjnt  loaGo,  p.  pramis  56io,  prometlre. 

Precios,  r.  preciose  669/i,  qui  a  du  prix,  saiut. 

Pbbbcbibr,  pf.  3  preecha  6761,  prêcher. 

Pbbib  988/i,  agio,  butin. 

Prbisibb,  estimer;  proisie  58,  estimée,  louée. 

PRBMERAiff ,  s.  premerains  8o3,  pi.  s.  premerain  9600, 
premier. 

Pbbmbtrb.  Voir  Pbambtbb. 

Premier  ,  s.  première  63 ,  le  premier. 

Prendre  (au  v.  7963,  1.  perdre)  :  prxetrent  a  dire 
36oo,  se  mirent  à  dire;  ne  se  pemeit  paa  guarde 
3599,  ne  se  donnait  pas  garde;  êe  al  rei  n^enfust 
pitié  prise  813,  s*ii  n*en  fût  pris  pitié  au  roi. 

Près  1389,  presque;  bien  pretla/i/i,  à  peu  prèfl,  pres- 
que ;  près  ne  le»  alocha  3 1 86 ,  peu  8*en  fallut  qu^eile 
ne  les  touchât  (m.  à  m.  elle  ne  les  loucha  pas, 
mais  ce  fut  de  bien  peu  qu^il  s'en  fallut);  prêt  que 
{éd.  presque) ^  presque. 

Presse  565^i,  6916,  pi.  prenee  791a,  presse,  foule 
serrée. 

Prbst,  i.  preste  /igâo,  11160,  pi.  prestes  3996, 
dispos,  adroit,  prompt. 

Prbstbmbht  5558,  proroptemcnt. 

Prbstre.  Voir  Proteirb. 

Prbu.  Voir  Pro. 

Pbiid.  Voir  Pro. 

Pain,  s.  prrmt  1  ii33,  premier. 

Pbimes  9697,  <2e primas  393/r,  d*abord;  (29 /irtmes  i85 , 
le  premier. 

PaioRé  8533,  fém.,  prieuré. 

Pris,  valeur,  louange  méritée  :  çû  lui  toma  a  pris 
io33,  il  en  fut  plus  estimé;  monter  en  pris  966/1 , 
augmenter  en  valeur. 

Prise  :  1 903  lire  ne  il  ne  deignast  pas  s'emprise  au  lieu 
de  n*il  ne  la  deignast  pas  tanz  prise. 

Prison  1^59,  9633,  pi.  prisant  ^985,  4393,  s. 
prison  1/^37,  maso.,  prisonnier. 

Privé  :  s.  privez  de  1389,  ami  de;  pi.  ses  privez  $^98 , 
ses  bons  amis. 

Privée,  pi.  privées  557,  latrines. 

Pro,  preu  989,  3695,  preuz  ioo53  (rime  avec 
tuz)^  s.proz  537,  SSk,  preuz  3o5i,  iii38,  preu 
iii36,  pi.  preuz  5o/i,  s.  preu  UUh,  3733,  f.  s. 
prod  5868,  preuz  11/13,  1176,  i586,  3o94, 
6676,  9757,  1 11/10,  11338,  r.  preu  99/i,  proz 
39/1,  pruz  9^1,  pi.  proz  Z'jgb,  pruz  830,  preuz 


9/196,   prieuz   5167,   preox,  vaiilaiit   CL  PiOt 

Pbodb,  Pbodoiib. 
[Pro]  :  prou  granz  ne  preu  largm  686,  miiBmiWWnt 

grandes  et  larges. 
Pbod.  Voir  Pro. 
Prodb  :  la  prode  gent  3599  ;  la  prud»  gmi  690§9  Im 

gens  vaillants  (en  réalité  c^est  la  pro  il»  gmiÊp  téf 

Ihmania,  XXI,  p.  i93);  prvdês  omet,  vor  9m^ 

DOME. 

pRODOMB  1 3o ,  8.  prodom  S797,  3557,  |'*'Om(m>  ASt5t 
pl.proia»  homes  365 1 ,  s.  prodome  1 36,  prndlMUM, 
homme  de  valeur,  notamment  à  la  guerre^ 
est  en  réalité  pro  d^ome  (voir  Pbom);  kt 
prodom  et  prodes  homes  ou  prodmemm 
d^une  interprétation  erronée. 

[Probcr],  proese»  i95o,  itBgG,  vaîUancet 

Prorsgb.  Voir  Probce. 

Proisier.  Voir  Pebisibb. 

Pbombtrb.  Voir  Prambtrb. 

[Pbqosbmbnt],  proùsement  7979  (anppr.  h  i^anU  à 
tort  dans  Téd.),  vaillamment. 

pROSDOM.  Voir  Prodome. 

Pbosprbmbkt  /i55,  heureusement. 

Prou.  Voir  Pao. 

Proùsement.  Voir  Proosbmekt. 

Provbirb  90/10,  pi.  provoires  I9i85,  préfet;  h^f» 
s.  prestre  fait  fonction  de  régime  969^  (1 
e$tre), 

Pbovoibb.  V<nr  Pbovbibb. 

Pbovbb,  p.  f.  pi.  pruvœs  558,  prouver;  p^a. 
d'skrme»  1 1 668 ,  qui  a  fait  ses  preuves  oomm 
rier. 

Pau.  Voir  Pio. 

Pbudb.  Voir  Pbodb. 

Pruvbb.  Voir  Pbovbb. 

Poblbb.  Voir  Poplbb. 

PucELB  993,  11/^1,  1157,  9090,  ^.  pvmk$  il7f 
jeune  6llc. 

[Podhais],  chiens  pudneis  55à,  chiens  points.       * 

Pudnbis.  Voir  Pudnais. 

Poiy  pi.  puiz  93i5,  éminence,  hauteur. 

Pdi»  9/1/16,  depuis;  (adv.)  puis  que  19989  dipMl 
que. 

PooB.  Voir  Paor. 

PooR,  s.  puun  3093,  pi.  puors  1 1686,  paMliwrâ. 

PURPORCER.  Voir  POBPOBCMB.  ^ 

PORPABLER.  Voir  POBPARLBR. 

PuTAiLLB  5835,  amas  de  sales  gens,  rtenfie* 
PcoR.  Voir  PooR.  ! 


■h  ^    '      mj    t     I     ^»"^K   1 V  W\     M 


'-.      t. 


GLOSSAIRE. 


513 


QuAUQOB.  Voir  QUAM. 

Quaut  :  n#  toi  quanz  786 ,  je  ne  sais  en  quel  nombre, 
je  ne  sais  combien  de;  quant  que  â68,  io3i,  9096, 
écrit  quanque  /iSog,  tout  ce  que. 

QuARBL  37a],  ^971,  s.  quarels  3679,  pi.  quareh 
ihhb,  {1171  {qttareh  /1675  est  s.  d.  une  Caute  du 
ms.),  6988,  quareh  d*arbaU$tê  55/ii,  6^76,  s. 
quard  757,  i53i,  carreau,  trait  de  Parbalèie; 
quarel  hç^^i^  pi.  quareh  h^Q^y  ^<975,  pierre 
d'un  mur  (le  sens  de  quareh  ^976  est  douteux). 

QuABBSMB  39 a5,  AAoi,  masc.,  carême. 

QuAssER,  impf.  6  quassouent  5 167,  ébranler,  démolir; 
au  fig.  quassee  7856. 

QuB,  8.  qui,  f.  s.  que  161,  773,  que  :  ki  veint  897, 
qui  veut  1 337,  si  vous  aviez  vu  !  ^ui  asejoat  7696, 
si  on  assiégeait;  eut  11783  (^'),  que;  neutre 
quei,  que,  quoi  :  por  quei  i3/i5;  que  pour  quei 
peut  éKder  son  e  :  por  qu'il  h  requereil  688  ;  ce  que  : 
qu'il  dut  aveir  1 00 a ,  ce  qu'il  devait  avoir;  /atr^  que 
tagee  3860, /aire  que/oh  ^^hS,  faire  qu'afaitiei 
5976,  agir  en  sage,  en  fou,  en  bomme  bien  appris 
(m.  à  m.  :  faire  ce  que  ferait  un  sage,  etc.);  qu'il 
aveit  1771,  de  ce  qu'il  avail;  quê  monte  90a,  ce  à 
quoi  cela  s'élève. 

QoB,  Ip*  16,  que  :  que  que  ieit  9678  (le  premier  que 
est  le  pron.  quei  y  le  second  la  conj.  que)^  qui  que 


ftut  80 1  ;  il  n*aveit  en  ehque  gregier  7868 ,  ils  étaient 

affligés  de  toutes  façons  (mot  à  mot:  il  n'y  avail 

pomr  eux  autre  diose  que  de  l'affliction  )  ;  que  . . .  que 

/ii6â,  5676,  que. .  .que. 
QoBi.  Voir  Que. 

[QuBi],  s.  eoi$  955&,  f.  rotf  10889,  paisible. 
Quel,  masc.  et  fém.,  quel  :  quel  le  fereit  /iâoo,  ce 

qu'il  ferait  (m.  à  m.  :  une  action  de  quelle  nature 

il  accomplirait),  de  quel  part  que  1 589 ,  de  quelque 

c6té  que. 
QuBBBLB,  pi.  quereles  987,  réclamation  ;  querele  9990 , 

affaire,  situation. 
QuBRRB,  quere  689,  impf.  8  quereit  987,  poursuivre 

(une  rédamation);  pf.  8  quitt  688,  chercher  à 

procurer;  quereit  avoir  986,  chercbait  â  avoir,  avait 

envie  d'avoir. 
QciDBR.  Voir  Goimn. 
Qvis.  Voir  ht. 
Qdrb,  eeuê  quite  8^95,  à  lui  en  toute  propriété; 

clamer  quite  1 856 ,  tenir  quitte. 
[Quiré]  :  en  quitié  8918  (rime  avec  eitié^cité),  sans 

réserve. 
Quiteb,  impf.  8  quitot  9631,  abandonner,  remettre; 

quitee  9o63  (rime  avec  habitée)^  abandonnée  en 

toute  propriété. 

QUOQUATBIX.  Voir  COCATRIZ. 


R 


Rabardorbr  :  U  nos  fst  bien  rabandoner  1 9 1 0 ,  voulut 
qu'il  (le  vent)  nous  fût  de  nouveau  largement  ac- 
cordé. 

Rabatrb,  pf.  6  rabatirent  75i5,  abattre  d'autre  part. 

Rare,  pi.  rabes  10096  (rime  avec  abee),  rave. 

RAGOMroaTBR.  Voir  Racohporter. 

[ Racohtorter ] ,  racomforler  8073,  remettre  en  train, 
réconforter.  Cf.  Rbcoforteb. 

Racorrb,  impf.  6  racoreient  8^90,  accourir  d'antre 
part. 

Rade  675,  ii565,  rapide. 

[Rabrecibr],  p.  radrescié  7/168,  relever. 

Radrbscibr.  Voir  Radrecieb. 

lUrBBHBR  7080,  p.  rafermé  7/^68,  fortifier  de  nou- 
veau. Cf.  Rbfbbmbr. 


Ragb  6383,  désespair;  5^96,  mauvaises  passions, 
méchanceté. 

Raibibbb.  Voir  Rbiembrb. 

Baïmbbb.  Voir  Rbibiibrb. 

[Raisib],  pi.  reiiine  69^6,  ratsÎD. 

RAisifé.  Voir  RAisRié. 

[RAtSRié],  f.  nùmee  9a  (rime  avec  mmtfiM  =  main- 
niee)^  disert,  pariant  bien. 

Raisorablb  9^64,  juste,  raiaonnable. 

Ralbr,  impf.  3  raioit  11597,  pf.  3  râla  5o6,  5o5, 
7366,  6  rakrmt  609,  aller  de  son  cdté;  pf.  6  râ- 
lèrent 6fi68,  aller  en  arrière;  9989,  aller  de  nou- 
veau. 

Ralobr  939B,  remettre  en  place. 

Raluhbr,  sbj.  impf.  3  raiumoêt  84 1 6,  se  rallumer. 


514 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


Ramembbeb  3665,  remémorer. 

Bamekteveir,  pf.  3  ramentut  11735,  rappeler. 

Ramper,  pr.  3  rampe  8398,  pf.  6  rampèrent  saSy, 
(jrimper. 

Rampone.  Voir  Ramposne. 

Rampo:(er.  Voir  Ramposkbb. 

[ Ramposne ] ,  rampone  6 1 1  (  rime  ave  cRogne  =  Rosne) , 
11661,  raillerie  insultante. 

[Ramposner],  impf.  6  ramponouent  55a,  10663,  pf. 
6  ramponerent  1 890 ,  railler  avec  insulte. 

Rardor  :  en  unrandon  91 38,  d'un  seul  élan,  sans  dis- 
continuer. 

Raoschb  3337  (rime  avec  muêche  =  mo8che)y  presse? 
attaque?  importunité? 

Rasailur,  pf.  6  rasaillirent  sa58,  attaquer  de  nou- 
veau. 

[Rasaziibr],  reoêsaztér  3958,  rassasier. 

[Ratai.idre],  impf.  3  rateigneit  7358,  rattraper. 

Ratbindre.  Voir  Rataikdrk. 

Rator!«br  7099,  rarranger,  remettre  en  état. 

[Raveier],  ravoier  55i9,  remettre  dans  la  bonne 
voie. 

Raveir,  pf.  6  reûmea  10&6,  sbj.  impf.  3  reûst  1790, 
avoir  de  nouveau,  ravoir;  impf.  6  raveient  61 86, 
6186,  pf.  3  rot  9/13/1,  avoir  de  son  côté. 

Raverib,  pf.  3  ravint  3697,  3663,  arriver  d'autre 
part. 

Ravirb  :  de  grant  ravine  393/1 ,  0  grant  ravine  5699 , 
avec  un  grand  élan,  une  grande  impétuosité;  de 
tel  ravine  735A,  avec  une  telle  impétuosité. 

Ravoier.  Voir  Raveier. 

Real.  Voir  Rbial. 

Realté.  Voir  Reiauté. 

Reassaziêr.  Voir  Rasaziier. 

[Rbboc],  f.  rebwke  ioo5o  (rime  avec  buche=  boche)^ 
émoussé ,  qui  a  perdu  son  tranchant. 

[Rebochier],  pf.  3  resbucha  358o,  revenir  en  arrière 
sans  pénétrer  (en  parlant  d'un  trait). 

[Reborsons]:  a  rebursons  6968,  à  rebours,  à  reculons. 

Reboter  :  se  rebotouent  6966,  se  rejetaient,  revenaient 
précipitamment. 

Rebuche.  Voir  Reboc. 

Rebubsoks.  Voir  Rebobsors. 

Recbteb  7003,  impf.  6  reeelouenl  8107,  se  recelouent 
1919,  sbj.  impf.  6  recelassent  9170,  trouver  un 
refuge,  séjourner  à  Tabri. 

Reciurgeb.  Voir  Rechanoieb. 

[Rechaixgier],  p.  f.  rechangee  /i35o,  changer  en  re- 
tour. 


Rechafstbr,  pf.  3  rechanta  10660,  chanter  de 

côté. 
Rechevalcobr.  Voir  Rbghevauchieb. 
[RECHBVAucniBB],pf.  6  rechevalchêrent  690s, 

mencer  la  marche  à  cheval. 
Rbglambb  :  qui  par  Deu  se  recïamùHmU  S730,  ffd 

étaient  da  parti  de  Dieu. 
Rbcoillieb  6&00  (rime  avec  reprover  =  rtprûmt)^ 

mot  altéré  non  restitué. 
Recoillib,  pf.  6  recoillirent  9906,  faire  entrer;  «t 

recoiUirent  9097,  933/1,  se  réfugier,  entrer. 
Rbcorfobtbb  :  se  réconfortèrent  38i& ,  reprireol  COQ- 

rage. 
Rbcortbb  9^90,  /i559,  pf.  3  reeonta  S'j'jt  p.  C  pL 

recontees  9108,  raconter. 
Rbcorsivbb  &558,  rattraper,  rejoindre. 
Rbcorverib.  Voir  Rbgovxiiib. 
Recobdbb,  pf.  3  recorda  95i9,  p.  f.  rêcordm  918 

(ms.  éd.  acordee)^  rappeler,  raconter;  «t  nOÊt 

douent  /i39^,  se  ressouvenaient. 
[Rbcoverib]  :  nus  reconvenoit  1191,  il  noot  frifaitde 

notre  côté. 
Recovrbb.  Voir  Rbcovbibb. 
Rbcoîbeb  6636,  impf.  6  recuwreieiU  654s,  pt  6flV- 

covrerent  9967,  6636,  reprendre  oonn^ 

combat,  recommencer  la  résistance;  ft 

6188,  se  ralliaient. 
Rkcovrier  io/i33,  ralliement,  putative  de 

la  résistance;  recovrer  685  (rime  «vee 

ovrier)j  moyen  de  salut. 
Recrbartisb  3o3o,  lâcheté,  pusillanimité. 
[Recbeeb],  impf.  3  recnoit  5896,  p.  f.  reeriièb^okf 

récréer,  conforter. 
Recreire,  renoncer  par  lâcheté  ou  par  laaaMb  s 

recreû  901 5,  lâche;  recreùê  1617,  lassée, 
Recbibb.  Voir  Rbcbbbb. 
Recubbe.  Voir  Rbscobbb. 
Rbcuvbeb.  Voir  Recovbbb. 
Redbveib,  impf.  6  redevoit  8690,  devoir 
Redismb  663o,  dime  de  la  dtme,  centième 
Rbdorbb,  pf.  3  redona  1076,  donner  de  son  ML. 
Rbdoteb  :  se  redoterent  9968,  eurent  peor. 
Redbbgieb,  impf.  6  redresçoimd  7368,  rdever.. 
Redbbscieb.  Voir  Rbdbbcibr. 
Reerchieb.  Voir  Rbhbbcieb. 
Refaire  6996,  amender,  réformer;  impf.  9 

6756,  pf.  6  refirent  3899,  faire  de  son  cM». 
Refermer,  impf.  6  refermoimt  7867,  eond.  îtt^fm^. 

mereient  7189,  fortifier  de  nonfetn.  Gt 


-fj 


ij^us 


GLOSSAIRE. 


515 


RiPiKiDBB.  Voir  Rbfbbioibr. 

[Rbpbbidiib],  p.  r.  rejreidee  &&o5  (rime  avec  uhau- 
de  =  enhauciee)^  refroidir. 

Rbgâbdbr.  Voir  Rbguabdbb. 

Rbgrb  laSSa,  royaume. 

Rbgbtbb.  Voir  Rbjbtbr. 

Rbobbt  6674,  lamentation  fanèbre. 

Rbgrbtbr  A907,  impr.  3  regretot  6791,  6  regretoient 
18877,  p.  regreté  767,  louer  avec  larmes  (un 
mort  ou  SCS  qualités);  regreter  6679,  déplorer; 
regreier  io8aâ,  gér.  regretant  toSaS,  se  la- 
menter. 

[Regdaaignibb],  reguainer  5/176,  reconquérir. 

Rbodaïner.  Voir  Rbgdaaignibb. 

Rbguabdbr,  pr.  3  reguarde  38&1,  protéger,  avoir  soin 
de;  cond.  3  reguardereit  553  8,  considérer,  avoir 
égard  à;  impf.  6  te  regardouent  /i8i3,  fJEdre  atten- 
tion. 

Rbhastbr,  pf.  6  rehattereni  5o88,  presser  de  son  côté. 

[Rbobbcier],  gér.  reerchant  1 1 A71,  recorder,  rappeler 
(son  devoir)  à. 

[Rbi],  pi.  roiz  6556,  filet. 

Reiâl  :  pi.  compaignoni  reiali  U'jSOy  compagnons  du 
roi,  cf.  Compaignon;  s.  real  770,  les  royaux,  les 
hommes  du  roi. 

[  Rbi  AUTK  ] ,  realté  û6hU,  royau té. 

[Rbibmbbe],  p.  raient  33,  s.  ramz  ia3i3,  racheter. 

Rbisin.  Voir  lUisn. 

Reissir,  pf.  6  rcUsirent  8388,  sortir  à  son  tour. 

[Rejeter],  pf.  6  végétèrent  766,  jeter  aussi. 

Rblbvbe,  après-midi;  relevée  abasiee  iigiS.  Voir 
Abasser. 

Remaikdrb.  Voir  Rematieir. 

Rbma?ider  ,  impf.  3  remandoit  9^3 ,  mander  en  réponse. 

[Rema.neir],  remanoir  91  A,  remaindre  1303,  3666, 
4791,  3^27,  A908,  5693,  5869,  pr.  3  remaint 
6811,  impf.  3  remanoit  67,  cond.  3  remandreit 
3o/jo,  pf.  3  remist  hoUS,  5o/io,  5576,  7638, 
pf.  C  rernestrent  3o36,  remittrent  9553  (rime 
avec  mistrent),  5693  (rime  avec  miêtretU  =  tnes^ 
trent)^  7 '9*^»  81 30  (rime  avec  mistrent),  abj. 
impf.  6  remansiuent  7186,  p.  remiê  I&87,  f.  re- 
mise  Siih  (rime  avec  église),  854o  (de  même), 
89^10  (rime  avec  marchise),  1306A  (rime  avec 
pglise),  pi.  remises  3708  (rime  avec  églises),  6986 
(de  m.),  558o  (de  m.),  rester;  6699,  séjonmer; 
I90ÎÎ,  3697,  ooûo,  s'arrêter,  cesser;  916,  tarder; 
ne  remanoit  a  prendre  67,  ne  s^abstenait  de  prendre; 
remist  la  pais  7/138,  la  paix  ne  se  Ht  pas;  ne  re- 


maint  pas  par  combatre  681 1,  Tinsuccès  de  Tentre- 
prise  ne  tient  pas  à  ce  que  Ton  ne  combat  point. 

Rbmbâtbb  :  se  rembateient  10010,  se  lançaient  de 
nouveau. 

Rbmerer,  pf.  3  remena  i354,  mener  de  nouveau. 

Rbmire,  s.  remires  9136  (rime  avec  sires),  remède, 
consolation. 

Remuer,  p.  f.  pi.  remuées  853 1,  changer  de  place, 
écarter,  ôter  ;  remuer  6987,  p.  remué  1 698 ,  9898 , 
f.  remuée  33 1 6 ,  bouger. 

Rbrdbb  :  rendi  a  ses  barons  lorJief^oS,  accomplit  la 
formalité  du  renouvellement  de  Tinvestiture  de 
leura  fiefs  à  ses  barons;  quant  que  chevalspot  rendre 
36o5,  de  toute  la  vitesse  que  pouvait  fournir  son 
cheval. 

Rerbié.  Voir  Rbhbibb. 

Rbrbier,  impf.  6  reneiouent  A339 ,  renier;  ««  reneûment 
/i398,  aposlasiaient;  p.  pi.  reneiez  3955,  s.  9376, 
renégat. 

Rergibr,  p.  rengié  1 1 8/i ,  ranger. 

[Rbrobb],  renoier  6563,  renouer. 

Rbnoibb.  Voir  Rbrobb. 

Rbnotblbb,  pr.  3  renotele  8961,  paraître  à  nou- 
veau. 

Rbrtb,  pi.  rentes  5o55,  revenu. 

RioRT.  Voir  RooRT. 

Rbpâibb  9/167,  retour  dans  son  pays. 

Rbpaibembrt  8&68,  errement,  manière  de  se  com- 
porter. 

Repâibbb.  Voir  Rbpâibibr. 

Rbpaibibb  6o36 ,  pf.  6  repairerent  986 ,  3989 ,  revenir  ; 
f'en  repairerent  671  A,  s^cn  revenir;  sbj.  pr.  3  re 
paire  9/158,  séjourner,  faire  sa  demeure. 

Rbpaiseb.  Voir  Rbpaisibb. 

[Rbpaisibb],  pf.  6  repaiserent  toh*],  apaiser. 

Rbpasseb.  Voir  Respâsseb. 

Repebdre,  pf.  3  reperdi  6o5â,  perdre  de  son  côté. 

[Rbplbier]  :  al  reploiant  1919,  au  moment  où  h 
vague  se  replie. 

Rbplbitibr.  Voir  Rbsplbitieb. 

Rbploieb.  Voir  Rbplbibb. 

Rbpoirobb,  pf.  3  repainst  66u3,  faire  de  son  côté  une 
chaire  à  cheval. 

Rbpordbb,  p.  f.  reposte  10101,  cacher. 

Rbpobtbb,  pf.  3  reporta  3635,  porter  de  son  côté. 

RiPosBB  :  par  reposées  8796,  par  intervalles. 

Rbpost:  en  repost  6i5o,  en  cachette.  Cf.  Rbpo?iobb. 

Rkpkbrdbb,  impf.  8  npemetâ  8969,  prendre  aussi. 

RBniBscBiBB,  pf.  8  rtprucka  hkvj,  prêcher  missî. 


5t6 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


[RipnocBiin],  impr.  6  nproçoimt  11507,  k  rappro- 

Repiocih.  Voir  Riptocaui. 

RipnoïM  pf.  6  reprDierwt  53Û8,  p.  rqjiW  3o3i, 

rcprodier. 
fiEPMtli.  Voir  BiPiDTii». 
RiPBOTin  639g,  reproche. 
Riquibi.  Voir  RigcE«Ki. 
RtoniRni  Ssïo,  iDipf. '3  refiwrnl  633.  demander; 

reqmre  55,  i68,viûler;impr.  6  rtqutnirtU  i61g, 

allaquer. 
RiH  19A8,  raser. 
Rig;  rei  a  rti  1  t5oi,  au  ras. 
RisuiÉi.  Voir  RcaiiiiH. 

[Ruiiiier],  rïiaziêr  ibS'â,  rassasier.  Cf.  lUiUllu. 
lIisBiUDii:  te  ratbaudi  3A5i,  se  rB^^aillardil,  reprit 

RUBEGBIII.  Voir  RllOCBIH. 

Rescoksii,  pr.  3  racimi*  55&A.  7^53,  se  uieher,  se 
coucher  (en  parlanidu  soleil). 

]1iscoBt.  Voir  Rtscoasi. 

RiscoaH,  reteorv  1781,  5G45,  9678,  3878,  rtteurt 
|A3,  pf.  I  rtKuuii  961 1 ,  3  TtKiut  7977>  raciul 
7395,  p.  meus  7396,  7600,  r.  recuMU  ■jHi, 
tirer  d'un  mauvais  pas,  d^ga^r,  doliirer. 

Rescobbe  a57t  (rime  avec  torte),  -jàBS  (rime  avec 
atcuai*  =  acone),  action  de  dégager,  délivrance, 
secours  porté  dans  un  combat  d  celui  qui  va  suc- 
comber. 

Rescdei.  Voir  Risconai. 

RuEiiB,  pr.  3  ntkt  3  1 36,  être  situé  de  ton  cAté. 

RiSKOTiiB,  pL  3  mmul  6A7,  susciter  de  noDveau. 

Resdrtir,  pf.  3  mor(i358o,  rebondir,  ressauter. 

RcarjtssEs,  impf.    6   rtpaaiMmt    Ï175,   T^auomat 
^■377,  pf.  6  rtpafwrcnl  7600,  rnpiuumil  isiia 
(ms.  (rMfKunmit),  p.  s.  rdpMira  HyAi.goérir. 
JRispliitiib],  p.  r.  repltilii  979,  ajourner. 

Restoudbe  9059,  prêter  hommage,  s'engager;  at  iws- 
pondrt  897,  k  la  réponse. 

Rtsposs  85g6,  réponse. 

RwiEs,  pf.  6  niturtnt  ih-}i,  rester, 

Restorbi,  p.  r.  nuit 

RKTBB,pr.  3«>d 

aussi ,  être  de  soi 
Retaille».  Voir  Riuiluib. 
[Retiillieb],  couper,  retraucber;  p.  T.  ralatllm^lA'i, 

enlever;  ia  gmt  rttaiiUe  Gi  19 .  les  circoncis. 
Retes,   accuser;   rtUr   lor  dmàti   700A,    attaquer, 

cotnballre  leur*  propositions. 


19  56,  réparer. 

1,  9'i77,  3900,  r*/M  766,  être 


REToiiiiBE  69&3,  536o,  -jAiZ,  jUa.,  retour. 

RnoiNU  :  al  rstonur  336,  aa  retour;  rstsmir  ttkS, 
tourner  de  (i  et  de  U;  llj.  pr.  3  rtkrgt  6781, 
faire  retourna-  (trans.);  pf.  6  m  tvlanursat  jokt, 
retourner. 

RniiiBE  3761,  fuL  1  rftrarat  3759,  lirer  de  ■■•- 
veau-,  s'n-trMmù  i5g8,  l'étût  retiré,  «nfbi;  b^C 
6  M  rtiroonmi  1969,  se  retirer,  le  détadhar;  i«- 
Iraiu  8o36,  mise  i  V^xi,  uuvée;  rtinûn  10, 
3i,  pr.  6  rstmlrsnl  5919,  p.  ntrdtl  11,  ijn, 
neonler. 

RiûsEB,  pf.  G  rnatmt  &811,  reculer,  se  déroWH 
combat;  rtitran  3o53,  33o5,  &863,  6980, 
10703,  p.  f.  rtûuB  1660,  fi.  niHÊt  K*j,  V^ 
pousser,  foire  reculer  (tnne.). 

Bbtiuu,  pf.  6 

RiTiBtiB  :  rtMrtirttit  760  i ,  i 
tirtnt  Uo5li,  s'en  retournèrenL 

RicatuDii  11706,  magaifiquemeot,  nobtenali 
11A79,  i  haal  prii. 

Riin,  s.  rimt  A76,  chose;  s.  tola  Km  8i>36,  ttttj, 
touls  chose;  s'a  rtnvt  (pour  rtn>)  gi>  «iW  (719 > 
il  n'y  a  personne  qui  les  edl  vos;  rim  n  lUit  79H1 
personne  d'aussi  détesté;  rtn  ■••  â78fi,  SsSi, 
rUnvnant  9661,  8007,  chose  qui  Boit;  Mifarte  «b 
(«tu  9086,  la  moindre  parcelle  de  temps;' 

Rii»  ;  arrière;  la  gMorda  rir-s  igiS,  In  riere  fMk 
1993,  cf.  GaiRDi;  U  n*r*  ioa  SB07.  1 

RioTE  i935,  embarras,  géoe. 

Robe,  pL  nhu  1686,  76&5, 

Rosu,  impf.  6  rehmitnt  '}hh&,  voler,  piller,. 

RoELi,  pi.  rwfn  776,  599&,bondiernHid;  jd.nMlK 

9179,  rouet  d'arhaléte;  pi.  tmIm   801E.  pHili 

tour  ronde. 
RoiLEi  3ii5,  rouler. 
[Rooeieb],  impf.  6  n^tioiuii  3366,  bire  briUgr  M 

couleur  rouge ,  rougeoyer. 
Roi.  Voir  Ri:. 

[RolLuia],  pf.  6  roilf«r*)><76A3,  se  rouiller. 
Route.  Voir  Rdiste. 
BoiiiKS.  Voir  RoeuiB. 

BoLLH  7675, 8761, roder  (le  ha  obertpoar  le  Hcvir). 
RoHPBi  ;  ronyw  1 1 688,  riolemment  âkmdée. 
RoRci  11&98  (rime  avec  Saà),  raonn,  ehenl  à» 

petit  prii;  roncM  1&68,  cbevtl  mile. 
RoEGis.  Voir  BoRCt. 
Roo^T,  rond  :  a  la  roûub  685,  s  I>  rMMbaS.t>,i  . 

la  ronde. 


GLOSSAIRE. 


517 


RosiLUBB,  pr.  3  rôtUk  kokSt  faire  de  la  rosée. 
RoTB  598,  6333,  8099,  9975,  pi.  roMlM  9606, 

troupe;  Unirent  la  rote  19&1,  formèrent  la  bande; 

en  rote  698,  8988,  en  bande. 
RoTi  Û936  (rime  avec  rioie),  petite  mesare  (cf.  Du 

Gange,  Reta  7),  mot  arabe. 
Ro€ht.  Voir  Rooirr. 
RouTi.  Voir  RoTK. 


RofUT,  f.  pi.  rovtnlee  396,  rouge,  coloré. 

RofEB  :  impf.  6  rotoient  6999;  ^®  '^'  ^  Tetoient,  il 

faut  peul-éti'e  corriger  vooient, 
RuBLB.  Voir  ROELB. 

RcÊB  9s68,  impf.  3  mot  9969,  loncer. 
[Rgistb],  pi.  roiitee  3117,  nide,  violent 
[RuiSTBcs],  ntistetce  7393,  rudeaie,  violence. 

RuiSTBBCB.  Voir  RuifTECI. 


SâbIiO!!,  9717,  99o5,  sable. 
Sabloxbbbb.  Voir  Sablo:«ibbb. 
Sablokiebb  9767,  5966,  sabUmêrre  635,  endroit  sa- 
blonneux. 
Sachibb  9 1 5 1 ,  tirer  en  avant 
Sacbbb,  pr.  3  tacre  3  6  00,  consacrer. 
Saitb.  Voir  Saibtb. 
Saob  :  sage  ie/iâ&,99â9,  expérimenté  en  ;/o/  ut  êoge 

6099 ,  formule  habituelle  pour  dire  personne. 
Saibtb,  pi.  saietes  1995,  saetes  3iio,  6963,  eeeUe 

65 1 1 ,  flèche. 
Saillis  9183,  sortie. 
Saillib,  impf.  6  sallouent  1619,  sauter;  pf.  6  satl- 

Urent  3âio,  s'élancer;  p.  sailU  1916,  pi.  s.  êailU 

717,  sortir;  fai7/t«  667,  répandue. 
Sai!it  :  tor  $ainz  53i  3,  sur  des  reliques. 
Saibbbb^t  366,  etc.,  ierement  85io,  êerment  5399, 

pi.  ioiremenz  5396,  etc.,  sermenz  855o,   10919, 

serment. 
Saisi.^e  533,  90 o3,  9596,  possession;  lee  §m$me$ 

1 968 ,  la  possession. 
Saivb,  s.  iaivet   1169,    9616,   11&58  (rime  avec 

glake»),  sage.  Cf.  Sacb. 
Salf.  Voir  Sur. 
Saluh.  Voir  Saillis. 
Salvagittb.  Voir  Sactachb. 

SlLVBlB^T.  Voir  SilfBMBIT. 

Salteb.  Voir  SAifci. 

SiLVETé.  Voir  Sicîbté. 

Saiu  3980  (Hme  avec  tapiz)^  10017  (rime  fv^e 

Fhmiz),  pi.,  velours. 
Saiglest  1669.  C5o^  (cf.  Gbbt),  sangtaol. 
Sap  &6'i,  sapio. 

S4BAZ151,  SarazineU.  Voir  aux  Xoms  propres. 
Saccessio^  8858,  mot  altéré  non  restitué. 
[Sacp]  :  pi.  mU  lor  ckaleU  9606,  eo  gardant  ce 

qu'ils  pos^édaleot. 


Sadp  1696,  en  sûreté. 

[Sadvagirb],  êalvagme  6879,  gibier. 

[Sauvbibxt],  êolvement  3593,  salut 

[Sacvd]  :  sb).  pr.  3  eiDeme  me  eaU  669 1 ,  ainsi  puisse 
Dieu  me  sauver  I 

[SAuvBTé],  sai««(/ 768,  saint;  a  eaioeté  i99o3,  sains 
et  saufs;  a  hr  taheté  5i53,  pour  les  sauver. 

Savbib,  pf.  3  »nt  77,  savoir;  us  forml  9999 ,  ne  pu- 
rent, ne  trouvèrent  pas  moyen  de;  taveir  1867, 
pour  savoir;  eaveieni  de  la  mer  3779,  se  connais- 
saient dans  les  choses  maritimes;  qu'il  uneit  afroz 
5 1 86 ,  qu^il  connaissait  pour  vaillants. 

SAVoaé,  f.  tavoree  6939,  10591,  Mvoureox,  de  bon 
goût;  (6g.)  pi.  unoreee  11079. 

SciBCBifBLB.  Voir  Cisceiiblb. 

Sb,  sei,se:seif»erç  10^86  (éd.lt«rc),Milirr£  11579, 
lui  troisième,  avec  deux  compagnons;  tsi  qmart 
665 1,  lui  quatrième;  eeiqMmzime  7976,  lui  quin- 
xième. 

Sb  1866,  etc.,  si. 

Sbbib,  être  assis;  uoir  93i4,  pf.  3  êiel  1997,  étr«' 
campé;  pr.  3  tiH  5i4,  être  situé;  atsil  &536, 
seyait ,  aHait  bien. 

Sbblbb,  p.  pi.  eeelez  8597,  sceller;  pf.  6  Èeeiereni 
9193,  fermer  complètement. 

Seetb.  Voir  Saiete. 

Sbi  586o,  soif. 

Sbigsob,  9.  ïïim  567  (rime  avec  iinet),  9199  (rim«; 
avec  rnNtm), seigineiir,  sire;  Vœiel  eeigmemr  HagmM 
719,  la  nMÎsoo  de  sire  Hagoes. 

SnssoBACB,  pi.  teigmormgee  sio,  1996,  possessioa 
seigneuriale. 

SflMsoBiACB  878,  seigoeorie,  qualité  seigaeoriale. 

SnasoBiB  9809,  seigoeorie,  dounoalion;  9998.  ce 
qa*il  y  a  de  pins  noUe,  de  meilleor. 

SttsscB.  Voir  Sac%oa. 

.Sbiilb,  pi.»  MeilUt  3^9, 3863,  seiUe,  sean. 


518 


L'HISTOIBE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


|Sii>be],  séçitré  :  donfU  traitrei  FM fitt  ttitirf  a55o 
(lire  ain^j  au  lieu  de  lorjîit  btivrt),  dont  le  traître 
liiit  l'armée  ëcarldc. 

Kelb  liSoo,  aiège;  pi.  nf»  -^gaAi  selle. 

Sbls.  Voir  Soi. 

SinBLiiiT  :  par  lemblant  338),  565G,  en  apparence. 

Semlib  ;  i(  terl  temblant  1377,  on  voyait  bien. 

Seioudki.  Voir  SaaonDiiB. 

SlHPlIS    7161,811581161. 

Seï  i39,  8375,  esprit,  sagesse. 

Sbr,  Voir  Smi. 

Skesgiiil,  9.  leaeichali  aga&,  sénéchal,  oITider féo- 
dal; Il  tenfâchalt  dt  paianie  aSsG,  le  chef  des  ar- 
mées païennes. 

SiMESTii  696.  gauche;  e  deitrt  e  tennatrt  liùa'],  k 
droite  et  i  gauche;  ai  teitettret  1916,  à  gauche. 

SiiiGLEKMT  13fio,  simplement,  sans  autre  chose. 

SEnstsrni.  VoirSERtSTni. 

StEE  ;  phuon  tau  7970 ,  en  plusieurs  sens ,  da  divers 
cAlés. 

Sntt  10A70,  sentier. 

Se»  17,  elc.,ien  55t5,saDs;  i635,  outre. 

.Seoir.  Voir  S  eus. 

Seiekeict,  Voir  Siirehe;!!. 

Se»  :  wrie  353,  donce ,  calme  ( on  parlant  de  la  nuit); 
ed  mtiz  tfrû  9579,  d'une  voix  douce,  basse. 

SEajtiiT,  3665,  3571,  s.  3575,  pi.  terjonz  3A85, 
8a83,  8593,  s.  terjanl  1G68 ,  combattant  non  che- 
valier, soldai;  pi.  s.  /■  lerjant  de  pii  C195,  les 
combattants  i  pied  (qui  étaient  tous  des  sergents, 
mais  il  y  avait  des  sergents  à  cheval);  leignor  ter- 
jant  8gg5,  formule  polie  employée  par  le  roi  Ri- 
chard; nrjaaz  i3oo5,  serviteurs. 

Seeiutebie  3^67,  assemblage  de  combattants  non 
chevaliers. 

Kl  a  11  EU  T.  Voir  SiiaiHEaT. 

Sedhou  s6A5,  discours. 

SEEHoiiEE,  pf  3  termana  9688,  p.  ttrmoité  g683, 
adresser  lui  discours,  une  exhortation. 

Sbrmosiee  3i86,  pi.  s.,  prédicateur. 

SiECiKT,  fém.,  pi.  nrpmL  3180,  s.  wrTinit  gSAt, 
serpcnL 

Sbememeut  ii36t,  en  rangs  serrés. 

SEttAoi  13o53,  servitude. 

.Sebiib  ;  quii  lerctit  de  miat  34,  qui  ne  faisait  rien 
pour  son  service;  /eimieMnlrffiofm^*  7(103,  l'amu- 
saient par  de  feintes  promesses. 

Seriise  65,  86,  hoh,  etc.,  service. 


[Setehkki.]  Voir  aux  Noms  propres. 

Sni>i*RSCE.  Voir  SiriHaiiCE. 

Seul.  Voir  Sol. 

Sxiia,  pi.  Mûri  3336,  f.  pi.  ttirt»  5789,  qtù  a  «n- 
fîance  en  soi. 

SivBrJ  iûd8,  garantie  de  sécurité. 

Si  Ai5i,  etc.,  ainsi;  n  Dtui  m'ait  1&9,  à  Dm  wm  . 
voie  386,  Il  Dmt  ma  lalt  &6ii,  ainri  puuM  DÎM 
m'aider,  me  voir,  me  sauver!  *■'  jm  *o6&,  »S'jh, 
en  sorte  que;  ti  grant  jtuqu'a  lei mragitr  ii6A,M 
grand  qu'il  en  perdit  le  sens;  copule  légèroneal  id- 
versative  "197,  668,  ele.,d«  même  (nigBielcj 
II  en  ce  seni  élide  son  1  SgA,  etc.;  n  une  m  M 
contracte  en  in  &80,  etc. 

SiicE  gG&li,  etc.  (rime),  ntrt  33*6,  siège. 

SiBii.  Voir  Siiei. 

SiGLi,  masc.,Yoi)e:i^ln(JrM<»»ii66,  ln>lM«a3« 
levées. 

SiGLEn  1180,  impf.  3  tiglet  iiSg,  pf.  h  tjglmmm 
i35i,  6  t^bmuSii,  9098,  faire  voile,  ôi^hn 

SiGLiûni  1376,  acIioD  de  cingler. 

SiL.  Voir  Le. 

[SiHPLEcEJ,  àrnpletee  giiS,  simplidlé. 

SiarLiscE.  Voir  Sihpleh. 

Sis.  Voir  Si. 

SisTE7933,Biiième. 

Sin  3865,  suif. 

SitB!  aSy,  etc.,  suivre. 

Soivn  8B5i,  doucement. 

[Socqiaele],  tumrahlt  h-),  3o65,  663&,  1 

SocoïEE,  «ucorre  3^95,  secourir. 

SaDESMB:iT,  i366,  subitement. 

[SoDEvmJ.iDiu&nunl  igiS,  ModiinemeaL 

SoEF  60S 1 ,  titéf  377,  I 

SorratiTE.  Voir  Soniiri. 

SorraixcE.  Voir  Soramci. 

SorrBEiTVB.  Voir  SoraiiTOS. 

SorntiTi  iiSAi.io^raita  3iâ5,  3917,  pi 

[SoFSi^TOs],  loffreitui  3hZh,  privé,  dénoé. 

[SoraiHCE]  :  mûlreat  tu  taffrOACê  gi6,  priraal  f*- 

[SoraiRJ  :  lojrti  6389,  P^tientei;  tojitrmmt  1617^ 

aéraient  capables  de  nisister  k. 
Sojet:  laiyeiu  1901, soumise 4  lai,daiunii9Ak& 
[Soies],  suj'or  i955  {rime  avec  jor),  Mjtr  1K7S1 

repos,  arrêt. 
Sojoaiiin,  vijomer  laoû,  fut.  3  tcjorr»  iSSg,  flift 

lujamant    laoi,  s'arriler;  impf.    6  nnjm'imifÊil. 

8157,  pf.  3  «g'gmii  9(193,  p.  a. fictif Mmi%<jU, 


GL9SSAIRE. 


519 


f.  tefad  iejornee  586 1,  se  reposer;  pf.  3  sujoma 

6g&,  p.  tujomé  5s A ,  séjourner. 
[Sol],  pi.  r.  êeU  7338,  i  j  966 ,  seul;  adv.  tmd  i5]3, 

90Â3,  seulement 
SoL&ciBB,  p.  s.  êolaciez  177a,  réjouir. 
SoLiz  8784,  réjouissance. 

SOLOAH*  Voir  Sot'DAR. 
SOLDKBR.   Voir  SOFDBIBR. 

SoLDoiscB.  Voir  Soodbîz. 

[Solbgibb],  pr.  3  toliege  96/13  (rime  avec«u*g0),  p.  »o- 
liegié  96/13,  aider. 

SoLBiB,  impf.  3  toleil  i383,  avoir  coutume  de;  $ueU 
3007,  telt  s5,  fuelent  6793,  présent  avec  sens  de 
passé. 

SouBGiBR.  Voir  Solbgibb. 

SouBB,  pi.  solier»  798,  étage  supérieur. 

SoLoifcâ&58,  sulonc  3566,  selon;  solunc  que  hitb'jj 
8057,  selon  ce  que. 

SoLT.  Voir  SoHT. 

SoLTB.  Voir  SOUTB. 

SoLTiL.  Voir  SoTIL. 

Son  :  en  tum  le  7/48,  10073,  en  haut  du;  en  som  les 
3706,  de  tom  leg  3956,  en  haut  des;  en  tum  des 
753,  en  haut  des;  par  en  sum  tuz  io5o9,  par- 
dessus tous. 

SoiB  1990,  65o6,  fardeau. 

SoMB  i6/i5,  /i565,  somme,  total. 

SOMBR.  Voir  Son  1ER. 

SoMBT  :  en  someî  3370,  en  haut;  pur  en  somet  3867, 

tout  en  liaut. 
[Somibb],  pi.  somert  3636,  cheval  de  somme. 
SoMORDRB  3o8,  9/193,  9689,  p.  f.  somonse  5687, 

semonse  7651,  convoquer,  mander. 
[Somorsb],  semonse  7691,  convocation. 
Son,  pi.  s.  tons  1 1880,  chanson  légère.  Cf.  Sorbt. 
Son,  fém.  sus  69,  son;  sue  quilee  9o63,  entièrement 

sienne;  son  parjure,  son  Irtûtor  1866,  qui  était 

parjure  et  traître  envers  lui;  ehescon  fiet  son  Turc 

flatir  706  j,  chacun  abattit  son  Turc. 
S05EI.  Voir  Son  ET. 

[So!ibt],  pi.  toneiz  9  363,  chanson  légère.  Cf.  Son. 
SoR  85io,  blond  ardent. 
SoR  610,  etc. ,  tur  f\ 63  etc. ,  sur;  tor  tote  créature  666 , 

plus  que  personne;  tor  lor  ciùi  606 ,  dans  leur  cité. 
[Sorcdioance],  torquidance  6905,  arrogance. 
[SoRcuiDié],  pi.  s.  sor^fii(2^  1696, arrogant,  présomp-  « 

tueux. 
Sordoleir],  tordoloir  8771,  ressentir  avec  eicès(un 

chagrin  ). 


[Sordrb],  pf.  3  surst  6o4o,  6  turttrerU  8160,  p.  f. 
surse  966s,  s^élever. 

SoRB,  sur  :  aler  son  1 1 39 ,  attaquer;  corir  s&re  a  166 , 
«lire  a  'j2'j^  3365,  courir  sus  à,  attaquer. 

[Sorfait],  f.  surfaite  16,  excessif. 

[Sorfait],  sorfeit  5656,  tur/eit  865,  978,  excès.- 

SoRFBiT.  Voir  Sorfait. 

[Sobhaucibr]  ,  surhaucier  55o5 ,  pr.  3  surhauce  55o3  , 
élever,  exalter.  Cf.  Sczhaucibb. 

SoRJoÏR  8770,  se  réjouir  avec  excès  de. 

SoRMO^TBR  799 ,  pf.  6  sormonterent  1609 ,  monter  au- 
dessus  de,  gravir;  surmonter  9996,  vaincre. 

SoROR,  sorur  870,  looj,  1175,  turor  i663,  s.  suer 
1097,  pi.  sorurs  9695,  sœur. 

SoRQOBiiR  :  le  sorquereit  7388,  lui  faisait  des  de- 
mandes excessives. 

SORQDIDARCB.  Voir  SoBCUlDAi^CB. 
SORQDIDIBR.  Voir  SoRCOIDlBR. 

SoBSALT.  Voir  SonsADT. 

[Sorsaut]  :  pi.  en  sorsah  5o39,  précipitamment. 

SoRSB  :  a  sorte  9579,  avec  impétuosité,  avec  élan. 

Sorur.  Voir  Soror. 

SoRVEBiB  :  «tiroetr  9697,  pf.  6  sorvirent  3993,  aperce- 
voir; pf.  3  sortit  933 1,  considérer. 

SoRVBiLLB  3i63,  avant-veille. 

SoRVBRiR,  pf.  3  survint  575,  6  eorvindrent  579,  ar- 
river. 

SosPBCiBR,  pr.  1  suspiez  11399,  3  sotpiece  6536, 
soupçonner. 

Sostbubmbxt  19176,  aide. 

[So8TBNiR],«iMtentr  i995,pf.  6  sustenmêt  19  94,  sou- 
tenir. 

SoTiL  :  f.  pi.  tutih  9531,  ténues;  pl.«o/lt7z  39 15,  ha- 
biles,  subtils. 

SoTiLMBNT  9933,  habilement,  avec  dissimulation. 

Soudan  11985,  toldan  5 181,  5693,  6768,  6800, 
7385,  7965,  8695,  8706,  10758,  11659,  »• 
soudant  ii8i5^  11975,  19016,  i9i65,  19167, 
toutant  8383,  Soudan,  sultan. 

SouDBB,  toujours  au  pi.,  toudeet  5369,  8166,  solde; 
droites  soudées  6587,  11 685,  juste  solde;  a  $$$ 
soudées  9163,  â  sa  solde. 

[Soudbibr],  pf.  6  tûkleerent  5356,  soudoyer. 

[SoudbIb]  :  soldoùeê  1095,  appliquée  par  une  sou- 
dure. 

SOUDBHUIT.  Voir  SOOSMBIIT. 

[Sodt],  toh  6999,  sou;  set  sdt  6586,  sa  solde. 

[Soutb],  solte  19971,  payement. 

SoTBiiiR  :  vof  peûtt  iovêtiir  780,  3979,  vous  auriez 

65 

lartiuKRii  RATioaitc. 


520 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


pu  (en  voyant  cela)  avoir  Tidée;  de  folie  noê  «o- 
vient  5/166,  nous  avons  de  folles  pensées. 

SozpBSKDRB  11676,  surprendre. 

[Sozpresdbb],  suzpretture  11397,  surprise. 

SuGOBRK.  Voir  SOCOBIB. 

SUCUBÂBLB.  Voir  SOCORABLB. 

SoB.  Voir  Son. 

SoB.  Voir  SuiB. 

Sdbb.  Voir  SoBOB. 

[Suib],  sue  691  s  (rime  avee  bemte=  berruie)^  suie. 

Sdillbbt.  Voir  Sollbrt. 

SujOR.  Voir  SoJOB. 

[Sullbtit],  f.  pi.  tuillentet  9904,  couvert  de  sueur. 

SOLORC.  Voir  SOLORC. 

Sun.  Voir  Son. 

SuB  3638,  aigre  (%.) 

Sur.  Voir  Sor. 

SUBDRB.  Voir  SOBDRE. 

ScRB.  Voir  SoBB. 


SuBTEiT.  Voir  SoBriiT. 
SoBBAuciBB.  Voir  SOBB&UCIII. 

SOBiDBBBB^  Voir  SoiOlBBB. 
SUBMO.ITBB.  Voir  SOBMONTBB. 

SuBOB.  Voir  SoBOB. 
Sdbveîr.  Voir  Sobvbbib. 

SUBVBRIR.  Voir  SOBVBRIR. 

Sus  1985,  91&0,  en  haul;  sua  ê  juê  1067,  A««7« 
6688,  en  haul  et  en  bas;  vmur  tua  960S,  «Ufr* 
quer;  au  contraire,  m  <fwe  fus  783,  «!•«•  §%•«' 
s'éloigner;  «n  «us  366 a,  en  avaiH. 

ScsRAUCiBB  6s  1,  pf.  3  euzhoMça  10679»  roidre  pmh 
père,  avantager. 

SUSPBCIBB.  Voir  SOSPBCIBB. 

SosTABGE  :  pi.  sustaneet  7808 ,  profiaioiiff  rai 

SOSTBRIR.  Voir  SOSTBRIB. 

SuTiL.  Voir  SonL. 
SuzuAUCiEB.  Voir  Susbâdcibb. 

SUZPBBSTUBB.  Voîr  SoiPBBSUBB. 


.■* 


Tabob,  pi.  tabun  6667,  6s35,  lambourin. 

Tabobbb  âoi9,  6937,  impf.  6  thaborouent  3s47, 
taburoietU  ittihk,  gér.  thabçrmU  3617,  faire  re- 
tentir le  tambourin. 

Tabub.  Voir  Tabob. 

Taburbb.  Voir  Tabobeb. 

Tai  7896,  boue. 

Taillb:  coniê  m  tmlie  196,  1696,  compte  ni  esti- 
mation; a  taille  8878,  7696,  8669,  too38, 
1 1 639 ,  de  compte  fait,  exactement,  complètement  ; 
taille  7033,  imposition. 

Tailubb,  pf.  3  tailla  isSiA^  imposer. 

Taiiidbb.  Voir  Tbirdbe. 

Taisib  11 56,  taire. 

Talbbt  7895,  désir;  mal  talmt  &8o5,  rancune, 
mauvais  vouloir. 

Tambusteîz  5993,  tapage« 

Tabt,  si  nombreux;  Itua  39i3,  s,  tant  53,  etc., 
de  teU  tanteê  3538,  de  telles  en  si  grand  nombre. 

Tant  :  tant  maisons- j  991,  tant  genz  997»  894,  tant 
(ms.  éd.  tanz)  pereree  8918,  tant  de  maisons,  de 
gens,  de  pierrières;  tant  degent  compot  aveir  9687, 
autant  de  gens  qu'il  en  put  avoir;  a  tant  9098 
(éd.  alant)y  9194  (de  même),  9701  (de  même), 
8717  (de  même),  38o4,  8898  (éd.  afoni),  5198, 
8790,  9849,  à  ce  moment,   ak>r 


Tapu  pi.  8979  (rime  avec  emniz)^  tapai. 
Tabbrtb,  pi.  tarentee  6908,  5916,  tarentaie.   ,    ; 
Tabgb  1489,  8079,  pi.  tarffm  776,  8$ot,  ififf 

large,  bouclier  long;  (fig.)  com  malm  torgm  7#ê4y 

quels  mauvais  boucliers,  quelles 
[Taboibb],  targer  i565  (rime  avee 

chargier),  tarder;  te  targerent  5767, 
[Tabquais],  torqumê  8766  (rimeavKjPwr), 
Tastbb  ,  p.  pi.  r.  taettz  1 898 ,  tAter,  éproowi 
Tbchb  9118,  10619,  iiiBa,  têdtêê  itiHg^ 

i9i3o,  manière  d*étre,  habitude,  ^Hilé' 


00  mauvaise. 


[TsnraBB] ,  taindre  8768  (rime  avee  otaNMin), 

Tbirssub.  Voir  Tbsbb. 

Tbisb,  pL  taises  6596,  toise;  ulatmm  5^4,«fe»{«* 
tensité,  vigoureusement. 

Tbl,  f.  tel  pass.,  tele  it6o5,  pi.  f.  talf 
8548,  tel;  teU  U»  eomrma  1680,  téU  l» 
8006,  il  les  arrangea,  ila  let  anamgèmit  éb  Idte 
façon  ;  n'a  téê  5655 ,  il  n'y  en  t  paa  de  pmdh|4 
t  ot  tel  qui  dimt  9 1 1 ,  â  y  en  afait  qpii 
tdi  i  ot  fui  45o,  796,  il  y  en  eot  qaît  m 
teli  i  aveit  81 59,  il  y  en  avait  qiâ  era 
cerent  a  dire  teli  i  en  aveit  7884 ,  il  y  en  Mril*^ 
commencèrent  à  dire  ;  téU  i  ot  se  wiiiélt  ^Êttt^ 
i]  y  en  eut  qui  se  mirent.  ^'    < 


9  \r>    . 

M. 


i  . 


-■:i?v^ 


.L-k 


GLOSSAIRE. 


521 


TiMPim,  fém.  le  tempesU  7913,  tempête;  eams  têm- 
peste  1661,  2339,  comme  un  ouragan,  précipitam- 
ment; au  fig.  en  grant  tempeite  85a,  dans  une 
grande  excitation. 

Tehpistib  807,  faire  tapage;  p.  pi.  tempeêtez  i&3o, 
victimes  de  la  tempête,  naufragés. 

TiMPLK  3617,  tempe;  fud  tirée  mainte  temple  a8, 
beaucoup  s*en  frappèrent  les  tempes  (en  signe  de 
douleur);  êe  grata  le»  templet  6o5o,  s^égratigna 
les  tempes  (en  signe  de  douleur). 

TiMPRBR,  impf.  3  temprot  76Â0,  tremper,  mouiller. 

Tbiptbb.  Voir  Tbhtbr. 

Te.ncier,  gër.  tençant  11373,  se  quereller. 

Tbjiçon  635,  669,  io38,  s.  tençon  1/186  (rime),  pi. 
tençons  11 363,  querelle,  dispute. 

Tbsdbb , impf.  3  tendeil  1366,  se  diriger;  seJUt  tendre 
9809,  fit  dresser  sa  tente;  êe  tendirent  âoi3,  dres- 
sèrent leurs  tentes,  campèrent. 

Tendbe,  s.  tendre»  180,  d'âge  tendre. 

Tkiieclb  8838  (rime  avec  iiecle)^  tenicle  7788  (de 
même),  sombre,  moroe. 

Tb!<iiclb.  Voir  Teniecle. 

Te.mb  :  nel  tenez  mie  a  fable»  7830,  ne  prenez  pas  cela 
pour  des  Cables;  tenue»  d*enferté  7836 ,  arrêtées  par 
la  maladie;  tenouent  6989,  tenaient,  résistaient; 
tenant  A 980,  6818,  résistantes,  solides;  tenaient 
3190,  tenaient  féodalemenl  (intrans.);  tins  a  autre 
ne  »e  teneit  i63i,  ils  ne  se  tenaient  plus  ensemble; 
a  Deu  »€  teneient  3196,  étaient  du  parti  de  Dieu; 
(impers.)  de  lur  bien  ne  lor  teneit  3369,  ils  ne  se 
souciaient  d'aucun  bien  ;  d*e»torer  ne  lor  teneit  3 1 98 , 
il  ne  leur  était  pas  possible  (?)  de  faire  de  provisions. 

Tbbis,  temps  :  par  ten»  331,  1860,  â6i6,  à  temps; 
tut  ten»  tfiUti^  toujours;  s.  un»  ten»  â6i9,  un 
temps  (un  état  de  ralniospbèrc);  lor  ten»  S098, 
le  temps  qu'il  leur  fallait. 

Tbtisement  35 1^1,  iio^jo,  défense,  protection;  deu 
teneement  10917,  pour  la  protection,  la  garantie. 

Te;<seb,  p.  f.  ten»ee  tio^i,  protéger;  8*e»toient  tenté 
1  loA/i,  s'étaient  assuré  protection,  s'étaient  ga- 
rantis; de  ten»ier  el»  9279 «  de  s'assurer  protection, 
de  se  garantir.  Cf.  Teser. 

Tbssibb.  Voir  Tebsbr. 

Tb»tb,  tente;  ti^nsion  :  a  pot  de  tente  9377,  à  peu  de 
peine,  avec  peu  d'oflbrt.  Cf.  Tbise. 

TcRTEB,  p.  tetnptc  3a/j3,  sonder,  attaquer,  barceler. 

Teri\!i.  Voir  Teriie.x. 

Tbbie;«.  Voir  Teriieii. 

[Tbriie!«],  terrestre  :  rei»  terien»  6367,  roi  terrien; 


joie  teriane  61,  joie  d'ici-bas;  rien  terriane  3713, 
chose  terrestre,  chose  quelconque. 

Tbrme  :  tin  pot  de  terme  9681,  un  peu  de  temps. 

TEBMBiRR,pf.  6  termeierent  54i3,  délayer, atermoyer. 

Termikb  3/J33,  3119,  temps  fixé,  terme. 

Tbrribr.  Voir  Tbbiibr. 

Teschb.  Voir  Tech  s. 

Tbsbr,  pr.  h  toison»  3654,  tendre,  8*attacher;  6  tei- 
êeni  10^35  (ms.  éd.  tein»»ent)^  impf.  6  r«fot«fi( 
10Â68,  gér.  tétant  9976  (ms.  éd.  tentant)^  serrer 
de  près,  poursuivre.  Cf.  Tbise. 

[Tbsmoigribr],  pr.  6  te»monient  9549,  témoigner. 

Tbsmoribr.  Voir  Tbsmoighibb. 

Trst  :  »a  maitnee  preuz  e  tette  6676,  mot  inconnu, 

peut-être  altéré  pour  prette. 
■  [Tbstemoigivb],  teetimoine  5309  (rime  avec  e»»oigne), 
témoignage. 

[Testemoigfiier],  pr.  3  teetemoine  975,  témoigner. 

Tbstbmoiner.  Voir  Tbstbmoignier. 

Testimoirb.  Voir  Testehoigab. 

TBSTiMONiiR.  Voir  Tbstimoviibb. 

[Testhoiiiibr],  tet(tmonier9453,  témoigner. 

Thaborbr.  Voir  Taborer. 

Tharurbr.  Voir  Tabcrbr. 

Tibre  661,  tierç  3383,  etc.  (éd.  titre),  ûer  7717, 
773a;  f.  tierce  3^81,  troisième;  tierce,  la  troisième 
heure  (neuf  heures  du  matin)  :  endreit  tierce  858o , 
entre  tierce  et  none  6093;  tierce  haute  6011,  la 
partie  du  jour  comprise  entre  tierce  et  none  étant 
déjà  avancée. 

Timbre,  pi.  timbi-e»  3359,  6^35,  ttfmbre»  66^7,  tam- 
bour de  basque. 

Tirant  i3ii,  i385,  s.  (iratir  1A37,  tyran. 

Tire,  file;  tôt  a  tire  4333,  d'affilée. 

TiRiEB,  tirer;  a  mal  tirant  i386,  s'adonnantau  mal. 

Toiser.  Voir  Tesbr. 

ToLiR  1909,  pr.  3  tôt  3588,  sbj.  impf.  6  tol»i»»efii 
770a,  7705,  p.  tolu  i3o8,  toleit,  f.  toloite  13337, 
enlever,  ôler. 

Toloit,  Voir  Tour. 

ToLTB.  Voir  Toute. 

ToMBBi,  impf.  6  tombouent  3367,  faire  des  culbutes. 

ToB  6883,  tour;  en  tor  58^9 ,  4845,  en  tur  1984, 
9166,  9183,  9997,  alentour;  en  tor  ih^j^  i48,  en 
liir  9i4i  (l'édition  porte  généralement  entor,  entur, 
mais  il  vaut  mieux  séparer  les  deux  mots),  autour 
de;  arbnleete  a  tor  554 1  (rime  avec  creator),  arba- 
lette  a  tur  3570  (  rime  avec  creafiir),  4983  (  rime  aver 
atur)^  pi.  arbateetêê  a  ton  9179,  arbalète  è  tour. 

45. 


5S2 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SATNTE. 


[Toui],  tarb»  1 1887  (rime  awc  dtHurbt"  dniorbt). 
foule,  masse. 

ToMLi,  pi.  tprttet  3>07,  lonrelle. 

ToiaitiT,  pi.  fernwni  i5o7,  raliguen;  larnuni  SaiS. 
choses  nuisibles. 

[Tormiutos],  f.  (urnimfi"e  9i36,  7go3.  eo  parlant 
de  la  mer,  agilée,  tucaulliieiise. 

ToaaiM.  Voir  ToannEn. 

Toamiia,  iDipf,  6  loramueiit  A993,  lonmer,  aller  ci 
et  \k;  lomn'sr  A  1 56,  se  promener,  faire  un  tour. 

Toanin,  tourner;  fuma  ia6i,  se  dirigea;  atffariiDtTiae 
ail,  emportée  pilleurs;  en  loma  1196;  l'nt  lorna 
ii55,  ea  partit;  p>  Ivi  lorna  a  pria  loSa,  cela 
augmenta  l'cslinie  qu'on  faisait  de  lui  ;  a  D*u  l'tsrl 
tonet  3457,  s'était  dirigée  du  c4té  de  Dieu. 

ToaQCEis.  Voir  TAaqviis  et  TuaKiais. 

To3i  :  jotjnet  ioiet  Ai3i,  jeunes.lillellca. 

[ToiiTi],  toteli*  aogo,  petite  fiilelle. 

ToSEfTE.    Voir  TOSETE. 

[Toasin],  iinpf.  3  tuttti  bifjo,  tousser. 

Tôt,  lout;  del  lui  356,  ii84,  entièrement;  lui  le 
rivage  9707,  loutlelong  du  rivage;  laijori  619A, 
gSiS,  ()55i,  96o(>  (éd.  lozfon),  toiijouni. 

[Todte],  toile  13373,  rapine,  exaction. 

Touoni.  Voir  Tor. 

Taiaiiiii(Lii}7303,  7i3/i,Ib  fête  de  loua  les  uinis, 
la  Toussaint;  cf.  3i43,  3i8o. 

Tpeodpt  i(i66,  ciclumalion  d'injure  et  de  mépris. 

TaiîiiE7&3i,  â3i7,S8i6,niachinalion,  manœuvres. 

Taiïaaii,  p.  s.  traijtez  8799,  Iratncr  (sur  la  claie)  de 
foçon  à  faire  périr. 

T*«itii,  tirer;  Irans.  Iraii  ligoi.  tirés  en  haut;lraire 
3s,  attirer;  Iraire  379a,  tirer  (avec  un  arc);  a 
nient  traoient  88B8,  réduisaient  à  rien,  dénigraient; 
Iraire  grant  lermon  aèib,  faire  un  long  discours; 
lefil  trtire  ii36,  se  fit  porler;  inipf,  3  te  Iraioil 
La&S,  pf.  3  le  treiti  3t3,  6 
vancer;  întraus.  (raira  8791, 
nlicr;  pr.  6  Iraiml  aij'ou  783,  tirer  sous  le  joug; 
frat'ml  9039,  vont;  frni'tnl nit  733,  tirent,  s'en- 
fuient; en  Ireitt  a  chiefiFiôS,  en  vint  A  bout;  impf. 
6  Iraiûieni  -jSi,  pf.  6  traitlrtnl  785,  »88i,  Ir»- 
freni  i5i5,  gér.  Iraianl  lAso.  etc.,  tirer  de  l'arc, 
àe  l'arbalète. 

Tant  379a,  ph.  Irait  387A,  coup,  manière  de  tirer 
(de  Parc  ou  de  l'arbalète). 

Traitiii  I,  traiter;  p.  imitiV  3078,  traiter  (iatrans.). 

TuïTOH  1387,  traître  (adj.);  ion  iroitiT  18G6,  qui 
était  Iralire  envers  lui. 


TatHKT»,  pf.  3  Iranûl  gSS ,  7873 , 6  tmràMMt  tJl, 

p.  f,  tramàe  il 38,  envoyer. 
TaivaiL  1 190,  pi.  (ratMb  1  lao,  agSo,  h^maL  ttth, 

fatigue,  peine. 
TaiviiLun  1191,  IronOùr  1819,  3l38,  pf.  t  •»• 

veilla  1 1 890 ,  peiner,  avoir  de  11  p 


.(ri. 


M6Gag,a 


<l^63,mtÊtm,mm 


1  km 


167,  de  même;  inlr.  pd  3(r 

baiailte),  împf.  6  tnmaSImt 

bSgj,  fatiguer. 
TilvEiLLEa.  Voir  TaiiuLLlEa. 
TaATH,  abriter  lous  des  tentes 

ta  Irmtrtnt  5716,  5817,  1 

Tatvna  :  loi  an  (ravan  1 17A6, 

ménagement. 
Tmveue  :  a  Ut  Irmtru  eaUli  36o8,  a 

rencontre. 
TnAiiLUia.  Voir  TuvAiLuR. 
Tbeble  Zii/ia,  triple. 
TaEBucH[>a   SoSg,  lancer,   faire  (omber;  ( 

93  3  8 ,  impf.  Irafruchwnl  1 6i5 ,  pf.  3  maiHdb*  (9(7, 

6  trAuchiertnt  A65,  tomber, 
[TaEci],pl.  ImcM  1195,  33M,tresK,  OiUa. 
Tair,  pi.  Ira  A33,  5tA,  609,  ii83,  aSi7,  «ib 

1 1 9  97,  espèce  de  tente  munie  d'ans  pMin  (pMife* 

est  le  sens  propre  de  fr«/)i  In  tnfi  in  fmitm 

gaoS ,  tes  poutres  des  pierrièree. 
Tbeiri.  Voir  Teiike. 
TaiBBicuiER.  Voir  TaBBOcaiia.  "' 
Taisca.  Voir  TaiCR. 
TaiscBE,  pi.  inscAa  6à59,  sorte  de  A 
TnispAS  i3i9,  passage. 
TaaapAssia  :  pf.  3  Irujiaaaa  *l38, 

(Irans.);  Irapauouant  '1093,  dépassaient,  )i 

passer;   iert   trttpoMtei   iiig,   était  pttiit  kÊpL 

3  Ireiposaot  5383,  pf.  3  bfpatt»  igo,  fUn^Ê^ 

tertnt  a93i,  passer  (intrans,).  , 

TaBBPBBclEB.p.  pi.  lrtapfreiwili96,ttlT— Tif— ft 
Taiaitu»  735,  dès  que. 
TaiSTOH  10003  (rime  avec  «alitr),  tovr  fait{AainM 

bataille)  après  avmr  lancé  le  cheval. 
TaiSToanin,  pf  6  tmloriurml  tiijo,  i)hr  «■  dt 

lour;pf.  Sireiforna  ioû33,sed£tôanMr,éckifym 
TaasTOT.   pi.  tmlu:   3087,  a.  MsMt   1&7,  émlh- 

ment  ton  t. 
TiesTVT.  Voir  Thstot. 
Taii  7881,  11790,  tribut. 
Thiaclc  5913,  thériaque. 
TaiEr.  Votr  Taar. 


GLOSSAIRE. 


523 


Triigi  /1070  :  ce  mol,  qui  signifie  proprement  sen- 
tier» voie  de  communication,  est  souvent  employé 
comme  terme  de  chasse  an  sens  spëdal  d^affût, 
embuscade  sur  le  passage  du  gibier,  et  c*est  le  sens 
(fig.)  quMl  paraît  avoir  ici  :  les  Turcs  étaient  à 
Taffût. 

Tbifoibb  :  mre  trifoire  1096,  travail  à  festons. 

[TtisToa],  triêlur  laSa,  tristeste. 

Tristdr.  Voir  Tristob. 

Tridue  g59,  pi.  (nulles  1700,  &918,  7611  (rime 
avec  Uuet)^  Iréve. 

Troblb,  sombre  :  la  gent  troble  6293,  les  Sarrasins; 
pi.  s.  triple  33A3,  assombris;  (au  moral)  f.  troble 
7790,  troublée. 

Troblbr  :  troblee  6669,  troublée,  en  désarroi. 

Troî^ie,  pi.  troùies  3860,  instrument  de  musique  in- 
connu. 

Trompr,  pi.  trompe*  sSSg,  trompe. 

Tromper  3839,  sonner  (en  parlant  d*une  trompe). 


Trop,  trop  ;  1 3 1 9 ,  48 1 8 ,  extrêmement  ;  \ro}i  greignort 
1118,  bien  plus  grandes. 

Tbossbb,  p.  froM^  1559,  chargé;  te  troêêerent  368 1, 
se  chargèrent. 

Trosseûbe,  pi.  troêieûret  6198,  trusteûreê  10 938,  ba- 
gages. 

Tbovbb,  pr.  1  (rots  A 198,  trouver;  3  trove  7086 
(rime  avec  esprove  =  espmeoe),  composer  poétique- 
ment 

Tbuib,  pi.  (rutes  39o3,  tniie,  machine  de  siège. 

Tbdsseûbb.  Voir  Tbossbubb. 

Tdb.  Voir  ToR. 

TUBBB.  Voir  TOBBB. 

TimcopLB.  Voir  aux  Noms  propres. 
TuBMBirras.  Voir  Tobmbbtos. 
ToBQURis  7609,  torqueiê  6609,  turc. 
TussiB.  Voir  Tossir. 
Tut.  Voir  Tôt. 
Ttmbbr.  Voir  Timbbb. 


u 


Ue8,  besoin  :  uet  e»t  8670 ,  il  faut;  a  Voe$  fe  r«t  8919 , 
a  uei  Deu  3083,  a  oe»  Deu  9066,  pour  le  roi, 
pour  Dieu;  a  son  ues  701,  pour  lui;  a  oes  de 
l*ovraine  1 363 ,  dans  Tintérét  de  l'œuvre. 

[Uevre],  ovre  76],  1066,  affaire,  entreprise;  de 
greinur  ovre  6 1 A  ^1 ,  de  plus  grande  valeur  ;  ovre  tri- 
foire 1095,  travail  festonné. 

[Uis],  huit  1A87,  porte. 

U1SSIER  :  uiseier»  iisg,  vaisseaux  munis  de  portes 
(pour  transporter  les  chevaux). 


UnANTB  193/17,  qnatre-vingts. 
UrrAVB  :  as  uitaves  985,  à  Toclave. 
UiTisMB  65,  huitième. 
[Umilibb]  :  humUiant  90&7,  s'humiliant. 
Un  :  a  un  7976,  8666,  ensemble. 
Ubcobb.  Voir  Oncobb. 
Ubb.  Voir  Obb. 

UsEB,pr.  6  usèrent  6519,  faire  usage  de;  impf.  usoil 
5853,  être  utile,  servir. 


Vaiur.  Voir  Veine. 

Val,  vallée;  a  val  aooo,  9878,  9877,  3568  (éd. 

aval),  en  hns;  a  val  Vevoe  8091,  à  vau-l'eau;  a  val 

la  marine  6166 ,  en  descendant  le  long  du  rivage; 

contre  val  la  rive  8388,  en  descendant  le  long  de 

la  rive. 
Vallbt.  Voir  Vaslet. 
Vastance  6769,  vanlerie. 
Vantbresse  6778,  qui  se  vante  (sert  de  féminin  à 

vanteor). 
[Vaslet],  pi.  valiez  887,  jeune  garçon. 
Vassal  sOgô,  guerrier. 


Vassblaox  9895,  pi.  vasselages  7359,  prouesse,  action 

de  vaillant  guerrier. 
Vbage:  el  veage  Deu  53 15,  dans  le  voyage  de  Dieu 

(fait  pour  Dieu). 
VBBn ,  voir  :  si  Deutme  voie  386 ,  ainsi  puisse  Dieu  me 

voir,  c'est-à-dire  me  protéger;  mal  le  virent  10976, 

ils  virent  cela  pour  leur  malheur,  c'est-à-dire  cela 

leur  nuisit. 
Vbbb,  pf.  3  vea  9719,  9716,  6  veerent  9699,  sbj. 

impf.  3  reosl  9796, p.  f.  veee  957,  9791,  pi.  veees 

9710,  interdire. 
Vbib  ,  chemin  :  tote  sa  voie  385 ,  en  suivant  son  chemin  ; 


5âii 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERKE  SAINTE. 


Jurent  les  votes  eireet  1 0^3 ,  les  chemins  furent  par- 
courus; lor  veies  s*aveierent  A 38,  leurs  chemins 
marchèrent  de  concert;  veie  373,  voyage,  expédi- 
tion; totes  veies  ia39,  9881,  39oâ,  35/ii,  6998, 
^^687,  59&1,  toutefois. 

[Veile],  veille  i958,  i3i7,  fém.,  voile. 

Veille.  Voir  Veile. 

Vbilliek  3918,  veille. 

[Veine]  :  «1  lui  vint  de  malvaise  vaine  9713,  cela  pro- 
venait d'une  mauvaise  inspiration. 

Veir  ,  vroi  ;  de  veir  hSo^de  veirs  1  o  J  85 ,  par  veir  9896 , 
en  vérité;  la  veire  9896,  8918,  9679,  la  voire 
1979,  la  (chose)  vraie,  la  vérité;  (prissuhst.)  c'est 
veir  provez  766 ,  c'est  une  vérité  éprouvée. 

[Veire],  votre  6690,  vraiment,  et  par  ext.  même. 

Veiremert  5091,  véritablement. 

Veisik,  voisin;  mal  veisin  6798,  ennemi  redoutable. 

Vengbor,s.  vengieres  36 10  (rime  avec  pterei ),  ven- 
geur. 

Venir,  venir;  (pris  suhst.)  1718,  934/i,  venue;  t^nt 
de  venam  /loo,  tant  qui  viennent. 

Ventaillb,  pi.  ventailles  ]i35^,  partie  du  haubert 
qui  se  relevait  devant  la  face. 

Ve!vteler  9768,  flotter  au  vent 

Ver  3 99 à,  printemps. 

Vbrai,  f.  pi.  veraies  6568,  vrai. 

VERàiEMENT  55i5,  Vraiment. 

Vergié  a 99,  verger. 

[Vbrgoigne],  vergoine  bUh()  (lime  avec  Burgoine 
—  Boi'goigne)^  honte. 

Vergoine.  Voir  Vergoione. 

Vergondbr,  impf.  3  vergondeit  3799,  6  vergondoient 
3709,  p.  f.  vergondee  3|7i6,  1 1 9 4 1 ,  outrager, 
honnir. 

Vermine  9696,  vers;  pi.  vermines  5917,  5997,  593o, 
petits  animaux  nuisibles. 

Vers  5573,  envers. 

VsRTé  :  de  verte  5516,  en  toute  vérité. 

Vertir  10873,  se  tourner,  se  diriger. 

Vertu  :  pi.  vertuz  de  Deu  3598,  pouvoirs  miraculeux 
de  Dieu. 

[Vbrtuos],  f.  pi.  vertuuses  9076,  puissant,  doué  de 
vertus. 

Vbrtcos.  Voir  Vertqos. 

Vesconte,  s.  vescuens  A793,  vicomte. 

Vbspre,  fém.  :  il  estêit  tant  vespre  oscure  3937,  il  fai- 
sait si  sombre  dans  cet  après-midi. 

Vespree  i395,  i833,  11931,  soirée. 

Vesteiirb,  pi.  vesteûres  àSho,  vêtement. 


Vede  3396,  vue;  a  wm  365,  366 1,  ouverlemeoL 

YEZié.  Voir  \ttiiL 

[VEZiié],  vetié  966,  rosé. 

ViAiRE  :  al  Muen  viaire  6116,  d'après  aoo  opimo, 
d'après  ce  qui  hii  semblait. 

ViiKDB  957,  1909,  3393,  nourriture,  proviâoBl  de. 
bouche. 

ViELz.  Voir  ViÉs. 

[ViKs],  f.  sg.  vieil  1690,  f.  pi.  rteb  is6,  itt56, 
vieux. 

V16ILIB  1953,  7909,  vigile,  veille  de  fêle  (ne compte 
que  pour  trois  syllabes,  l'accent  étant  enr  le  fé- 
cond t). 

Vigor  3938,  vigueur. 

Vilain,  paysan;  s.  H  vilaine  dit  6913,  formnk  «ailée 
pour  annoncer  un  proverbe. 

ViLAiNBMBHT  8685,  d'uuo  fsçon  déloyale,  bonteoie. 

ViLAiNiB  3596,  conduite  groesière;  gSo,  inlinnie, 
action  basse;  681,  685,  insulte. 

ViLMENT  7067,  honteusement. 

Viole  3690,  pi.  violes  9177,  3917,  fiole. 

VioLETB  3696 ,  petite  fiole. 

ViRGiNB  7678  (compte  pour  deuxsyll.  avec  Taccentev 
le  premier  t),  vierge. 

Vis  6066,  visage. 

Vis  :  ço  lor  fud  vis  6096,  il  leur  sembla;  vit  m*mi 
7017,  il  me  semble. 

Visière,  pi.  visières  9563,  masque. 

VisTE,  pi.  vistes  9939,  3995,  6990,  di^poa,  alerte;  ' 
as  vistes  chûeres  3663,  od  visiet  ehierêi  6166»  i  U 
mine  gaillarde. 

VisTECB,  vistesce  11890,  adresse;  pi.  vûtesosi  1  i679ff 
agilité,  qualité  de  cehii  qui  est  di^XM;  grmU  fit- 
tesce  9908 ,  acte  d'un  homme  dispos  et  adroit;  ai» 
cuer  ot  en  vistece  i936,  il  avait  le  coeor  dispofv 
entreprenant. 

Vistesce.  Voir  Vistece. 

ViTAiLLB  193,  io65,  ii3i,  i3o9,  iôqS,  1909» 
9175,  3369,  etc., pi.  vitaiUês  s  1  o3 ,  proviskuis de 
bouche,  victuailles. 

Viz  i  1 166 ,  escalier  tournant. 

[Voa],  restitution  possible  de  vuz  338  {la  oC  «Mmlt 
lerme  ploree  e  meinte  bone  voe  oreê) ,  vœu.  Le  leoi  «I 
en  tout  cas  celui-là  ;  mais  on  ne  connaît  voê  an  itali- 
que dans  la  locution  archaïque  maU  vo§,  démlit* 

VoiDiBR.  Voir  VoiBR. 

Voie.  Voir  Vbie. 

[Voier],  voidier  6659,  vider,  quitter.  Cf.  Voi. 

Voir.  Voir  Veir. 


r^.'ilîilâiÙ 


GLOSSAIRE. 


525 


VoiBB.  Voir  Veirb. 

Voit.  Voir  Vui. 

VoLBiB,  pr.  1  vcil  9,  3  veli  3s,  impf.  6  voleUnl  70, 

107,  pf.  3  volt  i5,  60,  etc.,  sbj.  iropP.  3,  volmt 

1 06 ,  vouloir. 


VoLBKTÉ  33/j^,  volonté. 

Voo  173,  vœu.  Cf.  VoB. 

Vui,  fëm.  tttte  6068  (rime  avec  pluie) ^  voide  Ga^iT), 

voides  G3s6,  vide. 
Viz,  Voir  VoE. 


11; 


••     ~  I 


Ymage,  ymagene.  Voir  Imagk. 
YvBR,  yvern.  Voir  Iîbr. 


Ytbrxagb.  Voir  Ivbr?iagr. 
YwB.  Voir  lues. 


I 


•I 

..r 


II 


TABLE  DES  NOMS  PROPRES, 


I 


ir 


h6 

Otfmnmtn  xiTtoxAur. 


La  table  suivante  contient  tous  les  noms  de  personnes  ou  de  lieux  qui  se  pr^ntent  dans  le  texte. 
Les  personnages  désignes  par  leur  nom  suivi  d'un  nom  de  lieu  sont  enregistrés  an  nom,  et  c'està  eel 
article  que  sont  résumes  les  renseignements  que  le  poème  donne  sur  eux;  le  nom  du  lien  esl  en- 
registré à  part,  et  c'est  à  cet  article  qu'en  est  proposée  TidentiGcation. 

Les  noms  de  personnes  et  de  lieux  contenus  dans  le  texte  sont,  en  tête  de  chaque  artido,  impriméi 
en  petites  capitales.  Les  têtes  d'article  en  italique  sont  des  noms  de  personnages  d&igoés  dans  le 
texte  par  un  titre  ou  un  nom  de  lieu ,  mais  non  par  leur  nom  personnel  ;  il  a  paru  utile  de  faire  figurer 
ces  noms  à  la  table  quand  on  a  pu  les  connaître,  en  renvoyant  au  titre  ou  au  nom  de  lieu  qui  les 
daigne  dans  le  poème. 

La  note  s,  indique  que  dans  le  passage  cité  le  nom  est  sujet,  la  note  r.  qu'il  est  r^ime,  sans  que 
cela  implique  qu'il  ait  dans  le  texte  la  forme  du  nominatif  ou  de  l'accusatif.  La  rime  des  noms  qin 
figurent  à  la  fin  des  vers  a  été  indiquée  toutes  les  fois  qu'elle  pouvait  jeter  quelque  lumière  sur  leur 
forme. 

Les  renseignements  donnés  par  Ambroise  sur  chacun  des  personnages  ou  des  lieux  qu'il  mentiomie 
ont  été  résumés  de  la  façon  la  plus  complète  possible.  Pour  l'identification  des  noms  de  lieux  frmçns, 
nous  avons  été  très  efiicacement  aidé  par  notre  savant  confrère  M.  Aug.  Longnon ,  que  nous  remer- 
cions cordialement  ici.  Notre  savant  confi*ère  M.  Clermont-Ganneau  a  bien  voulu  nous  fournir  poor 
l'identification  des  noms  de  lieux  de  la  Syrie  les  indications  les  plus  précieuses,  que  nous 
presque  toutes  reproduites  textuellement  entre  guillemets,  en  les  disant  suivre  de  ses  initiales. 


*   ^      ■ 


'.■  .:.-4-'-^i- 


• 


TABLE  DES  NOMS  PROPRES. 


AcHiLLW  9855,  Achille,  célèbre  par  sa  prouesse, 
grâce  au  roman  de  Troie,  de  Benoit  de  Sainte-More. 

AcRi  iii5,  laoo,  i363,  etc.,  l'ancienne  Accon, 
plus  tard  Ptolémaïs ,  aujourd'hui  Saint-Jean-d*Acre. 
Ce  mot  rime  avec  palacrê  (taoo),  diacre  (9947), 
maçacTê  (3089,  &039),  Mcre  (3399),  ce  qui 
prouve  qu'il  ne  prenait  pas  d's  finale.  Devant  une 
voyelle,  Ve  s'ëlidc  d'ailleurs  habituellement  (t 885, 
9109,  sSoi,  a3i9,  3343,  etc.);  cependant  il  y 
a  quelques  exemples  de  non-élision  (3960,  â5oi, 
4671).  KLeflwnd*Acrê(ào3g^  /io56,  5566),  auj. 
le  Nahr  Na'mein,  le  Bélus  de  l'antiquité;  Roi-^- 
Am,  donné  par  Stubbs  comme  nom  de  celte  rivière, 
signifie  simplement  la  tête  ou  la  source.  —  GI.-G.t) 
—  Acre  est  prise  par  Baladin  en  1 187,  est  asnégée 
par  Gui  de  Lusignan  (9769),  que  rejoignent  suc- 
cessivement beaucoup  de  chrétiens  et  les  rois  de 
France  et  d'Angleterre.  La  ville  est  prise,  après 
un  siège  de  près  de  deux  ans,  le  19  juillet  1191 
(5995).  Beaucoup  de  Français  y  reviennent  en 
janvier  1199  (7888)  et  surtout  plus  tard  (8177); 
les  Pisans  et  les  Génois  s'y  battent  (8178),  Richard 
les  paciGe  (S'Jtab),  Richard  donne  Acre  k  Henri  de 
Champagne  après  son  élection  comme  roi  (9007); 
Henri  y  est  reçu  magnifiquement  (9063). 

Adam  6679  (s.),  Adam. 

Agolaïit  8691  (s.),  Agoland  8&91  (s.),  AgoUind 
4 188  (r.),  Agoland,  roi  sarrasin  qui  joue  le  prin- 
cipal rôle  dans  la  chanson  de  geste  à^Afprêmont. 
Agoland,  dans  cette  chanson,  s*empare  de  Ri^e 
(Rcggio  en  Calabre),  comme  le  rappellent  les 
vers  5i6  et  8691-8693.  Le  traducteur  latin  ne 
connaissait  pas  la  chanson;  aussi  a-t-il  traduit 
tout  de  travers  le  vers  5i6,  faisant  d'Agoland  un 
baron  chrétien  qui  aurait  été  investi  de  Rise  : 
Rita  quœ  illi  famoio  Agolando  dicitwr  Jui$9ê  olim 


fTO  mrvUio  ano  coUala  (p.  i54).  Les  vers  Shgu 
8698,  étant  plus  explicites,  ont  été  mieux  com- 
pris par  lui ,  et  il  les  a  paraphrasés  dans  son  style 
oratoire,  sans  remarquer  la  contradiction  avec  le 
passage  précédent  (p.  339).  Les  ailusiona  d'Am- 
broise  prouvent  que  la  chanson  d^Atpremont  était 
très  répandue  à  la  fin  du  xii*  siècle.  Voir,  sur  ce 
poème,  Nyrop,  Storia  deU'  epopêafraneeêe,  à  la  bi- 
bliographie, et  P.  Ifeyer,  Romania,  XIX,  901  ss. 

Alaiv  de  l'Eitablê  7181  (s.),  chevalier,  tué  avec  son 
frère  Lucas,  le  99  septembre  1 191,  dans  un  com- 
bat près  de  Jafle. 

Alevaioiib  :  Alemamê  i36&,  9997,  9978,  8988, 
19896  (les  rimes  prouvent  qu*â  faut  Alêmaignê), 
Allemagne.  Le  bon  empereur  d^AUemagne  (Fré- 
déric I*'),  qui  venait  en  Syrie  par  terre,  se  noie 
en  passant  un  fleuve,  à  la  grande  joie  des  Sarrasins 
et  au  grand  deuil  des  chrétiens  (  1 866  et  8987  ss.  ). 
Voir  Ahbigravi. 

Alevah  9998  (sg.  T.),  AUman  9788,  8997  (pL  s.), 
Allemand.  La  rime  avec  on  (9788)  prouve  que 
le  <i  ou  (  ne  s'était  pas  encore,  par  fausse  analogie, 
introduit  à  la  fin  de  ce  mot.  Sur  les  Allemands  dont 
il  s'agit  au  vers  9788,  voir  Du  Gange,  Familles 
d'outre-mer,  p.  896.  Ils  construisent  devant  Acre  le 
premier  moulin  à  vent  qu^on  eût  vu  en  Syrie  (8997). 

Aliénor.  Voir  Erolitibi. 

Alixardii  6179  (r.),  AUxandres  9856  (s.,  rime 
avec  Flandreê),  Alexandre  de  Macédoine,  pris, 
d'après  les  poèmes  français,  comme  type  de  héros 
incomparable.  Les  vers  9856-9855,  qui  parient 
du  grand  eêclandre  que  causa  la  mort  d'Alexandre, 
se  rapportent  k  la  quatrième  branche  de  la  com- 
pilation qui  nous  est  parvenue.  Voir  P.  Ifeyer, 
Alexandre  1$  Grand,  t  11 ,  p.  998  ss. 

AuxARDBi  8911,  Alexandrie. 


530 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


ÀLiXAifDiE  i4rm  ioâ85  (s.,avccreé]idé,donc8an8f), 
chevalier  menlionnë  dans  le  combat  du  93  juin 
1199.  Le  latin  a  Anic  ou  Arn,  Ce  personnage  se 
retrouve  dans  Guillaume  le  Maréchal  (v.  67 1 9) ,  où 
il  est  appelé  d'Anic,  C'était  on  Normand. 

Amauii  9^90  (r.),  Amauri  d'Anjou,  roi  de  Jérusalem 
du  18  février  1169  au  ii  juillet  1173. 

Ahbioise  5990  (r.),  Ambroieee  798,  9&01,  â56o, 
/1898  (s.,  r«  empêche  Télision  au  vers  798),  Am- 
broite  171,  3996,  373/i,  6019  (s.,  Pélision  de  Ve 
aux  vers  3736  et  6019  prouve  Tomission  de  Pi), 
Ambroise,  auteur  du  poème.  Voir  l'Introduction. 

Ami.  Voir  Ehmi. 

Avii58  6539,  565 1,  5669,  Amiens,  en  Picardie. 
Voir  Diooff. 

Amulaihi.  Voir  Mulairb. 

Ançons  1007&  (s.),  Ançon,  compagnon  d'armes 
d'Etienne  de  Longchamp  {Anecontu  ou  Arucone 
dans  le  latin,  p.  376). 

Aif  DiGRAVB  (  //)  d'Alemaine,  le  landgrave  (  de  Thuringe , 
Louis).  Il  arrive  en  1189  àQyani  Acre  (9997), 
prend  part  au  combat  du  4  octobre  (9973)  et  à 
l'assaut  de  l'Ascension  1190  (36o5).  Louis  quitta 
bientôt  le  siège  pour  retourner  chez  lui,  à  la  suite 
de  difierends  avec  les  Français,  et  mourut  en  route 
le  16  octobre  1 190.  Sur  la  forme  andegrave,  voir 
au  Glossaire;  cf.  encore  HUtor,  occ.  dee  Croûades, 
II,  56o. 

Akdiied  de  Braine,  Andreu  9993,  3oi3  (r.),  André, 
frère  du  comte  Érard  de  Brienne,  tué  devant  Acre 
le  A  octobre  1 1 89.  Ambroise  fait  de  sa  prouesse 
un  éloge  que  le  traducteur  latin  amplifie  encore 
(p.  71).  André  était  seigneur  de  Ramerupl  (D'Ai^ 
bois  de  Jubainville,  HUt,  des  eomte$  de  Champagne, 
IV,  99,  53,  568). 

Ardiieo  de  Chauveigni  :  Andriu  6997  (rime  avec  /tti), 
9319,  Andreu  7579  (r.),  Andriu  7975,  Andreu» 
7555,  7573,  10991,  11/193  (rime  avec  fftrtftu), 
11877,  119^0  (s*)*  André  de  Chauvigni,  l'un  dos 
plus  fidèles  et  des  plus  vaillants  compagnons  de 
Richard  (appelé  m(m  seignor  6997,  mis  iire  7573), 
monte  a  l'assaut  d'Acre  le  1 1  juillet  1191  (6997), 
vient  à  la  rescousse  des  Templiers  le  6  novembre 
1191  (7975),  joute  brillamment  en  décembre 
1191  contre  un  émir  qu'il  tue  (7573),  prend 
part  à  la  prise  du  Daron  le  99  mars  1 199  (9376), 
va  le  99  juillet  1199  secourir  Jafîe  avec  Richard 
(10901),  prend  part  avec  neuf  autres  au  combat 
livré  par  Richard  le  5  aodt  1199  (11693),  est 


l'un  des  trois  chefs  qui,  en  septembre  1191,  eon- 
duisent  à  Jérusalem  le  premier  convoi  de  pèlerias 
(1 1877). —  André  de  Chauvigni,  devenu  plus  tard 
seigneur  de  Châteanroux,  joua  un  grand  r5le  dans 
l'histoire  de  son  temps;  il  est  souvent  mentionné 
dans  les  chartes  et  les  clironiques  et  nolanunent 
dans  Guillaume  le  Maréchal,  Sous  le  nmple  nom 
de  Chauvigntf,  il  est  devenu  Pun  des  prindpmx 
héros  du  grand  poème  du  xif*  siède  smr  let  Grai- 
sades  (voir  l'Introduction;  sur  les  aventares  qm 
lui  sont  prêtées,  voir  Journal  dès  Saoamis,  1893, 
p.  636,  693,  696,  698).  Ce  poème  en  fait  on 
vassal  du  roi  de  France,  au  lien  qu*ii  était  dès 
l'origine  vassal  de  Richard ,  comte  de  PoUiera,  pnfa 
roi  d'Angleterre. 

Affoiviff  :  Angevin  766,  6169,  665 1,  9686,  loSoo 
(pi.  s.).  Angevins  8338  (r.).  Les  Angevins  sont 
mentionnés  comme  sujets  de  Richard;  ils  mardwit 
avec  les  Bretons,  les  Manceaux  et  les  Poitevins. Snr 
angevin,  denier,  voir  le  Glossaire. 

Argletesb.  Voir  Enolitbbb. 

Angov.  Voir  Anjou. 

Anjo.  Voir  Arjou. 

Ahjoo  :  Angou  995  (rime  avec  Mton),  Xn/o  8667, 
Anjou. 

Anne  (Seinte)  95i6,  sainte  Anne,  mère  de  la  l^eife. 
Voir  Ibblir  de  l'OspitaL 

AHnocBB  9669  (rime  avec  elochê)^  1678,  1680 , 
8696, 10667.  I^  prince  d'Antioche  mentionné  aux 
vers  9669  et  smv.  est  Boémood  III  (ii63-ii0i). 
Au  vers  8696  il  est  fait  allusion  au  siège  d^Antioehe 
lors  de  la  première  croisade;  aux  vers  10667  «• 
Ambroise  renvoie  clairement  an  poème  innçait  tor 
ce  siège  fameux,  «dont  l'on  raconte  eneore  Fliis- 
toire)). 

Ababi.  Voir  au  Glossaire. 

Abgadb  11 566  (rime  avec  rade).  On  ne  sait  ce  <]ne 
le  poète  entend  ici  par  Arcade  (le  latin,  p.  ASg, 
traduit  par  Archadia),  C'est  probablement  nn  nem 
vague  désignant  un  pays  lointain,  comme  dans  ce  Tirs 
à'Aleschans  (8o36)  :  Nésju  d^Areagê  d'unmtremgM 
régné.  C'est  certainemen  .e  mémo  mot  qne  pré- 
sente un  vers  de  Gerart  ae  Blaiê  :  Et  jNiit  UJkt 
donner  un  bon  destrier  étArquage  (M.  Godefrofi 
qui  cite  ce  vers  d'après  le  ms.,  imprime  dartrir 
d'arquage  et  ajoute  :  «peut-être  cheval  qui  se  eoorbe 
bien»).  On  peut  encore  rappeler  l'Emenidos  d'ar- 
cade des  Fuerres  de  Gaères,  Arcage  gnyoîsj  «idîooie 
grec»,  dans  Gui  d$  Bourgogne,  doit  se  rattacher 


TABLE  DES  NOMS  PROPRES. 


531 


aussi  à  Areaêia.  11  faut  toutefois  noter  que  le  latin, 
p.  i3,  mentionne  un  Baffadmuê  ÀrauHuâ,  qui, 
diaprés  M.  Stubbs  (p.  cix),  serait  Bohadîn  ou 
Infadin  d*Arka. 

Aasis.  Voir  Alixandbi. 

Absdb  919&,  &6i3  (i.  Ànw  pour  artur)^  6096, 
6101,6108,  6669,6615  {{.juaqu^aÀrturoud.), 
6683,  671Â,  6900,  6907,  8999,  910&,  iioiS, 
Arsouf,  Tancienne  Apollonias,  ville  de  Syrie  entre 
Jafic  et  Gésaire ,  appelée  ainsi  d'ordinaire  dans  les 
textes  français.  Ambroise  mentionne  la  forêt  d*Ar- 
sur  (6096,  6101)  au  nord -est,  le  mont  d'Arsur 
(6108)  au  nord,  et  la  grande  rivière  (Nahr  el- 
'Aâdju)  qui  a  son  embouchure  à  qudques  kilo- 
mètres au  sud  de  cette  ville  (6683,  6900).  Le 
«vent  d'ArsuTD  (9194,  Â6i3,  8999)  est  le  vent 
du  sud  par  rapport  à  Acre.  Mais  on  ne  s*explique 
pas  le  vers  8999;  voir  la  note  p.  Aai. 

Abthdb  :  Hartur  de  Bretaine  Ai 85,  le  roi  Arthur  «et 
sa  hardie  compagnie^. 

Abthub  :  Herturde  Bretaignêggb  (r.),  Hertun  1000 
(s.),  Arthur,  duc  de  Bretagne,  neveu  de  Richard; 
il  fut  tué  par  son  oncle  Jean  le  3  avril  i9o3. 

AsciHsioif  3395,  la  fête  de  l'Ascension,  3  mai  1190. 

Adbbri  CUment  &9o5,  6910,  6968,  5o86  (r.).  Au- 
beris  Climenz  /i888  (s.),  chevalier  français,  com- 
bat vaillamment  et  est  tué  dans  un  assaut  A  Acre 
(3  juil.  1191);  sa  mort  cause  une  vive  douleur 
(&905,  5o86);  un  Turc  qui  s'était  revêtu  de  ses 
armes  pour  insulter  les  chrétiens  est  tué  par  Ri- 
chard d'un  coup  d'arbalète  (6968).  Le  traducteur 
(p.  9  93)  l'appelle  Albericuê  Clemêntis, 

AuBBBi  de  BeifiM  10876  (r.),  Àuberiz  10999  (s., 
1.  Auberi§)f  commandant  du  château  de  Jaffe,  s'en- 


fuit, dans  un  moment  de  lâcheté,  quand  les  Sarra- 
sins prennent  la  ville,  mais  revient  et  se  propose 
de  mourir  bravement;  il  est  envoyé  en  dépulation 
aux  assiégeants  (10999).  Le  latin  l'appelle  de  Bêmù 
ou  de  Astfis;  il  était  sans  doute  de  Reims. 

AucoBRs  dêl  Foi  10997  (Si),  est  un  de  ceux  qui  ac- 
compagnent Richard  dans  son  expédition  pour  se- 
courir Jaffe,  le  99  juillet  1199.  Ce  nom  est  sans 
doute  altéré;  le  latin  donne  Achut  de  Fay,  qui  n'ex- 
plique pas  le  nom  français. 

AuTBiQUB  317,  l'Afrique  :  lê$  deetrek  d'Aufirique  dé- 
signent le  détroit  de  Gibraltar. 

AvBRz,  temps  de  l'avent.  Voir  au  Glossaire. 

AfBSBB  :  Ave$mêê  9853  (atismai),  3o5i  (attsmes), 
Avêtne  6177  {f'*^*'^*»  nmc  ^v^c  règne) ^  ùhiii 
(ottame),  6637  {aueme,  rime  avec  ngna),  6667 
(otiama),  6681  (attame),  6707  (aiiama),  Avesnes 
(  Nord).  L'élision  de  l'i  aux  vers  664 1 ,  6637, 6667, 
6681,  6707  et  la  double  rime  avec  regnê  prouvent 
que  le  poète  ne  mettait  pas  d's  6nale  A  ce  nom;  il 
aurait  sans  doute  mieux  valu  supprimer  l's  aux 
vers  9854  et  3o5 1 .  La  rime  avec  regnê  indique  que 
l'a  devant  n  ne  se  prononçait  pas;  le  latin  écrit 
Aveenie;  la  graphie  ttueme(e)  appartient  an  copiste. 
Voir  Jaeb. 

Atâs  EsToi  6097,  émir  d'une  force  extraordinaire, 
tué  dans  le  combat  du  1*'  septembre  1191*  A  la 
grande  douleur  des  Turcs.  L'historien  arabe  Boha- 
din  le  mentionne  sous  le  nom  de  Ayâz  §t-Ta,w(l  (le 
Grand)  et  parie  aussi  de  l'impression  produite  par 
sa  mort  (voir  la  note  de  Stubbs,  p.  967).  Le 
traducteur  l'a  encore  nommé  dans  la  liste  qu'il 
donne,  au  début  de  son  ouvrage  (p.  i3),  des  prin-' 
cipaux  guerriers  de  Salahadin. 


B 


Babilouib  3i53,  5i63,  7381,  7776,  8093,  8108, 
8i34,  10908,  10994,  10934,  10973,  10987, 
Babylooe  (d'Egypte),  nom  que  portait  le  Vieux- 
Caire  au  moyen  âge  et  déjà  à  l'époque  antique. 

Bâlar  4 181  (r.),  personnage  de  la  chanson  d'ilspra- 
numt,  qui  remplit,  au  début  de  ce  poème,  pour 
son  seigneur  Agoland  (voir  ce  nom),  un  message 
auquel  notre  auteur  fait  ici  allusion. 

Bauan  d'ibelin,  Baliane  8709  (s.),  Balian  II  d'Ibe- 
iin ,  mari  de  la  reine  Marie ,  veuve  d'Amauri.  Am- 
broise le  traite  de  trplus  perfide  qu'un  démon». 


parce  qu'il  négociait  directement  au  nom  de  Conrad 
de  Montferrat  avec  Saladin;  le  traducteur  latin, 
dans  son  introduction  (p.  i3i),  lui  prête  aussi  de 
noires  intrigues.  C'est  lui  dont  Técuyer  Emoul  a 
rédigé  un  récit  de  la  bataille  de  Tabarie  et  de  la 
perle  du  royaume  de  Jérusalem,  qui  est  le  plus 
ancien  texte  historique  en  prose  française  qui  nous 
•oit  parvenu. 

Bab  9933,  Bar-le-Duc.  Le  comte  de  Bar  ici  men- 
tionné est  Henri  I*'. 

Baibaiot.  Voir  an  Gioataire. 


63S 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


Bailktb  507,  Barielta,  port  d*Itaiie. 

BAtié.  Voir  Sbgdih. 

BABaB8(Let) /i 537, 58oi  (dtf pour ddt),  6t83 (lie pour 
</et),  65 9  6.  Il  y  a  des  hameaux  de  ce  nom  dans 
Loir-et-Gier,  le  Loiret,  la  Vienne,  etc.;  mais  aucun 
ne  semble  pouvoir  être  regardé  comme  le  berceau 
de  la  célèbre  famille  des  Barres;  M.  Longnon,  qui 
autrefois  avait  rattaché  cette  famille  au  fief  des 
Barres,  commune  de  Ghami,  près  Meauz  {Livre 
dt$  voMsaux  dêt  comtés  de  Champagne,  p.  353), 
est  aujourd'hui  porté  à  croire  qu^elle  tirait  son 
nom  d'un  «lieu-dit»  de  Tancien  Paris.  Voir  Guil- 

LlUVI. 

Barolohieu  :  Bartholamêu  6796  (r.,  ms.  Barthol'^ 
niftt),  Tapôtre  saint  Bartélemi. 

Baitolomieu  de  Mortêmêr;  Barielmeu  11&19  (r., 
1.  Bartohmeu  en  n^ajoutant  pas  £),  Bartélemi  de 
Mortemer,  un  des  dix  compagnons  de  Richard  dans 
le  combat  du  5  août  119t. 

Babut  9166,  5o57,  8686,  10109,  10951,  Bey- 
routh, Tancienne  Bérytos,  ville  et  port  de  Syrie. 

Baudoin  :  Baudome  sAsa,  9^93  (s.),  UmêeeU  9&99, 
Baudouin  IV  le  Lépreux,  roi  de  Jérusalem  (11 73- 
1186),  fils  d*Amauri. 

Baddoin  akU  (r.),  Baudouin  V  TEnfant,  filsde  Sébile 
et  de  Guillaume  de  Montferrat  et  petit-fib  d'Amaori , 
couronné  roi  de  Jérusalem  le  90  novembre  11 83, 
du  vivant  de  son  oncle  Baudouin  IV,  et  mort  à  huit 
ans. 

Baddoir  le  Caron  9959,  9991,  ioo39,  iooÂ5  (r.), 
BaudùwiM  H  Carong  6hû'],Baudoinê  9998, 10099, 
1006Ô  (s.),  Baudoin  10039,  un  des  plus  vaillants 
compagnons  de  Richard;  il  compromet  la  victoire 
à  Arsnr,  le  7  septembre  1191,  par  sa  fougue  indis- 
ciplinée; il  fait  de  grandes  prouesses  et  court  de 
grands  dangers  dans  le  combat  du  17  juin  1199. 
Il  est  mentionné  dans  Guillaume  le  Maréchal, 
vers  4571. 

Baudouin,  Voir  Cantobbibb. 

Bedoir  io3/i5  (sg.  r.),  Bedoin»  io359,  io359, 
io365,  10379  (%^.  s.),  Bedoin  9890,  8o53 
(pi.  s.),  Bédouin,  Arabe  nomade. 

Bbdbbdiii  Dorderon  :  Bedredin  Dorderon»  11989  (s.), 
un  des  émirs  de  Salahadin,  Bedreddin  Duldur 
(Stubbs). 

Bbllbbm  19179  (r*)f  Bethléem. 

Bbl  Mont  6857  (r.),  un  des  châteaux  que  fait 
abattre  Salahadin  en  1191.  On  ne  connaît  pas  de 
château  de  ce  nom  en  Syrie,  et  M.  Stubbi  sup- 


pose que  BelmonJt  {BéUtim  MmUem  dans  te  telia, 
p.  980)  est  une  méprise  pour  Beiïort  on  MoolSMt; 
mais  c*est  peu  probable.  «Monke,  dans  mm  AtiM« 
identifie  Belmont  avec  le  Modin  des  GroitéB,  el  k 
place  entre  Beit-Nouba  et  Beit-Oâr.  D'aprèa  G.  ftey 
{Colom§§  françaieee ,  p.  383),  ee  sérail  So^M*  à 
10  kilomètres  à  Touest  de  Jérusalem.  — -  CSL-G»» 

Bbl  Vebib  6859  (r.),  un  des  châteaux  que  faitalMttn 
Salahadin  en  1 1 9 1.  tr  II  est  impossible  de  TideBlifivv 
comme  le  fait  M.  Stubbs,  avec  Kaakeb  d-Biira, 
situé  dans  une  région  beaucoup  trop  âolgnéede  o&t 
que  menaçait  Richard.  B^veeir,  comme  iee  aHlrat 
places  fortes  qui  furent  démantelées  en  ii^t,  4UÊL 
dans  Touest  et  non  loin  de  Jérusalem;  cf.  d^wSÊmn 
Paoli,  p.  &5,  et  Delaville  Le  Roolx,  p.  it5  :M- 
veer,  apud  (1.  oppidum  f)JMXta  /wns  afan.  >— Cm?^.» 

Bbhbbit  5^3 1  (r.)  :  la  fiete  eaint  Beiimii,  la  Ut»  dt 
la  Translation  de  saint  Benoit  (1 1  joiUet). 

Bbbbrgikbb  11&6,  Bérengère  de  Navarre,  fitacéB^ 
Richard,  aussi  belle  et  sage  que  possible  (ii4lt 
1738),  aimée  de  Richard  avant  qa*il  filt  wtà 
(ii5o),  lui  est  amenée  par  sa  mère  à  Regibs 
Richard  la  fait  venir  à  Messine  (11 39  ts.);  eBe 
s*embarque  en  même  temps  que  Richard,  ifé,  k 
rejoint  en  Chypre  (i354);  elle  manque  d*élffe  |ike 
par  Kyrsac  (1  &3 1 ,  ihàh)\  Richard  Tépoose  i- U- 
meçon  (1735)  le  19  mai  1191;  on  loi  eoifii  k 
fille  de  Kyrsac  pour  qu'elle  Hnstruise  (1089  ^)| 
elle  quitte  Chypre  avec  Richard  (9099)1  ttk  Ml 
venir  à  Jafie  en  septembre  1191  (7078).  Aprkk 
mort  de  Richard ,  elle  eut  le  Mans  conmie  éamSàê 
et  y  mourut  en  1999. 

Bbbgoinb.  Voir  BoBOoieiiB. 

Bbbnabt  :  Bernard  10969  (s.),  Vupiê,  SfnÊlk-ifà, 
sert  d^espion  aux  croisés. 

Bbbbi  997  (r.),  province  de  Franee,  fournil  de  booh 
breux  croisés.' 

Bbbtblmbu.  Voir  Babtolohbu. 

Bbbtban  :  Beriran»  de  Verdon  &79&  (S.),  Bertroi  Ji 
Verdun ,  chevalier,  arrive  devant  Acre  en  1 190;  ?tir 
sur  ce  personnage,  qui  fut  ilinstre  en  ton  Itiifit 
Guillaume  le  Maréchal,  v.  8996-8i39.  * 

Bbsbnçoh  3893  (r.),  Besançon.  L*archevéqiie  âè  JA* 
sançon  fait  faire  un  bélier  à  grands  firiis  pour  itt^ 
quer  Acre  en  1 190'.  Cétait  Tierri  de  MoalteiMBi 
il  mourut  au  siège. 

Bbtafb  10567,  à  k  lieues  de  Jaffe.  Le  kim  (Ifi) 
a  Bethaffen.  «C'est  Beifr-'Aflè,  à  10  lieoét^'IUh 
{ho  kilomètres)  et  non  à  &  (à  A  d*Aieitoii)|- 


>  I 


inf  _ 


TABLE  DES  NOMS  PROPRES. 


538 


cuiild'archdoL  orient,,  f,  385.  Malgré  cette  errear, 
ridenlification  ne  parait  pas  douteuse.  —  Gl.-G.» 

Bkrbuobli  7629  (:  nubk)^  9813  (:  tnnuhk),  Beit- 
Nouba,  entre  Jaffe  et  Jérusalem;  le  Utin  l'appelle 
Betênoble  (p.  3o3)  et  Betenopolii  (p.  369),  à  tort, 
car  les  rimes  prouvent  que  le  mdt  se  prononçait 
avec  un  u. 

BiAuroBT  a 80 5,  château  appartenant  an  seigneur  de 
Sayelte  et  situé  dans  la  montagne  au  nord  de  Pa- 
néas.  Le  latin  donne  (p.  63)  Bellum  forte  ou  la 
mauvaise  variante  Beaufordum,  «r  C'est  Kafat-ech- 
Chaklf,  au  nord-ouest  de  Panéas.  —  CI.-G.9 

BuuvAU  :  Biauveiz  9939  (rime  avec  deefaiz),  6465, 
8783  ( rime  avec  heii),  Biaveiz  A 1 99 ,  Biavez  1 88a , 
61 8 1  (  rime  avec  trtz) ,  Beauvais;  les  rimes  attestent 
la  prononciation  du  z  final.  L'évéque  de  Beauvais , 
encore  jeune,  arrive  à  Acre  en  1 190  (9999)  avec 
son  frère;  il  est  envoyé  en  Chypre  par  Philippe 
pour  hâter  Richard  (1889);  il  marie  Conrad  de 
Montferrat  à  Isabel  de  Jérusalem  malgré  Topposition 
de  Tarchevéque  de  Canterbury  (Ai 99);  il  est  placé 
à  côté  Je  son  frère  Robert  de  Dreux  dans  la  marche 
des  croisés  sur  Arsuf ,  le  7  septembre  1191(6181), 
et  prend  part  au  combat  de  ce  jour  (6â/i5);  c'est 
en  sortant  de  chez  lui ,  à  Sur,  que  Conrad  est  as> 
sassiné  (8783).  Il  s'agit  ici  de  Philippe  de  Dreux, 
évéque  de  Beauvais  en  1 176 ,  mort  en  1 917  et  bien 
connu  dans  Thisloire  de  son  temps.  Richard  de  la 
Sainte-Trinité  dit  de  lui  (p.  67)  :  Vir  armie  potiu» 
deditu*  quam  armariië,  qui  gloriatur  m  militia,  et 
Turpino  par  eête  contenderet  si  Carolum  inveniret. 
Notons  ici  qu'il  fit  traduire  le  Bestiaire  par  Pierre, 
qu'employèrent  aussi  d'autres  personnages  men- 
tionnés dans  notre  poème  {^toit  Bomania,  t.  XXI, 
p.  963). 

BiLB  10798  :  ramiral  de  Bile  est  parmi  les  vassaux 
de  Salahadin  qui  l'accompagnent  au  siège  de  Jafîe, 
en  1199.  Le  latin  (p.  /ioo)  donne  BÙa.  Un  pays 
de  Bile  est  mentionné  dans  quelques  chansons  de 
geste  (est-ce  le  même  que  la  terre  de  Birie  dans  la 
Chanson  de  Roland f),  mais  on  ne  sait  à  quoi  l'iden- 
tifier. Vu  l'exactitude  habituelle  d'Ambroise,  il  est 
probable  que  Bile  désigne  chez  lui  un  lieu  réel. 

Blakchb  Guardb  (La)  6869,  9787,  un  des  châteaux 
que  fait  détruire  Salahadin  en  1191  (6869);  les 
croisés,  marchant  sur  Jérusalem,  y  arrivent  le 
7  juin  1199.  La  Blanche  Garde  est  aujourd'hui 
Tell  eUSafieh  (cf.  Guill.  de  Tyr,  XV,  95).  Le  laUn 
donne  Blanchewarda  (p.  980)  et  Candida  Custodia 


(p.  366).  Il  est  à  remarquer  que  le  Utin  rapporte 
deux  aventures  de  Richard  à  la  Blanche  Garde 
(p.  199  et  3/16)  qui  ne  sont  pas  dans  Ambroise; 
la  première  manque  aussi  dans  le  plus  ancien  ma- 
nuscrit de  la  version  latine.  Voir  Tlntroduction. 

Bliis  35ii,  Blois;  voir  Tibbaut. 

Boànond  d^Antioche.  Voir  Artiochb. 

BoiLLOH  :  BwUhm  10678,  Bouillon  en  Belgique;  voir 

GODBPBBI. 

Bois  (Le)  7533,  iii33,  nom  de  lieu  impossible  à 
identifier.  Voir  Ebhaut,  Gibfbbi. 

Bois  Nobhaiit  (Le)  1&19.  11  y  a  de  ce  nom  deux  com- 
munes dans  l'Eure,  Bois-Normand-la-Campagne 
(canton  d'Évreux)  et  Bois-Normand-près-Ure  (can- 
ton de  Rugles),  et  dans  l'Orne  un  village  (c**  et 
canton  de  Laigle).  Voir  Guillaïïmb. 

BoMBBAc  7951,  lieu  où  quatre  cents  Sarrasins,  le 
6  novembre  1191,  attaquent  les  Croisés  et  sont  dé- 
faits par  Richard.  M.  Stubbs  suppose  (p.  991  )  que 
ce  nom,  qu'on  ne  rencontre  pas  ailleurs,  pourrait 
être  identique  à  el-Nimereek,  à  3  kflomètres  au  Nord- 
Est  de  Yazour.  tLire  Ihn  Ibrâk,  à  l'est  et  non 
loin  de  Jaffa.  —  Cl.-G.» 

BoBGoiGRB  :  Borgoine  ^753,  5395,  5668,  7807; 
Bergoine  5996,  Burgoine  997,  998^  881,  5A5o, 
69oâ,  8161,  8193,  8998,  9708,  10991,10653, 
Bourgogne;  le  mouillement  de  l'n  est  attesté  par 
la  rime  fréquente  avec  heeoigne.  Il  vient  de  Bour- 
gogne beaucoup  de  croisés  (997).  Voir  Hcgoh. 

BoBBiz  6179,  semblerait  être  le  nom  d'un  lieu  en 
Syrie,  a  en  juger  par  le  v.  6178  (le  latin,  qui  a 
conservé  Borriz  tel  quel,  ne  tradmt  pas  ce  vers); 
mais  il  faut  sans  doute  lire  de  la  guerrejiùarde  la 
terre  (cf.  v.  9696);  car  il  doit  s'agir  id  du  même 
personnage  que  l'auteur  de  Guillaume  le  Maréekal 
mentionne  en  ces  termes  (v.  hSûi):  Sinfu  Gidl- 
l[aumei]  de  Borriz] ,  En  chevalerie  norr{[z\,  11  s'agit 
de  Bouri  (Oise),  anciennement  Borriz  ou  Buriz, 
dont  Richard  prit  le  château  en  1198  {Hietor.  de 
France,  XVII,  Ind,  géogr,). 

BoTBoit  9187,  Batroûn,  Tantique  Botrys,  ville  et 
port  de  Syrie,  entre  Triple  et  GibleL 

BouTBiLUBB  (Le)  de  Senliz,  Voir  Sbbliz. 

Bbabbbçors  9606  (pi.  s.),  proprement  Brabançons, 
mais  id  routiers,  gens  de  guerre  se  louant  à  qui 
voulait  Voir  Du  Cange,  s.  v.  Brabaniionee, 

Bbairb  9999,  9971,  3oi8,  Brieone  (Aube).  Le 
comte  de  Brienne  mentionné  aux  deux  premiers 
passages  est  Érard  II.  Voir  Ardbibv. 


63a 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


Brumi  507,  Briodin.  La  rime  «rec  dk  lUeile  nu  i 

Gui,  qui  d'ailleun  o'est  pu  joitifij. 
BuHURR  gg5,  Bnlame  99,  4i85,  Bretigue  fnn- 

çaue(9g,  9g5);  Grande-Brela^e  (&i85]. 
Bmmr  6ii9,  GâSi,  85o3  (pL  «.)<  Bretons  (de 

Ordiil  {L»)  :  Saol  dn  Brutl  7687  (rime  avec  oW).  Il 
j  ■  en  Fraura  tant  de  loealitëa  de  ce  nom  qu'il  ett 
impoMÎUe  d'identifier  ceUe-ô.  Voir  Soet. 


BiDOM  ggiii  rille  de*  Piji-Bw.  Voir  Bonii.  ■ 

BiDii  (£«)  719,  Soao.  Voir  Hoeoi, 

BnriTin  «on,  aoig,  l'un  dw  tnA  eUXasi  Ma 

da  l'Ile  de  Chjfm.  Vcur  CmIm  dW  Ck^nù,  I4i4. 
Bdmmoit  10671  (r.),  Boteood,  l'on  dm  hkmét 

b  première  ennnde. 
BaïuDii.  Voir  Boiuor. 
Bnmoaiii.  Voir  BoieoisRi. 
Bdtiillu.  Vnr  Bornioxin. 


CatMiou  :  Q^antao»  5883  (rime  avec  bu>m).  «Cetl, 
non  le  Capharnaûm  de  l'Evaiigile,  maille  Captn»- 
Wn  que  B.  de  Tudèle  ngnale  entre  CbîBb  et  Cé- 
urée;  cf.  Bohricbt,  Rtgttia,  p.  la,  "ji.  —  Cl.-G.n 

Giiin  7*89,  865&,  parait  être  Caieux-en-Sui terre 
(Somme);  le  laUn  porte  i  tort  Cagm,  Cn^m 
ou  Cagni  (p.  9ga).  Voir  Giiludmi. 

C*!rEu  hooh,  Caypkat  3i5o,  £017,  hili-j,  5869, 
ChnpJui  1837,  110*0,  Chayphiu  58&5,  11837, 
Haïfa,  ville  et  port  de  S^rie,  *u  nid  et  presque  en 
face  d'Acre.  Voir  Piim. 

CiliAC  gloi  (r.),  6871,  g32>&  (s.),  nom  d'un  dei 
principaai  émin  de  Salthadin.  irLe  nom  correct  est 
Caiiar  (Alam  ed-dln  Kaiser),  que  donne  Raoul  de 
Dicet(t.  II.  p.  8s);  cf.£*c.  d'oreA.orifnl.,  p.37g, 
note  —  Cl.-G." 

CiuMi  8âg3,  Xeloftr*  laoB,  Calabre,  province  d'I- 
talie; la  rwh<  [«rr*  8&<)3. 

Cuviiia.  Voir  Mort  Gilvibii. 

CiirDAiM  1933, 1017,  ChaBdairt  ■o3A,rmi  dea  troii 
cUteaui  ferla  de  Gh;fpre,  appdé  la  Caadairt  duu 
le*  Gmtti  dm  Oiipnit,  auj.  Kanlam. 

Càubuiou  93eg,  Candalion  1773,  ville  da  Syrie,  sur 
la  mer,  entre  Sur  et  Acre,  auj.  ItkaDderouna. 
Le  déGlé  ou  pat  dt  Condalim  est  frauelii  par  le  roi 
Gni  iSog  (lire  pai  dt  C,  bu  lieu  de  pais  C); 
■c'est  la  Scala  Tyn'ortiin  ou  Rds  el-Abiadh.  -  Cl.-G.  i> 
Le  latin  (p.  61,  aïo)  a  aussi  Canddim  ou  Couda- 
lien,  corrigé  à  tort  par  l'éditeur  ta  Scandalion, 

Cuni  u  EsToiiiiLs  (La)  gA3i,  g&SS,  g5i3,  ila 
roseraie  des  étouroeaum ,  nom  d'une  localité  située 
entre  Furbie  et  le  chiteau  du  Figuier.  Le  latin 
donne  CamutiaH  StunttllDrum  (p.  358,  35g),  et 
tmefoii,  par  erreur,  CauUumStumtllorum.  «C'est 
le  Wâd  el'KassAba  (Vallée  deirosesui),  breocbe 
du  Wld  el-Hesy,  i  l'est  de  Gaïa.  —  O.-G.o 


Curaïaiu  i«io3,  CaKtariirt  Ai«8,  CmMH^ 
3g6g ,  Canteriniry,  ville  et  archevécU  iriiigiaÉli 
(Kent).  L'ardievéqne  de  Cantarfmrj  molîiHrf 
deux  fois,  nuit  non  nommé  par  AmbnàMt  ^t^ 
pdait  Baudouin  ;  il  était  archevêque  da  C  dlprii 
te  16  décembre  118&.  U  duine  l'ab«d«liaa.<nx 
croiaéf  qui  vont  combattre  le  is  nevemlM*  aiy* 
(3g6g);  il  proteste  contre  lo  mariaga  da-Gai^id 
de  Montferrat  avec  Iiabel  de  Jénmkm,  ai  U^ 
(Al  18);  maiaAmbroiae  nedit  pat,  conaN'Ia  Mp 
ducteur  la  lin  (p.  11*),  qu'il  ait  exeamaaaMblN 
coalnctantt  et  ceux  qui  avaient  coMenltMiaHaimi. 
Ambroise  ne  raconte  pas  non  {dus  la  mort  é»  fm- 
cbevéque,  arrivée  le  ig  novembra  1190  -{JlMni 
p.i  9&  ).  —  L'autre  archevéqne  de  GaoteriMHy-iaM- 
tionné  dans  notre  poème  ) 

(iaio3),  que  depuii  la  c 

Gautier,  étéqne  de  Salisburj  le  aa  oelôbra  taCft 

atcbevèque  de  Cle  3o  mai  iig3>  Vim'& 

Cl»  iiùHiiCommeQcementducartmt 
jtjuHU  (p.  i33).  Voir  au  Gloasaire.  .^ 

Ciitco»  6061,  CorvcDÙ  5335 ,  KtnbHudi  (Sfad*i)t 
l'un  des  prÎTtcipaui  défensea»  d'Aera;  il  «t'Ml 
prisonnier  et  tombe  dans  le  loi  du  roi  da  Fnwa 
(le  latin,  p.  33A,  le  dit  eipreaaémenl,  laBiiBii|N 
notre  texte,  oii  il  y  a  saos  doote  uns  laouN*  aa 
borne  A  J  faire  allusion);  il  ett  «aatmtk^BÊr 
(5335),  où  il  monrut  probaUemeoti  cf.  SMsa 

CiaoR  (£«).  Voir  BiDDD».  -    , 

CiBiL  DIS  DisTiui  (Lt)  5e8g  (r.),  et  cC  ^ttéjbt 
nom  de  ce  eatal  indique  qu'il  ae  hwtnit  ^M^at 
d^Glé,  ce  que  confirme  le  vers  6890  i 
pai  iargtt,  dmù  ttlrtà;  il  est  donc  m 
le  poète  dise  fixa  loin  (v.  6g35),  en  [laitall  ètM 
même  lasaj .-  Largtt  isrt  li  fnu  •  ia  ffarfciThMi 


TABLE  DES  NOMS  PROPRES. 


5S5 


fois,  ce  n^est  pas  une  faute  de  notre  manuacrit,  car 
le  latin  dit  de  même  :  uêquê  ad  Coêom  Anguttarum 
Viarutn  :  tbi  quippe  eoatiguiUUur  meatui  (p.  s 53), 
et  pkis  loin  :  ad  CoiÂlum  prœnommaium  hiduo  mo- 
rabatur  «xercituê  ;  ampluê  9mm  erat  locui  H  tafta  oc- 
eommodus  (p.  a5Â).  11  faut  aans  doute  comprendre 
qoe  Tespace  entre  les  montagroea,  très  reaaerré  au 
eoial  même ,  s'élargissait  aussitôt  après.  L^endroit 
est  situé  entre  Gaphamaûm  et  Merle  (Mallaba); 
d'après  M.  Stubbs,  c'est  probablement  Athiit,  qui 
est  appelé  Dùiricium  dans  des  textes  latins.  «Le 
nom  actuel  est  en  réalité  Kbirbèt  Dustrey,  qui  a  con- 
servé l'ancienne  dénomination.  —  G1.-6.  n 

GisBL  DBS  Pla»8  {Le)  685A,  7181,  7908,  7730, 
7869,  un  des  châteaux  que  fait  abattre  Salahadin 
en  1191  (6856);  Richard  le  reconstruit  (7181); 
c'est  Yaiour,  entre  Jafieet  Jérusalem  (Stubbs). 

Gasbl  Imbebt  a3i],  Ca9êl  Ymbert  81 65,  8a âo,  châ- 
teau situé  sur  la  mer,  entre  Gandalion  et  Acre ,  en 
latin  Coitrum  ou  Ca9eUum  Imberti,  trEl  Hamsi,  se- 
lon Rey;  Ez-Zib,  suivant  Rôhricht,  qui  s'appuie  sur 
une  charte  de  1  i3o.  —  G1.-G.». 

Gasbl  Mbibr,  Catel  Maien  6856,7909,  7986,  C^e/ 
Meien  10713,  ^0  Maen  796,  château  situé  près  de 
Yazour  (voir  vers  7199),  abattu  par  Salahadin  en 
1191  et  reconstruit  par  Richard  la  même  année. 

Gasbl  Ymbbrt.  Voir  Gasbl  Imbbbt. 

Gatpbas.  Voir  Gaïphas. 

Gblbrifi  :  seint  Celerinë  9535  (s.).  Sur  les  saints  de 
ce  nom,  voir  l'Introduction. 

Gesairb  5981,  5993,  6oo5,  891 3,  10985,  11009, 
iioi5,  ii390,  ii39i,  11709,  Gésarée,  ville  et 
port  de  Syrie,  entre  Acre  et  Jafife. 

Cbaaloiv  7191,  Chaalom  35 17  (rime  avec  ^ont),  Gha- 
lon-sur-Saône  (!'«  du  vers  35 17  est  due  à  une 
confusion  de  l'auteur).  Le  comte  de  Ghalon,  dont 
Ambroise  mentionne  la  force  et  la  haute  taille, 
était  Guillaume  II.  Il  arrive  à  Acre  en  juin  1190 
(3517);  il  est  chargé  par  Richard  de  garder  Jafie 
en  novembre  1191  (7191);  il  reçoit  la  moitié  du 
butin  fait  le  97  mars  1 199  (8989). 

Ghaîphas.  Voir  Caïphas. 

Gham  8o33,  8037  (s.),  Gham,  fils  deNoé,  fondateur 
prétendu  d'Escalone  et  père  de  trente-deux  fils. 

Gbambbblbkig  (Le)  de  Tancarville,  Voir  Tabcabvillb. 

Gbampaigive  1  t6i5,  C/uitnpatiMf  6639,  865 1,  ii3i9, 
Ghampagne,  comté  en  France.  Voir  Hbrbi. 

Cbarcblibr  (Le),  8537,  8563,  évêque,  laissé  par  Ri- 
chard en  Angleterre  pour  gouverner  le  royaume. 


est  contraint  par  Jean  sans  Terre  de  s*enfuir  en 
Normandie.  R  s'agit  de  Guillaume  de  Longchamp , 
évêque  d'Ely,  chancelier  d'Angleterre,  qui  mourut 
à  Poitiers  en  1197. 

Gbakdaibb.  Voir  Gahdaibb. 

Gbardblor  (La)  7967,  la  Ghandeleur,  fâte  de  la  Pu- 
rification de  la  Vierge  (  9  férrier). 

Gbafblb  (La)  9689.  Voir  Guillaumb. 

Ghablbhaigbb  :  Oiarlmnamêê  8679  (s.,  rime  avec 
r$gne$),  Gbarlemagne,  cité  d'après  les  chansons 
de  geste. 

Ghablor  6187  (r.),  Gharies,  c.-è-d.  Gharlemagne. 

Gbistblddh  :  Chastddon  6793  (rime  avec  Verdon)  : 
le  vicomte  de  GhâCeandan,  qui  n'est  pas  nommé 
(c'était  Raoul)',  arrive  â  Acre  en  juin  1 190. 

Ghastbl  Ebraut  :  1$  ChaMtel  Emald  6858 ,  le  Ckastd 
Emalt  9810,  un  des  châteaux  que  Salahadin  fait 
abattre  en  1191  (6858),  situé  non  loin  de  Jéru- 
salem, entre  le  Toron  des  Ghevaiiers  et  Rettenuble 
(cf.  Emâd  cd-din,  éd.  Landberg,  p.  391). 

CBADViBRi  :  Ckaoigni  9319,  11693,  CAaotngnt  6997, 
6^119^1^7975,  7555  (rime  avec  Graié),  10991 
(rime  avec  Sodé),  11877  (i^c  ^vee  Cloigmê)^ 
Ghauvigni,  arr.  de  Montmoriilon  (Vienne).  Notre 
manuscrit  supprime  toujours  i'n  de  ce  nom.  Voir 
A.  Tranchant,  Notice  eommaire  sur  Chauvigmf  de 
Poitou  et  ui  monmnenti.  Voir  Ardrieu. 

Ghbbirbs  1 967  (c'est  ainsi  qu'il  faut  lire  pour  Ebetinet; 
voir  la  note  p.  356),  château  fort,  sur  la  mer  en 
Ghypre  (Gbyma). 

Gbbvalibrs  (Le  Toron  as).  Voir  Tobor. 

Chypre,  Gipbb.  Voir  Gtpbb. 

GiBTBBRB  BOORBB  (La)  io333,  la  Giteme  ronde,  en- 
droit de  halte  des  caravanes,  à  quelques  heures 
de  marche  de  la  Galatie.  «r  D'après  les  récits  arabes, 
le  Bir  (puits)  KhtnMjé,  à  environ  38  kil.  est-sud-est 
de  Gaia;  cf.  Ree,  d'ar^.  or.,  p.  387.  —  Gl.-G.» 

Glabbmbàdt  <^  Montehablon  9960  (r.),  10060  (s.), 
chevalier  français,  chargé  avec  Baudouin  le  Garon 
de  protéger  une  caravane ,  s'enfuit  quand  les  Sarra- 
sins l'attaquent 

Glbbc  (Un  bon)  5589,  écrit  de  sa  main  la  liste,  vue 
par  Ambroise ,  de  tous  les  personnages  de  marque 
qui  moururent  an  siège  d'Acre. 

Glbbhort  35 15,  6665,  Glermont  en  Beauvaisis.  Le 
comte  de  Germent  (Raoul)  arrive  à  Acre  en  juillet 
1191  (35 1 5);  il  se  montre  courtois  et  libéral  lors 
de  la  grande  pénurie  des  assiégeants  (6665).  — 
Il  mourut  devant  Acre,  avant  la  prise  de  la  viHe. 

47 

nvranamn  xatioiiau. 


5S6 


L'HISTO[RË  DE  Lk  GUERRE  SAINTE. 


Clirut  Ago5,  Agio,  Ag68,  5<*66  (r.),  aimera 
^868(8.)-  Voir  Adhii. 

CuiiaRi :  Chipûd 1 1 878 (rime airec Chmv^W), Cluni 
(SaAne-el-ldire),  siège  d'une  célèbre  «bbaje. 

Cocithib  [Lifiutat  tu)  Sggo,  fleuve  des  Crorodiles, 
nom  donné  à  une  rivière  entre  Herle  et  Céaaire, 
le  Nahr  Zerka  (Stubbs),  parce  que  deux  hommes  y 
furent  mangé*  par  des  crocodiles,  li  semblerait  ré- 
nilter  du  texte  d'Ambroiae  que  cet  évéDement  serait 
nmië  pendant  l'eipédilioa  mime  qu'il  raconte; 
mais  le  latin  dit  (p.  a56)  :  to  quod  eomériiU  dmt 
mititt*  d«veravtnmt  afin  161  batn*ante$,  et  c'est  ce 
qui  Miuble  aussi  rësultsr  de  ces  expression*  d'Am- 
broiae :  uiujbmu  qu'imeen  ut  dâ  Ont  hftumM  , ,  , 
Ce  ne  peut  âtre  que  par  un  accident  fort  nre  qu'U 
l'est  trou>é,  à  l'époque  historique,  des  crocodiles 
dans  une  rivière  de  Syrie.  irSepp  (/ifruiaimt  und 
dai  titilig»  Land,l.\l,p.  A76SS.)  rapporte  1  ce  sujet 
des  traditions  diteraes  de  l'antiquité,  du  moyen  Ige 
et  des  temps  modernes.  —  Cl.-G.» 

CoBiT  ï7ai  (r),  Conrad  de  Mootferrat,  père  du 
marquis  Conrad  qui  défemlit  Sur  contre  SaUha- 
dÏD.  Ce  nom  est  une  erreur  :  le  père  de  Conrad ,  qui 
fut  pris  i  Tabarie  («795)  et  dont  Ambroïse  fait 
l'ék^  par  contraste  avec  son  fils  (9717-8),  était 
Guillaume  111.  Il  est  curieux  que  dans  la  riironique 
d'Emoul  (p.  &8  et  lah)  ce  même  GuiUaame  soit, 
par  une  autre  erreur,  appelé  Booiface.  Voir  MoFit- 

CnsDin  ii3oâ  (pi.  s.},Carrfm«  7g5o,  ti30&  (pl.r.), 
Kurdes, 

CoSKKSi:.    Voir  ToSNESU. 

Coshewiilu  1867,  Cornooaille,  partie  eitréme  de 

l'Angleterre  au  sud-ouest. 
GosTSUiisosLB  ât33,  Constantinople. 
Cuc  DE  Mont  Rui  (Li)  ^&^ll.  \mr  Hoiit«ul. 


Cani  taSo,  l'Ile  de  Crète. 

Ct»be  i35i,  igoi,  *o6&,  *368,66o5,  giai.stf*]^, 
Cgpnt  hbb6,  C^HV  i38a,  1704,  wM,  VOé  ié 
Chypre,  cooqniae  par  Hïdiard  snr  Fempertmt  fne 
IsMC  Comnène  (Kynac),  lendne  d'aboni  p»  U  , 
aux  Templiers  (giio),  puis  immit  i  Guida  Im" 
ngnan.  —  L'empereur  de  Cbypra,  Ismc  Cooaitaa 
(non  nommé  par  Ambroïse,  mais  qoe  d'MbOi 
sonrces  occidentales  4{^»dleDl  KyrtM  ^Vftm 
loùJ»),  est  ilËé  i  Salabadin  at  ne  fait  que  daiid 
(i38g).  Il  bit  (suiflir  tnitreosemenl  des  «nMi 
que  U  mer  a  jelis  1  h  e6ta  (iAo3),  «t  Téfmi 


cbard  (i'i57);  il  e«stfede  l'oppoiar  anMMPfM> 
ment  de  celui-ci  1  UmofOD,  miii  cat  iWgé  àê 
s'enfuir  une  jwemièro  fois  (i555),  pmcima-w- 
coode  fois,  en  laissant  son  camp  pMa  <l«  ridHMH 
lifré  au  ^Uage  ()5g6);  il  se  réAigie  i  IBearft 
(1616],  d'ob  il  demande  une  eotrenie  i  MtAHd 
(1765)1  la  paii  est  presque  conclM,  maïi  fOi^ 
reur  par  défiance  s'enfuit  sur  son  eiMJlawl  Aéfri 
Fauvel  (i833).  Il  rerient  attaquer  Richard  ()9«)}, 
uiais  s'enfuit  de  nouveau  à  Candaire  (tgU),  «kl 
se  venge  par  de  grandes  eruantdi  inr  tat  pvifrti 
sujets  (igAg).  Désespéré  par  l'abandon  daa  4ni 
et  par  la  prise  de  sa  Nie  i  Cbennca  (1980),  9 
se  rend  i  Richard ,  eo  demandant  1  ne  pan  Mm 
mis  aux  furs  (9o33);  Bicbsrd  lui  hit  malr  n 
fille,  c«quilerem|dit  dejoie  («oM);  Ulaclmi 
d'entraves  d'si^ent  (  ao45)  et  le  renet  i  h  iftièt 
de  Gui  de  Lmignan  (9087).  Mus  tard,  laMi  iA 
livré  aux  Templiers,  qui  l'enfermèrent  A  Umffk, 
où  il  ne  tarda  pas  1  mourir  (Has  Latrie,  Hkit  A 
Qijlprt,  t.  I,p.  i&),  —  La  fille  de  Kyraae  aatas^ 

française. 


Diais  S9i3,  6338,  loaog,  Damas,  ville  de  Syrie. 

Diaiz  io5i8  (r.,  rime  avec  umii),  nom  iacoanu. 
Le  latin  ne  le  traduit  pas.  Je  trouve  U  Irétar  Oa- 
mù  dans  le  roman  de  In  SsUs  Hélèn»  (voir  Mim.  dt 
la  Sec.  néo-phUologi^  dt  HtUingfari ,  1 1,  i8g3, 
p.»3). 

DiHPiSBRi  3iag,  Dampierre  (Aube).  Voir  Ghiom. 

DiRiMiacBE  a86&,  Danemark. 

DiaoH  (£«)  68&5, 8097,  8tD5,  8995,  9015,  go6a , 


9i56,  gi6i,  9171.  9176,  gi77,  çaat,  çnlt, 
9383,  gâao.  gfiSg,  g666,  1077a  (p.),  liHâwa 
g36g(s.),b  ZWon  Siii  (s.),  le  Duui,  foflii 
méridional  des  chileaux  forts  de  MeatiMi'ti^ 
Deir  el-Belab.  Salabadin  l'eiceple  d«  h  daUtHtf^ 
qu'il  ordonne  en  iigi  (6BA5);  il  aart  àt<JtlÊt 
d'appui  aux  relaltoni  des  Samsias  d'ilgjpt»  al^ék 
Sarruia9deSyrie(8o97M.);  Richari MOgi  kA* 
emparer  (goiD)  et  part  pour  TaUiqB^ffMa)!  B 


TABLE  DBS  NOMS  PROPRES. 


537 


le  prend  (giSi  ss.),  et  le  donne  à  Henri  de  Cham- 
pagne (9383);  il  le  fait  démolir  (10779). 

Dniis  {Saint)  s88,  3770,  saint  Denis;  te  roi  de 
France,  en  partant,  prend  congé  de  ce  patron  de 
la  France  (988)  à  Tabbaye  qui  Ini  était  dédiée. 

DiQuiDiR  6563  (s.),  un  des  émirs  de  Salabadin  et 
son  parent,  Takieddin  (Stobbs),  dans  le  latin  Te- 
kedinut  ou  Takedimts;  il  porte  une  bannière  avec 
des  braies.  Voir  Quahadir. 

Dbstiiu  {Le  Ca$el  àe$).  Voir  Gasel. 

Diu  68,  etc.  (r.),  Dexu  H,  etc.  (s.),  Dieu.  Li  non 
Deu  (3577),  les  noms  de  Dieu;  préservent  de  la 
mort  un  sergent  qui  les  porte  écrits  dans  un  bref 
pendu  à  son  cou. 

DiDBMUs  1986,  1987,  un  des  trois  châteaux  forts  de 
rtle  de  Chypre  situés  dans  Tintérieur  des  terres, 
aujourd'hui  Audino.  Ce  nom  devint  Deudamoure  ou 
Dieu  d*amouri  dans  la  langue  des  Français  établis 
en  Chypre  (voir  Geetee  deê  ChiprwM,  etc.). 

Doc  {Le)  3987,  6071,  Tell  Da'oûk,  lieu  où  se  trou- 
vait le  pont  jeté  sur  le  fleuve  d*Acre  (aujourd'hui 
Nahr  Nâ'mein);  le  latin  ne  contient  pas  ce  nom, 
qui  figure  dans  le  récit  arabe  de  Bohadin. 

DoRDBRon.  Voir  Bedbbdin. 

Dbbc  de  Fonienil  7013,   7616  (r.),  chevalier,  est 


renversé  de  son  cheval  dans  te  combat  près  de 
Rames  en  décembre  1 191. 

Dbbdb.  Voir  Dboo:<i. 

Dbbdbs  369,61 79 (rime avec  êeuee),  6655  (de  m.), 
Drttiet  6khàt  Dreux  (Eure-et-Loir).  Au  v.  t6o, 
la  distance  entre  Évreux  et  Dreux  {Qui  e§t  a  »et 
liuuêi  d'Evreuet)  est  sensiblement  trop  faible  (il  y 
a  environ  ào  kilomètres),  à  moins  qu'on  n'admette 
que  la  lieue  d'Ambroise  fût  plus  grande  que  la 
lieue  kilométrique.  Voir  Robbbt. 

Dbbds.  Voir  Dboon. 

Dboor  d'Amienê  565 1  (r.),  Dreuê  6539,  ^^^9  (M 
appelé  ffi»  tires  (6539)  ou  danz  (5A5i)  et  très 
loué,  chevalier  français,  que  Richard  charge  d'un 
message  auprès  de  Conrad  de  Montferrat. 

Dboob  de  Merlo  :  Dreu  6i85  (s.),  Dreue  1881  (s., 
ms.  à  tort  E  dreu)^  dievalier  français,  est  envoyé 
en  Chypre  par  Philippe  pour  hâter  Ridiard  (1 88 1)  ; 
figure  avec  son  fils  Guillaume  et  une  nombreuse 
suite  dans  le  combat  du  7  septembre  1199 
(6i85). 

DuBRS  3i  98  (rime  avec  hon$),  nom  de  lieu  impossible 
à  identifier,  car  il  ne  peut  guère  s'agir  du  village 
de  Dons,  comm.  d'Annœullin,  canton  de  Seclin 
(Nord). 


E 


Kbbtihbs,  faille  pour  Cherineê.  Voir  Ghbbihbs. 

Ebron  961 5,  Hébron,  ville  de  Palestiue. 

EcTOR.  Voir  Hector. 

Egiptb  Sagfi  (p.),  Egypte. 

Emal's  :  Esmal»  9866  (rime  avec  ma/i),  Emmaûs, 
près  do  Jérusalem.  Ce  nom  au  moyen  âge  est  tou- 
jours prononcé  en  deux  syllabes. 

Emmb  :  Amfi  G38  (rime  avec /ame),  Emme,  nom  d'une 
femme  de  Messine. 

Empereur.  Voir  Albmaignb,  Ctpbb. 

Engleis  6i53,  85o5,  9686,  io5oo  (pi.  s.).  Anglais. 
Ils  marchent  avec  les  Normands  à  la  bataille  d'Arsur 
(61 53).  Il  faut  lire  Geneveis  au  lieu  d^Engleiê  au 
vers  619a  (voir  la  note  p.  358). 

Engletbrb  9*j,  167, 189,  etc.,  Anglelere  6793, 853o, 
Angleterre.  —  La  reine  mère  d'Angleterre,  Alié- 
nor,  mère  de  Richard,  vient  à  Rise,  lui  amenant 
Béren/rère  de  .Navarre, s'entretient  longuement  avec 
lui  à  Messine,  et  retourne  ensuite  en  Angleterre 
(1 13^  ss.);  elle  essaye  en  vain  d'arrêter  son  fils  Jean 


sans  Terre  dans  sa  mauvaise  conduite  à  l'égard  de 
Richard  absent  (9666).  —  Voir  Bbrbhoierb. 

Erard  de  Brienne,  Voir  Braihb. 

Ebmir  :  Hermine  1691,  1760  (pi.  r.).  Arméniens;  la 
gent  ermine  i559,  les  Arméniens. 

Eb5Aut.  Voir  Chastbl  Ebraut. 

Ebbaut  del  Boii  :  Emaut  7533  (s.),  chevalier,  vimt 
à  la  rescousse  du  comte  de  Leicester. 

EscAiiORB  9591,  6959,  6966,  7009,  7779,  7779, 
7897,  7973,  7997,  8093,  8060,  8106,  8988, 
83o6,  8309,  8368,  8633,  8.^79,  9699,  9751, 
io3ii,  io36o,  10763,  10773,  10908,  11738; 
Eikaknê  9587;  Eêchalone  96o5,  5o69,  5568, 
686f,  7013,  7015,  7096,  7396,  7887,  8i65, 
8i58,  8678,  8799,  9157,9388,  9711,  11799, 
11775,  Eêchalùine  9070  (rime  avec  anone)^  l'anc 
Ascalon,  auj.  Ascalân,  ville  au  sud  de  la  Pales- 
tine; elle  est  prise  par  Salabadin  après  un  siège 
difficile  (9591  ss.);  est  attribuée  â  Geoffroi  de  Lu- 
sîgnan  (5o69);  ^  un  des  lieux  fortifiés  que  Sala- 

47. 


538 


L^HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


hadin  donne  ordre  de  démanteler  en  1 191  (686 1); 
les  croisés  veulent  empêcher  cette  destruction 
(7009  ss.),  mais  les  Français  ne  sont  pas  de  cet  avis 
(7019  ss.);  Salahadin  ne  consent  à  la  paix  qu^à  la 
condition  qu'elle  ne  sera  pas  reconstruite  (  7  395  ss.  )  ; 
en  janvier  1199,  les  Templiers  conseillent  encore 
d'aller  avant  tout  la  rebâtir,  et  on  s'y  décide 
(7768  88.);  les  croisés  y  souffrent  de  la  famine  a 
cause  de  la  mauvaise  condition  du  port  (7897  ss.)  ; 
légende  sur  les  anciens  fondateurs  de  la  ville  et  de 
ses  cinquante-trois  tours  (80 9 3  ss.);  on  travaille 
activement  à  sa  reconstruction  (8069  ss.);  Richard 
y  tient  cour  plénière  à  Pâques  de  1 1 99  ( 8699  ss. ) ; 
il  la  quitte  avec  son  armée  le  7  juin  {g'jhSss,);  Sala- 
hadin exige  pour  conclure  une  trêve  la  destruction  de 
la  ville,  ce  que  Richard  refuse  (10761  ss.),  mais 
finit  par  accepter  (11773  ss.). — La  forme  EichaUme 
pour  Eicalone  est  sans  doute  purement  graphique  ;  le 
nom  de  l'échalotte,  anc.  etchakngnê,  ne  prouve  rien 
à  rencontre,  ce  mot,  qui  existait  déjà  en  latin  avec 
le  même  sens  sous  la  forme  atealonia,  étant  entré 
dans  la  langue  beaucoup  plus  anciennement. 

EsMÂis.  Voir  Ehaos. 

Espàiore:  EtpotfM  538 ,  9998  (rime  avec  i4/fmmVi«), 
8 /Il 81  (rime  avec  eompaine)^  Espagne. 

EspiÂBT  :  Etpiarz  9306  (s.),  écuyer,  qui  entre  le 
second  dans  le  Daron.  Le  latin  a  Oipiardo  dans 
le  texte  (p.  355),  mais  il  faut  adopter  la  variante 
Eipiardo,  que  donne  le  ms.  C;  le  traducteur  latin 
a  d'ailleurs  fait  k  tort  d'Ëspiart  l'écuyer  de  Seguin 
Barré. 


EsTABLB  (L')  7199,  nom  de  lieu  non  idfintiêé»  Voir 
ÀLiiH,  Lucas. 

EsTAKc  (L')  6979,  nom  de  lieu  non  identifié.  Ydr 
G01LUU11B. 

EsTiimi.  Voir  Estiiri. 

EsTiiHB  :  /t  cusiif  Eêtiefneê  35i3  (s.),  le comle^ 
de  Sanoerre;  vient  à  Acre  en  août  1190,  et 
presque  aussitôt 

EsTiBHi  de  Longchamp  gZiZ^  1007$  ('")« 
10077,  10Â88  (s.,  rime  avec  junsiiei), 
de  Longchamp,  chevalier  normand,  met  le 
sa  bannière  dans  le  Daron  (93 13);  aooompiil  ém 
prouesses  aux  combats  des  17  et  i3  jain  i*^ 
(10077  ®^  10Â88).  Etienne  de  Loogefaenip  jeai 
encore  on  rôle  important  après  son  retoori  fijr; 
Hiitor.  de  Fr„  t  XXIII,  p.  686,  693,  et  A.  Le 
Prévost,  Mém.pour  tsrw  à  Vkiêt.  du  iif.'i9fWmt$t 
t.  II,  p.  39&.  \, 

EsTiBRi  de  Tomekan  :  EsHenee  870$  (s.),  Étieanede 
Turnham ,  chevalier  de  Richard,  envoyé  en  wÈmmg^ 
auprès  de  Salahadin  à  Jénisaienk  II  foi  plue  twA 
chargé  d'escorter  à  Rome  les  reinei  Bérenfère  el 
Jeanne,  avec  la  fille  de  Kyrsac,  quand  eUei  ^aill^ 
rent  la  Terre-Sainfe  {Hiêtor.  de  Ftwiet,  t  XVM» 
p.  569). 

EsTORRBLs  (La  Caneie  ae).  Voir  Cahbib, 

EvBART  :  Evrardz  5778  (s.),  sergent  de  Véfkpm  d§ 
Salisbury;  a  le  poing  coupé  dans  le  eoMbÉt  éi 
95  août  1191. 

EvRBUBs  960  (rime  avec  Drsiiai),  1009»  A7o6(taM 
avec  f ttsf  ) ,  7190,  Evreux.  Voir  Jobjjk 


Fa!  (Le)  10997  (nmc  avec  envat).  Le  Fai;  beaucoup 
de  lieux  habités  en  France  portent  ce  nom  (Fage- 
tum);  on  peut  surtout  songera  Saintc-Uonorine- 
du-Fai,  cant.  d'Évreci  (Calvados).  Voir  AucoKfis. 

Fahrbs,  en  Lombardie  /i&95,  Faoo,  ville  et  port 
d'Italie,  sur  l'Adriatique,  à  l'embouchure  du  Me- 
tauro.  L'évéque  de  Fano  (Fanensie  epiicopui  dans 
le  latin,  p.  i35),  homme  de  eeinte  vie,  prêche  avec 
succès  devant  Acre  en  1 1 90. 

Far  (Le)  5i5,  1137,  *^99t  ^Q^^i  ^®  Phare  de  Mes- 
sine. 

Fadvbl  i84â,  18&5,  1930,  7115,  7750,  à  la  fois 
nom  propre  et  désignation  par  la  couleur  (el/avel 
66o5)  d'un  cheval  excellent,  conquis  par  Richard 


sur  l'empereur  de  Chypre  et  dont  il  se 
dant  toute  la  croisade.  On  retrouve  le  noai  4b 
cheval  Fauvel  de  Chypre  dans  le  poème 
(traduit  du  français  pour  cette  partie)  de 
CcBur  de  Lion, 
Fblippb  91  (r.),  FiUppeê àltt,  45s9(8.), Plâifpall« 
roi  de  France,  plus  souvent  désigné  par  aon  lifra. 
Il  fait  la  guerre  à  Henri  II  d'Angleterre  (91  fi.)| 
il  se  réconcilie  avec  lui  et  se  troav e  A  Ymtirwm  iê 
Gisors(iii  ss. );  après  la  moH  de  Henri,  il  iteUMl 
avec  Richard  pour  la  croisade,  en  1190*  àDvHKi 
où  il  apprend  la  mort  de  sa  première  feniiNf(aM^ 
ss.);  il  part  de  Saint-Denis  et  se  rend  à  .Venin  le 
1"  juin  1190  (985  ss.);  il  jure  à  VéMl^  Al- 


.-:*ffî:-rif 


TABLE  DES  NOMS  PROPRES. 


539 


tendre  Richard  à  Messine,  et  de  partager  avec  lui 
tout  ce  qu*it  pourra  conquérir  (365  sa.);  il  se  rend 
à  Lyon  (Ai 3).  —  11  s^embarque  k  Gènes  (6&i), 
arrive  le  premier  à  Messine,  le  1 1  septembre  1 190 , 
y  débarque  sans  éclat  et  va  se  loger  au  palais  (673 
ss.);  il  est  chez  Richard,  en  conférence  avec  lui, 
quand  éclate  le  soulèrement  de  Messine  (669  ss.); 
il  rentre  chez  lui  cl  ne  prend  pas  part  à  la  Inlte, 
s^entendant  avec  les  gens  du  pays  (689  ss.);  il  in- 
terdit même  Tentrée  du  port  am  galères  anglaises 
(781  ss.);  il  est  très  mécontent  de  voir  les  ban- 
nières de  Richard  sur  les  tours  de  Messine ,  et  lui 
en  garde  une  rancune  durable;  il  veut  les  faire 
abattre,  mais  on  convient  qu*ib  y  mettront  tous  deux 
les  leurs  (897  ss.);  il  est  soupçonné  d*un  accord 
secret  avec  Tancré  contre  Richard  (917  ss.);  il  est 
en  désaccord  avec  Richard  (956  ss.),  mais  ils  se 
réconcilient  et  partagent  le  butin  (1069  ss.);  il  fait 
des  largesses  à  ses  hommes  (1076  ss.);  il  mange 
chez  Richard  au  château  de  Mategrifon  et  en  reçoit 
de  riches  présents  (  1 087  ss.  ).  —  Il  s^embarque  pour 
Acre  le  3o  mars  1191  (iia6)  et  y  arrive  le  a 0  avril 
(A597);  il  s'y  comporte  bien  en  attendant  Ricbard 
(  66oa  ),  mais  il  veut  faire  roi  de  Jérusalem  Conrad 
de  Montferrat  à  la  place  de  Gui  de  Lusignan(i7i  1, 
5o65);  il  envoie  dire  .à  Richard  en  Chypre  qu'il 
Taltend  pour  attaquer  Acre  (1879  ss.).  —  Il  vient 
à  la  rencontre  de  Richard  quand  celui-ci  débarque, 
le  8  juin  (a335);  il  donne  trois  besants  d*or  par 
mois  à  ses  chevaliers  (àb'jb  ss.);  il  fait  dire  à 
Richard  de  donner  Passaul;  celui-ci,  malade,  le 
prie  d'attendre,  mais  il  attaque  seul  (â6ao  ss.), 
et,  dépité  de  son  insuccès,  tombe  malade  (^1689 
ss.);  il  guérit  avant  Richard  {h']li^)\  avec  sa  pier- 
rière  Maie  Voisine  il  abat  un  pan  de  mur  de  la  Tour 
Maudite  {U'jhb  ss.),  et  tire  lui-même  des  coups 
d'arbalète  contre  les  assiégés  (6819);  on  lui  brûle 
ses  engins  (/i8i5  ss.).  —  Acre  prise,  on  apprend 
avec  indignation  qu'il  se  prépare  à  retourner  en 
France,  donnant  pour  raison  sa  maladie,  ce  qui 
n'est  pas  une  excuse  valable  (5a/i8  ss.);  il  charge 
le  duc  de  Bourgogne  de  la  conduite  des  Français 
(6995  ss.);  il  emprunte  deux  galères  à  Richard 
(5998)  et  lui  jure  qu'il  n'envahira  pas  ses  terres 
sans  l'avoir  prévenu  quarante  jours  à  l'avance  (53o5 
ss.);  il  pi*end  congé,  au  milieu  des  malédictions, 
le  1"  août,  et  va  à  Sur  avec  Conrad,  emmenant 
ses  prisonniei-s  (5399  ss.);  il  se  lie  avec  Conrad 
par  des  serments  (839o).  —  Richard  est  inquiet. 


À  bon  droit,  de  ce  qu'il  peut  faire  contre  lui  en  sou 
absence  (7616,  91  &7);  on  fait  croire  à  Philippe 
que  Richard  a  envoyé  des  Hauaasis  en  France 
pour  le  tuer,  ce  qui  causa  plus  tard  la  captivité  du 
roi  d'Angleterre  (8893,  ia3o7);  il  intrigue  avec 
Jean  sans  Terre  (96^7  ss.);  Richard,  délivré,  lui 
fait  la  guerre  avec  succès  (  19333  ss.). 

Feuppi  ioo3&  (r.),  PêUppeê  9969,  ioo3t  (s.), 
compagnon  de  Baudouin  le  Garon. 

Fbuppk  9710  (r.),  crieur  du  roi  Richard. 

Fbbibbis  3ia5,  hU3'j  (rime  avec  avert»,  lire  p.-4. 
entierei),  6173  (rime  avec  mofiMret),  auj.  Saint- 
Hilaire,  c**  de  Broglie  (Eure)  :  Guauquelin  de  Fer- 
rières  était  Normand,  d'après  Vltinerarium  (p.  93). 
—  Le  comte  de  Ferrières  mentionné  au  vers  3i95 
est  Guillaume,  qui  mourut  au  siège  d'Acre  en  1 1 90 
(ffûtor.  de  France,  XVU,  5i  a). 

Fbbbi  de  KimiM  9968  (r.),  Perriê  9958  (s.),  Ferii 
9953  (s.),  Ferri  de  Vienne,  qualifié  de  mee  tires 
9953,  seigneur  champenois,  remet  è  d'autres  le 
soin,  qui  lui  avait  été  confié,  de  protéger  une  cara- 
vane. Voir  d'Arbois  de  Jubainviile,  Util,  des  comtés 
de  Champagne,  t.  IV,  p.  68,  568;  Longnon,  Livre 
des  vassaux  de  Champagne,  p.  963. 

Fiibb(L«):  kFierùSUg,  9397,  9399,  9611,  9^35, 
le  Figuier,  nom  d'un  chAteau  fort;  Salahadin  le  fait 
démolir  en  1191  (6869);  les  croisés  le  prennent 
le  97  mai  1 199  (9397  as.).  Le  latin  l'appelle  Cas- 
trum  Ficuum  (p.  357,  358;  au  premier  passage, 
p.  980,  il  l'omet).  C^est,  d'après  Stublis,  un  en- 
droit entre  Tell  el-Hesay  et  Masjdeljaba;  «rmais  c'est 
impossible  en  ce  qui  concerne  Medjdel  YAbA,  qui 
est  situé  très  loin  au  nord;  voir  Bec,  d'arch,  or., 
p.  3oi.  —  Cl.-G.n  Le  mot  a  nécessairement  deux 
syllabes;  il  faut  corriger  le  vers  68/19,  où  il  n'en 
a  qu'une,  en  supprimant  E  au  commencement. 

FiuppB.  Voir  Fblippb. 

Flambsc  85o5  (pi.  s.).  Flamands. 

FLARoaBS  995,  9853  (rime  avec  AUxasidres)^  653 1 
(rime  avec  esclandres)^  6697,  6767,  Flandre  9995 
(le  ms.  BjUmdres,  mais  Ye  est  élidé),  Flandres; 
on  Toit  que  les  formes  avec  et  sans  s  étaient  usi- 
tées, mais  la  première  était  plus  ordinaire.  Le 
comte  de  Flandres  mentionné  plusieurs  fois  est 
Philippe  d'Alsace  :  il  se  met  en  route  («95);  il 
meuK  è  Acre  le  1*' juin  1191  (653i),  au  grand 
regret  de  tous  les  croisés  (6697,  6767).  1^  séné- 
chal de  Flandres  est  mentionné  au  vers  9995. 

FoHAaocE  1860,  1869,  9119,  Famagooste,  ville  de 


5&0 


L^HISTOIRË  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


Chypre.  Vo  parait  attesté  par  la  triple  répétition  ; 
cependant  on  ne  le  trouve  pas  ailleurs;  le  latin 
(p.  199)  a  Famaguita. 

FoNTBifiL  7613  (r.),  dans  le  latin  de  Pontenillo 
(p.  3oo).  On  ne  trouve  aujourd'hui  d*endroit  de 
ce  nom  que  dans  les  Hautes-Alpes;  on  peut  penser 
au  hameau  de  Fonteny,  dans  la  Nièvre  (c"*  d'Ou- 
coux,  cant.  de  Montsauche,  arr.  de  Château -Chi- 
non),  pour  lequel  on  trouve  au  xvii*  siècle  la 
forme  Fontenyl.  Voir  Dbbu. 

FoBNivAL  iiâaB,  11 900,  Foumival,  cant.  de  Saint- 
Jnst-en-Chaussée(Oise).  VoirGiBABT. 

FoBTDifS  3o56,  la  Fortune  personnifiée. 

Frahc  6895  (r.),  Franc  6868,6879,  8609  (pi.  s.), 
Fratu  9066,  5395,  681  A,  6893,  8096,  i9o5o 
(pi.  r.),  France  1666  (pi.  r.),  Franc.  Ce  mot  a 
toujours  clioz  Ambroise  le  sens  de  Latin,  Occi- 
dental, par  opposition  aussi  bien  aux  Grecs  (1666, 
9 06 6)  qu'aux  Sarrasins  (5395,  etc.).  L'emploi  de 
ce  mot  dans  ce  sens  par  les  Grecs  et  les  Arabes 
remonte  au  temps  de  Charlemagne. 

Francs  18,  88,  953,  965,  etc.,  France,  royaume 
de  Philippe.  Voir  Felipe.  Notez  au  vers  8897  l'ex- 
pression France  la  dulce  terre,  empruntée  par  Am- 
broise au  vocabulaire  des  chansons  de  geste.  — 
La  reine  do  France,  femme  de  Philippe  (Isabei 
de  Hainau),  meurt  le  i5  mars  1190  (963  ss.). 

Frarceis  58oo,  839o  (s.),  689,  709,  896,  etc. 
(pi.  s.),  â/ii,  6566,  5365,  etc.  (pi.  r.).  Français, 
habitant  du  royaume  de  France ,  sujet  de  Philippe. 
Les  Français  viennent  prendre  Philippe  à  Messine 
dans  le  logis  de  Richard  (709  ss.);  ils  vivent  tran- 
quilles dans  la  ville  pendant  les  troubles  (709  ss.). 
—  Ils  arrivent  à  Acre  avec  Philippe  le  90  avril  1191 
(6597  ss.);  Philippe,  en  partant,  confie  au  duc 
Hugues  de  Bourgogne  le  commandement  de  ceux 
qui  restent  (5995);  ils  se  plaignent  de  pas  avoir 
eu  leur  part  du  butin  d'Acre,  qui  devait  payer  leur 
!«ol(lo  ;  Richard  la  paye  (5385  ss.).  —  Ils  font  Tar- 
riùre-garde  dans  la  marche  des  croisés  vers  le  sud , 
le  93  août  1191  (5755);  arrivés  à  JafTc,  ils  re- 
fusent do  marcher  sur  Kscolone  (7007  ss.);  après 
le  premier  échec  de  la  marche  sur  Jérusalem,  en 
janvier  1199,  ils  se  séparent  des  autres  et  s'en 
vont  à  Jaiïe ,  à  Acre ,  à  Sur  ou  au  Casai  des  Plains 
(7863  ss.);  en  mars,  ils  consentent  à  rejoindre 
llichard  à  Kscalone,  mais  jusqu'à  Pâques  soûle- 
mont  (7967  ss.);  n'étant  pas  payés,  la  plupart  se 
retirent  de  nouveau,  vont  à  Acre,  où  ils  prennent 


parti  pour  les  Génois  contre  les  Pisans,  puis  s'en 
vont  à  Sur  quand  Richard  arrive*  à  Acre  (8167  a^), 
et  s'attachent  étroitement  à  Conrad  (8t6i  tê,)\ 
sur  l'ordre  du  duc  de  Bourgogne,  ceux  qui  étaient 
restés  à  Escalone  partent  pour  Sur;  Richard  Uê 
fait  escorter  par  un  corps  de  Normands,  Manoeam, 
Angevins  et  Poitevins,  mais  il  fait  défendra  à  aat 
lieutenants  à  Acre  de  les  accueillir  (83o8  if.);  à 
Sur,  ils  se  livrent  à  tous  les  désordrea  (865o  la.). 
—  Après  l'élection  de  Conrad,  Richard  lui  fidi 
dire  de  revenir  avec  les  Français  (8665  la.);  i|>rèa 
l'assassinat  de  Conrad,  les  Français  décident  la 
nouveau  roi,  Henri  de  Champagne,  à  ^xraaerat 
veuve  (9039  ss.);  ils  vont  à  Acre  avec  101(9071  la.) 
et  se  préparent  k  marcher  sur  Escalone  (91 5i  sa.); 
ils  arrivent  au  Daron  comme  il  vient  d'être  pria 
(9376  is.),  et  reviennent  A  Escalone  à  la  joie  gé- 
nérale (9396  ss.).  —  A  la  fin  de  mai  1 19a,  ila  dé- 
rident, d'accord  avec  toute  l'armée,  de  marcher anr 
Jérusalem  (9683  ss.);  le  la  juin,  Os  sont  suiprii 
par  l'ennemi  et  presque  mis  en  d^nte  (9897  sa.); 
ils  pressent  Richard  d'attaquer  Jérusalem  (lOtSi 
ss.);  ils  s'opposent  4  la  marche  sur  TÉgypte,  eon- 
seillée  par  les  délégués  auxquels  tout  la  monde  8*ea 
était  remis  :  Richard  déclare  qu'il  continaera,  a'ila 
l'exigent,  l'expédition  sur  Jérusalem,  mais  qu*fl  re- 
noncera au  commandement  (10a ad);  ila  prennent 
part  avec  Richard,  à  condition  d'avoir  le  tien  da 
butin,  à  une  attaque  heureuse  contre  une  cara- 
vane (10991  ss.);  ils  font  bande  k  part  dana  lea 
marches  et  se  querellent  avec  les  autrea  (10639 
ss.);  dans  la  retraite  sur  Acre,  en  juillet  1 19a,  ils 
forment  l'aile  gauche  (10709  ss.).  —  lis  refioaent 
d'aller  secourir  Jafle  avec  Richard  (10979  sa.),  et, 
en  septembre  1199,  refusent  de  nouveau  de  se 
joindre  à  lui  (11709  ss.);  après  avoir  blAmé  la 
trêve  conclue  par  Richard,  ils  veulent  néaomoÎDS 
en  profiter  pour  aller  à  Jérusalem;  mais  Richard 
mande  à  Salahadin  de  ne  laisser  passer  personne 
sans  ses  lettres  ou  celles  du  comte  Henri;  beaueonp 
de  Français,  dépités,  s'embarquent  anssildt  nos 
avoir  fait  leur  pèlerinage  (1 1839  ss.).  —  Ambroiae 
blâme  souvent  la  conduite  des  Français;  il  lea 
appelle  cependant  la  genifiere  (5765),  et  il  re- 
connaît que  souvent  les  torts  étaient  réciproquea 
dans  les  discussions  entre  les  sujets  de  Richard  et 
ceux  de  Philippe;  il  regrette  le  temps  de  la  pre- 
mière croisade,  où,  d'après  lui,  on  ne  se  deman- 
dait pas  qui  était  Français  ou  Normand,  Poitenrin, 


TABLE  DES  NOMS  PROPRES. 


5&1 


Breton,  Manceau»  Bourguignon,  Flamand  on  An- 
glais (85oa  88.): 


Frédéric,  Voir  Alimaiohi. 

Fduib  9889,  9395,  Herbia,  entre  Escalone  et  Gaza. 


Gâlatib  (La)  io3o7,  io33o,  Ut  Gmlatiê  68/17,  °° 
des  cliâteaux  que  Salahadin  fait  détruire  en  1191 
(68^7),  Karatieh,  près  d'Escaione. 

Galbis.  Voir  Gdalbis. 

Galilbb  {La  mer  de)  35/17.  le  lac  de Tibëriade,  dont 
l*eau  est  douce  et  bonne  â  boire  (ef.  Emoul, 
p.  16). 

Gabacois.  Voir  Caracois. 

Gablandb.  Voir  Gcablahdb. 

Gascoiivb,  Gascoirz,  Gascor.  Voir  Gdascoinb,  etc. 

Gasdbbs  :  Guadret  68 A3  (rime  avec  madrêê),  Gazra 
9389 ,  Tancienne  Gaza ,  ville  et  port  au  sud  de  la 
Palestine,  dont  le  nom  était  devenu  Gazara,  sans 
doute  par  confusion  avec  Gazara  ou  Gadara  de 
Gélésyne  trou  plutôt  avec  la  Gaztara  de  Palestine 
{Gezer  biblique,  Montgitart  des  croisés),  À  une 
soixantaine  de  kilomètres  au  nord-est  de  Gaza.  — 
GI.-G.;n  une  des  villes  fortes  que  Salahadin  fait 
démanteler  en  1191  (6843). 

Gauter.  Voir  Gcadtibr. 

Gazrbs.  Voir  Gasdrbs. 

Grrevbis  36o6  (pi.  s.),  Gênevoû  8189 ,  8900  (pi.  s.), 
Geneveii  463,  5o5,  8179,  893 1,  11667  (lire  en 
outre  Geneveii  au  lieu  à^Engleiê  au  v.  9193),  Gé- 
nois, citoyens  de  Gènes.  Les  Génois  sont  experts  en 
navigation  (  66  6  ),  et  le  roi  de  France  traite  avec  eux 
pour  son  passage  (  663  ),  comme  beaucoup  d'autres 
(5o5).  —  Les  Génois  construisent  un  chAteau  de- 
vant Acre  avec  Conrad  de  Montferrat  (36o6);  ils 
sont  attaqués  dans  leurs  vaisseaux  (33oo);  ils  sont 
du  parti  de  Conrad,  à  qui  ils  ont  promis  de  livrer 
Acre,  et  ils  y  bataillent  contre  les  Pisans  en  1 19a 
(8178  ss.);  Richard  les  réconcilie  (8900);  avec 
les  Pisans,  ils  aident  à  prendre  le  Daron(9393  ), 
et  vont  avec  eux  et  Richard  au  secours  de  Jafie 
(11006,  11 335);  ils  soutiennent  de  rudes  atta- 
ques des  Turcs  (1 167  ss.). 

Gerte  11006,  11 335,  Gienvê  33oo,  8935,  9893, 
Gènes.  Dans  tous  ces  passages ,  Ve  final  est  élidé  ; 
il  ne  Test  pas  au  v.  3i69 ,  et  on  pourrait  admettre 
un  hiatus;  mais  il  a  semblé  préférable  dlntrodu ire 
la  forme  Genve§,  qui  est  très  anciennnement  attestée 
et  persiste  dans  le  nom  français  moderne.  On  peut 


eo  faire  «atant  au  vert  11 335,  au  lieu  d'ajouter 
gmi  au  texte  du  manuscrit. 

GeojfroL  Voir  GiirBBi. 

Gbobgb  :  saint  Jeorge  6878  (voc.),  êoint  Jorge  6633 , 
io379  (9.),  saint  Georges,  patron  spécial  des  che- 
valiers. 

Gbblâhdb.  Voir  Guablarm. 

Gbiout  :  G^rod  k^Zi  (rime  avec  oi,  c-à-d.  oui), 
7607.  Voir  GuABm. 

GiBBLR  9139,  Jcl^l»  rtndenne  Byblos,  ville  et  port 
de  Syrie,  entre  Tripoli  et  Beyrouth. 

GiBTBBi  de  Bretaigne  99,  Geoffroi,  fils  de  Henri  II 
d'Angleterre  et  frère  de  Richard, duc  de  Bretagne, 
mort  en  1186. 

GiBFBBi  del  Boi$  :  Gitfroi  iii33  (s.),  chevalier,  Tun 
des  premiers  qui  se  jettent  A  la  mer  pour  secourir 
Jaffe  en  1 199.  Voir  Ebraut. 

GiBPBBi  de  Lueignan  :  Giefiré  9696  (r.),  Jefrei  9835 
{r,),JeJrei  6977  (r.),  Giefreie  6079(8.,  rime  avec 
/ms),  J^eis  6657  (a.,  rime  avec  ^ms ),  Ge/rei 
9701,  7733  (s.),  Giefrei  Sohg  (a.),  Jeffrei  5o69 
(s.),  Geoffroi  de  Lnsignan,  frère  aîné  du  roi  Gui  : 
c'est  le  plus  preux  chevalier  du  royaume  et  le  plus 
expert  en  guerre  (  9696  )  ;  il  n'y  a  pas  eu  son  pareil 
depuis  Roland  et  Olivier  (  6665).  D  vient  retrouver 
son  frère  à  Triple  en  1 188  (9701);  il  accomplit  de 
nombreux  exploits  au  siège  d'Acre  (9835,  3069, 
6079,  6657);  on  lui  attribue,  dans  le  partage  du 
royaume,  Jaffe  et  Escalone  (5o69);  il  est  envoyé 
par  Richard  ponr  s'assurer  si  on  détruit  Escalone 
(6977);  il  accompagne  Richard  dans  le  combat 
du  3  janvier  1199  (7733). 

GlLBBBBT.  Voir  GiSLBBBBT. 

GiLLAMB.  Voir  Guillaume. 

GiBART  d$  Fernmal  ,ii695,ii9o5(s.),  chevalier  fran- 
çais, se  distingue  dans  le  combat  du  5  août  1 199 
(11&95);  est  l'un  des  messagers  envoyés  à  Sala- 
hadin en  septembre  1199,  et  dont  la  négligence 
manque  d'amener  de  grands  malheurs  (1 1 899  ss.). 
Le  latin  l'appelle  une  fois  (p.  61 5)  de  Fumival, 
et  l'antre  (p.  639)  «ie  FcmivaUit. 

Girard  de  Bidrford,  nom  du  maître  dn  Temple  tué 
devant  Acre  le  6  octobre  1 189  et  dont  on  rapporte 


542 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


(v.  3oa3  ss.)  URC  parole  hëroiquc.  Sur  Thisloire 
romanesque  de  ce  personnage,  voir  Ernoul,  p.  iih 
(où  il  faut  lire  chevalier,  1.  5,  au  lieu  de  clevc  : 
voir  Journal  de§  Savante,  189.3,  p.  957,  note  3). 
11  avait  ëté  fait  prisonnier  à  Hittin,  puis  délivre. 
.M.  Stubbs  a  imprimé  à  tort  de  Bidcjordia  (Itin,, 
p.  70)  pour  de  Riddefordia,  que  donnent  deux  ma- 
nuscrits. Voir  Rôhricht,  Berichtigungen  und  Zutàtze 
zu  Du  Cange't  Lignage$  d'outremer,  p.  17. 

GiSLBBERT  de  Waëcoil  :  Gilebert  1166  (s.),  Gilbert  de 
Vascœuil,  chevalier  normand ,  quitte  Messine  en 
avril  1191  pour  retourner  en  Angleterre.  Ambroisc 
rappelle  à  ce  propos  que  c'est  lui  qui  plus  tard 
laissa  prendre  Gisors  par  Philippe;  ce  fait  eut  lieu 
en  avril  1193.  Le  traducteur  latin,  plus  sévère, 
accuse  Gilbert  de  trahison  (p.  176),  et  ce  fut  l'opi- 
nion générale  des  Anglais  (voir  Roger  de  Hovedcn , 
éd.  Stubbs,  III,  906,  et  HUtor.  de  Fr. ,  XXIH, 69C). 

GiSLBBEBT  Maleimainê  :  Gileberz  106 83,  prend  part 
au  combat  du  99  juin  itga.  Voir  sur  ce  person- 
nage Hiitor.  de  Fr.,  t.  XXIII,  p.  71  A,  716. 

GiSLBBBRT  Talebot:  Gileberz  Taleboz  A719  (s.),  un  dos 
plus  preux  parmi  les  croisés,  arrive  en  juin  1191. 
lie  latin  l'appelle  par  erreur  Girardue  de  Taleboz 
(p.  917). 

GisoBz  ii3,  1167,  Gisors  (Eure).  L'entrevue  de 
Philippe  II  et  de.  Henri  II  en  1188  a  lieu  entre 
Gisors  et  Trie  (11 3);  Gisors  fut  plus  tard  livré 
à  Philippe  par  Gilbert  de  Vascœuil  (1167;  voir 
Gislkbert).  Gisors,  revendiqué  par  Phili{^,  avait 
été  abandonné  par  lui  à  Richard  dans  le  traité 
conclu  a  Messine,  et  Gilbert  de  Vascœuil  en  avait 
été  fait  gouverneur. 

Godefbei  de  Boillon  10673  (r.),  Godefroi  de  Bouillon , 
le  principal  héros  de  la  première  croisade. 

GoLGATUA  19060,  le  Golgotha. 

GoBRAi  6169,  probablement Gournai-en-Brai  (Seine- 
Inférieure).  Voir  Hloti. 

GRAié  75.56  (rime  avec  Chavignié) ,  Grave,  cant.  de 
Ryes  (Calvados).  Voir  IIobi. 

(jdaïb  37 Al,  Turc  qui  se  fait  tuer  par  le  Gallois  Mar- 
caduc  au*  siège  d'Acre. 

GnEGK  7898  :  la  mer  de  Grèce,  la  partie  de  la  Médi- 
terranée comprise  enlro  la  Grèce  et  la  Syrie. 

Gbecbis.  Voir  Grezeis. 

Grégoire  :  liuitimei  Gregorie»  /i5(s.),  Grégoire  VIIl, 
pape  du  91  octobre  au  17  décembre  1 187. 

Greszesche.  Voir  Grezeis. 

Grezeis  3317,  36o9,   3^199,  3691,   3699,  3858, 


3867,  greeeiê  33i8,  ^786,  toujours  avec  fêm, 
grégeois;  la  gretzeeche  gent  engrmte  i6s8,  la  mé- 
chante race  grecque. 

Grieus  :  Griu  i559,  i58i,  1898  (pi.  s.),  Gnu  1766 
(pi.  s.),  Griut  i595,  i5&o,  i546,  1760,  so68 
(pl.r.),  (rrj^on  601, 606,  9^0,  tàth,  i569, 1678, 
1709  (pi.  s.),  Grifon»  7Â0,  1691,  i8b6  (pi.  r.). 
Grecs;  les  deux  mots  Grinu  et  Grifime  sont  employéa 
indifTéremmeni  l'un  pour  l'autre  (voir  notamment 
1760  et  17^9),  et  le  second  ne  parait  être  qu'on 
diminutif  méprisant  du  premier;  c'est  par  erreur 
que  M.  Godefroy  explique  Griffon,  Grifon  par  «nom 
donné  aux  Grecs  byzantins,  et  par  extension  aux 
peuples  d'Orient  en  général  9;  il  ne  désigne  jamais 
que  les  Grecs  par  opposition  aux  Latins.  Les  Grecs, 
habitants  de  Messine  avec  les  Longebards,  sont  de 
mauvaises  gens  (5 18);  ils  insultent  les  croisés 
(569);  ils  murmurent  contre  Richard  parce  qa*i] 
arrive  en  trop  grande  pompe  (601);  cependant  ils 
se  liennonl  en  paix  (606),  mais  ils  se  joignent 
aux  Longebards  dans  le  soulèvement  de  Messine 
(760);  pour  les  tenir  en  sujétion ,  Richard  construit 
un  cliAteau  qu'il  appelle,  à  leur  grand  dépit,  tfsls- 
grifon  (9^0).  —  Les  Grecs  de  Chypre  attaquent  des 
croisés  qui  ont  fait  naufrage  (i4iâ);  ils  sont  chassés 
de  Limeçon  (  1 685  ss.),  battus  le  lendemain  (i579 
ss.),  et  finalement  expulsés  de  Ghypra  (ao68). — 
Ils  sont  appelés  gent  engrené  1698.  de  maU  neUmr$ 
1896. 

(jbiforaills  5/19,  9693,  terme  de  mépris  pour  désir- 
gner  un  ramas  de  Grecs.  C'est  à  tort  que  M.  Go- 
defroy, en  citant  le  premier  de  nos  deux  passages 
et  un  autre  de  Florence  de  Rome,  traduit  ce  mot 
simplement  par  «r  canaille  ti. 

GuADREs.  Voir  Gasdrbs. 

Gdalais.  Voir  Gdalbis. 

GuALATiE.  Voir  Galatib. 

GuALBis  37^6  (r.),  Gualeiê  37^4,  3766,  8759» 
3763,  3766  (s.),  Gualait  3789  (s.),  GM»  3787 
(s.),  Gallois,  habitant  du  pays  de  Galles. 

GuALEs  3767 ,  Galles,  région  occidentale  de  la  Grande- 
Bretagne. 

GUAQUELIR.  Voir  GUAUQDBLUI. 

GiJARDB.  Voir  Blarchb  Guabdb. 

GoARiN  le  fitz  Gerod  7507  (r.),  Guarin  7511  (r.), 
Guariiu  le  filz  Gerod  k'jSi,  7509  (s.),  Garin  Fil 
Gerout,  chevalier  anglais,  rejoint  les  croisés  k  Acre 
en  juin  1191  (6731),  est  renversé  et  frsppë  dans 
un  combat  en  décembre  1 191  ;  le  latin  a  Gmimu 


TABLE  DES  NOMS  PROPRES. 


5&3 


JUitu  Geroia,  Ce  Garin  Fiz  Geroul  n'est  pas  un  in- 
connu dans  rbistoire  littéraire  :  il  fit  exécuter  |Mir 
son  cierc,  Guillaume  de  Briane,  une  traduction  de 
la  chronique  de  Turpin  (voir  G.  Parts,  Di  Pmiu2o- 
Turpino,  p.  60-61;  Ward,  Catalogué  of  Romancm 
m  Uie  Department  of  Manuicriptê  in  tkê  Britith  Mu- 
ieum,  t.  I,  p.  589-099).  n  avait  épousé  Aélis  de 
Courci  et  mourut  en  1918. 

GuABLAHOB  :  Gorlande  6535,  GerUmiê  6i83;  Gar- 
lande  était  le  nom  d*un  fief  situé  dans  Paris  même, 
et  qui  a  laissé  son  nom  k  la  rue  Galande. 

GcABNiBB  de  Napee  tfrereê  Guwrmen  6383  (s.),  Guar- 
niert  993  9  (s.),  Gamier  de  Naplouse,  mattre  des 
Hospitaliers,  veut  forcer  Richard  4  charger  les 
Sarrasins  le  7  septembre  1191  (6378  ss.);  punit 
sévèrement  le  frère  Robert  de  Bruges,  qui  a  chargé 
malgré  la  défense  faite,  le  3  juillet  1 199  ;  mais,  k  la 
prière  des  hauts  hommes,  il  se  laisse  déterminer 
k  lui  pardonner  (9930  ss.).  Le  traducteur  latin, 
ayant  mal  compris  le  premier  passage  où  figure 
Garnier,  Ta  distingué  â  cet  endroit  (p.  967)  du 
maître  des  Hospitaliers;  cette  erreur  a  embarrassé 
M.  Slubbs,  qui,  dans  une  note  érudite  (p.  379), 
a  essayé  de  reconstituer  les  dates  de  la  maîtrise 
de  Gamier  de  Naplouse.  Le  texte  français  fait  dis- 
paraître la  difficulté  qui  rarrétaii  :  il  nous  montre 
Gamier  maître  en  1191  comme  en  1199.  D'après 
M.  Stubbs,  Gamier  était  d'origine  anglaise;  il  n'é- 
tait pas  maître  avant  1 189,  et  on  ne  sait  quand  il 
mourut.  Gamier  mourut  probablement  le  3i  aodt 
1 193;  voir  Herquet,  Die  Graumeieter  dee  Hoepita- 
lerorden*  wdhrend  der  Kreuzzùge  (Berlin,  1880), 
p.  96-35. 

GuiscoiG^B  :  GaMcoine  996,  Gascogne,  province  de 
France,  faisant  partie  des  possessions  de  Ri- 
chard. 

Gi'AscoiNG  :  Ga$coinz  9308  (s.),  Goêcon  ^hh  (pi.  s.). 
Gascon,  habitant  de  la  Gascogne;  les  Gascons  sont 
mentionnés  à  propos  des  combats  de  Mesaine  (76  A  )• 
Voir  PiERE. 

GuACQUEUif  (/«  Ferieree  :  Guaq^êeUne  6173  (s.),  Wa- 
kelin»  ItUS']  (s.),  Gauquelin  de  Ferrières,  cheva- 
lier normand  (voir  Fbbiebbs),  montre  une  grande 
libéralité  lors  de  la  famine  pendant  le  siège  d'Acre 
en  1190  (6637);  P^^^  P^  k  la  bataille  d'Ar- 
sur  le  7  septembre  1 191  (6173).  il  était  arrivé  à 
Acre  en  septembre  1 1 90. 

GcACTiER  :  Gauler  1169  (s.),  Gautier  de  Goutances, 
arche\(^f{uc  de  Rouen  (de  11 84  À  1907),  homme 


très  sage,  fait  rendre,  sous  peine  d'excommuni- 
cation, tout  ce  que  les  croisés  ont  pris  à  Mesaine 
(1099  ss.);  est  chargé  par  Richard  de  gouverner 
l'Angleterre  en  son  absence;  il  eut  â  supporter 
dans  ces  fonctions  beaucoup  de  peines  et  de  luttes. 
Voir,  sur  ce  personnage  (outre  les  renvois  du  Ki- 
perteire  dêê  eaurceê  hiêtoriqueê  du  tnoyen  âge,  du 
chanoine  U.  Chevalier),  A.  Le  Prévost,  Mém,  pour 
êêrvir  à  rhiet.  dudép.  de  l'Eure,  L  U,  p.  89;  cf. 
Hiitar.  dêFr.,L  XXIU,  p.  695. 
GuAUTiiB  de  Maron  :  GauUer  7199  (r.),  chevalier  an- 
glais, est  tué  avec  son  oncle  Renier  le  99  septembre 

ii9«- 

G0111U.011  i388,  8Â84  (r.),  Ganelon,  le  traître  fa- 
meux de  la  CKamon  de  Roland;  son  nom  est  rap- 
proché de  celui  de  Judas  conune  du  pire  traître 
(i388). 

Gdi.  Voir  GuiOH. 

Gui  de  Sentie,  Voir  Senliz, 

Goillahb.  Voir  Gdilladhi. 

Gdillauhb  :  Guillamê  909  (r. ,  rime  avec  1*00111110) , 
iZ'jk  (r.,  rime  avec  reaime) ^  Gillame  596  (r.,  rime 
avec  reaime),  le  roi  Guillaume  de  Sicile,  dit  le  Bon , 
mort  le  16  novembre  1189,  au  grand  chagrin  des 
croisés  (969,  1376),  laissant  veuve  sans  enfants, 
la  sœur  de  Richard  (596).  Son  successeur,  Tancré, 
invoque  les  coutumes  établies  par  lui  (909). 

GuiUaume  Borrel.  Voir  Mabbscbal. 

GuiLLAOMB  de  Borriz  :  GuUlamee  6171  (s.),  chevalier 
français  (voir  Bobiu),  prend  part  k  la  bataille 
d'Arsur. 

GoiLLAUMi  de  Caieu  :  GuiUamê  7989  (r.),  Willamêe 
8655  (s. ,  rime  avec  hiaumee),  Guillaume  de  Galeux , 
chevalier  du  Pontieu ,  se  comporte  vaillamment  au 
combat  du  6  novembre  1191  (7989);  est  un  des 
messagers  envoyés  en  1 199  par  Richard  k  Conrad 
de  Montferrat  (8655).  GuiUaume  de  Caîeux,  vassal 
du  comte  de  Flandres,  était  cependant  attaché  par 
un  lien  étroit  à  Richard  :  il  fut  un  des  plêgee  du 
traité  conclu  à  Messine  entre  Philippe  et  Richard 
{Hittor.  de  France,  XVU,  53);  il  est  un  des  com- 
pagnons {ce$  de  Caheu)  auxquels  Richard,  dans  sa 
célèbre  chanson ,  reproche  de  le  laisser  en  prison  ; 
plus  tard,  il  fut  pris  à  Bouvines  avec  son  seigneur, 
le  comte  Ferraod ,  et  il  est  un  de  ceux  qui  furent 
mis  en  liberté,  moyennant  caution,  en  1996  (Hiê- 
for.  de  France,  XVH,  10 5).  Guillaume  de  Caîeux, 
comme  Garin  Fis  Gerout,  s'intéressait  à  l'histoire 
de  Chariemagne  :  il  fit  traduire  par  Pierre  de  Beau- 


timnniMi  «atioxaui. 


S&i 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


vais  la  légende  latine  du  voyage  de  Ghariemagne 
à  Constantinople.  Voir  Romania,  t.  XXI,  p.  963. 

Guillaume  de  ChaUm.  Voir  Gbâalon. 

Guillaume  de  Ferrièret.  Voir  FiaiBRis. 

Gdilladmb  de  la  Chapele  :  Guillamet  9689  (s.),  che- 
valier qui  accomplit  des  prouesses  admirables  pen- 
dant le  siège  de  Sur  par  Salahadin  en  1 187.  Ce  nom 
ne  se  retrouve  nulle  part  ailleurs  (sauf  dans  le 
poème  cyclique  sur  les  croisades,  du  xiv*  siècle, 
dont  un  fragment  a  été  mis  en  prose  au  xv*  siède 
dans  le  roman  de  Jehan  d'Avetnet  :  voir  Hietùire  de 
Jean  d'Aveenee  [p.  p.  Louandre],  p.  68;  ms.  B.  N. 
fir.  19573,  f*  199-193;  Journal de$  Savante ,  1893, 
p.  i!î88),  et  n^est  pas  dans  là  traduction  latine.  On 
pourrait  croire  que  c'est  le  nom  de  ce  guerrier  espa- 
gnol dont  la  chronique  d^Emoul  (p.  987,  95 1)  ra- 
conte également  qu^il  fit  à  ce  siège  des  exploits  in- 
comparables, et  qu^elle  ne  désigne  que  par  le  nom 
de  Vert  Chevalier,  que  lui  donnaient  les  Sarrasins 
à  cause  de  la  couleur  de  son  armure;  mais  le  ma- 
nuscrit de  Lyon  de  YEracle,  qui  a  sans  doute  une 
bonne  source,  donne  à  ce  chevalier  le  nom  de 
Sanche  Martin  {Hittor,  oee.  dee  Croie,,  II,  106). 
Notre  Guillaume  de  la  Chapelle  est-il  le  même  qui 
figura  en  1900  comme  Tun  des  témoins  de  Phi- 
lippe II  au  traité  du  Goulet (Stappleton,  II,  clxxii)? 

GuiLLADMi  del  Boiê  Nermant:  Guillamee  1^^119  (s.), 
bon  archer,  se  défend  vaillamment  contre  les  Grecs 
de  Chypre,  qoi  Tattaquent  avec  deux  de  ses  compa- 
gnons après  qu*il  a  fait  naufrage. 

Guillaume  de  Garlande  :  Guillamee  653  (s.),  chevalier 
français,  arrive,  avec  une  suite  nombreuse,  à  Acre 
en  avril  1191;  figure  à  la  bataille  d^Arsur  (6i83). 
Guillaume  de  Gariande,  nommé  dans  Guillaume  le 
Maréchal  (v.  7676)  et  souvent  ailleurs,  est  connu 

'  comme  un  des  chevaliers  les  plus  distingués  de  son 
temps;  il  se  fit  remarquer  notamment  à  Bouvines, 
où  il  ne  quitta  pas  le  roi  un  moment. 

Guillaume  de  VEetanc  :  Willame  6979  (r.),  Guillamee 
11639  (s.),  Guillaume  de  TÉtang,  chevalier  preux 
et  loyal,  vassal  de  Richard,  va  avec  Geoffroi  de  Lu- 
signan  s^assurer  que  Salahadin  fait  détruire  Escalone 
(6979);  combat  près  de  Richard  le  5  aoât  1199 , 
bien  qu^il  ait  un  cheval  recru  (11699).  Il  joua  un 
rôle  important  par  la  suite  sous  Richard  et  Jean , 
et  fut  souvent  chargé  de  missions;  il  figure  dans 
Guillaume  le  Maréchal,  v.  101 36. 

Guillaume  de  Longchamp,  Voir  Chancelier. 

Guillaume  de  Mailloc  :  Guillamee  7535  (s.,  rime  avec 


hittumee  ) ,  Gmilaiime  de  MaiUoe ,  chevalier  normind , 
frère  de  Henri ,  se  distingue  près  du  comte  et  Let- 
cester  en  décembre  1 1 91.  Le  tradueteur  lalm,  ptr 
une  méprise  sur  le  sens  da  firançaîs,  fini  de  QnSir 
laume  le  frère  de  Raoul  du  Breoîi  et  non  de  Henri 
de  Mailloc  (p.3oi).  Voir  BUtor.  de  Fr.  XXIII,  §97. 

Guillaume  de  Merlo  :  GmOamee  6i85  (s.),  WUkmm 
656 1  (s.),  Guillaume  de  Mello ,  cheviEer  fiwiçaisp 
digne  d^éloges,  arrive  à  Acre  avec  Phâippe  en  Cfifl 
1191  (656i);  prend  partie  7  teptembre à  k 
taille  d'Arsor  (6i85).  Il  fut  plus  tard  fait 
nier  avec  son  fils  par  Richard  (Htslor.  dt 
XVII,  table). 

GuUlaume  III  de  Manifirrat.  Voir  GoiiT* 

Guillaume  de  Pàtiere  :  Guillamee  9557  (s.),  Cknttntatt 
de  Poitiers,  chapelam  de  Richard,  loi  idrc—  ttM 
longue  remontrance  le  3  juin  1 19e ,  qonid  eilaM 
songe  à  retourner  en  Angleterre. 

Guillaume  de  Preaue  :  Guillamê'ji^%\  71  AS,  if  sM» 
19970  (r.),  GwUaumee  7199  (s.),  Qnitfwww  4à 
Préaux,  chevalier  normand,  preux  et  loyel* 
pagnon  de  Richard,  arrivé  à  Acre  avec 
en  juin  1191,  se  fait  prendre  à  la  place  dai  Bi* 
chard  en  se  donnant  aux  Sarrasins  pour  le  «iiie 
ou  roi  (7191  ss.);  Richard  donne  ph»  terd'& 
prisonniers  sarrasins  de  haut  rang  pour  le  ravoir  * 
(19966  88.).  C^est  par  suite  dHme  emor  de 
Bromion  (de  Pureellte  pour  de  ISniéUk)  qe^ûm  Vm 
souvent  appelé  Guillaume  dee  /VrotUfta  (StaU», 
p.  987,  note  5).  Guillaume  de  Préaux  et  aeeMftt 
Pierre  et  Jean  sont  souvent  mentioniiés  d»  FU»- 
toire  du  temps. 

Guillaume  dee  Barrée:  Guillamee  58oi  (t.,  rime  €»M 
palmée),  6596  (s.,  rime  avec  JU/mas),  Willmmeê  4iif 
(s.),  chevalier  français,  céièln«  par  aa  prooeiiet 
arrive  à  Acre  avec  Phily>pe  le  90  avril  1191 
(6537);  il  se  comporte  si  vaiUammeiit  aa 
du  95  août  1191  que  Richard  en  oublie  une  I 
qu*il  avait  contre  lui  (58oo  as.);  il  n*est  pas 
brillant  quelques  jours  après  à  la  bataille  dTAfwnr 
(6596  ss.).  L'occasion  de  la  rancune  de  RidHvi 
contre  Guillaume  des  Barres  est  racontée  lent  m  long 
par  Tauleur  de  la  chronique  attrilmée  à  Beseft  de 
Peterborough  (  flûtor.  de  Frofiea^XYII,  &i8)«tBe- 
ger  de  Howden  :  Thistoire,  où  Ridiard  ne  joua  pas 
d'ailleurs  un  rôle  très  brillant,  se  passe  à  MeaÉM; 
dans  les  récits  du  Ménestrd  de  ReÛDS,  eOa  ait 
transportée  à  Acre  après  la  prise  de  eetia  fffla  4t 
singulièrement  amplifiée;  die  a  pour 


TABLE  DES  NOMS  PROPRES. 


5&5 


UQ  assaut  donné  par  Richard  et  ies  siens  à  l*h6tel 
du  roi  de  France.  L'auteur  de  GuiUaumê  le  Ma- 
réchal (vers  AA99  88.  et  ailleurs)  proclame  que 
Guillaume  des  Barres  iormonta  tôt  Um  hoem  dé 
France.  H  fut  plus  tard  comte  de  Rochefort  et 
mourut  en  i933. 

GoTLLADMB  dâi  Rochêi  :  GvUlarMê  1 1^03  (s.,  rime  avec 
hiaumet)y  est  un  des  messagers  envoyés  à  Salahadin 
en  septembre  iiga  et  dont  la  négligence  faillit 
amener  de  grands  malheurs.  Guillaume  des  Roches, 
plus  lard  sénéchal  d'Anjou,  après  avoir  servi  Richard 
et  Jean  contre  Philippe,  passsa  en  1907  au  service 
du  roi  de  France  et  combattit  le  roi  Jean.  Voir 
Beaiitemps-Beaupré,  Recherchêi  iw  lêi  andenneg 
juridictiont  de  V Anjou,  t.  I,  p.  a 86  et  suiv.  (hau- 
teur de  celle  savante  Notice  iur  GuUlmmu  dee 
Roche»  ne  mentionne  d'ailleurs  pas  sa  présence 
à  la  croisade);  Dubois,  RM.  dé  VÉe,  de»  charte», 
XXX,  1377;  XXXII,  88;  XXXIII,  6oâ. 
Guillaume  de  TancarvUle.  Voir  Tahcabvilli. 

Guillaume  de  Tyr.  Voir  Soa. 

Gdilladme  Longes  Etpee  :  GuiUamê»  963o(s.),  Guil- 
laume de  Monlferrat,  frère  de  Conrad,  fait  seigneur 
de  Jafle  et  d'Escalone  en  1176  par  Baudouin  IV 
(Chron,  d*Emoul,  p.  i!î8),  épouse  Sébile  de  Jéru- 
salem et  meurt  peu  après  (9449  sa.). 

GcioN  de  Dampierre:  Guit  3 199  (s.).  Gui  de  Dam- 
pierre,  chevalier  français,  seigneur  de  noaints  châ- 
teaux, arrive  à  Acre  en  s  189.  Raoul  de  Dieet  Tac- 
ciise  d'avoir  reçu,  ainsi  que  l'évéque  de  Beauvais 
et  d'autres,  de  riches  présents  de  Salahadin  pour 
Iralncr  le  siège  en  longueur  (Hietor.  de  France, 
XVII,  687).  Il  joua  plus  tard  un  rôle  important 
au  service  de  Philippe  II. 

(juioiH  de  Lungnan  1978,  9o88,  94 15,  948o,  9609, 
965i,  9G7],  9708,  9776,  8904,  5o43,  7068, 
8181,  8629  (r.),  Guiot  9467  (r.),  Gui»  1707, 
1868,  1988,  1998,  9oo3,  9445,  9455,  9491, 
a53i,  2667,  9607,  9657,  •Q??»  3019,  3o49, 
34o5  (rime  avec  marehi»)^  5o53,  5o6o,  6i5i 
(rime  avec  en^tiù),  6794,  8610,  9io5,  9194  (s.), 
Guid  u/i38  (s.),  GuideLusignan,  frère  de  Geoflroi; 
il  épouse  Sébile,  fille  du  roi  Amauri,  veuve  de  Guil- 
laume de  Monlferrat  et  mère  de  Baudouin  V  (a4i5 
ss.  )  ;  Baudouin  V  mort ,  il  devient  roi  et  se  fait  cou- 
ronner avec  sa  femme;  il  mande  ses  barons  è  son 
couronnement,  et  parmi  eux  le  comte  Raimond  de 
Triple,  qui,  furieux  de  ne  pas  être  roi,  ne  parait 
qu'après   la    troisième  sonunation  et  après  avoir 


conclu  un  pacte  secret  avec  Salahadin  (9438  ss.);  il 
se  résout  à  attaquer  les  Sarrasins,  et  Raimond  se 
joint  à  lui ,  mais  le  trahit ,  au  moins  d'après  l'opi- 
nion la  plus  répandue,  et  Gui  est  vaincu  et  pris  k 
la  bataille  de  Hittin  ou  Tabarie,  le  4  juillet  1 187 
(9489  98.).  —  Salahadin  lui  donne  la  liberté  en 
échange  de  la  ville  d'Escalone,  quoique  Gui  exhorte 
les  défenseurs  de  la  ville  à  ne  pas  céder  (9597  ss.); 
il  s'est  engagé  à  aller  outre  mer,  et  se  rend  dans 
l'Ile  de  Tortose,  mais  Salahadin  le  dégage  de  sa 
promesse ,  aimant  mieux  lui  qu^un  autre  comme  roi 
(9607  n.);  il  va  à  Triple,  oiî  Raimond  l'accueille 
fort  bien,  et  il  y  retrouve  sa  femme  (9629);  il  est 
dans  une  grande  pénurie  (9667  ss.);  le  prince  d'An- 
tioche  l'invite  k  aller  chez  lui  et  il  s'y  rend  (9669 
ss.),  mais  il  retourne  à  Triple,  où  son  frère  Geoflroi 
le  rejoint  (  9685  ss.);  il  va  à  Sur,  dont  le  marquis 
Conrad  lui  refuse  l'entrée;  il  reste  devant  la  ville, 
où  le  rejoignent  les  chrétiens  les  plus  locaux ,  Alle- 
mands, Pisans,  et  les  frères  de  Tabarie  (9707  ss.). 
—  Il  se  décide,  n'ayant  que  4 00  chevaliers  et 
7,000  hommes  de  pied,  à  assiéger  Acre  (9749  ss.); 
il  vient  camper  sur  le  Toron,  où  il  s'établit  pour 
tout  le  siège  avec  les  Pisans  (9977);  il  combat  très 
vaillamment  dans  l'affaire  du  mois  d^octobre  1189 
et  sauve  Conrad  près  d'être  tué  (8019  ss.);  il 
prend  pari  à  l'assaut  donqé  le  jour  de  l'Ascension 
1190  (34o5);  il  perd  de  maladie,  en  septembre 
1190,  sa  femme  et  ses  deux  filles  (8897  ss.).  — 
Il  se  rend  en  Chypre  auprès  de  Richard  (qui  était 
son  suserain  en  Poitou)  pour  lui  demander  son 
appui  (1707  ss.);  il  est  chargé  par  Richard  de 
marcher  par  terre  sur  Famagouste  (1868  ss.); 
il  s'empare  de  Cherines  et  de  la  fille  de  l'empe- 
reur grec  (1969  ss.);  il  est  chaîné  de  la  garde  de 
l'empereur  (9088).  —  Après  la  prisa  d'Acre,  il 
se  fait  un  accord  entre  le  marquii  de  Monlferrat, 
soutenu  par  Philippe,  et  Gui,  appuyé  par  Ri- 
chard :  on  décide  (97  juillet  1 191)  que  Gui  aura 
le  titre  de  roi  el  la  moitié  du  royaume  (5o4i 
ss.).  —  Il  prend  part,  à  la  tête  des  Poitevins, 
à  la  bataille  d'Arsor  le  7  septembre  (6i5i);  il 
assiste  le  lendemain  aux  (unérailles  de  Jacques 
d'Avesnes  (6794);  Richard  l'envoie  quelques  jours 
après,  mais  inutilement,  à  Acre,  pour  rappeler 
les  craîsés  qui  y  sont  restés  (7068  ss.).  ~r-  Les 
Pisans  qui  le  soutiennent  se  battent  à  Acre  contre 
les  Génois,  partisans  de  Conrad  (8181  ss.);  les 
barons  de  Tost,  considénnt  le  dommage  d*avoir 


48. 


5&6 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


deux  rois  et  rimpuissance  de  Gui,  demandent  à 
Richard  d^établir  un  seul  roi,  et,  oonsaités,  ils  dé- 
signent Conrad ,  ce  que  Richard  accepte  (8601  ss.); 
après  la  mort  de  Conrad,  Henri  de  Champagne  est 
élu  roi,  et  Gui  se  trouve  tout  à  fait  déshérité;  mais 
Richard  lui  donne  Tlle  de  Chypre  (9106  ss.).  — 
C^était,  d'après  Ambroise,  un  honmie  essentielle- 
ment malchanceux  (3617);  il  avait  les  meilleures 
qualités,  mais  il  était  simple  d'esprit  (91 1&  sa.) 


et  manquait  d'énergie  (  a6 1 8  )  ;  il  éprouve  betaoïNip 
de  mésaventures  (9109)  et  souffrit  de  k  trdhiMO 
et  de  l'envie  (aiiîiS  as.).  —  Gui  de  Liit%nMi,  de- 
venu le  premier  roi  latin  de  Chypre,  moonil  €n 
119A. 

GUISGHÂBT.  Voir  ROBBBT. 

GciTBcuif  âi88,  8687  (r.),  nom  de  Witikind  dnt 
les  chansons  de  geste  françaises  raeontant  les  gOMUM 
de  Chariemagne  en  Saxe. 


H 


HiiMPBBi  dd  Tharon  :  Raîmfrei  6119,  Aiai  (r.), 
Raimfirùiz  ûh^S  (s.),  Hainfroi  du  Toron,  premier 
mari  d'Isabel,  fille  du  roi  Amauri  (voir  Mabghisi); 
Rain^rei  est  une  simple  faute  du  copiste. 

Halabi  (Sangui»  de)  68o3  ;  on  a  sans  doute  ici  le  mot 
arabe  Halabi,  signifiant  crde  Halape  (Alep)j),  et  il 
faudrait  It£ifa2a6»f;  mais  d'une  part  la  rime  (Varàbi) 
prouve  qu'il  n'y  a  pas  d's,  et  d'autre  part  le  latin 
(p.  979)  porte  Samicunnui  nomvM  de  Haiapia; 
l'erreur  parait  donc  être  le  fait  d' Ambroise.  Voir 
Saiigui. 

Halapb  iiSoâ,  Alep. 

Haboxhcobt  :  Herdteort  i4i5,  Hardmcort  ^797,  Har- 
dencourt,  cant  de  Pad,  arr.  d'Évreux  (Eure);  il 
est  bien  probable  que  Herdecort  et  Hardmcort  sont 
un  même  nom  et  que  le  titulaire  de  ce  fief,  appelé 
Bodier  (iâi5)  et  Rogier  (^797),  n'est  qu'un  seul 
personnage  (voir  Rogibb)  :  au  reste  au  vers  i&i5 
le  ms.  porte  rodée,  évidemment  fautif,  et  il  aurait 
sans  doute  fallu  corriger  Rogier  et  non  Rodier  (Ro- 
gerius  les  deux  fois  dans  le  latin).  Le  latin  porte  la 
première  fois  Hardecurt  (p.  186),  la  seconde  Har- 
deneourt  (p.  919);  M.  Stubbs,  qui  la  première  fois 
a  admis  à  tort  la  variante  Harecurt,  a  considéré  à 
la  table  ces  deux  noms  comme  identiques,  sous 
cette  forme  erronée.  On  trouve,  au  xiii*  siècle,  pour 
Hardencourt  les  formes  Hardencort  et  HardincorL 
On  pourrait  songer,  pour  le  premier  passage,  à  Har- 
decourt  dans  la  Somme,  mais  le  chevalier  dont  il 
s'agit  ici  était  sujet  de  Richard  et  non  de  Philippe. 

Harsasis.  Voir  Hausasis. 

Hartub.  Voir  Abthdb. 

Hadsasis  10799  (sg.  r.,  rime  avec  ni),  1101&  (sg. 
r.,  rime  avec  aeeU),  Harêoeie  8796  (sg.  r.,  rime 
avec  ocie),  Haueaeie  ia3o7  (pi.  r.),  Hanaeie 
8895   (pi.   r.);  ce   mot  (qui   prend,  conune  le    | 


montrent  les  rimes,  une  s  même  an  siii^goiiir) 
désigne  proprement  les  HaekadU  ou  seetiinf  dn 
cr Vieux  de  Mouse»  (8796,  10799,  iioi4)»  et 
aussi  ce  chef  lui-même  (voir  Modsi); 
est  une  faute  du  copiste;  Haueaeie  (ou 
Hauuaeeie)  est  la  forme  ordinaire  des  textes  fiea* 
çais.  Deux  jeunes  Hausasis,  envoyés  par  leur  eei- 
gneur,  tuent  le  marquis  Conrad  au  momeal  Ék 
il  vient  d'être  reconnu  seul  roi  de  JérnsaleM  (87S8 
ss.);  Ambroise  donne  à  ce  propos  des  déUila  nr 
la  façon  dont  le  Vieux  de  Mouse  dreaie  aea 
et  explique  comment  ils  accomplissent  lenr< 
On  accuse  Richard  d'avoir  payé  le  Vieux 
tuer  Conrad,  et  on  mande  en  France  à  Plîiqi^ 
de  se  garder,  car  Richard  a  fait  envoyer  ffÉÊÊn 
Hausasis  en  France  pour  le  tuer  :  caiennie  qii  eal 
les  plus  ficheuses  conséquences  (8878  as.,  11107). 

Hautbfobt  9611  (au  lieu  d'ajouter  E  ei  dé 
haut  fort  du  ms.,  il  faut  lire  HanÊUfort)^ 
fort,  chef-lieu  de  canton,  arr.  de  Périgneox (Der- 
dogne);  le  latin  donne  Hautefordiam  (p.  36i)» 
D'après  ce  passage,  Richard  aurait  dâivré  fini»* 
fort,  le  château  de  Bertran  de  Bom,  du  ii^^p^ 
avait  mis  le  comte  de  Saint-Gfflea  ou  de  TwàôHtm 

.  (Raimond  V);  ce  fait  n'a  laissé  aucune  antieUtoe 
dans  l'histoire;  il  doit  se  rapporter  à  Tamiée  11889 
où  Richard,  alors  comte  de  Poitiers,  fit  une 
acharnée  au  comte  de  Toulouse. 

Hbctob':  EctùT  9855,  Hector,  fils  de  Priam, 
par  sa  vaillance,  grâce  au  roman  de  Trm* 

Hbliirb  Ai 83  (rime  avec  jpsîfis),  HélèBe,  ff 
Ménélas;  le  poète  rappelle  ses  amours  avec 
rendues  célèbres  par  le  roman  de  TroM.  Lt 
Heleine,  avec  ei,  est  celle  qu'en^ploie  Bottait  if 
Sainte-More. 

Hbmbi  99,  1369  (r.),  Henrie  ifiS  (••),  HeOBjUt 


t  -  . 


<•• 


TABLE  DES  NOMS  PROPRES. 


5&7 


roi  d'Angleterre;  on  rappelle  sa  brillante  famille 
(93  98,);  il  fait  la  guerre  à  Philippe  II  (87  n.);  les 
deux  rois  se  réconcilient  entre  Gisors  et  Trie  et  se 
croisent  le  91  janvier  1188  (111  as.);  mais  la 
guerre  reprend  et  dure  jusqu^à  la  mort  de  Henri, 
le  6  juillet  1189  (16a  ss.);  il  était  bon,  sage  et 
riche  (1369  s.). 

Hbiviii  io653,  faute  pour  Hugua.  Voir  Huooii. 

Henri  d'Angleterre.  Voir  Rii  (Is  jotfnê), 

Henri  de  Bar,  Voir  Bar. 

Hbrbi  de  Champaigne  5396,  9817,  9955,  10931, 
1 1708,  11731,  11857  (**-))  ^^^^  35io,  3833, 
6661,  6191,  865i,  8775,  8998,  9155,  1057A, 
ii3i9,  ii6]5  (s.),  Henri  7863  (s.),  Henri  II, 
comte  de  Champagne,  fib  de  Henri  1**  et  de  Marie 
de  France,  sœur  à  la  fois  de  Philippe  et  de  Ri- 
chard ;  il  arrive  â  Acre  en  juillet  1 1 90  (  35 1 0)  ;  il  fait 
construire  un  bélier  (3833);  il  se  montre  très  li- 
béral lors  de  la  famine  (&64i);  il  est  un  des  pièges 
des  engagements  pris  par  Philippe  lorsquUl  retourne 
en  France  (5396).  —  Lors  de  la  bataille  d^Arsur, 
le  7  septembre  1191,  il  garde  le  flanc  de  Tannée 
en  marche  (6191  ss.);  en  janrier  1199,  il  s^en 
retourne  avec  Richard  et  le  suit  très  péniblement  à 
Ibelin  (7863  ss.). —  Il  est  un  des  envoyés  qui  vont 
annoncer  à  Conrad  son  élection  (865 1);  au  moment 
de  partir  pour  Sur,  il  apprend  Tassassinat  de  Conrad 
(8775  ss.);  il  arrive  à  Sur,  et  aussitôt  on  Télit  roi 
en  rengageant  k  épouser  la  veuve  de  Conrad,  et  il 
accepte  sous  réserve  de  Tapprobation  de  Richard 
(89Q8  ss.);  celui-ci  est  heureux  de  Télection,  mais 
le  dissuade  d'épouser  la  marquise  (8973);  les 
Français  Ten  pressent  tant  et  elle  est  si  belle  qu^il 
Tépouse  néanmoins  (900^  ss.).  —  En  juin  1199, 
il  est  envoyé  à  Acre  pour  faire  revenir  ceux  qui  y 
restent  (9817  ss.,  9955  ss.),  et  les  ramène  bientôt 
à  Rames  (10576  ss.);  il  arrive  par  mer  à  Jaflîe 
pour  y  retrouver  Richard  lors  de  la  délivrance  de 
cette  ville  (1  i3i8  ss.);  il  combat  ào6té  de  Richard 
(1 1  Al 5);  il  est  envoyé  à  Césaire,  mais  sans  succès, 
pour  en  faire  venir  les  Français  (11708);  il  est 
consulté  par  Richard  au  sujet  de  la  trêve  (11731); 
son  sauf-conduit  ou  celui  de  Richard  est  exigé 
pour  visiter  Jérusalem  (11 857  ).  —  Henri  de  Cham- 
pagne, devenu  roi  de  Jérusalem,  mais  ne  possédant 
qu^une  petite  partie  du  royaume,  mourut  à  Acre  en 
1 1 97,  étant  par  accident  tombé  d*iine  fenêtre  de 
son  château. 

Hb5ri  de  Graié :  Henris  7556  (s.),  Henri  de  Graye, 


chevalier  normand,  prend  part  à  un  combat  k 
Rames  en  décembre  1191. 

HiHRi  dé  MttUioc  7535  (s.),  chevalier  normand,  prend 
part  avec  son  frère  Guillaume  à  on  combat  à  Ra- 
mes en  décembre  1191. 

HiRBi  le  fih  Nicole  :  Henri»  7591  (s.),  Henri  Fii 
Nicole,  chevalier  anglais,  compagnon  du  comte  de 
Leicester,  prend  part  k  un  combat  k  Rames  en  dé- 
cembre 1191. 

HiHRi  le  Tieii  :  Henri  le  Tyoie  11 633,  chevalier  de 
Richard,  porte  sa  bannière  à  Jafle  le  5  août  1199. 

Heracle,  Voir  Pitriibcbb. 

Hbbdbcobt.  Voir  Hiubhcobt. 

HimiPoiD  8599,  Hereford,  rille  d* Angleterre,  chef- 
lieu  du  comté  de  ce  nom.  Le  prieur  de  Hereford 
mentionné  ici  est  sans  doute  Robert,  plus  tard 
abbé  de  Munchelney  (Stubbs,  p.  333,  note  6). 

HéaoDi  :  Herodee  1986  (s.),  Hérode,  était  né  à 
Rhodes.  Ambroise  a-t-il  inventé  cette  circonstance 
uniquement  pour  la  rime?  On  ne  la  retrouve  nulle 
part,  et  le  traducteur  latin  Ta  omise. 

HlBTCl.  Voir  AlTHUB. 

HiLAiBB  (Saint)  7811,  saint  Hilaire  de  Poitiers,  fêté 
le  16  janrier. 

HoMBs  6713,  le  Hommet-d'Artenai,  comm.  de  Saint- 
Jean-de-Daie,  cant.  de  la  Périne,  arr.  de  Saint-LÔ 
(Manche);  il  faut  rétablir  de  ou  du  Homez  au  lieu 
de  dee  Omee  au  vers  10993;  le  latin  a  Humet  dans 
les  deux  cas  (p.  917,  6o5). 

HoRORBis  :  Hungreie  5636  (pi.  r.).  Hongrois. 

H0116RIX  :  Hwngrie  5633 ,  5639 ,  Hongrie.  Le  comte 
de  Hongrie  mentionné  là  est  sans  doute  le  comte 
Nicolas,  dont  Tarrivée  k  Acre  en  1 189  est  indiquée 
dans  Vhinerariwn  Rieardi  (p.  76);  il  est  fait  pri- 
sonnier par  les  Turcs  (5639). 

HosPiTAL  97,  6377,  8867,  g6î6,  9899,  9908, 
10955,  10966  (r.;  partout  VOepiial,  sauf  iM  H, 
et  al  H,  10966);  VOepitale  5866,  6i55  (s.), 
rflôfntal  de  Saint  Jean  à  Jérusalem ,  perdu  en 
1187(97);  la  maison  de  THôpital  à  Sur  (8867); 
Tordre .  des  frères  de  THôpital.  Voir  Hospitiubb. 
ïbeUn  de  VOepiUd;  voir  Ibblih. 

Hobmtaubb  :  OepUaUere  6696  (sg.  s.),  Hoepitalier 
6697,  7^9* «  10981  (pL  s.),  Ho^ntaUeri^h'jb'jj 
6886,  9931,  i09i5,  10769  (pi.  r.),  Oi^ptfiilîsrt 
10900,  1 1786  (pi.  r.),  Ho^ilalier,  frère  de  l'Hô- 
pital. Les  Ho^italiers,  le  6  octobre  1 189,  prennent 
position  devant  Acre,  avec  les  Templiers,  sur  le 
rivage  de  la  mer,  et  chargent  avec  eux  (9967, 


5&8 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


99^3);  iis  ont  une  pierrière  à  eux  (6757);  ils 
font  rairière-garde  à  ia  bataille  d'Arsur  (6i48  as.), 
et  demandent  à  Richard  la  permission  de  charger, 
qu'il  leur  refuse  (6996  ss.),  mais  ils  sont  serrés  de 
si  près  que  leur  maître,  Gamier  de  Napiouse,  va 
solliciter  Richard  (6877  ss.),  et  la  charge  a  lieu, 
mais  échoue  par  Tindiscipline  de  deux  chevaliers, 
dont  Tun  est  le  maréchal  de  THôpital  (6696).  — 
Avec  les  Templiers  et  les  Poulains,  ils  s'opposent  en 
janvier  1 199  à  la  marche  des  croisés  sur  Jérusalem 
(7699,  7769);  ib  secourent  les  Français  surpris 
le  19  juin  1 199  (9899);  Robert  de  Bruges,  frère 
de  Tordre,  ayant  manqué  4  la  discipline,  est  ré- 
primandé par  le  maître  (9907  sa.);  Richard  loue 
Texpérience  des  Hospitaliers  pour  leur  façon  démener 
la  guerre  en  Palestine  (10900);  quatre  d'entre  eux 
sont  délégués  pour  décider  avec  d'autres,  en  juin 
1199,  ce  qu'on  doit  fidre  (1091 5);  Richard  ré- 
unit le  conseil  dans  leur  tente  (i0955);  avec  les 
Templiers  et  d'autres,  ils  sont  chargés  de  détruire 
le  Daron  (10769);  Richard  prend  congé  d'eux 
(10966)  et  leur  expose  les  motifs  de  son  départ 
(11734^.  Voir  GiaiiiiB,  Marisghal,  Robibt. 

Hubert  GatUier.  Voir  Caiitibbibi  ,  Salxsbbbbs. 

Hdxs.  Voir  Hdob. 

HuGB  de  la  Mar$,  Voir  Hugoh. 

Hugblot.  Voir  Huoublot. 

HuooR  :  Huguêë  H  dits  de  Burgoine  1  o653  (s.),  le  duc 
Hugues  de  Bourgogne.  Il  faut  certainement  lire 
HUguêi  au  lieu  de  Henrii  dans  ce  passage  (le  seul  où 
le  duc  de  Bourgogne  soit  désigné  par  son  nom); 
mais  il  est  singulier  que  le  latin  (p.  396)  ait  aussi 
Henricui;  dans  les  deux  cas,  la  faute  doit  provenir 
de  ce  que  le  manuscrit  qui  a  été  copié  portait  sim- 
plement l'abréviation  H.  Le  duc  de  Bourgogne  part 
avec  le  roi  de  France  (993);  il  est  un  des  messa- 
gers envoyés  par  Philippe  k  Tancré  (881);  il  a  une 
pierrière  à  lui  devant  Acre  {U*jb3)\  Philippe  en 
s'en  allant  le  laisse  comme  son  remplaçant  dans  le 
commandement  des  Français  (6996)  et  en  fait  un 
des  pièges  de  ses  engagements  avec  Richard  (53  9  5). 
—  Envoyé  par  Richard  à  Sui*  pour  décider  Conrad 
à  rejoindre  l'ost,  il  réussit  seulement  k  ramener  les 
otages  sarrasins  (565o  ss.);  il  dirige  l'ost  avec 
Richard  à  la  bataille  d' Arsur  le  7  septembre  1191 
(690/t  ss.);  Richard  essaye  vainement  de  le  déci- 
der à  marciier  sur  Escalone  (7019  ss.);  en  janrier 


1199,  dépité  de  ne  pas  marcher  sur  Jémsdem,  fl 
se  relire  avec  béaueoop  de  Français  an  Gaaal  àm 
Plains  (7867);  il  rejoint  i'ost  à  Escafooe,  iiiiis«  en 
février  1199,  Richard  ayant  refusé  de  lui  prêter  de 
l'argent  pour  solder  ses  hommes»  ii  se  retire  à  Am 
(8167  ss.);  il  y  prend  les  armes  cooUt^  les  PiÉUM 
et  a  son  cheval  tué  sous  lui  (8190  as.);  q>pi'dMiit 
l'arrivée  de  Richard,  ii  s'en  va  à  Sur  «foe  Ikf 
Français  (8993);  revenil  auprèa  de  Bîdbard  apiii 
l'élection  de  Henri,  il  reçoit  avecd'autreé»  le  ijmà 
1199,  la  promesse  de  Richard  de  ne  pas  quitter  ht 
Terre-Sainte  avant  Pâques  1 193  (9703);  il  eccom» 
pagne  Richard  le  90  juin  dans  l'attaque  d*lme 
caravane  (10991);  il  se  montre  arrogant  él  fill 
faire  contre  Richard  une  chanson  très  injurieaie,  à 
laquelle  Richard  répond  sur  le  même  Ion  (io65$ 
ss.).  —  Hugues  ni  de  Bourgogne,  fib  d^Eackv  II« 
duc  en  1 1 69 ,  mourut  à  Sur  fort  peu  de  temps  après 
s'éli*e  séparé  de  Richard;  Ambroise  fisit  une  aHmîii 
peu  charitable  à  cette  mort  au  vers  1 0978  (cL  ti* 
nerarium,  p.  ko  h). 

Huooif  le  Brun  6999,  Hugtm  7i9<(r.)9  Bngnei  le 
Brun,  comte  de  la  Marche,  frère  de  Gui  et  Geeflni 
de  Lusignan;  son  hôtel  è  Meesine  est  alteqaé  pir 
les  gens  de  la  ville  (719);  il  prend  part  à  TieHnl 
d'Acre  le  11  juillet  1193  (^999)* 

HcGOB  de  la  Mare:  Huge  1608  (s.),  Hugttei  de  k 
Mare,  cr clerc  armé»,  conseille  à  Richard,  à  la  ke* 
taille  de  limeçon,  de  ne  pas  trop  s'expoaer;  le  Ni 
le  renvoie  à  son  «écriture».  '  - 

HuouBLOT  :  Hugdot  5645  (r.),  Hngeht  564i  («.)« 
chevalier  poitevin,  maréchal  de  Richard,  ert  em» 
meàé  par  les  Turcs  peu  après  la  prise  d'Acre^  et 
Richard  essaye  en  vain  de  le  délivrer.  Le  Ittim 
(p.  9^6)  l'appelle  simplement  JEfugo. 

Bugueê  Camdavene,  Voir  Sairt-Pol.  -  ' 

HURGBBIS.  Voir  HONGBBIS. 
HURGBIB.  Voir  HUHGBIB. 

HooR  de  Gomai:  Uuee  6169  (s.,  rime  avec eaniMit), 
Huon  de  Goumai,  chevalier  normand,  igore  è  k 
bataille  d' Arsur  le  7  septembre  119 1. 

HooN  de  Nœfvile  :  Huê  1  i43i  (s.),  sergent  HOfOMÉd, 
(r hardi  et  noble»,  combat  avec  Bidierd  kn-^  k 
délivrance  de  Jaffe. 

HuoR  Ribole  :  dan  Hue  7199  (s.),  chevalier  d*i 
inconnu,  est  un  de  ceux  que  Ri^ierd,  ea 
1 191,  laisse  à  la  garde  de  laffe. 


^^   •■..     .  .   fi 


i    ^ 


TABLE  DES  NOMS  PROPRE». 


5A9 


I 


Ibilir  7865,  7869,  8709,  Yâlede  Palestine,  entre 
Rames  et  Escalone,  auj.  Yebna  (Stobba).  Voir 
Bauah. 

Ibblir  de  VOspital  :  Ybelm  95i&,  prèa  d*Hébron  et 
de  la  vallée  où  naquit  sainte  Anne,  Beit-Djebrin, 
Tancienne  Éleuthéropolis,  d'après  Stobbs;  eette 
identification  fait  difficallé,  Beit-Djebrin  n*étant 
pas  joste  Effron,  comme  Tétait,  d*après  notre  poète 
(que  confinne  Bohadin),  Ibelin  de  THôpitaL  «Elle 
semble  toutefois  confinnée  par  le  récit  d'Emâd  Ed- 
Dln  et  aussi  par  la  tradition  concernant  sainte  Anne 
mentionnée  par  Ambroise,  tradition  qui  vise  la 


belle  basilique  de  (rSandabanna»,  tout  près  de 

Beit-Djebrin.  —  Cl.*6.» 
iMBtiT,  Tmbêrt,  Voir  ComI  hib9rt, 
lirai  9187,  ville  et  port  de  Syrie,  entre  Triple  et 

Botron,  Enfôh  (Stubbs);  le  latin  (p.  aoS)  donne 

Ntphyn,  qui  est  la  forme  ordinaire  (voir  Gtêtêê 

dn  Chiffroû,  S  899 ,  note  b), 
haae  Conmènê,  Voir  GaTPaB. 
liobel  de  Hainau.  Voir  Fbaiigi. 
ImM  de  JénuaUm,  Voir  Jiaosiiuf. 
IsLi  (L*)   ioo53,  rWê  9965,  peut-être   Lille  en 

Flandre.  Voir  MAmsaita. 


j 


Jachb.  Voir  Jaqut, 

Jafpb  5o69  ,  6853 ,  6998 ,  6999, 69a  1,  6gH ,  6989 , 
7099,  7080,  7089,  7053,  7074,  7185,  7658, 
7861,  7918,  8081,  8978,  8979,  9009,  9067, 
9106,  io568,  10716,  107^5,  10777,  10779, 
10780, 10790,  10809,  10968,  11097,  119^0) 
11978,  11996,  11810,  11795,  117(10,  ii8â5, 
11871,  Jaffre  11007,  Jajpkê  9Â3i,  Jaffa,  Fan- 
cienne  Joppé,  le  port  le  plus  voisin  de  Jérusalem. 
Elle  est  appelée  la  marine  (7918,  cf.  6999),  ou  la 
mer  bat  (a U3i),  Elle  est  attribuée,  dans  le  partage 
de  1 191,  à  Geoffroi  de  Lusignan  (6069).  Salaha- 
din,  en  1191,  donne  ordre  de  la  détruire  (6858); 
Tost  y  arrive  le  1  o  septembre  1 191  et  y  campe  dans 
les  jardins  devant  la  ville  (6998  ss.);  sur  le  conseil 
des  Français,  on  y  reste  quelque  temps  et  on  tra- 
vaille à  rebâtir  les  murailles  (7099  ss.);  les  reines 
y  arrivent  (7078).  —  Richard  en  partant  pour  Jé- 
rusalem laisse  pour  garder  Jafie  Tévéque  d^Évreux , 
le  comte  de  Ghalon  et  Huon  Ribole  (7186  ss.); 
beaucoup  de  Français,  mécontents,  y  reviennent 
en  janvier  1199  (7851);  des  sergents  partis  de 
JafTe  font  une  heureuse  expédition  contre  une  ca- 
ravane, le  97  mars  (897 1).  —  Richard  la  promet  à 
Henri  de  Ghampagne,  élu  roi  (9009),  et  celui-ci 
en  reçoit  bientôt  les  hommages  (9057,  9106); 
Tost  y  revient  en  juillet  1199  (10716,  10745), 
puis  part  pour  Acre,  mais  beaucoup  restent  à 
JafTe  (10777  ss.).  ^^^  ^^  bientôt  attaquée  et  prise 


par  Salahadin,  mais  délivrée  par  Richard  (10787- 
11659);  Richard  y  est  malade  (1 1691  ss.);  il  de- 
mande vainement  k  d*autres  de  la  garder  (11789), 
et  fait  donner  par  les  pèlerins  des  offrandes  pour 
en  rebâtir  les  murs  (1 1870).  Voir  GunxAUMB. 

Jaki  {Saint)  3459  {r,)ji$intJakêl'apo$tr9  66'jg  (r.), 
saint  Jacques  le  Majeur;  sa  fête  le  95  juillet  (  8459  )  ; 
spécialement  vénéré  par  Jacquet  d^Avesnes  (6679). 

Jaki  d'Àvunêi  6667,  6681,  6707  (r.),  Jakm  %Sb'j. 
8o5i,  6177,  644i  (s.),/ii^ii«f  6687  (s.),  Jaehê* 
9858  (s.),  Jacques  d*Avesnet,  chevalier  flamand, 
plus  preux  qu* Alexandre,  Achille  et  Hector 
(9858  ss.);  il  arrive  avec  quatorze  mUie  hommes 
à  Acre  en  septembre  1189,  ayant  tout  engagé  ou 
vendu  pour  se  consacrer  an  service  de  Dieu 
(9857  ss.);  le  4  octobre,  il  se  distingue  dans  un 
combat  (8o5i);  à  la  bataille  d^Arsur  le  7  sep- 
tembre 1191,  il  est  an  premier  rang  (6177)  et 
prend  part  â  la  grande  charge  (644i);  il  est  coupé 
par  les  Turcs  et  tué  avec  trois  de  ses  parents  après 
une  défense  acharnée  (6681  ss;);  sa  mort  cause 
dans  Tost  un  deuil  comme  on  n^en  a  jamais  vu 
(6668  ss.);  le  lendemain  on  recherche  son  corps 
SOT  le  champ  de  bataille  et  on  Tenterre  à  Arsur 
avec  des  regrets  unanimes  (6697  ss.).  Emâd  ed- 
Dtn  rapporte  la  mort  de  Jacques  d'Avesnes,  qu*il 
appelle  tir  Djak.  —  Jacques  d*Aveanes  avait  fait 
au  comte  PhUippe  de  Flandre  une  gnerre  dont 
lea  historiens  du  temps  ont  beaucoup  parié. 


5S0 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUEBRB  SAINTE. 


liQtstiiji  Jt  MailU  aboi  {t.),  roiréchil  (lu  Temple, 
lue  (au  combat  de  Naiareth,  le  i"  mai  1187)  par 
Salahadin.  VRintrarium  Rie.  (p.  7)  aous  apprend 
qu'il  élail  de  la  Taumiae  et  racoate  m  mort  hé- 
roïque. Voir  Rôhricht,  BeriehL  und  Ziuàlit  m  Du 
Congé  (Berlin,  1886,  ia-à'),  p.  19. 

Jéannt  d'AngiUtrrt,  reiae  de  Pouïlle.  Voir  PoiUii. 

JncaiLH  1705,  i863,  1S89,  1657,  8899,  SoJij, 
6865,  7000,  7616,  76B1,  77711  7777*  7801, 
8109,  8386,  8683,  8706,  9489,  95*1,  9719, 
986^,9866, 101 19,  icii&4,i  01 5o,ioi5A,i  0180. 
ioi58,  in3i6,  10S99,  10619,  lofiSS, io638, 
10731,  io8o4,  108&A,  118GS,  i>o*3,  11099, 
■  •193,  iai*7,ii9&t,  ■■■56,AnMaJt>iiiS9S, 
Jmualam  7063,  Jtnahnt  gftgi  (ma.  ItnaaUui), 
Jénudem  ;  rime  trèi  souvent  avec  i'tm  (  de  m.  /ani- 
taUm  rime  avec  l'am);  la  âaiiUe  cilé  (7609)-  Gui 
de  Luaignan ]>  est  couronné  ( a AIi5,  Soig);  dlee«l 
priie  par  S(dabadiaesii87  (3aai.,Bo&g).  —  En 
aeplembre  1 191,  le*  croisés  songent  i  marcber  aur 
Jërumlem,  mai»  restent  à  Jaffe  (7000)1  en  décem- 
bre, il(  s'en  approdient  à  deui  lieue»  et  Salahadin 
»'y  retire  (7606  a».);  le»  croisés  se  réjouissent  de 
marcher  sur  la  *i|ie  sainte  (7651),  mais,  le  i3  jan- 
vier 1191,  on  décide,  au  grand  regret  de  l'ost 
(7761  ta.),  de  rebroosser  chemin,  ne  sachant  pas 
la  détresse  et  la  crainte  qai  régnaient  dans  la  ville, 
qu'on  aurait  prise  alors  si  on  l'avait  attaquée 
(7799  '*')!  '^  ^  avril,  samedi  saint,  se  produit  à 
Jérusalem  le  miracle  du  feu  sacré  (838i  si.); 
EtiHine  de  Toroelan,  envoyé  en  message  i  Sala- 
hadin, troQve  i  Jénisalem(87o6)de»  messagers  de 
Conrad,  qui  pnqrasait  i  Salahadin  de  leoir  en  Gef 
de  lui  la  maillé  de  Jérusalem  (8681).  —  A  la  fin 
de  mal  1193,  on  décide  de  reprendre  la  marche 
sur  Jérusalem,  à  la  joie  générale  (9AB1  st.,  971g 
n.);  on  s'en  rapproche,  et  Richard,  en  poursuivant 
des  Sarrasins,  voit  une  fois  Jérusalem  du  haut 
d'une  montagne  (gSGA);!  Jémsalero,on  a  grand' 
peur  et  l'on  s'apprête  i  évacuer  la  ville,  et  celle  Toin 
.  encorelea  cnntésauraientpula  prendre(986&ss.); 
les  Français  insisteni  auprès  de  Richard  pour  qu'on 
l'attaque;  mais,  sur  l'avis  dea  gens  les  plus  expéri- 
mentes, on  prend  encore  une  Tois  le  parti  de  la  re- 
lraile(ioi4oss.,  io6otss.), au  grand  désespoirdes 
p^erins  (10696  ss.).  Salahadin  rassemblée  Jérusa- 
lem le  plus  de  soudoyer»  qn'i)  peut  (1073 1).  —  Par 
la  tr4ve  conclue  entre  Richard  et  Sidahadin,  les 
pèlerins  ont  le  droit  de  viailer  Jérusalem  (i  1 788), 


mais  avec  des  lettres  de  Richard  ou  du  ccml«  Henri 
(it855)irédt  de  la  visite  det  pèlOTna(it8U- 
laigA).  —  On  reproche  itoK aux  cTwaéi de n'anfr 
rien  fait  de  bon  parce  qu'ils  n'ont  pas  rcfri»  Jéi»- 
lalem  (1 1 1>3  s*.);  en  tant  cas,  beaDeonii  ont  nin 
quia  la  Jérusslsm  câesU(ii>53  as.).  —  LêTtidt 


389g,  Sébile,  fille  d'Amairi,»age,  bonnaat  bal* 
(•Ik96),  épouse  en  premièrw  noce»  Oïdlntmo  it 
Hontbrrat  (  a  iag  ),  est  mèra  de  Baudouin  V  (aUS); 
devenue  veuve,  elle  ^uaeGui  deLuiignaii(aiS7) 
et  devient  reine  par  la  mort  de  scu  fils  (lUa^ 
•on  mari  la  retrouve  à  Triade,  qnand  il  est  aactïél 
prison,  en  118g  (aSaï);  elle  meurt,  MnflqM«M 
deux  fillei.  m  siège  d'Acre  ai  aeptea^ire  119c 
(3897  as.).  —  Sa  »flNir  Isahd,  devraoB  MÙH ^flB 
elle,  n'est  pas  appelée  reine  dans  notro  psèoMt 
Ambroise  étant  opposé  i  Conrad,  qui  l'épauiKi  aBi 
était  déjè  mariée  i  Hainfroi  du  Toron  (■Aa7), 
et  n'en  épouse  pas  moina  le  marquis  (&i  17  Bs.)t 
die  reçoit  les  dernières  recommandatimu  de  GttÊtA 
mourant  (8858  sa.);  die  raluse,  suivant  ces  ra^ 
commandalions,  d'ouvrir  Sur  aux  bararn  Anfrfi 
(8915  a».}',  ceux-ci  engagent  Hsiri  de  ChMSfmM 
i  accepter  le  royaume  et  i  éponaar  la  iBM^rin 
(8981  S8.)i  Ridiard  dissuade  son  neveu  f4pMMr 
une  femme  que  le  marquis  avait,  eonlre  lonl  divil, 
enlevée  à  son  mari  [8973 };  mais,  dans  l'inlsfulli, 
la  marquise  porte  i  Henri  les  cleb  de  la  vSt»  it 
BussiUt  les  Fran;ai»  la  lui  font  ^Nnuar,  Ifnlat 
plus  fadlement  qu'dla  était  pleine  de  benaU  et  di 
grtee  (9016  ss.).  laabd  de  Jérasdem,  tftiê  i* 
mort  de  Henri  en  1197,  se  maria,  povbfa^ 
trième  fois  (elle  n'avait  que  vingt^inq  ■■■),4'Ai> 
meri  on  Amauri  de  Lnsignan. 

JociLia  dt  Monbnn  .-  JoctJma  hkhS  (s.),  chllJJM 
français,  se  distingue  par  sa  libéralilé  lors  4e !■ 
disette  pendant  le  ùège  d'Aov. 

JoBiM  (Sotni)  376,  98&,3&48. 10089,  io<i«(r.), 
saint  Jean  Baptiste  ;  il  s'agit  dana  loiii  cm  pMMgv 
de  la  fête  de  sa  nativité,  le  •&  joiD. 

JoHiK  i6go  (r.),  Jean,  drogman de Kyrew,  prie Aw 
le  combat  de  Limeçon. 

JoEkn  1009 (r.),  évéque d'Evreux ,  qui aiq){wrta baia- 
coup  de  dépenses  et  de  fatiguas ,  est  envoya  pàRifr 
chard  en  message  à  Tancré  en  1 190.  JaMi,MfH 
en  iiSo,  mourut  i  JaSe  le  1"  jiun  iiga. 

JoBiK  da  fWui  :  Mm*  1 1  l^^S  (s,),  Jeen  de  Pi4mI, 
(tin  de  Guillaume  et  de  IHeiT«(  se  I 


TABLE  DES  NOMS  PROPRES. 


551 


de  Richard  et  exhorte  avec  lui  les  croisés  à  mourir 
vaillamment  dans  le  combat  du  5  août  1199. 

JoHAR  Ufiz  Laea»  6789  (s.),  Jean  Fis  Lucas,  che- 
valier de  Richard,  vient  l'avertir,  le  9 5  août  1191, 
que  les  Turcs  attaquent  Tost  en  marche. 

JoHAN  tant  terre  101,  179,  Jean,  dit  «sans  terre», 
quatrième  fils  de  Henri  II  d* Angleterre.  Il  commet 
toutes  sortes  d*usuq>ations  et  d*offenses  envers  Ri- 
chard en  son  absence  (8536  ss.),  malgré  les  efforts 
de  sa  mère  {gkkk)  et  à  Tinstigation  du  roi  de 
Franco  (gàkS). 

JoRDAR  de  Homez  67 1 3,  dee  (hnee  10993  (lire  de 
Homez;  Jordan  rime  avec  an)^  Jordan  du  Hommet, 
chevalier  normand,  connétable  de  Sées,  arrive  à 
Acre  en  juin  1191  (A713};  accompagne  Richard 
dans  son  expédition  k  Jaffe  en  juillet  1 199  et  meurt 
cette  même  année  (  1 0993 }.  11  avait  été  à  Messine  en 
1190  un  des  garants  du  traité  entre  Philippe  et 
Richard  (HUtor,  de  Fr.,  XVII,  607  B);  il  est  qua- 
lifié dans  Facte  de  amitabulariuê  noeier. 


JoRDAH  del  Pm:  Jcrdmu  671  (s.),  Jordan  du  Pin, 
un  des  principaux  de  Messine,  joue  un  rûle 
odieux  dans  les  querelles  entre  les  Siciliens  et  les 
croisés. 

JosAPHAs  10693,  19081,  la  vallée  de  Josaphat,  près 
de  Jérusalem. 

Judas  i388  (r.).  Judas  Ischariote,  pris  comme  type 
du  traître. 

JuQuiL  dei  Marne  1 0&76  (r.),  Juquel  de  Mayenne,  un 
des  compagnons  de  Richard,  est  renversé  dans  le 
combat  du  9 3  juin  1199  et  dégagé  par  Roger  de 
Tosni;  le  traducteur  latin  Tcppelle  quidam  eeetw 
Jokelinue  Cenomanneneie  (p.  389),  mais  les  va- 
riantes donnent  J$ikel  et  JokeL  Sur  ce  personnage, 
qui  était  vicomte  de  Sainte>Susanne,  et  qui,  après 
avoir  été  un  ami  dévoué  de  Richard,  devint  un  des 
pliu  fidèles  vassaux  du  roi  de  France,  voir  Hietùr. 
de  Fr.,  XVII  (table  des  noms  propres).  Notons  ici 
que  le  nom  de  Juquel  est  très  probablement  d'ori- 
gine bretonne  et  le  même  que  Judicael. 


Kalabrb.  Voir  Gaubrb. 


I    Kynae,  Voir  Gtpri. 


L 


Lambert  {Saint)  de  Liegê  loaSo,  saint  Lambert, 
patron  de  la  ville  de  liège. 

Latin,  latine  8388,  19173  (pLr.),g«iil  latine  i55i, 
Latin,  par  opposition  à  Grec  et  à  Syrien. 

Lazaron  8098  (rime  avec  Danm)^  Lasare,  que  Jésus 
ressuscita.  La  forme  Lazaron  est  le  latin  Laxarutn 
prononcé  à  la  française. 

Lbicbstrb  A717,  6996,  6^47,  7987,  73i3,  7^83, 
7689,  9317,  10067,  10689,  10990,  11617, 
11  Sa 9,  Leicester,  ville  d* Angleterre,  chef-lieu  du 
comté  de  ce  nom.  Voir  Robbrt. 

Leizbignan,  Lencignan,  Lenzeignan,  Voir  Ldiziiohas. 

Lborard  (Saint)  8160,  saint  Léonard.  Saint  Léonard 
passait  pour  délivrer  les  prisonniers  qui  lui  étaient 
dévots;  c'est  pour  cela  que,  d'après  notre  poète. 
Dieu  avait  mis  le  roi  Richard  en  l'eeckange  iaint 
Léonard  en  lui  faisant  délivrer  des  captifs  chré- 
tiens. 

Lbons  a  1 3 ,  Léon»  tor  le  Rogne  619,  Lyon.  L^s  de  cette 
forme,  qui  ne  parait  pas  généralement  usitée  en 


ancien  firançais,  s*est  maintenue  dans  Tançais 
Lfme, 

Lbors  946,  949,  Lions-la-Forét  (Eure;  c*est  par  er- 
reur que  dans  les  manchettes  on  a  traduit  «Lion- 
sur-Mer»);  Richard  y  tient  sa  cour  ie  9  5  décembre 
1189. 

LiDzxiiaiiAii.  Voir  LutziiesAii. 

Libgb,  Liège,  ville  des  Pays-Ras.  Voir  Lambist. 

Limbçor  i485,  1703, 1737,  1797,  9o83,  Limissoou 
limassol,  ville  et  port  de  Chypre,  peut-être  Tan- 
denne  Amathonte;  Richard  Tattaque  et  la  prend 
(i485  ss.);  il  y  reçoit  Guide  Lusignan(i7o3  ss.); 
il  y  ^use  Bérengère  de  Navarre  (1735  ss.);  U  s'y 
embarque  (9o83  ss.). 

LiasiGHAi,  Unzeignan,  Litegnan,  Voir  Luuii6raii« 

LoiRocHAMP.  Voir  Lorgcbamp. 

LoMMBDii  4495,  Italie. 

Lomoibard.  Voir  LoaanART. 

LoRBiis  191,  Londres,  capitale  de  TAngleterre. 

LoiiecHAaF  :  Lnngehamp  io488,  Longchamps  dans 

49 

mntiiiBRn  sATKnAUE. 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


l'Eura  («*°  ifÉtrdpigDi).  Vùr  Eniui,  Gatii»' 

Lomi  Stria.  Voir  Gduudki.  H  est  «ogidier  qii«  es 
flumom  ùt  loajoun  é\é  donné  1  dta  GaiUBume. 
Nous  en  canDiimHU  cinq.  Le  pins  ancien  e»i  le 
second  duc  de  Normandie;  puis  nous  Irouvons  un 
GuiHaume  Longue-Épte  fils  de  GeoSroi  le  Bel, 
comte  d'Anjou  (t  ii6â],  notre  GailUume  de 
Hontrerrsl,  le  comte  de  Stdisburf,  fils  n«turd  de 
Henri  It  d'Angleterre,  et  son  fils  tué  i  la  Ifan- 

LoRBiun  :  Lonfftbard  607,  Gi5,  g55  (jd.  s.),  Lun- 
piaiJ  667,  6g5,  71 1.  715,  769  (pi.  1.),  Laatg*- 
batd  60a  (pi.  ■.),  ImgABn  739,  78g  (pi.  r.), 
habitants  de  l'Italie  méridionale  et  de  la  Siule 
(cf.  AnMonia,  XIX,  loo}.  Ce  sont,  d'après  Am- 
bniiae.  de  mauvaises  gens  (5i8),  qui  ne  peuTent 
pardonner  aux  desMndants  des  Normands  qui  les 


ont  jadis  canqnîs  (61&  ss.};  ils  toML  avK  Aipt 
l'entrée  trioDSpkal*  da  Riebard  i  llaMiiw  (Sm); 
Us  querellent  et  insultent  le*  pélorina  (607  wL^ 
ils  font  des  avance*  au  roi  de  Fiuee  (69^  a*.)  at 
s'allient  avec  Ini  (9SS);  ils  soal  mi*  «n  AkmAt 
par  Riebard  (707  sa.)  à  eanae  da  Unr  iaMjMil 
(76g);  enfin  la  paix  se  fait  et  ta  btiMM  «rtMto 
rerieot  (1037). 

liBiàn  it  "Datnufn.  Voir  Aloaeam. 

Lncu  (JuUn^).  Voir  Jobis. 

LDCi's<{(f'£steib7i3i  (s.),  Lucas daritd4*,{(èM 
d'Alain,  est  tué  avec  lui  dans  le  e<Hnbat  di  sy  M^ 
tembre  iigi. 

Louneiiiit  969A,  LuâtÎMm  9h3^,  Uugitmt^vj, 
LmxtigiuBi  &6&7,  Luatgnai  3o&9,  £M*aqfMM 
«835 .  LsâiffM»  So63,  Imuigwm  hoi^tê^/fj, 
Lmàgmm  7733,  Losignan  (Vimna).  T«Br  fl>i. 


MiBic  dtSaufei  763,  chevalier  de  Richard,  est  tué 
lors  de  l'oasaut  de  Messine. 

MiHOMUis  9975,  Mahomerie,  nom  donné  i  un  lieu 
prés  d'Acre,  où  il  y  avait  eu  jadis  une  mosquée. 
Au  vers  59&3,  mnAamms  est  un  nom  commun  h- 
gnifiant  moiqu^. 

MiHOHiT  3369,  3S68,  6885  (r.),  5ii8  (s.),  Ha- 
bomet,  qui  e  établi  la  loi  des  Sarraains  (6118); 
la  gtnl  Mahomtt  3868,  les  Samnns;  Ambroise 
prétend,  évidemment  par  erreur,  qu'une  image  de 
Mshomet  était  pciate  sur  une  bannière  aarraaine 
(3369».],  mais  il  faut  remarquer  que  ce  trait, 
qui  est  aussi  dans  le  latin  (p.  83),  appartient  à 
une  partie  de  l'histoire  dont  notre  auteur  n'a  pas 
été  témoin  oculaire. 

MiiiR.  Voir  CisiL  HiiiH. 
,  Mailu  a5oi,  «ituéen  Touraine.VoiriioDiuii. 

HiiLLOC  :  iUufluc  7535,  Mailloc,  ancienne  localité 
dont  le  nom  subsiste  dans  celui  des  trois  comninnes 
de  Sainl-DenisMle-Mailloc,  Saint- Jolien-de-Mailloc 
et  Saint- Paul-de-Mailloc,  toutes  trais  dans  le  can- 
ton d'Orbec  (Eure).  Le  latin  a  Maiiee  (p.  3oi). 
Voir  GaiixiUHi,  Hinai. 

Muai  (/«)  8^47,  te  Maine,  province  de  France  bi- 
•ant  partie  des  possessions  de  Richard. 

Hiwi  (L«)  10&76  (rime  avec  jxiians),  Mayenne 
(Hajenne),  qui  s'eat  appelée  longtemps  Hatne-la- 


Jokd ,  sans  doute  è  cause  du  nom  de  /tdW  ■■  A^ 
quà,  habituel  dans  la  làaiilledeaaeàgHvadkBiK 
Cependant  la  forme  ial  Mmm  dana  noln  iÊÊÉH 
aonble  indiquer  nne  eonfiwDn  avec  la  Hhbi  la 
m  de  la  rilh,  JUiwaa.m'M-~ 


>rAf«. 


I.  Vmt  Ji 


likmn.(U):  d«l  Jtfflu'n&gi,  le  Heanil;  od  Mpaat 

dire  laquelle  des  nombrauses  locafiMa  da  <•  MM 

est  ici  désignée.  Voir  Toasi. 
Maisth  bb  l'Hoitril.  Voir  Goikania  ai  Naaa..     . 
HiWTia  an  Tiaru.  Voir  TaarLm*. 
M*i,sCosiHBi7A6,  Mauvaise  Coaain*,aiBVOi»dMii 

à  nne  pierrière  des  Sarraitna  d'Acr*. 
MiLa  Vaisiia  k-jUb,  Mauvais* Voiàna,  wnMOldMBl 

i  la  pierrière  du  roi  de  Pranœ  i  icra. 

HlLLOC.  Voir  HULLDC. 

HtaiLOK:  MamtlM  ii3o3  (pi.  s.},  1 
(pi.  r. ,  rime  avec  Isnfcms] ,  Msn 
on  est  assurée  par  la  ri 
fraoçaise*  de  GuiHaume  de  Tjrr,  en  lit  H 
ùce.du  CnUaiMt.W,  i93)et  MaMb 
Le  trsdactenr  latin  (p.  Aia)  a  In  Miilaw,  fA 
rend  par  Memlona,  et  a  bit  du  mot  unnaRléB 

HuiSBiia  d«  r/ilt  tDo53,  too&g  (r.).  Jl—ajaa 
9965  (s.),  Jfoaasnsr  100S6  (a.),  looSi  .(aM^i 
•de  nie  (on  penl-éha  de  Lilta  iWk 


ta 

(.11 0). 


TABLE  DES  NOMS  PROPRES. 


553 


dres) ,  accomplit  de  grandes  prouesses  dans  le  combat 
du  1 7  juin  1 199  et  a  la  jambe  tranchée. 
Mahsil  :  Manul  'jhà^  ôâSa,  85oÂ,  9&8&  (pi.  s.), 
Manselë  8338  (pi.  r.),  Maoceao,  habitant  du 
Maine.  Les  Manceaux,  toujours  nommés  avec  les 
Angevins,  les  Poitevins  et  les  Normands,  prennent 
part  aux  combats  de  Messine  (7&&),  à  la  bataille 
d^Arsur  (G/iSa);  font  partie  de  Tescorte  qm  accom- 
pagne les  Français  quittant  Escalone  le  3 1  mars  1199 
(8338),  et  décident,  avec  les  autres  croisés  (mai 
1 199),  de  marcher  sur  Jérusalem  (9&8Â). 
Margadug  3739,  Gallois,  tue  au  siège  d*Acre  un  Turc 

qui  Tavait  provoqué. 
Marchb  :  nufint  preu  ehattelam  de  Mar^  ê  de  Cor- 
newaille  ^866  ;  le  rapprochement  de  ces  deux  noms 
prouve  qu'il  s'agit  ici  de  cette  «marche  de  Gallesi» 
où  s'étaient  établis  des  chevaliers  normands. 
Marches  (Le).  Voir  Mortpbrbat. 
Mabgbisb  (La),  Isabel  de  Jérusalem.  Voir  Jibusalim. 
Mabb  {La)  1608.  Voir  Hnooii. 
Mare  {La),  cil  de  la  Mare  67 33,  chevalier  dont  le 
nom  n'est  pas  donné  et  qui  arrive  à  Acre  en  juin 
1191.  Beaucoup  de  lieux ,  an  Normandie  et  ailleurs, 
portent  le  nom  de  la  Mare.  Un  Robert  et  un  Guil- 
laume de  la  Mare  sont  mentionnés  dans  GuUlaume 
le  Maréchal  (vers  i!Î707,  769 1);  ils  étaient  frères 
(voir  la  note  de  M.  P.  Meyer  au  vers  7591),  et 
c'est  peut-être  pour  cela  que  le  traducteur  latin  a 
rendu  cil  de  la  Mare  par  iUi  de  Mara, 
Mareschal  :  H  mareechah  Oepitaiiere  6&96  (s.),  ie 
maréchal  de  l'Hôpital  non  nommé  est  un  des  deux 
chevaliers    dont   l'indiscipline    fait    échouer   une 
grande  charge  à  la  bataille  d'Arsur.  Il  s^appelait 
Guillaume  Borrel.  Voir  Rôhricht,  Beriehi,  und  Zui. 
zu  Du  Cange  (Berlin,  1886),  p.  7. 
Marbschaccib  (La)  9565  (ms.  marchtnuiê) ,  localité 
près  de  Tabarie,  où  eut  lieu,  le  h  juin  1187,  la 
défaite  du  roi  Gui  par  Salahadin.  Ge  nom  se  re- 
trouve, en  dehors  de  notre  auteur  et  de  Vltinera- 
rium  (  p.  1 6 ,  Marescallia),  chex  Raoul  de  Coggeshall 
(p.  Qa3),  qui  place  la  Mareecalcia  à  trois  milles  à 
l'ouest  de  Tabarie  ;  on  s*accorde  à  mettre  à  Hittin 
ou  Hotteîn  le  lieu  de  la  bataille. 
Margat  ai 33,  91 35,  auj.  Markab,  ville  et  port  de 

Syrie. 
Marguarit  :  Marguariz  (s.),  un  des  instigatenrs  du 
soulèvement  de  Messine.  Il  ne  faut  sans  doute  pas 
le  confondre  avec  le  célèbre  Margarit,  amiral  de 
Guillaume  le  Bon  de  Sicile,  qui  secourut  efficace- 


ment la  Syrie  en  1188  (voir  R&mania,  t.  XTV, 
p.  &18. 
MàME  (Sainte)  1616,    396^,  7180,  7678,  Marie, 

la  sainte  Vierge. 
Mabor  7197,  peut-être  Maron,  canL  d*Ardennes- 
Saint- Vincent  (Indre);  ie  latin  (p.  98)  a  Marun. 
Voir  Gautiis,  Rahiiib. 
Mabsiillb  hti'j  (rime  avec  cofwsiZfe),  MareiUe  5oi 
(rime  avec  mervmUe) ,  di63,  Marseille.  Richard  8*y 
rend  (&Â7);  beaucoup  de  croisés  s*y  embarquent 
(5oi). 
MABsnjj.  Voir  Mabsolli. 

Mabsilli  8683  (r.,  rime  avec  oriUs),  Marsile,  ie  roi 

sarrasin  de  Saragosse  à  qui  Ganelon,  d'après  les 

traditions  épiques,  vendit  Roland  et  les  douxe  pairs. 

Mabtiii  (Saint)  3961,  saint  Martin;  la  grande  Jmte 

êoint  Marim,  le  11  novembre. 
Matbobipoh  939,  971,  Matêegr^on  1087,  nom  donné 
par  Richard  au  château  qu'il  r4>nstruisit  au-dessus 
de  Messine  pour  cr  mater»  les  Grecs.  On  en  voit 
encore  remplacement  et  quelques  vestiges. 
Maoditb  (La  Tour)  &751,  6765,  Â911,  à  Acre;  elle 
est  entamée  par  la  pierrière  du  roi  de  France,  et 
plus  tard  minée  (&909  ss.).  Elle  se  trouvait  à 
Tangle  du  grand  mur  qui,  partant  du  port,  re- 
montait droit  vers  la  nord  (voir  le  plan  d*Acre 
dans  Kugler,  Geeeh,  der  Krmtxiûgê,  p.  aSi). 
Maulioh,  Mallion  10996,  11A91,  11698,  Mauiéon, 

auj.  ChAtillon-sur-Sèvre.  Voir  Raoup. 
Mbril.  Voir  Maisril. 

Mbblb  (Le)  59^5,  chAteau  appartenant  aux  Tem- 
pliers, auj.  Mallaha  (Stubbs)  ou  Tantoura  (Rey). 
Mbblo  &56i  (rime  avec  2o),  61 85  (rime  avecpo), 
Meilo  1881,  Mello(Oise).  Voir  Dbooh,  Guillaumb. 
Mbsgbihbs  399,  609,  5t],  517,  539,  676,  809, 
83 1,  905,  936,  107&,  iii3,  11 53,  1187, 
1193,  ^799,  9691;  Yi  ne  s^explique  pas,  non 
plus  que  le  groupe  $eh;  il  faut  surtout  remarquer 
qu^au  vers  83 1  AfatcAiiiat  est  traité  comme  un  plu-  * 
riel  féminin;  le  latin  a  rétabli  la  forme  classique 
Mmoana.  Messine  est  une  ville  célèbre,  très  bien 
située,  et  remplie  de  commodités,  mab  peuplée 
de  gens  mauvais  (5 11  ss.);  la  flotte  de  Richard  y 
arrive  arant  lui,  mais  les  croisés  ne  sont  pas  admis 
dans  la  ville  (399,  539  ss.);  le  roi  de  France  y 
arrive  le  16  septembre  11 90  (673),  puis  Richard 
ie  93,  en  grand  appareil  (58 1  as.);  les  habitants 
attaquent  les  croisés  et  sont  finalemoit  vaincus,  et 
Ridiard  s*enipara  de  la  ville,  mais  eit  obligé  de 

69. 


66& 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


laiuer  Philippe  melire  «usai  tes  bannières  aux  le« 
mun  (6o&,  6si  n.];  il  fut  construire  Htlegrifon 
pour  tenir  Msscine  en  sDJétioti  (987  u.];  l'imiée 
M  repoH  i  Hesnne  juhju'iu  ciréme  (itii  n.); 
Richard  j  bit  tenir  m  mère  et  sa  fiancée  (1 153), 
et  g'embarqae  le  menredi  saint  1191  (1186 h.); 
il  en  emporle  de  lourds  galeta  pour  cbarf^  lea 
pierrière»(Ù799). 
Hmoc  {U)  !  b  Mntolt  boSi  (r.),  H  Ufl»m> 
i  1988 (a.),  dans  lelatin  MmIm  ou  MalocA ,  un  dea 
prindpaui  émirade  Sala  ha  din ,  Metcfatoub  (  Stnbba  )  ; 
il  est  arec  Caracoia  le  chef  dea  déCmaeiirs  d'Acre 
(5o8i];  Hi  ,<ront  tons  deai  en  message  aaprèa  de 
Salahadin  pour  Ini  demander  d'ariaer  au  aalut  des 
assiégés  (5io5  a*.;  c'est  le  latin  aeul  qui  dit  ex- 
pressément que  ce  message  fut  fait  par  eui);  plus 
lard,  il  est  un  de  ceux  qui  dissuadent  Salahadin 
de  faire  du  mal  aux  pèlerias  venus  sans  Bauf-coD- 
duiti  Jérusalem  (11988). 
HiHiHL  6869.  77A3.  77^9,  8173  (r.),  chïteau 
fort  en  Paleatine,  au  nord  de  Rames,  Masjdeljaba 
(Slubbs)  ou  mieux  Medjdel  YUA  (0.-0.);  StW 
badin  l'eieepte,  en  septembre  1191,  de  l'ordre 
qu'il  donne  de  démolir  un  grand  nombre  de  forle- 
reaaea  (6859)1  des  Tnrea  poursuivis  par  Richard, 
le  8  janvier  tige,  près  de  Rames,  s'y  réfugient 
(77&3  ss.);  non  loin  de  U,le  17  mars,  des  croisés 
venus  de  iaflé  font  un  ricbe  butin. 
HomriiiT.  Voir  MoHTrnaiT. 
Mon.  Voir  Bai  Mont. 
HoRT  CiLfiiii  i>o55,  le  Calvaire. 
HoRTCBiiLOR  9960  (rime  avec  Coran),  MonEdulons, 
cant.  de  Laon  (Aisne),  appela  au  m*  siècle  Mmu 
CablMiit  ou  CabSonii,  el  plus  tard  Mmehablm  et 
Uonchmnlim.  Voir  CLiaiMaicT. 
HoHTa  Sion  i9o63,  le  mont  de  Sion,  i  Jérusalem, 

forme  restée  laline,  qu'an  retrouve  souvent. 
HoRTriaAT  3oi8,  Monftral  1713,  le  Montferrat, 
marquisat  d'Italie,  entre  le  Piémont,  la  Lombardie 
et  la  Ligurie.  Conrad  de  Montferral,  qui  joue  un 
grand  rAle  dans  notre  poème,  n'y  est  jamais  nommé 
autrement  que  U  marchi*.  Il  arrive  en  Syrie  après 
la  défaite  de  Gui,  en  1187,  et  commence  par  se 
bien  conduire  i  Sur  (  i6â5  ss.)  ;  il  refuse  l'entrée 
de  Sur  au  roi  Gui  (9699  sa.);  devant  Acre  (où 
il  était  venu  en  septembre  11 89;  toir  le  latin, 
p.  68),  il  court  de  grands  dangen  dans  un  combat 
et  ne  doit  son  aalut  qu'au  roi  Gai  (3oi7  ss.);  il 
fait  reteuir  i  Sur  les  vivres  destinés  aux  asaiégeants 


(&107  aa.);  il  vent  avoir  le  royaonie,  et  ^Mm. 
malgré  une  vive  Of^waitioa,  la  £Ha  du  n»  AaèBÏ 
(Isabel),  saur  de  Sébile,  qui  vmt  de  wmA', 
bien  qu'dle  fût  déjà  mariée  .i  Haintoi  da  Ton*  <t 
qu'il  eill  lui-même  deux  autre*  feamas  (  Ai  1 1  ».)i 
après  quoi  il  retourne  1  Sur  et  n'atTue  da  yntm 
qn'è  sea  partisans (&168  *■.);  aussi,  dan* k  dÎMlto 
qui  se  produit  bieutAt,  eat-il  Totqet  dea  uiJMfa- 
tionsgénéralea(ia97,  iaAi,  &a6i,  ia63,A9j7, 
63,3).  _  Il  .«Tient  i  Acra,  et,  api^  b  pise  da 
la  ville,  un  accord  intervient  entre  Connd,  asa- 
lenu  par  Philippe,  et  Gai,  appuyé  pu  ïUdard,.ai 
juillet  1 191  :  il  est  convenu  qne  Conrad  mon  S^, 
Sayette  et  Bamt,  et  sera  r«  s'il  annit  i  (M 
(5oAi  as.);  il  s'en  retonme  i  9ur  avec  PUI^pa 
(&39g  aa.)  et,  comme  on  le  au(  pfos  lard,  (nod 
avec  lui  des  engageraenla  secrets  (8i84,'8SBa); 
il  refuse,  i  nn  premier  meaeaga  de  Rîcbard,  4t 
rendre  les  otages  serranns  qne  Pfadippe  lui  ndl 
confia,  mais  qui  excédaient  aa  pari  Hgili«a»t  tf 
d'aller  rejoindre  Richard,  qu'il  craint  trop '{Uit 
as.)  ;  il  fait  la  même  répouM  k  une  aaeoitda  «i^a^ 
sade,  maiai  la£n  laisBe  partir  le*  olBgw(ti(i9aa.). 
—  En  février  ttga,  Richard  le  fait  da  islMW 
sommer  de  le  rejoindre  h  Escaione,  maia  3  raiM* 
de  venir  jusqu'à  ce  qu'il  ait  CMtfiM  avse'jo.psf 
d'Angleterre  (81  A3  sa.);  il  bit  coi^wttK  i  Aen 
le*  Génois  contre  les  Pisana  (8178  a*.)  \  nniiiainf 
l'arrivée  de  Richard,  il  s'anfoit  h  Sur  (SatS  1^}l 
il  a  une  entrevue  avec  Richard  an  Caid  Intel, 
mail  ils  n'arrivent  pas  i  s'entendra,  et  Udpfd 
saisit  ses  rentes,  ce  qui  amène  d*  gmadga  t^ 
cordes  (8i38  ss.)i  il  rappeUe  i  Sur,  an  MM  da  la 
foi  qu'ils  doivent  au  roi  de  France,  t«u  laa  ¥t^ 
çais  restés iEacalone(83D5  aa.).  —  Enanâiigat 
toute  l'ost  d'Eacaloue,  appranaat  iea  p«î«l>  dt 
départ  de  Richard,  le  aup[dia  de  faire  Coond  lid 
rvi  (S58o  sa.);  Richard,  après  un  nuMMid  da 
surprise,  j  eonseut,  et  Henri  de  ChampagM  «  i 
Sur,  avec  d'autres,  porter  cette  nouvelle  ib  m^^ 
quia  (SeSoas.),  qui,  pendant  ce  tempa,  ji^piiât 
avec  Salahadin  une  paix  particulière  (  887B  ss^)  t  Si 
lui  annoncent  son  Section,  el  il  «n  maaln<Mt 
grande  joie,  que  partage  toute  [a, «Ole,  MMlf 
lendemain  98  avril  il  est  aaaaasiné  par  deux  fidiHv 
du  Vieux  de  Housa  (B71&  aa.);  avant  de  v^^i 
il  recommande  è  sa  femme  de  n'ouvrir  k  vijje  fs'A 
Richard  ou  au  rm  Intima  (8856  a*.);  il  MteaUnd 
i  l'HdpiUl  au  milieu  du  deuil  génini  <Uflfi-M.). 


TABLE  DES  NOMS  PROPRES. 


555 


Mowt  GiBEL  i9o6,  TEtoa. 

Mort  Musart  9903,  liea  voisiii  d*Acre. 

MoRToiBB  Uhà^  (rime  avec  «ttotr»),  Montoire  (Loir- 
et-Cher).  Voir  JoGBUR. 

Mort  Ouvbtb  1069a  (rime  avec  êweiie).  Mont  tTOli- 
veU  1 9096  (rime  avec  dête)^  ie  mont  des  Oliviers, 
près  de  Jérusalem. 

MoRTBBiAL  1007,  Monreale,  près  de  Païenne.  L*ar- 
chevéque  de  Monreale  fait  à  Tancré,  de  la  part  de 
Richard ,  mi  message  à  la  suite  duqud  ils  concluent 
la  paix. 

Mort  Reial  :  k  Crac  de  Montrdal  7&fi&,  la  forteresse 
la  plus  méridionale  de  la  Palestine,  Schobek;  Ri- 
chard fiait  de  sa  destruction  une  condition  de  paix; 
Salahadin  s^y  refuse. 

Mobt  (Le  flum)  6od5  (r.),  la  rivière  Morte;  d*après 
Stubbs,  c'est  le  Nahr  Akhdar,  près  de  Gésaire. 
tr  C'est  un  nom  générique  :  il  y  avait  un  flumên 
mortuum  près  de  Tripoli,  un  troisième  près  d'Acre, 
le  Na'amaio.  11  faut  entendre  par  là  une  eau  dor- 
mante, un  marais  formé  par  ces  fleuves.  La  contre- 
partie arabe  du  récit  d'Ambroise  montre  qu'il  s'agit 
en  effet  d'un  grand  birké,  avant  le  Nahr  al-Kasab. 
On  peut  croire  qu'il  s'agit  du  birket  Atd  et  du  Nahr 
Iskanderoùné,  où  sont  les  sources  dites  *Oyoun  el- 
Katab;  l'embouchure  du  Nahr  Iskanderoùné  est  à 
19  kilomètres  au  sud  de  Césarée,  ce  qui  répond 
assez  bien  à  la  <r  petite  journée»  d'Ambroise.  Si 
Ton  prend  à  la  lettre  les  indications  d'Ambroise, 
il  faut  trouver  successivement  trois  fleuves  entre 
Césarée  et  Arsoùf  :  1°  le  fleuve  Mort;  s*  le  fleuve 
Salé;  y  ie  fleuve  de  Rocbetaillée.  Or  ce  terrain  nous 
oflre,  du  nord  au  sud  :  1**  ie  Nahr  el-Mefdjir;  9*  le 
Nahr  Iskanderoùné;  3^  le  Nahr  el-Fâlek.  L'identi- 
fication de  ces  deux  séries  semble  donc  s'imposer, 
mais  eiie  soulève  quelques  difiicullés.  —  Cl.-G.n 

MoBTEMER  11/119,  Morthemer,  cant.  de  Lussac-le- 
Château  (Vienne),  ou  Mortemer-en-Brai,  cant.  de 
Neufchâlel  (Eure).  Voir  BABTOLomxn. 


MoscBBs  {La  Tor  dêt)  3777,  la  Tour  des  Mouches, 
située  sur  un  rodier,  au  milieu  du  port  d'Acre; 
cries  historiens  arabes  parlent  également  de  celte 
Tour  des  Mouches,  Bor^  «d-dhubbdn.  —  GI.-G.t^ 
D'après  Richard  de  la  Sainte-Trinité  (p.  7&)«  elle 
devait  ce  nom  à  ce  que  du  temps  des  païens  on  y 
faisait  des  sacrifices  qui  attiraient  beaucoup  de  mou- 
ches. D'après  les  suites  des  chansons  sur  la  première 
croisade,  elle  aurait  été  appelée  ainsi  parce  que 
Baudouin  I**,  de  Jérusalem,  s'en  empara  en  fai- 
sant lancer  des  ruches  pleines  de  mouches  à  miel 
au  milieu  des  défenseurs  (ms.  ir.  1 9569 ,  foi.  933  )  ; 
mais  ce  récit  n'a  aucune  valeur,  confondant  la 
Tour  des  Mouches  avec  la  Tour  Maudite ,  et  l'his- 
toire elle-même  est  plus  ancienne  et  a  été  sou- 
vent reproduite  (voir  Pigeonneau,  Le  Cycle  de  la 
eroUad»,  p.  199);  le  poème  anglais  sur  Richard 
Cœur  de  Lion  lui  attribue  à  lui-même  ce  strata- 
gème au  siège  d'Acre.  Elle  est  vainement  attaquée 
par  les  Pisans,  à  l'aide  d'une  tour  flottante,  ie 
95  septembre  1190. 

Mousx  88 1  & ,  88 1 9, 883 1 ,  Gadamoùs ,  dans  le  Lilian , 
séjour  du  Vieux  de  la  Montagne.  Voir  Vibil. 

Molaire  {La)  5i&9,  en  arabe  moula-na,  tr notre  sei- 
gneur d,  nom  donné  avant  Salahadin  au  calife  fa  li- 
mite de  l'Egypte  (voir  Rev%ie  de  l'Orient  latin,  t.  i , 
p.  4/19  );  il  faut  lire  ainsi  et  non  amuUUnê  (le  latin, 
p.  fi3o,  a  AfttIsMu»),  mais  il  est  vrai  qu'en  français 
ce  nom ,  sous  l'influence  d^amuetant,  amurqfle,  etc. , 
devint  plus  lard  amulame  et  désigna  vaguement 
un  prince  sarrasin,  et  même  au  xiv*  siède  un  cheval 
arabe  (voir  Godefroy,  s.  v.  Atnulaine),  M.  Stubbs 
(p.  cix)  croit  à  tort  que  le  Mtdema  du  latin  désigne 
le  calife  de  Bagdad;  BabtfUmia  est  Babylone  d'Egypte 
et  non  Bagdad.  Mais  d'autre  part  ie  titre  de  mou- 
lana  n'existait  plus  depuis  que  Salahadin  avait  dé- 
truit la  domination  fatimite  et  tué  le  dernier  calife 
d'Egypte,  en  sorte  qu'il  faut  admettre  une  erreur 
dans  l'information  d'Ambroise. 


N 


Napbs  6383,  ville  de  Syrie,  l'anc.  Sichem,  puisNea- 

poiis,  auj.  Naplouse.  Voir  Gdarribb. 
NATifiié  1081,  ^919,  la  fête  de  Noël. 
N  avare  1 1  /i5,  Navarre.  Le  roi  de  Navarre  mentionné 

là  est  Sanchc  VI  (1  i5o-i  19a).  Voir  Bbrirgibbb. 
Nazareht  19181  (  rime  avec /ff ),  Naxaretb. 


Nul.  Voir  Robert. 

Nicoloê.  Voir  Hororie. 

NiooLi.  VoirHiRRi. 

NicoaiB  1767,  1908,  1935,  1963,  9009,  ville  prin- 
cipale de  Chypre;  Kyrsac  s'y  réfugie  après  sa  dé- 
Caite  (1767);  Richard  l'attaque  et  la  prend  (1907 


556 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


S8.);  les  boui*geoi8  se  soumettent  à  Itichard,  qui 
leur  fait  raser  ia  barbe  (19&&  ss.);  Richard  y  est 
malade  (3009). 

Noi  8o35  (r.),  Noé,  père  de  Gham,  labricatear  de 
Tarche. 

NoBL  (U)  hhoi,  7688  (r.),  U  Noék  Uab  (s.),  la 
fête  de  Noël. 

NoiRR  :  noiret  6916  (pi.  r.),  nègre. 

fiotiuknt  :  Normant  6753,  6i53,  6533,  gaii, 
loSoo  (pi. s.),iVoniuiii  7&3,85o9,  9^83  (pi. s.}, 
Normand;  les  Normands,  mentionnés  d'ordinaire 
avec  les  Angevins,  Jes  Manceaux  et  les  Poitevins, 
sont  appelés  la  gmt  ieûn  (6533),  la  gaU  de  valur 
(93/1);  ils  se  croisent  en  grand  nombre  (995);  ils 
prennent  vaillamment  part  aux  combats  de  Messine 
(763);  ib  sont  chargés  de  la  garde  de  Tétendard 
royal  le  95  août  (5753)  et  le  7  septembre  1191 
(6i53,6533);  ils  ont  une  pierrière  à  eux  au  siège 
du  Daron  ;  ils  escortent  avec  d^autres  les  Français 
qui  quittent  Escalone  le  3i  mars  1199  (8339); 
ils  prennent  part  au  combat  du  93  juillet  1199 
(io5oo). 


NoBMBRnii  18,  88,  995,  94o,  83o,8339,  8446, 
8546,  9659,  i93ii,  Normandie,  partie  des  d»* 
maines  de  Richard;  eHe  est  depuis  kuigtempe  m 
guerre  avec  la  France  (88)  ;  elle  est  a£Qi^  de 
la  nouvelle  de  la  prise  de  Jérusalem  (t8);  RiAuJ 
y  vient  d'Angleterre  le  1 1  décembre  1 1^  (*4o)t 
le  chancelier  Guillaume  de  Longchamp,  inquiété 
par  Jean  sans  Terre,  s'y  réfugie  en  1199  (6546); 
elle  est  ravagée  et  en  partie  conquise  par  Philqppa 
(83o,  9^59,  laSii),  mais  Ricfaaid  réptr»<aei 
pertes  (i9336). 

NuBFBBoc  :  Noêflroe  6711  (rime  avec  aitroe,  voir  M 
Glossaire),  7593;  il  ne  s*agii  pas  ici  d*im  dei  m 
nombreux  Neufbourg  de  France  (le  iatîn,  p.  •17, 
3oi,  traduit  A  tort  par  de  Phoo  Bwrgû);  ia  riaeda 
vers  ^711  et  la  correction  du  ms.  aa  ven  ^fSmt 
prouvent  qu*il  faut  bien  Nn/Êfhme;  il  8*agit  «m 
doute  dVne  localité  d'Angleterre  appelée  Nmènkê» 
Voir  RoBBBT. 

NuBPviLB  :  NorfvHê  ii43i  ;  on  ne  peot  dire  laqorile 
des  innombrables  localités  iq»peléee  Neml»;eil 
désignée  ici.  Voir  Huor. 


0 


OuvBTB.  Voir  MoHT  Olivbtb. 

Olivibb  A665  (r.),  le  compagnon  de  Roland,  dté 

avec  lui  comme  modèle  de  prouesse. 
Ombs  (!<«•)•  Voir  Homu. 
Obient  6339  (r.),  Texirémité  orientale  de  Tempire 

de  Salabadin. 
Obqdbs  9967,9997,  auj.  Saint-Denis-d' Orques, canL 

de  Loué  (Sarthe).  Voir  Richabt,  Tibbbi. 

OsPITAL.  Voir  HOSPITÂL. 
OSPITALIBB.  Voir  HOSPITAUBB. 


OsTBicBB  19393,  Autriche,  duché  de  rKmfiiPiyK» 
chard  y  souffre  beaucoup  en  prison.  ^ 

Otor  :  Otêê  (s.);  Oton,  non  autrement  désigiié«  ftmà 
part  au  combat  du  17  juin  1199;  c'est  pewlîétf 
le  même  que  le  suivant.  r 

Otob  de  Tramigneu  :  Otes  7991,  8653  (s.),  Oloii  é$ 
Trazignies,  seigneur  de  haut  rang;  il  prend -f«i 
au  combat  du  6  novembre  1191  (7991);  il  esl  Mf- 
voyé  avec  Heori  de  Champagne  annoncer  à 
son  élection  (8653).  Voir  Tartide  précédiut 


Pachb.  Voir  Pasqdb. 

Paibr  de  Chaîphai  1837  (r.),  chevalier  de  Syrie,  dé- 
loyal et  félon,  devenu  Thôte  de  Kyrsac,  fait  croire 
à  Kyrsac  que  Richard  veut  le  prendre  par  tra- 
hison. 

Palebmb  593  (rime  avec  terme),  890  (rime  avec 
terme) ,  73/i  (rime  avec  poeteme);  Païenne,  ville 
principale  de  Sicile.  On  voit  par  les  rimes  qu^Am- 
broise  emploie  les  deux  formes  Palerme  et  Paleme; 


il  avait  sans  doute  appris  ia  première  dans  le  ]ft^f 
et  il  devait  connaître  feutre  par  iea  chanecoe  de 
geste,  qui  mentionnent  souvent  cette  ville  et  rap- 
pellent PaUmê,  probablement  par  asshhiJalîoa  i 
Saleme,  connue  plus  andennemeni  (  voâr  Asmmmi» 
V,  108).  Palerme  est  le  séjour  de  la  veuve  da  ni 
Guillaume  de  Sicile  (  593  )  et  du  roi  Tancré  (8f»)* 
Pabis  61 83  (r.),  le  fils  de  Priam,  ramani  d*BéUBet 
connu  par  le  roman  de  Jrott. 


'i^SjUk 


TABLE  DES  NOMS  PROPRES. 


557 


Pabis  987,  Paris,  capitale  de  la  France. 

Pasqui  :  Paaehê  &601,  àbû'j,  la  Ptuehê  SaGg,  53 Ao, 
7983,  la  grant  POichê  1957,  POiqwt  971 5, 
Poichêi  6553,  85 19,  9707,  a  grant  Poichei 
838 1,  a  granz  Pàichêi  8699,  Pâques,  la  fête  de 
ia  Résurrectbn  de  Jésas-Ghiist;  Pa$ekê  clatê  ^597, 
le  dimanche  de  Quoiimodo;  Paêchê  floriê  1196, 
Pachê  flouriê  8971,  le  dimanche  des  Rameaux. 
La  graphie  par  d%  est  une  simple  reproduction 
du  lalin  Poêcha  ;  le  pluriel  se  trouve  déjà  en  latin 
{die9  Pascharum). 

Patbiabcbb  (Le)  5599,  qui  mourut  au  siège  d'Acre  : 
c'est  le  célèbre  Hérade. 

Pbitbtiii  :  Poitevin  7&3,  61 5i,  6&59,  85o3,  99 13, 
9683,  10A99  (pi.  s.),  Pfitevtiu  8337  (pl-  >*•)» 
Poitevin ,  habitant  du  Poitou;  les  Poitevins  sont  ex- 
perts en  guerre  (7^3)  ;  ils  se  croisent  en  nombre 
(996);  ils  sont  avec  Gui  de  Lusîgnan  le  7  sep- 
tembre 1191  et  prennent  vaillamment  part  au 
combat  (6i5i,  6659);  ils  escortent,  avec  d'autres, 
les  Français  qui  quittent  Escalone  le  3i  mars  1 199 
(8337,  8666)  ;  ils  ont  une  pierrière  à  eux  au  siège 
du  Daron,  en  mai  1 199  (9913);  ils  prennent  part 
au  combat  du  93  juin  1199  (10699). 

PiiTiEBs  59,  178,  1  i5i  (rime  avec  eoveUim'ê)^  9557 
(rime  avec  voUntiên),  9600,  Poitiers.  Voir  Guil- 
laume, RlCHART. 

Pritou  996,  8666,  Peito  5669,  Poitou,  province  de 
France  appartenant  à  Richard.  Voir  Huouilot. 

Pbrtecostb  6553,  9361,  9768,  la  Pentecôte;  ce  mot 
rime  les  trois  fois  avec  eoitê,  comme  dans  beaucoup 
d'autres  poèmes,  ce  qui  indique  une  prononciation 
diflerente  de  celle  qui  a  prévalu. 

Pepin  6 187  (r.),  Pépin ,  père  de  Gharlemagne,  héros 
de  chansons  de  geste. 

Perche  6563,  province  de  France  appartenant  à 
Philippe.  Le  comte  du  Perche  ici  mentionné  avec 
éloge  est  Rolrou  III.  Il  mounit  devant  Acre  peu 
apr-ès  y  être  arrivé.  Son  fils  Geoffroi,  qui  Tavait 
accompagné ,  lui  succéda  ;  c'est  de  lui  qu'il  s'agit 
dans  un  passage  de  Vltinerarium  Rieardi  (V,  li) 
qui  ne  se  retrouve  pas  dans  notre  texte,  et  d'après 
lequel  le  comte  du  Perche  n'aurait  pas  montré  one 
grande  fermeté  au  combat  du  19  juin  1 199. 

Pbrsa?it  :  Pênant  9976,  9890,  7617  (pi.  ».),  ftr- 
»anz  7950, 1 1536  (pi.  s.),  Persan, habitant  de  la 
Perse;  ce  nom  parait  mis  d'ordinaire  un  peu  au 
hasard ,  avec  les  Turcs  et  autres  Sarrasins. 

Pbrsie  6338,  Perse. 


Pbiuppb.  Voir  Fblipb. 

Philippe  éPAliocê,  Voir  Flahdibs. 

PkiUppê  iê  Dreux.  Voir  Biauvaix. 

Piiii  de  Preaui  :  Pieru  5696  «  7557,  7563,  7566, 
11906  (s.),  Pimre  iii36  (s.),  Piêm,  l'un  des 
trois  frères  de  Préaux,  loyal  (5696)  et  preux  che- 
vdier  (7557),  un  des  compagnons  de  Richard;  il 
est  envoyé  en  message  à  Conrad  en  août  1191 
(5696);  il  combat  vaillamment  en  décembre  1 191 
et  renverse  un  Turc  gigantesque  (7567  ss.);  il 
saute  après  Richard  de  son  vaisseau  pour  secourir 
Jaffe  (1 1 136);  il  est  un  de  ceux  qui  vont  demander 
è  Jérusalem  les  sauf-conduits  pour  les  pèlerins,  et 
dont  la  n^ligence  manque  d'amener  un  désastre 
(11906). 

PinB  Iê  Guoêcmng  :  Pieru  9308  (s.),  Pierre  le 
Gascon,  entre  le  troisième  au  Daron  le  99  mai 
1199. 

Pibbb  TIrtrpms  :  A>nf  7trflproM76i  (s.),  chevalier  de 
Richard,  est  tué  au  siège  de  Messine  en  1 190. 

Pm.  Voir  Joidan. 

PisAR  65oi  (r.),  Piêon  9895,  8771,  8180,  8910 
(pL  s.),  Pi$an$  5o3o,  8939  (pL  r.),Pi«anz5o36  , 
8906,  11667  (pL  r.),  Pisan,  citoyen  de  Pise;  les 
Pisans  sont  appelés  vaiUanti  et  loués  pour  leur 
dévouement  au  serrice  de  Dieu  (9737  ss.)  et  leiur 
loyauté  envers  le  roi  Gui  (8179  ss.);  ils  accom- 
pagnent Gui  au  siège  d'Acre  en  1189  (9737  ss.); 
ils  se  chargent  de  prot^r  le  port  (9895  ss.);  au 
combat  du  6  octobre  1189,  ils  occupent  le  Toron 
(  997  7  )  ;  en  mars  1 1 90 ,  leurs  vaisseaux  combattent 
la  flotte  turque  (33oo);  ils  attaquent  vainement  la 
Tour  des  Mouches  au  moyen  d'une  tour  flottante 
(3771);  ils  donnent  sans  succès  un  assaut  à  la 
ville,  le  1 1  juillet  (  5o95  ss.  ).  —  Fidèles  au  rot  Gui , 
ils  combattent  â  Acre,  en  1191,  les  Génois,  par- 
tisans de  Conrad ,  et  font  la  paix  avec  eux  par  l'en- 
tremise de  Richard  (8179  ss.).  —  Us  mettent  leurs 
bannières  sur  le  Daron  (9393);  ils  vont  avec  Ri- 
chard au  secours  deJafle(iioo6, 11 335,  11667). 
Un  Pisan  qui,  pendant  la  disette  d'Acre,  vendait 
trop  cher  le  blé  qu'il  avait  accumulé  est  puni  par 
llneeodie  de  son  magasin  (6698  ss.). 

Pm  9737,  9977,  3i6i,  33oo,  5o95,  8179,  8191, 
8935,  9393,  11006,  11 335,  Pise,  ville  d'iUlie. 

Pums  (Coiêl  dit).  Voir  Casil. 

Poillb:  PmUê  969,  Ponille,  province  d'Italie.  Voir 
Guulaumb.  —  La  reine  de  Fouille,  veuve  de  Guil- 
teame  le  Boo  et  soBur  de  Richard,  Jeanne,  est  à 


558 


L^HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


Pderme  sous  la  sajétion  deTancré  (593  ss.);  Ri- 
chard réclame  sa  liberté  et  son  douaire  (869 ,  898)  ; 
Tancré  la  renvoie  avec  90,000  onces  dW  (999, 
1001, 1097);  elle  s^emlMirqae  avec  Richard  à  Mes- 
sine (1175),  le  retrouve  en  Chypre  (i335),  00 
elle  manque  d^étre  prise  par  Kyrsac  (i&3i);  Ri- 
chard la  fait  venir  d^Acre  à  Jaffe  en  septembre 
1191  (7073). 
Polain:  Polain  7693  (pi.  s.),  Poulain,  chrétien  latin 


né  en  Syrie;  les  Poulains  sont  d*avis,  comme  léè 
Templiers  et  les  Ho^italiers,  en  1191»  de  ne  piÉ 
marcher  sur  Jérusalem. 
Pbbaus  : /VaoJt  &730,  7199, 10999, 11A73, 11906, 
19966,  Prmali  5493,  iii33,  Frmmm  75S7, 
Préaux,  canL  de  Damelal  (Seiiie->Iiifiérieiire)ii  ^^ 

GuiLLADHI,  JOHAH,  PlNI. 

Pbirci.  Voir  Raimoit. 
Poilu.  Voir  Poillb. 


QuAHADiR  9395  (s.),  Kaheddiu,  ienêêckal  de paiani$ , 
garde  le  rivage  contre  les  assiégeants  pendant  le 
siège  d*Acre.  M.  Stubbs  lit  ici  (p.  91 1)  Techehedmi, 
avec  un  de  ses  trois  mas.  de  Vltinerarium  Rieardi, 
au  lieu  de  Kahadini  que  portent  les  deux  autres  : 
k  tort  assurément,  car  Takieddin  ou  Dequedin  (voir 


Q 


ce  nom)  n*est  pas  qualifié  de  séoéeha! 
Kaheddin. 
QuniGi  5&53,   Qumci  5&70,  Qdnci;  il  y  t 
Quinci  dans  TAisne,  un  en  Sein»ei<llenie  et 
en  Seine-et-Oise,  sans  compter  plusieurs 
Voir  RoBiBT. 


R 


RAiemi,  Rainerai,  faute  du  ms.  pour  Bamfni,  Voir 
Haimiru. 

Raimtmt  de  Saint  GUê,  Voir  Sairt  Gili. 

Raimont  kfilz  1$  Princê  9391,  Raimond,  comte  de 
Triple,  fils  de-  Roémond  III,  prince  d^Antioche;  il 
plante  sa  bannière  sur  le  Daron.  Il  mourut  en  1 196 
(voir  Chr.  d'Emoul,  p.  39 1). 

Raimoht  :  RatnunU  96/17  (''-)«  R^^^f^ont  9&5i  (s.), 
Raimond  II,  comte  de  Triple;  U  a  de  longue  date 
fait  alliance  avec  Salahadin  (  94&7  ss.  );  il  convoite  le 
royaume  après  la  mort  de  Baudouin  V(  945 1  as.); 
il  refuse  de  se  rendre  à  la  cour  du  roi  Gui,  va  de- 
mander aide  A  Salahadin  et  condut  avec  lui  sa  tra- 
hison (  9455  88.);  sommé  une  deuxième  et  une  troi- 
sième fois,  il  se  rend  à  la  cour  (9677  ss.),  mais 
conserve  sa  rancune  (95o8).  Lors  de  fexpédilion 
de  Gui  contre  Salahadin ,  il  mande  au  roi  qu'il  s*y 
joindra,  vient  le  trouver  et  semble  être  réconcilié 
avec  lui  (9507  ss.);  mais  le  bruit  public  dit  qu^ii 
le  trahit  à  la  bataille  (95i9  ss.);  grâce  à  ses  per- 
fides conseils,  les  chrétiens  sont  coupés  de  la  mer 
de  Galilée,  où  ils  auraient  pu  boire  (v.  954 1  ss.,  en 
corrigeant  le  vers  955o  comme  il  est  indiqué  au 
Glossaire ,  s.  v.  Seivre)^  quand  la  bataille  commence , 
il  s'enfuit  (955i  ss.).  Au  vers  3487,  Ambroise  dit, 
d'après  l'histoire  qu'il  suit,  que  Raimond  mourut 


a  kontê,  mais  il  ne  raconte  pes  sa  morl  :  le 
de  Triple  mourut  peu  après  la  bataille«  db 
grin  d'après  la  Chronique  d'Emoul  (pw  178*  et 
voir  la  note);  cependant  on  le  voit,  aa  vem  sdat* 
accueillir  amicalement  à  Triple  le  roi  Gai  raieMOl 
de  Tortose  après  avoir  été  délivré  de  sa  prisoBi  Lh 
accusations  de  trahison  portées  edntre 
Emoul  et  par  la  source  d' Ambroise 
au  nx>ins  fort  exagérées,  et  on  voit  en  tool  ces  tfm 
le  roi  Gui  n'y  ajoutait  pas  fin. 

Raikaut  de  Soêtê  :  Rsnauz  8711(8.),  Reneud  de  Seyillli 
un  des  négociateurs  de  la  paix  d^oy^e  qa»  Gennl 
essayait  de  conclure  avec  Salahadin.  Voir  sur  ce  per^ 
sonnage  la  notice  des  Ugnagm  d'outrMMr,^  &8t. 

Rairiib  de  Maron  :  Remûr  7197  (s.),  Renier  de  ! 
vaillant  chevalier  de  Richard,  est  pris  avec 
veu  Gautier  le  99  septembre  1191.    • 

Ramis  6855,  6878,  79o4,  7999,  7455,  74M, 
7467,  7475,  7841,  7843,  ioi65,  io67t« 
10705,  10755,  ]o8o5,  Rame  11899,  Ti 
Ramah,  auj.  Ramieh  (le  latin  dit  BmmUm)^ 
JafTe  et  Jérusalem  ;  l's  finale  est  attestée  par  ffaM 
sieurs  rimes,  mais  au  vers  11899  le  mcioreee%e 
Rame  avec  e  élidé  (bien  que  le  ms.  porte  de  mie)» 
Rames ,  appdée  la  grande  cité,  est  au  nendiredie  In- 
téresses que  Salahadin  fait  démolir  en  t  t^t  (685é)tf^ 


TABLE  DES  NOMS  PROPRES. 


559 


Les  Turcs  y  sont  campés  en  octobre -novembre 
(7906);  Richard  découvre  Rames  du  haut  d*une 
colline  en  poursuivant  des  ennemis  (7299);  les 
croisés  marchent  sur  Rames,  queSaiahadin  évacue 
(7655  ss.),  et  où  ils s*établi8sent( 7 675,7861  ss.); 
les  croisés  y  reviennent  en  juin  1199  (10679). 
Les  pkUn»  de  Rames  sont  plusieurs  fois  mentionnés 
(6878,  ioi65,  10755,  io8o5,  11899). 

Raoup  de  Maulion  :  RaoU  10996,  11A91,  11698, 
Raoul  de  Mauléon,  chevalier  poitevin,  jamais  ras- 
sasié d* Armes  (11691),  accompagne  Richard  au  se- 
cours de  Jafle  le  1"  août  1 199  (10996);  il  est  pris 
par  les  Turcs  et  délivré  par  Richard  (11698  ss.). 
C'était  le  père  du  célèbre  chevalier  et  poète  Savari 
de  Mauléon. 

Raoup  de  Rovrei  :  Baole  de  Rovroi  766  (s.),  Raoul  de 
Rouvroi,  chevalier  de  Richard,  est  tué  au  siège  de 
Messine  en  1 1 90. 

Rioip  de  Sainte  Marie  :  RaoU  7631  (s.),  Raoul  de 
Sainte-Marie,  chevalier  normand  (î),  compagnon 
du  comte  de  Leicester  dans  le  combat  de  décembre 
1191. 

Raoip  Taiston  :  Roof  Teii$on$  6791  (s.),  RaoU  Tes- 
Mons  1 1879  (9.),  Raoul Taisson ,  chevalier  normand, 
fj^rand  amateur  de  musique  (11880),  arrive  à  Acre 
en  juin  1 191  (6791);  est  un  des  trois  «  connétables  t) 
qui  mènent  le  premier  convoi  de  pèlerins  à  Jéru- 
salem (1 1879).  Voir  sur  ce  personnage  important 
Histor.deFr.,\\\l\,  611,  637,683,  686,703, 
706. 

Raoul  de  Chdteaudun.  Voir  Châstildun. 

Raoul  de  Clermont.  Voir  CLBaMOHT. 

Roêchid  ed-Din.  Voir  Vieil. 

Recorda  RE  (La)  6007,  lieu  voisin  d*Acre,  Tell-Kur- 
dany  (Stubbs),  trou  mieux  Tell  et  Khirbet-Kurdanè 
(Cl.-G.)»,  où  a  lieu  un  combat  en  novembre 
1190. 

Rei  (Le  joefne)  96,  Henri,  fib  de  Henri  H  d^Angle- 
Icrre,  couronné  roi  du  vivant  de  son  père,  excel- 
lent jouteur. 

Reine.  Voir  Kkglbtere,  FaiHCi,  JiausiLBM,  Poillb. 

Reinibr.  Voir  Raliibr. 

Reins  10876  (rime  avec  dereramê)^  Reims  en  Cham- 
pagne. Voir  AiBERi. 

Refait.  Voir  Rainaut. 

RiBOLB.  Voir  UooN. 

RicHART  181,  etc.  (r.),  Richard  97,  etc.  (r.),  Rieharz 
60,  elc.  (s.),  Richard  177,  etc.  (r.),  Richard,  roi 
d'An(jie(erre  (au  sujet  de  la  forme  du  nom,  voir  la 


note  du  vers  3o3 ,  diaprés  laquelle  il  est  inutile  de  re- 
lever ici  tous  les  passages).  Il  est  très  souvent  qualifié 
de  preux,  de  vaillant,  de  non  per  (936o),  appelé 
magne  (11 938)  par  assimilation  à  Chariemagne,  U 
9iiori2s(ion(93io),et  qualifié  de  sage  etavisé(97), 
et  d*expert  dans  les  choses  de  gnerre  (6i38,  etc.). 
—  n  avait  remporté,  comme  comte  de  Poitiers,  de 
grands  succès  sur  ses  voisins,  défait  des  bandes  de 
Brabançons,  et  fait  lever  au  comte  de  Saint-Gilles 
le  siège  de  Hautefort  (9699  ss.);  il  aimait  dès  lors 
Bérengère  de  Navarre  (ii5i).  —  Il  se  croise  en 
1187,  le  premier  de  tous  les  hauts  hommes  d*Oc- 
cident  (69  ss.).  —  Il  devient  roi  le  6  juillet  1 189, 
se  saisit  du  royaume  sans  opposition  (  96 1 5  )  et  se 
lait  couronner  à  Londres,  où  il  tient  une  cour  ma- 
gnifique (181  ss.).  —  Il  mande  ses  barons  pour  la 
guerre  sainte  (916  ss.)  et  rerient  en  Normandie, 
où  il  tient,  i  Noël,    sa  cour  i  Lions -la -Forêt 
(933  ss.).  —  Il  se  rencontre  à  Dreux  avec  Philippe 
(969  ss.),  se  rend  à  Tours  et  ordonne  à  sa  flotte 
de  le  rejoindre  à  Messine  en  contournant  TEspagne 
(3o3  ss.);  il  vient  retrouver  Philippe  à  Véxelai 
(393  ss.);  les  deux  rois  jurent  de  partager  loyale- 
ment toutes  leurs  conquêtes  et  se  donnent  rendez- 
vous  à  Messine  (365  ss.);  ils  se  mettent  en  route 
(377),  arrivent  à  Lyon  et  campent  près  de  la  ville 
(377);  bientôt  ils  se  séparent,  et  Richard  va  à 
Marseille (6 67  ss.). — 11  arrive  à  Messine  le  93  sep- 
tembre 1190,  en  grande  pompe,  ce  qui  irrite  les 
Grecs  et  les  Longebards  (681);  il  calme  un  pre- 
mier désordre  (661);  apprenant  une  seconde  fois 
qu'on  tue  ses  hommes,  il  veut  encore  apaiser  la 
sédition,  mais  il  est  insulté,  s'arme  et  attaque  la 
ville  (665);  il  la  prend  après  un  combat  (7 -ii  ss.); 
il  empêche  le  massacre  (819);  il  fait  mettre  ses 
bannières  sur  la  ville,  au  grand  dépit  de  Phi- 
lippe, et  consent  enfin  à  y  admettre  aussi  celles 
du  roi  de  France  (896);  il  envoie  réclamer  a 
Tancré  sa  sœur  Jeanne,  veuve  du  roi  Guillaume, 
son  douaire  et  sa  paK  du  tr^r  royal,  et  refuse 
de  se  soumettre  à  l'arbitrage  des  barons  de  Sicile 
proposé  par  Tancré  (867);  il  fait  construire  le 
château  de  Mategrifon  (937  );  il  est  toujours  en 
dissension  avec  Philippe  (966);  il  reçoit  de  Tan- 
cré de  nouvelles  offres  qu'il  accepte  :  on  lui  rend 
sa  soeur  avec  90,000  onces  d'or  (977);  il  fût 
rendre  aux  Measinois  ce  que  ses  gêna  ont  pris 
(1099),    et   se    réconcilie    aussi    avec    Philippe 
(1069);  il  fait  de  grandes  largesses  i  ses  che- 

5o 


mPCIlUftlB   ^ATIO^ALC. 


560 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


valiere  (io53)  et  donne  à  Philippe  et  à  tous,  à 
Noél,  une  grande  fête  à  Mategrifon  (1081  as.); 
après  avoir  accompagné  Philippe  qui  sVnibarquc, 
il  va  chercher  à  Riac  sa  mère  et  sa  fiancée  Béren- 
gère  de  Navarre,  et  les  amène  à  Messine  (1 136); 
il  renvoie  sa  mère  en  Angleterre  avec  quelques 
sages  conseillers  (11 58  ss.);  il  fait  ses  préparatifs 
et  s*emharque  le  10  avril  1191  (1168  ss.).  —  H 
prend  grand  soin  de  la  bonne  dii-ection  de  la  flotte 
(ia33  ss.);  il  touche  la  Crète  (i960)  et  s^arrélc 
malade  a  Rhodes  jusqu^au  1"  mai  (i3o3  ss.);  il 
apprend  d*un  vaisseau  rencontré  que  Philippe  Tnt- 
tend  à  Acre  (1 335);  il  retrouve  près  de  Chypre  sa 
sœur  et  sa  fiancée  (i35o);  il  épouse  Bérengère  à  Li- 
meçon  le  ta  mai  1 191  (1735);  il  conquiert  Chypre 
sur  Tempercur  Kyrsac  (i355-aio6);  il  est  malade 
à  Nicosie  (9009);  apprenant  qu^Acre  va  être  prise 
sans  lui,  il  s^cmbarque  le  5  juin  (9107);  entre 
Sayette  et  Barut,  il  rencontre  et  prend  un  navire 
sarrasin  qui  aurait  sauvé  Acre  (91/11-9998).  —  H 
arrive  à  Acre  le  8  juin  et  y  est  reçu  à  grande  joie 
(9999  S8.);  il  donne  aux  siens  comme  solde 
h  hesants  d*or  (6569);  il  tombe  malade  de  la  léo- 
nardie  et  ne  peut  donner  Tassant  avec  Philippe 
(46oo);  plus  tard,  toujours  malade,  il  fait  dresser 
ses  pierrières,  munies  de  gros  galets  rapportés  de 
Messine  (6767  ss.);  le  6  juillet,  il  se  fait  porter 
sous  une  cercloie  et  pendant  Tattaque  lire  des 
coups  d'arbalète  meurtriers  (^1997  ss.);  il  soutient 
Gui  de  Lusignan  contre  Conrad  el  arrange  un  ac- 
cord enire  eux  (5oAi  ss.);  après  la  prise  d^Acre, 
il  prêle  à  Philippe  qui  s*en  va  deux  galères  et  re- 
çoit son  serment  de  ne  pas  Taltaquer  en  son  ab- 
sence (5997  ss.);  il  prête  de  Targent  au  duc  de 
Bourgogne  et  fait  de  grandes  largesses  à  tous  ses 
chevaliers  (535i);  il  relève  les  murs  d'Acre  et  fait 
.ses  préparatifs  de  départ  (5369);  il  envoie  deux  fois 
en  vain  à  Sur  sommer  Conrad  de  rejoindre  Tost 
(5Ai3  ss.);  Salahadin  ne  tenant  pas  les  engage- 
ments pris,  il  fait  massarrer  9,5oo  otages  sarrasins 
(5393 ,  5^8 1  ).  —  Il  part  avec  Tost  pour  le  sud,  le 
99  août (5563  ss.);  il  fait  Tarrière-garde  (5701  ); 
le  97  août,  il  campe  à  Caîphas  (5863);  à  la  ba- 
taille d'Ar^ur,  le  7  septembre,  il  refuse  au  maître 
de  rUôpital  la  permission  de  charger  (6385  ss.);  il 
y  fait  de  grands  exploits  (6/i8A,  6609);  il  assiste 
le  lendemain  aux  funérailles  de  Jacques  d'Avesnes 
(6703);  Sangui  d\41ep  fait  à  Salahadin  Téloge  du 
melec  d'Angleterre  (689/1  ss.).  Arrivé  à  JafTe,  il  en- 


voie savoir  s'il  est  vrai  que  les  Sarrasins  détruisent 
Escalone  (697^)*  et  conseille  de  lui  porter  secours, 
mais  les  Français  décident  qu*on  restera  à  Jaffe 
(7007  ss.);  il  envoie  sans  succès  à  Acre  et  doit  y 
aller  lui-même  pour  faire  revenir  ceux  qui  y  restaient , 
et  en  ramène  sa  sœur  et  sa  femme  (7071  ss.);  il 
tombe  dans  une  embuscade  et  serait  pris  sans  le  dé- 
vouement de  Guillaume  de  Préaux;  on  le  supplie  de 
ne  plus  s^exposer  ainsi ,  mais  il  ne  peut  s'en  empê- 
cher (7079  ss.).  —  En  octobre,  il  va  reconstruire 
le  Casai  des  Plains  et  le  Casai  Moyen ,  et  poursuit  les 
Turcs  jusqu'en  vue  de  Rames  (7 1 77)  ;  le  6  novembre, 
il  défait  les  Turcs  (7933);  il  entre  avec  Salahadin 
dans  des  négociations  qui  n'aboutissent  pas  et  loi 
font  du  tort (7 977  ),  mais  il  se  justifie  bien  perses 
exploits  (7^39).  —  Il  marche  sur  Rames  (7 447); 
les  gens  expérimentés  le  dissuadent  de  pousser  sur 
Jérusalem  (7A89);  le  3  janvier  1199,  il  met  en 
fuite  une  troupe  de  Sarrasins  (7717);  il  bat  en 
retraite  (7761),  vient  à  Ibelin,  puis  à  Eacdone 
(7861  );  en  février,  il  décide  les  Français  qui  Pa- 
vaient quitté  à  revenir,  en  leur  promettant  de  leur 
donner  quand  ils  voudront  congé  et  esoorte,  et  ii 
fait  travailler  activement  à  la  réparation  d'EscaKone 
(7967  88.);  il  délivre  près  du  Daron  1,000  pri- 
sonniers chrétiens  (8089);  ii  somme  en  vain 
Conrad  de  le  rejoindre  (8137)  et  a  des  diiBcidtéi 
avec  le  duc  de  Bourgogne,  qui  le  quitte  (8167); 
les  Pisans  le  prient  de  venir  remettre  Tordre  à 
Acre  :  il  y  vient,  et  les  réconcilie  avec  les  Génois 
(8910  ss.);  il  a  avec  Conrad,  au  Casai  Imbert,  une 
entrevue  qui  n'aboutit  pas,  saisit  les  rentes  de 
Conrad  et  est  obligé  de  restera  Acre  la  plus  grande 
partie  du  carême  (8935  ss.).  —  Il  revient  à  Esca- 
lone et  est  obligé,  le  3i  mars,  de  laisser  partir  les 
Français,  rappelés  par  Conrad  (83a7);  il  célèbre 
la  fêle  de  Pâques  et  fait  IravaiUer  avec  ardeur  aux 
fortifications  (8^99).  —  11  reçoit  do  manvaiseï 
nouvelles  d'Angleterre  et  annonce  son  intention  de 
partir,  sur  quoi  l'ost  lui  demande  de  faire  seul  roi 
Conrad  :  il  accepte  et  envoie  Henri  de  Gbampi^e 
et  d'autres  à  Sur  annoncer  k  Conrad  cette  décision 
(  85 1 9  ss.  )  ;  on  l'accose  d'avoir  fait  assassiner  Conrad 
et  on  avertit  Philippe  de  se  garder  des  Hausasis  que 
Richard  aurait  envoyés  en  France  (8879);  à  Sur, 
on  élit  Henri,  qui  veut  attendre  le  consenlemeot 
de  Richard  et  le  lui  envoie  demander  (89&1); 
Richard  lui  conseille  d'accepter,  mais  de  ne  pss 
épouser  la  veuve  deConrad(8973);  il  donne  Chypre 


TABLE  DES  NOMS  PROPRES. 


561 


i  Gui  (9119).  —  Il  livre  tous  les  jours  des  combats 
aux  Sarrasins  (8961);  il  reçoit  d'Angleterre  des 
messages  contradictoires  (9197);  il  va  attaquer  et 
prend  le  Daron  et  le  donnée  Henri (91 5 1-9 383); 
il  va  à  Furbie,  y  apprend  que  Caïsac  est  au  Fi- 
guier et  Ten  fait  déguerpir  (9387  ss.);  à  la  Can- 
naie  des  Étoumeaux,  il  reçoit  de  très  mauvaises 
nouvelles  d'Angleterre  et  pense  à  s'en  aller  (9à33). 
On  dc^;ide  de  marcher  de  nouveau  sur  Jérusalem 
et  on  se  met  en  marche  le  99  mai  (9481);  Richard 
est  très  perplexe,  mais  le  prêtre  Guillaume  de  Poi- 
tiers lui  rappelle  tout  ce  qu'il  doit  à  Dieu,  et  le  roi 
promet  de  ne  pas  partir  avant  Pâques  (9609  ss.); 
il  arrive  le  9  juin  près  du  Ghâtel  Emaud  (9806); 
le  1 9 ,  il  surprend  les  Turcs  près  d'Emmaûs  et  fait 
un  grand  butin  (9835  ss.);  le  99,  Tabbé  de  Saint- 
Élie  lui  remet  un  morceau  de  la  vraie  croix  (10089 
S8.  )  ;  il  refuse  de  marcher  droit  sur  Jérusalem ,  et 
propose  de  s'en  remettre  à  la  décision  de  gens  qui 
connaissent  le  pays;  sur  le  refus  des  Français,  il 
déclare  qu'il  les  accompagnera  s'ils  persistent,  mais 
qu'il  renoncera  au  commandement  (10137  ss.);  le 
30  juillet,  il  fait  avec  les  Français  une  heureuse 
expédition  contre  une  caravane  (10967,  10699); 
on  décide  de  battre  en  retraite  et  on  retourne  en 
mauvaise  intelligence;  le  duc  de  Boui^gogne  fait  faire 
une  chanson  contre  Richard ,  qui  répond  (io65388.). 
—  Richard  demande  à  Salahadin  une  trêve  sans 
roblenir;  il  fait  détruire  le  Daron,  garder  Escalone, 
et  rcloumc  à  Acre  (107^3  as.);  cependant  Salahadin 
attaque  Jafle,  et  Richard,  qui  se  préparait  i  par- 
tir, l'apprend  i  Acre,  s'embarque  pour  Jafle,  qu'il 
trouve  prise,  et  la  délivre  par  des  prodiges  de  va- 
leur (10935,  11689);  il  y  tombe  malade,  ce  qui 
ne  l'empêche  pas  de  répondre  fièrement  aux  mena- 
ces de  Sahaladin  (t  i683  as.);  toutefois,  le  99  sep- 
tembre, il  conclut  une  trêve  de  trois  ans,  au  bout 
desquels  il  déclare  à  Salahadin  qu'il  compte  bien 
revenir  (1 1796  ss.).  —  Il  va  à  Caîphas  pour  se  re- 
mettre et  empêche  les  Français,  qui  blâmaient  la 
IrtHe  et  voulaient  en  profiter,  d'aller  â  Jérusalem 
sans  ses  lettres  ou  celles  de  Henri  (1  i83i  ss.);  eux 
partis  pour  la  plupart,  il  fait  annoncer  â  ses  gens 
qu'ils  peuvent  s'y  rendre  (ti863  ss.);  Salahadin 
exprime  à  Tévêque  de  Salisbury  son  admiration 
pour  Richard,  auquel  il  ne  manque  que  la  me- 
sure (19199  ss.).  —  Il  fait  ses  préparatifs  de  dé- 
part, rachète  Guillaume  de  Préaux  et  paye  tout 
ce  qu'il  doit  (19967  ^*)^  ^'  s'embarque  le   soir 


du  9  octobre,  et  le  lendemain,  voyant  la  Syrie 
pour  la  dernière  fois,  lui  dit  adieu  avec  promesse 
de  retour  (19986  ss.);  mais  il  ne  savait  pas  ce  qui 
l'attendait,  son  emprisonnement  malgré  sa  qualité 
de  croisé,  sa  dure  captivité  en  Autriche  et  en  Al- 
lemagne, et  la  peine  qu^il  eut  â  rassembler  sa 
rançon  (taSoi  as.);  toutefois  il  revendiqua  depuis 
ses  possessions  contre  le  roi  de  France,  et,  aidé  par 
Dieu,  regagna  plusquMl  n'avait  perdu (19396  ss.). 
—  On  sait  que  Richard  mourut  au  siège  de  Chalus 
le  6  avril  1199  et  qu'il  était  né  le  10  septembre 
1167. 

RicHABT  d^OrquBi  :  RicKard  ioo36  (r.),  Rieari  9967, 
9997«  chevalier  manceau,  combat  le  17  juin  1 199 
et  est  renversé.  Voir  Tiiaai. 

Risi  616,  ioo8,  1137,  8699,  Rise,  en  ital.  Reggio, 
Tanc.  Rhegium,  enCalabre,  célèbre  parla  chanson 
de  geste  ê^Atpremont,  où  l'on  racontait  que  le  roi 
sarrasin  Agoland  s'en  était  emparé  (616,  8699); 
Richard  vient  y  retrouver,  le  3o  mars  1191,  sa 
mère  et  sa  fiancée  (1137);  l'archevêque  de  Rise, 
«le  loyal n,  est  un  des  négociateurs  de  la  paix 
entre  Richard  et  Tancré  (le  latin,  p.  169,  omet  les 
noms  de  ces  négociateurs).  Voir  Agolâhb. 

RoBBST  <2ff  Bruges  991 1,  frère  de  l'Hôpital,  enfreint, 
par  trop  d'ardeur,  le  ta  juin  1199,  les  ordres  du 
maître,  est  sévèrement  puni  par  lui,  puis  gracié 
â  la  prière  des  plus  hauts  hommes  de  l'armée. 

Roain  de  Drtuet  :  Robert  9931,  6646  (s.),  Rolfert 
6179  (s.),  Robert  II,  comte  de  Dreux,  frère  de 
Tévêque  de  Beauvais,  chevalier  habile  et  dispos, 
arrive  i  Acre  avec  lui  en  septembre  1189(9931); 
il  prend  part  i  la  bataille  d'Arsur  (6179,  6466), 
mais  on  l'accuse  beaucoup  de  n'avoir  pas  fait  son 
devoir  et  d'avoir  laissé  périr  Jacques  d'Avesnes 
qu'il  aurait  p»' sauver  (6667).  —  Robert  se  croisa 
une  seconde  fois  en  1911  et  mourut  en  1918.  D 
parait  probable  que  c'est  pour  lui  que  Pierre,  qui 
avait  exécuté  plusieurs  ouvrages  pour  son  frère 
Tévêque  de  Beauvais,  composa  la  Mappemonde, 
plutôt  que  pour  Robert  d'Artois,  frère  de  saint 
Louis  (voir  NoL  et  Extr,  dm  tnt§.,  IXXIII,  i**  par- 
tie, p.  11,  36).  H  est  mentionné  avec  de  grands 
éloges  dans  Guillaume  le  MarMuil  (v.  hkHg  ss.). 
Dans  la  manchette  de  la  colonne  1&6,  il  faut  lire 
ff  Robert  de  Leicestem. 

Roain  Guieehart  699 ,  Robert  Guiscard,  le  fondateur 
de  la  dynastie  sicilienne. 

HoMEKt  de  Leieettre:  Robert  5&9i,  11617  (s.),  Robert 

60. 


56!2 


[/HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


A717  (s.),  Robert,  comte  de  Leîcester,  arrive  à 
Acre  en  juin  1191  (  47 17  )  et  prend  part  i  Tassant 
du  1 1  juillet  (6996);  il  est  un  des  messagers  en- 
voyés à  Conrad  le  5  aoAt  pour  réclamer  les  otages 
sarrasins  (5&9i  ;  la  manchette  de  la  colonne  i65 
donne  à  tort  er Robert  de  Dreux»)  ;  prend  part  à  la 
bataille  d*Ar8ur  le  7  septembre  (6667);  se  montre 
témérairement  brave,  en  novembre,  à  un  combat 
devant  le  Casai  Moyen  (72187  ss.);  bat  les  Sarra- 
sins en  décembre  (7683  ss.);  il  fait  là  des  prodiges 
de  valeur  et  a  deux  chevaux  tués  sous  lui  (7689 
ss.);  met  le  second  sa  bannière  sur  les  murs  du 
Daron  le  99  mai  1199  (9817);  secourt  i  temps, 
le  17  juin,  des  chevaliers  qui  cdlaient  être  écrasés 
par  les  ennemis  (10067  ^*)î  prend  part,  les  91- 
93  juin,  à  Tattaque  d'une  caravane  (10689  ss.); 
va  par  mer  avec  Richard,  le  1"  août  1 199 ,  au  se- 
cours de  Jafle  (10990);  il  prend  part  au  combat 
du  lendemain  (iiâi7),  est  renversé  de  cheval  et 
sauvé  par  Richard  (1 1699). 

RoiBRT  ^«0/  761 A  (r.),  chevalier,  est  renversé  de 
cheval  dans  un  combat,  en  décembre  1191. 

RoiBRT  de  Nwfbroc  :  Rolterz  7893  (s.),  Boberl  A71 1 
(s.),  Robert  de  Newbroke,  chevalier  anglais  de  très 
haute  taille,  doux  (7699  ss.)  et  ttfntncif  (67 19); 
arrive  é  Acre  en  juin  1191  (6711);  prend  part 
i  un  combat  en  décembre  (7693). 

Robert  de  Quinci  5/i53  (r.),  Robert  6669  (s.),  che- 
valier français,  preux  et  accompli,  est  envoyé  en 
message  é  Conrad  par  Richard  en  août  1191. 

RoBBRT  de  Sablueil  :  Robert  de  Sabloil  883  (s.),  Ro- 
bert de  Sablé,  chevalier  de  Richard,  haut  homme, 
preux  et  noble,  est  envoyé,  en  octobre  1190,  par 
Richard  à  Tancré  pour  lui  exposer  ses  réclama- 
tions. Robert  de  Sablé  avait  été  un  des  comman- 
dants de  la  flotte  de  Richard;  il  fut  un  des  ga- 
rants du  traité  entre  Richard  et  Tancré.  Plus  tard, 
il  devint  inaitrc  du  Temple.  Voir  Rôhricht,  Zut. 
und  Bericktig,  zu  Du  Cange,  p.  17. 

RoBBRT  Trotiebot  4439  ('*)«  chevalier  normand  {ht- 
nerarium  Rie,  p.  98),  montre  une  grande  li- 
béralité à  Acre,  en  1190,  pendant  la  famine. 
D'après  Roger  de  Hoveden  (//iifor.  de  Fr.,  XVII, 
599),  Robert  Troussebot  aurait  vainement  re- 
vendiqué comme  son  droit  héréditaire,  à  la  ba- 
taille d'Arsur,  l'honneur  de  porter  la  bannière 
royale,  confiée  par  Richard  à  Pierre  de  Préaux 
(voir  ce  nom).  Ambroise  ne  dit  rien  de  celte  cir- 
constance. 


RoGHBs  11903  (!<«•),  nom  porté  par  beaucoup  de 
ocalités.  Voir  Gdillaumb. 

RoGHBTÂiLLéB  {l^flutH  de)  6111,  6i9i,  rivière  ealn 
la  montagne  d'Arsur  et  Anur.  erOn  ne  Toit  paa 
bien  pourquoi  notre  auteur  doDne  ce  nom  i  eette 
rivière.  La  Pèlra  Incita  des  croisés  était  plus  an 
nord,  i  Districtum  ou  Athlit,  entre  Hdpfaa  et  Gi- 
sarée.  Voir  Guillaume  de  Tyr  (Bongan,  I,  79i). 
Cependant  Oliverus  Scfaolasticos  (Ecctrd,  II, 
1 393)  semble  appder  cette  rivière  fiumm  Diêîrieti 
(Stubbs,  p.  969).»  «C'est  le  Nafar  el-Fâiek,  au 
nord  d^Arsoûf ,  petit  coars  d'eau  qui  n^est  dû  qn*à 
une  coupure  artificielle  dans  le  roc,  servant  d'écou- 
lement é  un  vaste  marais,  d'où  son  nom  earactérii- 
tique.  —  Cl.-G.»  Voir  Moir  {Lejlum), 

RoDBs  1969,  1974,  l'fle  de  Rhodes;  i985,  ii87« 
i3o5,  i3i3,  i3i7,  la  ville  de  Rbodea,  autnfoii 
presque  aussi  grande  que  Rome,  et  dont  il  reate 
des  ruines  immenses,  mais  à  peine  habitée;  patrie 
d'Hérode  (i  986);  Richard  y  séjourne  en  avril  1 191. 

RODIBR.  Voir  ROGIBB. 

RoDLA?iD.  Voir  RoLLÂirr. 

RoBM  io35  (rime  avec  ôom),  11 61  (rime  avec AoiM), 
Rouen,  capitale  de  la  Normandie;  sur  rardbevéque 
de  Rouen,  voir  Goadtibb. 

RoGiBR  de  Hardene(jrt  :  Rogiere  de  Hardmeerî  4717 
(s.),  Rodierê  de  Herdecori  i4i5  (s.  :  nii.  fin)^ 
Roger  de  Hardencourt  (sur  l'identité  de  eea  deux 
noms,  voir  Hârdbiicort),  chevdiernonnaiid,  com- 
pagnon de  Richard,  fait  naufrage  sur  la  o6te  de 
Chypre,  est  attaqué  par  les  Grecs  et  ae  défend 
vaillamment  (i4oi  ss.);  il  rejoint  Richard  à  Acre 
en  août  1 191  (  4797  ).  Il  n'a  sans  doute  rien  i  faire 
avec  le  chevalier  flamand  appelé  Reiger  de  Harm- 
deincort  dans  Guillaume  le  Marédud  (v.  ASgg). 

RoGiBR  de  Saci:  Rogiere  10999,  11497  ('*)t  R<>8^ 
de  Saci,  chevalier  normand,  prend  part  avec  Ri- 
chard a  la  délivrance  de  Jafle  en  août  1 199. 

RooiBR  de  Tœni  10489  (r.),  Roger  10479  (r.), 
Rogiert  4707,  6176, 10478  (s.),  Roger  de  Toani, 
chevalier  normand,  arrive  à  Acre  en  août  1191 
(4707);  prend  part  i  la  bataille  d^Arsur  (6175) 
et  au  combat  du  93  juin  1 199 ,  où  il  a  son  chevd 
tué  et  est  presque  pris  (10479  ss.). 

RooKE.  Voir  RoMB. 

RoLLAKT  :  Rodland  4665  (r.),  Roland,  le  héroa  de 
Roncevaux. 

Rome  43,  1989,  8690,  Rome;  Ghariemagne  y 
son  ost  en  allant  combattre  Agoland  (8490). 


TABLE  DES  NOMS  PROPRES. 


563 


RoNCEVALs  1  i9o6,  Roiicevaux,  la  vallée  des  Pyrénées 
où  Roland  péril. 

RoR B :  Rogne &i9(rimeavec ramptm» ),&i4,&a3,459« 
487,  le  Rhône,  Vev9  creiteê{àih);  un  pont  sur  le 
Rhône  s^écroule  pendant  que  les  croisés  le  passent, 
en  juillet  1190,  et  deui  ou  plus  sont  noyés  dans 
Teau  périlleuse,  haute  et  rapide  (A5o  ss.). 

RossiB  1900,  9776,  Russie;  toi  for  qui  ml  en  Rouie, 


demi  Vaveir  de  Roêiie,  locutions  provenant  des 
chansons  de  geste,  où  ilotsit  n*a  qn^un  sens  très 
vague. 

Rotrou,  Voir  Pibchb. 

RoviBi  765 , Rouvrai ,  cant.  do  Veraon  ( Cure),  ou  Rou- 
▼rai-en-Brai ,  cant  de  Forges  (Seine-Inférieure); 
il  y  a  d'autres  Rouvrai  dans  TEure-et^Loir,  le  Loi- 
ret, etc. 


Sablubil:  SabhU  883,  Sablé  (Sarthe).  Voir  Robbit. 

Saci  :  Saci  1 1697  (rime  avecron«t,  ms«  êoeiê,  roneie), 
Sacié  10999  (  rime  avec  Chavignié)^  Sassi,  cant. 
de  Morteaux-Goulibceuf  (Calvados);  sur  la  forme 
de  la  terminaison,  voir  T Introduction. 

Sabte  9iAi,  6067,  8687,  8711,  Sayette,  Tandenne 
Sidon,  en  arabe  Saïda,  dont  les  Français  Grent 
Saieley  Saete,  en  latin  SagiUa  (voir  A.  de  Long- 
périer,  Œuvres,  t.  III,  p.  989),  ville  et  port  de 
Syrie ,  entre  Barut  et  Sur.  Richard  y  rencontre  un 
vaisseau  ennemi  (9161);  elle  est  attribuée  i  Conrad 
dans  le  partage  du  royaume  (6067)  et  doit  lui 
être  cédée  par  Salahadin  dans  leur  projet  de  traité 
(8687).  Voir  Rai  HAUT. 

Sapadir    :  Saffadin     7874,    7889,    7898,    10761 

10908,  11765,  11859,  11911,  11947,  11988, 
1S006  (r.),  Sajaadin  91 44  {r,) ,  Saphadin  9899, 
^860  (r  ),  Safadins  869a  (s.),  Saffadin»  7411, 
10788  (s.),  Saffadin  7605,  11 546,  11771, 
11953,  Safadin,  en  arabe  Saif-Eddin  ou  Malek- 
el-Adil,  frère  de  Salaliadin,  appelé  Safadin  d* Ar- 
cade (11 5/16),  sage,  vaillant  et  libéral   (7889, 

10909,  11567);  ^^®  Richard  i  cause  de  sa 
prouesse  (11767);  campe  devant  Acre  avec  Sala- 
hadin (3899);  arme  le  vaisseau  que  prit  Richard 
(9 1/1  A);  attaque  le  camp  des  croisés  le  3  juillet 
1 1 9 1  (  6860  ;  le  latin ,  p.  99 9 ,  a  ici  Kahadino ,  que 
M.  Stubbs  rend  par  Tatàeddin;  cf.  s.  v.  Qcahadih); 
il  sert  d'intermédiaire,  à  trois  reprises,  dans  les 
négociations  entre  Richard  et  Salahadin  (7874  ss., 
10761  ss.,  11765  ss.),  et  enjôle  Richard,  auquel 
il  fait  accepter  des  présents  (7898  ss.);  il  dissuade 
son  frère  de  traiter  avec  Conrad  (8699  ss.);  il 
marche  sur  Jafle  avec  Salahadin  en  juillet  1199 
(10788)  et  sert  d'intermédiaire  dans  les  négocia- 
lions  avec  les  assiégés  (10908);  dans  le  combat  du 
3  août,  il  envoie  à  Richard  deux  chevaux,  dont  il 


fut  plus  tard  bien  récompensé  (1 1548  ss.;  sur  le 
développement  légendaire  de  ce  rédt,  voir  Journal 
dee  Savante,  1898,  p.  489);  les  envoyés  de  Ri- 
*  chard,  chargés  d'annoncer  la  venue  des  pèlerins  à 
Jérusalem,  viennent  le  trouver  (11911),  et  il  les 
blâme  de  leur  témérité  (11947);  mais  il  est  du 
conseil  qui  détourne  Salahadin  de  massacrer  les 
pèlerins  (1 1988)  et  il  est  chargé  de  les  surveiller 
(19006).  Ambroise  ne  dit  rien  des  projets  de  ma- 
riage entre  Safadin  et  la  soeur  de  Richard,  Jeanne, 
dont  parient  les  historiens  arabes.  On  sait  qu'après 
la  mort  de  Salahadin  son  frère,  plus  connu  sous 
le  nom  de  Malek-Adel,  s'empara  de  l'empire  au 
préjudice  de  ses  neveux;  il  mourut  en  1918. 

Sapobib  9585,  l'anc.  Diocésarée  ou  Sepphoris,  auj. 
Saflbilriyé,  ville  de  Galilée,  près  de  Tabarie;  l'un 
des  corps  de  l'armée  chrétienne  s'y  loge  i  la  ba- 
taille du  4  juillet  1187. 

Saint  Abacuc  7066  (Smil),  monastère  voisin  de  Jaffe, 
auj.  d'après  Stubbs  (p.  986)  E^Keneieeh,  à  5  kilo- 
mètres environ  au  nord  de  Saint-Georges  (=  Lydda), 
(rCela  parait  beaucoup  trop  éloigné  de  JafTa  :  l'ost 
n'est  même  pas  encore  au  Casai  des  Plains.  Ce 
devait  être  tout  près  de  JafTa ,  au  sortir  des  jardins, 
peut-être  à  Cheikh  MourAd  ou  au  Sebil  Abou- 
Nabbait.  —  Cl.-G.n 

Saiht  Gilb  961 9 ,  Saint-Gilles,  arr.  de  Nîmes  (Gard)  ; 
on  désignait  vulgairement  les  comtes  de  Toulouse 
par  le  titre  de  comtes  de  Saint-Gilles;  celui  qui 
est  mentionné  ici  est  Raimond  V  (mort  en  1 194), 
qui  fut  plus  d'une  fois  en  guerre  avec  Richard; 
mais  on  ne  retrouve  pas  dans  les  documents  histo- 
riques le  fait  même  auquel  il  est  fait  allusion  ici. 

Saint  Hbltb  10096  (Stint),  Saint-Elie,  abbaye  près 
de  Jérusdero  (voir  Hieior,  occ,  det  Croi$ade$,  1. 11, 
p.  619).  L'abbé  de  Saint-Élie,  saint  homme  qui 
pratique  l'ascétisme  le  plus  sévère,  révèle  à  Richard 


56& 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


Tendroit  où  il  a  caché  une  parcelle  de  la  vraie 
croix  quUl  a  refuse  de  livrer  é  Salahadin;  on  la 
trouve  et  on  la  rapporte  à  Tost  en  grande  joie. 

Saint  Jorge  7/175,  10706,  SeirU  Jorge  6855,  7666, 
7^84,  Saint-Georges,  Tanc  Lydda,  auj.  Ludd,  à 
5  kilomètres  au  nord  de  Ramlafa.  Salahadin  donne 
ordre  d^en  détruire  les  remparts  en  septembre  1191 
(6855);  les  croisés  y  arrivent  en  novembre  1 191 
et  s*y  installent  fort  incommodément  pendant  six 
semaines  (7i!i66  ss.);  ils  y  repassent  en  revenant 
de  Jérusalem  le  k  juillet  1 199  (10705). 

Saint  Nicholas  iii!i69,  Saint -Nicolas,  église  située 
près  de  Jaffe. 

Saint  Pol  4533,  6o53,  7311,  Seint  Pol  7987,  Saint- 
Pol  (Pas-de-Calais).  Le  comte  de  Saint-Pol,  que 
notre  poète  ne  nomme  pas,  était  Hugues  IV  Quà- 
davene.  Il  arrive  le  90  août  1191  devant  Acre  avec 
Philippe  (4533);  il  combat  très  vaillamment  le 
3  septembre  (6o53  ss.);  il  prend  part  au  combat 
du  3  novembre  (7987)  et  propose  au  comte  de 
Leicester  un  «jeu  parti»  téméraire  (7311  §s.).  Le 
comte  de  Saint-Pol,  comme  plusieurs  des  héros 
de  la  troisième  croisade,  témoigna  un  intérêt  tout 
particulier  i  la  chronique  du  prétendu  Turpin  : 
il  fut  avec  sa  femme  loland,  sœur  du  comte  de 
Flandres  Baudouin  Y,  qu'il  avait  épousée  en  1 1 98 , 
le  fauteur  de  la  plus  ancienne  traduction  qu^on  en 
ait  (voir  G.  Paris,  De  Pietido-Turpitio ,  p.  45). 

Saints  Marib  7  53 1  :  on  ne  peut  choisir  entre  tous  les 
lieux  qui  portent  ce  nom.  Voir  Raouf. 

Saiskes  :  Senêê  8488,  les  Saxons,  vaincus  par  Gharie- 
magne. 

Salabadir  1 389,  etc.  (r,)^Sal$kadm  8680, 1 1 990,  etc. 
(r.),  SaUadin  ii3i6  (r.),  SalaKadim  9987,  etc. 
(s.),  5a^À<u2m«  6343,  etc.  (s.),  Saleadim  11011 
(s.),  Salahadin,  en  arabe  Naser-Yousouf-ben- 
Ayoub  Salaheddin  (la  forme  Saladin  n'apparaît  pas 
dans  notre  poème,  sauf  par  erreur  du  copiste,  9986, 
9987,  9797),  Soudan  d'Egypte  et  chef  des  Sarra- 
sins (appelé  soldan  5493,  etc.).  Il  était  allié  dès 
longtemps  avec  Kyrsac  (1389)  et  avec  Raimondde 
Triple,  dont  il  reçoit  les  doléances  et  qu'il  promet 
d'aider  (9448  ss.);  il  envahit  le  royaume  de  Jéru- 
salem en  1187  (9496),  est  vainqueur  i  Tabarie, 
conquiert  le  royaume  et  Escalone  (9585  ss.);  il 
dégage  le  roi  Gui  de  sa  promesse  de  ne  plus  ren- 
trer en  Syrie  (9615  ss.);  il  assiège  en  vain  Sur 
(2638);  il  laisse  passer  sans  le  savoir  Gui  allant 
assiéger  Acre  (9775  ss.);  il  tourmente  l'abbé  de 


Saini-Élie  pour  qu'il  lui  livre  un  morcem  de  k 
croix  qu'il  a  caché  (101  lo).  —  Averti,  pendait 
qu'il  assiège  Beaufort,  de  rentrepriae  de  G»,  3 
marche  sur  Acre,  et  y  arrive  trois  joiira  qirèe 
(9797  ss.);  il  regarde  les  assiégeants  eomme  «ne 
proie  assurée  (9883  as.);  il  fait  jeter  dans  le  flenve 
les  corps  des  chrétiens  tués  le  4  octobre  1189 
(3o77  ss.);  U  fait  construire  des  machinée  de 
guerre  (39ii);  il  fait  annoncer  aux  dirétieos  k 
mort  de  l'empereur  d'Allemi^e  (SeSi  se.);  eo 
novembre  1190,  il  abandonne,  devant  la  ua/tàm 
des  chrétiens,  la  montagne  oà  il  s'était  réfogié- 
(  3989  ss.);  le  3  juillet  1191,  il  se  vante  à^maémàÊf 
les  chrétiens,  mais  il  ne  proid  pas  lui-même  pvi 
à  l'attaque,  qui  échoue  (4848  ss.);  il  reçoit  ki 
députés  des  assises  et  les  exhorte  à  tenir  enoofe, 
mais  finit  par  céder  à  leurs  instenoee  (5io5  et.); 
il  promet  de  rendre  la  croix,  9,5oo  eaptifii  el 
9  00,000  besants  d'or  (6199  ss.),  mais  eomme  fl 
n'exécute  pas  ses  engagements,  9,5oo  otages 
massacrés,  ce  qui  lui  attire  de  la  part  des 
le  blâme  le  plus  violent  (5493  as.,  79^8  «.)»  — - 
Le  95  août,  les  croisés  en  marche  vers  Jaie  battcMl 
les  siens,  il  ne  les  secourt  pas,  et  Bidurd 
où  il  avait  couché  (0809  ss.);  il  occupe 
des  montagnes  (5836);  i  la  bataille  d^AfSur»  k 
7  septembre ,  les  gens  de  sa  maison ,  sons 
munis  de  bannières  jaunes,  résistent 
(6571  ss.);  vaincu,  il  s'emporte  contre  ses bi 
( 677 1  ss.)  et  donne  ordre  de  démolir  les 
de  Syrie  (  6865  ss.)  ;  il  fait  détruire  Escalone  (6f$7 
ss.);  il  repousse  les  conditions  de  paix  de  RîdMvd 
(7071  ss.);  en  novembre  1191,  les  croisés  mut 
chant  sur  Jérusalem ,  il  évacue  Rames  iqprès  Vwmt 
détruite  (7456  ss.);  il  se  retire  ensoite  à  Ma» 
salem  (7605  ss.);  en  février  1199,  il  congédkees 
hommes  jusqu'en  mai  (7933  ss.);  le  samedi  siintt 
il  est  témoin  du  mirade  du  feu  sacré  et  prédit  tpm 
prochainement  il  perdra  Jérusalem  ou  monm,  el 
en  effet  il  ne  vécut  pas  jusqu*A  k  fin  du  cailme 
suivant  ( 838 1  ss.);  il  négocie  avec  Gonivdt  wêêm 
Safadin  le  détourne  de  traiter  avec  lui  (  8685  se.); 
le  19  juin,  il  est  tellement  effrayé  de  fsppreche 
des  croisés  qu'il  veut  s'enfuir  de  Jéfuselem  (9877 
88.);  le  90  juin,  prévenu  par  un  espion,  il  emtvk 
des  secours  à  la  caravane  menacée  par  RîÀefd 
(io3i5  ss.);  apprenant  la  retraite  des  erokéi, 
il  comoque  tous  ses  hommes  (10719  ss.);  il  f%^ 
pousse  de  nouvelles  propositions  de  paii  (tii7§n 


«1. 


•i 


TABLE  DES  NOMS  PROPRES. 


565 


8S.);  il  attaque,  prend  et  reperd  Jaiïe,  du  90  juillet 
au  3  août  (10807-11659),  et  raille  ses  gens  de 
leur  échec  (11 653  ss.);  il  (ait  défier  Richard, 
malade  à  Jaffe  (i  1691  sa.);  il  accorde  i  Richard 
une  trêve  de  trois  ans  et  lui  fait  dire  i  ce  propos 
des  paroles  courtoises  (1 1773  sa.).  —  Il  reçoit  à 
Jérusalem  les  messagers  qui  viennent,  sans  entente 
préalable,  lui  demander  un  sauf-conduit  pour  les 
pèlerins,  et,  sur  Tavis  de  son  conseil,  refuse  de 
faire  massacrer  ceux-ci,  les  fait  garder  (1 1971  ss.) 
et  leur  fait  montrer  la  vraie  croix  (ito37);  il  a 
avec  Tévéque  de  Salisbury  un  entretien  amical  où 
il  donne  son  opinion  sur  Richard  et  accorde  k 
Tévéque  une  importante  faveur  (19107  sa.).  — 
Salahadin  mourut  le  3  mars  1193.  Sur  les  récita 
légendaires  dont  il  a  été  Tobjet  parmi  les  chrétiens, 
voir  le  Journal  det  Savante  de  1893,  cahiers  de 
mai,  juin,  juillet  et  août.  Au  vers  709a,  au  lieu 
de  Salahadin»,  il  faut  lire  Uê  Sarazinê, 

Skhi  {Un  flum)  6076,  rivière  entre  Céaaire  et  Arsur, 
Nahr  Abu-Zabûra  diaprés  Stuhha  (p.  967).  Voir 
plus  liant  Mort  {Le  flum). 

Salb8berbs  hhx']  (rime  avec  yrerat),  hkh*]  (rime 
avec  averti)^  /i595  (rime  avec  perea),  5491  (rime 
Byccfreret),  5 7 79  (rime  avec  hêr$s)^  Sakêbires 
5ooi  (rime  avec  matires,  I.  maUm),  SakMrê 
(11881),  Salisbury.  L'évéque  de  Salisbury  dont  il 
s^agit  est  Hubert  Gautier,  plus  tard,  comme  le  dit 
Ambroisc  (11889,  19109),  archevêque  de  Cantér- 
bury.  Ambroise  ne  mentionne  paa  son  arrivée  i 
Acre,  qui  eut  lieu  dans  Tété  de  1190  {lUn^r,, 
p.  98).  Lors  de  la  famine,  il  organise  avec  les  au- 
tres évêques  une  collecte  pour  les  pauvres  (A4 17) 
et  se  montre  lui-même  très  libéral  (4647);  après 
le  raréme  de  1 1 9 1 ,  il  impose  une  légère  pénitence 
à  ceux  qui  ont  enfreint  le  jeûne  (4595);  il  prend 
pari  â  Tassant  du  1 1  juillet  (5ooi);  en  août,  il  est 
un  des  messagers  envoyés  par  Richard  k  Conrad 
(  54  9 1  ).  —  En  septembre  1 1 99 ,  il  conduit  i  Jéru- 
salem le  troisième  convoi  de  pèlerins;  Salahadin 
lui  fait  grand  honneur  à  cause  de  son  mérite  et  de 
sa  réputalion,  lui  propose  de  le  défrayer,  a  avec  lui 
un  long  entrelien,  et  lui  accorde  le  droit  d^installer 
des  prêtres  latins  â  Jérusalem,  à  Bethléem  et  i  Na- 
zareth (1 1881  ss.). 

Sancerre.  Voir  Estibnb. 

Sanche.  Voir  NAViaaB. 

Sargui  de  Halabi  (voirHiLABi)  68o3,  Zengfai  d^Alep, 
répond  aux  reproches  de  Salahadin,  après  la  ba- 


taille d^Arsor,  en  septembre  1191.  Le  latin  porte 
ici  Sonaciififitis  de  Halapia  (p.  979),  et  Sanêcon» 
Halahienêiâ  (p.  i3)  dans  une  énumération  des 
émirs  de  Salahadin  qui  ne  se  retrouve  poa  dans 
notre  poème;  le  figurent  aussi  un  Sonfcona  de 
Doûda  et  un  Sangtiinuê,  frère  de  HœHeaUnut; 
M.  Stubbs  (p.  ex)  semble  croire  que  tous  ces  noms 
désignent  un  même  personnage. 

S  AOL  del  Bniêl  7537  (s.).  Saoul  du  Breuil,  chevalier, 
combat  auprès  du  comte  de  Leiceatre  en  décembre 
1191.  Le  latin  (p.  3oi)  a  SauL 

Saphadih.  Voir  Sapadin. 

Sabaxihiis  7193  (1.  ParUi  e  dût  iorazimii),  êorazi- 
NOM  10979,  langue  des  Sarrasins,  arabe;  beeanz 
êorrazùrnê  8986,  besants  arabes. 

Sabbaiir  3795,  7390,  10909,  10998,  ii543, 
11806,  Saraùm  io346  (sg.  r.),  Saraiim  9616, 
3639,  93^^!  Sttraemi  10079,  Sarazm  6879, 
7397  (sg.  s.),  Saraxin  9955,  9983,  9749,  9961, 
9988,  3075,  3i09,  3956,  4o39,  4i57,  4i6o, 
4686,  4895,  5o98,  5io5,  5998,  5899,  565o, 
5769,  5951,  6o36,  6549,  6548,  6590,  6636, 
7099,  7963,  8107,  8364,  84oo,  84o5,9ii8, 
9335,  9871,  10081,  10699,  iio48,  ii4io, 
11963,  11971,  11987,  Sorotztfi  48i4,  5oi8, 
10469,  io6i3,  19075,  Sarazinê  9988,  9981, 
3oo9,  3o57,  4668,  5395,  7719  (pL  s.),  Sora- 
zinê  55i,  i435,  9965,  9568,  9818,  8676, 
3896,  3957,  4659,  4684,  4838,  6988,  4988, 
5336,  5597,  6017,  6917,  6489,  6699,  6719, 
6799,  6905,  7099  (ms.  éd.  Salahadin),  79  48, 
7870,  7775,  7960,  8977,  8959,  8966,  9980, 
9889,  9859,  10979,  10978,  io35i,  11161, 
11970,  11990,  11898,  11660,  11694,  19118, 
19968,  Saraizine  54o7,  11948  (pi.  s.),  gent  sa- 
razinê 9898,  8988,  5691,  5760,  64o6,  6980, 
7353, 7499,  7759,  7986, iii58,  11498,  genz 
êarazinêê  48oo,  11 359,  Ml  êorazine  61 63, 
10975,  Sarrasin,  sectateur  de  Mahomet;  Ambroise 
emploie  indifféremment  pour  désigner  les  Musul- 
mana  les  mots  Saraximê,  Turê  (voir  Tuac),  paiênn 
954,  9998,  7910,  Upaiitèê  gênt  4889,  la  gênt 
paienê  6660,  10476,  11677,  la  gênt  Mahumet 
3868,  cêlê  qui  Dêu  mêêoroiênt  9917,  lêê  mêiereanz 
6095,  83oi,  la  gênt  mêêcrêùê  6898,  la  gent  re- 
têdUêê  6119;  comme  équivalents  nous  signalerons 
la  gmU  haie  3o46,  3i8i,  8496,  8817,  7189,  lêê 
gênz  hmeê  6697,  7906,  ii45o,  11647,  lêê  gênz 
5o,  Ut  gêut  emUrairê  6989,  kê/auêêê  gênz 


566 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


diêloee$  870/1 ,  la  genl  maldite  6706 ,  la  gtnt  que 
Deuê  maudii  1 1 684 ,  lee  gen»  de  maie  eetraee  6966 , 
la  gent  de  bien  detaiitee  67^3,  la  gent  engreêie 
5663,  9670,  Vengrtue  gent  tant  mesure  6899,  la 
paierie  gent  engreete  63ii,  7880 ,  7698,  Penuiose 
gent  engrené  6598 ,  la  paene  gent  desvee  1 08 1  o ,  /a 
gent  a  diable  3o66,  le$  genz  des  diables  19096,  le 
poeple  al  diable  636 1,  6869,  H  menbre  (U  diable 
34 16 ,  /et  laides  genz  enemies  6608 ,  les  laides  genz 
brunes  77 1 9  «  Iss  gent  ascures  1 1 698 ,  la  gent  troble 
6999,  li  enemi  de  nature  7098,  celé  gent  oltre 
nature  10499,  les  colverz  34o9,  la  gent  eoherte 
Il 568,  le  faus  paple  colvert  7980,  la  chenaiUe 
3io6,  3433,  8454,  4o39,  56i3,  5836,  6094, 
6941,  638i,  6644,  la  putaille  5835;  malgré  ces 
injures,  il  rend  plus  d^une  fois  hommage  au  cou- 
rage des  Sarrasiiis. —  Le  nom  de  Saraceni{gr,  £a- 
poHYivoi)  est  à  Torigine  celui  d^une  tribu  arabe  ;  il 
était  arrivé  é  désigner  tous  les  Arabes,  et  ils  se  le 
donnaient  eux-mêmes  au  temps  de  saint  JérAme, 
qui,  croyant  que  les  Arabes  prétendaient  ainsi 
se  poser  en  descendants  de  Sara,  propose  de  les 
appeler  plutôt  Agareni,  nom  qui  a  été  souvent 
adopté  par  les  écrivains  latins  (et  grecs)  du  moyen 
âge  (voir  Du  Gange,  s.  v.  Saraceni),  Le  nom  de 
Saraceni,  en  tant  qu*employé  par  les  chrétiens  oc- 
cidentaux à  partir  des  invasions  musulmanes,  est 
sans  doute  d^origine  érudite,  car  les  Arabes,  qui  se 
le  donnaient  au  iv*  siècle,  semblent  ne  plus  Tavoir 
employé  au  ni'  siècle.  La  date  moderae  du  mot 
Sarazin  en  français  est  attestée  par  le  traitement 
du  c  :  si  le  mot  avait  toujours  vécu  dans  le  latin 
populaire,  on  aurait  saraisin  {sareisin,  saroisin)\ 
la  forme  saraûn,  où  le  z  se  prononçait  dz  et  est 
devenu  s  douce  en  français  moderne,  a  dû  passer 
d'Espagne  d'abord  dans  le  midi,  puis  dans  le  nord 
de  la  France.  Il  serait  inutile  de  donner  ici  Tana- 
lyse  de  tous  les  passages  où  les  Sarrasins  figurent 
dans  notre  poème;  ce  serait  presque  l'analyser  en 
entier. 

SiRTiLKB  i3i8,  Satalie,  Tanc.  Attalia,  ville  d'Asie 
Mineure.  Le  tr  gouffre  (golfe)  de  Satalie»,  célèbre  par 
l'agitation  de  la  mer  et  considéré  comme  très 
périlleux  pour  les  navires,  a  été  l'objet  au  moyen 
âge  de  nombreuses  légendes,  qui  remontent  peut- 
être  â  l'antiquité. 

Siucii  :  Sauçoi  768,  probablement  Saussey,  canton 
de  Coulances  (Manche).  Voir  Mahbu. 

Sébile,  reine  de  Jérusalem.  Voir  Jbrcsalbm. 


Sbbz  4714  (L  Qu'iert  canestabU  de  Sen),  Séei,  «1 
Normandie.  Voir  Jobbav. 

Sbgdin  Barré  :  Seguins  Barrez  gSob  (s.),  Stgmm 
9807  (r.),  chevidier  de  Richard,  entre  le  premier 
au  Daron  le  99  mai  1199. 

Sbiht.  Voir  Sairt. 

SéRéGBAL  (Le)  de  Flandres.  Voir  FuHDtM. 

Sbrbs.  Voir  Saiskbs. 

Sbnuz  4i6i  (ms.  son  Ht),  Senlis.  Le  «boateflkr  de 
SonlisD  qui  fut  pria  par  les  Sarranm  le  jour  du 
mariage  de  Conrad  avec  Isabel  de  Jéruatlem  était 
Gui  de  Senlis,  bouteiller  de  France  (voir  Hieêtt* 
de  France,  XVH,  538,  619).  Le  texte  origkMd 
portait  sans  doute  de  Saint  Lit,  suivant  la 
usitée  au  moyen  âge;  le  latin  (p.  laS)  a  d» 
Lîcto. 

Sbpolcbb  {Le  saint)  99,  169,  8939,  76&0,  7681 
(rime  avec  nrncrs),  8385  (de  m.),  106909  iii77t 
1 1789,  le  Saint  Sépulcre  â  Jérusalem. 

Sbtbmbbbsgb  {La)  1111,  la  fête  de  la  Nativité  de  ta 
Vierge,  8  septembre;  cf.  la /este  a  Ut  ghnom,  Lm 
mère  Deu,  la  preeiose.  Celé  que  VemfiU  m 
(6693-6695). 

Sbz.  Voir  Sbbz. 

Sbzilli  5i4,  566,   65i,  863,  977,  3t63  (n 
partout  avec  vile),  Sicile. 

Sioii.  Voir  MoRTB  Sion. 

Son.  Voir  Sor. 

Soudan.  Voir  Salahadir. 

SuLiB  i3,  56,978,1887,  i36i,  i38i,  1780*  1899, 
94i4,  945o,  9494,  9786,  9810,3199,  S8ei, 
53o6,  5475,  5565,  6780,  7089,  7377,  7S91, 
79^3»  7957,  8871,8494,  8594,  8691,  8781, 

8908,  8988,  10970,  19996,  11979,  tltflv 

19995,  19806,  Syrie,  région  maritime  de  TAeie» 
comprenant  la  Palestine.  La  forme  avee  I  te  i^ 
trouve  dans  beaucoup  de  textes  fraoçaii  (Mtas 
déjà  Roi  3i3i,  8191).  La  Syrie  est  ta  iMlre  dt 
presque  tout  le  récit  de  notre  poème. 
SuLiBii  :  SuUen  i3i  (pi.  s.),  SuUmu  8096,  8888» 
10916,  iao5o,  19179,  19177  (pL  r.),  hftbitanta 
chrétiens  de  la  Syrie ,  distingués  des  Pranca  (8096, 
1 9 o5o)  ou  des  Latins  (8388,  19171  sa.);  iMii 
ailleurs  le  mot  semble  synonyme  de  Msms  (i81| 

109l6). 

Son  i3o,  1879,  9198,  9587,  9687  (rime  avee sar)t 

9697,  «707»  37*9»  a7«9»  «77*»  ^«7<>»  *»«8t 
46i4,  5834,  54i5,  5469,  5471,  5488,  7885, 

7990  (rime  avec  asse&r)^  8991  (rime  fcfec Énwit)^ 


.« 


TABLE  DES  NOMS  PROPRES. 


567 


83o9,  83ii,  8376,8651,  8579,  8661,  8719, 
8780,  8861,  8997,  9009,  9090,  90S&,  9071, 
9103  (rime  avec  Àrtur)^  9198,  11716,  11968, 
Sor  93o8,  9767,  9788,  3989,  5o56,  Sur, 
aujoard^hui  Sour,  Tandenne  Tyr,  ville  et  port  de 
Syrie.  Salahadin  Tafiaiège  vunement  en  1187 
(9637  88.),  grâce  i  la  vailkoce  de  Conrad,  qui  s'y 
e^t  jeté,  et  aux  secours  en  argent  envoyés  par 
Henri  II  (1379);  le  roi  Gai  y  arrive  et  se  la  voit 
fermer  par  Conrad  (9697  *-)^  ^  réunit  devant 
la  ville  une  petite  année  et  va  de  li  aanéger  Acre 
(9715  fls.),  où  la  flotte,  venue  de  Sur,  le  rejoint 
(3970  8s.).  —  Plus  tard,  revenu  i  Sur,  Conrad 
y  arrête  les  vivres  destinés  aux  assiégeants  d*Acre 
(6108  98.);  il  le  fait  encore  plus  tard  (6669).  — 
Richard  s'y  arrête  en  venlni. à  Acre  (93o9);  sa 
Hotte  y  est  retenue  par  le  vent  (&616).  —  Sur, 
dans  le  partage  de  1 199 ,  est  attribuée  i  Conrad 


(5o56);  PhiUppe  s*y  rend  arec  lui  après  la  prise 
d'Acre  (5336);  les  croisés  lui  envoient  deux  fois 
des  uMssages  pour  le  sonomer  de  rejoindre  Tost 
(56i5  ss.);  beaucoup  de  Français  viennent  re- 
trouver Conrad  i  Sur(7855).  —  Conrad,  qui  était 
à  Acre,  revient  à  Sur  en  apprenant  l'arrivée  de 
Richard  (B991;  sor  le  vera  8999,voir  Aisua);  les 
Français  y  reviennent  à  sa  sommation  (83o9  ss.); 
ils  s'y  livrent  i  la  débancfae  (865o  ss.)  ;  Conrad  y 
est  SBsaBiiné  au  moment  ou  il  vient  de  recevoir  la 
nouvelle  de  son  élection  comme  roi  ;  la  population 
acclame  Henri  de  Cbampagne,  qui  épouse  i  Sur 
la  veuve  de  Conrad  (8716  ss.);  Henri  quitte  Sur, 
la  laissant  sous  bonne  garde  (  907 1).  Au  ven  661 5 . 
il  faut  lire  Anur  (voir  ce  mot). —  L'archevêque  qui 
vint  de  Sur  en  France ,  envoyé  par  les  Syriens  (  1 3o) , 
est  le  célèbre  Cuillaume  de  Tyr,  qui  mourut  peu 
après. 


Taisso^.  Voir  Raol. 

T«LEBOT.  Voir  GiSLIBIlT. 

Taficarvilk  6716,  Tancarville,  cant.de  Saint-Romain 
(  Seine- Inférieure).  Le  «r chambellan  de  Tancarville» 
mentionné  comme  étant  arrivé  au  siège  d'Acre 
après  les  deux  rois  est  Guillaume  H*  sur  lequel 
voyez  la  note  de  M.  Paul  Meyer  (  Guillaume  U  Ma- 
réchal, t.  III,  p.  i3).  Le  latin,  comme  le  français, 
omet  son  nom  (p.  917).  Les  seigneure  de  Tancar- 
viljp  étaient  chambellans  héréditaires  de  Normandie. 

'ÏAM.Ki  10671  (r.),  l'un  des  héros  de  la  première 
croisade. 

Tatiché  .')]9,  991,  969  (r.),  Taaertt  533,  891  (s.), 
Tancré,  roi  de  Sicile,  a  des  dissentiments  avec 
Richard  et  finit  par  conclure  un  traité  avec  lui. 
Tancré,  fils  naturel  d'un  fils  du  nn  Roger,  se  fit 
couronner  à  la  mort  de  Guillaume  11,  malgré  les 
ilroits  de  Constance,  fille  de  Guillaume  V*  et 
tcmine  de  Tempereur  Henri  VI;  il  mourut  en 
i  iq'i,  avant  Texpédilion  que  fit  Henri  pour  reven- 
diquer le  royaume. 

Tbdbad.  Voir  Tiebait. 
I  n  >M  >.  \  oirpAOP. 

Temple  (Le)  97,  3o99,  3o3i,  6755,  6969,  6698, 
7338  ,  7769,  9190,  10965  (r.),  U  TmpUt  9969, 
5866,  6o/i(),  6167  (s.),  h  TmpU  95o9,  6o65, 
0899  (s.),  le  Temple,   le  Temple  de  Jérusalem, 


perdu  en  1187  (97);  l'ordre  du  Temple.  Voir 

TlHPLIIBS. 
TlHPUBBS    7997,     7306,     10199,     109l3,     10769, 

iii65,  11733  (pi.  r.),  TmapUn  7959,  7977 
(pL  s.),  Tmapliêr  7918,  7965,  7691,  10981 
(pKs.),  TmapUr  9983,  6911,  7957  (pi.  s.). 
Templiers,  frères  de  Tordre  du  Temple.  Le  Temple 
perd  en  1187  Jaquelin  de  Mailli,  un  de  ses 
meilleurs  chevaliers  (95o9).  —  Les  Templiers,  au 
siège  d^Acre,  campent  sur  le  rivage  le  6  octobre 
1 189,  près  des  Hospitaliers,  et  chargent  avec  eux 
(99^9*  ^9^3);  le  maître  du  Temple  (voir  Gi- 
rard  de  Ridêford)  meurt  héroiquement  dans  ce 
combat  (3o99  ss.);  les  Templiers  font  farrière- 
garde  au  combat  du  i3  novembre  1190  (6o65); 
ils  ont  une  pierrière  à  eux  (6755).  —  Au  départ 
de  Caïphas,  le  97  août  1191,  les  Templiers  font 
Tarrière-garde  (5866),  et  de  même  le  3o  août 
(5969)  et  le  3 septembre  (6069);  le  7  septembre, 
lors  de  la  marebe  sur  Anur,  ils  font  Tavani-garde 
(6167);  le  8  septembre,  ils  vont  sur  le  champ  de 
bataille  recberdier  le  corps  de  Jacques  d'Avesnes 
(6698);  le  10,  ils  font  Tarrièro-garde  (691 1  ).  — 
Ils  rebâtissent  le  Casai  des  Plains  (7913);  le  6  no- 
vembre ,  ils  sont  surpris  par  les  Turcs  et  se  défendent 
vaillamment  (7933  ss.)  ;  dans  le  conseil  tenu  en  dé- 
cembre, ils  sont  d*avis  de  renoncer  au  siège  de  Jéru- 


5t 


lit. 


568 


UHISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


salem  (7690,  7769).  —  lis  avaient  acheté  Chypre 
i  Richard,  mais  le  marché  fut  résilié  (9120).  — 
Le  it  juin  1 199,  ils  viemient  aa  secours  des  Fran- 
çais surpris  (9899);  en  juin  1 199 ,  leurs  déliés 
opinent  de  nouveau  pour  l*abandon  de  k  marche 
sur  Jénisalem  (io9i3  ss.);  en  juillet,  ils  sont 
chargés  avec  les  Hospitaliers  de  détruire  le  Daron 
(10769);  beaucoup  d'entre  eux  partent  avec  Ri- 
chard, le  1"  août,  pour  secourir  Jafie  (10981); 
Richard,  qui  avait  une  première  fois  pris  congé 
d'eux  (109/15),  les  adjure,  mais  aussi  inutilement 
que  les  autres,  d'aHer  défendre  Escaione  (1 1 733). 
—  lis  avaient  à  Jaffe  une  maison  sur  le  rempart , 
par  où  Richard  pénétra  dans  la  ville  (1 1 1 67  ). 

TiSM.  Voir  Tintai. 

TissoR.  Voir  Raouf. 

Tbasabii  t536,  a538,  9566,  9735,  Tkabêm 
966 1,  Tabariti,  l'ancienne  Tibériade,  aujourd'hui 
Tabariéh,  ville  de  Syrie,  près  de  laquelle  le  roi 
Gui  fut  battu  par  Salahadin  le  k  juillet  1 1 87. 

Thixbadt.  Voir  Tiibadt. 

Thobbi.  Voir  Tobni. 

Thobbl  dd  M9$ml  3691  (s.),  tué  le  95  juin  1190. 

Thobom,  Tkoron,  Tkomm,  Voir  Tobon. 

TiiBAUT  :  T9dbëd  35ii  (s.),  Tibaud  V^  comte  de 
Blois;  il  arrive  à  Acre  en  aoAt  1190  et  meurt 
deux  mois  après. 

TiBBAOT  :  Thitbauz  de  Trm9ê  10999  (s.),  Tibaud  de 
Troies,  hardi  et  preux,  serviteur  de  père  en  fils  du 
comte  Henri,  est  un  des  otages  donnés  aux  Sarra- 
sins en  1 199  par  les  défenseurs  de  Jaffe. 

TiBis.  Voir  Hbnbi. 

TWrt  de  MorU/aueon,  Voir  Bbsbrçob. 

TiBBBi  ^Orques  :  Terri  9967,  9997  (r.),  chevalier 
manceau,  combat  le  17  juin  1 199  et  est  renversé. 
Voir  RicHABT. 

TifPAiiiB(La)  7  761,  l'Epiphanie  ou  Théophanie,  6jan- 
vier. 

TlBBPBBIB.  Voir  PiBBB. 

T01211  6175,  Jhmii  4708,  Toeniê  10&79  (rime  avec 
envié),  Tosni,  cant.  de  Gaillon  (Eure).  Voir  Rooibb. 

ToBHBBu.  C'est  ainsi  qu'il  faut  lire  pour  Comebu  A709. 
H  s'agit  du  château  de  Tonmebu,  com.  d'Âubevoie, 
cant.  de  Gaillon  (Eure).  Les  frères  de  Tomebu 
dont  parie  Ambroise  sont  peut-être  les  mêmes  que 
Jean ,  Richard  et  Thomas  de  Tornebu ,  mentionn  es 
au  commencement  du  nu*  siècle  parmi  les  vassaux 
normands  de  Philippe  H  (  Hiêtor,  de  Fr. ,  t.  XXIII , 
p.  619,  685,  695).  n  est  singulier  que  la  faute 


de  notre  manuscrit  se  retrouve  dans  la  tradodioii 
latine  de  Richard  de  ta  Sainte -Trimié,  qui  donne 
Conuhu  ou  Comeôy  (p.  si 7);  mais  la  eorreetion 

.  est  d'autant  moins  douteuse  qu'il  n^existe  en  France , 
comme  l'a  constaté  M.  Longnon ,  aocmie  désigne- 
tion  toponymiquei^pondant  i  Cemtim. 

T0BNBHA5  8705,  Tumham  Green,  près  de  Londres. 
Voir  EsTiBBB. 

ToBOR  :  Torun  9816,  TKeron  983i,  9877,  eS^o, 
9979,  3169,  T^ofiMi  9787,  TWsM  9786  (rime 
avec  oitrom),  le  Toron,  éminence  derent  Acre, 
occupée  par  Gui  de  Lusignan  le  98  aoât  1189»  ei 
attaquée  par  les  Turcs;  les  chrétiens  en  descendent 
bientôt,  mais  le  roi  Gui  y  reste  campé  poidcnl  le 
siège.  Taren  est  originairement  un  nom  eonnnnn, 
encore  usité  aujourd'hui  dans  Test  de  le  Franee; 
il  a  servi  i  désigner  en  Syrie  |dnsieun  loealHéB. 

ToBON  (Le)  :  Thorwn  4119,  6858,  TWimi  e4i8, 
Tibnin ,  près  de  Jérusalem ,  d'après  Stubbe^p.  é68). 
Salahadin  ordonne  de  le  détruire  en  119t.  «fi 
est  probable  que  ce  Tonm  est  le  même  qne  le  Te- 
ron  des  Chevaliers  :  Tibnin  est  trop  loin  de  Jérn- 
salem.  —  Cl.-G.n  Voir  Haimfbbi. 

Tobon  {Le)  10857,  ^  Thortm  10868, 10883, 10887, 
10915, 10966,  iio55,  iio58,  émineMaprèede 
Jaffe. 

ToBOii  {Le)  ae  Chevalière,  le  TVron  7&6S,  755i« 
7613,9809,  1 1 909 ,  LatroÂn  on  mien  Neftieèn 
(voir  BeeueU  JParckéol.  w,,  p.  877),  cfaêtom fret 
d*Emmaûs,  appartenant  autrefois  «m  Hôapttafiere. 

ToBs  :  flirt  3o3,  394,  Tours;  Richerd.y  s^ewne 
avant  son  départ. 

ToBTosB  :  Tortuee  91 35,  Tmiuee  9618,  enj.  Tv^ 
tous,  ville  et  port  de  Syrie,  entre  Margat  el  IViple, 
«tir  mer  turmentuee  (9i36),  et  forment  «ne  le 
(Ronad,  l'antique  Aradus)  oà  le  roi  Gni^  t^mt 
promis  de  quitter  la  terre  de  Syrie,  ee  réiqgie  en 
1187  (9618);  Richard  passe  devant  en  efiMl  i 
Acre  (9i35). 

Toz  Sainz  (La):  la  toi  eeinz  790e,  7986,  ktrfitÊ9 
toiemnzZ\%\,  Zih^^lafeetê  atst  fassMSitSn, 
la  Toussaint  (1"  novembre). 

TozBLBis  (Lt)  6796  (pL  s.),  crehevelîerB  hardie  ei 
courtoisn,  arrivent  à  Acre  en  juin  1 191.  Le  lelin 
porte  (p.  917)  militee  agwmmeai  Tùrelmmê^  Ifois 
ne  savons  identifier  ni  fun  ni  l'antre  de  eee  bmmi* 

Tbabsignibbs  7991  (rime  avec  %fifS0),  8658  (ii*)» 
Traxignies,  en  Belgique.  Voir  Otob. 

Tbbibs  10980,  Troies  en  Champagne.  VoirTtetftnrl 


.iii-''  i^M^ 


TABLE  DES  NOMS  PROPRES. 


569 


Trie  i  i3,  Trie-Château  (Obe);  entre  Gison  et  Trie  , 
a  lieu  en  1187  Tentrevue  de  Philippe  de  France 
et  de  Henri  d'Angleterre. 

TiiPB  9137,  9653,  a^Sg,  9507  (rime  avec  Upe), 
95/11,  9693,  9655,  9685,  9709,  Triple, auj.  Tri- 
poli de  Syrie,  Tanc.  Tripolis,  ville  et  port  de  Syrie; 
le  roi  Gui  y  retrouve  sa  femme  en  1187  (9693), 
y  revient  plus  tard  (  9655),  et  y  est  rejoint  par  son 
frère  (9709);  Richard  passe  devant  en  allant  i 
Acre  (9187).  Voir  Rai  mort. 

Tristra^  fiiS^  (r.),  héros  de  célèbres  romans. 

Trossibot.  Voir  Robkrt. 

TtRC  58o9,  6069,  6916,  756s,  9A98,  9991, 
10070  (sg.  r.),  7iirf  ^^967,  6569,  9998,  10^3 1, 
11666,  Turc  5657,  6^70  (*S*  **)•  ^^^  ^935, 
5i59,  ^199*  5911,  59^6,  5566,  56A7,  5895, 
6099,  6073,  6919,  6399,  6à90,  65o9,  6755, 
7109,  7116,  7195,  7169,  791a,  7991,  7969, 
7310,  7686,  7517,  7568,  7618,  7700,  7788, 
7809,  7809,  8117,  9016,  9170,  9183,  9916, 
9968,9611,  9659,  9789,9983,  10009,  io356, 
10868,  10886,  10619,  to6o8,  10868,  ioS5i, 
10853,  10888,  11063,  11079, ii65i,  ii5o3, 
1 1599,  1 1575,  11698,  1 1677,  11790  (pi.  s.), 
^•*'"  9995  (pi.  s.),  Turs  6600,6696, 701 3 (pi.  s.), 
Turt  6978,  5918,  5639,  5539,  5536,  5635, 
5796,  5807,  ^96^1  60^6 «  6060,  6908,  6363, 
6368,  6616,  6696,  6656,  6698,  65i3,  6769, 
6898,  7i58,  7171,  7906,  7816,  7681,  7689, 
7685,  7697,  7561,  7619,  7789,  7968,  7969, 
7961,  8ia6,  8199,  8698,  8969,  9195,  9988, 


9966,9357,  9618,  9786,  9889,  10019, 10068, 
ioo54,  ioo58,  10177,  10891,  10895,  10608, 
10Â66,  10660, io5o3,  io56i,  10795,  10997, 
iii53, 11189,  11866, ii883,  11687,  11698, 
ii596, 11536,  11537,  ii5A6,  ii588,  11587, 
1  i6A3, 1 1966 , (pi.  r.),  Turcê  6963 ,  5oi  1, 6996 , 
6558,6689,8698,98^5,11960,11966,11969, 
(pi.  a.).  Turc;  la  bonne  forme  est  :  isg.  s.  Jtirf , 
r.  Ture;  pi.  s.  Turc,  r.  Tur»,  Les  Turcs  dans 
notre  poème  ne  sont  pas  distingués  des  Sarrasins  : 
voir  par  conséquent  les  remarques  faites  sur  ce  mot. 

ToBCOPLi  :  Turcoplêi  1999  (sg.  s.),  Turcopkê  6699, 
10869,  io366,  10606,  Turcople.  On  appelait 
ainsi  originairement  les  fils  d'un  père  turc  et  d'une 
mère  chrétienne,  en  grec  Tovpx^ovAa;  ces  métis 
formaient  déjà  une  classe  particulière  de  la  popu- 
lation de  Syrie  au  moment  de  la  première  croisade 
(  voir  les  textes  de  Raimond  d'Aguilhe  et  d* Albert 
d^Aix  cités  dans  Du  Gange).  Plus  tard  ils  paraissent 
avoir  spécialement  fourni  des  troupes  de  cavalerie 
légère,  combattante  la  manière  des  Turcs.  Dans 
notre  poème,  ils  ont  déjà  ce  rôle  (voir  1999, 
6699,  10606);  deux  sergents  Turcoples  se  dé- 
guisent en  Bédouins  pour  épier  une  caravane 
(10861  ss.). 

TuBQOEMARs  9853,  Turcomans,  Turcs  nomades  (voir 
Hiêtor.  occ,  dêê  Crùii,,\.  Il,  p.  685);  on  prend  de 
er  beaux  Turcomans»  avec  une  caravane. 

Tuas.  Voir  Toas,  Toac. 

TnaTUSi.  Voir  Toarosa. 

Trois.  Voir  Tins. 


Veeir  (Bel).  Voir  Bel  Vbiir. 

VsiiETiE^iS  5o3  (pi.  s.),  Venêiziên  9089  (pi.  s.),  Véni- 
tiens. Des  Vénitiens  font  partie  de  Tarmée  du  roi 
<îiii  à  la  bataille  de  Tabarie  en  1187  (9589); 
beaucoup  de  ci-oisés  vont  s'embarquer  «rau  poi*t  des 
VéiiitiensT»  (5o8). 

Venise  8169,  Venise. 

Vercelai  986,  868,  FerM^'867,  365,  876,  Vézelai 
(Yonne).  Les  rois  de  France  et  d'Angleterre  y 
tiennent  une  grande  assemblée  avant  leur  départ, 
en  juin  1 190. 

Vebdcïi  :  Verdon  6796  (rime  avec  CkatUldon)^  Ver- 
dun. Voir  Bertra.i. 

Veroke  3i3i  (rime  avec  prodom$^^  6691  (rime  avec 


corofM  ),  Vérone.  L'évéque  de  Vérone,  qui  n'est  pas 
plus  nommé  dans  le  latin  (p.  78 ,  1 85  )  qu'ici,  était 
Adelardo  Gattaneo,  évoque  en  1188,  qui  résigna 
en  19 16,  devint  cardinal  et  mourut  en  1998.  Il 
arrive  à  Acre  en  1189  (3^3*)*  ^  prêche  avec  élo- 
quence lorsde  la  disette  de  1190  (6691). 

ViAiBBs  i9i6;  ce  nom,  que  le  latin  (p.  177)  n'a 
pas  traduit,  semble,  d'après  le  contexte,  désigner 
le  cap  Spartivento,  à  l'extrême  pointe  orientale  de 
la  Galabre. 

ViARi  9953  (rime  avec  earavmtê),  Viennc-le-Ghâ- 
teau,  cant.  de  Ville -sur -Tourbe  (Marne).  Voir 
Fiaai. 

ViiiL(Ls)dsMoiiM:/tTiis88i6(s.),2iFi(t88i9(s.), 

5i. 


570 


L'HISTOÏKË  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


h  Vieik  883 1,  le  Vieux  de  Gadamoûs  ou  de  la 
Montagne;  il  élève  des  fanatiques  qa*il  envoie  as- 
sassiner ceux  à  qui  il  en  veut  (8819);  il  en  en- 
voie deux  tuer  Conrad  de  Montferrat  ^8879  ss.); 
on  accuse  à  tort  Richard  de  Tavoir  soudoyé  pour 
cda  (8879  ss.).  Voir  EUusasis.  —  Le  Vieux  de  la 
Montagne  qui  fit  tuer  Conrad  est  le  câèbre  Ras- 
chid-adHlin  SinAn,  qui  s*-était  soustrait,  en  Syrie, 
à  Tobédience  du  chef  des  Ismaéliens  établi  en  Perse , 


et  qui  mourut  lui-même  en  1 193.  (Voir  Tartiele 
AêiOênni,  par  St.  Guyaid,  dans  VEnctfdopédiê  d§ê 
scienc9»  rêligiâuie$  de  M.  Liditenberger.)  Le  nom 
de  Vieux  de  Mouse  pour'Vieux  de  la  Montagne  n« 
se  trouve,  à  notre  eonnaissance,  en  dehors  de  notre 
texte  et  de  YlUmrarium  Bieardi  (Smtor  de  Mmêtê, 
p.  339)^  que  dans  les  lettres  du  roi  Henri  III  d* An- 
gleterre, de  tt38,  citées  par  Du  Cange  (s.  v.  Si- 
iMOp)  :  Velui  de  Mu$$a. 


w 


Wakblir.  Voir  Guauqubliii. 

Wasgoil  1 1 66 ,  Vascœuil  (Eure);  les  formes  anciennes 
de  ce  nom  ont  le  plus  souvent  WouGuk  Tinitiale , 


mais  à  partir  du  xiv'  siècle  on  ne  tronve  que  F. 
Voir  GisuBiBT. 

WiLUMB.  Voir  GUILLAUMB. 


Ybiur.  Voir  Ibbun. 

Ymbbrt  {Casel),  Voir  Casbl  Ymbbrt. 


Ypbk  6606,  Ypres,  dans  les  Pays-Bas,  mentkmité 
uniquement  pour  rimer  avec  Cypre, 


<i 


ADDITIONS  ET  CORRECTIONS. 


TEXTE. 

V.  93-96  :  maisnëe,  raisoée,  lire  maisnee,  raisoee. 

V.  1 69  :  peise,  corriger  peisse  {voir  au  Gloêsaire), 

Manchette  en  regard  du  y.  191  :  3  sept.,  /.  5  sept. 

V.  9â6-9â7  :  corr,  E  de  Bretaigne  e  de  Peitou,  E  de  Berri  e  de  Guascoigne.  //  t'agit  en  efn  ici  des 

vassaux  de  Richard,  et  ta  Bourgogne  ne  dépendait  pas  de  lui,  tandis  que  la  Gascogne  ne  doit  pas 

être  omise. 
Manchette  en  regard  du  v.  â65  :  Li<m-8ur-iVfer,  /.  Lions-la-Forét  {voir  à  la  Table  des  noms  propret). 
V.  3oâ-393  :  marquer  im paragraphe. 
V.  435  :  Tôt,  corr,  Fet  {voir  Introd,,  p.  tv,  n.). 
\ .  686 ,  var.  :  supprimer  ourer. 

V.  56 1  :  Que  ii  reis,  corr.  Ki  le  rei  {voir  p.3iî,n^.Q).. 
V.  599  :  corr.  Qu  itels  reis  si  deveit. 
V.  698  :  noise,  corr.  vile  {voir p.  3â3  et  Introd., p,  tr,  n.). 
V.  698  :  jor,  /.  ior  {voir  Introd,,  p.  iv,  ».). 
V.  779  :  ies  paleis,  corr.  le  paleis  {voir  p.  Sàà,  ».  1). 
V.  791  :  Lor,  /.  I^or». 

V.  8()6  :  suppr.  la  virg.  après  comune  {voir p,  S&5,  n,  i). 
V.  878  :  corr.  E  de  mult  très  grant  seignorage  {voir  Introd.,  p.  w,  n.). 
V.  918  :  ncordee,  corr.  recordee  {voir p.  3i5 ,  n.  a). 
V.  975-976  :  voir  p.  3i6,  n.,  et  Introd. ,  p.  f,  «.  . 

V.  1 1 17  :  Que,  corr.  Qui. 
V.  1*296  :  /.  avec  le  ms.  qui  i  furent. 
V .  1 3 1 3  :  marquer  un  paragraphe. 
V.  i33()  :  le  dota,  corr.  se  dota. 

V.  1 6 1 5  :  Rodiers ,  corr.  Rogiers  ( voir  à ia  Table  des  noms  propres ). 
V.  1699  :  grant,  corr,  granz. 
\ .  1593  :  la  var.  porte  à  tort  1898. 
V.  189Q  :  amont,  /.  a  mont. 
V.  1903-1906  :  corr.  Ne  il  ne  deigoast  pas  s^emprise  Laissier  devant  qu*il  Teust  prise,  Por  ço  s'il 

hnster  le  veneient.  Qui  en  grant  estai  le  teneient  {voir  p.  355,  n.,  et  au  Glossaire,  s.  v.  Estai). 
N .  1 9(>7  :  L'une  ost  ala  a  Ebetines,  corr.  I/une  ost  en  ala  a  Cherines,  et  à  la  manchette  l.  Chmne^ 

pour  Rétines  (voir  p.  356 ,  n.). 
V.  1977  :  atant,  /.  a  tant, 
V.  ^175  :  A  lorz,  rueles,  corr.  A  ton,  a  ruele. 


572  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 

V.  a  19a  :  eorr.  Cil  distrent  qu*erent  Geneveis  {wirp,  358,  «.a.) 

V.  atgâ  :  Atant,  /.  A  tant. 

V.  aa3i  :  de  80Z,  /.  desoz. 

V.  a4a8  :  Raimfroiz,  cmr.  Haiinfroiz  {voir  à  la  Table  de$  nonu propres). 

V.  a637-a638  :  intervertir  ces  deux  vers, 

V.  a66o  :  lor  fist  beivre,  eorr.  Tort  fist  seivre  {voir  au  Glossaire). 

V.  a666  :  de  joste ,  /.  dejoste. 

V.  a68a  :  presque,  /.  près  que. 

V.  a  687  :  aveir,  /.  a  veîr. 

V.  3701  :  atant,  /.  a  tant 

V.  3716  :  noi  suffeireit,  corr.  se  sufferreit. 

V.  3778  :  le  pais  Candelion,  corr.  le  pas  de  Gandelion  {voir  à  la  Table  des  noms  propres,  ok  Ufiaâ 

corriger  a 809  m  3778). 
V.  a8i6  :  marquer  un  paragraphe  et  afouter  après  la  manchette  :  Itiner.  Rie.,  I,  ix^n. 
V.  a8a3  :  tierc,  /.  tierç. 

V.  a8â5  :  manguir  unparagraphe  et  mettre  en  manchette  :  Itiner.  Rie,  I,  iirin. 
V.  3980  :  desfaiz,  /•  desfraiz  {voir  Introd. ,  p.  y,  m.). 
V.  9971  :  supprimer  la  mandtette. 
V.  80a a  :  dans  la  manchette,  supprimer  le  mot  quand. 
V.  8071  :1e,  /.lé. 

V.  8087  :  dans  la  manchette,  xxs,  /.  xuii. 
V.  8a  1 3  :  tant,  eorr.  tant  {voir  Introd.,  p.  xui). 
V.  SaS6  :  à  la  var,,  l.  3^56  pour  3a55. 
V.  8389  :  qoi,  /.  qui. 
V.  88àa:Desi,/.  Desi. 

V.  33 i  8  :  transporter  la  manchette  en  regard  du  r.  33ù5. 
V.  3498  :  por,  corr.  par. 
V.  3568  :  aval,  /.  a  val. 

V.  3574  :  Si  que  oltre  lauberc,  corr.  Si  qu*oitre  le  liauberc  (rotr  le  Glossaire  au  mot  Haoabere). 
V.  36aa  :  i  la  manchette,  17  b.,  /.  97  b. 
V.  3636  :  lire  ainsi  à  la  var.  pour  8636. 
V.  3683-3684  :  interrertir  {voir  p.  ^ji,  «.). 
V.  8704  :  desioees,  corr.  dfdeiees  (roîr  Introd..  p.  un). 
V.  3893  :  atant,  /.  a  tant. 
V.  3897  :  Haust,  1.  haust 

V.  8907  :  Octobre,  Setenibre,  /.  octobre,  seiembre. 
V.  8959  :  nou  poabies,  /.  iHwpoables  (rotrcM  Glossaire). 
V.  4o48  :  Mai,  /.  mai. 
V.  4 1 1 1  :  maniutr  un  paragraphe, 

V.  4i  i9-4iat  :  Raimfrei.  corr.  Uaiinfirei  (ro«r  ci^essus  au  r.  ^isS). 
V.  4174  :  Smppr.  la  rirg.,  et  au  r.  suit.  corr.  Que  il  foil  a  Siir  de  vilaille. 
V.  4a34  :  /.  Si  Tacbatoient  encor  chier. 
V.  4a69  :  naiot,  rorr.  noot 

V.  k'à'jh  :  ne  repassoieiit,  corr.  ki  res|M»oient  {roir  Introd^ ,  p.  Luiir,  m.  9). 
V.  4976  :  Quant  il.  corr.  E  quant. 


.if^HiAM 


ADDITIONS  ET  CORRECTIONS. 


573 


V.  6391  :  aj,  puis  aprh  Mais. 

V.  66q3  :  vii-gule  au  lieu  de  point  et  virgule, 

V.  6^j38  :  avères,  eorr,  entières  (oorr  au  GloMaire  et  à  l^Introd.,  p,  xxri  ). 

V.  6697  :  embati,  corr.  abati  (wÀrau  Ghseaire), 

V.  661 3  :  darsur,  /.  d'Arsur. 

V.  6677  :  atant,  /.  a  tant. 

V.  6709  :  Cornebu,  eorr,  Toraebu  {voir  â  la  Table  des  noms  propree), 

V.  671*2  :  ne  m'abroc,  /.  ne  m'atroc  {voir  au  Glouaire). 

V.  67 16  :  Sez,  emr.  Seex  {voir  â  la  Table  des  noms  propres). 

V.  /i863  :  ie,  corr.  les. 

V.  6966-6966  :  abandonorent,  trenchierent,  eorr.  abandonouent,  trenchouent  {voirintrod,  p,  ixn). 

V.  5o39  :  fait,  corr,  feite. 

V.  5i  69  :  Tamulaine,  /.  la  Mulaine  {voir  à  la  Table  des  noms  propres), 

V.  6171  :  ferait,  /.  fereit. 

V.  bùù^  :  à  hi  fnaiichette,  l,  1190  pour  1191. 

V.  53o3  :  /.  ainsi  â  la  var,  pour  33o3. 

V.  5317  :  ainçoïs,  /.  ainçois. 

V.  53q9  :  eorr,  E  li  rois  fist  le  serement  {voir  Introd,,  p,  xwn,  n,  1). 

V.  53Go  :  virgule  après  cusl. 

V.  56 1 5,  À  /a  manchette  :  Robert  de  Dreax,  /.  Robert  de  Leioester;  Préals,  /.  Prëaux. 

V.  55 3 G  :  des  ior,  corr,  des  no2  {cf,  la  traduction,  p,  3g3), 

V.  5570  :  Aust,  /.  aust. 

V.  5595  :  cers,  corr,  fers  {voir  Introd,,  p.  xxiv,  n,  i). 

V.  56si5  :  qui,  corr.  quin. 

V.  5690  :  une,  /.  vive. 

V.  0760  :  Sarazine,  /.  sarazine. 

V.  5776  :  s'encombatirent,  /.  s'escombatireni  {voir  au  Glossaire). 

V.  58 1 5  :  siippr.  le  point  et  virg.  etl.au  vers  suiv.  E  cisternes  pour  Es  cistemes  {(^,la  traduction  ,p.3g6). 

V.  58*j5  :  de  Ior  ^  ruierent,  /.  del  Ior  g^aaignierent  et  suppr.  la  var,  {cf.  p.  Sg6 ,  n.  1  ). 

V.  590a  :  s'escrio,  /.  s'escriot. 

V.  5931  :  casel,  /.  Gasei. 

V.  6o35  :  mort,  /.  Mort. 

V.  6o36  :  sarazin,  /.  Sarazin. 

V.  6iq5  :  marquer  un  paragraphe. 

V.  61  ^17  :  i'anz  ^uarde,  /.  ianzguarde. 

V.  617*1  :  lerre,  corr,  guerre  {voir  Boiaiz  «  la  Table  des  noms  propres). 

V.  618.5  ;  <U\  corr,  des. 

V.  6196  :  tozjorz,  encoste,  /.  toz  jorz,  en  coste. 

V.  6qoi  :  marquer  un  paragraphe. 

V.  6-J07  :  en  costë,  /.  en  coste. 

V.  6*21  6  :  einbraçant,  eorr.  embraiant  {wnr  au  Glossaire  ), 

V.  653(»  :  abaisser  le  chifre  d'une  ligne. 

V'  661 5  :  corr,  Jusqu*a  Arsnr  on  desoeadirent,  et  à  la  var.  a  sur  {voir  â  la  Table  des  noms  propres), 

V.  6677  :  corr.  Qui  en  aveit  ja  esguardë  {voir  Inirod.,  p.  r,  n.). 

V.  6680  :  corr.  Qui!  teneit  a  son,  non  a  nostre  (^.  Introd.,  p.  w,  n.). 


574 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


V.  6686 
V.  6688 
V.  6695 
V.  6780 
V.  68A9 
V.  6870 
V.  69^0 
V.  6948 
V.  6999 
V.  7081 
V.  7087 
V,  7093 
V.  7ia3 
V.  7t8i 
V.  7306 
V.  7379 
V.  74»» 
V.  7*64 
V.  7498 
V.  7579 
V.  7730 
V.  773i 
V.  7988 

V.  7953 

V.  7965 
V.  8189 

V.  83S3 

V.  89io 
V.  8a53 
V.  8971 
V.  8399 

V.  8495 

V.  855o 
V.  8559 
V.  8799 
V.  8866 
V.  8909 
V.  8969 
V.  8971 

V.  9197 

V.  9901 
V.  99i3 
V.  9974 
V.  9991 
V.  9308 


se  Iraveillerent,  corr.  traveille  erebt,  et  à  la  var,  traveillerent  {voir  Introd,,  p.  iifi), 

voldront,  /.  voldrent 

Setembre,  /.  setembre. 

/.  ainsi  à  ta  var.  pour  6739. 

E  faites,  corr.  Faites  {voir  Fiibs  à  la  Table  des  noms  propres). 

aj\  en  manchette  :  Itiner.  Rie,  IV,  xxiv. 
écrire  ainsi  le  chiffre  pour  3^ho. 

a  plenle,  corr.  a  plentez  {voir  Introd. ,  p.  xui). 

rovoient,  corr.  vooient  (?)  {voir  au  Glossaire  et  p.  io8).   . 

Setembre,  /.  setembre. 

à  la  manchette,  L  de  Préaux  pour  des  Préaux. 

Qu*iert  alez  Solahadin,  /.  Qui  ert  alez  Sarazins  {voir  p.  iog,  n.).  ' 

/.  e  dist  sarrazineis. 

casel,  /.  Casel. 

point  au  lieu  de  virgule. 

suppr.  la  et  la  var.  {voir  Proosemenl  au  Glossaire). 

Sarazine,  /.  sarazine. 

parmi ,  /.  par  mi. 

suppr.  la  virgule, 

es,  corr.  el  {voir  p.  4i4,  ».  1). 

casel,  /.  Casel. 

casel,  /.  Casel  et  suppr.  la  virgule. 

l.  ainsi  à  la  var.  pour  7898. 
-7954  :  prendre,  esprendre,  corr.  perdre,  esperdi*e  {voir  au  Glossaire). 
:  Soldan,  /.  soldan. 

:  à  la  manchette,  l.  Hugues  pour  Hem*i. 

:  corr.  Que  fiid  adonc  li  vens  d*Arsur  {cf.  v.  iSiS  el  p.  ù^i,  n%  t). 
:  casel,  /.  Casel. 
-8954  :  intervertir. 
:  Tierc,  /.  Tierç. 

:  corr.  Revint  li  reis  a  Tost  ariere  {voir  p.  An  a,  n.  î). 
:  corr.  Refii  par  Godefrei  conquise  (?). 

:  /.  Que  les  seremenz  del  bamage,  et  â  la  var.  sermenz  {voir  Introd.,  p.  irii,  m.  i)« 
:  â  la  var.  écrire  ainsi  pour  8859,  et  placer  ce  vers  avant  855  0. 
:  Dirent,  corr.  Dire  {voir  p.  49 fi,  n.  î). 
:  menèrent,  corr.  merrerènt  {voir  au  Glossaire). 
:  virgule  après  envoierent,  et  au  v.  suiv.  corr.  Tant  e»  Dont. 
:  Nen,  corr.  Ne. 

-8979  :  placer  un  point  après  home  et  suppr.  la  vhg.  après  foi. 
-9198  :  intervertir  {voir  p.  à3t,  n.  s). 
-9909  :  intervertir. 
:  virgule. 

:  tensant,  corr.  tesant  {voir  au  Glossaire), 
:  qu'en,  corr.  que  {voir p.  Ù3^ ,  n.  a). 
:  lierc,  /.  tierç. 


-jrf 


r»*. 


aMM, 


ADDITIONS  ET  CORRECTIONS.  575 

V.  (j3i3  :  Esliene,  /.  L'Estieue  {cf,  v.  gStg). 

V.  9609  :  à  la  manchette,  L  xav  pour  l\iv. 

V.  9536  :  Qu'il,  corr,  QuVIs. 

V'  90/16,  gSSi,  9696  :  tozjorz,  /.  toz  jorz. 

V.  961 1  :  /.  De  Haitefort,  et  à  la  var,  haltfori  {voir  d  la  TabU  des  noms  fMtipres). 

V.  9693  :  barons,  corr,  p.-é,  bailles  {voir  p,  à36,  «.). 

V.  970a  :  à  la  manchette,  /.  h  la  Bianch^rde. 

V.  9788  :  S'eslendi,  corr.  Se  lendî. 

V.  9835  :  marquer  vit  paragraphe, 

V.  9887  :  virgule  au  lieu  de  point  et  virgule. 

V.  9837  :  ftuftpr,  le  point, 

V.  9880 ,  9886  :  virgule  après  chaque  vers, 

V.  ioo44  :  eslor,  corr,  estai  (voir  au  Glossaire), 

V.  101ÎÎ7  :  i'aubc,  corr,  Vahé  {voir  p,  àii,  n,  /). 

V.  1019*1  :  Qui,  corr,  ^os{voir p,  àiî,  «•  3). 

V.  loaoA  :  loreie,  corr,  loereie  {voir  Introd,,  p,  iltii), 

V.  1 0'i  10-1031 1  :  /.  Si  ne  nos  descorderons  pas C'unqnes  geni  tant  nés  descorderenl. 

V.  10*119  :  /.  Qui  en  lor  seremenz  {voir  Introd,,  p,  xwn,  n.  1). 

V.  io'j64  :  i'ase^issent ,  corr,  iaseissent. 

V.  iO!>9C  :  lierc,  /.  lierc. 

V.  io3*i9  :  inarquer  un  paragraphe, 

V.  10^30  :  Teiussenl,  corr,  Teisent  («wrTeserau  Glossaire), 

V.  10^3  :  tozjorz,  /.  toz  jorz. 

V.  io^i84  :  lierr,  /.  lierç. 

V.  101)00- 10601  :  mettre  après  le  v,  10601  la  virg,  qui  est  apris  le  v,  10600. 

V.  10 6.") 3  :  Honri,  corr,  Hugues  {voirp,  àà6,  n,,  et  à  la  Table  des  noms  propres), 

V.  10807  :  derneinche,  corr,  dîemeinehe  (voir  an  Glossaire). 

V.  10809  ;  corr,  Fud  a  Jaffe  l'ost  atravee  {voir  Atraver  au  Glossaire). 

V.  108Ô3  :  lozjorz,  /.  loz  jorz. 

V.  10939  :  desfeslivee,  corr,  desfestuee  {voir  au  Glossaire), 

V.  1 0993  :  des  Oines,  corr,  de  Homez  {voir  d  la  Table  des  noms  propres). 

V.  11011  :  suppr,  lor  {cf,  Salbhadi^  h,  la  Table  des  noms  propres). 

V.  110!^:  supiïi\  la  virgule, 

V.  1  lOQO  :  /.  ainsi  pour  100  90. 

V.  1 1037-1  io38  :  /.  Tote  la  nuit  del  vendresdi;  E  al  matin  del  samedi  {voirp,  fsSo,  n,), 

V.  1  io54  :  osiropz,  corr,  psiuez  {voir  au  Glossaire), 

V.  1 1  \'.Mi  :  roaus,  corr.  leaus. 

V.  1 1  •i'19  :  h.iul  estace,  corr,  haute  estrace  {voir au  Glossaire), 

V.  1  iQ7'a  :  lozjorz,  /.  toz  jorz. 

V.  I  i3oa  :  aïeules,  corr,  ententes  {voir  au  Glossaire), 

V.  1 1 335  :  suppr,  le  second  gent  {voir  Genve  d  la  Table  des  nmns propres,  et  Introd.,  p.  xvi ,  n.  a). 

V.  1 1 6 1 9  :  su/tpr,  E  et  coir.  Bcrtelemeu ,  etdla  var,  l,  Rertelmeu. 

V.  1  i^'jo  :  lor,  corr.  les  et  aj,  lor  en  variante. 

V.  1 1 'j 88  :  lozjorz,  /.  lozjorz. 

V.  1 1  o  1 G  :  îidvorse,  corr,  enj^resse  (voir  ci-après  au  mot  Engrès  du  Glossaire). 


IJMPRIIiB*lt    S4TI«*ALC. 


576 


L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE. 


V.  1 1789  :  Qui,  corr.  Gui. 

V.  1 1 855  :  virgule, 

V.  1 1 9 1 5  :  point, 

V.  1 1987  :  vir/ptle,  et  point  et  virgule  après  1 1()38, 

V.  13091-19099  :  corr,  leissier,  desirier. 

V.  19901  :  /.  losl. 

V.  1 9338  :  /.  adroite. 


TRADUCTION. 


P.  337, 1.  3o  :  /.  d'Anjou,  de   Bretagne,  de  Poitou,  de  Berri  et  de  Gascogne  (voir  ci^dittm 

V.  99fi). 

P.  346, 1.  11  :  après  montagnes  indiquer  une  lacune. 
P.  355, 1.  91  :  Dreux,  /.  Droon. 

—  1.  99-30  :  /.  avant  de  lavoir  prise,  quelque  presse  que  vinssent  lui  bire  ces  gens  ( 

ci-dessus  auv,  îgo3), 
P.  363 , 1.  9  :  qui  avait  la  lippe  pendante,  /.  qui  boudait  toujours  {voir  Lipe  au  Glonairt). 

—  1.  17-19  :  /.  jusqu'à  la  mer  de  Galilée,  si  bien  qu'elle  lui  en  interdit  Taccès.  L'etu  eo  eil 

douce  et  bonne  à  boire;  mais  le  traître  fit  que  Tost  en  fut  sevrée;  et  quand  cm  ai  YnÉ 

{voir  ci-dessui  auv.  fiSSo). 
P.  366 , 1.  6  :  qu'il  ne  supporterait  pas  cet  outrage,  /.  qu'il  prendrait  patience  {voir  ti dêëmi  ov 

V.  ajt6). 
P.  871 , 1.  17  :  virgule  après  les  vieux. 
P.  379, 1.  6-7  :  /.  et,  depuis  qu'il  fut  à  Siu*,  il  n'envoya  plus  une  denrëe  de  provimna  dans  Toal 

(voir  ci-dessus  au  v,  Aiyâ), 

—  l.  33  :  le  morceau,  /.  la  rote  {voir  au  Glossaire). 

P.  38o,  1.  19-1 3  :  /.  Il  y  en  avait  qui  guérissaient,  et  quand  ils  ne  trouvaient  pas  à  se  procmiw 

de  nourriture,  ils  maudissaient  {voir  ci-dessus  au  v.  à^jô). 
P.  386, 1.  36  :  Gornebu,  /.  Tornebu  {voir  ci-dessus  au  v.  ^7^5). 
P.  389, 1.  18  :  l'amulaino,  /.  la  Mulaine  {voir  ci-dessus  ctu  v.  ôtàg). 
P.  600,  l.  5-H  :  qui  était  du  pays,  /.  qui  était  nourri  dans  les  exercices  guerriers  (mwr  ci-deÊtmmt 

V.  6179). 

—  i.  91  :  enveloppèrent,  /.  harcelèrent  {voir  ci-dessus  au  v.  69/4). 

P.  6o5 , 1.  19-16  :  /.  Il  servait  Dieu  sans  jamais  iaillir,  et  Dieu  avait  déjà  pourvue  son  sort  :  sa  place 

était  marquée  au  paradis  à  c6(é  de  saint  Jacques ,  qui  le  regardait  comme  sieii  et  nott 

comme  nAtre  {voir  ci-dessus  au  v.  66 jj). 
P.  609, 1.  déni.  :  /.  se  mit  à  dire  en  sarrasinois  :  <tJe  suis  melecl-n  {voir  ci-dessus  au  v.  jî^S)» 
P.  696 , 1.  6  :  lut  reconquise,  /.  lut  conquise  ])ar  Godefroi  {voir  ci-dessus  au  v.  8âgS)» 
P.  669 ,  l.  6-7  :  /.  Ainsi  nous  nous  mettrons  tous  d'accoi*d.9)  . . .  Gar  jamais  gens  ne  fiirent  pivs  en 

désaccord.  Enfin  on  décida,  et  suppr.  la  noie  {voir  ci-dessus  auv,  îOùio), 
P.  45o,  L  dem.  :  jetés,  /.  cachés  {voir  ci-dessus  au  v.  iioSi). 
P.  663,  n.  :  qu'on  ne  peut  combler  avec  sûreté,  /.  qu*on  peut  combler  avec  probebititë  d*aptèi  M 

latin  :  rret  l'argent  qu'on  lui  demanda  en  abondance,  parce  qu*oa  le  savait  très  ricbe».  * 


ADDITIONS  ET  CORRECTIONS.  577 


GLOSSAIRE. 

Admirad,  Amibalt  :  Voir  Amiraim  /.  Voir  Amirail. 

AsEEiR  :  après  asistrent  a4o8,  aj,  impf.  sbj.  6  aseîssent  ioa64  {ms.  H.  as^fissent). 
AsEGiR  :  /.  Voir  Asebir. 

AvER  :  suppr.  f.  pi.  atjerei  4438  {toir  ci-dessus  d  ce  vers). 
AviLLiER,  /.  AviLER,  et  MorstU  pour  Marsille. 
Barril  :  barris,  L  barriz, 

CoNTRAiLE  :  voir  Pailb,  /.  voir  Introd,,  p.  xxii,  xxxv. 
Desfairb  :  suppr.  p.  s.  desfaiz  9980 ,  accable  par  l'âge. 

Aj.  après  Dbsfire  :  [Desprait],  s.  devrait  9980,  cassé  par  Tâge  {voir  ci-dessus  à  ce  vers). 
E>GRBs  :  aj.  Auv.  1 1 5 1 6  adverse  doit  être  corrigé  en  eogresse  :  la  désignation  de  gent  eogresse  pour 
les  infidèles  revient  très  souvent  {voir  Sarrazin  à  la  Table  des  nomê propreê). 

ESNEKE,   /.  Es^lBQOE. 

Fklon  :  tnaleûreus,  L  meseûreus. 

Lkonardie  :  aj.  Il  faut  sans  doute  lire  la  renardie  {voir  Introd,,  p.  lxxiu). 

Mes  :  66q,  /.  661. 

Neier  :  suppr.  impf.  3  naiot  4369  {voir  ci-dessus  à  ce  vers). 

.NoER  :  aj.  impf.  3  noot  4369  {voir  ci-dessus  à  ce  vers). 

Après  Plusor  nj.  Poablb.  Voir  .Nonpoablb. 

PoRVEEiR  :  aj.  impf.  6  porveouent  8070. 

RoKLE  :  uj.  ruele  2173,  et  suppr.  pi.  rueles  3173  {voir  ci-dessus  à  ce  vers). 

Sairement  :  /.  serement  5333,  85io,  pi.  sairemenz  5894,  seremenz  855o,  10319  (^'^^  Introd., 

p.  XVII,  n.  1,  et  ci-dessus  aux  vers  5333,  855o,  10319). 
Si  ,  /.  5  :  nj.  si  qu'as  point  9774 ,  jusqu'aux  poings. 
Tendre  :  aj.  après  sa  tente  :  se  tendi  9788,  campa. 
ÏE'iT  :  aj.  Cf.  V.  1 1 1 4o. 
Travaillier  :  aj.  traveillié  66S^  y  fatigué  {voir  ci-dessus  à  ce  vers). 


TABLE  DES  NOMS  PROPRES. 

Après  Aleman  aj.  Alençon.  Voir  Johan. 

Bertrw  :  (S.),  /.  (s.). 

BoRGoiGME  :  Suppr.  Il  vionl  de  Bourgogne  l>eaucoup  de  rroisét  (337)  {voir  ci-dessus  à  ce  vers). 

Candalion,  1.  4  :  3809,  /.  3778. 

CvPRE,  1.  9  :  [(xaix,  l.  '[(xoLàx. 

Flandres.  1.  9-10  :  /.  Le  sënëchal  de  Flandres  mentionne  au  v.  3935  est  Hellin  de  Wa>rin. 

Gevffroi  :  \.  Voir  Gibfrei,  Pbbchb. 

Girard  de  Hideford  :  aj.  Cf.  Introd.,  p.  lixiz,  n, 

GlABLANDE   :  aj.   Volr  GriLLAOMB. 

GuioN,  p.  546,  coi.  1,  1.  8  :  36o5,  /.  3617;  I.  9,  36o5,  /.  91 15;  col.  3,  1.  1,  3606,  /.  3618: 
I.  4,  roilatin,  /.  roi  latin.  * 

5s. 


578  L'HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  SAINTE.  . 

Après  Halapë  :  aj.  Haltfobt.  Voir  Hadtefobt. 

Hardbncort  :  aj\  Un  Roger  de  Hardeiacort  est  mentionne  dans  GuUiaume  le  Maréchal  (v.  à&^g) 

parmi  les  chevaliers  flamands,  ce  qoi  me  semble  devoir  empêcher  de  Fideutifier  au  nôtre. 
Après  Hbleinb  :  aj.  Hellin  de  Wavrtn,  Voir  Flandres. 
Hbnbi  de  Graié  :  Graye,  /.  Graïe. 

Henri  de  MaiUoe  :  aj.  Henri  de  Mailloc est  mentionne  dans  Stapleton,  Rotuli  seaee.  iVonn.,  II,  ocltui. 
Après  JoHAN  :  aj.  Johan  d^Alençon,  gMiOj  envoyé  d'Angleterre  à  Richard.  Il  ëtait  archidiacre  de  Lisieax 

et  vice-chancelier  (Stnbbe). 
Lbons  :  les  manchettes,  /.  la  manchette. 
MoRTBHBB  :  siippr.  Morthemer,  cant.  de Lussac-le-Château  (Vienne),  ou;  (Eure), /. (Seine-Infi^rieure), 

et  aj.  :  ou  peut-être  Mortemer  près  de  Gisors  (Eure). 
RiGHART,  1.  5-6  :  /.  Il  est  très  souvent  appelé  le  preux,  le  vaillant,  le  non  per  (aSâo),  somomiiië 

le  magne. 
RooiBR  de  Toeni  :  aj.  La  famille  de  Toeni ,  établie  en  Angleterre  depuis  la  conquête ,  y  était  devenue 

très  puissante,  et  Roger  de  Toeni  est  plus  d'une  fois  mentionné  panni  les  barons  anglais  de 

son  temps,  en  sorte  qu'on  ne  peut  légitimement  le  qualifier  de  rr chevalier  normand*. 
RoTREi  :  aj.  Voir  Raodf. 


I 


TABLE  DES  MATIÈRES. 


AvAM-PROPOS. 


Pages. 


Introduction i-xcii 

I.  Le  manuscrit i 

II.  Lauteur vi 

IH.    La  langue xiii 

IV.  Le  poème l 

V.  La  traduction  latine ux 

VI.  L'histoire  du  siège  d'Acre  jusqu'à  Tarrivëe  des  rois  de  France  et 

d'Angleterre lxxvi 

VII.  L'Estoire  de  la  guerre  sainte  dans  la  littérature lxxxv 

L'EsTOIRB  DE  LA  GUBRRB  SilNTR 1-339 

Traduction 333-/i6/i 


(tlossairb /i65-59r 


> 


Table  des  noms  propres 527-670 

Additions  et  corrections '. 571-678 


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«3  o^vm   U^y  ^^ 


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